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14 septembre 2011

rentrée musicale à couteaux tirés

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Ce soir, Salomé sera ma rentrée musicale. Une rentrée sauvage, forcément primale. Strauss, Wilde. L'impossibilité amoureuse transgressée à mort. Sauvage, Angelika Denoke que j'avais vue à Londres dans la mise en scène audacieuse et sensuelle de McVicar, reprendra son rôle.

Sauf qu'il m'en a coûté 55 euros. Finies les queues à quatre heures du matin pour obtenir des places à 20 pour les copains et moi : j'ai sombré dans l'abonnement, unique moyen de satisfaire mon addiction lyrique.

S'enfileront à la suite Lulu - une autre "tueuse" - pour deux nouvelles interprétations et une virée à Berlin au Printemps, à l'occasion de ses fiançailles avec Barenboïm, Pelléas et Mélisandre, sans trop savoir si je finirai par y adhérer, une Flûte enchantée aux Champs-Élysées, et une bonne vingtaine d'autres concerts qui me balanceront de terrains de connaissances vers des nuages inconnus : pour le coup, je me suis vengé sur les billets à 10 euros de la salle Pleyel, dont ils n'ont pas encore eu la peau...

J'avais rarement aussi bien approvisionné mon panier musical au 15 septembre d'une saison. J'en connais qui vont encore me reprocher de ne pas être dispo pile le soir où ils organisent une soirée... Mais c'est ça, ou la ruine musicale, alors.

Ah! et puis j'ai l'intention de viser un peu du théâtre - version chantée ou non. Beaucoup de choses me tentent : la rencontre amicale déchirée par la guerre entre le Richard Strauss de Salomé et le Stephen Zweig de l'Ivresse de la métamorphose, qui me bouleversa en son temps ; une Douleur qui porte bien son nom, où derrière Dominique Blanc et Patrice Chéreau se cache un magnifique talent, à qui mon cœur et ce blog consacrèrent une rubrique émue ; une version allemande, jouée et chantée de notre éternelle Lulu, par le Berliner Ensemble de Brecht himself ; quelques Genet ; et pourquoi pas une comédie musicale puisqu'il paraît que Cabaret revient à Paris !

Le traitement de mon talon, à hautes doses d'anti-douleur, a fini par soulager mon dos. Mes pannes de cœur sont éclipsées derrière mes peines de sexe. Et la Fête de l'huma viendra me rappeler qu'on peut s'ouvrir à l'art vivant, lui consacrer une place qu'on n'aurait pas imaginée, et demeurer quelqu'un du peuple.

Après tout, s'accrocher à l'art quand tout te pousse vers la sortie, c'est déjà une façon de résister.

08 juillet 2010

dans la folie londonnienne

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Cette fois, je suis un vrai. Un vrai de vrai. Et tu sais à quoi on peut le dire ? Pas au fait que j'ai vu 12 opéras cette saison, dans une frénésie presque adolescente. Pas au fait que j'ai plusieurs fois parcouru des centaines de kilomètres, comme un amant impatient, en voiture, en train, voire traversé la Manche pour aller voir des opéras. Pas à mes queues qui commencent parfois à quatre heures du matin devant Bastille pour réussir à accommoder mes entrées d'opéra à un budget modeste... Non, on le sait à une chose : désormais, je fais partie de ceux qui ont déjà vu au moins un opéra dans au moins deux mises en scènes différentes.

J'étais donc à Londres le week-end dernier pour revoir Salomé, de Richard Strauss. Ou plutôt pour voir Salomé au Royal opera House dans la mise en scène de David McVicar. Une expérience d'opéra incroyable. Presque insoutenable. Angela Denoke y reprenait le rôle créé en 2008 par Nadja Michaël. Un rôle exigent, intense, au corps mobilisé, livré à son propos démoniaque, jouant du sang, du sexe, sacrifiant le désir à l'impossible assouvissement, obtenant - plus que de son beau-père, d'un bourreau nu à ses ordres - la tête coupée du prophète adoré.

L'intensité musicale de Strauss se doublait ici du relief étonnant de chacun des personnages du livret. Le texte d'Oscar Wild en était magnifié, jusqu'aux bavardages iconoclastes des Juifs de Judée, ou aux mondanités dépravés de la cour d'une tyrannie bling-bling.

La veille, nous étions allés voir Le fantôme de l'Opéra au Her Majesty's Theater. Car Londres est aussi la ville de la comédie musicale. En se promenant à pied sur l'avenue qui remonte de Picadilly Square à Soho, les théâtres se suivent et se ressemblent : Hair, Mama Mia, Les misérables, Thriller, Chicago, Priscilla Queen of the desert, Le Roi Lion... Toutes ces productions y prennent pied pour des mois, des années, deviennent les noms familiers de leurs théâtres d'adoption, et jouent à guichet fermé chaque soir.

Il ne manquait que YMCA à cette fièvre. Mais cet air-là, c'est la fanfare de la garde royale, à l'heure de la levée dimanche matin, devant Buckingham Palace, qui nous le jouera, au grand étonnement de la foule rassemblée. Peut-être en hommage au 4 juillet américain ?

Londres a aussi été l'occasion d'un retour aux galeries nationales pour les salles du 16ème siècle, avec leurs Veronese et leur Michel-Ange, d'une visite au British Museum, avec toujours cette gratuité d'entrée qui t'épargne le poids du devoir d'en avoir vu le plus possible pour en avoir pour ton argent. La Pierre de Rosette et la momie de Cléopâtre auront suffi à nous combler pour cette fois.

Ah! Et puis nous avons aussi fait notre petite croisière sur la Tamise, car vu de l'eau, Londres ne se vit pas pareil.

100_4669.JPGVoilà. Et comme le soleil était au rendez-vous, celui du ciel et celui des yeux, avec de la tendresse et du plaisir au bout de l'archet, le week-end m'a rendu un peu oublieux du reste. Pour un peu, je n'en aurais pas remarqué qu'un blog de ma fratrie avait décidé de se mettre en suspension...