12 juin 2008

Budapest en pièces ?

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L'article ci-dessous est paru dans Le Monde du 24 janvier dernier, mais il a encore toute son actualité. Je l'ai trouvé il y a quelques jours sur un blog consacré à la lutte contre la destruction du patrimoine ancien de Budapest, sauvez Budapest !

Tu sais que j'aime Budapest. Un capitale européenne, au sens le plus noble. Avec un cachet, une âme, un esprit, des lieux... Des lieux dont certains disparaissent aujourd'hui, ou sont menacés de l'être. J'ai déjà vu ces dernières années engloutir les bains thermaux Ràcz dans un projet de vaste complexe hôtelier. Ces bains Ràcz où j'avais rencontré Attila dans une voluptueuse fulgurance amoureuse avant qu'il ne devienne le premier de mes petits amis présentés à ma mère. Aujourd'hui, ce sont les quartiers juifs qui sont menacés. Avec eux, un pan d'histoire. Plusieurs. L'histoire de l'Europe, notre histoire.

Ce blog documenté s'en prend avec clairvoyance au pouvoir maffieux des promotteurs, aux pratiques de la corruption politique, à la main mise des groupes de la grande distribution qui tuent le petit commerce traditionnel qui fait la vie des quartiers... Il dénonce la gangrène de l'argent qui étouffe un merveilleux art de vivre, impose à cette ville magnifique un mode de développement dévoyé, uniformisé, inspiré du nôtre, hélas !, qui écrase l'histoire et la mémoire pour conduire à l'impasse où nous sommes.

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hongrie_quartier_juif.jpgpar Jean-Pierre Frommer

"Nous suivons depuis maintenant quelques années, avec beaucoup de tristesse, de stupéfaction et parfois de colère, ce qui se passe dans le quartier juif de Budapest. Ce que la guerre, le nazisme et le stalinisme n'ont pas réussi à détruire est en train de disparaître sous nos yeux. Il s'agit de pans entiers de l'architecture et de l'urbanisme du XIXe siècle et du début du XXe qui partent en poussière. Selon l'association hongroise Óvás !, à ce jour, 40 % des édifices du XIXe siècle, de style néoclassique et Art nouveau, ont été rasés ou transformés en constructions qui nuisent au caractère du quartier. C'est tout un tissu urbain, architectural, historique, social, cultuel et humain, ayant valeur de patrimoine mondial, qui est ainsi dénaturé, abattu, perdu à tout jamais. Comment admettre que le dernier vestige du mur du ghetto de Budapest ait été détruit, ses pierres vendues dans une frénésie de démolition spéculative ?

Comment admettre qu'à 20 mètres de la grande synagogue, on démolisse des bâtiments classés pour y bâtir un immeuble de sept étages rivalisant par sa taille et sa dimension avec le monument historique voisin ?

Ma virulence pourrait sembler exagérée mais elle est à la mesure du scandale, et je ne peux comprendre que les Hongrois laissent ainsi disparaître ce qui n'appartient pas seulement à eux, mais à l'humanité entière. Il semble que les décideurs n'en mesurent absolument pas la considérable valeur culturelle et économique. Une partie du quartier juif se trouve d'ailleurs dans la zone de protection du site de l'avenue Andrássy, inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco.

L'argument communément avancé par les décideurs justifiant ces démolitions est un argument économique. N'y aurait-il pas d'argent pour faire les réhabilitations nécessaires ?

En réalité, on sacrifie l'intérêt économique à long terme de la collectivité à des profits à très court terme d'une minorité, sans égard pour les habitants qui sont chassés de leurs logements. L'argument économique mérite d'être réexaminé. D'autant que les investisseurs actuels pourraient gagner de l'argent en réhabilitant ces immeubles de valeur plutôt qu'en les démolissant pour les remplacer par des constructions sans âme.

à l'image du Marais

Ce quartier recèle un potentiel touristique extraordinaire et pourrait constituer un pôle de développement à l'instar d'autres quartiers du même synagogue_00.jpgtype. Ce qui a été possible par exemple dans le quartier du Marais à Paris ou dans bien d'autres villes européennes ne le serait-il pas à Budapest ? La loi Malraux a permis de sauver le Marais, quartier riche en histoire et en architecture, notamment par des mesures fiscales. Et pourtant, le Marais était constitué d'immeubles en plus mauvais état et disposait de moins d'atouts quant à la structure des bâtiments que ceux du quartier juif de Budapest. Aujourd'hui, le Marais draine une affluence touristique et commerciale parmi les plus importantes de Paris.

Il faut de l'argent, certes, mais la réhabilitation est un processus à long terme et les dépenses sont ainsi lissées sur plusieurs années. Il faut surtout une volonté politique. La décentralisation de l'urbanisme en Hongrie a donné, semble-t-il, trop de pouvoirs aux maires d'arrondissement. C'est donc à l'Etat hongrois et à Budapest-capitale de mettre les garde-fous qui protègent l'intérêt national et le patrimoine mondial.

Cette volonté politique pourrait se manifester par une réglementation stricte adaptée à la nature de patrimoine mondial du secteur. Il faut instaurer un moratoire sur toute démolition et toute construction neuve dans le secteur concerné, le temps d'établir un plan de réhabilitation urbain soucieux de la préservation et de la mise en valeur du quartier juif. Je ne fais pas seulement appel au sens de la culture des autorités hongroises, mais aussi à une compréhension de leurs intérêts économiques à long terme."

23 janvier 2008

Laurent (2) à côté de l'essentiel

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Pour continuer ma série de billets sur Laurent, je m'en vais publier des lettres que je lui avais écrites après que nous nous soyions retrouvé (je m'en explique ici) : mon écriture a peu varié finalement, j'y mêle souvenirs, expressions sourdes du trouble qui m'habite. Mais c'est ampoulé, et j'espère l'être moins aujourd'hui...

A cette époque, où je m'installe à Budapest, de ma vie je n'ai encore jamais touché un homme, je suis en relation stable avec Armelle, je vais avoir 31 ans. Cette lettre est la première de trois, où peu à peu le besoin de me livrer, de me libérer s'exprimera de plus en plus violemment, à peine dissimulé dans des récits de voyage.

Je vais d'ailleurs créer une catégorie lettres d'amour et de voyage pour les ordonner.

C'est un peu fastidieux à lire, et je ne t'en voudrais pas si tu n'en prends pas tout. Mais j'aime à les publier, parce que je crois elles disent quelque chose de fondateur pour moi, cette relation si particulière à Laurent a accompagné cette période de deux ans qui m'a conduit à faire mon coming out et à être qui je suis.

