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21 décembre 2009

confondre être et avoir

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C'est à trop confondre être et avoir, que les tempêtes naissent dans les huis clos et déclenchent les folies dévastatrices.

Copenhague en est une sorte d'illustration à l'échelle de la planète. Vous avez tout eu, nous avons le droit de tout avoir à notre tour, l'avenir, on en parlera plus tard. Quand on n'a que la croissance à offrir en progrès, qui sommes nous pour dénier à ceux qui n'avaient rien l'envie de vouloir nous ressembler ?

La terre, nous y sommes prisonniers, c'est notre conclave. Il y a peu, on la voyait immense, infinie, nous pouvions ne jamais cesser de la conquérir et d'en exploiter les trésors, nous pouvions ravager paysages et îles barbares, nous n'étions qu'un simple pas dans la grande marche en avant de l'humanité. Aujourd'hui on sait. On sait qu'on a joué avec le feu, que la nature a atteint ses limites, que les ressources sont un bien qui s'amenuise, jusqu'à disparaître, pour certaines, dans à peine une génération ou deux.

On sait tout des peuples anéantis, des cultures dévastées, de l'uniformisation des modèles ; les élites rivalisent entre elles dans la possession, et l'on cherche la pensée qui nous en sortira. Copenhague nous afflige, mais le capitalisme l'avait écrit d'avance à l'encre du productivisme.

Copenhague s'est voulu Salomé avec la Terre.

alastair4.gifSalomé, fille illégitime d'Hérode, se joue de l'attirance incestueuse du despote (voir ici sa fameuse danse des sept voiles) pour obtenir la tête du prophète Iochanaan, qu'elle n'a pas su séduire malgré une beauté ravageuse pour laquelle bien des hommes pourraient mourir. Elle aimait - comme on croit aimer quand se dérobe l'être aimé - au point de vouloir posséder. Posséder quitte à tuer. Le mythe biblique, immortalisé par Oscar Wilde, a donné à Richard Strauss matière à l'un de ses plus beaux opéras.

C'est le 1er décembre dernier que je suis allé le découvrir à l'Opéra Bastille. Densité dramatique, intensité musicale, remarquable présence lyrique de Camilla Nylund... tout y était, jamais occulté par une mise en scène sans excès d'éclat, voire kitch le temps d'une courte éclipse lunaire.

J'irai bientôt à Bruxelles voir, à la Monnaie de Munt, Elektra, un autre opéra de Richard Strauss, accompagné par ce même compagnon qui m'introduisait, il y a un an, dans l'univers de la grande musique, et dans l'illusion d'un apprentissage : celui de l'amitié amoureuse.

J'ai renoncé. L'amitié ne peut être amoureuse. Ou je réussirai la conversion totale vers une belle amitié, mâle et complice, légère et dépourvue d'enjeux, sans attente. Soit je laisserai épisodiquement des ouragans violents éclater dans ma poitrine, vivant chaque silence comme un abandon, et dans le secret de ma douleur me verrai vautré dans la fange de l'immonde jalousie.

On m'avait dit d'un chagrin d'amour qu'il pouvait durer un an et demi. Cela me paraissait une immensité. Nous y sommes, jour pour jour. Jour pour jour il y a pourtant six mois qu'aucune larme n'a coulé de mes yeux pour lui. Elles ont parfois été au bord, mais à chaque fois la révolte a pris le dessus sur l'effondrement. L'obsession, pourtant, est toujours là, et cette satanée tempête, bêtement, qui toujours revient. Comme si être son ami, être présent dans sa vie, être l'un de ses repères, peut-être son principal appui, être à sa portée ne pouvait me suffire, comme si je devais l'avoir pour moi, pour moi seul, ami ou amant, avec ou sans caresse, mais l'avoir à moi...

Cette confusion entre l'être et l'avoir ne défait pas que l'avenir du monde, elle bousille les propres chairs de la raison.

