11 décembre 2009

te regarder partir

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Manuel, donc (suite d'un récit commencé hier - voir là). Nous étions dans la petite piscine du Sun-City.

J'ai tout de suite compris que c'était un cérébral. Il commençait ses phrases puis cherchait ses mots, sans lâcher le fil de son idée. Il appréciait mon écoute et ma patience, elles le surprenaient, même. Je ne sais plus comment, mais assez vite il engagea une discussion sur des notions de secourisme : les gestes qui sauvent, c'était son truc. Il en avait appris les rudiments. Il était même actuellement plongé dans un manuel, et je comprenais qu'en me parlant, il effectuait une révision générale de ses connaissances, en tâchant de n'en oublier aucun chapitre. Il payait un prix à la précision, surtout dans ce domaine où l'on pouvait sauver des vies.

Je lui dis mon nom, il escamota le sien.

Il me cita les trois fonctions vitales à contrôler après un accident, il me fit une démonstration de la "virgule respiratoire", d'une pression forte sous le sternum, en me laissant pour la première fois sentir le contact de son sexe derrière moi. Il souriait à l'évocation de la respiration assistée, le fameux "bouche à bouche", j'eus droit à toutes les formes de plaie, aux attitudes à adopter face à des hémorragies, aux risques de panique ou de de suraccidents, il souriait entre deux chapitres, jouait de son charme pour contrôler mon attention. C'est à ce moment-là que je décidais qu'il lui fallait malgré tout un prénom, Manuel lui allait comme un gant.

Je lui dis mon âge, ce que je faisais dans la vie, l'invitais à me parler de lui. Il laissait s'installer une ambiguité distante, et dérouta mes questions. Il se passa bien deux heures dans ce bassin, je jouais parfois à plonger pour lui passer entre les jambes, qu'il refermait sur moi, brutos2740.jpgme laissant remonter au contact de son corps. Tout juste me laissait-il effleurer son sexe, qui ne banda jamais. Et toucher son torse, qui me rappelait très fort celui de mon ami Laurent. Son sourire intriguant, d'ailleurs, tenait aussi de Laurent. C'est peut-être cette ressemblance qui me retenait à lui. Lui était étonné de trouver pareille écoute en pareil lieu, il me parla de ces sociétés qui n'avaient pas perdu le respect pour les anciens. Je décrétais qu'il travaillait auprès de personnes âgées, et qu'il avait 25 ans. Il s'amusait de ce portrait.

Le froid nous prit, il me proposa de monter au sauna. "Pas au hammam, dans la cabine sèche". Je le suivis, sans trop savoir s'il aspirait à prolonger ce partage - et ce jeu - ou s'il aurait préféré se tourner librement vers d'autres profils mieux à son goût. Sans rien entreprendre de significatif, il laissait désormais ma main parcourir son corps. Il me demanda à un moment si je comptais rester encore longtemps dans cette chaleur sèche. Je saturais, le lui dis, et lui proposais de le retrouver un peu plus tard dans un "en bas", vague. Lui voulait rester encore, il acquiesça.

Le temps d'un verre, d'un doute, je retournais vers les vapeurs où un couple s'affairait. Un magnifique asiatique, au corps parfait et au visage d'ange, le cheveu ébourrifé, exultait sous les caresses d'un certain Stéphane. Je les regardais avec envie quand, une fois délaissé, Stéphane se tourna vers moi, son sexe en offrande. Courbé vers lui, ma bouche s'enivrait et je sentis derrière moi se jouer une partition à quatre mains, que je laissais me conduire jusqu'à la jouissance.

Peu de temps s'était écoulé, en fait, et je décidais de retourner vers la piscine. Si Manuel devait chercher à me revoir, c'est forcément là qu'il viendrait en premier. Et il revint.

Une faune jeune et extravertie s'ébrouait à présent autour de nous, il me proposa plutôt de boire un verre au calme, à une table en retrait. A chaque emploi du vouvoiement, mes oreilles grinçaient, et je le lui dis. Au milieu de son thé il se mit à me dire "tu".

Je n'appris rien de lui. Ou beaucoup. En résumé, car il emprunta de grands détours : qu'il avait été en couple, et qu'il en avait forgé la conviction que pour vivre à deux, il fallait ne pas dépendre l'un de l'autre. Et aussi qu'il ne savait pas quoi faire du regard des "hommes âgés" sur lui, qui le flattait mais l'embarrassait.

