05 juin 2008

Excusez-moi !

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Il y avait un beau black mercredi soir dans ma ligne d'eau. Je l'y voyais pour la première fois. Jeune, belle gueule, rigolard, le corps sec et musclé, petit moule-burne serré gris clair, mais avec ça plutôt malhabile dans l'eau... Je l'ai dépassé plusieurs fois, l'effleurant sans intention. A un moment, nous retrouvant côte à côte en bout de ligne, il me dit : "c'est drôle, vous dites tout le temps pardon" ! Et voilà, que c'était reparti, merde, putain ! Je m'en étais même pas rendu compte. "Oui je sais, je lui réponds, on me le reproche bien assez. Mais vaut mieux ça que de donner des coups dans tous les sens sans rien dire à personne, non ?"

Donc c'est comme ça : je suis en trop. Jamais à la bonne place. Jamais au bon moment. Une espèce de bidule encombrant au milieu des jambes, la contrebasse dans un studio d'étudiant, le cheveu sur la soupe, l'éléphant dans un magasin de porcelaine, le chien dans le jeu de quilles, que sais-je ? C'est comme ça, j'arrive pas à me percevoir autrement.

Alors je m'excuse tout le temps. Et forcément, ça énerve. Et pour le coup, je n'ai pas besoin de passer des heures sur un divan pour savoir d'où ça me vient... Ah! sacrée maman, tu nous as peut-être pas si mal réussis, mon frère et moi, mais si tu avais pu te la garder pour toi, cette putain de saloperie de culpabilité à la con, toujours mal placée, cette gêne aussi idiote que permanente, je te jure, on t'en aurait pas voulu tant que ça !

Si je fais un peu de prospection dans mes souvenirs, je me suis toujours vu soit complètement transparent, invisible, un peu comme si ma complexe-males-250x175.jpgprésence quelque part, parmi des amis, ne comptait pour rien, juste une truc comme ça, sans impact d'aucune sorte, dépourvu de sens, incapable de s'installer dans un champ de vision.

Soit totalement encombrant. A m'excuser à tout bout de champ.

L'invisibilité avait un mérite : elle alimentait des rêves érotiques dans mon enfance : je circulais parmi d'autres garçons. Parfois exhibitionniste, j'étais au milieu de tous les autres, mais seul moi me savais nu. D'autres fois en mateur acharné, j'avais la faculté de voir les autres nus grâce à des lunettes magiques. Il y avait surtout des garçons dans ces rêves-là, sauf une grande et mince fille noire, je ne saurais trop dire pourquoi. Mais bon, là n'est pas mon propos.

Encombrant ou invisible, en tout cas, j'ai toujours pensé que où que je fus, le mieux était de ne pas y être. Au pire ça ne changeait rien, au mieux ça soulageait.

Pourquoi suis-je ainsi incapable de me voir comme un élément de la scène, un personnage dont le rôle conditionne celui des autres ? Voire comme simplement quelqu'un qui compte ? Qui n'a pas besoin de s'excuser d'être là, mais juste de vivre là au milieu des autres. J'ai beaucoup compensé ces travers. Avec de l'action publique. Avec du militantisme, des convictions, avec de la prise de responsabilités. Il y a ainsi de nombreux contextes où je dissimule ce travers, où on ne le soupçonne même pas. C'est dans ces cas là que je me vis dans l'usurpation. Mais très régulièrement, il ressurgit. Et un beau black musclé dans une ligne d'eau, sans complexe, peut même s'en étonner ouvertement... Excusez-moi.

16 mai 2008

Six mois de subvertion

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Ce blog a six mois aujourd'hui.

C'est quoi, la durée de vie moyenne des blogs ? Et  c'est à combien, leur âge de raison ? Quand est-on dans l'expérimentation ? Et quand dans la vitesse de croisière ? A quoi juger s'il joue un rôle ? Ou s'il n'en joue plus ? Pourquoi tu y trouves quelque chose, au point d'y revenir ? pourquoi d'autres s'échappent à toute jambe ? Est-ce important d'être lu ? Ou dérisoire ? Y a-t-il une utilité à tout ça ? Je crois que oui, mais de quelle ordre ?

