12 juin 2008

Budapest en pièces ?

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L'article ci-dessous est paru dans Le Monde du 24 janvier dernier, mais il a encore toute son actualité. Je l'ai trouvé il y a quelques jours sur un blog consacré à la lutte contre la destruction du patrimoine ancien de Budapest, sauvez Budapest !

Tu sais que j'aime Budapest. Un capitale européenne, au sens le plus noble. Avec un cachet, une âme, un esprit, des lieux... Des lieux dont certains disparaissent aujourd'hui, ou sont menacés de l'être. J'ai déjà vu ces dernières années engloutir les bains thermaux Ràcz dans un projet de vaste complexe hôtelier. Ces bains Ràcz où j'avais rencontré Attila dans une voluptueuse fulgurance amoureuse avant qu'il ne devienne le premier de mes petits amis présentés à ma mère. Aujourd'hui, ce sont les quartiers juifs qui sont menacés. Avec eux, un pan d'histoire. Plusieurs. L'histoire de l'Europe, notre histoire.

Ce blog documenté s'en prend avec clairvoyance au pouvoir maffieux des promotteurs, aux pratiques de la corruption politique, à la main mise des groupes de la grande distribution qui tuent le petit commerce traditionnel qui fait la vie des quartiers... Il dénonce la gangrène de l'argent qui étouffe un merveilleux art de vivre, impose à cette ville magnifique un mode de développement dévoyé, uniformisé, inspiré du nôtre, hélas !, qui écrase l'histoire et la mémoire pour conduire à l'impasse où nous sommes.

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hongrie_quartier_juif.jpgpar Jean-Pierre Frommer

"Nous suivons depuis maintenant quelques années, avec beaucoup de tristesse, de stupéfaction et parfois de colère, ce qui se passe dans le quartier juif de Budapest. Ce que la guerre, le nazisme et le stalinisme n'ont pas réussi à détruire est en train de disparaître sous nos yeux. Il s'agit de pans entiers de l'architecture et de l'urbanisme du XIXe siècle et du début du XXe qui partent en poussière. Selon l'association hongroise Óvás !, à ce jour, 40 % des édifices du XIXe siècle, de style néoclassique et Art nouveau, ont été rasés ou transformés en constructions qui nuisent au caractère du quartier. C'est tout un tissu urbain, architectural, historique, social, cultuel et humain, ayant valeur de patrimoine mondial, qui est ainsi dénaturé, abattu, perdu à tout jamais. Comment admettre que le dernier vestige du mur du ghetto de Budapest ait été détruit, ses pierres vendues dans une frénésie de démolition spéculative ?

Comment admettre qu'à 20 mètres de la grande synagogue, on démolisse des bâtiments classés pour y bâtir un immeuble de sept étages rivalisant par sa taille et sa dimension avec le monument historique voisin ?

Ma virulence pourrait sembler exagérée mais elle est à la mesure du scandale, et je ne peux comprendre que les Hongrois laissent ainsi disparaître ce qui n'appartient pas seulement à eux, mais à l'humanité entière. Il semble que les décideurs n'en mesurent absolument pas la considérable valeur culturelle et économique. Une partie du quartier juif se trouve d'ailleurs dans la zone de protection du site de l'avenue Andrássy, inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco.

L'argument communément avancé par les décideurs justifiant ces démolitions est un argument économique. N'y aurait-il pas d'argent pour faire les réhabilitations nécessaires ?

En réalité, on sacrifie l'intérêt économique à long terme de la collectivité à des profits à très court terme d'une minorité, sans égard pour les habitants qui sont chassés de leurs logements. L'argument économique mérite d'être réexaminé. D'autant que les investisseurs actuels pourraient gagner de l'argent en réhabilitant ces immeubles de valeur plutôt qu'en les démolissant pour les remplacer par des constructions sans âme.

à l'image du Marais

Ce quartier recèle un potentiel touristique extraordinaire et pourrait constituer un pôle de développement à l'instar d'autres quartiers du même synagogue_00.jpgtype. Ce qui a été possible par exemple dans le quartier du Marais à Paris ou dans bien d'autres villes européennes ne le serait-il pas à Budapest ? La loi Malraux a permis de sauver le Marais, quartier riche en histoire et en architecture, notamment par des mesures fiscales. Et pourtant, le Marais était constitué d'immeubles en plus mauvais état et disposait de moins d'atouts quant à la structure des bâtiments que ceux du quartier juif de Budapest. Aujourd'hui, le Marais draine une affluence touristique et commerciale parmi les plus importantes de Paris.

Il faut de l'argent, certes, mais la réhabilitation est un processus à long terme et les dépenses sont ainsi lissées sur plusieurs années. Il faut surtout une volonté politique. La décentralisation de l'urbanisme en Hongrie a donné, semble-t-il, trop de pouvoirs aux maires d'arrondissement. C'est donc à l'Etat hongrois et à Budapest-capitale de mettre les garde-fous qui protègent l'intérêt national et le patrimoine mondial.

Cette volonté politique pourrait se manifester par une réglementation stricte adaptée à la nature de patrimoine mondial du secteur. Il faut instaurer un moratoire sur toute démolition et toute construction neuve dans le secteur concerné, le temps d'établir un plan de réhabilitation urbain soucieux de la préservation et de la mise en valeur du quartier juif. Je ne fais pas seulement appel au sens de la culture des autorités hongroises, mais aussi à une compréhension de leurs intérêts économiques à long terme."

21 avril 2008

une semaine dans la vie d'un blog

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Le nouvel outil statistique que j'ai installé sur mon blog il y a de celà quelques semaines, sur les conseils de Nicolas, commence à porter ses fruits. Il me permet de jouer un peu, à l'heure de la sieste avec mes visiteurs du vent.

Je lui ai demandé de me sortir les mots clés par lesquels on est arrivé jusqu'à mon blog ces derniers jours via les moteurs de recherche. Je suis plutôt pas mal instruit par ses résultats :

En sept jours (de samedi 0 h à samedi 0 h), 88 mots clés ont conduit jusqu'ici :

J'exclue d'enblée les quatre qui sont pipés, ceux de mes amis, ou connaissances (salut à eux), qui pour des raisons qui leur appartiennent préfèrent pour me rejoindre passer par google que par leurs favoris (seiji violoncelliste, entre2eaux, funde reivax, et oh entre deux eaux). A eux quatre, ces mots clés m'ont valu 76 visites.

Après, on rentre dans le vif du sujet.1163520554.jpg

Champion toutes catégories, avec ou sans accent, mais toujours sans article, le prépuce : 45 visites, sans compter, dans la même veine, les saloperie de circoncision, photo petite bite rasée cisrconcise, comment dérouler prépuce enfant, circoncis naturiste, branler circoncis, et même "blog des prépuces", comme si c'était un titre, ça, la mère de toutes les batailles : Oh!91, le père de tous les prépuces ! Si j'avais su provoquer ça en parlant un jour d'un petit détail anatomique anodin et des services qu'il me rendait. J'ai envie d'ajouter dans cette liste, le réservoir de Passy, même si pour le coup, là, ça fait un sacré prépuce !

Ensuite, on trouve - logique - la thématique de la masturbation, dans ses formulations les plus poétiques, du genre : technique de branle, blog branlette masculine, bonne branle entre vieux (pourtant...), branle aux vestiaires (alors là oui !), branle entre garçons, branle entre mecs, branle gay blog, branler circoncis (bis), je la branle, branlettes à deux (un truc que j'affectionne), branlettes douches (tout comme ça), comment branler un mec, plus précis : comment on fait pour branler un garçon (je t'épargne les fautes de syntaxe, c'est dingue, y'en a qui mettent un roman dans leur recherche google...), sauna branle première fois, vestiaire branler, et même pratiques onanistes, pour les plus raffinés.

