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03 septembre 2009

l'imposture écologique

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J'adhère à l'idée que la fiscalité est un levier de l'action publique, et qu'à ce titre elle doit contribuer à orienter l'économie et les modes de vie vers des comportement plus écologiques. De même qu'elle devrait servir à réduire les inégalités, à promouvoir les solidarités, à accompagner l'aménagement du territoire, à lutter contre la désertification des campagnes, etc. La fiscalité a de tout temps façonné les paysages urbains et les environnements humains.

J'ai pourtant du mal avec la taxe carbonne, qui renifle la supercherie à plein nez. Surtout depuis que j'ai découvert que les grandes industries polluantes seraient exonérées, Arcelor-Mittal, par exemple, qui dispose pourtant déjà d'un droit à polluer de 8 millions de tonnes de CO2 par an. Tout comme les traders qui se revendent des "droits à polluer" sur les marchés des changes à hauteur de 14 € la tonne (alors que la taxe envisagée pourrait bien monter, à terme, jusqu'à 32 € la tonne pour les particuliers).

Ce que je vois, c'est surtout que me chauffer va me coûter plus cher, tout comme me rendre à mon travail en voiture, alors que personne ne m'offre d'alternative dans aucun de ces domaines.

C'est qu'en général le banlieusard paiera plus cher, avec sa caisse achetée à crédit, tandis que le Parisien grand teint et son vélib flambant neuf seront épargnés. As-tu entendu parler des futurs péages urbains envisagés pour financer les infrastructures du Grand Paris ? C'est dans la même logique.

Tant que des solutions viables de transport ne seront pas mises en place, cette taxe n'aura rien d'écologique, ce sera juste un prélévement de plus dans le porte-monnaie de ceux qui ont déjà le moins.

La fiscalité écologique, elle devrait inciter, par des gains de pouvoir d'achat, sur l'isolation d'une maison, par exemple, sur la récupération des eaux pluviales, mais pas sanctionner par des ponctions nouvelles. Les sanctions, elles devraient être réservées à la grande distribution, qui fait venir des fruits et des légumes du bout du monde - y compris des pommes de Chine ! - au lieu de favoriser une prodution maraichère de proximité, elle devrait porter sur les délocalisations industrielles...

Elle m'énerve, cette gauche qui, pour des raisons électoralistes biaisées, pour ne pas avoir l'air d'être à la traîne derrière Cohn Bendit, en rajoute et fait du suivisme de la politique gouvernementale.

Et puis qui dit que, dans un contexte de ras-le-bol général, ce ne sont pas les arguments écologiques dans leur ensemble qui finiront par être décrédibilisés, pris pour de simples dragées inconsistantes enrobant à chaque fois une amende bien amère. Est-ce qu'ils ne sont pas en train de tuer toute l'éducation à l'environnement, purement et simplement  par effet boomerang, avec leurs conneries ?

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Lire ici une contribution éclairante d'Aurélien Bernier, du Mouvement politique d'Education populaire, et , un texte de Charles Hoareau paru hier dans l'Humanité.

25 juin 2008

l'hypnose

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Là où je suis, je traverse ces jours-ci des paysages étranges : étrangement verts, d'abord, alors qu'ils devraient en ce début d'été être déjà brûlés à vif. Étrangement tachetés de rouge ensuite, peuplés de coquelicots étonnamment résistants, ou plutôt revenus pour un deuxième printemps. Et surtout traversés d'une population étrange, de grandes tours métalliques blanches et étroites, surmontées chacune de trois longues pales de fer. Si Don-Quichotte de la Mancha voyait ça...! Tous ces ces moulins modernes, organisés en vastes forêts trans-paysages. Il y aurait de quoi lui faire tourner la tête quelques milliers de fois.

D'autant que, et c'est cela qui est étrange, moi je trouve ces paysages - pour le moins pourtant dénaturés - tout simplement beaux. Comme une vigne sur un vallon, comme la clairière à la lisière d'un bois... L'intervention humaine n'enlaidit pas toujours l'environnement, elle peut aussi parfois le sublimer. Et ces champs d'éoliennes sont incontestablement beaux. Ils sont, je vais te dire, carrément hypnotiques. Je me suis surpris, passager d'un véhicule qui traversait leur étendue, à ne pas pouvoir les quitter des yeux. Elles tournaient toutes en même temps, toutes au même rythme lent et entêtant. Simplement belles, envoûtantes.

En France aussi, il faudra bien que l'on s'y mette, que l'on choisisse des sites, qu'en accepte de les transformer, il va bien falloir qu'on paye le prix de politiques alternatives qui préserveront l'essentiel. Ici ou là, ça nous fera des horizons transformés, forcément. Mais je t'assure, ce ne sera pas laid.

02 avril 2008

Nicolas Hulot critique sévèrement le libéralisme

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Dans un accès de lucidité et de vérité, et au risque de heurter ou d'écorner ses amitiés politique, Nicolas Hulot pointe du doigt l'incompatibilité du libéralisme économique avec les enjeux de préservation de la planète. Des extraits de son interview au Journal du Dimanche sont à lire ici.

