10 novembre 2009
histoire de murs (3) des dominos dans la tête

histoire de murs (1) un de perdu, 17 de retrouvés
histoire de murs (2) les murs de nos hontes
(une suite)
Je ne sais pas si tu as remarqué, mais il y a une chose étrange : on dit que les Allemands de l'est ont gagné la liberté en entrant dans Berlin ouest. Comme s'ils avaient été enfermés, eux, dans un étroit huis clos, tandis que Berlin-ouest aurait été un espace d'horizons infinis. Or la géographie des lieux ne t'a évidemment pas échappé. C'est bien Berlin-ouest qui était cernée d'un mur. Berlin-est n'était au fond que la capitale de la RDA, ouverte sur le reste du pays, aux larges frontières perméables vers la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, ou même la Grande Union soviétique.
Pourtant, c'est pénétrer dans le sanctuaire de Berlin-ouest, c'est à dire dans un réduit de quelques kilomètres carrés, qui représentait une libération... étrange, non ? Comme pour ces Africains venus des immensités sub-sahariennes, pour qui franchir la limite des enclaves de Ceuta ou de Melilla revenait à s'ouvrir à l'Europe.
Au fond, le sentiment d'enfermement a peu à voir avec la géographie réelle. La claustrophobie est d'abord une construction mentale, ou la réaction mentale à une représentation abstraite. En entrant à Berlin-ouest, je ne gagne la liberté que parce que je m'imagine que je vais désormais, tout en restant moi, m'affranchir des interdits. Rester moi avec mes diplômes, mon travail, les lieux de loisirs que j'affectionne, les relations sociales où je me gratifie, mais en prime avec le droit de voyager vers l'ouest à ma guise, de visiter Paris et sa Tour Eiffel, d'acheter des jeans de marque et des chaussures à la mode, sans doute d'épater ainsi mes potes et élever encore mon estime de moi. Évidemment, si la liberté porte en elle la concurrence, des risques d'exclusion, la perte de considération, le stress et l'angoisse du lendemain, alors j'y réfléchis à deux fois : est-ce que l'on ne me propose pas déjà un nouvel enfermement ?
Mais bon, la liberté est rarement livrée avec le manuel d'utilisation. Ni même la migration d'ailleurs.
Moi j'ai fait le choix d'être libre quand j'ai accepté de bander en regardant des hommes, puis quand j'en ai laissés me toucher, et enfin quand j'en ai conviés chez moi. Cette liberté dépassait tout le reste - la vie m'avait pourtant réservé déjà un sacré lot de réussites et de reconnaissance. Mais cette liberté-là les surpassait toutes.
Moi aussi, après quelques semaines de vertige, j'ai alors fait tomber par pans dans ma tête un mur de silence comme un jeu de dominos : en quarante huit heures, mon coming out auprès de ma copine se répandit sur mes collègues de travail, mes camarades de combat, ma mère et tout le reste de la famille. J'envahissais le monde libre avec tout ce que mon moi comptait de traband, de drapeaux et de personnalités multicolores. Je visitais tous les lieux de drague, je tentais toutes les expériences, mille bites traversèrent mon cul ou ma bouche en quelques semaines. A tel point que je crus un temps, me fermant, au coeur de cette délivrance, à tous les autres paramètres de la vie, m'isoler dans un nouveau ghetto. Le risque était là et j'ai su l'esquiver, peut-être parce que j'avais justement assez vécu pour ne pas laisser d'autres murs se dresser dans ma tête. J'aurais pu y sombrer, pour autant je n'aurais pas permis à quiconque de m'empêcher d'accéder à cette adolescence tardive.
Je me demande souvent d'ailleurs comment des homosexuels est-allemands ont appréhendé les lieux de baise de Berlin-ouest, que l'on décrivait parmi les plus trash du monde. On a été repu de témoignages, ces derniers temps, mais quid des pédés de l'est ? Ils ont du se précipiter pourtant dans l'underground occidental : ont-ils été conquis par les golden shower, les jeux de soumission, l'usage de drogues à bander ?... ou écœurés, dégoûtés par cet univers révélé, préférant les parties de touche-pipi à la papa dans l'alcôve des clubs de sport ou des casernes ? Où se situaient donc leurs barrières mentales ?...
Il y a ainsi de grands blancs dans ces célébrations, sans doute parce que la fête doit rester nette, et qu'il ne faudrait pas confondre toutes les libertés. Ni toutes les histoires.
Nous sommes donc désormais dans un monde libre. Unilatéralement libre. Unipôlairement libre.
Et pourtant, qu'il est dur de regarder l'Africain autrement qu'avec nos yeux du colonisateur. La femme
adultère autrement qu'en salope, le chômeur de longue durée, ou l'artiste, autrement qu'en parasite. Il est surtout dur pour chacun d'eux de se considérer en dehors de ce regard pesant ou supposé. Nos représentations ont la vie dure, et les barrières intérieures, ou plutôt intériorisées, sont des murs bien plus solides dans nos têtes, bien plus fiables que les murs de béton. Ce sont nos murs du silence...
A propos, as-tu vu comme ils se ressemblent, à un demi siècle d'intervalle, les murs de Berlin et de la Palestine : mêmes lés de béton, mêmes méthodes d'assemblage, mêmes rendez-vous d'artistes. Certains Palestiniens ont même tenté d'y faire une brêche, ces jours-si. Ils se sont juste heurté à l'indifférence du monde. Pourtant, je suis sûr qu'il y a quelques Palestiniens qui aimeraient bien aller faire du lêche-zbab du côté des bars enfumés de Tel-Aviv... Ont-ils démérité pour qu'on le leur dénie ?
