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21 juillet 2009

le détachement et et les regrets

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Je n'ai plus pleuré depuis... pfiouuu ! le 21 juin, je crois. Un mois aujourd'hui ! J'ai moins peur du vide, et j'appréhende mon départ en vacance sans angoisse excessive.

J'ai repris goût à l'écriture, et au temps long qui me l'autorise. Je succombe, encore, à des opportunités faciles, je n'ai pas encore pris toute la distance, mais j'ai commencé à le lire de façon différente, à l'objectiver : je m'autorise à être agacé de ses minaudages, je décrypte ses mimiques, l'usage qu'il a de la séduction, de l'apitoiement ou du silence, le sens de ses gestes, faussement réservés ou discrètement ostensibles, la part de calcul qui préside à ses mots, à ses appels, à ses initiatives. A ses relations en général. La part de résolution qui se cache derrière une apparente hésitation. Non qu'il soit avide, non, il n'est pas comme une amie à lui, dont il se rit souvent, qui ne fréquente que par appât du gain. Il joue dans ses relations des choses plus subtiles, qui n'ont à voir qu'avec son confort moral et l'illusion du lien. Mais son ressort est fondé sur du calcul, et cela ne m'échappe plus. D'autres en ont souffert avant moi, en souffrent ou en souffriront. D'autres s'en détachent vite pour les mêmes raisons, et c'est sans doute pour cela que je le vois condamné à la solitude. L'admettre m'aide, même si cela nourrit le regret qu'il n'en soit pas autrement. Ou parfois la rage de le sortir de ce piège.

Le regret est un oiseau étrange, qui ne sait exactement où se poser : sur des carresses arrêtées, sur des sourires sans issus, sur un irréel reconnu, sur la carcasse d'un rêve abandonné... une espèce de vide qui refuse de se nommer.

J'ai à présent à peu près tout compris de lui.

Et finalement, il suffirait qu'il en revienne à m'aimer pour que je puisse le quitter une fois pour toutes.

17 avril 2009

je devrais voir quelqu'un

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Me voilà bien, moi, à devoir me mettre le chagrin dans la poche pour écrire la critique d'un livre. Bon, quand on a écrit sur un opéra, on doit bien pouvoir parler d'un livre, non ? Surtout si on l'a aimé, qu'on s'y est vu, enfin, qu'on y a reconnu quelques unes de ses piteuses évidences. Et ses peurs.

Encore plus si c'est celui d'une amie.

silly - Copie.jpgUne amie. Justement, c'est sa meilleure amie qui conseilla un jour à Sarah d'aller voir quelqu'un. Quel cliché ! Elle pourrait s'en gloser encore, tiens ! Sa meilleure amie... Enfin, l'amie parfaite, quoi, l'exemple, l'irréprochable, la plus-que-parfaite, donc la plus-qu-insupportable, le contre-modèle total - et qui s'ignore comme tel, forcément.

Ce n'est pas qu'elle n'a pas cherché à s'en débarrasser, de ce petit monsieur tapis dans l'ombre, légèrement en arrière de l'orbite, avec son feutre noir. Avant finalement de se résoudre à s'en jouer. Alors maintenant qu'elle l'a domestiquée, sa folie, tu parles qu'elle va aller la brader sur un divan !

Il y a dans ce roman, fluide, trois personnages. Enfin, il y a toi, moi, elle, lui, tous ceux qui se sont frottés aux aigreurs de l'amour jusqu'à s'y perdre, et ceux qui ont cru atteindre le bonheur en s'affranchissant de ses escarpements. Je n'ai pas arrêté d'y voir des gens connus, et d'y croiser mon imbécillité d'homme. Dans Julien, tiens, qui a tout mais se silly - Copie (5).jpgperd dans... comme moi je m'écorche sur... Il y a aussi ce pouvoir magique de l'écriture, qu'en fait tu ne maîtrises jamais puisque c'est lui qui dicte sa loi. En écrivant, tu crois donner vie à un personnage, mais c'est lui qui prend possession de toi. Tu as le pouvoir de lui ouvrir toutes les voies, jusqu'au loufoque, mais c'est hors d'aspect qu'il construit son réel. Le tangible ne s'anime qu'une fois écrit, sinon l'intangible prend toute la place, et la folie s'instille, et les preuves s'inversent, attestant de ce qu'elles sont mais surtout de ce que tu es.

Ce trio te dis la vie et l'impossibilité de l'amour, comment n'y aurais-je pas été en résonance ?

silly - Copie (6).jpgJ'ai hésité à commencer cette note plutôt comme ça : il faudrait que moi j'aille voir quelqu'un. J'y pense sérieusement. Quelqu'un qui m'aiderait à comprendre pourquoi je laisse l'amour m'envahir et me détruire. Qui me ferait admettre que les hommes ne sont que ce qu'ils sont, et jamais ce qu'on voudrait qu'ils soient, quelqu'un qui me ferait digérer, intégrer, assimiler, une fois pour toutes, une bonne fois pour toutes, que je n'aime pas celui que j'aime, mais simplement l'idée que je m'en fais, que ç'eut pu en être un autre, et qu'au fond cette figure de l'homme aimé n'est qu'une chimère - fût-elle bien plantée là dans le champ de vision, ou juste un peu à l'écart. Une intrusion qui n'a d'autre fonction qu'aiguiser ton orgueil. Que te démettre la raison. La souffrance est son alibi.

Quelqu'un qui non seulement me dirait avec le poids de la science tout cela que je sais déjà, mais qui me ferait trouver absolument absurde et loufoque de persister, qui me ferait rire de moi, rougir de honte, me fendre carrément la poire, et ne laisser à la spirale destructrice que la liberté de s'absorber elle-même.

Je vais y aller, d'ailleurs, voir quelqu'un, avant d'être définitivement amouraché de ma folie. Avant qu'un de mes meilleurs amis ne me le silly - Copie (4).jpgsuggère, histoire de lui épargner cette incongruité.

Tout cela, donc, pour te dire - car je m'égare : file lire Tu devrais voir quelqu'un, le premier roman d'Emmanuelle Urien (Editions Gallimard). Heureux en amour ou pathétique dans les tourments, files-y, tu y trouveras ton enfant de Bohême. Et un réel plaisir de lecture.

9782070123568.jpeg(Une version sonore du chapitre premier s'écoute ici, performé avec la complicité de Manu Causse)

(Pourquoi ces illustrations ? C'est que, pour moi qui ne me suis remis à lire qu'à la faveur de mes aventures en blogosphère, je lui ai trouvé, à l'intrus du roman, avec sa silhouette noire et son chapeau sur la tête, une étonnante allure de Balmeyer. Y compris sous les traits du jeune homme naïf et lumineux qu'y dessinera Sarah tantôt. Parce que je connais aussi l'original. Voilà un avatar qui m'a accompagné tout au long de la lecture)