13 août 2009
500 notes pour une sonate
Cette note est ma 500e note. Jolie partition, déjà, non ? Avec 500 notes, on peut faire quoi ? Un concerto ? Un quatuor ? Disons une sonate. La mienne a compté un premier mouvement allegro ma non troppo - classique du genre -, un deuxième andante molto mosso, puis un troisième lente quasi adagio. En toute logique, je devrais attaquer sur un final allegro vivace. Nous verrons bien, je n'en suis pas au final, il m'y faudra sans doute bien davantage de notes.
Puisque c'est l'occasion d'un bilan, en voici un sur ces petites vacances à Budapest, qui viennent de se finir :
- Je me suis reposé - de longues nuits de sept ou huit heures, des siestes, souvent courtes, sous le soleil ou sur un canapé, parfois au milieu d'amis, j'ai évacué toute pression, c'était le plus important.
- J'ai nagé : 35 km, pile poil la distance qui sépare ma banlieue de Paris. Et pourquoi pas 42, me diras-tu, puisque j'y ai passé 21 jours, à Budapest ? Eh bien parce que je me suis autorisé trois journées de relâche, et que j'ai commencé doucement. Et puis 35 km, c'est une approximation, parce que nul n'a su me dire avec exactitude la longueur du bassin sportif à Palatinus, tantôt 38m, tantôt 40m, voire 42,5 - le décompte des distances était une gageure.
- J'ai baisé, ou plutôt j'ai tâté de la queue, j'en ai mâté, parfois sans en faire grand chose, peut-être juste pour m'assurer que la mécanique fonctionnait encore. Je suis allé pourtant peu aux bains - une fois aux Széchény, une rencontre fulgurante avec un homme marié, un Français, et une première approche avec Attila ; une seule fois au Király, ce qui me valut de rencontrer Federico et Roberto ; une fois aux Gellért (quel luxe ! - mais choux blanc) ; et deux fois au Rudas, où je
crois bien avoir réussi à mettre dans mes filets les plus beaux specimens... Au terme de ces visites, je m'autorise à me placer dans la catégorie des beaux garçons qui peuvent choisir leurs victimes. Mais qui ne sont pas à l'abri de deux-trois gamelles. Attila est resté une histoire sans suite...
- J'ai bronzé, surtout à Palatinus. Et j'ai pu observer à cette occasion que de longues heures de naturisme sous le soleil ne suffisent pas à effacer la fameuse marque du maillot, forgée par des heures de nage au quotidien. Ou alors j'ai passé trop de temps sous les douches ?
- J'ai lu, ce qui allait souvent de paire. 700 pages, quand-même, dont un thriller de Robin Cook, Facteur risque, où se jouait un complot criminel autour de la marchandisation de la santé aux États-Unis. Entre la fin d'un Murakami (Haruki) et le début d'un autre (Ryû).
- Et j'ai écrit, ce qui n'a pas été le pire de mes petits plaisirs : une quinzaine de notes, même si nous étions vraiment entre-nous - je pourrais presque dire rien que pour toi et moi.
J'ai retrouvé Budapest. Au fond, j'y ai toujours nagé, j'y ai appris à aimer, j'y ai parfois lu, j'y ai souvent écrit. Il y règne un art de vivre et une paix propices à ces travers et à une certaine virtuosité, ce n'est sans doute pas un hasard si Liszt, Bartók et Ligeti s'y sont joués de leurs notes avec malice et inventivité...
Les valises sont posées. Le ciel est un peu gris, cela va sans dire. Mais ces petites musiques me restent dans la tête, et je crois que mon adagio est termiiné.
22:52 Publié dans été 2009, rhapsodie hongroise | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : hongrie, budapest, budapest gay, blog
10 août 2009
soyeuses réminiscences

En fait, je cane sur ce billet depuis plusieurs jours. Je voudrais y faire affluer les vides et les pleins de mes jours. Les couleurs de ma tête, ses clairs-obscurs, ses éclats éteints, ses facéties, je voudrais y faire tourner le kaléïdpscope de la vie pour y discerner les faux-semblants.
Mais les mots me manquent. Ou plutôt le fil. L'intention se dérobe, et je ne sais plus quoi du rêve ou de la vie est le plus important. Quoi du monde ou de sa représentation. Quoi des souvenirs. Quoi des récréations, des re-créations, des recompositions qui se jouent de nos têtes. Je ne sais plus si je suis heureux d'un regard qui m'enveloppe, ou si je m'en illusionne pour échapper à une chose sale, s'il ne m'est pas qu'une ligne de cocaïne, un shoot.
J'avais d'abord décidé de renoncer à visiter les bains Rudas, pour ne pas me confronter au souvenir de ma rencontre avec Saiichi, il y a deux ans. Et puis une fois passée la première semaine, je m'y suis aventuré néanmoins (ah! ce que valent les serments !). Mais il se trouve qu'ils étaient fermés en raison d'un problème technique, et j'y avais vu un signe qui me confortait dans ma prudence.
J'aime pourtant les bains Rudas. Ils ont le même cachet turc, confiné, que les bains Király, une voûte en pierre ancienne, à chaque angle de la grande salle carrée des bassins de températures croissantes, et des faisseaux de lumière depuis la coupole, projetés par le soleil à travers des tessons colorés. Les corps y sont dénudés, le sexe y est plus ou moins caché par le même pagne en drap qu'aux bains Király. L'ambiance y est d'autant plus sensuelle qu'il y a un public plus hétéroclyte, et que les attouchements n'y sont pas permis, nous l'avions éprouvé à nos dépens avec Saiichi.
Cette suavité n'est cassée parfois que par les deux-trois touristes occidentaux, jeunes en général, qui ne savent pas se départir de leur maillot à lacets et à fleurs, et qui leur tombe aux genoux : pruderie obsène !
J'ai laissé passer quelques jours et n'ai finalement pas résisté, un mercredi de pluie où il n'y avait pas beaucoup mieux à faire. Et finalement, cette expérience au Rudas n'a fait affluer aucun souvenir pénible. J'y suis du coup retourné ce matin.
Budapest, j'y ai vécu près de quatre ans, à la fin des années quatre-vingt dix. Et à chacun de mes retours, la place décalée qu'y occupent mes souvenirs berce et rythme le temps.