23:00 Publié dans mon coming out | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : gay, homosexualité, mur de berlin
19 juillet 2009
le premier homme qui me marcha sur la lune
C'était à la fin du printemps 1996. Je vivais à Budapest depuis plus de six mois. Je voyais chaque matin sous les douches de la piscine Alfred Hàjos de jeunes hommes nus, insouciants de leur jeunesse et de leur beauté. Mais tout autant que je prenais conscience de l'irrévocabilité de mon homosexualité, j'avais l'impression que chaque regard me trahissait, ou que ces jeunes n'étaient que des fabriques à fantasmes, inaccessibles et irréels. J'enviais simplement leur jovialité et le naturel avec lequel ils portaient leur nudité. Une ou deux fois par semaine,
souvent le week-end, je commençais à explorer les bains thermaux, et je voyais alors d'autres nudités, plus équivoques. Les volutes de vapeur me faisaient disparaitre et j'y craignais moins d'exister au milieu d'elles.
Et puis une fois, c'était dans le bain de l'hôtel Gellert, il était arrivé qu'un homme s'approchât de moi, m'y caressât la jambe du dos de la main et tout en me parlant m'y empoignât le sexe. Il me dit en français - il était professeur d'université - qu'il avait bien de la chance qu'un jeune homme aussi beau que moi se laissât ainsi approcher. J'avais alors tenté à mon tour de lui toucher le sexe, mais ne rencontrant qu'une pièce molle cernée de poils longs, j'en avais ressenti du dégoût et le mis aussitôt à distance.
Il était néanmoins évident que le moment approchait où j'allais passer à la casserole, et j'en recherchais l'augure. Je découvrais aussi que les printemps à Budapest étaient inondés de soleil, que les gens aimaient alors à se dévêtir. L'Est s'avérait être autre chose que ce que je m'en était représenté depuis tout petit : il y régnait une douceur de vivre, des couleurs et des rythmes des plus agréables. A la fin du travail, je commençais à m'aventurer à la grande piscine familiale Palatinus. Je ne sais plus d'où je le tenais, d'un guide ou d'une observation plus personnelle, peut-être de ce malheureux professeur d'université, mais je savais qu'il y avait des terrasses naturistes non mixtes, et qu'on y faisait parfois des rencontres. Qu'était une rencontre, d'ailleurs, et si elle avait lieu, comment le savoir ? Et qu'en faire ? J'allais peut-être là-bas avoir des occasions de répondre à ces questions.
Je ne sais plus bien dire si c'est à mon premier passage que la rencontre eut lieu. Ou s'il m'avait fallu y revenir plusieurs fois, car j'ai la faculté d'occulter les tentatives infructueuses. J'y étais allé plusieurs fois à de simples fins exploratoires, me semble-t-il, sans m'attarder, me sentant intrus ou me croyant observé. Toujours est-il que ce jour-là, de mai ou de juin 96, un samedi, autant que je m'en souvienne, sur la terrasse d'abord, puis sous la douche de façon plus explicite, un garçon m'observa et me fit comprendre que je lui plaisais. Lui n'était pas vraiment beau. Mais il était jeune. Il était un peu édenté, très brun, et je me souviens que je me demandais s'il n'était pas Gitan. Je l'ai même supposé être un prostitué, et durant tout ce qui allait suivre, jusqu'à son départ, ne connaissant ni les codes de la drague ni ceux du tapin, je m'imaginais qu'à la fin il allait me demander de le rétribuer de quelque chose.
Il s'appelait Csaba. Il était en vélo alors que j'étais venu en bus, il avait donc du suivre le bus pour me rejoindre chez moi, et cette insistance m'avait intrigué. Il avait l'air content de me suivre, et me fit comprendre que les Français étaient des amants de choix.
Autant que je m'en souvienne, je ne m'embarrassais pas de savoir si je serais à la hauteur ou non. J'avais juste besoin de vivre cette expérience. Et qu'importait qui il était au fond, et ce qui le motivait. Qu'importait son sourire un peu benêt. Pour la première fois, j'allais embrasser un homme avec frénésie, un homme frotterait son sexe contre le mien, m'arracherait les vêtements, je connaitrais mes premières pipes. Mon cœur battait fort, mais je ne donnais visiblement pas l'impression d'être novice. En entrant dans mon immeuble, j'eus l'impression que les voisins étaient tous à l'affut, et qu'ils préparaient déjà un rapport circonstancié à l'attention de l'organisation qui m'employait. Une fois chez moi, je les imaginais dans le couloir écoutant à ma porte chaque bruit que nous pourrions émettre. Mais finalement, dans l'action, j'évacuais ces sensations parasites, et me laissais aller à prodiguer des caresses et à en recevoir.
Je revois peu de choses de ces premiers pas sur ma lune. Un canapé vert bouteille, une lumière déclinante, un sexe tendu... Dans mon
souvenir, je nous revois surtout debouts. Il n'y eut aucune pénétration, donc aucune capote, et je suis incapable de dire si ces instants durèrent un quart d'heure ou trois heures.
