Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05 juillet 2008

avec un grand A (5 et fin)

5.jpg

Ma vie s'étale sous tes yeux, depuis des semaines. Tu peux ne voir dans mes infidélités qu'une légèreté coupable. Moi je sais que je vis l'amour, l'amitié, ma relation à l'autre en général dans la sincérité et dans le respect. Et dans la densité.

Même si je n'ai jamais eu envie de dissimuler derrière des grands mots que je ne suis qu'un incorrigible queutard, je n'ai évidemment jamais mis de grand A à mes branlettes en solitaire devant une vidéo. Ni même un grand B. Quoique.

Je n'en ai pas mis non plus à mes parties de touche-pipi dans les douches de la piscine.

J'en ai mis un, par contre, à cet état où je me trouvais, à cette bulle émotive, à cette tension d'adolescent, où coexistaient des amants, des amis avec lesquels j'avais envie de croire que tout était possible, que je voulais ne jamais banaliser, pour laquelle je voulais qu'on inventa et qu'on inventa encore des choses totalement insensées, qu'on créa du défi, qu'on projeta des étapes de feu pour continuer à nous y épuiser...

J'en ai mis un aussi à ce que je vis avec Igor, à cet amour démarré sur un coup de foudre, sur un coup de tête, tourbillonnant les premières semaines, fusionnel les premières années, parfois routinier aujourd'hui, presque ennuyeux à certains moments, voire asphyxiant, mais qui tient bon parce que son cadre a su évoluer. C'est un amour qui m'a fait renoncer à beaucoup de mes habitudes ou de mes plaisirs, un amour où je m'éreinte à me sentir le porter seul, qui me pèse quand je voudrais m'en extraire, mais où restent ces bouffées de fraîcheur dont seul Igor est capable, une spontanéité totale, avec ces jugements à l'emporte pièce absolument insupportables, mais une perception souvent prémonitoires des gens, sa misanthropie maladive, mais ses passions ethnographiques. Nous sommes opposés sur presque tout, c'est peut-être pour ça que ça tient, que ça tient encore...

Je voudrais avant tout que tu y vois la preuve de ma fidélité. Je n'ai jamais quitté Igor, même quand certains chagrins d'amour m'y poussaient violemment, même si j'ai souffert en faisant souffrir quelques amants, aussi rares que précieux. Mais qu'aurait valu un engagement à leur égard sur la base d'une rupture avec Igor, fondée sur cette fragilité fondatrice, sur la preuve de ce que je peux tout larguer, tout casser, sur une simple rencontre ou sur un coup de tête ?

En écho, j'ai mis un grand A aux paroles de Jacques Brel et à sa sublissime chanson des vieux amants - mais d'autres l'y avaient mis avant moi.

Je l'ai mis aussi à une tirade de Musset qui avait marqué mon adolescence, parce que ça me permettait de croire au possible des impossibles, comme dans un conte de fées.

Je l'ai mis aux mots de M. parce qu'elle nous livre chaque jour, par ce qu'elle vit et écrit cette densité capable de le porter.

Mais il y a un autre grand A.

brutos8246.jpgC'est celui qui te prend par surprise, qui s'approche à pas feutrés, qui te parle doucement à l'oreille, comme une brise d'été légère, qui t'habitue à sa caresse, qui s'insinue, subreptice, discret comme une meute de lionnes, dont tu ne te vois pas être peu à peu cerné. C'est celui qui te piège comme l'alcool, dont tu te découvres accroc au seul moment où tu en es privé.

Un petit a devenu grand à ton insu. Ton havre, ton matin calme, tes journées claires, qui un jour ferment pour maintenance. Tu t'étais habitué à aller t'y amarrer au gré de tes envies ou de tes possibilités, mais on y a ouvert un chantier et le ponton a du être supprimé.

Ce grand A devient alors immense, c'est un A de géant qui occupe toute la place mais qui est à la dérive.

D'un coup, une chose qui t'était devenue plus qu'une habitude : un besoin, un du, qui était devenue toi, une chose sans consistance mais battante, vivante, souriante, présente, surtout présente, se dérobe à tes yeux, à tes mains, à ta bouche, à ton coeur, tu es englouti dans des sables mouvants et il devient inutile de te débattre, dangereux même. Tu t'étais aventuré en connaissance de cause au bord de cette rivière, précautionneux de ses berges : tu en connaissais l'étiage, tu en devinais les crues, tu savais que quelque part s'étaient formées des vases, mais tu y étais allé parce qu'il y faisait bon vivre, bon respirer, et quand tu t'es trouvé pris dans la nasse du fleuve, tu n'en connaissais plus rien.