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Budapest, le dimanche 22 octobre 1995
Très cher Laurent,
(...)
J'ai pris possession jeudi soir de mon appartement, vendredi de mon nouveau bureau, et depuis de la ville, où j'ai passé des heures à errer, en quête de repères pour me situer, comprendre où je vis, comment vivent les gens, à quel rythme... Je commence à peine à y voir clair. Budapest est coupée en deux, du Nord au Sud, par le Danube. A l'est, Pest ; à l'ouest, Buda. Mon appartement est au nord de Buda, dans un immeuble qui longe le fleuve, presque à Óbuda, la vieille ville aujourd'hui envahie de cités populaires qui rappellent nos banlieues.
(...)
La ville autrement sent l'Europe centrale à plein nez. Un peu slave, un peu flamande, un peu baroque, des flêches et des dômes qui s'élèvent au dessus des toits... Je ne connais pas Vienne, mais c'est un peu l'idée que je m'en fais. Les façades sont parfois colorées, plutôt délavées et décrépies. Par endroits, les rues sont encore pavées d'épaisses dales irrégulières, comme ces petites traverses sinueuses des collines de Buda. L'allure tranquille des tramways rythme le fond sonore des quartiers.
Les gens étaient peu nombreux dans les rues ce dimanche. Des hommes ou des vieilles femmes qui promenaient leurs chiens, des couples d'amoureux, quelques groupes de jeunes, look banlieue, ou look sportif. Un peu de lêche-vitrines malgré les magasins fermés. Tout le monde bien emmitouflé ; car si tu trouves à te dégourdir agréablement sous le soleil de midi, l'air est plutôt froid en général. Douze-treize degrés ? Tout ici te rappelle l'automne. Les tilleuls et les châtaigners de Buda sont en partie dégarnis, le sol est jonché de feuilles sèches. On découvre d'ailleurs, au détour d'une place, une armada de dizaines de brouettes qui n'attendent pour ramasser tout ça que leur reprise de service, mardi, après les fêtes du 23 octobre (commémoration de l'insurrection de 1956 oblige).
e15da9a32c9bc6dca7c8b96b773b1f4e.jpgSans doute y a-t-il dans ces teintes automnales, dans ces roux, ces bruns, ces jaunes, sublimés par le soleil, un charme certain. Il s'en dégage une atmosphère inéluctablement mélancolique. Et le visiteur s'en met plein les yeux si tant est qu'il est gourmand. Pour ma part, je n'ai pas les yeux du visiteur. Mais de celui qui inspecte, circonspect, son nouvel univers. Il fallait que je sache si le courant passerait, ou non ; si comme cela s'était produit en 1992, quand je partais m'installer à Damas, j'allais être enveloppé par la ville, hapé, envahi de sensations juxtaposées et convergentes qui font se dire : commence ici quelque chose de  grand, une aventure exceptionnelle, un pressentiment farouche que je vais adorer la ville, m'y sentir chez moi. A Damas, il avait suffi d'une sortie en ville après mon arrivée, du premier chant du Muezzin au soleil couchant, de la douceur d'un soir sur une terrasse autour d'un thé pour provoquer d'emblée cette jouissance extrême, démultipliée par l'excitation du nouveau. Ici, l'orgasme n'est pas venu. Tout au plus la caresse de quelques émotions, par moments, par endroits, mais rien de véritablement bandant.

Pas d'odeur qui m'ait saisi, pas de sensation charnelle, hors mis la morsure d'une brise presque hivernale. Je donne décidément ma préférence à la Méditerranée, mais c'est tout personnel. De toute façon, il va bien falloir que je m'y fasse, vu le temps que j'aurai à y passer. Il est surtout urgent que je découvre des lieux de distraction.  Car à la maison, pour l'instant, il n'y a ni télévision, ni musique, ni bibliothèque... Seulement moi, mon manuel d'anglais Berlitz en trente leçons, mon  Guide du routard, et quelques documents politiques pour faire bonne figure.

Mais ce petit univers, si nouveau, si impersonnel, si désert, surtout, ne demande qu'à vivre : il se trouve que l'appartement est grand et prêt à accueillir du monde de passage ; une aubaine pour découvrir ce petit coin dans des conditions agréables et économiques. En clair, je confirme l'invitation : tu viens quand tu veux, ou quand tu peux, seul ou avec Sébastien, il y a de la place et vous êtes les bienvenus. J'ajoute que ça me ferait un immense plaisir, car j'attache beaucoup d'importance à notre amitié re-nouée. Je crois que ça se voit.

Flash-Back : 86, un de ces fabuleux voyages que l'on peut réaliser quand on est jeune à la JC. La Sibérie, tu imagines ? Les confins du monde ! C'est là qu'on se connaît, qu'on sympathise. Je crois, du moins, puisque l'on se revoit, un peu, au retour. Tu me fais découvrir le quartier du marais, la place des Vosges. J'habite alors Marseille. Nos parcours se croisent épisodiquement, pendant encore deux-trois ans. La vie parisienne pour moi, nos années UNEF, nos années Filpac et Figaro. Et puis plus rien. La vie fait souvent ça. Jusqu'à ton coup de fil de mars ou avril dernier.

Entre temps, il y avait eu cette terrible nouvelle, parvenue à Damas deux ou trois mois après, dans la stupeur : la mort de Jean-Pierre. Il était malade. Le Sida. Depuis longtemps ? On ne sait pas. Mais comment ? Qui savait ? Etait-il homosexuel ? Il était homosexuel. Et Laurent, alors ? Je n'en saurait pas plus, Armelle n'en savait pas plus. Je pensais à Fontenay. La rue ? Une histoire de bergère, je crois. Deux hommes qui partagent  un appartement, deux jeunes, c'est deux potes, voilà tout, peut-être deux copains de très longue date. Mais si l'un était homo, alors l'autre ? Le doute, j'ai pensé très fort à toi, avec une énorme charge d'inquiétude. En trois ans, il avait pu s'en passer, des choses. J'étais bien resté ignorant de l'homosexualité de jean-Pierre, ignorant de sa maladie, alors que je m'étais cru très proche de lui, qu'il nous était arrivé d'être complice, en politique, au moins. Lors de nos réunions, on allait toujours l'un vers l'autre, avec à chaque fois des tas de chose à se dire. On se comprenait, on s'enrichissait, on se confortait quand c'était difficile. Et pourtant, j'étais passé à côté de l'essentiel peut-être. Alors toi, il pouvait bien t'être arrivé quelque chose, aussi. Je ne pensais pas à ta peine, mais à la maladie. A mon retour de Damas, à l'occasion, je demandais des nouvelles. A tel ou tel. Je finis par savoir qu'a priori, ça allait bien. Sans plus. Le dossier était clos.