Cela reste en tout cas le premier sexe d'homme que j'eus jamais touché à part le mien et celui si inconsistant du professeur d'université. De ce jour-là, je sortis du scaphandre de mon innocence sexuelle, et commençai une aventure foisonnante sur le chemin des hommes.
Dès vendredi, je repars en pèlerinage à Budapest, en mode sex and sun, et ce n'est pas au Palatinus que j'escompte la moindre de mes rencontres, comme pour laisser à mon soleil du Levant le loisir de se faire couchant.
[Je racontais là, à l'ouverture de mon blog, tout ce qui bouillait en moi à l'époque de ce coming out]
20:48 Publié dans mon coming out | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : budapest, hongrie, coming out, gay, homosexualité, rencontre, drague, palatinus
26 mai 2009
égalité hommes-femmes
Un curieux point d'équilibre a sauté à ma figure dimanche après-midi, en roulant seul sur l'autoroute A5, livré à la déambulation de mes pensées : aujourd'hui, enfin, ces jours-ci, ma vie sexuelle, ou plutôt mon vécu sexuel, se partage entre deux moitiés égales : une moitié hétérosexuelle - les 13 premières années de ma vie d'adulte, non assumées, où je connus comme par défaut de premiers attouchements avec des femmes et deux longues expériences de vie commune avec elles - et une moitié homosexuelle - 13 ans de relations amoureuses débridées, heureuses ou piteuses, mais vécues dans l'immense soulagement de la sincérité.
Ça me fait un peu bizarre de réaliser ça : deux fois treize ans. D'un côté, quatre femmes : celle d'une nuit, qui me dépucela de sa bouche gourmande ; ma première copine libanaise, qui essuya à peu près toutes mes immaturités six ans durant ; une amie en détresse, qui m'attira à son lit un soir d'égarement ; et ma bretonne, une histoire de huit ans, qui traversa finalement avec moi le séisme du coming out.
De l'autre, des histoires qui se succèdent, se ressemblent, ne mènent nulle part, mais dans l'éclate. De la tendresse à revendre, mais aussi beaucoup de lâcheté et d'inconséquence. Quelques centaines de queues goulûment avalées, d'autres simplement masturbées dans quelque recoin sombre - une porte cochère à La Havane, un jardin public à Budapest, un hôtel de luxe à Tel-Aviv, les toilettes en sous-sol d'un restaurant de La Bastille, des douches publiques d'ici et d'ailleurs - ou en pleine lumière dans des saunas, des clubs naturistes, ou des soirées privées très "open". Assez peu de pénétrations, en fin de compte, ni dans un sens ni dans l'autre. Quelques beaux élans amoureux, de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, une vie commune de plus de onze ans qui perdure - ce qui devrait me rendre fier, sauf que je ne lui trouve plus de sens. Et enfin une vraie histoire d'amour, construite dans le partage et le combat, mais en fait sur du sable, qui n'a que faire de mes digues et ne débouche nulle-part.
Cela me fait donc 26 ans de vie sexuelle ! Wouah ! Non, attend, laisse moi recompter... C'est bien ce que je me disais : 25 ans, seulement, 25 ans de vie sexuelle, puisque je me compromis durant toute une année dans une double vie avant de parvenir à sortir du trou.
Cela nous fait donc un quart de siècle, pour une égalité presque imparfaite.
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06 mai 2008
la porte de la salle de bain (suite)

Donc, j'en ai parlé. Ça doit être aussi un effet "blog". Et j'ai pu vérifier que ça n'avait jamais traumatisé que moi. J'avais entre 6 et 7 ans, lui entre 7 et 8, il avait refermé sous mon nez la porte de la salle de bain, avait revendiqué son droit à l'intimité, ou à simplement devenir grand, et j'étais resté seul avec ce manque, qui deviendrait une quête, où s'est peut-être nourrie mon attrait pour les hommes. J'en avais parlé là (voir le jour où la porte s'est fermée).
C'est ma mère que j'ai interrogée la première. Elle m'a confirmé qu'elle n'en avait gardé aucun souvenir. Elle s'est contentée de dire qu'on était vraiment très petits encore quand on prenait notre bain ensemble. Puis avant-hier, j'ai demandé à mon frère. Pareil. Effacé de son disque dur. Cet épisode n'a donc bien eu de sens que pour moi. Dans le secret.
Mais mon frère m'a par contre raconté une autre anecdote, qui n'est sans doute pas sans rapport.
Maman avait un collègue, prof d'EPS en collège. Il était venu un soir à la maison, accompagné de son fils, un poil plus âgé que nous. Il serait entré dans la salle de bain par inadvertance. Et nous voyant ensemble dans la baignoire, il se serait marré comme un tordu. Mon frère dit qu'il n'en ressentit pas de gêne, mais le seul fait qu'il s'en souvienne semble indiquer le contraire.
Sans doute, la honte qu'il avait ressenti n'était pas tant d'avoir été vu nu, mais d'avoir été vu plus enfant qu'il n'eut souhaité le paraître devant un grand ! En m'excluant de son bain, il franchissait un échelon d'âge. Dans mon esprit, il faisait de la nudité un graal, et donc très vite mon phantasme.
Et voilà comment j'arrive à me faire tout seul des petites séances de psychothérapie perso et pas chères à l'occasion de retrouvailles familiales...
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22 mars 2008
ma part d'usurpation
Je suis un usurpateur.