Ensuite vient Lorenzaccio, commentaire de Lorenzaccio, de quoi parle lorenzaccio, lorenzaccio gérard philippe, preuve que ce blog est également un haut lieu de culture.

J'en veux pour preuve qu'on y trouve aussi Abou Nouasse ou Nouasse, et c'est pas donné à tout le monde de connaître ce grand poète arabe. C'est un résultat méritoire, d'ailleurs, parce que je n'en ai encore jamais parlé, ça ne reste qu'un projet. Mais la culture orientale ne s'arrête pas là, puisque dans la liste, on trouve Marcel Khalifé ya bahariyyeh et Omayma Khalil.

Budapest apparaît aussi une valeur sûre, dans le registre plan+tramway (moué), appartement gays ou gay friendly (quand même), ou plus cruement Budapest sexe.

916546586.jpgPour le reste, c'est un peu à l'avenant : mais avec une vraie place pour l'eau ou la nage : bain saunas, baise dans l'eau, laure manaudou troisième nageoire, nager nue en mer, piscine roger legall paris, savon dans douche de mec (ah ! le classique !)

Quelques sujets spécifique ont été décelés, ce qui me fait évidemment plaisir, parce qu'ils correspondent à de vrais centres d'intérêt pour moi : robert Davezies, gran Scala, déesse des eaux, c koi l'ambition, crâne de hottentot.

Enfin, des coups d'épé, parfois limite dégueu, parfois incompréhensibles, parfois pleins de poésie. D'ailleurs : yeux noisette, trois mois, texte cicatrice, tatouage d'ailes, sof° infidélité (M., fais gaffe à ta copine), sarkosiland, qui aime avoir le pubis homme rasé, premier sauna sperme récit, parole d'une courte scène entre deux hommes, je voudrais qu'on me prenne par derrière (moi aussi, tiens, mais je passe rarement par google pour ça), je t'aime avec un grand a blog (oui, Patrick, j'oublie pas, je rame, c'est tout !), etre deux (d'ailleurs, tu vois !...), coin chaud entre les jambes, blogs naturistes, blog sauna hétéro, et, last but not least : papy baise mami.

Moralité, heureusement qu'il y a des visiteurs réguliers pour réhausser le niveau, parce que les surfeurs de hasard, c'est vraiment souvent raz des pâquerettes ! Je te dis merci ?

dernière minute

Avant de poster mon billet, je consulte les mots clés de ces toutes dernières heures. Je les cite aussi, malgré la triste désoltation la branlette du 4 à 8, parce qu'ils vont malgré tout me permettre de te renvoyer sur deux de mes billets parmi ceux que j'aime le plus :

Au milieu de mes habituels blog première au sauna (15h 11), plonger sexy (15h 21), plusieurs façons de se branler (16h 14), branle masturbation (16h 20), branlette manuelle (17h 21), branlette main (18h 54), PREPUCE (en majuscules pour de vrai, à 18h 54), branle entre voisins (19h 20), branlette douce (19h 46), je bande gay (20h 34), et aire de repos gay (21h 10) - comme quoi, on est vraiment en période de pleine lune ! - j'ai trouvé puybrun, qui renvoie à ça, et castelet pour marionettes, qui renvoie à ça.

19 février 2008

Laurent (6) l'avortement

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Je ne t'ai pas tout dit. Cette lettre à tiroirs, que je t'ai publiée , comportait un feuillet de plus. Un feuillet 2 bis, en quelque sorte, un arrière fond, un compartiment secret, dont j'ai retrouvé l'original, au milieu des copies des autres lettres, un feuillet écrit, soupesé plus encore sans doute que tous les autres, mais que je n'ai pas eu le courage de joindre. C'est donc un texte jamais lu par Laurent, celui de mon aveu avorté, que je te donne à lire aujourd'hui.

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Feuillet 2bis

Et puis j'ajoute un mot pour sortir du non-dit. Tu me séduis terriblement. Tu me plais et – ai-je envie de dire – je t'aime. Je t'aime pour ton caractère et ta personnalité, pour ta tignasse blonde, pour ton oeil rieur et ton sourire en coin, pour tes choix, pour ton parcours, pour tout ce que tu assumes.

Depuis longtemps, des fantasmes homosexuels accompagnent ma recherche du plaisir, que je le prenne seul ou que je le partage avec une femme. C'est mon jardin secret. Parfois, il s'embrase, je brûle et j'en souffre : emporterai-je avec moi des années de désirs refoulés ? Et parfois je me sens en paix avec moi-même. Car j'aime le contact avec un corps de femme, sa douceur, ses formes souples, sa fragilité, sa chaleur. La pensée d'un corps hirsute, poilu et boutonneux à mes côtés me dégoûte. Je regarde les hommes que je trouve beaux, mais le plus souvent, lorsque je me représente avec eux, en situation, alors ils me révulsent. Le moindre défaut, du visage ou du corps, prend des proportions de géant qui m'effraient.

Les hommes de mes fantasmes sont beaux, virils et  fins, musclés et tendres, souples, lisses, sans rien de féminin en dehors de8311f43badf0a27ff62e2f2b2fe31d1d.jpg la grâce infinie qu'ils dégagent. Ils sont jeunes, l'oeil est clair et perçant, ils rient. Ils sont construits à partir de l'image d'un film saisie au vol, d'une photo de magazine, d'un sportif vu à la télé, puis l'imagination les déshabille, les resculpte, les anime. Ce qu'ils ont dans la tête est indifférent, ce sont des hommes de fantasmes. S'ils font l'amour, c'est souvent avec une femme, c'est parfois entre eux ; ils me conduisent vers la frontière ténue entre ce que je suis et ce que je voudrais être. Quand leur sexe est dans ma bouche, je suis prêt à jouir. Une harmonie parfaite et absolue m'inonde, une perfection mille fois conçue, défaite et reconstruite. Et je me dit qu'aucun rapport physique réel ne pourrait reproduire à ce point la conjonction de l'extrême et du parfait. Je n'ai pas de telles exigences de perfection avec une femme, peut-être est-ce pour cela que c'est plus facile.

Il m'est arrivé par ailleurs d'aimer des hommes, c'est à dire de m'y attacher, d'y investir beaucoup de moi-même, à en chialer. Le plus souvent, sans aucun désir sexuel. Parfois si. Comme si cohabitaient en moi deux homosexualités distinctes : celle du fantasme érotique, et celle d'une amitié intense, qui correspondait plus à un besoin affectif qu'à un désir sexuel.

Pourquoi est-ce que j'éprouve le besoin de te dire tout cela ? Pourquoi maintenant ? Peut-être parce que de tous ceux qu'il m'est arrivé d'aimer, tu es le seul à être homosexuel. Le seul à qui je puisse ainsi me découvrir. Je ne tiens d'ailleurs pas à m'exposer, et tout ceci reste entre toi et moi. Toi et moi, seulement. Je suis enfermé depuis trop longtemps dans le mensonge pour qu'un affirmation soudaine de mon moi réel ne brise d'un coup tout l'univers que je me suis construit, tous les liens sociaux que j'ai tissés et qui me procurent une grande satisfaction. Mon homosexualité affirmée, j'aurais peut-être, comme tant d'autres, été enfermés dans le ghetto. Vivre hors du milieu m'a ouvert des portes et des horizons. J'ai côtoyer et j'ai travaillé avec de gens extraordinaires auprès de qui j'ai appris beaucoup, au plan politique, bien-sûr, mais aussi aux niveaux culturels et intellectuels. Vivre en refoulant des désirs, des besoins immédiats, physiques et matériels, m'a aussi donné une force de caractère, un sens du don de soi, une humilité qui, je pense, ont fait beaucoup pour les responsabilités qu'on m'a confiées. Je crois pouvoir dire que je suis plutôt apprécié de ceux avec qui je travaille, de ceux avec qui j'ai fait mes études. Je ne manque pas d'amis – sauf ici à Budapest, bien-sûr. Je ne regrette rien de tout cela, et j'aurais trop peur de tout briser.