Depuis mon arrivée et le début de ces vacances, je suis surpris par la sérénité que j'y trouve, la décontraction que me procurent les longs instants en famille ou en groupe, malgré mon accès difficile aux propos échangés. Je me souvenais m'impatienter assez rapidement, dans ces après-midi, ressentir de l'ennui, de l'irritation lorsque ça s'éternisait, et parfois me mettre à bouillir de l'intérieur jusqu'au moment de notre départ. Mais là, rien de tel, j'apprécie la compagnie, je m'y installe, puis je décroche et j'assume, je me laisse rouler dans l'herbe et m'assoupis, je me raccroche quand je le souhaite, et n'y recueille que du bien-être.
Je crois qu'il se passe quelque chose de l'ordre de la réminiscence. Si ces réunions, autrefois, finissaient par m'agacer, elles restent associées à une période de ma vie qui correspond à une certaine forme de bonheur. Retrouver ces ambiances, c'est me lover dans ces souvenirs, revenir au confort de cette époque, dont ma mémoire a soigneusement effacé les plaies.
C'est un peu la même chose qui se passe lorsque je fais mes longueurs dans le bassin olympique de la piscine Komjádi, lorsque je prends place dans un tram, qu'un métro s'ébranle, que je passe devant une petite vieille qui vend des fleurs coupées de son jardin, que je m'installe à une terrasse du cours Ferencz Liszt. Comme si ces images, et tout un passé qu'elles convoquent, étaient forcément plus fortes que les souvenirs ingrats.
Ces réminiscences, ce sont tous ces souvenirs rassemblés, mais épurés de leurs aspérités.
Curieusement, je ne perçois aucune vague nostalgique non plus dans cette mémoire, elle me semble juste être un meilleur remède que les rencontres d'un jour, d'une heure ou d'une minute. Ces dernières me rassurent mais ne me soignent pas.
J'ai été profondément troublé par la lecture de Haruki Murakami : Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil. Une histoire d'amour, ravageuse,
tiens donc ! Une rencontre improbable, des retrouvailles, et tout qui bascule. Tout, je ne parle pas de la petite vie de famille bien réglée, des relations avec beau papa, du business as usual. Ceci est secondaire, finalement. Tout, c'est l'édifice mental, l'équilibre psychiatrique, la charpente du cerveau, les piliers sociaux, quoi ! Ce livre dit l'aspiration par le vide. Ce moment où tout ce que l'on croyait être devient néant absolu.
La chimère qui hante le personnage est à la fois bien tangible - une amie d'enfance, une femme qui le visite certains soirs dans un des clubs de jazz qu'il a ouverts à Tokyo - et évanescente. Elle est le mystère total. Hypnotisant. Il s'y engouffre pour retrouver la complice d'autrefois, longtemps perdue de vue, auprès de qui il expérimentait une forme juvénile du bonheur. Elle est réminiscence. Elle incarne le chemin du retour après l'école, la quiétude paisible à écouter des disques dans une chambre d'enfant, la connivence à partager cette dure condition de l'enfance unique et à tenter de la compenser. Mais il est happé aussi par son absence de maîtrise, l'état de servilité où l'amour l'enferme : il ne sait rien d'elle, de ce qui la fera venir le rejoindre ou de ce qui l'en empêchera, de ce qu'ont été ses vingt-cinq ans de vie loin de lui, lorsqu'elle devint une adolescente recluse puis une adulte nymbée et résignée.
J'ai retrouvé dans ses mots au féminin à peu près tout ce que j'ai traversé au masculin au cours de l'année écoulée. Les mêmes effondrements, la même fuite dans le travail, ou dans les 2.000m quotidiens de natation, les mêmes heures intersidérales. Les mêmes questions sur la fragilité de l'âme.
Sur les souvenirs qu'on fuit et ceux qui vous rattrappent.
23:32 Publié dans été 2009, rhapsodie hongroise | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : hongrie, budapest, souvenirs, réminiscences, rudas gőzfürdő, bains rudas, haruki murakami
07 août 2009
Lajos Batthyány, ou la débandade hongroise
Il avait 42 ans quand ils l'ont assassiné. Premier Président du Conseil d'une Hongrie qui s'essayait républicaine et indépendante. Entre 1848 et 1849. Ce n'était pas rien, pour cette nation, de s'affranchir d'un même mouvement du joug féodal et du joug impérial. Ni pour ce jeune homme issu d'une famille noble de prendre le parti des républicains. Il y avait alors de puissants courants de pensée qui donnaient corps à ces rêves, des artistes s'engageaient, des poètes regardaient l'Europe et lui vouaient un avenir.
C'était le Printemps des peuples, dont le vent avait pris naissance en France. Partout, des révolutions libérales, à qui il manquait de reconnaître leur place aux ouvriers, ce qui inspira à Marx et à Engels le Manifeste du Parti communiste, qu'ils publièrent, anachroniques visionnaires, à cette même époque.
De quelle utopie ils étaient capables nos Victor Hugo, Sándor Petőfi et toutes cette intelligentsia qui ne se résolvait pas à l'enterrement des Lumières ! L'armée des Habsbourg fit appel aux armées du Tsar pour écraser la République hongroise naissante, mais l'Empire austro-hongrois ne serait plus jamais le même, la Hongrie avait conquis sa maturité, et la nouvelle position qu'elle occupait dans l'Empire lui permettrait de jouer les premiers rôles dans le développement bourgeois de la fin du XIXè siècle. Le millénaire de la Hongrie serait célébré avec un faste incroyable en 1896, avec une Exposition Universelle, la première ligne de métro d'Europe continentale, de grandes artères et un raffinement qui font encore le cachet du Pest d'aujourd'hui...
Au fond, si l'Empire n'avait pas été du mauvais côté du manche pendant la Première guerre mondiale, et si - cruelle humiliation infligée aux perdants - la Hongrie n'avait pas été dépecée des deux tiers de son territoire, qui sait quel rôle elle occuperait aujourd'hui en Europe ?
Mais c'est ainsi. L'indépendance fut écrasée en 1849, Batthyány fut exécuté le 6 octobre, et la Hongrie perdit la guerre. Par dessus le marché, une guerre plus tard, elle fut mise au régime Traband et komsomols.
Il reste de ces époques des vestiges.