Je ne suis pas celui que l'on croit. Je n'ai pas les qualités que l'on me prête. Et ça fait vingt cinq ans que ça dure. Je n'ai ni talent, ni courage, ni culture. Je ne suis qu'un illusionniste : piètre corde à mon arc, même si elle m'a conduit loin.
Je joue des rôles, et je deviens les rôles que je joue. Je choisis un habit et je deviens le personnage. Seul moi sais encore qu'il s'agit d'une fiction. Le bon à l'école, pour plaire aux parents. Le bon en maths pour impressionner les copains. L'enfant enjoué, pour amuser la famille, le leader étudiant pour l'illusion du pouvoir, le bon en arabe pour épater la galerie, le praticien des relations internationales pour accéder au toit du monde, le bon en sport pour me glisser dans la grande arène de la république, l'organisateur, le modérateur, le synthétiseur, le manageur... Tous ces rôles, l'un après l'autre, je les ai endossés sans y croire, en m'efforçant d'y entrer au chausse-pied. Comment et pourquoi m'y a-t-on toujours vu à la hauteur ?
Il n'y a qu'un rôle que je n'ai pu jouer jusqu'au bout, parce qu'il m'enfermait trop loin des territoires où je devais aller, c'est celui de l'hétéro. L'homme marié promis à une belle progéniture, c'est la seule usurpation d'où je sois finalement sorti, c'était la plus insupportable, elle m'était trop douloureuse, je n'ai jamais réussi à m'y fondre, l'habit était trop grand, ou trop étroit pour moi.
J'aimais bien être le gendre idéal, une certaine socialisation qui allait avec, mais je me voyais trop comme l'usurpateur que j'étais pour m'y complaire vraiment. Et puis il y avait ce manque, si durement ressenti, si lancinant, la conviction grandissante, que "ça" ne passerait pas, que j'étais condamné à vivre avec, et qu'aucun miroir ne pourrait jamais me rassurer.
Je me suis arc-bouté comme un malade pour ne pas avoir d'enfant, tellement je me serais méprisé de les avoir pris en otage de mon mensonge
et de ma lâcheté. C'est ce que je regrette le plus : aujourd'hui où je suis tranquille avec moi-même, notamment avec ma sexualité, je m'imagine volontiers élever des mômes, une petite fille, un petit garçon, les deux, même, les voir grandir auprès d'Igor et de moi, auprès de leur mère aussi, comme beaucoup d'enfants de familles recomposées, inventer avec eux des formes d'harmonie qui leur permettent de se construire. Témoigner au jour le jour d'une vie non usurpée, transmettre des valeurs, affronter avec eux les plus dures aspérités de la vie pour leur apprendre à en déjouer les pièges.
Je suis convaincu aujourd'hui que c'était un possible. Un vrai possible. Un beau possible. J'envie ceux pour qui ça en reste un.
L'usurpation, je ne l'ai esquivée que cette fois-là, et putain : c'était juste celle où j'avais tort de le faire.
10:00 Publié dans mon coming out | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : homosexualité, coming out, gay, bi, bisexualité, homoparentalité
12 février 2008
les godemichés de mes copines de Damas

Vendredi soir, je retrouvais à Paris deux copines "de l'époque de Damas", c'est à dire avec qui j'ai partagé mon année d'études d'arabe, entre 1992 et 1993 : Agnes et Fred (dite Faridé). J'ai beaucoup d'admiration pour elles, leur opiniâtreté, le niveau de perfection qu'elles ont atteint, l'une et l'autre, dans la connaissance et la pratique de cette langue. Elles ont beaucoup d'admiration pour moi, mon parcours, mes engagements, les responsabilités que j'occupe ou que j'ai occupées. Bref, on s'aime, on se suit, et on se respecte.
Elles deux, plus deux ou trois autres copains et moi, avons formé d'emblée un groupe d'amis très soudé par des valeurs communes, et sommes restés proches tout au long de ces années. Nous portons le même regard sur ce Moyen-orient qui avait tout pour se développer dans la paix et la prospérité, mais que l'occupation, les intérêts pétroliers ou géostratégiques, ont plongé dans cet indicible chaos.
Je n'ai eu aucune difficulté à leur dire mon homosexualité après être sorti du placard, même si c'est en couple avec Armelle que tous m'avaient d'abord connu.
La vie parisienne est ainsi faite que même à beaucoup nous aimer, nous ne nous voyons que deux à trois fois par an. Avec Agnes et Faridé, il y avait même neuf mois qu'on ne s'était pas revus. La honte sur moi, qui me suis détourné un peu d'elles pour venir à ta rencontre.
J'aime bien leur compagnie, elles sont enjouées, ont un regard sur le monde et une belle curiosité. Comme moi, elles ont la quarantaine. Mais elles sont seules. Des histoires qui tournent en eau de boudin. un amant passionnel avec qui la vie commune s'est avérée impossible et qui vit au Brésil... Et ce sujet, que nous n'abordions autrefois que de façon un peu sybiline, sur le ton du constat de situation, sans entrer trop dans l'affectif, et encore moins dans le sexuel, nous en avons parlé de façon très libre ce vendredi.