Une fenêtre ? un lien ? Un zoom sur la vie ? Une façon d'être dans la parole, un acte de résistance ? La soumission à une mode ? Une compétition ? Une façon d'exister, de s'affirmer ? D'avoir un pied ailleurs que dans la vie ? Une fuite, en somme ? L'espérance d'un ailleurs ? Cette maison d'hôte avant l'heure, le contre-point en contre-jour ? Une anti-dote à l'habitude, une façon d'éviter les sorties de route ?

Ce blog a été ouvert dans l'anonymat total. J'y reviendrai. Je n'avais mis que deux de mes amis dans la confidence. Deux amis rencontrés eux même dans l'univers bloguesque, et donc déjà rompus, d'une certaine façon, à ma façon gentiment impudique d'exposer des bribes de ma vie. A cette "liberté de parole" que me jalouse - à tort - Manu, et qui était possible du fait même de cet anonymat.

Puis nous avons commencé à nous voir, à nous parler. Parfois à nous aimer. Désormais, tu me lis et fais partie de mon intimité. Tu es à la fois sujet et objet. Tu observais mes infidélités, tu les subis aujourd'hui. Tu t'amusais de mes petites perversités, de mes branlettes ou de mes touche-pipi improbables, voilà que tu pourrais aujourd'hui y voir de l'inconséquence ou de l'abandon.

Ton regard s'est subverti. Comment ma langue n'en serait-elle pas corrompue ?

Je me fais un devoir de rester dans cette "liberté d'écriture". Au risque de te choquer, ou de te lasser. C'est  une façon pour moi de rester fidèle à l'intention originelle, d'éprouver ma capacité à lutter contre cette corruption-là.

C'est peu dire que ma vie a connu des chamboulements depuis le début de cette aventure. J'y ai gagné du détachement, la conviction de ce que le plus important à réussir dans sa vie, c'est sa vie (merci à toi de m'avoir donné cette clé). Et de ça, je reparlerai.

12 mai 2008

fêter l'eau comme des mômes

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Je me suis échappé ce week-end avec ma copine Fiso pour une visite éclair dans le Ch’Nord. Pour elle, c’était un peu du pèlerinage, sur les traces de lieux où elle a vécu, brièvement, auprès d’une branche de sa famille. C’était aussi le plaisir d’être accueillie par un ami commun, et de faire la connaissance de sa petite famille.

Je retiens de ces 24 heures d’échappée belle - comme un délire d'adolescents - le long farniente d’une après-midi où se consolide en sourdine de l'amitié et de la fraternité.

Après le déjeuner, nous avons mis en place la piscine gonflable au milieu du jardin. Il a suffit de 4 ou 5 cm d’eau dans le fond pour que ce confetti bleu devienne vaste terrain de jeu et occupe les enfants pendant des heures.

1138373978.jpgAvec l’eau, tout s’oublie, tout devient rêve. L’eau, on s’y met, on s’en sort, on s'y remet, on y jette des objets, on les regarde flotter, on fait des plouf, des plaf, on éclabousse les alentours, et qu’est-ce qu’on rigole. Le crois que dès qu’ils sont dans l’eau, les enfants se voient devenus magiciens. Au seul contact de l’eau, les perceptions de leur corps changent. Ils font des choses tellement extraordinaires, qu’il faut tout le temps qu’on les regarde. Ne rien manquer de leurs performances. A d’autres moments, ils sont seuls dans leurs contes, ils font tous les personnages à la fois, les grands ne sont plus là… Quelles fables, et quel repos !

Quand on devient grand, on perd hélas! ce goût de l'eau. Enfin, je parle pour moi. Il m’a fallu faire tout un travail pour revenir à l’eau. L'eau est devenue un truc quelconque, d'une banalité terrible, innommable. Elle coule à ton robinet, d'ailleurs elle y a toujours coulé. Et puis quand tu t'en es servi, elle file à l'égout. Et oups, le tour est joué. Comment elle arrive, comment elle repart, qu'est-ce qu'elle devient, qui s'en préoccupe vraiment ?

On en a perdu aussi, du même coup, le sens de nos rivières. D'ailleurs en Région parisienne - en dehors de Paris où le patrimoine de pierre constitue un bel écrin historique à la Seine - que sont nos rivières devenues ? Sablières, bétonnières, activités portuaires, le tout enchassé entre des pérés en béton, derrières des murettes anti-crues...803310577.JPG

J’ai comme l’impression qu’on est en train d’y revenir. L'envie renaît d'avoir accès aux berges, de pouvoir s'y promener, d'y aménager des espaces naturels, peut-être un jour d'y faire plouf et plaf aussi !...