Son sourire allait et venait, venait et partait, glissait en va-et-vient. Dans son anxiété dissimulée alternée à son charme, je voyais de plus en plus poindre la personnalité de Laurent. Et je voyais aussi l'heure tourner.

Ses attentes étaient indéchiffrables. Il les exprimait en mode crypté, et j'ai ce défaut de ne jamais faire confiance à mes intuitions dans ces situations. Je n'osais le bousculer, ni brusquer la situation, il me laissait lui caresser la nuque, le dos, il me regardait avec quelque chose de profond, mais pour peu que je lui pose une question explicite sur ses intentions, son projet, son envie, il fuyait non sans humour, et il riait avec suffisamment de séduction pour que je ne le délaisse pas.

Je me souviens qu'au moment de son retour vers la piscine, je m'étais dit : "ce gamin a le syndrôme des enfants abandonnés". A un moment de notre conversation, je lui dis : "Je crois que tu as besoin de mettre l'affection des gens à l'épreuve". Il embraya sur autre chose, puis éprouva le besoin d'ajouter "ça ne veut pas dire que ce que tu viens de dire n'est pas vrai".

Quand je lui dis "il est tard, il me faut partir. Tu voudrais faire quelque chose ?", il me répondit "je vais te regarder partir", puis il sourit, avec le même charme où perçait désormais une pointe amère. Je lui reposais la question, différemment pour lui autoriser une autre réponse. Il me fit la même réponse. "Te regarder partir". Je croyais y entendre du dépit sans vraiment en être sûr tant son sourire était dissimulateur.

Ou ce garçon ne voulait rien, ou il voulait tout. Dans les deux cas, il me fallait partir. Je lui fis un signe de la main en regagnant mon casier. Il avait sur son visage un autre sourire, figé. En sortant dans la rue, des garçons faisaient la queue à la caisse, promettant aux pensionnaires de l'instant des heures encore joyeuses.

C'était samedi. J'ai eu depuis sous les douches de Roger Le Gall deux rencontres consécutives avec deux beaux garçons athlétiques, comme il ne m'en était plus arrivées depuis longtemps, qui étayent, d'une autre façon, le retour d'un certain sex-appeal. Mais rien n'y fait depuis samedi, cette phrase m'occupe et résonne d'accents coupables : "je vais te regarder partir".

10 décembre 2009

des humeurs à expurger

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La semaine passée a été chargée, culturellement parlant. De choses ardues, qui plus est : Salomé de Richard Strauss mardi, à l'Opéra Bastille - et j'y reviendrai, parce que derrière l'œuvre, il y a le mythe, et ses significations intimes. Mercredi, c'était Aube, au théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine - autres mythes, autre actualité. Vendredi soir, je remettais le couvert avec les deux pièces qui la précèdent dans la trilogie de Gérard Astor, Le partage des eaux - deux pièces à la suite, exigeantes, qui appellent la même attention, la même participation, même si rassemblées ainsi, elles dévoilent leur sens avec plus de lumière. Et samedi après-midi, Bougrenette m'invitait à découvrir, en trois heures de déambulations dans des allées de cuir, les collections permanentes du musée du Quai Branly.

Je ne sais pas si au terme d'un tel parcours, on gagne en intelligence, en savoir, ce qui est sûr c'est que je me suis retrouvé confronté à un violent besoin, samedi soir, d'aller prolonger la spéléologie au sauna. J'avais en magasin sans doute beaucoup d'humeurs à expurger - et une certaine lassitude à ne trouver depuis des semaines le plaisir que de ma main.

Et ma foi, permets-moi de commencer mes comptes-rendus par cette soirée, car elle m'a été assez divertissante, quoique loin de correspondre à l'idée que je m'en faisais initialement.

Tu le sais, pour moi, le sauna, c'est deux ou trois fois dans l'année, rarement plus. Les images et les sensations que j'en retire ont cette intensité-là, qu'elle suffisent à me nourrir pour tout un trimestre. Et je pense qu'en dépit de tout, j'associe à ces lieux, encore, une image de dépravation suspicieuse, qui suffit ensuite à m'en éloigner pour des mois. J'ai l'incartade sexuelle coupable. Ça t'étonne ?

La soirée de samedi n'a pas échappé à cette règle.