D'habitude, je crois que j'étais excessivement prude, contenu par l'image qu'elles s'étaient forgées de moi. Et là, est-ce un effet du blog, de ce que je te raconte chaque jour, d'une capacité nouvelle à assumer tout, à décomplexer le sexe ? Nous avons parlé de nous, évoqué nos infidélités convenues, à Igor et à moi, leur manque de partenaire, à elles, leurs stratégies pour sortir du célibat, leurs échecs et leurs peines, nos tensions et nos frustrations. On a même parlé du cadeau que ses copines ont fait à Faridé pour ses 39 ans : des godemichés. Deux. Elle regrettait d'en avoir choisi deux électriques, parce que ceux qui ne le sont pas, parait-il, gagnent en soyeux. Elle n'en a encore expérimenté qu'un, le plus petit, et elle s'est laissé surprendre par la rapidité avec laquelle il conduisait à l'orgasme.
Elle nous a demandé si nous en avions déjà essayés. J'ai répondu que oui, pour ne pas avoir à expliquer comment il m'arrivait d'avoir recours à des procédés et des ustensiles, comment dire ? plus baroques, en fonction de ce qui me tombait sous la main...
Comment en sommes-nous arrivés à parler ainsi ? Cela veut-il dire que mes ami(e)s "d'avant" peuvent, eux aussi, elles aussi, devenir des "potes de l'intime" ?
Alors, je me suis dit ceci : on n'écrit pas tous des blogs, on n'y pousse pas tous aussi loin le contact à l'intime, mais au fond, nos ressentis, nos désirs et nos besoins sont si semblables, que toutes les frontières ont, fondamentalement, vocation à tomber. Inéluctablement. Comme les masques.
02:05 Publié dans mon coming out | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : Damas, Syrie, gode, blog, coming out, homosexualité, célibat
18 décembre 2007
mes amours secrètes (2) Ali

Voici l'une de ces parenthèses sentimentales, au coeur de mon amour pour Menem (voir là).
Il s'appelait Ali. Ce devait être en 84, ou en 85. Ali, il faisait parti de ces wagons de Libanais à qui le milliardaire Raffik Hariri - qui n'était pas encore Premier ministre du Liban dans cette période de guerre, mais préparait le terrain avec son fric - offrit des bourses pour venir étudier en France. Parmi tous ceux-là, auprès de qui Menem, ma copine Soumaya, et d'autres Libanais de Marseille un peu engagés essayaient d'apporter du réconfort, des jeunes échouèrent à la fac Saint-Charles. Apparemment, tous n'avaient pas de projets d'étude très précis, c'était le cas de Ali. Curieusement, il y avait souvent beaucoup de légèreté, chez ces jeunes, qui se manifestaient avec une exubérance toute méditerranéenne, ou parfois jouaient de leur statut de victimes de guerre. Chez Ali, il n'y avait pas ça, il était comme décalé, il renfermait une sorte de nostalgie, une indécision, il était venu là, en France, mais ne savait pas bien pourquoi. D'emblée, on sentait qu'il souhaitait repartir. Qu'il allait repartir. Il passait beaucoup de temps avec tous les autres, c'était sa communauté,
parfois au delà même des clivages, mais il était différent. Menem avait fui la guerre à ses débuts. Ali, lui, l'avait vécue. Il était du Sud, son village était occupé. Je crois qu'il ressentait comme de l'irresponsabilité à être là, et son malaise toulours mal verbalisé le rendait attachant.
Est-ce parce que j'avais perçu tout ça à travers ses grands yeux clairs, ou est-ce par mimétisme, Menem l'ayant pris lui-même sous son aile ? Toujours est-il que je me sentais attiré par ce garçon. Et plus il apparaissait évident qu'il ne resterait pas, pas plus que quelques mois, plus j'éprouvais violemment le besoin de me lier à lui. Et lui me renvoyait de l'amitié forte en retour, me confiait ses souffrances, ses faits d'arme aussi, me montrait la photo de sa copine, il me transcrivait les textes de chansons et m'aidait à les apprendre. J'avais pourtant la même retenue que j'en avais eu avec Menem, j'avais appris à rester tendu comme un arc pour ne jamais aller trop loin. Je m'interdisais certains jour de passer le voir dans sa chambre de cité-U, pour laisser croire presque à de l'indifférence, pour que la demande d'amitié semble toujours venir de lui. Nous nous voyions ainsi souvent en présence de Soumaya, ou au sein de tout leur groupe. Je ne me souviens pas avoir jamais bandé pour lui, ni ne m'être jamais branlé en pensant á lui. Encore aujourd'hui, je serais incapable de me le représenter nu. Ali, c'était un visage, un regard, un rire plus qu'un sourire, une voix.
Pour son départ, nous avions organisé une soirée à la maison. Il y avait Menem, Soumaya, deux-trois autres amis libanais. Et j'eus cette incroyable audace, toute honte bue, de lui remettre un poème écrit pour lui. Devant tout le monde, que je m'efforçais de ne pas regarder mais que je supposais stupéfait. Le lui remettant, et pendant tout le temps où il le lut, en silence, puis quand il circula de main en main, ayant l'impression que le masque était tombé, je m'étais fermé à toutes les réactions, y en eut-il ? Peut-être que tout le monde avait compris et qu'on ne pouvait que se taire. Ali me remercia. Ce n'était pas un poème d'amour, non, je l'ai retrouvé récemment et le publierai peut-être bientôt. C'était un hommage à un "jeune homme du Sud, qui de sa sève couleur de miel éclabousse le sein des humbles".
