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12 octobre 2008

appelez-moi Nosocomial

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C'est donc du petit lit blanc de ma chambre d'hôpital, où l'on m'a mis à l'isolement, que j'ai écrit ce billet et que je l'ai posté, profitant d'une courte éclaircie dans le ciel wifiesque tourmenté des alentours.

Sais-tu quelque chose de ces maladies nosocomiales, dont on nous rebat les oreilles ? Oui, certes, qu'on les attrappe à l'hôpital, mais encore ? Eh! bien, moi, je sais, je l'ai appris à mes dépends ces jours-ci. Non que j'en ai été la victime, mais parce que j'en suis devenu l'agent infectieux. Aaaaaaaaarghhhhhh ! Ca fait peur, hein ?

Qui suis-je donc ?

Je suis une bactérie découverte il y a trente-quatre ans, qui répond au doux nom de clostridium difficile (prononcer "difficilé", c'est du latin !). Je prospère parmi quelques camarades d'intestin chez presque un individu sur vingt, sans déranger personne. L'harmonie règne en général dans cette jungle digestive. J'adore les milieux tropicaux humides autour de 37°.

Moi, j'étais chez un pauvre bougre qui ne demandait rien à personne. Depuis très longtemps, peut-être. Seulement voilà, il s'est chopé une angine il y a à peine quinze jours. Oh!91, qu'il se fait appeler... Les angines, ça, j'adore, surtout quand elles donnent un flegmon de l'amygdale. Antibiotiques assurées ! et pas n'importe quelles antibio, parce qu'on on ne rigole pas avec les flegmons... L'augmentin, large spectre, l'idéal, ça fusille tout le monde, toute la flore intestinale. Toute ? Non. Car un petit germe résiste encore et toujours à ces envahisseurs : moi. Et alors là, c'est Byzance, tout le terrain passé au défoliant, je l'ai pour moi tout seul, l'intestin était un refuge, il devient un paradis, je prolifère, et je prolifère, et je fais des galipettes, et je me multiplie encore et encore. On ne me reconnaîtrait pas. Pathogène, il paraît que je deviens alors.

Je m'amuse à filer des coliques à mon patron, quelques crampes d'estomac (ça, j'adore, ça le fait hurler de la mort !...), je lui fais monter la fièvre, et je me marre chaque fois qu'il me balance un doliprane. Je peux même aller jusqu'à perforer des côlons, et là, crois moi, c'est la fin des haricots.

Là où je suis vicelard, c'est que si on me sort de mon milieu naturel, genre évacuation d'urgence via une diarhée carabinée, je me transforme en spores, et je peux survivre à sec pendant des jours et des jours, je me dépose sur les sols, sur les poignées de porte... jusqu'à ce que je sois ingéré par un individu étourdi, que je retrouve un intestin, et que je puisse recommencer ma vie ailleurs.

C'est d'ailleurs pour ça qu'on me trouve surtout dans les hôpitaux, et dans les maisons de retraite.

s_infectrl.jpgSeulement voilà. Si un médecin me reconnaît, là, c'est moi qui fais la tronche : expédition aux urgences, mise sous perf, antibiotique ciblé sur ma personne, pendant quinze jours au moins histoire que je ne relève pas la tête. Et pendant ce temps-là, le bonhomme : il ne doit voir personne. Du moins pas sans gant et sans masque. Eau de javel et bétadine à chaque contact, même mes spores n'y survivent pas. Et puis avec toutes ces campagnes contre les maladies nosocomiales, ils ne prennent pas la question à la légère !...

Bon, là, Oh!91, il va déjà mieux, et c'est moi qui suis à la peine. On lui a même enlevé sa perf hier, il n'a plus de fièvre, plus de coliques. Il est juste enfermé dans sa chambre comme un lion en cage. Il y est seul, en plus - être contagieux n'a pas que des inconvénients. Il a même eu du bol d'arriver à capter un hotspot wifi, précaire mais quand-même, pour ne pas être coupé du monde. Parce que si je suis malin, les ondes, je n'ai pas encore réussi à les choper...

Donc je crois qu'en définitive, je vais bientôt te le rendre à la vraie vie. Et tant pis pour ma pomme !

02 octobre 2008

le monstre gluant

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La lecture de ce billet n'est pas recommandée à jeun. Ni juste avant de passer à table. J'aurais prévenu. Enfin moi, ce que j'en dis...

