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15 décembre 2009

mon labeur

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Je suis depuis ce matin à cet âge où, serait-ce le double il serait temps de partir. Espérant avoir encore l'esprit clair. Et le cœur enfin léger car j'en ai soupé des peines et des chagrins.

Je suis aussi à cet âge où la loi impose désormais que les organismes compétents m'informent de ma situation précise au regard de ma future retraite. Comme par un fait-exprès, j'ai donc reçu dans une belle enveloppe bleue, estampillée "assurance retraite", que j'ai failli jeter directement à la corbeille croyant qu'il s'agissait d'une publicité pour un organisme financier, ce que je  pourrais appeler mes états de service.

Ils ont tout retrouvé, tout comptabilisé : mes premières colonies de vacances comme animateur, mon été aux entrepôts Casino, comme préparateur de commandes, mes nuitées dans les imprimeries de la presse parisienne, mes vacations de secrétaire médical dans un petit cabinet de banlieue, mes dix-huit mois d'emploi fictif (oups !), mes mi-temps de presque doctorant, mes petits passages dans l'administration d'État et mes grandes plages dans la territoriale... tout. Au total, ils ont reconstitué 84 trimestres. 84 trimestres travaillés et cotisés, 21 ans de bons et loyaux services. J'ai créé, j'ai construit, j'ai relié, j'ai écrit, j'ai synthétisé, j'ai managé, j'ai écrit, j'ai négocié, j'ai trié, j'ai écrit, j'ai arrondi un paquet d'angles, affuté un certain nombre d'armes, j'ai écrit, et d'arguments, j'ai écrit, j'ai écrit... C'est encore là que je m'en suis le mieux sorti. J'aurais eu envie de m'écrier, ça y est, la société m'est redevable ! Révérence...

Mais ils ont aussi fait le compte de ce qui me reste, les chiens : 80 trimestres. Vingt ans encore à me lever tous les matins à 6h15, à me taper deux heures de bouchon par jour - d'ici-là, ce sera d'ailleurs plus sûrement 22 ou 23 ans, et trois-quatre heures de bouchons - à hésiter chaque matin entre flagorner ma chef ou lui dire ses quatre vérités, à poursuivre la même aventure ou en rechercher une autre, à pourchasser des raisons d'espérer, des motifs d'intérêt, des buts nobles rassemblant l'utilité sociale et ce qui pourrait ressembler à un début de commencement de compétence à moi, à dépasser l'usurpation où je m'enferme pour me réconcilier avec moi-même, à être reconnu mais en sachant pourquoi... Vingt ans de quête, encore, à m'épuiser pour ne pas me perdre, à prendre le risque de finir à genoux, à passer à côté de ce que j'aurais pu faire, de ce que j'aurais aimé faire, de ce que j'aurais voulu savoir faire.

Au fond, ils ont raison, prenons les choses trimestre par trimestre. Au printemps, ça fera 79, cet été, 78, l'automne prochain, 77... Au fond, si je prends les choses positivement, je suis désormais  à l'âge où insensiblement le plateau de la balance se met à obliquer dans l'autre sens. Ça permet de voir la fin. Oui, sauf qu'une fin annonce l'autre, les autres. La fin de la séduction ? La fin des petits plaisirs cachés ? La fin, quoi... Pff.

Bon, allez, demain au bureau, j'emmène quelques bouteilles de champagne, au moins que ce soit l'occasion d'un peu de convivialité.

Quant à toi : santé !

16 novembre 2009

et de deux !

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Deux ans, donc. 731 jours exactement, 553 billets, 331 commentateurs pour 5.171 commentaires (dont 1.332 réponses).

57 millions sept-cent trente mille octets à viser le réel et me jouer de son improbable reflet.

Ça nous fait un bon paquet d'états d'âme, d'amants, de coups de gueule. De larmes.

Deux printemps. Un été à la dérive, un été en réanimation. Un long entretien d'introspection. Une trilogie pour exorciser l'impossibilité amoureuse. Un miroir qui scintille toujours. Malgré tout. Des rendez-vous et des rencontres. Des belles. Des qui ont transformé, dans une large mesure, la physionomie de ma vie et son rythme. De la musique aussi, même à l'Opéra. Oui madame !

Au premier jour, je trouvais ma marraine. A une semaine je m'épatais. A deux semaines, je jubilais. Au premier mois, au pied du mur, je croyais la source tarie. Pour les six mois, je convoquais tout ce que la terre comptait de fanfares et de tambours. Pour mes un an, je reluquais déjà mes godasses, rappelé à l'humilité par un chagrin qui me rongeait comme un cancer.

Deux ans, donc. Deux ans de narcissisme débridé, d'exhibitionnisme total, de mise à nu sans retenue.

Deux ans à en raconter quarante, en faut-il davantage ? Y a-t-il encore des recoins de mon âme que je n'ai décortiqués devant toi ? Y a-t-il d'autres hésitations qui me taraudent. Devrais-je aborder ici ma peur de vieillir, l'anorexie de ma nièce, et son entrée, aujourd'hui-même, à l'hôpital ? Me faut-il redire mon kif pour la masturbation ? Celui pour l'eau, pour les eaux chaudes de Budapest, pour les eaux de piscine, pour les eaux libres des rivières et des montagnes ?

J'écris trop souvent, paraît-il. Trop long. Les séries découragent. La politique rebute les tendres. Le sexe est futile aux politiques. Je suis partout, je suis nulle part, entre deux mondes, entre deux eaux. Mais j'ai besoin de chier de cette copie et de t'en balancer chaque soir. La logorrhée m'est une thérapie bien plus sûre que celle qui me coûte 60 euros chaque semaine.

Alors je continue. A l'aveugle, mais en confiance. Je continue.