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24 mars 2008

merci, Maestro !

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Que retenir de ce beau week-end en Arles : les prouesses gastronomiques de Boby, chacune de ses petites attentions, sa parole dépolie et intarissable ? Ou le rire enfantin de Fiso devant son - non, ses - toreaux en chocolat ? Ou les opportunes intrusions téléphoniques de notre ami commun, celui à qui l'on devait d'être ainsi réunis et dont nous parlâmes tant, forcément ? Ou les yeux hypnotiques, d'un magistral bleu-roi de ma blogueuse jumelle, la troublante effervescence amoureuse où elle se trouvait, son bonheur visible de nous serrer dans ses bras ? Ou le sourire encore perplexe mais déjà épanoui d'un jeune homme qui sait à peu près de quoi il se libère et à peu près où il va ? Ou les maaloumehs de Pâques d'une restauratrice libanaise récemment installée ?...

Le toreau s'était d'abord présenté à nous sous la forme d'une fabuleuse guardiane aux olives noires, avec Boby en maestro. Je n'avais plus vu de corrida depuis au moins quinze ans. C'est à Nîmes, plutôt que nous avions l'habitude d'aller faire la fête, pour Pentecôte. A l'époque, on ne risquait pas d'entendre du Claude François dans les bodégas, ç'aurait été du dernier des ringards.

Igor n'aime pas la corrida, ne supporte pas l'idée que je puisse aimer ça, alors tout comme j'ai arrêté d'aller au ski depuis que nous sommes ensemble, ou comme je ne vais pratiquement plus au cinéma, j'avais mis en veille mes passions tauromachiques. Je ne sais pas si ça répond à l'interpellation de Patrick sur ce qu'est l'amour avec un grand A...

Pour couper court aux polémiques que j'entends d'ici, disons-le tout de suite : oui, c'est cruel, oui c'est barbare, et pour tout dire, je suis753995834.jpg convaincu que dans une société humanisée, harmonieuse, où les inégalités et les oppressions auront disparu, où les cultures populaires ne seront plus écrasées, éliminées par l'uniformisation et la marchandisation, les corridas pourront rentrer sereinement dans le registre des patrimoines mémoriels.

Mais parce que nous n'en sommes pas là, parce que la diversité culturelle est gravement menacée, et doit être préservée pied à pied, identité par identité, je suis un résistant, et donc un ardent défenseur de la corrida. Doublé d'un aficionado. Imagine Lille sans sa grande braderie, l'Irlande sans la Saint-Patrick...

Il y a autour de la corrida, en fait plus qu'une vague culture populaire, mais toute une érudition populaire - c'est un peu comme avec le vin - qui va bien au delà de l'esprit "jeux du cirque" que lui attribuent souvent ses détracteurs. J'écoutais samedi les gens autour de nous observer les toraux qui entraient dans l'arène, commenter leurs qualités, leurs défaillences, leurs travers, ou la stratégie des matadors, le travail des picadores, la faena de chacun, leurs naturelles à droites, leurs naturelles à gauche, imperceptiblement plus difficiles... Au delà des grandes envolées collectives - il y en eut peu, samedi, notre corrida fut soignée, mais sans plus -  chacun y allait de son petit couplet avec un regard aiguisé, singulier, intraitable, sur la bête comme sur l'homme. et j'aime cette appropriation, ce savoir-là, qui participe de l'intelligence humaine.

Donc voilà, c'est ainsi. Si tout va bien, je me suis définitivement fâché avec la moitié de mes lecteurs. Peut-être aussi la moitié de mes amants. Mais bon, c'est ainsi.

34571198.jpgArles en fête, la ville investie par la foule, les peñas à chaque coin de rue, les fanfaronnades, les odeurs de paellas géantes dans la nuit, les grandes tablées bruyantes... Hmmm ! Que c'était bon de renouer avec ces sensations, de laisser glisser son regard sur de beaux garçons, de tenter d'harponner un regard, de laisser son pied, sa jambe, sa hanche s'animer au rythme de Magnolias.

Sur le chemin du retour vers la maison de Boby, encore chauffée par l'ambiance de la Bodega Juan Bautista (du nom du jeune matador arlésien que nous avions vu dans l'après-midi), Fiso s'est laissée aller à nous montrer un tout petit bout de son vaste répertoire Claude François. Extraits de la foule dans les petites rues retirées, Comme d'habitude nous enchantait.

29 décembre 2007

Sur la route...

