02 janvier 2008
Django

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publiée le 23 décembre 2007 sur le blog de M. (Les petites choses)
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C'est par hasard que nous avons attéri dans ce petit resto belge, Gilles et moi. A priori pas franchement emballés mais intrigués, l'endroit semblait...particulier, et les gens fumaient à l'intérieur, aprés les 6 restos non fumeurs que nous venions de fuir (il me reste une semaine à pouvoir fumer dans les lieux publics, j'en profite!!), nous n'avons pas beaucoup hésité, et sommes rentrés. Un jeune, tout jeune homme, sortait à ce moment-là, il nous a dit bonsoir, nous a tenu la porte.La serveuse nous a placés. Une petite table en face du piano. Oui, il y avait un piano, et deux guitares posées contre. Nous n'avions pas fait attention à l'affiche qui le mentionnait,dehors, mais c'était une soirée jazz manouche. Et au deuxième verre de Chateau Lacoste, dont la bouteille était si jolie, les musiciens se sont installés, et ont commencé à jouer. Un père et son fils, guitaristes de père en fils depuis des générations, du genre qui savent jouer avant de savoir marcher, vous voyez ?
Nuages, Les yeux noirs, et autres standards. Combien de fois les ai-je entendu ? Joués par combien de mains habiles, ou moins ? Toujours le même plaisir, en tous cas. Surtout ce soir là...
Le guitariste fils c'était le jeune,tout jeune homme qui nous avait tenu la porte. 17, 18 ans à peine. Une gueule d'ange...qui laisse deviner (espérer) le diable au corps. Ses mains couraient sur les cordes de son instrument, les caressaient de façon presqu'indécente, parfois il fermait les yeux, se mordait la lèvre inférieure, et son plaisir devenait contagieux. Je ne pouvais le quitter des yeux.
Ses mains, agiles, habiles, source de plaisir (musical, hein ?) ont capturé mon regard tout le temps du dîner. Je le bouffais des yeux, j'ose l'avouer. Il était jeune, si jeune, et je n'aime pas les jeunes, enfin, je n'ai pas l'âme d'une baby-sitter quoi, mais là... La dextérité, ça fait rêver...
Fin du set. Fin du dîner. Fin de la bouteille de Château Lacoste. Je me lève à regret, Gilles sur mes talons, aussi triste que moi que ce soit déjà fini. Un dernier regard à Django junior. A bientôt nous dit-il... l'inconscient !
Il y a des soirs, comme ça, où j'aimerais être une guitare.
04:00 Publié dans Noël 2007, un Best-Off | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01 janvier 2008
Chant de marche à la pluie débutante
Noël, c'est la saison des Best-off. J'ai glané quelques articles ici ou là qui m'ont particulièrement touché, et je te les livre, là, pendant les fêtes. Une façon de dissimuler ma petite paresse des confiseurs. Bonne et heureuse année à toi, avec qui j'espère continuer cette aventure, encore longtemps...

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publiée le 21 novembre 2007 sur le blog de Balmeyer
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Les marchands de cartes postales, comme sortis des catacombes, poussent leur chariot d’images, fumant sur les trottoirs déserts. Dans les boutiques compactes, d’absurdes casquettes touristiques rendent profondément mélancoliques ceux qui les portent, et ceux qui les regardent. La butte semble à peine surgie de terre, avec ses parois humides et fraîches, zébrées de lierre, paisible dôme dallé de labyrinthes inclinés où j’erre comme un laborieux Minotaure. Un manège s’est recroquevillé au bas de la colline, fête délavée. Tel un hérisson lugubre il menace ; abattoir silencieux pour les chevaux de bois. On accélère le pas, on est en retard. Des talons claquent toujours, d’énigmatiques demoiselles disparaissent comme des mondes éclipsés.
La pluie alors m’enlace élégamment, tournoie, ambiance feutrée d’un bal de débutantes. Lentement, je sombre vers le ciel, trempé, de plus en plus semblable aux éponges nuageuses charriées par les courants célestes. Un commerçant solitaire s’est extirpé de son échoppe, sa vitrine est un kaléidoscope de monuments et d’assiettes sérigraphiées ; dans le vent battant, il répète aux rares promeneurs : "Parapluie, parapluie, parapluie."