Je supporte d'autant plus ce mensonge que je sais prendre du plaisir auprès d'une femme. J'aime chez la femme l'impulsivité, la franchise, la lucidité, le besoin de comprendre. La femme est exigeante, elle te remet les pieds sur terre. Ma stabilité avec Armelle s'est construite dans cette confrontation permanente, secrète, avec moi-même. J'ai toujours pu me raccrocher à elle, pourtant si fragile. Et c'est pourquoi dans ces moments, elle me manque et je l'aime.

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Voilà, c'est pas top, je m'en excuse. Visiblement, en l'écrivant, j'étais déterminé à l'envoyer, j'aurais sinon pris moins de détours par mon rapport aux femmes pour légitimer où j'en étais. Puis va savoir, un moment d'effroi, un de plus, et je l'ai rangée. Mais je crois que mon appréhension d'alors pour des contacts homosexuels y est exprimée avec justesse. Il m'arrive de l'oublier parfois, mais cette letttre me rappelle que j'ai longtemps porté en moi quelque chose de profondément homophobe.

Qui que tu sois, tu y trouveras sans doute quelque chose de toi.

04 février 2008

Laurent (4) écrire, pour te faire parler

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Cette lettre à Laurent, je n'avais pas prévu de te la montrer. Elle présente peu d'intérêt. Ce n'est pas encore celle où je lui fait ma déclaration (ce sera finalement la suivante). Ici, il s'agit de simples voeux, voilà. J'y parle aussi de ma maman, que j'aime tant, plus que tout peut-être (c'est l'occasion d'en glisser une photo récente - ci dessous). C'est donc un peu un interlude, à la façon de Zoridae.

Mais elle aborde une question qui finalement, surtout ces derniers jours, recommence à me perturber. J'écris pour faire écrire, mais écrivant je fais peur. Comme si j'établissais un standard où j'attendrais que l'autre se situe. Tu produis pour plaire, et plaisant tu rebutes. Tu prends de l'élan pour sauter loin, et tu obliges l'autre à reculer plus loin encore, et finalement à se prostrer.

Ce que je ne sais pas faire, c'est être simple pour t'autoriser à le rester. Je te harcèle alors que j'ai besoin de toi et de ta simplicité. Entends simplement celà, s'il-te-plait : de toi et de ta simplicité.

[Laurent (1) une cicatrice au-delà du regard

Laurent (2) à côté de l'essentiel

Laurent (3) retour de Calcutta

et sur le pourquoi, j'ai conservé ces lettres, c'est ici.]

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Budapest, le 4 janvier 1996

Mon très cher Laurent,

D'abord – puisque je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire, je te souhaite une très bonne nouvelle année. Plus qu'une concession aux conventions d'usage, c'est le souhait que 96 soit une année fructueuse pour toi, tes projets, tes amours. Qu'elle nous réserve à tous de vrais moments de bonheur, chacun de notre côté, ou ensemble parfois.

Rentré du bureau vers six heures et demi, je me suis installé sur la grande banquette verte du salon, toutes lumières alumées. Signe que le moral est bon. D'habitude, après la journée de travail, je me cantonne dans ma chambre, investis mon grand lit, comme une armée en déroute se replie vers sa base arrière. Besoin de sécurité. Le grand séjour m'est inhospitalier, il est trop sombre. Alors je ne quitte la chambre que pour la cuisine, le temps d'une bolée de pâtes et de deux oeufs au plat. Puis retour sur le lit, leçon d'anglais, puis un peu de lecture sur fond musical, et dodo bonne heure. Ce soir par contre, je me suis senti attiré par le grand séjour. C'est la chambre que j'ai crainte. Tous mes lustres - du plus mauvais goût post-moderne – sont alumés, sans que j'y prenne garde. Et j'ai choisi Bach pour m'accompagner. La Passion selon Saint-Jean. Splendides choeurs qui te transpercent de toute part. La façon dont leurs envolées te pénètrent, t'envahissent, t'enveloppent... quelle belle évocation de l'emprise amoureuse. Moi, la religiosité de ces musiques m'échappe complètement, je ne m'intéresse pas aux textes tirés des Evangiles, et de toute façon dits en allemand. Seuls m'attirent les élans passionnés, l'émotion – les tourments ? - qui les charpentent, les douleurs qui s'enroulent autour d'un violon, qui s'y hissent et explosent tout en haut d'un accord suraiguë, pour être absorbées par la chorale. C'est un peu comme dans la vie : les plus grandes souffrances finissent digérées par la société : c'est sa façon de ne pas les regarder. Rares, finalement, sont ces traumatismes qui conduisent aux drames de la mort. Le plus souvent, il y a des mains – sans visage – pour tendre un drap devant celui qui s'apprête à sauter. C'est comme ça que la société tient bon. Comme ça que les cantates de Bach s'achèvent en apothéoses. Sans n'avoir rien résolu des tortures infligées. Mais en les ayant toutes transgressées.

Laurent, je ne vais pas faire une lettre trop longue. D'abord parce que je n'ai pas grand chose de neuf à évoquer depuis notre dîner chez Sébastin et toi après Noël. Mais surtout parce que je crains, soudain, qu'à trop te sentir obligé de produire, à ton tour, des pages et des pages, tu continues à renoncer à m'écrire la moindre ligne. Ca me rappelle mon année en Syrie. J'envoyais à ma mère de longues lettres (j'en envoyais à Armelle de plus longues encore, mais ce n'est pas mon propos). Papa venait de mourir. Un arrêt du coeur, brutal et inattendu. J'avais dû rentrer quelques jours en France. Moments pénibles et en même temps pleins de réconfort mutuel. A mon retour à Damas, je faisais face à des sentiments que je n'avais pas connus avant. Et mes pensées allaient souvent vers ma mère. Je n'arrivais pas à l'imaginer seule : l'anéantissement dans lequel je la voyais dans mes pensées m'était insupportable. Alors j'avais un grand besoin de lui écrire. Pour elle, d'abord. Et aussi pour ce besoin vital d'extérioriser mes a9438e8cd1ec0dbbe988302f457e00ad.jpgsentiments. Je savais que mes lettres lui arracheraient des larmes, mais j'avais besoin de lui dire combien je l'aimais, que je la trouvais admirable : je trouvais la mort de papa si injuste. Et j'étais convaincu – je le suis toujours – que le pire était l'oubli, ou le silence, ou les "comme si"... Alors je lui envoyais de longues lettres. Et elle me répondait. Mais parce qu'elle se faisait un devoir d'y mettre beaucoup de contenu – et qu'elle avait besoin d'y faire passer ses sentiments les plus profonds – elle écrivait avec lenteur : un bout de lettre un jour. Une suite le lendemain. Une troisième partie quelques jours plus tard. Et elle m'envoyait le tout quand un long moment était passé. Alors que j'avais besoin de quotidien. Quitte à écrire par épisodes - avais-je envie de lui dire – autant envoyer les épisodes au fur et à mesure. C'est comme ça lorsqu'on est à l'étranger, le lien épistolaire vaut de l'or. Parce que la minute de téléphone se compte en kilos de diamants. Et parce qu'à travers l'écrit on se dévoile toujours d'avantage. Comme dans un semi état d'ivresse, mais sans alcool.