Si c'est lui qui le dit...

22 février 2008

les mégalos du désert

 

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La ville de Saragosse, en Espagne (où je me trouvais ces jours-ci), et la province autonôme de l'Aragon, s'apprêtent à accueillir, de juin à septembre prochain, l'Exposition internationale sur le thème de l'eau et du développement durable. On comprend que dans cette Espagne si exangue, assoiffée, au point d'en avoir souvent épuisé ses cours d'eau, et de s'être constuit une culture de l'eau longtemps déraisonnable ("ne laissons pas se perdre une seule goutte d'eau dans l'océan"), cette thématique soit au coeur de leurs préoccupations.

Pour les promotteurs de l'EXPO, on peut penser qu'il s'agit de revenir à une approche plus rationnelle et plus durable du problème, restaurer l'image des fleuves et des rivières comme des écosystèmes qui font partie de l'équilibre de la vie, et non seulement comme des réservoirs à eau. Il s'agit aussi d'interroger les modes de développement, de remettre en cause les stratégies économiques fondées sur le tout-tourisme, ou sur la production agricole intensive.

Zaragoza 2008 fera ainsi écho à des luttes récentes qui ont conduit à l'abandon, par le gouvernement Zapatero, des projets démesurés de grands barrages sur l'Ebre, qui auraient conduit à submerger des villages entiers et tout un patrimoine culturel, ou de transferts massifs des eaux de l'Ebre vers Valence au profit d'une agriculture dévastatrice.

Vers un Las Vegas européen ?

Mais curieusement, je ne sais pas me l'expliquer, si ce n'est par des histoires de gros sous, la politique en Espagne 81f6b3b6d7a344892c219ef627c82cd5.jpgcomme ailleurs porte en elle une schyzophrénie chronique totalement déroutante. Ainsi, le même président socialiste de l'Aragon, qui inaugurera le 14 juin l'Exposition internationale sur l'eau devant les médias du monde entier, vient de signer avec un consortium de promotteurs privés un projet complètement démoniaque, dénommé Gran Scala, le Las vegas européen, au coeur du désert aragonais : 17 milliards d'euros d'investissement, 35 casinos, 70 hôtels, 200 restaurants, 500 commerces, un hippodrome et un terrain de golf, tout cela en plus des 4 parcs à thème...

On connait les délires mégalomaniaques des princes de la péninsule arabique et leurs projets pharaoniques à Dubaï et Abou-Dhabi, qui préparent à leur façon, et en sur-exploitant une main d'oeuvre asiatique dépourvue de tout droit et de toute protection (écouter ici les émissions de Gérard Mermet dans Là-bas si j'y suis), une reconversion touristique et économique pour un après-pétrole inéluctable. Soit.

Mais là, à nos portes, sur un continent plutôt plus conscient que les autres des enjeux environnementaux, au coeur d'une région qui s'est battue pour préserver ses ressources... comment le concevoir ? España, por favor, no los dejas hacerlo ! (merci de ton aide, Tisbea)

Qu'il y ait derrière de puissants groupes, à moitié maffieux (j'écris à moitié pour ne pas me retrouver avec un procès au cul, on ne connaît jamais la longueur exacte des bras de ces gens-là), complètement mégalos, sans aucun scrupule à l'égard de toutes les communautés villageoises qui cherchent, pour vivre, à simplement préserver leur rapport simple et modeste à l'eau, c'est évident.

Mais comment ce président - je le répète, socialiste - de l'Aragon, a pu ainsi s'engager, non seulement à autoriser le projet, mais à accorder des dérogations sur les lois relatives aux jeux, à mettre en place des infrastructures autoroutières, à y installer une gare pour la future liaison TGV, à consentir un volume invraissemblable d'investissements publics ?

Outre ces problèmes écologiques, un habitant sur six de la région aragonaise est qualifié de dépendant au jeu. Par conséquent, la réalisation de ce projet pourrait avoir des conséquences psychologiques et financières catastrophiques sur les habitants voisins du site.

Après la stupeur des premières annonces, un petit noyau de résistance est en train de se former. Ils étaient 600 réunis en assemblée, il y a une dizaine de jours, pour former un comité régional "Gran Scala, No!", ils ont décidé de former dans chaque village des comités du même nom, et dotés de leur bâton de pèlerins d'arpenter les sentiers du pouvoir, de la citoyenneté, et de l'action pour mettre ce projet fou en échec.

Heureusement, ils sont rompus aux causes désepérées qui se gagnent à la fin, il leur a fallu cinq ans de Marche bleue et l'élection de Zapatero pour gagner contre le "programme hydrographique national". Ils savent que la route peut être longue. Il n'est pas exclu, comme du temps de la Marche bleue, que les chemins vers Bruxelles leur fasse traverser notre pays. Si c'est le cas, ce ne sera pas une traversée du désert, j'espère, et ils trouveront du soutien sur leur route.