06:00 Publié dans Noël 2007, un Best-Off | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : pluie, parapluie, Paris, promenade nocturne
30 décembre 2007
C'est comment, le bonheur ?
Noël, c'est la saison des Best-off. J'ai glané quelques articles ici ou là qui m'ont particulièrement touché, et je te les livre, là, pendant les fêtes. Une façon de dissimuler ma petite paresse des confiseurs.

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publiée le 11 décembre 2007 sur le blog de Manu Causse - Plisson
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"Putin, Causse-Plisson (vu que c'est comme ça que tu signes, maintenant), t'es vraiment con ou bien ? Le bonheur est là, devant toi ; il pourrait te gifler tant il est proche. Et toi, tout ce que tu sais faire, c'est te torturailler pour savoir si, pour te demander comment, pour l'éviter comme un GI sous la mitraille viet...
Regarde, crétin : tu viens d'une famille qui sait ce qu'aimer veut dire, tu vis auprès d'une femme exceptionnelle, d'enfants qui sont les graines de plantes uniques, entouré de copains aussi doués pour la vie que pour l'art ou le rugby... et toi, toi, tu pignes (terme angevin obligeamment prêté par Princesse) et tu roumègues (oc ben) comme un mécontent dans une comédie du XVIIe. Le genre torturé, quoi, façon Gentilhomme de Venise ou Hamlet.
Tu cours après des choses dont tu ignores ce qu'elles t'apporteront - quoi, d'ailleurs ? L'argent, la gloire, la LLLittérature ? Quoi d'aurte, la sérénité ? Ou juste donner à tes fils l'exemple du bonheur, pour qu'ils soient heureux à leur tour ?
Remarque, pour les deux derniers, je peux te comprendre (d'autant plus que c'est moi qui parle). Ceci dit, encore une fois, tout ça semble à ta portée (et à celle de tout le monde). Mais te voilà tout geigneux pour un rien, et ça, biloute, ça m'agace."
Je m'interrompis pour me faire remarquer que, question râles et geignardises, je m'étais nettement calmé (quoique de regrettables accès soient parfois visibles sur ce blog, non ?). Et que savoir qu'on est sur la piste n'empêche pas, parfois, de se demander si on n'est pas perdu.
"- Perdu ?, repris-je, mais qui te parle de te perdre ? D'abord, même si tu voulais, tu ne pourrais pas. Partir dans toutes les directions, explorer les choses qui ne se font pas ou ne se disent pas, c'est ça qui te fait peur ; mais au fond tu sais parfaitement que tu ne peux que t'y trouver, pas t'y perdre. Ou alors que c'est la même chose."
Je m'arrêtai un instant sur le bas-côté pour regarder passer les camions de grumes et fumer une cigarette rescapée de la poche de mon manteau. J'avais envie de faire taire quelques instants cette voix gourouïque (ou gourienne ?).
L'air était vif comme des restes de neige entre les graviers ; une cascade chahutait son chemin vers Garonne. J'étais sorti des Premières Gorges, mais il m'en restait quelques-unes à franchir (danger, chutes de pierres). J'étais un petit bonhomme vu de loin, avec son bonnet sur la tête et sa barbe de trois semaines, près de sa voiture, quelque part dans les contreforts des montagnes.
Et rien de tout ça n'avait la moindre importance.
La cigarette fumée (j'étais abstinent depuis la veille, elle avait un goût de joyeuse nausée), je remontai dans la voiture, fermement décidé à faire et dire ce que j'ai toujours cru ne pas pouvoir oser. au cas où ça serait ça, le bonheur.
Sujet de bac : Peut-t-on oser être heureux ? Seul, contre, ou avec les autres ?
Commentez et développez cette citation de Michel Audiard : "Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît".
04:00 Publié dans Noël 2007, un Best-Off | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : bonheur
29 décembre 2007
Pour vivre enfin
Noël, c'est la saison des Best-off. J'ai glané quelques articles ici ou là qui m'ont particulièrement touché, et je te les livre, là, pendant les fêtes. Une façon de dissimuler ma petite paresse des confiseurs.

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Pour vivre enfin
publiée le 27 août 2007 sur le blog de Bougrenette
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Il s’est glissé sous l’eau chaude et douce,
En fermant les yeux,
Contentement, un sourire au coin des lèvres
Heureux d’en avoir fini
L’eau dégouline, goutte à goutte, le long de son corps.