La place Batthyány, à Budapest, est de fait l'une des plus intéressantes. Située sur le bord du Danube, ouverte sur lui, elle fait face au Parlement sur la rive opposée, et c'est de là que l'on peut en apprécier le mieux son architecture victorienne dans toute ses dimensions. Une petite église pittoresque côtoie une halle de marché en brique, et la statue de Janos Batthyány se dresse comme à la proue d'un navire.
C'est près d'elle que m'a rejoint Attila, mardi soir, et que nous avons bu un verre sur la terrasse du café Angelina. C'est drôle, notre moyenne d'âge était justement de 42 ans : l'âge des martyres !
Attila, je l'avais rencontré aux bains Szechény l'avant veille, avais approché mon transat du sien après avoir constaté son attirance, et avait pris plaisir à lui caresser les jambes et le torse. J'avais compris qu'il n'était pas adepte des petits coups consommés sur place. Nous n'avions pas parlé, sauf lorsque je dus partir pour un dîner chez belle-maman ! Le hasard avait voulu que nous nous rencontrions le lendemain sur une autre terrasse, à Palatinus. Cette fois, je lui avais offert de nous retrouver le lendemain pour passer une soirée ensemble, il avait accepté et nous y étions.
Il avait en lui beaucoup de douceur, qui parfois confinait au flegme et qui n'était pas toujours simple à interpréter. Nous avons parlé moitié en hongrois, moitié en anglais. Il venait de passer une dizaine de jours en Croatie. Tiens, à Trogir, justement, où j'avais été moi-même en vacances l'année de la canicule, en 2003. Nous avons aussi confronté nos expériences d'appendicites. J'en avais moi une marque laide et boursouflée, à cause d'une péritonite évitée de justesse en 88. Lui avait été opéré durant des vacances en Égypte, il y a trois ans. Mais une infection subite lui avait valu de retourner sur le billard une semaine plus tard, il en portait une cicatrice discrète mais spectaculaire, verticale, au milieu du ventre.
Je te parle d'Attila parce qu'il s'est produit une chose troublante, que je redoutais un peu. Alors que nous étions chez lui en pleine étreinte, je me suis mis à penser au billet que j'allais en faire pour ce blog. A sa structure, à la petite page d'histoire avec laquelle j'avais envisagé de l'introduire, dès la lecture au pied de sa statue des dates de naissance et de mort de Batthyány, à nos deux rencontres précédentes dans un contexte naturiste, à certains détails de son anatomie : ses cicatrices, la tâche de vin brune qu'il lui dévorait le flanc, ses testicules qui lui pendaient à mi-cuisse.
Ces pensées me faisaient débander, et cet épisode-même vint aussitôt trouver place dans mon projet de billet, me piégeant dans un dérisoire cercle vicieux. Cela m'était déjà arrivé une fois dans un sauna parisien. Et je n'aime pas du tout ce sentiment d'être ainsi dominé par mon sujet, l'impression de ne plus vivre les choses pour ce qu'elles sont mais pour pour ce que je pourrais en dire.
Curieusement, lui-même s'excusait de ne pas avoir d'érection plus vaillante, et mettait sa défaillance sur le compte de la fatigue. Il se mit à me parler de son petit copain, Zoltan, avec qui il était dans une relation "ouverte" qui ne l'épanouissait pas. Une relation d'un an, qui n'a jamais connu de phase fusionnelle. Je lui ai parlé de ma relation avec Igor, vieille de maintenant presque douze ans, et qui en était à sa phase... comment la qualifier, tiens, ma phase avec Igor ? ce sera peut-être l'objet d'un prochain billet...
Il m'a aussi appris à dire "caresser" en hongrois : simogatni. En parlant ainsi, en l'écoutant, en caressant ses mains solides et ses larges épaules, en laissant mes lèvres trainer sur ses bras et sur son cou, j'ai enfin recommencé à bander, et il a souhaité que je jouisse avant de le quitter.
Nous avons prévu de nous revoir ce soir.
10:09 Publié dans été 2009, rhapsodie hongroise | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : attila, batthyany, hongrie, budapest, révolution, 1848, 1849, blog, gay, homosexualité
05 août 2009
egészségedre ! (*)

Francis est un connaisseur de la Hongrie. Et il a apparemment le goût des bonnes choses. Alors une fois n'est pas coutume, pour le remercier de sa fidélité, et parce qu'il m'a inspiré le billet qui suit, paradoxalement plus sobre que les précédents, je lève mon verre à sa santé.
Il est vrai qu'on ne manque pas de choses à boire, en Hongrie, ni dans le registre du distillé, ni dans celui du fermenté. Et les usages ne manquent parfois pas de surprendre.
Voici tout d'abord quelques constatations d'ordre quasiment anthropologiques, qui résultent de petites observations du quotidien, piochées au détour de mes repas familiaux - car dans les restaurants, c'est évidemment différent.
La liqueur se boit à l'apéritif. S'il y a une grande variété d'eaux de vie (pálinka), la prune étant la plus répandue, elles n'ont jamais fonction de digestif. Les vins, souvent demi-sec ou doux, même les rouges, sortent plutôt des placards à la fin des repas.
L'Unicum reste un produit rare, avec son goût médicinal étrange et sa recette tenue secrète rassemblant, paraît-il, plus de quarante essences de plantes différentes, on le sort pour les occasions. Et je confirme, il vaut mieux y mettre quelques gros cubes de glace, ça fonctionne trés bein avec sa substance épaisse et crémeuse.
On trinque verre contre verre, comme dans la plupart des pays d'Europe, sauf avec la bière. En signe de résistance passive contre l'intervention autrichienne venue écraser la révolution républicaine et indépendantiste, en 1849, les Hongrois cessèrent de trinquer avec la bière, boisson autrichienne par excellence. Et encore aujourd'hui, c'est en claquant lourdement son verre de bière sur le dessus de la table qu'on se dit "egészségedre".
Mais au delà de ces anecdotes, il y a en Hongrie une production viticole qui mérite l'intérêt. J'évacue tout de suite les mousseux doux, ou demi-sec, destinés principalement à l'exportation vers le marché russe.
Le lac Balaton donne lieu à une production de vins blancs qui peuvent rappeler nos Bourgogne, en particulier certains pouilly fuissé.