12 avril 2009

chantier arrêté

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Je suis avec mon ami d'amour dans l'état où je m'étais mis avec Menem il y a vingt cinq ans. Une sorte d'effacement, de soumission, d'incapacité créatrice, je suis canibalisé de la même manière, avec comme seul horizon destructeur de me rapprocher et de me rapprocher encore de lui, de ne rien perdre de ce qu'il peut me donner mais sans espoir de toucher un jour une quelconque destination. Menem est devenu pourtant un ami d'éternité. Voilà plus de quinze ans que je ne cherche plus à l'atteindre. Il est désormais de la famille, et ses trois fillettes sont mes autres nièces. Il a fallu que j'aille loin, jusqu'à faire de sa langue mes études de fac, de ses chansons ma culture, de son pays ma mire, et alors il a cessé d'être un astre violent dans mes entrailles.

9023f.jpgPeu de temps après qu'il soit monté à Paris, il a habité à Arcueil, dans la grande barre de la Vache noire (ci-contre). Il y est resté vingt ans. Il en a eu des copines, des fiancées, des femmes. Je pense lui avoir connu toutes ses vies.

Sa famille a été relogée l'année dernière, et la Vache noire est en cours de démolition (photo du haut). Il n'en reste presque plus rien. Seule l'extrêmité Est de la barre est encore debout, sans doute le temps de la trêve pascale. Au onzième étage, sous la parabole, on y distingue ce qui fut son appartement.

C'était étrange hier, cette vision de dévastation, avec juste, comme porté en Mausolée, ce vestige de vingt ans de vie, à qui les maçons avaient accordé un délais de grâce. Mon coeur est à peu près dans cet état. Jonché de gravats, mais porté à bout de bras, il cherche dans cet ephémère sursis son mausolée.

07 avril 2009

l'autel des sakura

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Ce sont de petites fleurs de cerisier - de sakura, plus précisément. L'une est grand ouverte, l'autre presque encore fermée. Les queues resserrées, comme portées par la même tige. Mais là piégées dans un petit bloc de verre aux arrêtes arrondies. Selon la face par où tu regardes ce gros dé bizeauté de résine transparente, la grande te jette aux pupilles un dévolu écarlate. Ou se détourne de tes paupières, négligente et amère. C'est de profil qu'elle te parle le mieux : flanquée d'une fine dentelle de lumière, elle te fait don de pistils resplendissants. Sous tous les angles, l'autre n'est que le faire valoir de ses cinq pétales nacrés.

J'ai aménagé un petit coin chez moi, sur un pan de mûr souvent exposé à mon regard. J'y ai mis en cadre l'estampe d'Hiroshige reçue en carte postale, la prière bouddhique et son écrin de soie, et une petite bougie, pour faire miroiter les fleurs de sakura. C'est un autel à mon amour. J'y dépose tantôt des sourires patients, tantôt des souvenirs tristes, parfois quelques larmes, l'important est qu'il soit là, toujours dans mon champ, et qu'une flamme y vacille au souffle de mes serments. Hier soir, au terme d'une longue séquence d'amitié amoureuse, je contemplais leur profil, histoire d'y voir le jeu encore ouvert.

Avant cela, mon blog en fut un autre autel. Longtemps l'an dernier, j'y faisais mes dons et lui les siens. Je viens d'en visiter quelques reliques, comme pour raviver d'inutiles lueurs. Quel fatras ! Les sakura y eurent aussi leur floraison. Avril en fut la plus belle saison : j'y livrais ma vision d'un amour au grand A qui depuis se dérobe. Il y passait comme un rituel et j'y misais tout. Tous mes espoirs, tous mes rêves, tous mes combats. Il est dommage que je ne sois qu'infâme mécréant, parce que dans les préparatifs de cette messe, je comprenais comment la dévotion pouvait rendre invincible.

