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26 janvier 2008

sous la table

Il y a un trait de ma personnalité que peu de gens soupçonnent, parce que je fais très attention à ne plus trop y verser : c'est la susceptibilité.

Quand j'étais petit, j'étais un incorrigible boudeur. J'ai ainsi passé de longue heures sous une table, dans un réduit ou au fond du jardin.

Ce n'est jamais la moquerie qui provoquait ces réactions : ça, ça m'énervait, ça m'agitait, je m'en défendais à petits coups de poings puérils et inoffensifs... Mais l'injustice. Elle me désarmait, et je n'avais d'autres solutions que de me renfermer, aussi ostensiblement que possible, espérant que l'expression de ma peine suffirait à susciter une reconnaissance de torts, ou au moins un petit geste de compassion.

Ainsi, quand mes parents m'interdisaient de faire une chose dont j'avais très envie, ça m'énervait. Mais s'ils m'accusaient de l'avoir faite et que ce n'était pas vrai, alors là ça me vexait, et je boudais.

Bouder, ça a l'air simple, comme ça, mais ça ne l'est pas tant que ça :

1/ D'abord, il faut en user sans en abuser, s'en servir quand le jeu en vaut la chandelle : c'est con, parce que quand t'es mômes, t'as pas forcément le discernement pour ça...

2/ Il faut savoir à partir de quand tu t'enfonces dans le ridicule, ce qui revient au même.

3/ Il faut savoir en sortir, tu y joues un peu ta crédibilité à chaque fois. Y'a un bras de fer, sourd, pour déterminer qui craquera le premier, mais la mesure de rétorsion à l'encontre du boudé est forcément temporaire, elle doit même être plutôt sous-proportionnée. C'est le propre de la bouderie.

4/ Mais surtout, surtout, il faut que le boudeur soit vu en train de bouder, sans avoir à se signaler. Il faut qu'une habitude connue soit rompue, le mieux est même d'être si visible que tu puisses t'offrir le luxe de nier, bêtement : "non, non, je boude pas, c'est juste comme ça, allez, lâche-moi !". Ou d'ignorer, subtilement : "- remis ?", "- de quoi, de ma grippe ? Tout doucement".

Bon, ben en définitive, et c'est ça qui est con, c'est que le message qui passe est toujours assez infantile, finalement, même si au départ l'injustice, patente, violente ou simplement insinuée, est établie.

Alors t'as hâte de sortir de sous la table, et t'attends un signal.

Et heureusement que pour tuer le temps, à l'occasion du 35è festival d'Angoulême, Manu Causse-Plisson, bien au fait de l'actualité éditoriale, et pour cause, nous recommande des bandes dessinées à lire ou acquerrir hors de toute modération. Et parmi celles-ci, Colibri, de son ami Guillaume Trouillard, que les lecteurs de Libé viennent de désigner album de l'année, et dont l'intégralité est consultable sur Internet.

Et là, je t'invite à ne pas bouder ton plaisir.