Tout ce détour pour te dire : n'attends pas d'avoir aligné dix pages pour m'envoyer ta lettre ! N'attends pas non plus qu'après une cinquième relecture tu cesses de trouver mauvais ce que tu as écrit. Si on faisait tous ça, la Poste pourrait mettre la clé sous la porte. Finalement, en se relisant, on trouve ça mauvais, mièvre, sans contenu ni intérêt, fade, ou déplacé. Ou facile... Impressions ordinaires ! Alors fi de l'orgueil, et fi du Lorenzaccio qui est en toi ("crois-tu donc que je n'ai plus d'orgueil parce que je n'ai plus de honte ?"). Je veux du laurent brut-de-décoffrage. Du premier jet ou pas, mais du jet. Du qui sort du bide !

Par exemple là, en me relisant, je me rends compte que je parle encore de la mort. Pour la deuxième fois en trois lettres. Ce n'est pourtant pas une obsession chez moi, mais j'envoie quand même. Ou le coup des douleurs qui s'enroulent autour des violons. Ca passe ou ça casse, j'envoie quand-même. Dire que j'écris sans honte ? Non, car mes contradictions sont bien plus terribles qu'il n'y paraît. Il y a du Lorenzaccio en moi aussi, et j'écris bridé, hélas ! Mais au moins en écrivant, je dissipe mon orgueil. C'est presque une thérapie. Avec ses bouteilles à la mer.

Donc : écris ! En fait, j'insiste, mais je suis indulgent. Je sais qu'il est dix fois plus facile pour moi d'écrire – car je suis loin de tout, et de toute vie sociale quand je suis à Budapest – que pour toi qui restes à Paris, avec forcément d'innombrables sollicitations pour sortir, recevoir, ou faire autre chose.

(...)

A très bientôt. Salut à Sébastien.

Bises à tous et meilleurs voeux !

O.

23 janvier 2008

Laurent (2) à côté de l'essentiel

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Pour continuer ma série de billets sur Laurent, je m'en vais publier des lettres que je lui avais écrites après que nous nous soyions retrouvé (je m'en explique ici) : mon écriture a peu varié finalement, j'y mêle souvenirs, expressions sourdes du trouble qui m'habite. Mais c'est ampoulé, et j'espère l'être moins aujourd'hui...

A cette époque, où je m'installe à Budapest, de ma vie je n'ai encore jamais touché un homme, je suis en relation stable avec Armelle, je vais avoir 31 ans. Cette lettre est la première de trois, où peu à peu le besoin de me livrer, de me libérer s'exprimera de plus en plus violemment, à peine dissimulé dans des récits de voyage.

Je vais d'ailleurs créer une catégorie lettres d'amour et de voyage pour les ordonner.

C'est un peu fastidieux à lire, et je ne t'en voudrais pas si tu n'en prends pas tout. Mais j'aime à les publier, parce que je crois elles disent quelque chose de fondateur pour moi, cette relation si particulière à Laurent a accompagné cette période de deux ans qui m'a conduit à faire mon coming out et à être qui je suis.

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Budapest, le dimanche 22 octobre 1995
Très cher Laurent,
(...)
J'ai pris possession jeudi soir de mon appartement, vendredi de mon nouveau bureau, et depuis de la ville, où j'ai passé des heures à errer, en quête de repères pour me situer, comprendre où je vis, comment vivent les gens, à quel rythme... Je commence à peine à y voir clair. Budapest est coupée en deux, du Nord au Sud, par le Danube. A l'est, Pest ; à l'ouest, Buda. Mon appartement est au nord de Buda, dans un immeuble qui longe le fleuve, presque à Óbuda, la vieille ville aujourd'hui envahie de cités populaires qui rappellent nos banlieues.
(...)
La ville autrement sent l'Europe centrale à plein nez. Un peu slave, un peu flamande, un peu baroque, des flêches et des dômes qui s'élèvent au dessus des toits... Je ne connais pas Vienne, mais c'est un peu l'idée que je m'en fais. Les façades sont parfois colorées, plutôt délavées et décrépies. Par endroits, les rues sont encore pavées d'épaisses dales irrégulières, comme ces petites traverses sinueuses des collines de Buda. L'allure tranquille des tramways rythme le fond sonore des quartiers.
Les gens étaient peu nombreux dans les rues ce dimanche. Des hommes ou des vieilles femmes qui promenaient leurs chiens, des couples d'amoureux, quelques groupes de jeunes, look banlieue, ou look sportif. Un peu de lêche-vitrines malgré les magasins fermés. Tout le monde bien emmitouflé ; car si tu trouves à te dégourdir agréablement sous le soleil de midi, l'air est plutôt froid en général. Douze-treize degrés ? Tout ici te rappelle l'automne. Les tilleuls et les châtaigners de Buda sont en partie dégarnis, le sol est jonché de feuilles sèches. On découvre d'ailleurs, au détour d'une place, une armada de dizaines de brouettes qui n'attendent pour ramasser tout ça que leur reprise de service, mardi, après les fêtes du 23 octobre (commémoration de l'insurrection de 1956 oblige).
e15da9a32c9bc6dca7c8b96b773b1f4e.jpgSans doute y a-t-il dans ces teintes automnales, dans ces roux, ces bruns, ces jaunes, sublimés par le soleil, un charme certain. Il s'en dégage une atmosphère inéluctablement mélancolique. Et le visiteur s'en met plein les yeux si tant est qu'il est gourmand. Pour ma part, je n'ai pas les yeux du visiteur. Mais de celui qui inspecte, circonspect, son nouvel univers. Il fallait que je sache si le courant passerait, ou non ; si comme cela s'était produit en 1992, quand je partais m'installer à Damas, j'allais être enveloppé par la ville, hapé, envahi de sensations juxtaposées et convergentes qui font se dire : commence ici quelque chose de  grand, une aventure exceptionnelle, un pressentiment farouche que je vais adorer la ville, m'y sentir chez moi. A Damas, il avait suffi d'une sortie en ville après mon arrivée, du premier chant du Muezzin au soleil couchant, de la douceur d'un soir sur une terrasse autour d'un thé pour provoquer d'emblée cette jouissance extrême, démultipliée par l'excitation du nouveau. Ici, l'orgasme n'est pas venu. Tout au plus la caresse de quelques émotions, par moments, par endroits, mais rien de véritablement bandant.

Pas d'odeur qui m'ait saisi, pas de sensation charnelle, hors mis la morsure d'une brise presque hivernale. Je donne décidément ma préférence à la Méditerranée, mais c'est tout personnel. De toute façon, il va bien falloir que je m'y fasse, vu le temps que j'aurai à y passer. Il est surtout urgent que je découvre des lieux de distraction.  Car à la maison, pour l'instant, il n'y a ni télévision, ni musique, ni bibliothèque... Seulement moi, mon manuel d'anglais Berlitz en trente leçons, mon  Guide du routard, et quelques documents politiques pour faire bonne figure.

Mais ce petit univers, si nouveau, si impersonnel, si désert, surtout, ne demande qu'à vivre : il se trouve que l'appartement est grand et prêt à accueillir du monde de passage ; une aubaine pour découvrir ce petit coin dans des conditions agréables et économiques. En clair, je confirme l'invitation : tu viens quand tu veux, ou quand tu peux, seul ou avec Sébastien, il y a de la place et vous êtes les bienvenus. J'ajoute que ça me ferait un immense plaisir, car j'attache beaucoup d'importance à notre amitié re-nouée. Je crois que ça se voit.

