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10 février 2008

le bordel

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J'avais prévu de t'écrire trois petites anecdotes, trois petits éclairages pour rebondir sur mon billet d'hier.

Te dire qu'avant une sortie au sauna - ce n'est pas si souvent - il y a tout un cérémonial : j'ai besoin d'assurance. Je me rase, le menton et les couilles, je me tonds les poils pubiens, je me les arrange pour rajeunir mon corps. Et que je ne sais pas si c'est mon apparence ou mon assurance qui font que ça marche.

Te dire aussi ma théorie : trop de chair fraiche tue la chair fraiche. Je n'aime pas les saunas quand il y a trop de monde, trop de jeunes, trop de beaux mecs. Ca rend les regards fuyants, les gars hésitent à venir à toi parce qu'ils pensent pouvoir trouver mieux, les phases d'observation s'éternisent, et je ne blâme personne, ou alors la moitié masculine du genre humain, parce que je suis fait exactement pareil.

Te dire enfin que la première fois que j'ai dit à mon copain Laurent que j'étais allé dans un sauna, il m'a regardé avec de grands yeux comme ça, et il m'a dit : "mais t'es complètement ouf ! ce sont des choses qui ne se disent pas. C'est comme si tu me disais que t'étais allé au bordel." J'avais cru en reconnaissant mon homosexualité basculer dans un monde libéré et sans tabou, et ce jour-là, j'ai découvert que les pédés pouvaient aussi être pétris de conventions, et engoncés dans des non-dits.

Voilà ce que j'avais prévu de te dire ce matin, un petit billet tout court, tout frais, dépourvu de sens. Juste pour un dimanche, pour un réveil, pour une belle journée ensoleillée.

Mais en fait non. Le bordel, il est dans ma tête. Et de ça, j'ai du mal à parler.

Je ne sais pas exprimer les raz-le-bol de ma vie, ceux du moment. C'est bien plus facile de citer des lettres d'il y a dix ans, de marcher sur le sable durci par la vague, dans le reflux de la marée, que de dire des choses qui te rongent aujourd'hui. Comme m'a dit ma copine M. hier, ici, en réponse à un commentaire : "C'est tellement plus facile de décrire que de dire vraiment... ".

Et Boby qui l'autre jour m'avait écrit ceci, ici, : "Vide tes tripes ! Maintenant ! Là ! Dis-nous ce qe tu ressens, quels sont tes états d'âme, tes enthousiasmes, tes douleurs, tes amours, tes espoirs (...) Moi aussi, je suis indulgent, va..."

Alors je vais m'aventurer à dire, à commencer à dire.

Dire que je suis un usurpateur, un colérique dissimulé, un indécrottable jaloux. Et surtout oser verbaliser comment je me vide et m'épuise à porter mon couple, comment je suffoque à me retenir d'exploser, dire parfois, et notamment là, jusqu'à quel point je n'ai plus la force de rien. Dire que, non pas ma part d'intimité, qui est énorme, mais mes temps d'intimité - que je voudrais être de grandes plages landaises, à perte de vue avec l'océan comme  horizon - sont réduits à des portions congrues où j'étouffe.

Dire que je me révulse à penser ça, alors même qu'aucun môme ne me courre entre les pattes. Dire que je ne m'aime pas, pas beaucoup plus que je ne m'aimais hier, et que je m'épuise dans une course effrénée - dans l'eau d'une piscine, dans des réunions publiques, sur les pages d'un blog, dans les cavités sombres d'un sauna - à convaincre du contraire.

Oser dire aussi que je devrais me réjouir de voir mon grand frère lancer avec brio une nouvelle phase de son blog et de sa vie, de voir son pappy retrouver sa confiance et son âme de passeur, de voir ma p'tite soeurette de coeur promener généreusement son sourire et son pep's... dire que je devrais tout ça, que j'en aurais l'apparence, parce que je sais donner le change, j'ai toujours su, mais qu'au fond j'ai toujours peur de me retrouver hors du cercle, et dire à quel point j'en ai honte.

Me dire maladroit, impatient par égoïsme, parce que je le suis, me dire inhibé par l'amour comme aux premiers jours, parce que je le suis, me dire insupportable de vacuité, n'arrivant à me défaire d'un vain orgueil, parce que je ne suis que ça, me dire impuissant et lâche dans tous les gestes de la vie, honteux, fondamentalement honteux de moi-même et de ma shyzophrénie maladive... Oser dire tout ça de moi, sans savoir, sans pouvoir encore en formuler d'avantage.

Livrer juste cette espèce d'encéphalogr'âme plat, pour t'en dire plus de moi. Et pour commencer à ouvrir cette vanne. Sans trop savoir s'il finira par s'y engouffrer quelque chose.

Boby, tu  m'as promis d'être indulgent.