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13 décembre 2007

Monique, en toute dignité

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Monique est en train de partir. Boby et les siens sont rassemblés. L'acccompagner et souffrir avec elle. Loin des départs rêvés. Elle a été belle jusqu'à son dernier été, elle a été fière jusqu'à ses dernières semaines, Boby l'aime jusqu'à ce dernier souffle, et souffre - c'est peu dire - de ses souffrances et sa déchéance. Pourtant, et lui ne peut le voir, elle est belle de cette cathédrale de dignité qu'il lui a bâtie.

Voilà ce qu'il en racontait, il y a peu sur son blog (Boby, pardonne-moi) :

"Nous militions tous les deux dans un mouvement d’éducation nouvelle. J’étais instructeur de base, elle, instructrice permanente, détachée de l’Education Nationale. Elle faisait partie des six ou sept "monstres sacrés" comme nous les nommions affectueusement, qui avaient la force et le courage d’encadrer une bande effroyable de soixante ou soixante-dix adultes de tous âges, aux personnalités diverses mais toujours fortes et quelque peu indisciplinées... Lors des regroupements régionaux, lorsque je la voyais se camper devant cette assemblée tumultueuse, en levant les bras pour attirer l’attention et demander le silence, et que sa merveilleuse voix de soprano donnait le ton pour le chant que nous allions reprendre en cœur, j’étais inévitablement surpris de voir ce petit bout de femme, timide, effacée, discrète, qui soudain donnait toute la mesure d’une personnalité hors du commun.

Elle est issue d’une famille très modeste de l’Ile de France. Elle a toujours voulu être enseignante, ses parents se sont démenés pour lui permettre de poursuivre ses études.

Après avoir échoué à l’entrée en Ecole Normale (Devenues IUFM), elle s’est accrochée, et le bac en poche, elle est entrée par la petite porte dans la grande maison. Remplaçante. A 18 ans, elle se retrouvait avec des classes de fin d’étude, et des mômes plus que turbulents de 14 ans...

Elle s’est naturellement orientée vers les classes maternelles, et cinq ans plus tard le hasard et son courage l’amenaient à diriger une école de dix classes... Le Mouvement la remarquait. Elle a rejoint la commission nationale "Petite Enfance". Quelques courtes années plus tard elle est devenue permanente du Mouvement.

Même si après la naissance de Karine, notre troisième enfant, elle a choisi de redevenir enseignante de base pour être plus disponible pour ses enfants plutôt que pour ceux des autres, j’ai toujours pensé qu’elle faisait un travail remarquable, notamment vers les enfants issus des milieux les plus défavorisés.

Et pourtant... Combien de fois l’ai-je entendu dire : "Je ne fais rien de bon, je ferais mieux d’aller vendre des allumettes sur les marchés..."

Il y a quelques jours son cousin est venu nous voir. Quand elle s’est couchée, nous avons un peu parlé. Il était bouleversé. La voir ainsi alors que l’on sait qu’elle n’ignore rien de son état, et que ses jours sont comptés. Jamais Monique n’a prononcé un mot sur ses souffrances, sur ses angoisses. Elle demandait des nouvelles de tous, s’intéressait aux enfants, aux petits enfants. Racontait des anecdotes, lançait quelques traits d’humour. Jusqu’à ce qu’une fatigue trop forte l’oblige à se retirer. Avec nos enfants, elle insiste pour qu’ils ne remettent pas en cause leurs projets. Pour qu’ils continuent de vivre. Vivre. Jusqu’au bout. Jusqu’à la dernière seconde.

Monique a eu une éducation plutôt rigide, plutôt coincée. La petite jeune femme sage et bourrée de principes et d’interdits, au petit chignon serré sur le haut du crâne, que j’ai connue en premier, s’est libérée seule, a fait son chemin seule. Ses cheveux libres et flottants sur ses épaules ont été l’un des premiers signes de son affirmation de femme en tant que femme. C’est sans doute l’une des raisons qui ont fait qu’elle ne pouvait supporter de perdre ce symbole, sa chevelure. Au point de refuser les traitements qui entraînaient inévitablement une alopécie, au risque de se condamner à court terme. Elle a fait ses choix, en connaissance de cause.

Et personne n’a le droit de les critiquer. Personne ne peut imaginer les combats qu’elle a dû mener pour être ce qu’elle est : une femme libérée. Et moi, je peux dire encore moins de choses. Je le sais, c’est en grande partie pour moi qu’elle a fait ce chemin."

C'est sûr, j'aurais aimé moi aussi avoir eu à aimer cette femme.... T'inquiètes Monique, ton héritage de valeurs est aujourd'hui bien malmené, mais il y a des gens qui y croient encore, le flambeau ne restera pas à terre.