La province d'Eger, au Nord de la Hongrie, est la principale région vinicole. Le sang de taureau (Egri Bikavér) est sans doute le vin rouge le plus consommé ici. Personnellement, je le trouve trop tannique, et lui préfère, de loin, des cépages comme les kékfrankos, à la fois plus subtiles et mieux charpentés.
Mais surtout, évidemment, c'est le Tokaji qui fait l'absolue exception hongroise, en matière de vin. (Prononcer [to-ka-yi], et non [to-ka-gi]).
Tokaj est une ville moyenne située à l'extrême est de la Hongrie, le bout du bout de la puszta, près de la frontière avec l'Ukraine. Sur la Tisza, un affluent du Danube. Là, la terre se vallonne, et les coteaux offrent une belle exposition au soleil. On y a planté en général des furmint et des pinots. C'est d'ailleurs un retour de ces cépages vers l'Alsace qui donna l'appellation Tokay Pinot-gris, aujourd'hui interdite pour préserver l'appellation d'origine du Tokaji.
Certaines années à la fin de l'été, jusqu'au milieu de l'automne, les conditions climatiques permettent au raisin de se botrytiser - c'est à dire de se dessécher lentement, en se concentrant en sucre, et en développant à sa surface ce que l'on appelle la pourriture noble. C'est avec ce précieux alliage que l'on produit le Tokaji Aszú, "le vin des rois et le roi des vins", selon la légende qui veut que Louis XIV en faisait venir à sa table. C'est de lui que l'on parle, en général, lorsque l'on parle des Tokaji.
Il y faut de la rosée, un brouillard persistant le matin, et un soleil généreux et caressant l'après-midi. Pendant un mois environ, entre la fin septembre et la mi-novembre, ce raisin maturé est récolté grain par grain. Autrefois, on confiait aux vieilles dames des villages le soin de passer chaque jour dans les allées du vignoble pour en remplir leur hotte (puttony), qui était ensuite vidée dans de grandes cuves pour y être coupé avec une récolte ordinaire.
La qualité du vin s'exprime en nombre de puttony (hotte de 20 litres) de grains aszú par cuve (de 136 litres). On trouve ainsi des Aszú de 3 à 6 puttonyos. La vinification se fait en trois ans, dont au moins deux en fût.
Ce vin constitue un produit unique, excessivement charnel. Avec une attaque acide, des saveurs d'abricot sec, et une incroyable rondeur en bouche, des arrières goûts d'amende. Évidemment, plus la concentration est élevée, plus cet équilibre est savoureux. Les 5 et 6 puttonyos sont de vrais nectars d'exception.
D'autres années, ce phénomène reste trop marginal et l'on procède à une vendange tardive indifférenciée, qui donnera un Tokaji szamorodni, sec ou doux selon l'évolution de la vinification, qui peut constituer un excellent apéritif.
Le Tokaji Aszú se vend exclusivement en bouteille de 500 ml.
Je suis allé deux fois à Tokaj lorsque je vivais en Hongrie, visiter les caves et assister au pressage.
Au début des années 90, de grands groupes français d'assurance, AXA, GMF pour ne pas les nommer, ont investi dans ces domaines, racheté des châteaux à l'État, arraché des pieds de vigne vieillissant, en ont replanté, ont fait venir des œnologues français. Assurément, ils ont
contribué à améliorer et à optimiser la qualité de la production, qui était tombée dans une routine d'État, voire une certaine désuétude.
Je me souviens avoir visité avec Péter, en septembre 1996, une foire aux vins à Budapest. Le Château Disznókő, que j'allais visiter quelques semaines plus tard, proposait à la dégustation sa production de 1993, non encore commercialisable. C'était à tomber par terre. Plus tard, j'en achèterai quelques bouteilles, puis cette cuvée deviendra rapidement hors de prix.
Péter était surpris de l'engouement que j'avais pour le vin, il était amusé de tout le rituel dont j'entourais sa dégustation. Je me souviens que lorsque nous allions dîner au restaurant, il se mit à m'imiter, il s'essayait à reconnaître des goûts, il comparaît, il m'interrogeait sur les vins français. Lors de mes retours en France, je lui en rapportais des bouteilles. Puis il acheta des revues spécialisées, s'y abonna même. Quand je le revis, bien après notre séparation, il avait réalisé des stages d'œnologie, et me dépassait de beaucoup dans ce domaine.
Lorsque j'avais connu Péter, mes premières expériences homosexuelles étaient récentes, et j'étais encore en couple avec Armelle. Lui vivait chez sa mère, auprès de qui il n'avait pas fait son coming out. Il avait un compagnon "régulier", mais entre mes voyages à l'étranger, mes retours en France, et les secrets que nous avions l'un et l'autre à défendre, le poids de notre relation lui était devenu lourd à porter. Il laissa les choses s'effilocher. De mon côté, je ne comprenais pas qu'il ne se rende pas disponible les fois où moi je l'étais, et souffrais de cette distance qui ne disait pas son nom. Puis nous sommes restés amis quelques années, avant de nous perdre du vue. Un peu la vie, quoi...
Je crois qu'il a conservé sa passion pour le vin, et j'en suis simplement heureux.
_________________________
(*) à ta santé !
18:11 Publié dans été 2009, rhapsodie hongroise | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : hongrie, budapest, vin, tokaji, tokaji aszú, domaine de disznókő
04 août 2009
Federico et Roberto
Federico, le napolitain. 46 ans radieux. Le corps et le visage secs, comme je les aime. Une barbe de deux jours, rèche, quelques rides riantes au coin de l'œil, et un sourire lumineux. Nous sommes donc aux bains Király de Budapest. C'était mardi dernier, il y a juste une semaine...
Il ne nous a pas fallu longtemps pour nous enfermer dans une cabine de douche, c'était son choix. Il avait un corps svelte quoique peu athlétique, peut-être à cause de ses origines croates, la peau assez blanche, les jambes glabres, la queue longue et épaisse, lourde. Il m'embrassait en m'aspirant la langue avec énergie et a joui quand je lui léchais les couilles. Nous sommes ressortis de la cabine et il m'a présenté son compagnon, Roberto, très brun, petit, rigolard et rondouillard, poilu... pas du tout mon style, mais entreprenant malgré son incapacité à communiquer en anglais.