Flash-Back : 86, un de ces fabuleux voyages que l'on peut réaliser quand on est jeune à la JC. La Sibérie, tu imagines ? Les confins du monde ! C'est là qu'on se connaît, qu'on sympathise. Je crois, du moins, puisque l'on se revoit, un peu, au retour. Tu me fais découvrir le quartier du marais, la place des Vosges. J'habite alors Marseille. Nos parcours se croisent épisodiquement, pendant encore deux-trois ans. La vie parisienne pour moi, nos années UNEF, nos années Filpac et Figaro. Et puis plus rien. La vie fait souvent ça. Jusqu'à ton coup de fil de mars ou avril dernier.

Entre temps, il y avait eu cette terrible nouvelle, parvenue à Damas deux ou trois mois après, dans la stupeur : la mort de Jean-Pierre. Il était malade. Le Sida. Depuis longtemps ? On ne sait pas. Mais comment ? Qui savait ? Etait-il homosexuel ? Il était homosexuel. Et Laurent, alors ? Je n'en saurait pas plus, Armelle n'en savait pas plus. Je pensais à Fontenay. La rue ? Une histoire de bergère, je crois. Deux hommes qui partagent  un appartement, deux jeunes, c'est deux potes, voilà tout, peut-être deux copains de très longue date. Mais si l'un était homo, alors l'autre ? Le doute, j'ai pensé très fort à toi, avec une énorme charge d'inquiétude. En trois ans, il avait pu s'en passer, des choses. J'étais bien resté ignorant de l'homosexualité de jean-Pierre, ignorant de sa maladie, alors que je m'étais cru très proche de lui, qu'il nous était arrivé d'être complice, en politique, au moins. Lors de nos réunions, on allait toujours l'un vers l'autre, avec à chaque fois des tas de chose à se dire. On se comprenait, on s'enrichissait, on se confortait quand c'était difficile. Et pourtant, j'étais passé à côté de l'essentiel peut-être. Alors toi, il pouvait bien t'être arrivé quelque chose, aussi. Je ne pensais pas à ta peine, mais à la maladie. A mon retour de Damas, à l'occasion, je demandais des nouvelles. A tel ou tel. Je finis par savoir qu'a priori, ça allait bien. Sans plus. Le dossier était clos.

Alors très sincèrement, ton coup de fil de mars ou avril, le premier (un message sur le répondeur, je crois ?) m'a ravi. Sur le fond, je crois que je suis un romantique et un fidèle. A elle seule, l'idée qu'on peut rester cinq ou six ans sans se voir, mais que les ressorts de l'amitié ne sont pas morts est une idée qui me rend confiant dans le genre humain. C'est une revanche sur le temps.
Depuis, les quelques – rares – soirées passées ensemble ont été pour moi de vrais grands moments de bonheur, pourquoi ne pas le dire ? Ils sont si rares, ces instants de décontraction, de relâchement. Toutes ces soirées m'ont aéré la tête, libéré les neurones, décloisoné les synapses. J'en redemande. Je vous regarde, et je vous trouve beaux, tendres. Rien que ça m'apaise 30d6a7790409d078bf2d92b17c572b82.jpgconsidérablement et m'émoustille. Votre choix de vie est beau et, quelque part, un peu fascinant. Ca a l'air pourtant si facile et si accessible. Mais l'est-ce autant que ça ?

Bon, changeons de sujet, je ne voudrais pas créer de malaise. En tout cas, voilà, tu viens de me permettre de combler le grand vide d'un dimanche soir à Buda. Et c'était mieux que de passer deux heures à nettoyer les meubles de cuisine. Le plus terrible, ici, sera la solitude. Quand la journée est finie, pas de ciné, pas de resto entre copains, pas de sortie, personne à aller voir, à appeler. Et dans ces murs, pas de disque à écouter, pas de télé. Tout cela n'est que passager, cette maison va s'équiper avec le temps ; mais en attendant, c'est le vide-là, qui n'est que peu de choses à côté de sensations et de rencontres extraordinaires puisées à travers le monde. Mais si courts soient-ils, ces instants peuvent constituer un gouffre terrible. Là, tu te rends compte à quel point tu as besoin du regard des autres. Ces regards sont comme un miroir, ils aident à voir que tu comptes, ils donnent de la valeur aux petits et grands événements de ta vie.

Pas de femme non plus, pas de corps contre lequel se blottir le soir, pas forcément pour faire l'amour, mais simplement pour sentir la chaleur, éprouver que tu existes.

Ces détours me font terminer cette lettre un peu comme je l'ai commencée : par le déficit de communication. L'homme n'est vraiment pas fait pour vivre seul. A mon tour, j'attends de tes nouvelles. Transmets mon salut amical à Sébastien.

Très affectueusement,

Je t'embrasse.

O.

22 janvier 2008

son papa musical

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J'étais vendredi après-midi avec mon ami Saiichi (Saiichi, je t'en parlais ici). Nous avons beaucoup parlé, et nous avons fait l'amour. Sur les suites de Bach par Glenn Gould.

Je te raconterai un de ces jours le calvaire qu'il vient de traverser avec ce lumbago, dont il craint tant que le privant de travail il ne le prive de papiers, l'état de stress et de fragilité où ça le met, au point qu'il a été hospitalisé d'urgence pour une gastro traitée trop tard, et les tracas administratifs insupportables qui le poursuivent, malgré les scrupules qu'il met à se conformer aux demandes des bureaucrates de la préfecture. Je te raconterai aussi sa rencontre avec son Zoltan à lui, le même été que moi, à Budapest.

Mais il vient de m'envoyer ce texte, sur un sujet qui lui tient à coeur. Sur une musique qui le tient au corps. Sur un musicien qu'il considère comme son père musical, lui qui joue du piano et du violoncelle. Il ne me l'a pas demandé comme ça, mais je sais qu'il sera heureux que je le publie. Et tu vas voir que tu vas y retrouver de ce que tu aimes dans ce blog, et prolonger autrement ce même voyage à Budapest que je te propose de temps en temps.

Je suis heureux de te faire ce cadeau, et de le lui faire.

_________________________

Le vendredi 16 décembre 2005, à 11 heures et demie, j'étais là, tout près de lui... Enfin !

C'est lui qui m'avais emmené dans l'univers profond de la musique. C'est lui qui m'avais appris la puissance de la musique. C'est lui qui m'avais complètement libéré de toutes les contraintes musicales. Brtok Bela, mon papa musical, le seul et l'unique.

Quand j'ai pris le tram à Moszkva tér, il commençait à neiger et quand je suis arrivé à Farkasréti temetö, tout était couvert de neige. J'ai acheté un bouquet de fleurs à l'entrée du cimetière.

J'ai beaucoup réfléchi ; pas somptueux, pas léger, mais des fleurs qui ont de la puissance, qui ont de la volonté ferme, qui sont honnêtes et sincères comme sa musique. J'ai abordé un gardien et lui ai dit juste un seul mot : "BA-R-TO-K". Il a regardé mon bouquet de fleurs et il a tout compris. Il m'a désigné le chemin.

La neige à gros flocons tombait sans cesse et absorbait tous les bruits. Il n'y avait que le bruit doux de mon pas sur la neige. C'était étrange. Le chemin vers un compositeur qui a marqué son nom dans l'histoire de la musique du 20ème siècle, qui nous a laissé la musique si féconde avec sa sonorité, son rythme, sa mélodie, était dans le silence complet.

dd06ef1fbdf95aac575197bb130b62c4.jpgJ'ai découvert la musique de Bartok quand j'étais étudiant à l'école de médecine.

Ma prof de violoncelle a joué son troisième quatuor à cordes au cours d'un concert. Sa musique était très choquante pour moi : une sonorité moderne, un accord dissonant, un rythme complexe, parfois violent...

