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30 septembre 2008

Malalaï, Schaima, Friba, Mehbooba et les autres

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Elle s'appelait Malalaï Kakar, elle était policier en Afghanistan. D'après Reuter, elle a été tuée avant-hier au petit matin devant son domicile à Kandahar, bastion des talibans.

Malalaï Kakar, âgée de près de 40 ans, était mère de six enfants. Elle avait le grade de capitaine et dirigeait le département des crimes contre les femmes de la police de Kandahar, la grande ville du sud du pays et berceau des talibans, qui l'avaient menacé à plusieurs reprises.

Fille et soeur de policier, engagée dans la police à la fin des années 80, Malalaï Kakar avait fui le pays à l'arrivée au pouvoir des talibans, avant de reprendre ses fonctions à la chute de leur régime fin 2001. J'en connais une que cette histoire ne pourra donc pas laisser indifférente.

Malalaï avait renoncé à porter la burqa il y a deux ans. Mais elle ne se déplaçait jamais sans son arme et toujours en compagnie d'un homme _40488491_malalai203.jpgde sa famille.

Quelque 720 policiers ont été tués au cours des six derniers mois, selon le ministère de l'Intérieur.

Depuis qu'ils ont été chassés du pouvoir à la fin 2001, les talibans ont lancé une insurrection meurtrière et depuis près de deux ans les violences ont redoublé d'intensité malgré la présence de 70.000 soldats des forces multinationales.

Il y a en Afghanistan pour les femmes, d'autres façons de se battre, et d'autres façons de mourir.

r3559068615.jpgShaima Rezayee, ancienne présentatrice de télévision, avait été abattue à Kaboul le 18 mai 2005. Elle avait été la première personnalité médiatique assassinée en Afghanistan à cause de son activité professionnelle depuis la fin de la guerre en 2001. Shaima Rezayee avait été licenciée quelques semaines auparavant, après que le Conseil des Oulémas ait accusé son programme musical d’être anti-islamique et son comportement à l’écran trop libre.

Sa propre soeur, Friba Rezayee, jeune judoka qui avait participé aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004, dut partir se réfugier au Pakistan après cet assassinat, on est sans nouvelle d'elle aujourd'hui.

La situation s'est tellement dégradée, que pour les Jeux de Pékin, la jeune coureuse afghane de 19 ans, seule femme de sa délégation, Mehbooba Andyar s'est enfui d'un camp d'entrainement en Italie au début du mois de juillet, avant même le début de la compétition, suite à des menaces de la part d'extrémistes musulmans. Courant pourtant en survêtement ample et avec un voile, la jeune fille n'a, du coup, pas participé aux épreuves des 800 et 1500 mètres, comme cela était prévu, et a laissé sa délégation nationale sans femme - un recul par rapport à 2004. Selon certaines sources, elle aurait demandé l'asile politique à la Norvège.

Voilà.

En Afghanistan, on a de jeunes soldats français qui y meurent, parce que notre président a décidé d'y jouer les zoro. Mais on laisse la désespérence s'installer, la condition des femmes reculer, on déroule le tapi rouge aux talibans, en somme, pour leur assurer un retour triomphal. La schyzophrénie ne fait peur ni aux politiques, ni aux diplomates.

Heureusement, l'Asie, ce n'est pas que cela. Les droits des femmes y progressent parfois, comme en Inde où Céleste nous livrait l'autre jour ce bel épilogue judiciaire à une histoire douloureuse.

Et j'évoquais il y a quelques mois huit femmes dont la figure combattante a marqué ma vie. Toutes n'ont pas été assassinées.