Federico nous a laissés un moment, un peu comme s'il m'avait déposé en gage, ou s'il avait voulu offrir des fleurs à son ami avec qui il comptabilise vingt ans de vie commune. Je me suis laissé faire, au vrai, comme si j'y voyais le moyen de retrouver Federico plus tard. Et puis ils étaient chaleureux. Nous sommes allés dans le bassin d'eau fraîche, où il fit bon s'immerger tant la chaleur montait. Je me livrait à lui, yeux fermés et lui tournant le dos, éprouvant à peine d'une main la vigueur de son érection. Je bandais sous l'effet de ses caresses. Il jouit en simulant une pénétration. Dans l'eau, chose que je me suis toujours interdite. Puis poursuivit jusqu'à ma propre éjaculation dans une cabine de douche.
Ils repartaient le lendemain matin par le premier vol de 7h 30, mais me proposèrent de les rejoindre pour un dernier verre dans la soirée. Ils me parlèrent de leur vie, de la folle flambée de l'immobilier à Naples, de leur séjour en Hongrie, dont ils me montrèrent quelques photos sur le petit écran de leur appareil photo. Roberto ramassa - pour sa collection - des sachets de sel et de sucre du café New-York où nous prîmes un Unicum avec glace. Federico faisait office de traducteur, patient et amusé. Roberto était ingénieur pour le métro de Naples, et Federico
technicien prestataire indépendant.
Ils m'invitèrent à partager un ultime moment dans leur chambre de l'hôtel Ibis, place Luiza Blaha, et à me rendre à Naples les visiter pour quelques jours de vacance.
C'est jusqu'à aujourd'hui mon meilleur souvenir de ce séjour à Budapest, hors mis tout ce qui relève de soyeuses réminiscences, et qui n'a pas de prix.
10:50 Publié dans été 2009, rhapsodie hongroise | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : bains király, gay, homosexualité, échangisme, thermalisme, budapest, hongrie
03 août 2009
ils n'auront pas les bains Király
Les bains Király méritent un billet à eux tout seul. Pour le mythe, et pour la vérité. Ils ne sont pas des bains comme les autres, et ne le seront jamais. Ni dans mon cœur, ni dans la vie. Ils ont tout tenté pour nous les voler : ils les ont fermés presque une année, pour des travaux d'assainissement - on sait que le Rácz n'a ainsi jamais rouvert. Il ont essayer d'imposer le port du maillot de bain pour en dissoudre l'atmosphère sensuelle et envoûtante. Ils n'ont pas encore proposé le port du bonnet, Dieu merci ! Mais cette clientèle homosexuelle ostentatoire, qui ne se cache pas comme on le lui a appris, les gêne, les a toujours géné, empêchent des projets touristiques de convenance, de luxe ou de standing, alors ils essaieront encore...
Mais les bains Király résistent.
Avant de s'y rendre, toutefois, il vaut mieux être un tant soi peu averti.
Voilà ce qu'en dit le Petit Futé :
"La construction des Király a débuté en 1565, sous l’autorité d’Arslan Pacha, gouverneur de Buda. L’édifice fut ensuite rénové et agrandi au XVIIIe siècle. L’approvisionnement en eaux thermales se fait par l’aqueduc des bains Lukács. A l’intérieur, la coupole centrale, percée par endroits, laisse passer des rayons de soleil à travers la nappe de vapeur... Cette lumière qui perce atténuée, les personnes autour absorbées dans leurs rituels de bien-être ou leurs pensées, l’ensemble fait de ces bains un lieu absolument envoûtant. (...) Les jours réservés aux hommes attiraient la communauté gay touristique et locale, ça n’est guère plus le cas…"
J'en suis perplexe. Bon, sur les aspects historiques et esthétiques, rien à dire, et puis comme ça, c'est fait. Mais la petite anecdote de la fin, qui m'a donné quelques sueurs froides, est heureusement une énorme erreur, ou un piège, car bien heureusement, c'est encore le cas.
En fait, ces bains sont recommandés, à juste titre, pour leurs caractéristiques patrimoniales par à peu près tous les guides de voyage. Mais c'est à croire que ceux qui y écrivent ont peur de l'eau, se contentent de repiquer l'information aux copains. Ou alors que ce sont des femmes, ignorantes de ce qui s'y passe le jour des hommes.
Le site cityzeum.com est à peu près le seul qui incite à la prudence, à mots couverts : "Ces bains turcs de Budapest plairont seulement aux moins pudiques. Naturistes et non-mixtes,(...) impossibles d'accès pour les familles, ces bains sont plus appropriés aux personnes désireuses de sensations relaxantes et de soins du corps."
Donc avant de t'y rendre, voilà ce qu'il faut absolument savoir à propos des bains Király.
D'abord qu'il faut prononcer [Ki-rail], et non [ki-ra-li], et que ça signifie roi.
Ensuite, que c'est là que j'ai rencontré Péter, il y a treize ans. Il fut ma première liaison et mon premier chagrin. C'est à cause de lui, je crois, que bander vers le bas est pour moi, et pour toujours, "bander à la hongroise". Mais c'est un peu hâtif, j'en conviens... La rencontre s'était déroulée sur l'estrade en bois du hammam. Nous nous étions repérés, et assis l'un à côté de l'autre, nos mais s'étaient rapprochées de nos cuisses, puis de nos entre-cuisses, nous nous étions caressés sans aller au bout. Nous nous étions retrouvés plus tard dans un bar puis étions allés chez moi.
C'est là aussi que j'ai rencontré Shinji, l'hiver dernier, qui me fit un temps, et notamment lors du réveillon du nouvel an, oublier Saiichi, ou croire l'oublier, puisque je ne courais alors qu'à sa poursuite. La rencontre s'était passée sur la même estrade, sur le banc le plus haut, comme avec Péter, mais de l'autre côté. Ce jour-là, d'une main aussi experte que Saiichi, Shinji me fit jouir sur place.
Entre les deux, derrière ses mûrs muets, j'y ai rencontré beaucoup d'autres hommes, sucé, massé, palpé, malaxé, effeuillé... beaucoup d'autres bites.