Cela m'a ouvert un monde sonore inconnu (notamment pour la musique moderne) ainsi que la porte pour toutes sortes de musique sans prévention. Je me suis absorbé dans sa musique et j'ai écouté soigneusement toutes ses oeuvres en lisant ses partitions. Mais je crois qu'à cette époque (j'avais 20ans) j'étais fasciné plutôt par l'aspect technique de sa musique que par l'intérieur du coeur de ce compositeur.

J'analyse que mon attachement d'alors à sa technique musicale si avant-gardiste se liait un peu avec mon esprit d'adolescent, rebelle à toute autorité... C'est un peu plus tard que j'ai commencé à sentir "Bartok lui-même" dans sa musique. Un jour, quand j'ai écouté le deuxième mouvement du troisième concerto pour piano et orchestre, le mouvement intitulé "Adagio religioso" m'a énormément touché.

La pureté de mélodie des cordes, la beauté indescriptible des premiers accords de piano solo.7a15aec084278f6fd4bb842eed506982.jpg
C'est la musique de sa prière pour la paix. C'est un lac silencieux de la musique. Il n'y a même pas de rides sur l'eau. Le troisième mouvement qui suit est par contre rempli de la joie de la musique, plein d'énergie. Le coeur du compositeur y explose. Il a composé ce concerto en 1945 (sa dernière année) aux Etats-Unis dans la misère et la maladie grave. Après s'être réfugié, ses dernières années là-bas ont été tragiques.

J'ai senti petit à petit ce qui existe derrière sa musique, derrière ses notes : son amour profond pour la nature, son attachement à la Hongrie, sa colère contre la guerre, sa confiance totale pour la puissance de la musique. L'explosion de joie du troisième mouvement est son hommage et un triomphe pour la Hongrie depuis New York, si loin de Budapest.

Son tombeau était déjà légèrement couvert de neige. Il n'y avait personne dans ce cimetière. Toujours le silence complet. J'ai déposé les fleurs et une partition de poche que j'avais apportée depuis Paris. Ce n'est pas un sentimentalisme. Je ne le ferai jamais pour d'autres compositeurs.

C'était juste pour retrouver mon papa musical...

03 janvier 2008

Dix ans déjà : comment j'ai rencontré Igor

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Au réveillon, cela a donc fait dix ans. Dix ans, jour pour jour, que nous nous nous sommes rencontrés, et dix ans, jour pour jour, que nous vivons ensemble.

C'était pour la nouvelle année 1998. J'avais convaincu deux bons copains de venir faire le réveillon à Budapest : Fathi, un grand beau garçon d'origine tunisienne, un peu ombrageux, qui avait une liaison avec une Tchèque depuis qu'il était parti faire un DEA d'économie à Pragues. Et Nicolas, pas franchement beau mais espiègle et séducteur, genre éternel célibataire.

Cette année-là, le 1er janvier tombait un jeudi. Ils étaient arrivés de Paris le 31 dans la journée, pour un grand pont de cinq jours. La soirée avait débuté dans un resto chic, avec ambiance traditionnelle, menu de choix, musique tzigane et 38fd9b3894c5559ece65c65d5e6d37cd.jpgtout le tralala : il fallait que ce réveillon ait des couleurs exotiques. Et puis nous étions allés finir la soirée dans une discothèque, le Capella, jeune, branchée et gay-friendly. Le public était mixte, s'il devait y avoir rencontre, chacun pourrait y trouver son compte. Avec un petit show trav'lo après les quatre coups de minuit.

Autant que je m'en souvienne, on s'est bien éclaté tous les trois ce soir-là, bien lâchés sur la piste de danse. Je reluquais les beaux mecs, comme d'hab. Mais c'est Fathi qui le premier s'est retrouvé à brancher une belle brune plantureuse, Anna. Puis la soirée avançant, Fathi est venu me montrer un mec, assis au bar, clope au bec, un copain de Anna dont celle-ci lui aurait dit qu'il me tournait autour depuis le début de la soirée - Ah! bon ? je ne l'avais pas remarqué, tiens.

Il était fin, comme j'aime, le cheveux court et léger, l'oeil calé au fond d'orbites prononcées, les lèvres fines et graves. Il était revêtu d'une veste en jean noir d'une autre époque, que j'aime encore mettre de temps en temps aujourd'hui pour me donner un genre rocker. Il n'était pas vraiment beau, ce n'était pas vraiment mon style, je ne l'aurais pas dragué s'il ne m'avait été signalé.

Quand je me suis avancé, il était comme pétrifié. J'ai engagé la conversation. Il parlait bien l'anglais. On ne s'entendait pas beaucoup, mes mains se sont assez vite posées sur lui, et je me suis approché pour l'embrasser. Il a eu un mouvement de recul, puis la surprise passée, après m'avoir chuchotté qu'il n'avait pas l'habitude de se laisser emballer si vite, il s'est laissé faire.

e1808ca1d9cc9d177e1f37ee1f9c38ab.jpgAu petit matin, nous sommes tous allés chez moi nous poser et discuter au calme. L'ambiance était joyeuse, Igor montrait un humour débridé, les scénarios que l'on envisageait pour organiser notre nuit le faisait rire, il traduisait les situations à Anna.

Finalement, Nicolas a pris le canapé de chez moi, Fathi et Anna ma chambre, Igor et moi sommes allés chez lui, c'était à dix minutes de voiture.

Chez Igor régnait une ambiance de fin de guerre : tous les vestiges de son début de soirée avec une dizaines de copains étaient à terre, assiettes vaguement empilées, verres renversés, cendriers débordants. Le tout dans un appartement déjà burlesque où la baignoire trônait dans la cuisine...

On a évidemment fait l'amour. Je ne l'ai pas pénétré, il avait prétexté un problème à l'anus, mais il avait une fellation de génie. On a été réveillé assez tôt par un appel d'Australie : un ex, rencontré là-bas durant ses dernières vacances d'été.

On est parti rejoindre les autres. Et nous ne nous sommes pas quittés tous les cinq jusqu'à la fin du pont. Nicolas, resté célibataire, faisait contre mauvaise fortune bon coeur. Ces journées étaient immensément joyeuses, on ne s'arrêtait pas de rire, Anna et Igor avaient des âmes d'enfant. Nous sortions à pied dans Budapest, nous partions en excursion avec ma voiture vers Szentendre ou dans la courbe du Danube.

N'auraient été ces circonstances, cette durée, cette joie, cette dynamique permise par le groupe, ma première nuit avec Igor aurait pu rester sans lendemain. Mais les choses s'étaient enchaînées ainsi. Et nous avions eu le temps avec Igor de nous connaître. Sous notre meilleur jour. Igor montrait une belle sincérité, de la fraicheur, de la spontanéité. Il aimait les voyages, il était curieux, il connaissait pour ainsi dire toute la géographie du monde.

A la fin de la première nuit, il m'a dit qu'il était malade. Je me souviens que ça ne m'a procuré aucune gêne. Au contraire, j'en ai ressenti une tendresse et un élan plus forts.

A la fin de la seconde nuit, il m'a dit qu'il n'était pas seul, qu'il venait de rencontrer quelques jours avant Noël un Italien, rentré passer Noël chez lui, et qu'il devait revoir à son retour début janvier. Ca m'a affecté mais il m'a dit aussi qu'il n'était pas très sûr de cette relation, qu'elle lui paraissait même un peu suspecte, que ce gars avait l'air trop triste, qu'il serait même du genre à être un Roumain dissimulé, comme cela arrive souvent pour dépasser les réticences des Hongrois (ça s'est d'ailleurs avéré être le cas).