Voila ce sont ces deux amours-là qui m'ont fait. L'un a duré cinq ans par épisode, l'autre a duré trois mois comme un tsunami. Avant, je n'étais rien. Pas de vie, pas d'envie, pas de choix, pas d'horizon. Et là, O. devenait Abou-Zeitoun, comme Fiso dans un autre contexte nous disait avoir été l'Africaine. D'un coté, dans la grande histoire de ma vie telle qu'elle s'est déroulée au grand jour, ces années d'empathie pour la civilisation arabe, de pénétration fusionnelle avec cette culture et cette langue, m'ouvraient grand les portes du monde. Et se dessinait là un itinéraire qui aurait pour moi d'importants prolongements professionnels. Dans l'autre histoire, secrète, précieuse, inviolée, qui tourbillonnait silencieuse en moi, se jouait autre chose. Les efforts pour plaire tout autant que les épreuves pour échapper à la monstruosité de l'aveu façonnaient, forgeaient là dans mon être, une retenue, des inhibitions, mais aussi une façon de marcher à l'instinct, de poser des jalons pour avancer sans être vu vers des territoires cachés.
Je n'en étais pas encore rendu à mes 31 ans. Des souffrances, dues à des amours inavouables, j'en aurais d'autres : Francois-Xavier, Karim, Laurent... Elles ne seraient pas moins terribles, mais n'auraient plus la puissance constructrice de ce don total que j'avais eu avec ces deux-là.
23:50 Publié dans mon coming out | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Liban, homosexualité, coming out, guerre
17 décembre 2007
mes amours secrètes (1) Menem

Me voila donc rendu. C'est le plus difficile, parce que le plus intime, et probablement le plus secret. Le plus fondateur, aussi. Mais dans mon souvenir ce sont surtout les moments les plus douloureux.
L'histoire officielle de ma vie, c'est que je me suis découvert gay à l'age de 31 ans, sous l'effet croisé de la distance qui me séparait de ma petite amie (j'étais alors installé à Budapest) et de l'immersion soudaine dans un monde nouveau dépourvu de pudeur. Jusque là, je n'en aurais rien su, l'aurais refoulé, classiquement et très inconsciemment. C'est avec cette thèse que j'ai accompli mon coming out devant la terre entière au printemps 97.
Or je le savais, je l'avais toujours su - je ne l'avais jamais accepté, j'avais toujours souhaité que ça me passe, j'aurais prié Dieu pour ça - mais je l'avais toujours su très profondément. Dans mes rêves de môme déjà, les cohortes d'enfants qui m'apparaissaient dans la nuit, nus sous l'effet des lunettes magiques que je m'étais inventées, finissaient toujours par n'être que des garçons. La volupté que j'éprouvais dans le secret de mon lit, lorsque pour la première fois le plaisir de la caresse se trouva fortuitement prolongé par le jaillissement d'un liquide visqueux inconnu, puis dont je me mis à me gratifier chacune des nuits suivantes, n'était habitée que de garçons, de ma classe ou du lycée. Quand je consultais l'Encyclopédie de la vie sexuelle, que mes parents, dans leur modernité, tenaient discrètement á notre disposition, mon frère et moi, c'était pour y regarder les hommes nus, la photo de cette érection adolescente, même si pour me rassurer, comprenant ma différence, c'est sur les photos de couple que je m'efforçais de jouir.
Et parce que j'étais gay, même durant ces quatorze années de vie sexuelle passées exclusivement avec des femmes, j'ai aimé des hommes jusqu'au plus profond de moi-même, mais si secrètement, si seul, si désespérément, que la souffrance que j'en ai éprouvé m'a
changé, a façonné ma personnalité, ma vision du monde et de la vie.
Curieusement, je n'ai pas souvenir de telles intensités émotionnelles dans mes années lycée à Aix, même si j'ai bien en mémoire au moins deux garçons sur lesquels j'essayais sans grand succès de me calquer. C'est en fac que je connus ce premier amour, sans doute le plus long et le plus intense.
Il s'appelait Menem, il était libanais. J'avais 18 ans, il en avait 23, quand on s'est connu. Il était grand, il était beau, il avait une personnalité solaire toujours tournée vers les autres et cultivait son art de la séduction. Son torse, mon Dieu son torse !, il était comme tout droit sorti de la mythologie grecque. Il militait pour des causes tiers-mondistes et anti-impérialistes, ce qui rejoignait ma culture familiale, et je me mis à militer avec lui, entre autre pour sortir du petit cercle mesquin et étroit de mes anciens camarades de lycée avec qui je m'étais retrouvé en fac à Marseille. Nous étions en janvier 1982, et après trois premiers mois sclérosants (études de science, tu imagines comme ça pouvait etre chiant), je commençais à respirer.
L'été suivant, Israël a occupé le Liban, déjà bien éprouvé par sept années de guerre. Plus seulement le Sud, mais jusqu'à
Beyrouth. Le siége, la faim, les réfugiés, la peur, Sabra et Chatila. De cet été-là, chez Menem a commencé à renaître une identité libanaise brûlante, qui l'extirpait de ce qu'on pourrait appeler, pour faire politiquement correct, le parcours d'insertion ordinaire auquel il s'astreignait de bonne grâce depuis qu'à l'age de 17 ans il était arrivé là. Sa famille, chrétienne maronite, qui vivait dans la montagne du Nord de Beyrouth, avait du fuir dés le début de la guerre, les engagements politiques de ses aînés l'ayant rendue indésirable aux yeux des milices fascistes qui contrôlaient leur région.