J'avais commencé tôt par une première déambulation, infertile mais envoûtante, dans les vapeurs du hammam. Un peu plus tard, sur la banquette de carreaux émaillés, je trouvais un homme fin aux traits persans, qui délaissa un rival pour se clouer dans mon regard et solliciter d'un membre vigoureux ma bouche avide. Je m'en emplis puis m'en lassai.

mb%2B(8).jpgPlus tard encore, un autre, aperçu dans les douches en chassé-croisé, "Patrick" me dira-t-il plus tard quand je lui savonnerai le dos, le même regard sûr, l'abdomen sec comme je les aime, vint me rejoindre dans les vapeurs auprès d'un éphèbe alangui, entraînant dans son sillage deux autres individus, tous bien faits. Ainsi enveloppés dans la chaleur ouatée, à peine isolés dans un angle ouvert, nous avons partouzé, softement, en caresses et en baisers croisés, en douces fellations. Patrick jouit de ma main en m'embrassant tendrement, tandis que les trois autres nous entouraient d'attentions intimes.

C'est après cet épisode que je rencontrai Manuel. Dans la piscine. Il faut dire que le Sun-city ne manque pas de recoins et de niveaux, je m'y suis plusieurs fois perdu et je faillis même ne pas y retrouver mon casier. La piscine se trouve près du bar. L'eau y est assez chaude, mais on y croise peu de monde. Nous y étions à peine trois, je me dirigeais intuitivement vers celui qui me paraissait le plus beau. Il s'approcha presque immédiatement. Sensiblement plus jeune que je ne l'avais imaginé de prime abord, avec sa barbe d'une semaine, il m'a vouvoyé. "C'est agréable, la nudité, vous ne trouvez pas ?" Je lui dit que s'il aimait la nudité en piscine, il y avait à Paris des nocturnes naturistes à Roger Le Gall, mais il me dit qu'il était timide, que ce n'est pas parce qu'il en parlait, ou qu'il la pratiquait là, ce soir, que c'était forcément quelque chose de simple à vivre pour lui. Nous étions dans l'eau l'un en face de l'autre, il esquivait les mouvements qui pouvaient lui faire penser que je cherchais à le toucher. Il installa entre nous un jeu trouble. Fait de distances et de sourires. Qui dura.

Mais il est tard, je crois que j'en parlerai mieux demain.

28 octobre 2009

bons baisers de Belo Horizonte

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J'ai posé samedi soir le pied au pays de la capoeira et de la capeirinha. Un voyage professionnel.

D'où cette petite carte postale, pour te dire que je pense malgré tout bien à toi.

A mon arrivée, mon bagage était perdu et j'ai été dédommagé. J'ai dépensé trois fois le montant de l'indemnité, au delà des effets de première nécessité, pour me reconstituer une petite garde-robe. Dimanche soir, la valise m'attendait déjà dans ma chambre...

Le temps est chaud en journée, frais le soir, et les averses tropicales épicent nos visites de terrain.

Sur le toit de l'hôtel, il y a une piscine. Enfin, une baignoire tripple size. J'ai renoncé.

Belo, ce n'est pas une destination touristique. Il y a des buildings et des grandes artères proprètes dans le centre, quadrillées à l'américaine, et des favelas dans les faubourgs. Pas parmi les pires du Brésil.

Dimanche, régnait dans le parc municipal, bariolé d'essences botaniques exotiques, de concerts de jazz et d'attractions foraines rudimentaires, une ambiance familiale et festive. Un paradis pour enfants et amoureux. Le petit marché central regorgeait de vêtements de femmes, et de vêtements d'enfants. Mais rien, pas un tee-shirt pour les hommes.

Dans ce pays, on mange au poids. La plupart des restaurants te proposent des buffets en libre service, avec une petite vingtaine de plats, de salades ou de garnitures au choix, et tu poses ton assiette sur une balance lors du passage en caisse.

Ici, le concept de piscine municipale n'existe pas. Il n'y a que des clubs privés, avec abonnement à l'année. Parrainé, tu peux bénéficier d'une invitation. Il t'en coûtera la modique somme de... 30 euros pour une journée ! A peu près ce que me coûte un abonnement de trois mois avec la ville de Paris pour, en ce qui me concerne, 35 à 40 entrées. On a le sens de la distinction sociale. J'essaye demain malgré tout.

brutos5443.jpgAh ! Il y a un sauna gay à... 4 minutes à pied de mon hôtel ! Drôle d'ambiance. Cadre désuet mais hospitalier. Lundi en fin d'après midi, il n'y avait qu'un client. Il est vite parti après que je l'eut aidé, de quelques caresses par défaut, à en finir. Puis je suis resté seul un moment. Puis un magnifique jeune homme, Bruno, souriant et athlétique est arrivé et s'est proposé pour un massage. Ça restera le souvenir voluptueux de ce séjour, sans doute. Mais là, il vaut mieux que je referme la porte.