Elle a aussi fermé les yeux,
Pour dériver en imagination
Le visualisant doucement
Les contours se font plus nets
L’émotion dégouline seconde après seconde, le long de son corps.
Il n’a pas bougé,
Elle s’est faufilée
Contre sa peau,
Ses mains ont dessiné, sur l’épiderme mouillé
Un plaisir en cœurs à corps
Tendre enlacement d’un désir qui se devine
Sa bouche dans l’ombre des caresses
A suivi un chemin le long de ses reins,
Elle pourrait finir ainsi,
Simplement imaginée
Fatalement fantasmée.
Il a ouvert les yeux …
Elle a frappé ...
Elle avait mis fin à sa vie
Pour vivre enfin sa mort.
04:00 Publié dans Noël 2007, un Best-Off | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie érotique
28 décembre 2007
Hommage au sport
Noël, c'est la saison des Best-off. J'ai glané quelques articles ici ou là qui m'ont particulièrement touché, et je te les livre, là, pendant les fêtes. Une façon de dissimuler ma petite paresse des confiseurs.

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Hommage au sport
publié le 6 novembre 2007 sur le blog de WajDi
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Faut rendre hommage régulièrement à ckon a inventé de mieux depuis k'on a un corps : toutes les disciplines ki le mettent en mouvement.
Le corps ki bouge dans l'air, ça fait du vent. Les accélérations du mouv, ça fait comme un massage à l'intérieur. Ca essore les liquides ki le composent. Moi j'kiff de sentir la sueur ki refroidit ma peau, la caresse de l'air... ou de l'eau comme mon blogpote Oh! ki explike mieux ke moi l'avantage de s'y mettre :
(là, WajDi me cite, dans un extrait que tu peux retrouver là)
J'crois ke bouger, ça rend intelligent. Ca apprend l'équilibre, l'esquive, l'exigence de la protection, la lecture de l'otre. Apprendre et progresser, c'est l'étape la plus constructive, la plus motivante.
Et puis au bout d'un moment, fo trouver la motivation dans des choses plus subtiles. Comme un musicien ki fait ses gammes, on répète des enchainements a l'infini. Pour lustrer les réflexes. Le corps est prêt mais les neurones désapprennent. Fo les réactiver encore et toujours. Pour gagner le centième de seconde ki fera la différence dans le combat.
Mon kiff, c'est la boxe. Peut être paske je sentais pas assez mon corps pour k'une caresse suffise à le faire exister.
Mais cki compte, c'est les heures k'on passe ensemble. A se fritter, se chambrer, se contacter... se soigner ossi, pask'on laisse jamais un collègue dans la misère.
L'entrainement, c'est un moment où tu partages. Avec des personnes ke tu verrais pas forcement ailleurs. Une sorte de mixité pas donnée d'avance. On apprend à se connaitre, se comprendre et se respecter. A voir autre chose ke la face k'on montre. Il ya kelkechose de doux dans ces instants là.
Kan le rythme monte, tu prends de plus en plus confiance en toi. Tu te concentres. T'es vraiment là au lieu d'etre dans tes soucis et tes pensées.
Et kan t'es au bout de toi-même, t'es forcé de faire voir vraiment ki tu es. Le sang, la douleur, l'asphyxie, ca te donne plus la force de mentir. Tu apparais au monde, aux autres. Et tu te rends compte avec surprise, k'ils t'acceptent comme tu es.
Après si tu kiffs pas donner ou prendre des coups, tu peux te limiter aux assauts. C'est ke du style, sans appuyer les frappes. C'est moins authentik, mais c'est beau comme une danse et tout aussi interessant sur le plan technik :
Bonne pratik à tous !
04:00 Publié dans Noël 2007, un Best-Off | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, combat, boxe
27 décembre 2007
La haine décomplexée
Noël, c'est la saison des Best-off. J'ai glané quelques articles ici ou là qui m'ont particulièrement touché, et je te les livre, là, pendant les fêtes. Une façon de dissimuler ma petite paresse des confiseurs.

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La haine décomplexée
publiée le 7 décembre 2007 sur le blog de Céleste
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« La haine, c’est l’hiver du cœur. » Victor Hugo
Elle est partout, elle s’étale, se répand comme une boue putride et collante.