Conscience environnementale aidant - tout comme certaines préoccupations sur le cadre de vie - il y a même des temps pour la célébration de l’eau. J’en ai relevé un certain nombre, pour t’inviter toi aussi à rechausser tes yeux 1507392178.jpgd’enfant et à revenir vers l’eau.

Dans le Nord, ce sera les 6, 7 et 8 juin : il y a le festival de l’eau de Saint-Amand-les-Eaux, vieux déjà d’une dizaine d’années, et il y aura aux mêmes dates la Deûle en fête : à Lambersart et dans six autres communes situées en bord de Deûle (avec possibilité de prendre le bateau pour relier les fêtes entre elles…)

Dans le massif central, ce sont tous les Départements de la région qui accueillent des manifestations de découverte du paysage, avec le festival H2O, généralement durant la dernière semaine de juillet.591464680.jpg

Et puis très bientôt, les 24 et 25 mai, un événement qui me tient particulièrement à cœur sur les berges de la Seine et de la Marne, tu vas vite comprendre pourquoi : le festival de l’Oh !, avec ses innombrables spectacles sur l’eau et sur les berges, ses 25 villes-escales à Paris et en Val-de-Marne, ses jeux pour petits et grands où l’on s’interroge sur les enjeux de l’eau, les activités nautiques, de voyages sur l'eau, la solidarité qui y vit à travers la découverte des cultures de l’eau dans le monde…

Je te jure, de quoi redevenir môme.

12 avril 2008

inventer, pour ne pas mourir

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La mort d'un blog, c'est une souffrance. C'est aussi une déclaration d'abandon. C'est un acte de cruauté. Comme la plupart des gestes de la vie qui n'atteignent ni au droit ni à la dignité humaine, il ne se juge pas, il ne peut pas être jugé. Mais il se jauge, il s'éprouve, il se commente aussi sans doute. A-t-on ce droit-là ? A-t-on autant de pouvoir que ça ? Lâcher, du jour au lendemain, sur un coup de tête ou sur préméditation, des gens venus vers soi en ami ? En amant ? Des gens qui ont fait de ces partages intimes un peu de leur quotidien, ou beaucoup, leur rendez-vous de huit heure cinq ? Ai-je le droit, de façon unilatérale, de fermer d'un coup un espace que j'ai voulu accueillant, de faire disparaitre d'une formule magique les fauteuils sur lesquels des amis avaient pris place ? De déclarer le théâtre en faillite au milieu de la représentation ? En ai-je le droit, au seul motif que j'en suis le boss ?

Avant de décider l'ouverture de ce blog, j'étais "simple lecteur". J'avais trois univers où je passais chaque jour, plusieurs fois, suivre le fil des billets et des commentaires.

Je me suis épris de leurs auteurs, c'est à dire que je les ai aimés vraiment, d'un amour parfois déraisonnable. J'en ai conçu sans m'en rendre compte, des stratégies pour me rapprocher d'eux, m'en faire d'authentiques compagnons, l'ouverture de mon blog était un élément de ce parcours. Je me suis lancé pour eux. Pour eux, sans trop percevoir ce que je chamboulais de ma vie et de moi-même, je me suis jeté à l'eau.
Je ne peux pas concevoir avoir été lâché au milieu du gué dans ce cheminement. J'en aurais souffert incommensurablement. J'ai d'ailleurs hésité de longs mois avant l'ouverture de mon blog à partir de cette seule notion : celle de la responsabilité. Je savais - parce que je venais d'en vivre l'expérience - que du seul fait de l'ouverture du blog, dès le premier jour, avec le premier billet, je prenais une responsabilité. Vis à vis de toi, vers qui au fond j'avais envie d'aller à travers cette expérience. Je ne pouvais pas décider de me livrer, de te donner, de prendre aussi de toi, sans devenir comptable ou redevable à ton égard. Blogueur, "simple lecteur", déjà devenu intime, tu me l'as confirmé cette semaine à ta façon, avec malice et avec chaleur. Avec amour.