05 octobre 2009

en pièces détachées

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Sylvain explore de nouvelles techniques. C'est un massage de relaxinésie qu'il m'a délivré l'autre soir. Rien à voir avec ses massages énergisants à l'huile essentielle qu'il m'avait prodigués les fois précédentes. Sauf ce contact exceptionnel, d'une paume, d'un doigt, d'un avant-bras, qui ne se laisse jamais échapper et te procure un sentiment de sécurité sans pareil.

Cette fois, le corps est au sol. Le contact est parfois très étroit, intime, par d'habiles jeux gravitaires avec les parties de ton corps, le massage traverse les tissus pour atteindre les articulations et les membranes osseuses.

Le massage dure une heure. Il commence par les membres du bas et se termine par un massage facial assez étonnant. Tu restes étendu sur le dos d'un bout à l'autre. Normalement habillé d'un linge fin, pour faciliter le glissement des mains sur le corps, mais j'étais nu - une façon de m'en remettre complètement à Sylvain, il m'en avait laissé le choix. Lui évolue autour de toi à genoux, près du sol.

massage_essentiel_photo_2.jpgLes jambes légèrement soulevées sont d'abord prises en main d'une caresse simplement enveloppante, mobilisant les bras du masseur dans leur longueur. Puis il leur imprime une petite vibration pour obtenir ou vérifier leur relâchement. Une fois que tu as lâché prise, s'instaure un jeu de balancements, lents, d'abord étroits puis de plus en plus amples. Tu sens le masseur te guider, mais c'est le poids de tes propres membres qui fait le travail. Tu ressens comme de l'air s'insuffler jusqu'à tes os.

Le travail sur les jambes se termine par une série d'étirements, en extension ou en flexion. Le masseur s'engage de son corps et fait contre-poids. Sylvain m'avait expliqué que dans ces phases, il fallait que j'essaye d'être en expiration. Il m'a semblé que les étirement se faisaient par trois, les deux premiers assez courts et rapprochés, puis le dernier plus lent, plus lourd, où le masseur se suspend à toi et se laisse aller jusqu'à la limite qu'impose ton corps. Tes poumons se vident alors complètement mais tu n'es pas essoufflé, car je crois que si l'on te prenais le pouls, tu serais alors à un niveau exceptionnellement bas.

Une fois traitées, les jambes sont délicatement déposées sur un coussin, abandonnées à leur flexion naturelle, puis dans ce confort vient le tour des bras. Mêmes cycles, vibration, relâchement, préhension, tension, balancement, étirement...

Ce dont je me souviens de la phase faciale, c'est l'usage des avant-bras resserrés qui s'écartent devant ton nez, effleurant à peine les parties saillantes de ton visage, puis s'éclipsent au delà des oreilles. Tu penses à une naissance. A la tienne. Et de fait, c'est une naissance.

C'est difficile de décrire en ingénue une séance de massage reçue en ne pensant à rien, il y a pourtant quelques mots clé qui me sont assez rapidement venus à l'esprit.

Dissociation : à un moment, Sylvain me balançait les deux jambes en les soutenant au niveau du talon. Il effectuait des mouvements de jel_savatofski_massage_allong.jpgrotation, alternant petits et grands cercles, tantôt symétriques, tantôt déphasés. En fait, cette coordination aléatoire crée une sensation assez étonnante. Tu sembles perdre la symétrie du corps, et tu te retrouves dans un état de vertige, presque, avant de te rassembler à toi-même et de retrouver ton unité. Accepter de s'éloigner de sa propre symétrie, c'est aller loin dans un état de don, ou de soumission.

Unisson : dans les phases d'étirement, le masseur inspire et expire au même rythme que toi, les souffles se confondent, et cet unisson de la respiration est intensément intime.