Il faut aussi savoir que les bains Király sont ouverts aux hommes les mardi, jeudi et samedi, et aux femmes les lundi, mercredi et vendredi. De 6h le matin à 19h le soir. Je ne peux rien dire de ce qui s'y passe le jour des femmes. Je crois qu'on y croise un public paisible, et plutôt âgé, sans qu'il y ait d'enjeux de drague. Le jour des hommes, en dehors de quelques étrangers égarés par l'incurie des guides touristiques, on y trouve une foule essentiellement gay, à la recherche de sensations qui vont au delà de la simple relaxation - c'est un euphémisme.
Ils ont aussi leurs petits vieux. On les appelles les crocodiles, à cause de leur propension à circuler en silence dans le grand bassin central au dessous de la coupole, l'œil à hauteur d'eau, à s'approcher et à laisser trainer des mains fouineuses. Dans quelques recoins, notamment dans les bains secondaires, ont peut les voir se palucher. Ou ils se rapprochent pour observer de plus jeunes dans leurs caresses. Beaucoup en ressentent du dégoût. Pas moi. Je ne les regarde pas, je les oublie, ils font partie du décor. Je les ai toujours connus, à une époque où l'homosexualité était pour moi quelque chose de nouveau, et où j'étais terriblement excité par cette tension capitonnée. M'y plonger aujourd'hui, c'est revivre des phases initiatiques de ma vie, et j'en accepte l'environnement dans sa totalité. Et puis mon expérience m'a appris qu'une petite assistance repoussante n'est parfois pas inutile pour sembler, soi-même, attirant.
Et de fait, sans eux, je n'aurais peut-être pas croisé le regard de Federico, la semaine dernière. Ici, je te raconte.
08:13 Publié dans été 2009, rhapsodie hongroise | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : budapest, hongrie, thermalisme, gay, homosexualité, lieux de rencontre gay, bains thermaux
01 août 2009
le vrai tramway nommé désir (2) pour tous les goûts
C'est bien ma veine : pile le jour où je prévois de t'emmener en excursion en ville avec le tramway n° 4-6, dont je te disais là le caractère stratégique , voilà qu'il est à l'arrêt pour travaux. Jusqu'au 19 août. Remplacé par des bus de substitution qui partent en rafale toutes les deux minutes pour absorber une capacité d'accueil équivalente.
Bon, ben il me reste à te proposer de faire comme si. Ferme les yeux, et dis-toi que tu es installé dans une rame confortable, raisonnablement climatisée, qui s'apprête à glisser en silence.
Nous voyageons dans le sens des aiguilles de la montre : démarrage, Place Moscou (Moszkva tér), au pied du quartier du château, le quartier le plus ancien de Budapest, d'où l'on a un point de vue remarquable sur la ville - et accessoirement située à trois minutes de notre appartement de vacances.
Notre premier arrêt : pont Marguerite, côté Buda. Tu peux aller rejoindre, à 500m vers le nord, donc sur ta gauche, la piscine Komjádi, ses trois bassins extérieurs, dont le plus grand a des dimensions olympiques, qui est partie intégrante de l'hôtel Csaszár où nous sommes descendus cet hiver avec Fiso et Yo - à deux pas de l'appartement où je vécus durant près de quatre ans. Ou bien, à droite, juste derrière le ministère des affaires étrangères, les fameux bains Király, dont je te reparlerai très bientôt car j'y ai vécu des choses intenses et inoubliables.
Arrêt île Marguerite : le tram s'engage ensuite sur le pont et marque l'arrêt au niveau de son coude. C'est de là que l'on peut accéder à l'île du même nom par sa pointe sud, et se ballader dans cet immense parc arboré qui est le précieux poumon vert de la ville, assister aux Grandes eaux de Budapest - en musique, et le soir en lumière -, retrouver son amoureux, bécoter, ou entrer dans l'une des installations aquatiques, pour nager ou draguer selon ses envies : la piscine Alfréd Hajós, celle où je fis mes premières armes en natation il y a 14 ans, la strand Palatinus avec sa terrasse naturiste où je fis ma première rencontre d'hommes à peine plus tard, où je retrouvai aussi Zoltan il y a deux ans, et où, ma foi, il fait toujours bon s'ébrouer.
Pont Marguerite, côté Pest : de l'autre côté du pont, c'est vers le quartier du Parlement que tu peux t'engager, avec ses superbes bâtiments qui sigent les heures de prospérité de la Hongrie d'avant la Première guerre.
Plus loin, le tram marque l'arrêt à la Gare de l'Ouest (Nyugati pályaudvar), magnifique construction attribuée à Eiffel, dont le restaurant a été livré en concession à... Mac Donald ! Enfin, je ne dis rien, parce que c'était devenu pour moi, plus par commodité que par goût, un point de rendez-vous fréquent avec Péter, ma première liaison sérieuse, à la fin de nos journées de travail. Ma première déception amoureuse aussi, s'entend. J'aurais du comprendre ce jour-là que les hommes, c'était trop compliqué.
Encore plus loin, c'est Oktogon, un nœud essentiel situé sur l'avenue Andrássy, les Champs-Elysées de Budapest. Sur ta droite, tu peux descendre vers le centre-ville, en croisant, dans l'ordre, le cours Ferenc Liszt où se trouve l'Académie de Musique - je crois bien que c'est là que je pris goût aux grands concerts classiques - ainsi que foison de bars et de restaurants branchés, aux terrasses agréables, la rue Nagymező, la Broadway de Budapest, et l'Opéra - nous irons y voir Rigoletto, de
Verdi, dans quelques jours.
Sur ta gauche, tu peux au contraire remonter vers la Place des héros et son somptueux statuaire qui retrace mille ans d'histoire de la Hongrie. Le mieux est d'y monter en métro, au moyen de la plus ancienne ligne d'Europe continentale, simplement creusée sous l'avenue. Une fois là-bas, tu peux t'arrêter au choix chez Gundel, probablement le meilleur restaurant de Budapest, à la Gallerie nationale, au zoo ou dans les installations de l'Exposition internationale de 1896. Moi, si tu permets, je vais aux bains Szechényi : ce complexe thermal au style
néo-classique comprend un grand bassin extérieur à 37 degrés. On y voit immanquablement de vieux Hongrois jouer aux échecs ou s'amuser à faire jaillir des petits jets entre leurs pouces, en comprimant leurs paumes l'une contre l'autre. Et puis, que ce soit dans les douches du sous-sol ou sur la terrasse naturiste située sur le toit, les sensations ne manquent pas pour les indécrottables comme moi.