Alors très sincèrement, ton coup de fil de mars ou avril, le premier (un message sur le répondeur, je crois ?) m'a ravi. Sur le fond, je crois que je suis un romantique et un fidèle. A elle seule, l'idée qu'on peut rester cinq ou six ans sans se voir, mais que les ressorts de l'amitié ne sont pas morts est une idée qui me rend confiant dans le genre humain. C'est une revanche sur le temps.
Depuis, les quelques – rares – soirées passées ensemble ont été pour moi de vrais grands moments de bonheur, pourquoi ne pas le dire ? Ils sont si rares, ces instants de décontraction, de relâchement. Toutes ces soirées m'ont aéré la tête, libéré les neurones, décloisoné les synapses. J'en redemande. Je vous regarde, et je vous trouve beaux, tendres. Rien que ça m'apaise 30d6a7790409d078bf2d92b17c572b82.jpgconsidérablement et m'émoustille. Votre choix de vie est beau et, quelque part, un peu fascinant. Ca a l'air pourtant si facile et si accessible. Mais l'est-ce autant que ça ?

Bon, changeons de sujet, je ne voudrais pas créer de malaise. En tout cas, voilà, tu viens de me permettre de combler le grand vide d'un dimanche soir à Buda. Et c'était mieux que de passer deux heures à nettoyer les meubles de cuisine. Le plus terrible, ici, sera la solitude. Quand la journée est finie, pas de ciné, pas de resto entre copains, pas de sortie, personne à aller voir, à appeler. Et dans ces murs, pas de disque à écouter, pas de télé. Tout cela n'est que passager, cette maison va s'équiper avec le temps ; mais en attendant, c'est le vide-là, qui n'est que peu de choses à côté de sensations et de rencontres extraordinaires puisées à travers le monde. Mais si courts soient-ils, ces instants peuvent constituer un gouffre terrible. Là, tu te rends compte à quel point tu as besoin du regard des autres. Ces regards sont comme un miroir, ils aident à voir que tu comptes, ils donnent de la valeur aux petits et grands événements de ta vie.

Pas de femme non plus, pas de corps contre lequel se blottir le soir, pas forcément pour faire l'amour, mais simplement pour sentir la chaleur, éprouver que tu existes.

Ces détours me font terminer cette lettre un peu comme je l'ai commencée : par le déficit de communication. L'homme n'est vraiment pas fait pour vivre seul. A mon tour, j'attends de tes nouvelles. Transmets mon salut amical à Sébastien.

Très affectueusement,

Je t'embrasse.

O.

10 décembre 2007

Zoltan (3) la nuit étoilée

 

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Mes retrouvailles avec Zoltan (1ère partie)

Mes retrouvailles avec Zoltan (2ème partie)

Zoltan n'habitait pas très loin des bains Széchényi, où nous nous étions rétrouvés. Nous sommes d'abord passés rapidement dans son petit appartement, étriqué, au mobilier désuet et râpé, qui en disait long sur sa condition, tout comme ses chemisettes, souvent élimées et passées de mode. Zoli, il est professeur de collège où il enseigne le hongrois. Il gagne 340 euros net par mois. Les charges fixes de son logement (eau, gaz, électricité) lui reviennent à 140 euros, le remboursement de son crédit immobilier (il en a encore pour 6 ans) lui coûte 90 euros par mois. Il lui reste donc 110 euros pour vivre chaque mois, et dans vivre, il y a d'abord se nourrir. S'amuser passe forcément en dernier. Il y a dix ans encore, une ou deux fois par semaine, il pouvait s'offrir un resto. Les restos, c'est maintenant dans la zone rouge. Le coût de la vie y atteint des sommets, comparables à ceux que nous connaissons en France. Comment fait-il, comment font-ils, c'est une énigme. Seuls les prix des légumes, sur le marché, restent abordables. Et encore cette année, avec les chaleurs caniculaires et la sècheresse de l'été, ils ont été "csunya et dràga" (laids et chers), comme dit ma belle-mère.

dc3a7b6360cd98fbd34250d3cfa5dd16.jpgPourtant, lors de notre dîner de la fois précédente, il avait tenu à payer la moitié de la facture. J'avais eu beau insister, je n'avais rien pu faire. Question de fierté, d'honneur, forcément mal placé mais tellement compréhensible. Ne pas laisser penser que son intérêt pour moi pouvait être vénal. Ne pas laisser apparaître que sa pauvreté étrait à ce point structurante dans sa vie. Dissimuler sa honte, ou mieux, y échapper quelques instants, profiter jusqu'au bout sans altération du moment où nous étions ensemble. Sa fierté était sa dignité. Le hasard faisait que mon livre de vacance me plongeait dans l'Autriche de l'entre-deux guerres (L'ivresse de la métamorphose, de Stephen Zweig). J'y voyais le même itinéraire d'individus ordinaires et attachants, intelligents, qualifiés à un titre ou à un autre, passer de la condition modeste à une condition misérable, happés par la guerre et l'après-guerre. Dans son cas, avalé par la mondialisation libérale. La même histoire à vomir où à coté de cela des fortunes colossales se gonflent et se regorgent de cette misère humaine. Fortunes repues, qu'il faudrait encore d'avantage épargner, exonérer d'impôts, pour qu'elles ne désertent pas chez le voisin !

La plupart de nos amis hongrois ont vu décliner sérieusement leur niveau de vie. Quelques uns tirent leur épingle du 148248356df4fcefb59cd6673d8619cb.jpgjeu : des sociétés occidentales sont venus leur proposer des emplois dans des call-center, ou des centrales de management. La délocalisation leur apporte à eux un maigre sursis : ils peuvent encore se considérer comme relevant des classes moyennes, prévoir des vacances dans des pays voisins et sortir au resto de temps en temps. Pour combien de temps ? Et je ne parle pas des Gitans, du reste personne n'en parle : ils sont 11 % de la population, mais sont les pestiférés de la société. Le seul sujet de conversation qui pourrait te fâcher avec un Hongrois. Eux, ils ont été les premiers touchés. Dés la fin des usines d'Etat, de l'industrie lourde, ils se sont retrouvés sans rien. Certains villages comptent des taux de chômage de 80 %. Evidemment, t'imagines les problèmes qui vont avec, criminalité comprise. Alors, d'une situation d'intégration où la Hongrie faisait figure d'exemple, ils sont repassés dans le camp des boucs-émissaires, la racaille, leur racaille. Je te dis pas, au plan idéologique, les ravages que ça fait.