Puis, la vie changeant, des notions aussi perverses que la pudeur et le respect m'ont conduit à remiser l'autel dans les catacombes. Les cierges y brûlent désormais en secret.  Je n'ai plus guère l'espoir qu'il y dépose un morceau d'éternité, mais s'il lui en venait la déraison, il saurait en trouver la clé. Le blog continue donc autrement, l'essentiel des salles de ma chapelle sont encore ouvertes, et accueillent les visiteurs complaisants ou curieux. Mes doigts y écrivent simplement plus souvent que mon cœur. Le sanctuaire est ailleurs. Sur un coin de mûr, dans mon cœur, justement, dans l'effroi de mon corps sec, sous les replis de ma peau vieillissante. C'est là que désormais, et malgrè tout, je formule mes vœux secrets, l'œil rivé à l'autel des sakura.

Il sait tout de l'amour que je lui porte, sans avoir à passer par là. Il accepte tout de cet insupportable fardeau. Et moi, dans cette antre incertaine, j'accueille ce qu'il me donne, ce qu'il ne me donne pas, ce que je voudrais qu'il me donne, ce que je ne voudrais pas qu'il me donne, et ses silences, et sa liberté. Parce que si je n'ai plus la force de faire l'amour, j'ai encore celle de prier et de croire.

15 février 2009

et si à la saint claude...

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Comment pourrais-je ne pas parler, quand j'ai le coeur en charpie. Chiffonné, comme au premier jour. Et merde !

Ne pas nommer, d'accord. Ne pas lier, soit. Mais comment ne pas parler ? Juste pour franchir ?

Car depuis huit mois mes rêves toujours se fracassent sur les mêmes récifs, car toujours le ressac emporte avec lui les larmes et l'amertume, jusqu'à la marée suivante. Car entre deux fracas, entre deux eaux, le rêve se croit malgré tout. Et la paix règne.

Qu'a-t-il fallu cette fois à la Saint-Valentin pour s'écorcher ainsi dans le silence ? Un geste mal à propos ? Un cri strident hors de proportion ? Un repli hors de portée, hors de vue, à même le siège d'un pitoyable inaboutissement ?

Qu'a-t-il fallu ensuite ? Du soulagement ou de l'orgueil ? Qu'a-t-il fallu ? Et que faut-il ?

Qu'y faut-il ?...

Regarde-moi : crois-tu vraiment que je méritais ça ? Penses-tu vraiment que je néglige tes fragilités ? Allez, la Saint-Claude s'installe, engageons une nouvelle ballade.

25 décembre 2008

tester encore l'adamantin du lien

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Il y a plusieurs façons de marquer la trêve des confiseurs, de s'éloigner de l'écran pour se consacrer à autre chose, de s'immerger dans l'esprit de la fête, d'être tout entiers à ses proches, avec du temps non compté, de s'extraire du monde et de ses hiérarchies suffocantes.

Plutôt que dix jours de jachère, j'ai préféré parsemer, en version préprogrammée, cet écoulement paisible de retours en arrière, revenir avec toi sur des billets qui m'ont touché, les mettre en regard d'émois à moi, parfois déjà lourdement partagés avec toi.

Tu vas donc retrouver ici, jusqu'à l'année prochaine, des choses déjà lues ailleurs, et tant mieux si s'y trouvent aussi pour toi des découvertes.

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"Ensuite, vous abordiez le chapitre des amitiés amoureuses. Sujet scabreux s'il en fut - et pourtant vous saviez devoir tester encore l'adamantin du lien lorsqu'il restait ouvert. Des mains se frôlaient sur la table, sous la table des pieds se heurtaient ; et votre colère équivoque fleurissait sur cette tranche - lier, renouer, effacer, prendre et donner, désirer, croire.

Le jour se leva sur la défaite des obscures raisons."

Manu Causse-Plisson

Dans ton blog, le 10 décembre 2008

L'adamantin du lien. Longtemps j'ai médité cette expression, rencontrée un jour sur le blog de Manu Causse-Plisson. L'adamantin, ce qui, dans le lien, relève donc du diamant, ce qui en a l'éclat, la dureté. Tentant le pari de l'amitié amoureuse, m'aventurant sur ce sentier sans trop savoir où il me menait, j'étais donc parti pour ne garder de l'amour que son diamant brut, sa pureté absolue parce que je l'en aurais dépouillé de tout le reste : la banalité, le quotidien, les habitudes, mais aussi la jalousie, la possessivité, la vanité...