Pas celle dont Zola dit : "La haine est sainte. Elle est l’indignation des cœurs forts et puissants, le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise."
Pas celle qui pousse l’opprimé, victime de l’injustice, à se rebeller contre un pouvoir inique ou criminel.
Non, la haine ordinaire, celle du pauvre contre le pauvre, de l’exploité contre l’exploité, de la victime contre la victime.
Et cette haine là annihile la révolte sociale. Elle ronge, détruit, tue, pousse aux pires bassesses.
J’ai été particulièrement choquée de lire que son hébergeur a dû fermer le fil de commentaires du blog de Moushim, alias Chamoo, victime de l’accident de Villers le Bel. De nombreux internautes y avaient déversé des commentaires haineux, racistes, irrespectueux.
Mais qu’est-ce qu’il peut bien y avoir dans la tête de quelqu’un qui va vomir sa haine sur le blog d’un jeune homme de quinze ans, mort dans un accident ?
Protégés par l’anonymat les salauds se lâchent.
La haine dit le Petit robert "Sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et à se réjouir de celui qui lui arrive."
Elle est désormais partout. Sur Internet elle est omniprésente. En quelques échanges, un forum de discussion peut devenir le lieu d’un pugilat sans pitié où les insultes balaient les paroles sensées et où la raison se meurt.
C’est le premier pas vers la violence physique, sous jacente, prête à éclore.
Elle témoigne d’un immense et odieux malaise niché dans les entrailles de la société. (Pas seulement française, le phénomène est identique en Italie)
Elle assassine la liberté d’être, de penser, de créer.
Mais le crime, c’est bien connu, rapporte toujours à quelqu’un.
Tant que les humbles sont occupés à se haïr entre eux leur ire épargne les puissants, les gouvernements injustes, les vrais privilégiés.
Et les mesures contre le bien être du peuple s’enchainent les unes aux autres, irrésistiblement, sournoisement, ne provoquant que quelques remous vite étouffés car la haine de l’autre a pris le pas sur la révolte.
L’extraordinaire perversité des gouvernants actuels, appuyés par des médias inféodés au pouvoir, qui transforme les victimes de la politique anti sociale menée depuis des années en parias, consciencieusement, pour préserver le capital, ses princes et ses sbires, porte aujourd’hui ses infects fruits au goût de mort.
La haine, le mépris, ils en connaissent toutes les arcanes, ceux qui ont orchestré, depuis des années, la destruction de la sagesse, de la raison, de la solidarité, du sens de l’humanité.
Mais cette politique de l’apprenti sorcier, cruelle et violente, est aussi d’une consternante bêtise, car qui sème le vent pourrait bien récolter une tempête dont la violence nous laisserait tous exsangues et meurtris.
« L’hymne de la haine ne profite pas à l’humanité ». Gandhi
04:00 Publié dans Noël 2007, un Best-Off | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : banlieue, viloence, racisme, discrimination
26 décembre 2007
Stéphane
Noël, c'est la saison des Best-off. J'ai glané quelques articles ici ou là qui m'ont particulièrement touché, et je te les livre, là, pendant les fêtes. Une façon de dissimuler ma petite paresse des confiseurs.

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Stéphane
publiée le 16 décembre 2007 sur le blog de Fiso
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Il s’appelle Stéphane, il a 41 ans aujourd'hui.
Dimanche, je sortais d’un brunch gargantuesque avec un ami quand il s’est écroulé devant nous, sur le boulevard Saint-Germain.
Sa main tremblait, j’ai d’abord cru à une crise d’épilepsie. Quand je me suis agenouillée, il a refusé que j’appelle les secours. Il a ouvert les yeux et chuchoté "Non, n’appelez pas, je veux juste parler, s’il vous plaît".