Mais avec Zoli, ce n'est pas de pauvreté dont on a parlé. Nous étions tout à nous-même. Après dîner, nous nous sommes retrouvés dans mon appartement vide et avons repris nos ébats. Sans crainte des regards, dans la liberté de l'espace, de la nudité. Nous étions étendus sur le lit, il a parcouru mon corps de courts baisers, de petits coups de langue. Il a embrassé les trois petites cicatrices repérées sur mes genoux ou mon abdomen, comme pour dire que c'est dans mon entièreté qu'il me prenait. C'est bizarre avec Zoli, tout passe par les extrémités, les bouts de doigts, les bouts de langues, les bouts de lèvres. Puis par moments, de grands mouvements d'enveloppement. J'ai aimé me plonger dans ses épaules, dans la rondeur de ses articulations. J'ai aimé sentir plus que ses frémissements, ses soubresauts sous certaines de mes caresses. Ce sont des moments qui auraient pu durer 651ac769ef59705efc41f1a0f1f79ca0.jpgdes siècles, et c'est étrange, mais j'ai pensé aux femmes, à cause de cette façon d'appréhender l'amour, dans la langueur et le toucher. Et c'est sans empressement, au moment où cela allait de soi, que nos sexes, l'un contre l'autre, saisis ensemble tour à tour dans mes mains, puis dans ses mains, ont joui, abondamment, l'un après l'autre. Zoli a regretté de ne pas avoir pu jouir en même temps que moi, s'en est voulu d'être resté trop concentré sur moi, je lui ai dit des mots doux, puis nous nous sommes endormis. Nous avons passés la nuit emboîtés littéralement l'un dans l'autre, nos mouvements se répondaient, ce fut notre tango à Budapest.

Au petit matin, Zoli avait une pensée triste dans la tête. Il m'a dit vouloir m'attendre, nous nous sommes bien revus douze ans après, la troisième fois serait peut-être la bonne ? Je lui ai dit qu'il avait tort, qu'il n'y avait pas d'espoir dans l'attente, que je voulais que la beauté de notre relation lui redonne la force de croire en la possibilité de l'amour et de la rencontre.

Lors de notre petit-déjeuner d'adieu deux ou trois jours plus tard, il avait retrouvé de la sérénité. Il m'a dit qu'il saurait puiser de la force et du courage dans notre aventure. Au moment de nous quitter, alors que je lui remettais une petite boîte de chocolats nommés "love", comme on offre des Mon-chéris, il m'a dit avoir réfléchi à ce qu'il pouvait m'offrir de très personnel. Et m'a remis son pendentif en or, marqué de son nom, Zoltan. J'ai pris longuement sa main et l'ai portée à mon visage, et je m'y suis frotté sans pouvoir le regarder. Avais-je honte ?

11e75f3fd5a0ffab990e7dc7cb3ca8dc.jpgAujourd'hui, l'écrin est près de mois, à portée de main, dans le premier tiroir de mon bureau...

08 décembre 2007

Saiichi, un violoncelle aux yeux noisette

47cdf6e78c0d3ff1d4b3f935e5aba9a5.jpgLundi. Il m'attendais au café de l'Industrie en fin d'après-midi, il souffrait d'un lumbago.

Saiichi, je t'en ai déjà parlé ici, très brièvement. Nous ne nous étions pas revus depuis le mois d'août à Budapest, où nous nous étions fait expulser d'un établissement thermal par un surveillant zélé qui n'avait pas trouvé très convenants nos attouchements. Pourtant, nous avions tâché de nous isoler, de rester discrets, nous avions tourné plusieurs fois avant de nous décider à entreprendre un contact. Nous nous étions donc sentis piteux. Saiichi avait même été bouleversé, je crois, choqué par cette fuite pitoyable, j'étais sorti fissa en regardant mes pieds. Je m'étais laissé abuser par la facilité de ma rencontre avec Alejandro, quelques jours plus tôt, et j'éprouvais une culpabilité particulière d'avoir ainsi plongé Saiichi dans cet embarras, avec cette irruption de la honte, violente comme une perte fulgurante de l'orgueil.

J'ai retrouvé son sourire énigmatique, ses yeux noisettes, son crâne n'était plus totalement rasé, et ses cheveux en brosse, grisonnants, te disaient seules des choses de son âge.

Saiichi, c'est maintenant mon ami japonais. Il est violoncelliste, je ne l'ai encore jamais entendu jouer. Il est aussi musicologue, mais dans une vie précédente au Japon, avant de venir en France rejoindre son ami d'alors, il était mèdecin psychiatre. Il a tout quitté pour vivre librement sa vie affective et amoureuse. Sauf la musique. Aujourd'hui, il vit seul, et se débat pour rester en France : la course à la carte de séjour, l'incompréhension quand on lui remet des papiers pour trois mois seulement, qui l'obligent à travailler pour des patrons abusifs, pour simplement être sûr de sécuriser trois fiches de paye consécutives et obtenir le renouvellement de son titre de séjour. Un cercle vicieux qui l'empêche d'entreprendre des projets plus ambitieux. Je suis désolé si ça t'agace de me voir glisser de la politique dans des récits de rencontre, mais je ne peux pas taire ces absurdités révoltantes qui dénient aux gens leurs savoirs, leurs talents, leur potentiels pour en faire de la chair à expulsion... Et encore, il n'est pas métèque !

Nous étions heureux de nous retrouver, trois mois et demi après. Nous avons parlé de Budapest, une ville qu'il aime c299d54dfa6feda169a48dbca07461a1.jpgautant que moi, où il retourne souvent parce qu'il y aime, comme moi, un certain art de vivre, une sensibilité. Et la musique. Béla Bartok est son compositeur. Le seul pour lequel il soit jamais allé déposer des fleurs sur une tombe. Un maître, au sens le plus noble.