Son histoire serait un roman à elle seule. La découvrant, et m'apercevant, à mesure qu'il devenait un ami, que derrière son allant se cachaient des plaies, dont certaines étaient encore béantes, un attachement d'un genre nouveau commença à me lier à lui. Je commençais à le regarder autrement. Peu à peu, et s'en m'en rendre vraiment compte, je devenais sensible à chacune de ses marques d'affection, d'estime ou de reconnaissance. Je n'aurais pu refuser aucune de ses invitations à m'attarder avec lui, ou à le rejoindre chez sa mère pour un week-end à Miramas. Tout en lui avait une noblesse incroyable. L'admiration que je lui vouais n'avait pas de limite.
Il devenait un modèle, un maître à penser, un maître à bouger, un maître à tout. Il n'écrivait jamais dans un cahier, comme moi, mais exclusivement sur du papier libre, j'optais pour les feuilles blanches, j'imitais son écriture que je trouvais plus limpide et plus claire que la mienne. Il avait la barbe, je me laissais pousser la barbe, sa copine était étudiante en médecine, je m'empressais de me trouver une copine, libanaise de surcroît, et résidant dans la même cité-U. Il aimait le foot, je me mis à m'intéresser au foot, il avait l'habitude de dormir nu, je me mis à dormir nu, il écrivait de la poésie, j'écrivis des niaiseries, il admirait Maïakovsky, j'en achetais l'œuvre intégrale, j'apprenais des chansons en arabe, des proverbes, des expressions du quotidien. Souvent introduit, par un hasard qui disait notre complicité, dans son intimité, je remarquais qu'il s'asseyait pour pisser afin d'éviter les éclaboussures, et qu'il s'essuyait le cul par devant, en se relevant le paquet de la main gauche. J'adoptais ces usages, qui sont encore les miens aujourd'hui, tout comme ma manie de prendre des notes sur des feuilles blanches.
Quelques fois, sans doute assez rares, mais que j'ai tellement vécues en démultiplié que je pourrais dire des dizaines de
fois, notamment quand nos copines étaient de garde, il nous arrivait de dormir sous le même toit et dans la même chambre. J'ai souvenir d'un été où nous étions à Miramas. Il y avait du monde chez sa mère et nous dormions sur deux matelas resserrés dans le séjour, nus, recouverts chacun d'un simple drap. Cette nuit-là, je n'en avais pas fermé l’œil.
J'étais à l'affût d'un retournement, d'un contact, d'un soulèvement du drap, j'étais attiré mais prenais garde à éviter tout frôlement. Ma nuit entière passait à guetter la parcelle de peau qui se découvrirait, à deviner la position de son sexe sous les plis du drap, à attendre qu'il se lève boire ou pisser pour l'observer par silhouette dans la nuit. J'étais dans une haleine incroyable parce qu'il m'avait ouvert son lit, mais c'était tellement insignifiant pour lui que ça faisait mal à mourir.
Un été, en 1984, nous sommes partis, avec une bande de six copains de fac, participer à un chantier pour construire une école au Nicaragua, c'était notre façon de soutenir la révolution sandiniste contre Ronald Reagan. L'été d'après, ou le suivant, il m'avait sollicité pour l'aider à traduire en français un livre sur la résistance libanaise. Une confiance incroyablement solide s'était construite entre nous, que j'ai su au prix d'incroyables souffrances, conserver indemne longtemps, très longtemps. Trahir mes sentiments, c'était irrémédiablement la casser, donc briser mon amour. Comment révéler à quel point me faisaient mal toutes les confidences dites à un autre, tous les moments passés avec sa copine, ou tous les instants où je le croyais avoir trouvé meilleur ami que moi ? A chaque instant, je m'interdisais moi-même de le chercher ou de le solliciter pour ne pas me révéler, mais son silence à lui m'était assourdissant.
Je suis incapable de dire aujourd'hui par quel chemin ma relation à lui s'est peu à peu apaisée, en est revenue à un état d'amitié non pas ordinaire, mais dépourvue d'ambiguïté. Au point où nous sommes encore - même à ne nous voir, parce que nos vies sont ainsi, que deux ou trois fois dans l'année, avec sa femme et ses deux petites filles qui sont comme mes nièces - ce que l'on appelle des meilleurs amis l'un pour l'autre. Sans doute parce qu'il y eut des temps morts, des parenthèses, des éloignements d'où nous ne revenions jamais, ni l'un ni l'autre, dans le même état sentimental. Jévoquerai bientôt l'une de ces suspensions, particulièrement intense.
Encore aujourd'hui où nous nous revoyons pour des moments de bonheurs simples et familiaux, il ne sait rien de ce que fut autrefois ma passion dévorante pour lui.
17:49 Publié dans mon coming out | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : Liban, homosexualité, coming out
12 décembre 2007
le jour où la porte s'est fermée

Je suis toujours à me poser la question. Tu sais, cette question lancinante : c'est quoi, au fond ? Il s'est passé quoi pour que je sois pas un mec comme les autres ? Un trauma ? Une carence ? Il m'a manqué quoi ? Cette question qui me suis - Oh! sans vraiment me torturer, rassure-toi - mais qui doit bien tarauder ma mère, quand j'y pense, depuis que je lui ai fait mon coming out.