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Boby nous a reçus avec chaleur, nous a offert le café avec à l'est vue sur le champ. Il nous a guidé dans Arles avec faconde : la courbe du Rhône, dans sa lumière déclinante, les vieux quartiers, la maison Acte Sud, la voûte de l'Hôtel de ville, le patio de l'Hôtel Dieu, restauré à l'identique de ce que Van Gogh en a peint, le café La Nuit, peint aussi par Van Gogh (avec pause chocolat-chaud, pour récupérer du froid et de la nuit), les arènes, le théâtre antique, l'église de la Major, la tour des mourgues, murée pour empêcher les bonnes-soeurs de s'échapper vers les quartiers mal-famés...

A chaque étape, il nous a dit des anecdotes : des travaux arrêtés à cause de trouvailles archéologiques en sous-sol, 2289ecc24ae6d8821f962bc832a518fa.jpgdes normes de sécurité imposées par l'Union européenne qui conduisent à dénaturer du patrimoine antique, le petit quartier culturel où ils aimaient venir avec Monique.

Monique est là, dans sa voix, dans l'amour qu'il a pour Arles, dans les mois qu'ils ont passé à y chercher une maison pour lui permettre d'y finir ses jours. Il nous montre les lieux qu'elle aimait et nous dit ses petits agacements devant la saleté des rues ou des restaurations mal faites.

Il a insisté pour que nous restions diner. J'en avais envie, il a fallu négocier un peu avec ma mère et ma belle mère, plus enclines à rentrer.

Xavier a épaulé son père et pris le diner en main. Karine a récupéré d'une après-midi de mécanique, avec son ami Christophe, dans le froid et le camboui. La boîte de vitesse et l'embrayage sont installés et fonctionnent. Reste à résoudre un problème de démarreur. Fred et Igor sont restés un temps à part à parler d'art dans le petit bureau de Boby et de Monique.

Pendant le dîner, Christophe a parlé de son périple en Hongrie, il y a cinq ou six ans, et d'une rencontre qui a compté pour lui avec un certain Jenö. Karine de sa perspective de travailler à la régie technique de la Maison des arts de Créteil. Fred de dessin, et des techniques auxquelles il s'essaye. Il a un sacré coup de crayon ! Xavier a parlé trompette, et a promis de nous inviter pour un prochain concert à Montreuil, le 19 janvier.

On a parlé photo. Pour Boby, "Xavier, il a un regard", il va saisir ce que personne d'autre n'aura vu, "Karine, elle est dans la composition", elle-même se sent encore enfermée dans des règles apprises, "Fred, c'est l'agencement des couleurs", et ces semaines passées à Arles lui ont donné l'occasion d'y travailler.

Aucun d'eux n'a choisi une voie facile et sûre. Je le savais, Boby évoque ça sur son blog. Il s'en ennorgeuillit, en même temps que ça fait de lui un père inquiet. Normal.

Dans la voiture, au retour, ma mère et Igor ont dit avoir ressenti du bien-être au milieu de cette famille. Deux familles qui ne se connaissaient pas, assez différentes, mises comme ça l'une en présence de l'autre, ce n'était pas évident. je me doutais bien que ça se passerait simplement.

Moi, j'ai été heureux de mettre à boby de la chair, un timbre et un accent (et quelques paquets de Gitane). Un grand monsieur, qui en impose par sa taille, sa culture, son verbe haut. Et de voir ces jeunes dans cette générosité-là, qui se pansent les uns les autres en entourant leur père.

Merci à vous tous de votre accueil. Tant de fois au sortir de l'été, moi et d'autres avons poussé votre père à vous solliciter. Il avait besoin que vous le secondiez, et surtout, que vous soyiez près de votre mère. Tant de fois il y songeait, mais ne voulait pas, ni Monique, vous bousculer, vous fragiliser encore dans vos projets, vos constructions. Vous ayant au téléphone, l'un ou l'autre d'entre-vous, ils minimisaient les difficultés, je crois, pour vous préserver. Finalement, vous aurez été là. Au bon moment. Aux bons moments.

Merci à toi en particulier, Xavier, d'avoir trouvé les mots pour que Boby décide de continuer la route.

Boby, on n'a pas eu notre intimité cette fois-ci, pour nous parler d'homme à homme. Famille-famille, ce n'est peut-être pas comme celà que nous avions imaginé nous rencontrer. Il faudra donc une deuxième fois.