Donc je n'arrête pas. Désormais, nous vivons ensemble, nous mourrons ensemble. Évidemment, ça veut dire que je me dois d'accepter ta lassitude, tes égarements, tes infidélités, tes retours plus ou moins tonitruants. Et toi, tu es condamné à me voir sans faux-semblants, ou à moitié masqué par orgueil, à recevoir mes états d'âmes en pleine gueule, à admettre mon droit à la paresse et des passages à vide.

Bien sûr, il y a de nouvelles questions. Comme gérer les cercles, tiens. Ne rien en perdre, les articuler, les garder frais dans ma tête, ne 1295932640.jpgjamais laisser s'installer la lassitude, combattre la banalisation.

Je peux dire qu'avec mes compagnons de la première heure, j'ai réalisé mes objectifs. Ils sont dans ma vie, ils sont dans la vie, plus que je ne l'aurais espéré. Il y a désormais quelque chose de différent. Nous avons besoin d'inventer, comme des défis nouveaux à nous lancer qui n'appartiendront qu'à nous, pour que cette tension qui nous a tenus nous tienne encore malgré les distances, pour que ce cercle, ce premier cercle reste quelque chose d'unique, animé d'une envie exceptionnelle. Mais je veux aussi que nul qui nous observerait de l'extérieur ne puisse se sentir exclu. Notre ciment ne doit pas se dissoudre, il nous faut inventer d'autres énergies, d'autres contacts, des épisodes à écrire avec ou sans le regard des autres. Mais je veux aussi trouver l'intermodalité avec ces autres cercles devenus si chers, si denses, si engagés,  si riches, si tendres, si aimant. Je vis mon blog comme un outil au service de ce projet.

Même si le temps n'est pas extensible à l'infini, même si le travail est quelque chose de suffoquant, même si dans les défis l'envie prévaut souvent sur la réalisation, je ne fermerai pas.

Pas seul, pas brutalement, pas tant que nous n'aurons décidé ensemble que l'aventure s'est épuisée.

14 mars 2008

le tourbillon

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Je vais bien. J'ai fait l'amour, hier. Une fois, deux fois, trois fois. A la piscine, dans un bref face-à-face torride et tactile, athlétique et musculeux, face contre face, bouche contre bouche. Il s'appelait Vincent, et puisqu'il m'a dit son nom,  c'est qu'il n'y avait ni honte ni regret. Puis dans les bras de Seiji et leur incomparable tendresse, je l'ai retrouvé plus serein, il avait même envie de rire, je lui ai découvert ses traits d'humour. Parce qu'il sait que je suis là et qu'il peut compter sur moi. Son regard, sa peau et son accent me font vibrer. Puis dans des mots d'amour échangés sur le net, forts, envoûtants, recouverts de brassées d'étoiles.

C'était différent à chaque fois. Mais beau et unique à chaque fois. J'y puise une force incroyable.

J'ai fait l'amour avant-hier aussi, mais là, c'était autre chose, c'était un accomplissement, un pèlerinage, un rendez-vous avec moi-même, avec mon cercle. L'orgasme s'est produit, aussi intense que j'avais pu l'espérer, plus pur encore, sans éjaculation précoce ni de débandade inopinée, juste comme il fallait que ce fut. Là aussi, je crois qu'on a scellé quelque chose. Et là surtout, j'y puise de la force.

Et pourtant. Et pourtant, je m'épuise, je t'épuise, je m'entête, ça ne sert plus à rien, j'écris, j'aligne, je m'oblige, je déroule à n'en plus finir - avec ta complicité - le jeu de Laurent, et je te perds, et je me perds... Je n'ai plus de temps, pourtant. Ni pour te lire, ni pour m'ouvrir. Je m'obstine sans te donner les moyens de me suivre. Je me suis trop grisé. Je réalise que j'en ai même oublié de répondre à tes commentaires récents.

Ce billet du jour, auquel je m'applique, et qui me fait perdre le sens du plaisir, et celui des priorités. Normal que je te dilue ainsi.

Donc j'arrête là. J'arrête cette frénésie, je lève le pied, je m'adapte à mes capacités, à mes envies, et je retrouverai peut-être les tiennes. En tout cas, j'aurais ainsi le temps de revenir sur tes sentiers. J'en fais le serment.

08 mars 2008

Ya baharyyeh !