Balancier : de tous les mouvements chaloupés imprimés aux différentes parties de ton corps, c'est encore le balancement du bassin qui m'a le plus atteint. C'est le seul moment où le masseur se tient debout. Il te soulève le bas du dos en t'élevant les pieds, et lui imprime un mouvement de balancier. Tu deviens une horloge et c'est toute ta colonne qui respire.

buttwork31.jpgImmobilité : à la fin du massage, ton corps est reposé, ou plutôt chaque partie de ton corps est déposée, éparpillée, tu n'as plus la force de te recoller à toi-même, n'en ressens nul besoin, d'ailleurs. Tu as tout reçu, mais c'est toi qui t'es donné. C'en est extrêmement étrange. L'immobilité totale est habituellement un état insupportable. Prolongée, elle peut être une torture. Mais là, c'est le contraire, tu n'as non seulement pas envie de bouger, mais tu voudrais surtout que rien ne t'y oblige, tellement tu y es bien.

Sylvain m'avait recouvert le corps d'un linge durant le massage facial. A la fin, il s'est installé à genoux près de mon visage. J'ai longtemps gardé les yeux fermés. J'étais partagé, au vrai, entre garder pour moi cet état d'extrême bien-être et lui dire d'un regard immobile ma gratitude.

Quand j'ai ouvert les yeux, il s'est penché, doucement, tout doucement, et m'a embrassé. C'était doux. Il sentait bon, sa bouche était moëlleuse. Dix minutes, un quart d'heure, une demi heure... je n'avais pas bandé durant toute la durée du massage, même au moment des contacts les plus intimes, mais la saveur de son baiser a eu raison de mon aplasie. Mes mains sortirent peu à peu de leur état léthargique, je me mis à lui caresser le visage, à l'enlacer, à éprouver son érection derrière le coton de son sarouel noir.

Du linge qui me couvrait, il se joua de mon sexe puis de sa main, alors que je n'en pouvais plus, en quelques mouvements, il me fit jouir.brutos5151.jpg

Eh bien vois-tu, de toutes ces émotions qui ont émaillé ma semaine -  mon psy qui m'a en substance gratifié d'un "vous êtes un bon élève" parce que je n'avais pas préparé ma séance mais que j'en ai, du coup, mieux laisser se dérouler le fil naturel de mes idées ; la voiture que j'ai vendue, et celle que j'ai récupérée, presque neuve et flambant de mille feux ; le rôle de héros parisien que j'ai incarné, faisant la queue avant six heures du matin pour des places d'opéra ; un opéra, justement, Wozzek, qui m'a émerveillé, et presque ouvert les yeux sur la puisance de l'opéra contemporain ; les recherches quasi spéléologiques dans le grand marché nauséabond du logement étudiant, pour ma nièce, qui monte de Toulouse intégrer un conservatoire de la région parsienne... - de tous ces moments qui m'ont absorbé et un peu éloigné de toi, qui me font prendre un retard impardonable pour répondre au caprice déposé par madame de K, c'est le massage de Sylvain qui aura été le plus intense, et qui m'aura donné l'énergie de traverser tous les autres.

16 juillet 2009

l'été, Roger Le Gall bande

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Le mât est dressé. A son extrêmité haute, la bâche repliée grossièrement prise dans des cordes forme un gland. Le bassin de la piscine Roger Le Gall a retroussé son chapiteau début juin, et vit à découvert, comme chaque été. Il était 21h 24 hier soir quand les ultimes rayons du soleil projetaient sur cette masse informe, rassemblée et suspendue, leur lumière orange.

Je nageais nu dans ce décor glissant. Prenant ma respiration alternativement sur la droite, mon regard rencontrait cette érection improbable, et ce prépuce géant magnifié par le feu.

Quelques longueurs plus tard, dans un ciel dégagé, la verge sera auréolée d'une volute sombre irrisée de rouge. Puis la nuit s'installera, ôtant à cette tugescence ses connotations vulgaires.

Ce sont alors les érections du bassin qui se cherchaient. IL y en eut peu, au vrai, l'effort et le froid rétrécissent ces choses. C'est à l'heure de la douche - l'eau chaude est une caresse efficace - qu'il s'en remarquerait quelques unes, toujours discrètes.

Mais ces corps nus en extension dans l'eau, aux jambes battantes, aux abdominos tendus secrètement balayés par la lumière crépusculaire, balançant de droite et de gauche, avaient comme d'habitude un fort pouvoir captivant, si bien que tu ne savais plus à la fin de la séance si ton ivresse résultait de l'effort ou de ces corps virevoltant autour de toi.