Poursuivons notre voyage. Si tu descends à l'arrrêt de la rue Wesselény, tu peux t'enfoncer par la droite dans des ruelles étroites, et pénétrer l'ancien ghetto juif de Budapest, t'y perdre jusqu'à la synagogue, la plus grande d'Europe aujourd'hui, magnifique (photo ci-contre).
Puis juste avant d'arriver à la Place Luiza Blaha, nous allons dépasser le café New-York. Impérial ! Il vient d'être refait à neuf. Durant les presque quatre ans de mon séjour à Budapest, entre 95 et 99, je ne lui connaissais qu'une informe façade noire, dissimulée derrière un épais échafaudage de poutres larges comme des troncs d'arbre. Le bâtiment avait été ébranlé par la construction du métro, et il a fallu le désosser totalement pour recouler ses fondations. Il a désormais retrouvé ses ors et ses colonnades en marbre torsadées, ses couleurs chargées typiques d'un art nouveau tortueux au point qu'on l'appelle aussi l'art nouille. On y boit d'excellents cafés viennois. J'y ai retrouvé mardi soir Federico et Roberto, deux napolitains rencontrés l'après-midi aux bains Király, mais c'est une autre histoire que je te conterai plus tard, je te l'ai promis.
Ensuite, le trajet perd de son charme. Arrivé à l'intersection avec l'avenue Üllői, tu y as le Musée des arts appliqués, dont l'intérêt est variable selon les expositions du moment, mais dont le bâtiment, caractéristique de l'art nouveau, mérite le détour avec son grand escalier blanc torsadé. Ça me rappelle aussi les premières leçons de hongrois que j'allais prendre chez une étudiante francophone. Que devient-elle, Zsuzsa, tiens ?
Puis tu retrouves le Danube à hauteur du Pont Pétőfi, mais il n'y a là plus aucun attrait. Le mieux est donc de descendre, et de remonter vers le nord le long du fleuve, pour t'offrir un instant de simple contemplation.
A moins que tu ne préfères le prendre dans l'autre sens ? Mais alors je te préviens, ce sera sans mes commentaires !
18:00 Publié dans été 2009, rhapsodie hongroise | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : hongrie, budapest, tramway, budapest gay, ligne 4-6
31 juillet 2009
le vrai tramway nommé désir (1) le "quatre-six"
La Hongrie suit donc, tant bien que mal, notre modèle de développement : la voiture comme emblème de réussite, version 4x4 pour les nouveaux riches, de grands centres commerciaux aseptisés, des plateformes logistiques à la périphérie des grandes villes qui grignotent les campagnes, une flambée de l'immobilier qui chasse les pauvres des centres urbains... Quand il y a onze ans, les premiers hypermarchés "à la française" faisaient leur apparition, Auchan en tête, et que je mettais Igor en garde contre certaines conséquences prévisibles de cette forme de modernité, il réagissait assez violemment, comme si je voulais les priver, eux, les Hongrois, de ce que nous avions nous à disposition depuis des décennies...
Dieu merci, le petit commerce du centre ville n'est pas encore totalement asphyxié, même s'il est affaibli, peut-être parce que la population est trop vieillissante pour renoncer à ses habitudes et à la proximité. Mais le trafic automobile s'est accru de façon spectaculaire, les bouchons engorgent la ville, et les alentours de Budapest n'ont plus grand chose de campagnard.
Nous, pour faire place nette à la voiture, nous avions été jusqu'à sacrifier nos réseaux de tramways. Et c'est à grand prix que nous essayons d'en rebâtir les infrastructures aujourd'hui. Dieu merci, leur développement à la libéral arrive suffisamment tard pour qu'ils n'aient pas eu le loisir de commettre cette erreur-là.
Le réseau ferré en ville, dense, aux inter-connections bien pensées, agencé habilement à la voirie, sont une partie de l'âme de Budapest. On croise ainsi, ou l'on emprunte, au gré de ses ballades, de vieux Tram en acier couleur jaune Habsburg, un peu bruyants mais toujours efficaces. Ou des engins de nouvelle génération, de même couleur mais qui glissent en silence le long des artères urbaines. Avec les bus ou les trolleys, ils jouissent d'une fréquence de passage élevée, si bien que l'on attend rarement longtemps. Moi qui, banlieusard de vie et de travail, ne peux jamais me passer de ma voiture, je profite ici avec délectation de cette liberté de mouvement - sur rails.
Parmi les lignes les plus importantes, il y a celle qui emprunte ce que l'on pourrait appeler les grands boulevards. La ligne 4-6. Elle vient d'être refaite à neuf, Siemens en a emporté le marché, et les quais ont été rehaussés, si bien qu'on y accède sans marche. C'est probablement la ligne stratégiquement la plus importante, celle qui contourne le centre ville sans jamais s'en éloigner, et qui dessert ainsi tous les axes importants de la capitale, toud les lieux de plaisir, aussi, des plus sages aux plus fous.
Budapest est construite selon un axe Nord-Sud, autour du Danube. Sur une carte, c'est un trait vertical à peine dansant (clique sur le schéma ci-dessous, ça te paraitra plus clair - ou bien rends-toi sur cette vue satellitaire).
A gauche, donc à l'ouest, Buda et ses collines, le siège de la ville médiévale, avec le château qui domine. A droite, donc à l'est, la ville moderne d'époque presque haussmanienne, Pest, et le début de la puszta, la grande steppe hongroise. Au centre de la ville, le Pont des chaînes, le premier à avoir relié les deux rives, les deux villes, au milieu du 19è siècle, à qui l'on doit sans doute l'âge d'or de la Hongrie.
Côté Pest, le demi cercle du tram est presque parfaitement circulaire. Côté Buda, du fait du relief escarpé, le tour n'est pas bouclé, et il y a deux terminaisons possibles, d'où les deux numéros attribués, le 4 et le 6. Bien que pour la grande majorité des gens, il s'agisse d'une seule et même ligne.
Deux terminaisons, comme les deux options qui te sont toujours offertes. Buda ou Pest, l'antique ou l'authentique, le surfait ou le léger, nager ou draguer, la musique ou le verre à boire, tirer ton coup ou tomber amoureux...
Prends ton ticket, je commente la visite demain...