La nuit fit d'abord tinter ses cristaux de lumière

sans souffle

sans saveur

Elle étouffait nos paupières

Mais peu à peu elle devint plus légère

La montée de l'aube accompagnait le chant du coq

Les criquets et les chacals se turent

 

A l'instant de la poussée irrésistible de l'aurore

Une voix s'éleva à la recherche tatonnante des étoiles

une voix étirée, fébrile, sans rythme apparent

Et la voix devenait plus limpide

Et le jour devenait plus limpide

Dans son élan elle rencontrait nos rêves

les percutait et les rompait

Soudain la place devenait libre pour que s'y installa la vie

 

Et quelle vie, ya baharyyeh !

Quel amour !

Comme moi, tu les as vus

ces regards pleins de lumière

qui s'accrochent au fil invisible de la complicité

Ya baharyyeh !

Tu as entendu ces claquements de mains intrépides

Ces pieds multicolores qui éprouvent ensemble le besoin de frapper

Et de frapper le sol entre deux pas de danse

Ya baharyyeh !

Ces rires pleins de souffle et de générosité

Tu les as vus, ya baharyyeh !

Ces corps qui se balancent avec l'assurance des gazelles

Ces visages qui ne ressemblent à aucun autre

Et tu as ressenti

Ya baharyyeh !

Comme moi

Leur contact fraternel

 

La mer et ses berges montagneuses sont leur pays

Vigne et oliviers poussent entre leurs mains

Leurs chants d'eau et de miel irriguent leurs vergers assoiffés

Leurs yeux déroulent d'interminables

vagues de tendresse au dessus de tes épaules fébriles

Et leurs coeurs

Sans cesse

scrutent tes joies et tes peines

 

C'est là, sur les flancs rocailleux de leur vie que se niche leur âme

leur sincérité et leur fidélité

 

Six ans

Août quatre-vingt cinq – août quatre vingt onze

Presque deux mille jours

Deux mille longues journées sans venir à votre rencontre

Votre sincérité est indemne pourtant

Et vous, toujours fidèles

Tels quels

Juste quelques rides – Là, comment ne pas les voir

Au coin de votre bouche

Et là, aux extrêmité de vos yeux

A cause du soleil bien sûr

mais aussi

Surtout

A cause de l'orage

 

Il faut faire la guerre

avait dit le roi de la montagne

Oui il faut la faire

avait répondu l'empereur de la mer

Et tuez-les

Et n'épargnez personne

Dirent mille seigneurs de pacotille en écho

 

L'appel du sang

quinze ans durant retentit

Sans se taire

Ou quand il se taisait Ariel Sharon reprenait le haut-parleur

Et hurlait plus fort encore

Vous deviez exploser

 

Il y a deux mille jours Rappelles-toi

Août quatre-vingt cinq

Le déluge

C'est si simple de cacher cent kilos de TNT dans

une voiture

Si simple de tendre un piège à des femmes et des enfants

Si simple d'être aveugle devant un marché de Beyrouth

Déclic pour l'enfer

Déluge

Fer feu sang

assourdissante agonie

Interminable humiliation

Et pourtant simple prélude

Vous deviez exploser

 

« Où vous cachez-vous Seigneurs de pacotille

Contre qui tirez-vous

Roi de la montagne

Empereur de la mer

Cessez le feu, Brisez l'obscurité

Vous ne gagnerez pas ! »

 

Ils n'ont pas gagné

Août quatre-vingt onze Vous n'avez pas explosé

Vos mains sont encore belles

Plus belles encore et plus fermes

Tendues en direction de vos frères

Et vos quelques rides vous ont rendu plus beaux

 

09/91

(ce texte, je l'avais écrit à une époque où je n'écrivais pas, au retour d'une expérience riche de rencontres au Liban, que je raconte là. Je venais de faire la connaissance de Issam. Je ne me rends pas compte de ce qu'il vaut, mais il m'est cher, et ça m'a fait plaisir de le partager avec toi)

21 février 2008

ma dette

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Un jour, avec WajDi, on a discuté d'autre chose que de la taille respective de notre teub.

Il m'a aidé à comprendre comment et pourquoi je m'étais épris, il y a quelques temps de ça, d'un jeune rebeu sorti de sa cité à la force des ses poignets et d'une belle intelligence affûtée par la vie. Avant que cette relation ne se termine radicalement, et tristement, du jour au lendemain.