Il est resté allongé un moment, pour reprendre des forces, tandis qu’une jeune femme courait lui acheter à manger et à boire (merci à elle). Puis, nous l’avons aidé à s’asseoir. Il était épuisé par le manque de sommeil et la faim, tout ce qu'il répétait, c'était : "Je veux juste parler, s'il vous plaît, quelques minutes." . Stéphane n’est pas encore abîmé. Il précise mais je l’ai compris, qu’il ne boit pas. Je lui demande de tenir aussi longtemps que possible, de ne pas tomber dans l’alcool parce qu’alors, c’est la fin. L’alcool fait oublier le froid et l’indifférence alentour et un matin, on ne se réveille pas. Stéphane répond à mes questions mais ses réponses, je les connais déjà. Pas de centres d’hébergement parce qu’on le tabasse et lui pique ses affaires. Pas de potes dans la rue pour ne pas tomber dans la picole et les embrouilles. Pas d’aides des assoc’, parce qu’il n’est pas "prioritaire". Prioritaire, c’est sans doute quand tu es devenu un animal, à l’article de la mort, plus assez conscient pour réfléchir. Putain, comment ça te fout les boules de regarder dans les yeux un homme qui essaie de ne pas sombrer, qui pourrait être ton frère. Stéphane, lui, il n’a plus de sœur, elle est morte avec ses parents dans un accident de voiture il y a 15 ans. Comment le 5ème pays le plus riche du monde peut laisser faire ça ?
Sur ce bout de trottoir, il n’y avait plus que nous 3. Stéphane posait des questions sur nos boulots, nos vies. Il a voulu nous raconter comment il était arrivé là.
Il y a encore un an, Stéphane avait un appart’, une femme et un boulot. Il était commercial indépendant et passait son temps en bagnole. Jusqu’au jour où son crédit de points est arrivé à zéro et où il a perdu son permis. Plus de permis, plus de boulot. Indépendant donc pas de droit au chômage. Sa femme le quitte, il ne peut plus payer les traites de son crédit auto, on le saisit et c’est la rue. Quand je dis "Ca va vite, on est pas à l’abri", il me répond "Les gens ne savent pas". Moi je sais, et Nicolas aussi. Stéphane dit que ça lui ferait plaisir qu'on aille boire un café ensemble. Il a une bonne bouille, Stéphane, il sourit encore. Nous avons passé près de 2 heures avec lui, à parler de choses et d’autres, à rire aussi.
Ne jamais oublier. L’autre, c’est moi.
04:00 Publié dans Noël 2007, un Best-Off | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, dignité, solidarité
25 décembre 2007
Madame F. des Marais
Noël, c'est la saison des Best-off. J'ai glané quelques articles ici ou là qui m'ont particulièrement touché, et je te les livre, là, pendant les fêtes. Une façon de dissimuler ma petite paresse des confiseurs.

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Madame F. des Marais
publiée le 16 décembre 2007 sur le blog de Fauvette
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Ma grand-mère savait tout faire dans la maison. Rien ne se perdait, tout se transformait. Les vieux draps devenaient des torchons, elle savait nous coudre un manteau auquel elle ajoutait un col en lapin de ses lapins. Ma mère n'avait pas été préparée aux routines ménagères, et n'était pas de ces femmes qui vous retournent un col de chemise usé ou reprisent les chaussettes. Après le décès de Grand-mère, Suzanne se chargea longtemps du linge, mais lorsqu'elle ne vint plus mon père fit appel aux services de Madame F. qu'il connaissait depuis leur enfance. Nous allions lui apporter les vêtements à retoucher ou raccommoder.
Madame F. vivait dans un hameau à environ 2 km de notre petite ville. Le Hameau du Marais ! Le Hameau du malheur... Pas au bout du monde, non, en plein marais, huit maisons au milieu des roseaux et des peupliers, et de rien. On y accédait en quittant la départementale, puis on suivait un chemin de terre pendant plus de 800 mètres, et c'était là. On sentait que tout était possible, surtout le pire, que l'on avait basculé dans un autre monde, de misères, de souffrances, de rancune...
On disait que Madame F. avait un caractère de cochon, que c'était une sauvage, que son mari qu'elle battait s'était sauvé la laissant avec leurs deux enfants en bas âge.
Ce qui est sûr, c'est qu'elle vivait seule avec ses deux enfants dans une maison à peine meublée, et se débattait et se débrouillait fièrement. Elle faisait peur aux gens ce petit bout de femme d'un mètre quarante-cinq avec sa grosse voix rauque, ses cheveux tirés et attachés, et son aplomb. Vêtue d'une blouse ceinturée avec une ficelle, ou d'un vieil imper, les bottes au pied, elle ne cherchait pas à séduire.