Voilà ce que me disait Manu : avec l'amitié amoureuse, le lien restait ouvert, je n'avais pas d'autre choix que d'en éprouver l'éternité, malgré ses ambiguités douloureuses et ses heurts.

Et depuis j'attends le lever du jour pour que s'y dissipent ces énigmatiques "obscures raisons". J'attends. Sans y croire vraiment.

03 décembre 2008

le 3 décembre dernier

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C'était le 3 décembre en fin d'après-midi, il y a tout juste un an. Pour la Xème fois je te raconte cette histoire parce qu'il n'y en a pas de plus belle.

Ça avait commencé dans un café du 11ème, mon arrondissement de naissance, tiens ! Ça avait fini dans son studio, non loin de là. Ce jour-là, il était tombé amoureux, et j'étais devenu son amant. Il nous avait fallu presque quatre mois pour nous retrouver et réparer ainsi de nos chairs et de quelques soupirs l'offense initiale, la fuite honteuse, la rencontre avortée de Budapest.

Combien d'images résonnent dans ma tête, combien de sons, de phrases, d'écrits, de messages distillés, instillés, jour après jour, mail après mail, SMS après SMS, pendant les six mois qui s'ensuivirent ?

Combien d'épreuves et d'espoirs dans notre combat partagé - et moi absent au jour de la délivrance ! Et que d'espoirs échafaudés ce faisant ! Quelle force on avait dans les bras l'un de l'autre ! Aurais-je pu ne pas tomber amoureux à mon tour ? Aurais-je pu ne pas y lire de promesses ? Cet amour ne pouvait être qu'éternel, l'eau limpide est éternelle, non ?

J'ai traversé les six mois les plus heureux de ma vie. Les plus sereins. Les mieux assurés. Les plus évidents. Oui, c'est ça : il y avait une absolue évidence dans cette relation, l'évidence de la justice, de la victoire, et celle, juste accolée de la sincérité et de l'envie. Je me nourrissais de ses frustrations et préparais les miennes, mais nous étions au firmament.

J'avais d'abord dit, écrit, agi pour le tenir à distance. Puis dit, écrit, agi pour le tenir en haleine. Mais quand je fus prêt pour le grand saut, c'est lui qui n'était plus là. Une histoire d'alchimie, paraît-il. Un mystère, donc. Et pour toujours un mystère. Les six autres mois furent faits d'intense douleur et de soins patients.

Connaîtra-t-il jamais quelqu'un qui l'aimera comme je l'ai aimé et comme je l'aime, quelqu'un qui ait en soi, même en toute retenue, autant à abdiquer ? Je le lui souhaite du fond du coeur, c'est même mon voeu le plus étincelant pour cet anniversaire sans teint.

Moi, j'ai un autre challenge à réussir, une autre construction, un autre horizon avec lui, il me faut absolument m'en convaincre. J'ai beaucoup de larmes aujourd'hui, un flot comme un courant contraire, un reflux qui me fait dévier de ce cap, mais je ne lâche pas la barre. Il me faudra être un bon marin.

C'est à dire un de ceux qui ne se laissent pas gagner par la nausée. Qui gardent la tête froide au plus fort de la houle. Qui savent en dépit de tout où ils en sont. Admettre que ce n'est peut-être pas de lui que j'ai le regret, mais de ce que nous avons traversé ensemble. Admettre que scellé dans une union réelle, notre amour se fut peut-être vite affadi avant de se fracasser. Admettre qu'il n'y a d'éternité que dans l'amitié amoureuse, jamais dans l'amour. Admettre que les chimères n'ont construit le monde que dans son versant imaginaire, alors que nous, justement, nous... que faisons-nous, sinon inventer à travers ce chemin mouvant mais complice une façon bien réelle d'être heureux malgré tout, et solidaires quoi qu'il en coûte.

Il me faudra être bon marin, oui,  à défaut d'être bon poète. Et putain ! il me donne beaucoup pour y réussir. Moussaillon, sur le pont !