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17 février 2008

la marionnette et le marionnettiste

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(ma 100ème note)

S'il fallait une preuve au fait que je suis resté môme, c'est que je suis toujours autant fasciné par les spectacles de marionnettes. Je suis bon public en général, mais je me laisse assez facilement emmener dans des univers totalement imaginaires, simples et poétiques, romantiques, ou plus acides, surréalistes, ironiques. Quand le spectacle commence, je perds la distance qui me permets de voir le marionnettiste qui s'active derrière le rideau noir. Reste la marionnette et son décor. Comme tout le monde, je suis accroc aux Guignols ; tous les ans, pour le festival que nous organisons, nous faisons appel à des compagnies qui installent des marionnnettes géantes sur des péniches. Encore l'année dernière, emmenant ma mère au Vietnam pour ses 70 ans, nous avons fait halte à Hanoï pour voir une représentation de l'art traditionnel des marionnettes sur l'eau.

Dernièrement, j'ai adoré voir Chicago, et pas seulement parce qu'un de mes anciens amants, Richard Gere, y tenait le premier rôle. Mais parce que c'est une comédie musicale réussie, à mon sens exceptionnelle, dans la plus grande tradition américaine du genre. Il y a notamment une scène où Roxie (Renee Zwellveger), prise en main par son avocat Billy, devient une marionnette entre ses mains face aux journalistes, qui deviennent à leur tour des marionnettes dépossédées de toute maîtrise.

Une petite scène qui dit tout l'objet du film : la fragilité des sociétés face aux manipulations du pouvoir.
Le film dit aussi des choses sur le rapport du marionnettiste à sa marionnette. Dans ce cas là, la marionnette n'est qu'ustensile, elle est utilisée pour le seul bénéfice du manipulateur, elle nous renvoie à notre capacité fascinatoire, à tous, et donc à nos faiblesses.

On est loin de Pinocchio et de Gepeto, de la marionnette polie avec patience, qui reçoit tant d'amour qu'elle en devient 28a69dd412a420b5923675f2b37911f2.jpgvivante, qu'elle échappe à son maître, lequel en arrive à la poursuivre pour ne pas la perdre et pour la sauver.
C'est plus l'image que j'aime me faire du marionnettiste, de l'artiste qui cherche à apporter un éclat dans les yeux d'un enfant, à produire de la poésie pour procurer un instant de bonheur.

Cet artiste-là, je l'imagine parfois vivre avec sa marionnette, la regarder sans trop savoir quoi en faire : lui montrer sa rage ou lui donner l'amour, la jalouser, envier la lumière qu'elle reçoit chaque soir des projecteurs et les applaudissements du public. Je le revois pataud, à la fin du spectacle dans un castelet trop petit pour lui, saluant le public mais ne trouvant pas sa place.

Je l'imagine passer des nuits à rêver d'une fusion totale, se voyant exister enfin sous ses traits à elle.

Je l'imagine d'autres fois tout balancer et se sentir simplement libre. Libre, mais alors orphelin, serrant tout contre son coeur une foule de pensées intimes qui raniment les heures de gloire et d'espoir passées dans son compagnonage.

La marionnette change avec les époques, elle reste un personnage de l'enfance. Devenant adulte, on apprend à reconnaître le talent de l'artiste et à lui réserver le compliment.

Pour ma centième note sur ce blog (et oui, déjà), je ne voulais pas en rajouter dans les tonalités commémoratives (cette semaine, entre les trois mois de blog et le 1.000ème commentaire, j'étais dans l'entonnoire), mais plutôt rendre hommage à ce personnage imaginaire qui vit autrement derrière chacun de nos écrans, sous les doigts de nos claviers, la marionnette d'aujourd'hui, dotée des mêmes pouvoirs d'émerveillement et de fascination.