18:54 Publié dans été 2009, rhapsodie hongroise | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : budapest, tramway, hongrie
27 juillet 2009
égalité hommes-femmes (2) version hongroise
Il y a plusieurs façons d'évoquer l'égalité hommes-femmes. Ou de l'invoquer. Ici, c'était pour parler de moi, j'en ai la fâcheuse manie.
Mais il y a aussi cela : en Hongrie, les hommes et les femmes sont égaux. Ils sont égaux en beauté, et c'est un amateur d'hommes qui te le dit, autant dire que les filles sont vraiment très très belles pour que cela me soit d'une telle évidence.
Ils sont égaux en libertinage : si j'en crois les ami(e)s que nous fréquentons, les infidélités, les divorces, les familles qui se décomposent et se recomposent, l'expérimentation sentimentale... sont autant du fait des femmes que des hommes. Et ce n'est rien que de le dire. Nous n'y avons pas de couple stable appartenant à notre génération.
Ils sont égaux dans le no-future. Dans la confusion du sens, dans l'obscurité politique, dans les intuitions racistes...
Et puis ils sont à égalité parfaite dans les transports publics. Il y a dans les bus, les tram et le métro une tradition d'annonce vocale des stations desservies. Eh bien dans les tramways de nouvelle génération et dans certains bus où ces annonces ont été pré-enregistrées, ce sont alternativement des voix d'hommes et de femmes qui égrainent le nom des stations.
Et personne ne pourra dire que les hommes exercent un abus de pouvoir ou que les femmes sont cantonnées dans des fonctions d'hôtesses ! Ou quand les sociétés publiques veulent donner l'exemple par le plus superficiel... On appelle ça la communication, non ?
10:23 Publié dans été 2009, rhapsodie hongroise | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : budapest, hongrie
26 juillet 2009
Palatinus par grand vent

Il ne faisait pas vraiment froid, hier. En comparaison à Paris. Pas vraiment chaud non plus, mais surtout en raison du grand vent qui envoyait quelques rafales à 50 km/h. Du coup, le grand complexe aquatique situé sur l'île Marguerite, que j'aime à fréquenter autant pour la qualité de ses installations nautiques que pour les rencontres que l'on peut y faire, était presque désert. Un samedi après-midi, pourtant !
J'avais une ligne d'eau pour moi tout seul. Si tu ne connais pas le plaisir de nager le papillon dans une ligne vierge, quand la surface est lisse devant toi, à peine irisée par le vent, que tu ondules en profondeur avec une claire perception de tes appuis, que tu émerges en surface comme à travers un miroir et que tu peux ramener tes bras vers l'avant dans toute leur amplitude, puis plonger, t'immerger encore et suivre la ligne noire du fond du bassin qui te conduit de l'autre côté, si tu ne connais pas ça, tu ne sais rien du plaisir de la nage. Sans te soucier alors de ce qui vient en face ou peut te croiser, tu peux te concentrer totalement sur les seules sensations de ton corps, bander l'abdomen en pénétrant dans l'eau pour rester le plus droit possible, parfaitement horizontal, profiler ta trajectoire pour optimiser tes impulsions.... Et là je te jure, tu es épuisé au bout de la ligne, tu reprends ton souffle, mais tu t'es cru poisson et faire ainsi corps avec l'eau jusqu'à l'oublier est une jouissance.
La contre-partie, c'est qu'il n'y avait personne non plus sur ma terrasse préférée. Juste un quinqua, enrobé mais bien monté. On a fait affaire ensemble en dix minutes. Je l'ai fait jouir et j'en étais content. Puis deux quadras sont arrivés, un vieux couple, déjà, ou de bons amis. Ils se sont installés à l'ombre du grand peuplier, de l'autre côté de la terrasse et n'ont pas ôté leur maillot. Je me suis demandé ce qui pouvait bien les conduire sur une terrasse naturiste, s'ils ne recherchaient ni le soleil, ni les sensations de la nudité, ni même une joyeuse foule gay rassemblée. Ils sont restés là pourtant bien deux heures. Et une seule personne a rejoint la terrasse durant tout ce temps.
Chaque demi-heure, les haut-parleurs jouaient la petite musique America de West-Side Story pour annoncer le début d'une nouvelle session de vagues dans le bassin dédié.
Je suis reparti comblé de soleil. Peu diverti au vrai par les événements, j'ai tranquillement pu terminer mon livre - et je t'en parlerai parce qu'il m'a assez profondément troublé.
En sortant, une autre explications m'est venue, quant à la désaffection d'un tel équipement aquatique un samedi après-midi. Le prix. C'est désormais de la folie. Lorsque je vivais à Budapest, à la fin des années 90, l'entrée des piscines ne coûtait rien. L'équivalent de quelqus francs, moins d'un euro. Désormais, dans les grands bassins nautiques, l'entrée est à presque 6 euros. Elles est à 8 euros pour la strand Palatinus. Je comprends qu'à ce prix-là les gens veuillent en avoir pour leur argent, et hésitent à faire le déplacement si la météo se montre un peu menaçante.
Tout est devenu si cher. Vu de loin, on pourrait se dire que c'est normal, il faut bien que la vie peu à peu se rapproche du niveau occidental. Après tout, l'Europe doit bien servir à ça. Sauf qu'il y a une chose qui n'augmente pas. Mais alors pas du tout. Ce sont les salaires. Depuis la crise financière, le gouvernement annonce même que le plus difficile est à venir.
On voit du coup de plus en plus dans les rues, dans les trams, une jeunesse désorientée, en proie à du repli, de la violence, de la malveillance, dégradant à dessein les biens publics sous les yeux horrifiés des "bons Hongrois", peu habitués à ces phénomènes. La "racaille" de là-bas est bien blanche, bien blonde, cheveu très court et tatouage ostensible, un tantinet rondouillarde, et elle parle fort, très fort, de préférence pour proférer des injures grossières. Et la fracture se lit dans les yeux, avec de la peur et de la colère dont on ne sait pas ce qu'ils pourraient donner dans ce contexte de difficultés et d'absence d'issues.
Je ne l'avais encore jamais perçu à ce point. Finalement, Budapest change.
11:03 Publié dans été 2009, rhapsodie hongroise | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : nager, budapest, budapest gay, naturisme