A la fin de la troisième nuit, nous avons décidé de rester vivre ensemble. Une année plus tard, nous allions venir sur Paris et nous y installer, l'année d'après nous serions parmi les premiers couples à nous pacser, celle d'après nous achèterions une maison dans la grande banlieue, et puis voilà comment de fil en aiguille dix ans de vie commune se sont construites. Comment dit-on ? Pour le meilleur et pour le pire. Et là, ces vacances d'hiver, nous sommes dans le meilleur. Dix ans, ça se fête, non ?

10 décembre 2007

Zoltan (3) la nuit étoilée

 

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Mes retrouvailles avec Zoltan (1ère partie)

Mes retrouvailles avec Zoltan (2ème partie)

Zoltan n'habitait pas très loin des bains Széchényi, où nous nous étions rétrouvés. Nous sommes d'abord passés rapidement dans son petit appartement, étriqué, au mobilier désuet et râpé, qui en disait long sur sa condition, tout comme ses chemisettes, souvent élimées et passées de mode. Zoli, il est professeur de collège où il enseigne le hongrois. Il gagne 340 euros net par mois. Les charges fixes de son logement (eau, gaz, électricité) lui reviennent à 140 euros, le remboursement de son crédit immobilier (il en a encore pour 6 ans) lui coûte 90 euros par mois. Il lui reste donc 110 euros pour vivre chaque mois, et dans vivre, il y a d'abord se nourrir. S'amuser passe forcément en dernier. Il y a dix ans encore, une ou deux fois par semaine, il pouvait s'offrir un resto. Les restos, c'est maintenant dans la zone rouge. Le coût de la vie y atteint des sommets, comparables à ceux que nous connaissons en France. Comment fait-il, comment font-ils, c'est une énigme. Seuls les prix des légumes, sur le marché, restent abordables. Et encore cette année, avec les chaleurs caniculaires et la sècheresse de l'été, ils ont été "csunya et dràga" (laids et chers), comme dit ma belle-mère.

dc3a7b6360cd98fbd34250d3cfa5dd16.jpgPourtant, lors de notre dîner de la fois précédente, il avait tenu à payer la moitié de la facture. J'avais eu beau insister, je n'avais rien pu faire. Question de fierté, d'honneur, forcément mal placé mais tellement compréhensible. Ne pas laisser penser que son intérêt pour moi pouvait être vénal. Ne pas laisser apparaître que sa pauvreté étrait à ce point structurante dans sa vie. Dissimuler sa honte, ou mieux, y échapper quelques instants, profiter jusqu'au bout sans altération du moment où nous étions ensemble. Sa fierté était sa dignité. Le hasard faisait que mon livre de vacance me plongeait dans l'Autriche de l'entre-deux guerres (L'ivresse de la métamorphose, de Stephen Zweig). J'y voyais le même itinéraire d'individus ordinaires et attachants, intelligents, qualifiés à un titre ou à un autre, passer de la condition modeste à une condition misérable, happés par la guerre et l'après-guerre. Dans son cas, avalé par la mondialisation libérale. La même histoire à vomir où à coté de cela des fortunes colossales se gonflent et se regorgent de cette misère humaine. Fortunes repues, qu'il faudrait encore d'avantage épargner, exonérer d'impôts, pour qu'elles ne désertent pas chez le voisin !

La plupart de nos amis hongrois ont vu décliner sérieusement leur niveau de vie. Quelques uns tirent leur épingle du 148248356df4fcefb59cd6673d8619cb.jpgjeu : des sociétés occidentales sont venus leur proposer des emplois dans des call-center, ou des centrales de management. La délocalisation leur apporte à eux un maigre sursis : ils peuvent encore se considérer comme relevant des classes moyennes, prévoir des vacances dans des pays voisins et sortir au resto de temps en temps. Pour combien de temps ? Et je ne parle pas des Gitans, du reste personne n'en parle : ils sont 11 % de la population, mais sont les pestiférés de la société. Le seul sujet de conversation qui pourrait te fâcher avec un Hongrois. Eux, ils ont été les premiers touchés. Dés la fin des usines d'Etat, de l'industrie lourde, ils se sont retrouvés sans rien. Certains villages comptent des taux de chômage de 80 %. Evidemment, t'imagines les problèmes qui vont avec, criminalité comprise. Alors, d'une situation d'intégration où la Hongrie faisait figure d'exemple, ils sont repassés dans le camp des boucs-émissaires, la racaille, leur racaille. Je te dis pas, au plan idéologique, les ravages que ça fait.

Mais avec Zoli, ce n'est pas de pauvreté dont on a parlé. Nous étions tout à nous-même. Après dîner, nous nous sommes retrouvés dans mon appartement vide et avons repris nos ébats. Sans crainte des regards, dans la liberté de l'espace, de la nudité. Nous étions étendus sur le lit, il a parcouru mon corps de courts baisers, de petits coups de langue. Il a embrassé les trois petites cicatrices repérées sur mes genoux ou mon abdomen, comme pour dire que c'est dans mon entièreté qu'il me prenait. C'est bizarre avec Zoli, tout passe par les extrémités, les bouts de doigts, les bouts de langues, les bouts de lèvres. Puis par moments, de grands mouvements d'enveloppement. J'ai aimé me plonger dans ses épaules, dans la rondeur de ses articulations. J'ai aimé sentir plus que ses frémissements, ses soubresauts sous certaines de mes caresses. Ce sont des moments qui auraient pu durer 651ac769ef59705efc41f1a0f1f79ca0.jpgdes siècles, et c'est étrange, mais j'ai pensé aux femmes, à cause de cette façon d'appréhender l'amour, dans la langueur et le toucher. Et c'est sans empressement, au moment où cela allait de soi, que nos sexes, l'un contre l'autre, saisis ensemble tour à tour dans mes mains, puis dans ses mains, ont joui, abondamment, l'un après l'autre. Zoli a regretté de ne pas avoir pu jouir en même temps que moi, s'en est voulu d'être resté trop concentré sur moi, je lui ai dit des mots doux, puis nous nous sommes endormis. Nous avons passés la nuit emboîtés littéralement l'un dans l'autre, nos mouvements se répondaient, ce fut notre tango à Budapest.

Au petit matin, Zoli avait une pensée triste dans la tête. Il m'a dit vouloir m'attendre, nous nous sommes bien revus douze ans après, la troisième fois serait peut-être la bonne ? Je lui ai dit qu'il avait tort, qu'il n'y avait pas d'espoir dans l'attente, que je voulais que la beauté de notre relation lui redonne la force de croire en la possibilité de l'amour et de la rencontre.

Lors de notre petit-déjeuner d'adieu deux ou trois jours plus tard, il avait retrouvé de la sérénité. Il m'a dit qu'il saurait puiser de la force et du courage dans notre aventure. Au moment de nous quitter, alors que je lui remettais une petite boîte de chocolats nommés "love", comme on offre des Mon-chéris, il m'a dit avoir réfléchi à ce qu'il pouvait m'offrir de très personnel. Et m'a remis son pendentif en or, marqué de son nom, Zoltan. J'ai pris longuement sa main et l'ai portée à mon visage, et je m'y suis frotté sans pouvoir le regarder. Avais-je honte ?

11e75f3fd5a0ffab990e7dc7cb3ca8dc.jpgAujourd'hui, l'écrin est près de mois, à portée de main, dans le premier tiroir de mon bureau...

08 décembre 2007

Saiichi, un violoncelle aux yeux noisette

47cdf6e78c0d3ff1d4b3f935e5aba9a5.jpgLundi. Il m'attendais au café de l'Industrie en fin d'après-midi, il souffrait d'un lumbago.