Elle produisait, vendait et troquait tout ce qu'elle pouvait : légumes, volailles... Tout poussait sans engrais, bien trop cher, Madame F. pratiquait le bio sans le savoir. Elle exécutait aussi des petits travaux à domicile. Elle s'y connaissait en rapiéçage, rafistolage, et trouvait toujours une solution pour faire durer le vêtement.
Lorsque mon père distribuait l'Huma le dimanche matin, (c'est lui l'inventeur du "concept" de la presse gratuite), il passait bien sûr au Hameau. Madame F. bien que sans doute sympathisante l'asticotait :
- sont marrants tes copains du Parti Pierrot, alors comme ça ce qui m'appartient, appartiendrait aussi à mon bon à rien de voisin ? Et puis quoi encore ? Je voudrais bien voir ça.... Tssss.
Mon père ce grand bavard restait silencieux, et la laissait dire. C'est pour causer hein disait-elle en se marrant.
Récupérer nos affaires n'était pas une mince affaire : il fallait se plier à tout un rituel. Cristobal mon frère nous racontait : Madame F. était dans son arrière-cuisine souvent en train de plumer une volaille, les plumes volaient dans la lumière c'était joli, elle en avait plein les cheveux. Elle le regardait les yeux plissés et commençait de sa grosse voix :
- Dis-donc, j'ai entendu la sirène hier après-midi, c'était quoi un incendie ou un accident ?
- Euh, ben...
- Ah bon, moi je me suis dit 2 coups c'est le feu ! Et le grand Guy il est toujours pompier ?
- Sans doute,
- Ah autre chose, le père T. est bien malade il paraît... C'est qui son médecin, pas le Dr. F. au moins, c'est un trouillard il envoie tout le monde à l'hôpital.
- En fait, je...
- Tiens samedi, j'ai entendu les cloches, elle était belle la mariée ? T'es allée la voir sortir de l'église ? C'était la fille de B., elle est pas enceinte au moins ?
- Non, mais en fait...
- Comment ça, tu sais pas ? Je vais te dire une chose mon petit bonhomme :
Ce n'est pas la peine d'habiter en ville pour ne rien savoir !!!
Et vlan. Elle aurait mieux fait de lui parler des bals de campagne, de ses copains et des filles, elle aurait été mieux renseignée ! Malgré sa vie solitaire, elle s'intéressait aux autres, et n'aurait pour rien au monde raté le feu d'artifice du 14 Juillet, sa grande sortie de l'année.
Madame F. venait en ville de temps en temps. Pas par la route non. Elle traversait les marais, les champs à pieds, et
rejoignait le centre ville les jours de foire ou de marchés, ou pour ses livraisons. Je pense pourtant qu'elle avait un vélo mais elle ménageait l'usure des pneus. Elle passait nous voir de temps en temps, toujours bien accueillie par ma petite soeur trisomique Marie-Claire. Car elle avait ses têtes Marie-Claire, et ne se gênait pas pour l'exprimer ! Remarquez elles étaient toutes les deux de la même taille, cela doit créer une connivence !
J'ai revu Madame F. en décembre 1979, elle était venue saluer mon père sur son lit de mort. Tard le soir, après 22 heures, un petit coup sec à la porte qui s'ouvre, on ne voit rien, puis une main, et cette petite dame venue à pieds des marais, sa lampe à la main. Elle est allée voir mon père, et toujours bourrue mais émue, elle n'a pas pu s'empêcher de l'engueuler une dernière fois : Ah tu n'aurais pas pu faire attention, vieux sot, te faire tuer par un camion, c'est malin.
Et elle est repartie, Au revoir la compagnie ! Je l'ai vue disparaître dans la rue noire... Quelle bonne femme...
Je l'ai hélas, rencontrée une dernière fois le 24 décembre 1990, le jour de ses obsèques, et de celles de ma petite soeur Marie-Claire. Le journal local s'était trompé dans les horaires. A 14 h 30 l'église s'est remplie de personnes venues pour "La Petite". Oui mais laquelle, celle des Marais, ou la petite de Greta ? Le pauvre curé était perdu, et regardait le va-et-vient dans l'église, les fleurs se mélangeaient... Les gens chuchotaient, s'agitaient...
C'est ce Noël-là que nous avons enterré les deux petites. Vous pensez bien que je m'en souviens.
04:00 Publié dans Noël 2007, un Best-Off | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : campagne, dignité, Noël, Fauvette, l'Humanité