Il habitait tout près. Il m'a demandé de le raccompagner. Nous avons marché main dans la main. Je suis monté dans son 18m2, au troisième étage. Il y régnait une atmosphère agréable, saine. Son violoncelle était sorti de son coffre. Nous nous sommes étreints. Nos vêtements à terre, il est allé dans la salle de bain, et m'a demandé de l'attendre, debout, nu, au milieu de la pièce, les yeux fermés. J'entendais des bruits d'eau. Puis il est revenu et m'a attaché autour de la taile un carré de drap mouillé, ce pagne en cache-sexe traditionnel des bains de Budapest. Il en avait donc récupérés. Nos jeux interrompus là-bas allaient pouvoir continuer ici, ce soir, la honte allait être effacée !

b1b4c33c250a2e9f76c808690c3c31cd.jpgLe contact avec le froid m'a fait un temps débander. Pas lui. Il s'est étendu sur le lit, le corps lisse, fin, doux, le sexe dur. Son dos l'handicapait, à peine. Nous nous sommes longuement caressés, embrassés, il restait étendu sur le dos, j'ai eu un plaisir particulier au contact de sa peau glabre. Et dans ma main, l'un après l'autre, nous avons joui.

Il m'a dit qu'il aimait mon blog, qu'il s'était masturbé à sa lecture, il a hésité dans la façon de dire entre deux eaux en japonais, et m'a offert sa version la plus juste, futatsu no mizu no aida.

Quand je suis rentré chez moi le soir, il avait moins mal au dos. Il me l'a laissé croire.

05 décembre 2007

Attila, le soleil en bandoulière


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Encore un petit flash-back, tiens, histoire d'ensoleiller la grisaille du matin.

Attila (ça, c'est un nom, hein ?) : il avait 19 ans, il étudiait la chimie à Veszprém, en Hongrie. Il est le premier de mes amants à avoir accédé au statut de petit ami officiel : durant l'été 97, je l'emmenais en vacance chez ma mère près de Marseille. Ma pauvre mère, je ne lui ai pas épargné grand chose sur ce coup-là. Déjà, mon coming out, je lui avais fait par téléphone, tout juste 24 heures après ma copine, lui disant simplement que elle et moi, c'était fini, mais que c'était pas grave, puisque c'était simplement parce que j'aimais les hommes. Et deux mois plus tard, je ramenai ce jeune mec à la maison... Qu’est-ce que je pouvais être centré sur moi-même à cette époque, tu parles d'une phase de libération!...

Attila, il aimait la fantaisie, étaient-ce des jeux de son âge ? Par exemple, au début, ce qu'il adorait, c'était enduire mon corps et mon sexe de crème dessert, et me lécher, me sucer goulûment, après quoi il se tartinait lui-même de crème et attendait de moi que je le dévore. Plusieurs fois, il m'avait proposé de faire l'amour avec lui devant sa copine Barbara, elle le lui avait demandé, elle aurait voulu se branler en nous regardant, mais cette idée était vraiment trop farfelue, et j'y avais toujours résisté. A Marseille, nous allions sur les plages gay. A nous deux, nous devions avoir une vraie puissance divinatoire. Les mecs nous regardaient, nous enviaient, nous finissions chez l'un ou chez l'autre dans des plans á trois. Une fois, étrange anecdote, un de ces mecs cueillis là s'était vanté d'avoir couché avec Jean-Claude Gaudin. Beurk !

5f929c1a913db02b963fa895d3e087d8.jpgAttila, je l'avais rencontré dans un bain turc de Budapest. Le Rácz, qui aujourd'hui n'existe plus, promis à une opération hôtelière d'envergure. Ce fut fulgurant. C'est dans l'espace sec et boisé du sauna que nous nous étions immédiatement cloués l'un dans l'autre du regard. Puis dans les eaux du bain, à peine dissimulés, nous avions rapidement éprouvé nos érections, simulant des pénétrations, et avions aussitôt décidé de sortir pour nous retrouver seuls chez moi. Le tout, en 5 ou 10 minutes ? Pour parler entre nous, c'était pas très commode, il ne connaissait aucune langue étrangère, et le hongrois, je n'en étais qu'à mes premiers rudiments. Mais il s'en foutait, il me regardait, il souriait d'un soleil comme ça, et il me baisait, il ne voulait que du sexe, encore du sexe, et moi, qui n'en demandais pas tant, exultais. Une fois seulement, si ma mémoire est bonne, je l'ai rejoint à Veszprém en semaine, au tout début, la semaine de notre rencontre. Le week-end, c'est lui qui venait à Budapest, notamment pour voir sa sœur, auprès de qui il m'introduisit également. Nous avons emmené une fois ses nièces au zoo. En retournant à Veszprém pour la première fois l'été dernier, en voiture, je m'appliquais à reconnaître la cité universitaire où je l'avais retrouvé, et la promenade de cette soirée exotique.

Avec Attila, c'est moi qui n'ai pas pu tenir le rythme, les envies de son âge me dépassaient, mais je n'avais pas le droit de l'en priver. Alors peu de temps après la fin de l'été, nous nous sommes séparés. J'ai pensé à ma mère, qu'a-t-elle jamais pensé de cette relation, elle qui revoyait son fils pour la première fois sous ce jour inconnu ? Quant à lui, 29 ans aujourd'hui, mon Dieu !, je ne sais pas ce qu'il est devenu.

03 décembre 2007

Zoltan (2) avant la nuit

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(mes retrouvailles avec Zoli, 1ère partie

Quelques jours après ma rencontre inattendue avec Zoli, nous avions donc convenu de nous retrouver. C'était un après-midi d'août, vers quinze heure. même strand, même terrasse. J'aurais sans doute du mal à entrer dans les détails, tant les choses se sont déroulées avec subtilité. Ce que je peux dire, c'est que nous avons passé plus de sept heures ensemble, sans nous quitter des yeux, des doigts, des lèvres, de la peau.

Nous sommes restés étendus sur la terrasse du Palatinus, à nous caresser, à explorer nos corps par effleurements, à nous blottir dans les creux l'un de l'autre. Il m'a regardé nager, m'a trouvé beau, me l'a dit, nous nous sommes attardés dans le bassin d'eau thermale et avons parlé. Avec des mots lentement saccadés, attentif à ce que je les bc226a0e932e09319a013392b97a5a21.jpgcomprenne, il m'a dit qu'il retrouvait mon corps tel qu'il l'avait laissé il y a douze ans. Nous nous sommes douchés ensemble, avons prolongé nos caresses, mais sans réussir à nous abstraire du monde environnant, nous n'avons pas joui, mais ne le souhaitions pas vraiment. Ne pas jouir pour rester ensemble encore un peu...