Je suis redevenu cet adolescent puéril qui s'agite dans tous les sens au risque de tout gâcher, de perdre pied, oubliant ce que la vie lui a appris.

Ce grand A-ci, je m'en croyais prémuni, mais en fait je le connaissais mal. Je pensais devoir en protéger l'autre, redoutant qu'il s'y engouffre parce que je n'avais rien à offrir. Mais l'autre s'est protégé tout seul parce qu'il était plus fort que moi.

Alors tu te raisonnes pour reconstruire à la force de ta maturité, ou tu vas chercher du sexe, vivre un truc pour ressentir du dégoût, tu veux toucher le dégoût, l'atteindre parce que tu te dégoûtes, parce que de toute façon plus rien n'a goût de rien.

Ce grand A, tu n'as rien à lui reprocher, parce qu'il était intégralement inscrit dans le début de l'histoire, mais rien n'y fait : tu te demandes s'il n'était pas le plus beau de tous, s'il n'était pas le plus possible des impossibles, le plus riche en promesses.

Et ton deuil commence.

30 novembre 2007

Zoltan (1) l'amant romantique

94cd731eaa794dd93e6a6b7407c892e9.png

Comment j'ai retrouvé Zoltan, un de mes premiers amants...

Dans mes étés à Budapest, il y a toujours une part de pélerinage. 2007 n'a pas dérogé, ça a même été l'occasion d'une plongée troublante dans des souvenirs sensibles, liés à un certain art de vivre, et à une libération sexuelle. Un jour d'août, j'ai ainsi été rattrapé par l'un d'eux.

J'étais allé passer une nouvelle après-midi dans cette strand familiale Palatinus, déjà évoquée sur ce blog. Avec mes deux visées habituelles : nager, et m'offrir un petit extra d'ordre sexuel. Encore sur la digestion, j'avais décidé de commencer par l'extra. Sur la terrasse naturiste, nous étions quinze, tout au plus. J'observais l'état des stocks et les mouvements d'un oeil distrait. Rien de très convaincant, il faudrait prendre son temps... Assez vite pourtant un homme est arrivé, du genre que j'aime : belle carure, pas enrobé, le port droit, et une bonne gueule, quasi-familière. Il est venu s'installer presque face à moi, les genoux ramenés vers l'avant le temps de fumer une cigarette. Il me regardait, avec plus d'insistance à la vue de mon érection naissante. En quelques minutes à peine, à vrai dire le temps de sa cigarette, nous n'avions plus de doute sur nos intentions. Il a renfilé son maillot, s'est levé, je l'ai suivi, il est descendu dans la direction des douches, puis a bifurqué comme pour descendre vers les bassins, mais lentement, s'assurant que je le suivrais. Un peu décontenancé par cette déviation, je décidai de poursuivre droit sur la coursive directement vers les douches, sans le regarder. Bien m'en a pris car à peine avais-je ôté mon maillot et pris possession d'un box de douche, que je le vis arriver à son tour. Malgré un mouvement de tête insistant de ma part pour qu'il me rejoigne dans mon box, il préféra s'installer dans celui d'à coté.

d17221984881db6fe34bf736192e32fb.jpgJ'ai fait ni une ni deux, j'ai empoigné mon gel-douche, mon maillot, et l'ai rejoint. A partir de là, tout reste assez classique : caresses, baisers langoureux, aimables érections, jeux d'épée avec nos bites, baisers encore, une tendresse incroyable se dégageait de ce mec. J'étais vraiment bien. Mais assez vite, il s'est dit gêné par les regards et les déambulations autour de nous, et m'a proposé de sortir pour aller dans une piscine. Frustrant. Mais ce mec me plaisait, alors j'ai acquiescé. Une fois sortis, il me demande comment je m'appelle, quand-même (...!), se présente lui-même : Zoli, me demande si je suis touriste, ce que je confirme, me demande d'où je suis, s'étonne de mon hongrois, ce à quoi je lui réponds avoir vécu à Budapest pendant quatre ans, de1995 á 1999. Là, un éclair semble traverser son regard : c'est marrant, me dit-il : il y a onze ou douze ans, il a eu un amant français, il vivait pas très loin de l'île Marguerite, il croit bien d'ailleurs qu'il s'appelait, lui aussi...