J'avais bêtement oublié ma serviette, hier, et j'ai du me sécher au souffle chaud d'un sèche-cheveux. Je prolongeais ainsi, face à un miroir de circonstance, l'exhibition de mon corps nu dégingandé. Et c'est alors que j'ai bandé.

05 juillet 2009

les faiseurs de volupté

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J'ai visité vendredi les entrailles d'un instrument. J'avais repris mes habits de porteur de violoncelle. Un ami, mon presque-frère du Nord, à qui j'avais dit hésiter entre renoncer sans fracas à ce rôle de béquille, pour laisser plutôt le ressentiment grandir en moi - mon psy me suggérait de faire quelque chose de mon agressivité, plutôt que de la laisser se retourner contre moi - et la tentation de me manifester d'un coup de fil aimable et disponible, m'avait répondu : "fais comme t'y invitent tes pulsions, il sera toujours temps d'ajuster plus tard".

C'est ainsi que je me suis retrouvé vendredi à transporter un instrument dans sa lourde et rigide caisse noire d'un atelier de luthier à un autre, principalement dans le quartier de la rue de Rome. Les deux parties du fond s'étaient disjointes et décalées, et il lui manquait de la résonance. J'ai découvert à cette occasion l'impressionnante concentration de magasins d'instruments, de luthiers, et de librairies musicales dans ce quartier. Un paradis pour musiciens, comme il me dit.

C'est beau, un atelier de luthier. Je ne parle pas de ceux qui ont pignon sur rue et qui boutiquent : prix à la tête du client, ne vous inquiétez pas, on s'occupe de tout, oui, oui, c'est ça, c'est notre métier, on va vous améliorer tout ça. Je parle de ceux qui se cachent, au xème étage d'un bel immeuble hausmanien, dont l'artisan en chef te reçoit avec des allures de Gepeto dans sa blouse rêche derrière un établi, ou de ceux qui se sont mis au vert dans une petite cour intérieure.

C'est beau parce que ça respire, malgré l'accumulation d'instruments en instance, les dizaines de violons suspendus dans toutes les couleurs de bois vernis, ou de violoncelles entassés presque les uns sur les autres. Ca sent bon, aussi. Ici et là, on y entend des notes, quelques mesures ou quelques gammes, des diagnostics sont en cours. Les outils ressemblent à ceux des dentistes, de petits miroirs ronds au bout d'une tige ou d'une tringle.

Et puis on y apprend. Que le violon et le violoncelle ont une âme, qui ne doit être ni trop près ni trop loin du centre, que le petit support en bois clair sur lequel les cordes sont tendues s'appelle un chevalet, que c'est lui qui donne ses couleurs à la musique, que si l'instrument a la finesse des modèles français du 18è siècle, le chevalet belge sera plus adapté que les chevalets classiques, massifs, qui conviennent mieux aux violoncelles allemands du 20è. Que la face principale du violon est la table d'harmonie avec ses ouïes en f, et que l'on trouve dans la caisse de résonance la sœur aimée de l'âme, une barre d'harmonie, essentielle à la transmission des vibrations de la corde au bois.

On y parle de sons pincés, écrasés, nasillards, et l'on te propose de les réouvrir, de leur rendre leur rondeur et leur volupté.

Les luthiers sont comme ton médecin traitant, ils vaut mieux qu'ils connaissent l'histoire de ton instrument, pour comprendre l'origine des fissures et prévoir leur évolution, proposer un traitement provisoire ou une opération chirurgicale lourde. La première fois, il convient donc de le choisir avec soin. En cette après midi douce et ensoleillée, nous en avons visité cinq.

C'est finalement avec une luthière qu'il aura fait affaire. Une qui après quarante-cinq minutes d'examen minutieux et d'explications détaillées et avant probablement autant de temps de collage, d'enserrage et de réglages divers, établira un devis à... 20 euros ! Ou quand la passion prime sur le goût de l'argent ! Il y avait chez elle les âmes de vingt-cinq instruments rassemblés, mais surtout l'âme artisane au sens noble, comme l'on n'en trouve plus guère dans le Paris d'aujourd'hui.

Je n'ai pas regretté cette balade en terres d'harmonies, mon frérot du Nord a bien eu raison, il sera toujours temps d'ajuster mon âme et ses états.