Pourquoi, c'était pas dur : il était beau, jeune mais relativement mûr, son parcours forçait le respect. S'il était irritant, parce que parfois fuyant, toujours insaisissable, souvent capricieux, voire égoïste, il s'était plusieurs fois ouvert à moi de façon étonnante sur sa sexualité, les liens qu'il avait avec le reste de sa famille, son rapport amusé et assuré avec l'autre monde, celui qui ne connaît pas les cités. Il avait de belles idées.

Comment, c'était étrange : d'un amour moitié filial, moitié fraternel, d'un amour tout court qui ne se disait pas.
Nous nous sommes beaucoup côtoyés, il faisait attention à ne pas laisser trop de prise à mes élans. Mais il y eut une période, pendant quelques mois, où l'on se voyait souvent. Je suivais ses peines de coeur, les prises de conscience douloureuses de ses faiblesses, ou au contraire la découverte de ses capacités à les accepter, ses problèmes d'argent, le poids de la vie de famille...

Il avait trop d'orgueil pour que je lui propose de l'aider. Face à ses problèmes d'argent, je lui avais même dit un jour en  riant, que je ne pouvais pas grand chose parce que ç'aurait été complètement déplacé de lui en proposer. On discutait, c'est tout. Mais WajDi m'a un peu poussé à en dire plus, sur le comment de cet amour, et je me suis mis à formuler des choses que j'avais rassemblées et enfouies dans un coin de ma tête, comme une perspective illusoire, mais que je gardais de côté à la façon d'une botte secrète.

En fait, je m'étais pris à rêver que d'une façon ou d'une autre, j'aurais l'occasion de lui apporter une aide, pas sonnante et trébuchante, mais quelque chose qui aurait participé d'un soulagement. Aider son frère, musicien, à faire des heures à la régie technique du festival où je travaillais, lui confier, pour quelques jours de vacances avec sa petite famille, les clés du pied-à-terre qu'Igor et moi avions conservé à Budapest, ou simplement de notre maison de famille du Quercy, dans cette si belle région où mon frère, ma mère et moi avons toujours plaisir à nous retrouver et à recevoir, que sais-je encore ?... Lui apporter quelque chose qui l'aurait changé d'air, et que nous aurions eu en partage.

Et puis notre relation s'est terminée, sans que jamais ne se fut présentée (l'aurait-elle jamais pu ?) l'occasion de lui dire ces idées qui me trottaient, diffuses, dans la tête. Eternel ado que je suis !

Après m'avoir écouté raconter cette relation, WajDi a donné un nom à la tristesse que j'avais ressenti lorsqu'elle s'était terminée, une tristesse qui m'avait submergé de façon très irrationnelle : la dette. Mon pote était parti, et j'étais resté avec cette dette de cadeaux jamais faits, sans n'avoir plus à qui m'en acquitter.

Wajdi m'a alors interrogé sur mon origine sociale : mes parents étaient modestes, mais la cité, je l'avais quittée à l'âge de 7 ans, c'est donc eux qui en étaient sortis, pas moi.

WajDi me fit aussi remarquer la chose suivante : et s'il n'avait pas été ce beau jeune homme, s'il avait été obèse, un peu con, et dépourvu de charisme, n'en aurait-il pas mérité les mêmes faveurs ? Je dois bien admettre qu'il y a quelque chose de dérangeant, mais que c'est ainsi : on ne prête qu'aux riches, même quand on a des valeurs. C'est la différence avec le secours populaire.

Pendant tout le temps que dura notre relation, que son intelligence et ses capacités m'impressionnaient, je ne supportais pas l'idée d'avoir tout eu au départ quand il n'avait rien eu, d'avoir mieux aujourd'hui sans le mériter, et me projettant en lui, c'est toute ma jeunesse facile que j'avais besoin d'exorciser.

Ma dette. Cette autre facette de l'héritage parental, avec laquelle je vis, et qui n'est pas toujours simple à porter. Je crois que j'y reviendrai. Merci, WajDi, d'y avoir mis un nom.

16 février 2008

Putain, trois mois !

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Et oui, ce blog a trois mois aujourd'hui. Quand je relis les intentions que j'y affichais en le créant (ici), j'ai l'impression d'avoir tenu mes promesses : "Je ne sais pas où me conduira cette aventure. Peut-être loin, peut-être nulle-part. Il y aura du sexe, des états d'âme, de la politique, des coups de gueule et des coups de coeur, des come back sur certains moments importants de ma vie... j'attends du partage et de la rencontre une façon pour moi d'avancer."