Putain, c'était moi ! Zoli, Zoltan, cette familiarité du visage, cette tendresse. Incroyable. Oui, c'est sur, je le connaissais, nous nous étions connus. Tout était trouble malgré tout, des amants, j'en avais eu tant, dans cette ville où je me suis découvert, où je me suis libéré, où j'ai quasiment vécu mon adolescence homosexuelle. Etait-il un amant de la première époque, quand j'avais encore tout à apprendre, quand j'ignorais tout de là où j'allais ? Avait-il été un amant plus tardif, quand je sombrais dans une frénésie de sexe, mais toujours en quête de l'âme sœur ? Chez lui au contraire, les souvenirs étaient limpides : notre rencontre aux bains Kiraly, nos retrouvailles le lendemain, puis le surlendemain ce dîner au Malomtó, cette nuit entière passée chez moi... une nuit entière, ce qu'il peut y avoir de plus beau, pour lui comme pour moi, au delà de tous les coups à la petite semaine qu'on ramasse ici ou là...7de321897086c9df6a1ed2f9bfb39555.jpg

Nous avions été bien ensemble, au moment présent, j'en avais l'absolue certitude. Et plus nous parlions, plus des choses revenaient à la surface. Combien de temps nous étions nous vus ? Je ne sais plus le dire, lui non plus. Assez vite, c'est lui qui aurait mis fin á la relation. Pourquoi ? Il semble que lui était insupportable l'idée que je sois avec une femme. Ou alors c'était sur le plan sexuel, j'avais parait-il la manie de vouloir reproduire avec lui ce que je faisais avec elle. C'est lui qui le dit, mais c'est possible, j'étais novice, sans imagination, mais c'est drôle parce que j'ai bien changé alors !... mais surtout, ça faisait de moi un mec marié comme les autres : qui s'assume pas, qui aime tirer son coup, mais avec qui il n'y a pas d'avenir. Il avait donc mis fin à la relation. Pour se protéger. J'avais souffert, parce que j'avais besoin à cette époque d'être accompagné dans la découverte de moi-même, et parce que cet homme m'avait plu. Il avait souffert parce qu'il s'était attaché, et je restais dans sa tête l'inoubliable souvenir du seul amant français qu'il avait jamais eu. En apprenant que ma relation avec ma copine était finie, que je m'assumais désormais totalement, que je vivais même depuis dix ans avec un amant hongrois, il s'est défait, je l'ai vu se décomposer. Il s'est senti bête, c'en était immensément touchant. Seul encore aujourd'hui comme il y a douze ans, il porte un regard dépité sur les hommes en général, surtout ceux de son pays et de sa génération : toutes ses tentatives de vie commune ont échoué, de son fait ou d'un autre.

Et d'un coup, je l'ai vu voir en moi la grande occasion ratée de sa vie, l'occasion dérobée par un autre, mais par sa faute, parce qu'il n'avait pas voulu croire, pas voulu être patient, qu'il avait préféré se protéger quand moi pourtant j'étais prêt pour le grand amour, quand j'avais besoin du grand amour pour avoir la force de dévaster derrière moi plus de quinze ans de vie usurpée...

Notre conversation a bien duré deux heures dans les eaux tièdes de la piscine, c'était intense, des petites caresses discrètes nous maintenaient en tension. Mais je devais partir pour rejoindre mon mec chez des amis communs. Nous sommes remontés dans les douches. Ce qui s'y est alors passé est indescriptible. C'était beau, dense, intense, nous étions fermés á tous les regards, au point que je crois bien qu'il n'y en eut même pas. A la 99b4a8e9a8e06d7b3a8f674aad5bfd01.jpgfin, il me dit : ce que l'on vient de faire, ce n'est pas tirer son coup, n'est-ce-pas ? Non, ce n'était pas tirer son coup. Nous nous sommes revus, j'avais l'impression de sauter dans l'inconnu, mais je voulais replonger dans son regard et ses caresses. J'allais y aller les yeux fermés. j'en reparlerai.

(lire la suite ici)