01 juillet 2009

Água, l'au-delà de l'eau

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Je n'ai jamais vu Pina Bausch sur scène. Et jamais je n'ai vu de ses chorégraphies. C'est un projet que j'avais fortement inscrit en moi, et j'étais à l'affût de programmations à venir.

J'avais notamment regretté d'être passé à côté de Água, un spectacle qui fut longtemps donné au Théâtre de la Ville, à Paris, et qui semblait incarner à la fois la maturité et la reconnaissance qu'elle avait acquises, mais aussi la noce d'évidence qui réunit l'eau et l'art.

Pina Bausch, c'est mon frère que j'entendis le premier prononcer son nom, il y a plus de vingt ans de ça. Toujours en quête d'outrance et de provocation, il y voyait le dépassement de Béjart, devenu trop consensuel. Puis j'oubliais jusqu'à son existence, avant de me remettre, beaucoup d'années plus tard, à l'écoute de l'art et des démarches de création. Elle revint alors fortement dans mon champ de conscience, je perçus la puissance de sa trace, et je me pris à rêver de la voir à l'affiche avec Água, ou avec autre chose.

Mais le crabe nous a pris par surprise, elle et moi. Un cancer fulgurant, diagnostiqué jeudi, qui l'a emportée en cinq jours. A 68 ans, elle est partie hier presque sans prévenir. Cette saloperie frappe décidément à l'aveugle, ça en donne presque envie de se mettre à fumer !

Vendredi, en plein coeur de l'événement qu'elle organisait, une de mes collègues, par ailleurs admiratrice de Pina Bausch, apprenait, pétrifiée, que son petit garçon de deux ans et demi en était atteint...

J'espère seulement qu'au delà de ces combats, gagnés ou perdus et qui font de la vie une putain de salope, Água sera vite remonté à Paris en guise d'hommage.

29 mai 2009

vers un juin d'afrique et d'eau fraiche

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Bon. L'amour, la passion, le chagrin... c'est bien beau, tout ça, ça occupe, ça permet de faire de belles phrases avec de beaux sentiments, mais il n'y a quand même pas que ça dans la vie...

Il y a aussi l'eau. Avec un grand Oh!

Et l'Afrique, avec de grandes affres. Si mal traitée par les règles de notre monde, mais pleine pourtant de vitalité.

Alors puisque des conférences sont données sur ce sujet en ce moment dans le Val-de-Marne, ainsi que quelques films documentaires, je t'invite, en deux clics à partir d'ici, à aller voir une petite vidéo qui en parle fort bien... enfin, fort, quoi (attention, la vidéo sera en bas de la page, je ne pouvais décemment pas me permettre de l'incruster directement ici...)

19 avril 2009

week-end aux archets infinis

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Il pleut - Ah ! non, il pleuvait, tiens. Il n'y a plus de sorbet à la mangue au congélateur.

Les week-ends ont coutume d'être courts, toujours trop courts. Les miens sont longs comme des jours sans pain.

Cette après-midi-là
j'aurais voulu moi être son violoncelle
et aujourd'hui encore
éprouver ses doigts tendres sur ma hampe
sentir le contact de son archet sur mes organes vibrants
être enlacé moi à moitié de ses jambes à moitié de ses bras, reposer moi sur sa cuisse ouverte

Un archet de violoncelle, c'est 80 à 82 grammes de bonheur, et 72.5 cm de frustration.

Il y a un an, je le faisais souffrir, sans m'en soucier presque, mais je l'aimais, mais je le faisais souffrir
mais je l'aimais
déjà

Et je m'en veux à mourir de ce que j'infligeais alors à son silence.

Nous dirons le temps où j'étais son autre violoncelle.

Le paradis. Voilà, j'étais au paradis, j'ai connu le paradis. Ne dis pas que c'est un privilège. La seule fois où dans ma vie, j'avais dans les mêmes mains l'amour, la sérénité et la reconnaissance. J'en étais vaillant, explosif et créatif. J'aimais et j'étais aimé. Rien ne me résistait et rien du coup n'avait d'importance, même pas l'avenir. C'est pour cela que le reste, tout le reste vois-tu, fut-ce l'avenir même, est condamné à ce goût de mort.

Dis, je vais encore rester longtemps un monsieur triste ?

11 mars 2009

(tout) petit message personnel

愛 してる

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