M., qui a devancé tout le monde pour me souhaiter un bon anniversaire a, pour l'occasion, exumé mon tout premier billet, Oh!91, où j'expliquais l'origine de mon pseudo et comment j'en suis arrivé à faire un blog, ainsi qu'un vague projet : "J'ai l'intention, au fil de ces pages, de faire des aller-retour entre le passé et le présent, je recyclerai des choses anciennes déjà écrites, et je rebondirai sur l'actualité, sur des blogs amis, sur des événements, petits ou grands, qui émailleront ma vie. Et puis il se passera ce qui se passera."

Je crois que j'ai été fidèle à cette intention éditoriale - c'est l'avantage des intentions foure-tout, c'est pas très difficile de leur être fidèle ! Pour le reste, je n'ai pas vraiment matière à faire un bilan du blog en lui-même. Il fonctionne, j'arrive à produire, tu réponds présent, j'ai plutôt lieu de m'en enorgueillir. Les statistiques sont flatteuses mais ne m'interesssent déjà presque plus, les informations dont je dispose sur les "sources du traffic" me disent que tu viens plus intentionnellement à moi, ou par l'intermédiaire de blogs amis, que par des mots clé mal choisis sur google. Mais même par ce biais, il y eut des rencontres et des chocs. Elles me disent aussi que ce sont les peines et les états d'âme qui attirent le plus : mes deux billets le bordel et le temps des larmes sont ceux qui ont fait exploser tous les chiffres de fréquentation précédents. Voilà.

Quant à moi, je ne suis pas encore sûr de dire que j'en sors grandi. J'ai traversé ces trois mois parfois frénétique, parfois paniqué, parfois le torse bombé et parfois tremblant de fragilité. Ce qui est sûr, c'est que ce blog n'a pas été qu'un réceptacle de vagues trucs que j'avais à dire, mais un véritable ressort de constructions émotionnelles. Avec un impact direct, parfois démesuré, sur ma vie réelle.

Il faut aussi que je te parle de mes trois parrains. WajDi, d'abord, avec qui, je crois, nous sommes sur le point d'enfin nous entendre, et peut-être nous aimer. J'en ai enduré, des coups au foie, mais j'ai finalement bien résisté, acceptant dêtre déstabilisé plutôt que d'abandonner la partie. S'il s'agissait d'un combat, nous pourrions bien ne le perdre ni l'un ni l'autre.

Fiso, avec qui notre complicité embellit jour après jour, renforcée d'épreuves communes, et se dit avec des mots d'amour. On fête ça à l'indienne, ce soir.

Boby, qui a accompli un chemin incroyable, au coeur même du drame, et qui sans que mon blog n'y fut pour rien a finalement choisi d'en exaucer le voeu fondateur, parce que l'amour s'est dit.

Ce "premier cercle", comme j'aime à l'appeler, a été secoué. A raison plus qu'à tort, j'y ai concouru. Mais il est aujourd'hui resserré et repose sur des bases plus solides.

Et puis un autre cercle s'y est agrégé, qui lui ne doit qu'à cette aventure : des gens qui ont aimé me connaître et se faire connaître, qui ont entendu ma panique et m'ont apporté leur soutien, dans la discrétion et le respect : il y a M., ma blogueuse jumelle à la jeunesse mûre et insolente ; il y a Bougrenette, ma presque voisine, qui se joue des mots au pinceau ; il y a manu causse-plisson, qui jalouse ma liberté sexuelle et dont je jalouse le style et le talent, à cause de qui je me retrouve avec des devoirs de vacance (ben oui, c'est pour un de ces jours !).

Et puis il y a tous les autres que j'aime lire, appartenant à des cercles voisins, amis ou complices, qui ont donné lieu à des soirées bubulle, à des entre deux bierres, à des déjeuners avortés ou à des veloutés de fruits de mer. Il y a ceux qui ont suspendu ou arrêté leur blog au moment même où je les approchais. Et qui m'ont fait douter.

Trois mois, un  presque rien qui pour moi est déjà un grand tout. Je n'arrête pas de me dire que je vais pouvoir maintenant lever le pied, ne pas m'astreindre à ce billet quotidien. Mais je ne sais pas pourquoi, j'ai toujours quelque part l'impression que tu m'appelles.

Et je ne sais pas résister.