Saiichi, je t'en ai déjà parlé ici, très brièvement. Nous ne nous étions pas revus depuis le mois d'août à Budapest, où nous nous étions fait expulser d'un établissement thermal par un surveillant zélé qui n'avait pas trouvé très convenants nos attouchements. Pourtant, nous avions tâché de nous isoler, de rester discrets, nous avions tourné plusieurs fois avant de nous décider à entreprendre un contact. Nous nous étions donc sentis piteux. Saiichi avait même été bouleversé, je crois, choqué par cette fuite pitoyable, j'étais sorti fissa en regardant mes pieds. Je m'étais laissé abuser par la facilité de ma rencontre avec Alejandro, quelques jours plus tôt, et j'éprouvais une culpabilité particulière d'avoir ainsi plongé Saiichi dans cet embarras, avec cette irruption de la honte, violente comme une perte fulgurante de l'orgueil.

J'ai retrouvé son sourire énigmatique, ses yeux noisettes, son crâne n'était plus totalement rasé, et ses cheveux en brosse, grisonnants, te disaient seules des choses de son âge.

Saiichi, c'est maintenant mon ami japonais. Il est violoncelliste, je ne l'ai encore jamais entendu jouer. Il est aussi musicologue, mais dans une vie précédente au Japon, avant de venir en France rejoindre son ami d'alors, il était mèdecin psychiatre. Il a tout quitté pour vivre librement sa vie affective et amoureuse. Sauf la musique. Aujourd'hui, il vit seul, et se débat pour rester en France : la course à la carte de séjour, l'incompréhension quand on lui remet des papiers pour trois mois seulement, qui l'obligent à travailler pour des patrons abusifs, pour simplement être sûr de sécuriser trois fiches de paye consécutives et obtenir le renouvellement de son titre de séjour. Un cercle vicieux qui l'empêche d'entreprendre des projets plus ambitieux. Je suis désolé si ça t'agace de me voir glisser de la politique dans des récits de rencontre, mais je ne peux pas taire ces absurdités révoltantes qui dénient aux gens leurs savoirs, leurs talents, leur potentiels pour en faire de la chair à expulsion... Et encore, il n'est pas métèque !

Nous étions heureux de nous retrouver, trois mois et demi après. Nous avons parlé de Budapest, une ville qu'il aime c299d54dfa6feda169a48dbca07461a1.jpgautant que moi, où il retourne souvent parce qu'il y aime, comme moi, un certain art de vivre, une sensibilité. Et la musique. Béla Bartok est son compositeur. Le seul pour lequel il soit jamais allé déposer des fleurs sur une tombe. Un maître, au sens le plus noble.

Il habitait tout près. Il m'a demandé de le raccompagner. Nous avons marché main dans la main. Je suis monté dans son 18m2, au troisième étage. Il y régnait une atmosphère agréable, saine. Son violoncelle était sorti de son coffre. Nous nous sommes étreints. Nos vêtements à terre, il est allé dans la salle de bain, et m'a demandé de l'attendre, debout, nu, au milieu de la pièce, les yeux fermés. J'entendais des bruits d'eau. Puis il est revenu et m'a attaché autour de la taile un carré de drap mouillé, ce pagne en cache-sexe traditionnel des bains de Budapest. Il en avait donc récupérés. Nos jeux interrompus là-bas allaient pouvoir continuer ici, ce soir, la honte allait être effacée !

b1b4c33c250a2e9f76c808690c3c31cd.jpgLe contact avec le froid m'a fait un temps débander. Pas lui. Il s'est étendu sur le lit, le corps lisse, fin, doux, le sexe dur. Son dos l'handicapait, à peine. Nous nous sommes longuement caressés, embrassés, il restait étendu sur le dos, j'ai eu un plaisir particulier au contact de sa peau glabre. Et dans ma main, l'un après l'autre, nous avons joui.

Il m'a dit qu'il aimait mon blog, qu'il s'était masturbé à sa lecture, il a hésité dans la façon de dire entre deux eaux en japonais, et m'a offert sa version la plus juste, futatsu no mizu no aida.

Quand je suis rentré chez moi le soir, il avait moins mal au dos. Il me l'a laissé croire.

05 décembre 2007

Attila, le soleil en bandoulière


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Encore un petit flash-back, tiens, histoire d'ensoleiller la grisaille du matin.

Attila (ça, c'est un nom, hein ?) : il avait 19 ans, il étudiait la chimie à Veszprém, en Hongrie. Il est le premier de mes amants à avoir accédé au statut de petit ami officiel : durant l'été 97, je l'emmenais en vacance chez ma mère près de Marseille. Ma pauvre mère, je ne lui ai pas épargné grand chose sur ce coup-là. Déjà, mon coming out, je lui avais fait par téléphone, tout juste 24 heures après ma copine, lui disant simplement que elle et moi, c'était fini, mais que c'était pas grave, puisque c'était simplement parce que j'aimais les hommes. Et deux mois plus tard, je ramenai ce jeune mec à la maison... Qu’est-ce que je pouvais être centré sur moi-même à cette époque, tu parles d'une phase de libération!...

Attila, il aimait la fantaisie, étaient-ce des jeux de son âge ? Par exemple, au début, ce qu'il adorait, c'était enduire mon corps et mon sexe de crème dessert, et me lécher, me sucer goulûment, après quoi il se tartinait lui-même de crème et attendait de moi que je le dévore. Plusieurs fois, il m'avait proposé de faire l'amour avec lui devant sa copine Barbara, elle le lui avait demandé, elle aurait voulu se branler en nous regardant, mais cette idée était vraiment trop farfelue, et j'y avais toujours résisté. A Marseille, nous allions sur les plages gay. A nous deux, nous devions avoir une vraie puissance divinatoire. Les mecs nous regardaient, nous enviaient, nous finissions chez l'un ou chez l'autre dans des plans á trois. Une fois, étrange anecdote, un de ces mecs cueillis là s'était vanté d'avoir couché avec Jean-Claude Gaudin. Beurk !

5f929c1a913db02b963fa895d3e087d8.jpgAttila, je l'avais rencontré dans un bain turc de Budapest. Le Rácz, qui aujourd'hui n'existe plus, promis à une opération hôtelière d'envergure. Ce fut fulgurant. C'est dans l'espace sec et boisé du sauna que nous nous étions immédiatement cloués l'un dans l'autre du regard. Puis dans les eaux du bain, à peine dissimulés, nous avions rapidement éprouvé nos érections, simulant des pénétrations, et avions aussitôt décidé de sortir pour nous retrouver seuls chez moi. Le tout, en 5 ou 10 minutes ? Pour parler entre nous, c'était pas très commode, il ne connaissait aucune langue étrangère, et le hongrois, je n'en étais qu'à mes premiers rudiments. Mais il s'en foutait, il me regardait, il souriait d'un soleil comme ça, et il me baisait, il ne voulait que du sexe, encore du sexe, et moi, qui n'en demandais pas tant, exultais. Une fois seulement, si ma mémoire est bonne, je l'ai rejoint à Veszprém en semaine, au tout début, la semaine de notre rencontre. Le week-end, c'est lui qui venait à Budapest, notamment pour voir sa sœur, auprès de qui il m'introduisit également. Nous avons emmené une fois ses nièces au zoo. En retournant à Veszprém pour la première fois l'été dernier, en voiture, je m'appliquais à reconnaître la cité universitaire où je l'avais retrouvé, et la promenade de cette soirée exotique.

Avec Attila, c'est moi qui n'ai pas pu tenir le rythme, les envies de son âge me dépassaient, mais je n'avais pas le droit de l'en priver. Alors peu de temps après la fin de l'été, nous nous sommes séparés. J'ai pensé à ma mère, qu'a-t-elle jamais pensé de cette relation, elle qui revoyait son fils pour la première fois sous ce jour inconnu ? Quant à lui, 29 ans aujourd'hui, mon Dieu !, je ne sais pas ce qu'il est devenu.