Quand tu as l'amygdale en feu, le pire mal, c'est d'avaler. Et encore, avaler quelque chose d'un peu consistant, ça va, ça doit écarter un peu la glande inflammée de la luette, ça limite les frottements, c'est à peu près supportable. Mais avaler du liquide, donc boire, ou avaler sa salive, c'est le pire. La première nuit, ce fut donc une torture totale, jusqu'à ce qu'au réveil me vienne l'idée - bon sang mais c'est bien sûr ! - de garder un verre près de moi pour en faire... un crachoir.

Ainsi, toute cette salive, ces sécrétions que nous produisons en permanence sans même nous en rendre compte, que nous ravalons habituellement par réflexe, eh! bien moi, une fois qu'il s'en serait accumulé dans ma bouche une quantité incommodante, je n'aurais qu'à la cracher plutôt qu'à me livrer au supplice.

Dés que tu te mets à recueillir ce genre de choses dans un verre, tu te rends compte de l'énormité de ta production... En une journée, c'est un verre plein : ça vient de tes muqueuses, de la langue, du fond de la gorge, que sais-je, des dents peut-être. A la fin de la journée, quand tu observes ton oeuvre, ce monstre gluant, ces entrailles liquides sorties de toi, il y a d'abord plein de mousse sur le dessus, comme pour un verre de bière. Plus précisément, comme pour des blancs d'oeufs mal montés, qui dissimulent une couche inférieure épaisse où se confondent tes miasmes, tes glaires, remugles, morves et autres sécrétions bileuses...

Sans vouloir en rajouter sur ces considérations ragoûtantes, quand tu es lassé d'avoir sous les yeux ce bouillon de culture irisé de bruns clairs et d'orangés, tu t'avises de vider ton crachoir - évidemment pas dans l'évier, pour ne pas contaminer toute la maisonnée, mais plutôt dans les toilettes. Cette précaution coule de source, sauf que tu n'avais pas prévu que de longs fils persistants caractéristiques des solutions visqueuses allaient s'étirer, et s'étirer, entre ton verre et la cuvette des chiottes, et là, tu as beau dire, tu as beau faire, tu as beau compter que tu t'es épargné 100 ou 200 déglutitions douloureuses sur la journée, tu te sens terriblement seul.

Mais je parle, je parle. A mon tour de te tendre le crachoir !

00:05 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : grippe, angine, crachats

01 octobre 2008

l'amygdale à bascule

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Ca commence par un léger vertige à chaque mouvement, un mécanisme à bascule qui donne de l'inertie aux hochements de ta tête. C'est là que tu réalises qu'il se passe quelque chose. Au deuxième jour, les paupières deviennent lourdes, l'orbite pulse. Le long de l'épine dorsale se glissent de haut en bas des ondulations fébriles. Tes bras et tes épaules sont enveloppées de ouate. Ton corps a chaud mais ses extrêmités tremblent. Les sons sortent de ta gorge avec douleur, étouffés. Tes membres sont fourbus, chaque action te pèse : aller aux toilettes, préparer le thé, passer un coup de fil au bureau pour signaler ton absence, décommander ta séance de chiropractie... et il faut vite que tu retournes t'étendre.

Au troisième jour, la douleur de la gorge s'aiguise. Durant la nuit, tu es tenaillé, avaler ta propre salive est un supplice, tu portes sur le front les stigmates d'une migraine. Ton oeil, ta gorge, tu ne sais plus quel membre, quelle membrane t'arracher en premier.

Le médecin qui t'avait diagnostiqué une angine d'origine virale s'affole à la vue de l'amygdale et t'expédie aux urgences hospitalières, chez un ORL. Il y faut des antibiotiques. A forte dose encore. Mais pour la douleur, rien à faire, serrer les dents, faire passer le doliprane par le gosier, malgré tout, comme les boissons fraîches et la nourriture.

Je n'avais plus eu la grippe depuis des lustres, et voilà que c'est ma deuxième de l'année. Cet hiver, je me l'étais traîtée à coup de petites puces musicales que m'envoyait ma blogueuse jumelle. Et Saiichi avait dit des prières pour moi dans un temple boudhiste du Japon. Cette angine-ci me tombe dessus un peu tôt dans la saison... et apparemment, je ne suis pas le seul à m'être fait gagner par cette petite peste.

C'était une semaine pleine de rendez-vous très importants, une semaine à occasions. Ce sera donc celle des occasions manquées. M'en fiche !

Dis, à la Comète, à l'Assassin, dans ces quatre coins d'ailleurs d'où tu viens parfois me lire : te laisse pas abattre, bois un p'tit coup à ma santé ce soir, tu veux bien ? S'te-plaît, je te le revaudrai.

00:05 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : grippe, angine