Nous sommes allés ensuite au restaurant, il m'a parlé de lui, m'a dit avoir peu d'amis, surtout un, son confident, Norbi. Par recoupement de récits, il est apparu que, il y a de cela trois ans, celui-ci a eu une liaison avec un Hongrois naturalisé français et vivant près de Paris, qui s'avérait être... mon mec - petit témoignage sans conséquence des excursions extra-conjugales que nous nous autorisons tacitement dans le principe sans jamais nous en parler dans le concret (mais que le monde est minuscule quand-même !)... Ca a créé un trouble, un temps, sa maladresse l'a gêné, il m'a fallu le rassurer, lui toucher la main, je lui ai proposé de nous retrouver le samedi soir suivant, mon ami resterait dans le village de sa tante, nous pourrions passer la nuit à la maison, il m'a dit sa peur de me voir m'installer trop profondément dans son cœur, je lui ai dit le comprendre, il a malgré tout accepté de prévoir cette nuit avec moi.

6a097a8f0cb800d654d246d2b6697215.jpgIl faisait nuit déjà depuis longtemps, nous avons marché un moment dans des rues calmes, sans pouvoir nous lâcher, plus le moment approchait où je devais rentrer, moins nous pouvions nous éloigner. Nous cherchions des coins obscurs, pour nous toucher avec violence, empoigner nos bites sous nos vêtements, nous rouler des pèles phénoménales, et puis une voiture ou un passant venait à nous séparer. Finalement, nous sommes partis chacun de notre coté, dans les deux directions opposées du même tram.

avant la nuit

Cette nuit aurait donc lieu. Nous nous retrouverions le samedi suivant dans les majestueux bains Széchényi. Retenu chez lui par des travaux de plomberie, il ne pourrait pas m'y rejoindre avant 17h. Je l'attendrais, il serait en retard. Il y aurait beaucoup de monde ce jour-là, beaucoup de jeunes Français, notamment, plutôt expansifs, avec des shorts de bain jusqu'au genoux, venus à Budapest profiter du festival Sziget et faire un peu de tourisme. Je craindrais de ne pas le retrouver au milieu de cette foule. En même temps que je guetterais l'entrée, je scruterais chaque visage dans le grand bassin à 37 degrés. Un moment, je m'arrêterais sur les traits fins d'un jeune garçon brun, à la barbe naissante, de longs cheveux noués en queue de cheval. Me voyant, celui-ci détournerait le regard, puis se remettrait plusieurs fois à vérifier si je le regardais encore, chaque fois plus longtemps, au point que c'est moi qui me mettrais à me détourner.

Ce pocker-menteur allait durer de longues minutes, à plusieurs reprises très explicite. Il serait manifestement heureux d'être regardé. J'arrêterais ce jeu pour me concentrer à nouveau totalement sur l'attente de Zoli. Puis je verrais mon beau brun, 25 ans à peine, sortir de l'eau en compagnie d'une fille, visiblement sa meuf. Et je me verrais, moi, à son âge, et lui souhaiterais secrètement d'avoir plus vite du courage et de la confiance que je n'en ai eu moi-même... Zoli finalement arriverait à près de 18h. La séquence avec lui durerait jusqu'à 9h le lendemain matin.


Nous allions d'abord ensemble essayer tous les bassins, de toutes les températures, passant de l'un à l'autre au gré de93e307539df5f0da645df964cd5b3c24.jpg nos envies, nous caressant discrètement sous l'eau, nous embrassant furtivement dans quelque recoin. Nos corps éprouveraient le plaisir de la relaxation, mais notre esprit serait entièrement tendu l'un vers l'autre. Quand au milieu du monde, j'oserais un geste un peu trop explicite, je verrais son regard craintif scruter si nous étions observés. Quel temps allions-nous passer à parler dans l'eau, lui et moi ? C'en est presque la marque de fabrique de notre relation. On aurait d'abord parlé d'amour, du cœur que je lui brisais, de sa crainte devant cette nuit promise, de son indécision : allait-elle lui être finalement plus douloureuse que d'y renoncer ? On déciderait de se donner du temps, nous pourrions encore parler, dîner, et puis nous serions libres, de toute façon, des limites que nous voudrions mettre.

Dans une cabine de douche fermée, nos attouchements pourraient prendre un tour plus intime, nous resterions longtemps à nous embrasser, nos sexes libérés se gonfleraient, se redresseraient, nous prendrions goût l'un après l'autre, à les embrasser du bout des lèvres, à les laisser pénétrer avec lenteur dans notre bouche, à en jouer de la langue tandis que de nos mains nous nous masserions les jambes et les fesses. Je ne saurais pas combien de temps nous allions rester ainsi dans l'exiguïté de la cabine, mais en sortant, la nuit serait presque tombée, et les couleurs de ce crépuscules sur le grand bassin extérieur nous émeuvraient.

Bientôt, je livrerai ici la suite de ces retrouvailles : Zoltan (3), la nuit étoilée

30 novembre 2007

Zoltan (1) l'amant romantique

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Comment j'ai retrouvé Zoltan, un de mes premiers amants...

Dans mes étés à Budapest, il y a toujours une part de pélerinage. 2007 n'a pas dérogé, ça a même été l'occasion d'une plongée troublante dans des souvenirs sensibles, liés à un certain art de vivre, et à une libération sexuelle. Un jour d'août, j'ai ainsi été rattrapé par l'un d'eux.

J'étais allé passer une nouvelle après-midi dans cette strand familiale Palatinus, déjà évoquée sur ce blog. Avec mes deux visées habituelles : nager, et m'offrir un petit extra d'ordre sexuel. Encore sur la digestion, j'avais décidé de commencer par l'extra. Sur la terrasse naturiste, nous étions quinze, tout au plus. J'observais l'état des stocks et les mouvements d'un oeil distrait. Rien de très convaincant, il faudrait prendre son temps... Assez vite pourtant un homme est arrivé, du genre que j'aime : belle carure, pas enrobé, le port droit, et une bonne gueule, quasi-familière. Il est venu s'installer presque face à moi, les genoux ramenés vers l'avant le temps de fumer une cigarette. Il me regardait, avec plus d'insistance à la vue de mon érection naissante. En quelques minutes à peine, à vrai dire le temps de sa cigarette, nous n'avions plus de doute sur nos intentions. Il a renfilé son maillot, s'est levé, je l'ai suivi, il est descendu dans la direction des douches, puis a bifurqué comme pour descendre vers les bassins, mais lentement, s'assurant que je le suivrais. Un peu décontenancé par cette déviation, je décidai de poursuivre droit sur la coursive directement vers les douches, sans le regarder. Bien m'en a pris car à peine avais-je ôté mon maillot et pris possession d'un box de douche, que je le vis arriver à son tour. Malgré un mouvement de tête insistant de ma part pour qu'il me rejoigne dans mon box, il préféra s'installer dans celui d'à coté.

d17221984881db6fe34bf736192e32fb.jpgJ'ai fait ni une ni deux, j'ai empoigné mon gel-douche, mon maillot, et l'ai rejoint. A partir de là, tout reste assez classique : caresses, baisers langoureux, aimables érections, jeux d'épée avec nos bites, baisers encore, une tendresse incroyable se dégageait de ce mec. J'étais vraiment bien. Mais assez vite, il s'est dit gêné par les regards et les déambulations autour de nous, et m'a proposé de sortir pour aller dans une piscine. Frustrant. Mais ce mec me plaisait, alors j'ai acquiescé. Une fois sortis, il me demande comment je m'appelle, quand-même (...!), se présente lui-même : Zoli, me demande si je suis touriste, ce que je confirme, me demande d'où je suis, s'étonne de mon hongrois, ce à quoi je lui réponds avoir vécu à Budapest pendant quatre ans, de1995 á 1999. Là, un éclair semble traverser son regard : c'est marrant, me dit-il : il y a onze ou douze ans, il a eu un amant français, il vivait pas très loin de l'île Marguerite, il croit bien d'ailleurs qu'il s'appelait, lui aussi...

Putain, c'était moi ! Zoli, Zoltan, cette familiarité du visage, cette tendresse. Incroyable. Oui, c'est sur, je le connaissais, nous nous étions connus. Tout était trouble malgré tout, des amants, j'en avais eu tant, dans cette ville où je me suis découvert, où je me suis libéré, où j'ai quasiment vécu mon adolescence homosexuelle. Etait-il un amant de la première époque, quand j'avais encore tout à apprendre, quand j'ignorais tout de là où j'allais ? Avait-il été un amant plus tardif, quand je sombrais dans une frénésie de sexe, mais toujours en quête de l'âme sœur ? Chez lui au contraire, les souvenirs étaient limpides : notre rencontre aux bains Kiraly, nos retrouvailles le lendemain, puis le surlendemain ce dîner au Malomtó, cette nuit entière passée chez moi... une nuit entière, ce qu'il peut y avoir de plus beau, pour lui comme pour moi, au delà de tous les coups à la petite semaine qu'on ramasse ici ou là...7de321897086c9df6a1ed2f9bfb39555.jpg

Nous avions été bien ensemble, au moment présent, j'en avais l'absolue certitude. Et plus nous parlions, plus des choses revenaient à la surface. Combien de temps nous étions nous vus ? Je ne sais plus le dire, lui non plus. Assez vite, c'est lui qui aurait mis fin á la relation. Pourquoi ? Il semble que lui était insupportable l'idée que je sois avec une femme. Ou alors c'était sur le plan sexuel, j'avais parait-il la manie de vouloir reproduire avec lui ce que je faisais avec elle. C'est lui qui le dit, mais c'est possible, j'étais novice, sans imagination, mais c'est drôle parce que j'ai bien changé alors !... mais surtout, ça faisait de moi un mec marié comme les autres : qui s'assume pas, qui aime tirer son coup, mais avec qui il n'y a pas d'avenir. Il avait donc mis fin à la relation. Pour se protéger. J'avais souffert, parce que j'avais besoin à cette époque d'être accompagné dans la découverte de moi-même, et parce que cet homme m'avait plu. Il avait souffert parce qu'il s'était attaché, et je restais dans sa tête l'inoubliable souvenir du seul amant français qu'il avait jamais eu. En apprenant que ma relation avec ma copine était finie, que je m'assumais désormais totalement, que je vivais même depuis dix ans avec un amant hongrois, il s'est défait, je l'ai vu se décomposer. Il s'est senti bête, c'en était immensément touchant. Seul encore aujourd'hui comme il y a douze ans, il porte un regard dépité sur les hommes en général, surtout ceux de son pays et de sa génération : toutes ses tentatives de vie commune ont échoué, de son fait ou d'un autre.

Et d'un coup, je l'ai vu voir en moi la grande occasion ratée de sa vie, l'occasion dérobée par un autre, mais par sa faute, parce qu'il n'avait pas voulu croire, pas voulu être patient, qu'il avait préféré se protéger quand moi pourtant j'étais prêt pour le grand amour, quand j'avais besoin du grand amour pour avoir la force de dévaster derrière moi plus de quinze ans de vie usurpée...

Notre conversation a bien duré deux heures dans les eaux tièdes de la piscine, c'était intense, des petites caresses discrètes nous maintenaient en tension. Mais je devais partir pour rejoindre mon mec chez des amis communs. Nous sommes remontés dans les douches. Ce qui s'y est alors passé est indescriptible. C'était beau, dense, intense, nous étions fermés á tous les regards, au point que je crois bien qu'il n'y en eut même pas. A la 99b4a8e9a8e06d7b3a8f674aad5bfd01.jpgfin, il me dit : ce que l'on vient de faire, ce n'est pas tirer son coup, n'est-ce-pas ? Non, ce n'était pas tirer son coup. Nous nous sommes revus, j'avais l'impression de sauter dans l'inconnu, mais je voulais replonger dans son regard et ses caresses. J'allais y aller les yeux fermés. j'en reparlerai.

(lire la suite ici)

29 novembre 2007

Budapest (2 / plan large)

7323347879fd49a8cbed04e266a3f99a.jpgC'est une vue panoramique. Il faut que tu t'imagines sur les hauteurs de Buda, dans le quartier du château. Nous sommes dans l’été 2007. Pour y arriver, tu as traversé vite les allées pittoresques : trop surfaites, avec leurs boutiques à touristes à chaque coin, et puis tu les connais par cœur ! Tu es passé devant la Basilique Saint-Mathias, sans la visiter. Ce n'est pas qu'elle ne te plaise pas, bien au contraire, avec ses colonnes majestueuses, chaque centimètre de ses pierres peint dans des teintes chaudes, tu y as même toujours éprouvé un certain moelleux. Mais payer pour visiter une église, ça te débecte, trop dans l'air du temps. Puis tu as contourné le bastion des pécheurs, sillonné au milieu des touristes, et tu es arrivé sur le parvis d'où tu domines tout. Budapest à tes pieds.

De gauche à droite, ou du Nord au Sud : le Danube dans toute sa splendeur. Face à toi, tout droit : Pest, étal, comme à l'accoutumé, avec ses artères dessinées à la Haussmann, héritage d'un époque fastueuse. Et plus loin, dans le grand est, tu devines à perte de vue l'immense plaine de la Puszta, avec au bout, le vignoble de Tokaj, qui donne un vin unique au monde, puis l'Ukraine, l'Asie, que sais-je encore ! La lumière est claire, et on ne saurait où situer sur une carte la ligne d'horizon. Sur la rive face à toi, légèrement sur la gauche, le Parlement et son architecture presque victorienne, les flèches étirées et flamboyantes. Plus à gauche encore, là où le Danube s'élargit, l'île Marguerite gorgée de sa perspective verdoyante.6beca768ef7dd023ac261dbb7d2762c6.jpg

De là, tu mesures le formidable poumon vert qu'elle représente pour Budapest. On y devine à peine les quelques installations nautiques qu'elle abrite : la toute première piscine olympique Hájos Alfred en vieilles briques rouges (celle où, il y a de cela douze ans déjà, tu pris goût à la natation, aux sensations de glisse qu'elle procure à ton corps, au point de faire depuis, presque quotidiennement, tes deux mille mètres de longueur), la toute nouvelle installation, inaugurée lors des championnats d'Europe avec Laure Manaudou il y a un an et demi (tu gardes un souvenir ému de sa performance sur 400m, tant tu étais heureux de pouvoir l'y acclamer !). Et puis la plage, la strand, comme ils disent, où convergent les week-ends d'innombrables familles pour jouer à l'eau de mille et une façon, mais où sur la terrasse naturiste se nouent des rendez-vous d'un autre genre.

906a3ab7d53d96bc3734e07a5dc9f061.jpgTu ne pourras réprimer un franc sourire au souvenir de Alek et Teddy. C'est toujours un mystère pour toi quand, du haut de tes 42 balais, et au milieu d'un étalage plutôt affriolant, les deux plus beaux garçons jettent leur dévolu sur toi. Que s'était-il passé ? Une entrée réussie ? Un rayonnement particulier dans le sourire ? L’œil rieur qui aurait retrouvé un peu de son magnétisme ? Le petit bourrelet qui d’habitude t'obsède sous le nombril qui se serait estompé ? Enfin bon, une alchimie s'était produite, et comme par miracle, malgré un plan plutôt sympas dans les douches, qui aurait pu se suffire à lui-même, tu les avais retrouvés quelques minutes plus tard sur le quai du tramway, allant dans la même direction que toi, avec du coup la même envie de prolonger la rencontre : coup à boire, frottement de genoux, de mains, petites caresses sous la table, invitation à visiter l'appart (ça tombait bien, ton copain revoyait de vieux potes à lui en ville et en aurait pour jusqu'assez tard). Tout s'était enchaîné avec harmonie. Et ce qui s'était passé ce soir là, dans ton petit appartement du centre-ville, te resterait dans la mémoire comme un instant de légende. Je ne saurais pas trop te le raconter dans les détails et les séquences, mais ce n'était pas loin de ce que Christophe raconte .

En attardant ton regard sur l'île Margueritte, tu auras calculé sans t'en rendre compte que pour que pareille chose se produise, il faut que ce soit un dimanche d’été à Budapest, qu'il fasse beau, que ton copain n'aie pas planifié une sortie en famille, que ça tombe le jour où tu t'es rasé de prés et où t'es bien dans ton corps, bien dans ta tête... Qu'un bel Hongrois et son ami américain manifestement soucieux de son corps et de son sourire, aient envie de mettre un peu de piquant dans leur été... Bref, un plan pareil, de cette suavité_là, avec les aléas climatiques et les aléas érotiques, ça doit se réussir en moyenne tous les cinq ans. Tu n'avais plus qu'à espérer que pour tes 47 puis tes 52 balais, la légende serait encore au rendez-vous.

Pour te réconforter, tu te seras aussi dit qu'heureusement, Dieu n'a pas inventé que les grands miracles, mais aussi les petits pêchers sans conséquence, et que dans ce domaine, il a moins regardé à la dépense... A droite, vers le sud, toujours le long du Danube, au pied du pont Szabadság, le pont de la Liberté, tu observes l'Hôtel Gellért et ses fameux bains au cachet art-nouveau, tu te dis que c'est peut-être bien là que tu iras cherché le petit pêcher du jour. Ou alors aux bains Rudás, juste à côté, dont le cachet turc t'apaise tant.

26 novembre 2007

Budapest (1 / plan serré)

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Je te parlerai quelques fois de Budapest. J'y ai vécu pendant presque quatre ans. C'est là-bas que je me suis libéré, les attaches sont donc fortes (je l'évoque ici), et c'est une ville à aimer. J'y retourne souvent, chaque année quelques semaines, depuis maintenant huit ans, pour y retrouver les sensations de mon adolescence tardive. Et certains lieux y occupent une place à part dans mon coeur. Je t'en présente un ?

Il s'agit des bains turcs de Budapest, l'établissement Rudas en particulier, un des nombreux attraits de cette ville, de tout point de vue... Il faut t'imaginer une ambiance feutrée sous une coupole de pierre, un bassin central et quatre bassins en coin, des bruits sourds bercés d'écho, une lumière tamisée, changeante, et des corps en déambulation, ou en apesanteur, quasiment nus, une sorte de pagne en cache-sexe autour de la taille laissant les fesses á découvert ; imagines-toi la sensualité, la charge érotique qui règne en ce lieu à la fois exotique et mystérieux, chargé d'histoire...

L'accès n'y est pas mixte. Sauf deux soirées par semaine, où le maillot de bain étant de rigueur, la charge érotique en est atténuée. Le reste du temps, les journées réservées aux femmes alternent avec celles réservées aux hommes.

Cet été, j'y ai croisé Alejandro, jeune professeur d'université, Espagnol originaire des Canaries, francophone, et aujourd'hui en poste à Montréal. Nous y avons partagé, cachés derrière la porte dépolie de la cabine des douches, de simples moments de tendresse. Et Saiichi, jeune musicien-musicologue japonais, qui vit à Paris, avec qui, dérangés par un surveillant zélé, nous n'avons pu aller au bout de notre intimité. Je leur dédie ce billet. En pensant à leur peau si sensible.