Je n'ai évidemment pas la réponse. Dieu merci ! Ce serait grave de pouvoir établir, comme ça, une relation de cause à effet. T'es PD ? Tiens, c'est pour ci ! Ou c'est à cause de ça ! Tu imagines si de telles corrélations venaient à être mises à jour ? Comment la société s'organiserait pour banir toutes les pratiques "à risque" (quelle horreur), ou pour rechercher les gènes maudits dans les embryons...
Par contre, j'ai un événement en tête. Je le tourne depuis un moment, sans trop savoir comment l'aborder. Ce sont deux billets, publiés sur des blogs amis, qui me poussent à formuler cette histoire. D'abord un billet de WajDi, un de ses premiers paru il y a presque un an et relu récemment, où il dit la force des liens qui se créent quand des intimités sont forcées à se cotoyer, jusqu'à des formes de fusion où se scèlent des destins croisés. Et un autre de Chrisbi, qu'il a publié mardi, où il dit son rapport à la pudeur, construit dans des habitudes familiales.
J'avais six ou sept ans. Mon frère quinze mois de plus que moi. Nous habitions depuis peu dans un pavillon d'Argenteuil. Et comme tous les soirs, après manger et avant d'aller nous coucher, c'était la séquence salle de bains. Nous partagions la même chambre (j'avais le lit du haut), et depuis toujours le même bain. Au signal des parents, c'était à poil, et dans la baignoire. Mais ce soir là, au moment d'entrer dans la salle de bain, mon frère qui y était arrivé avant moi a refermé la porte derrière lui. Il m'a dit qu'il en avait marre, et que je prendrai le bain après lui.
Je n'ai rien compris. J'ai du brailler, je ne me souviens pas bien de ce qui a pu se passer d'autre. J'imagine a posteriori ma mère me demander de laisser mon frère tranquille, que c'était pas grave, que j'avais qu'à attendre 5 minutes, et que au fond, c'était pareil. Personne ne voyait ce qui se passait au fond de moi ce soir-là. Mon frère, lui, pétitionnait en quelque sorte, affirmait son droit à l'intimité. Mais ça me dépassait. D'un coup, à un âge où je ne pouvais pas le comprendre, un tabou se mettait en place : celui de la nudité. Alors que pendant 6 ans nous étions tous les soirs ensemble à jouer à l'eau dans la même baignoire, et que je n'avais jamais connu que ça, mon propre frère - il avait sept ou huit ans - là, va savoir pourquoi, je n'avais plus le droit de le voir nu.
Là, sans explication, sans préparation, une chose devenait honteuse. Je ne peux pas dire que ç'ait été à proprement parler un traumatisme. Mais il s'est passé en moi une chose profonde ce soir-là, une chose bizarre a commencé à se mettre en place, comme une quête, une attirance, et je ne peux pas m'empêcher de penser que mes fantasmes de jeune enfant, faits d'autres enfants nus, d'autres petits garçons comme nous, résultent en partie de cette quête.
La nudité qui n'était rien, qui n'était dans mes yeux que la vie normale, un moment de la journée, un rite du quotidien, le prélude au sommeil, la nudité, d'un coup, devenait un objet. Un objet bizarre, concret, palpable, qu'on pouvait cacher, qu'on devait cacher. Qu'on pouvait donc aussi chercher, rechercher, chérir. Ce qui n'était rien devenait tout. Depuis ce soir-là, je n'ai jamais revu mon frère nu. Il a 44 ans.
23:55 Publié dans mon coming out | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : enfance, coming out, sexualité, fratrie
05 décembre 2007
Attila, le soleil en bandoulière

Encore un petit flash-back, tiens, histoire d'ensoleiller la grisaille du matin.
Attila (ça, c'est un nom, hein ?) : il avait 19 ans, il étudiait la chimie à Veszprém, en Hongrie. Il est le premier de mes amants à avoir accédé au statut de petit ami officiel : durant l'été 97, je l'emmenais en vacance chez ma mère près de Marseille. Ma pauvre mère, je ne lui ai pas épargné grand chose sur ce coup-là. Déjà, mon coming out, je lui avais fait par téléphone, tout juste 24 heures après ma copine, lui disant simplement que elle et moi, c'était fini, mais que c'était pas grave, puisque c'était simplement parce que j'aimais les hommes. Et deux mois plus tard, je ramenai ce jeune mec à la maison... Qu’est-ce que je pouvais être centré sur moi-même à cette époque, tu parles d'une phase de libération!...
Attila, il aimait la fantaisie, étaient-ce des jeux de son âge ? Par exemple, au début, ce qu'il adorait, c'était enduire mon corps et mon sexe de crème dessert, et me lécher, me sucer goulûment, après quoi il se tartinait lui-même de crème et attendait de moi que je le dévore. Plusieurs fois, il m'avait proposé de faire l'amour avec lui devant sa copine Barbara, elle le lui avait demandé, elle aurait voulu se branler en nous regardant, mais cette idée était vraiment trop farfelue, et j'y avais toujours résisté. A Marseille, nous allions sur les plages gay. A nous deux, nous devions avoir une vraie puissance divinatoire. Les mecs nous regardaient, nous enviaient, nous finissions chez l'un ou chez l'autre dans des plans á trois. Une fois, étrange anecdote, un de ces mecs cueillis là s'était vanté d'avoir couché avec Jean-Claude Gaudin. Beurk !
Attila, je l'avais rencontré dans un bain turc de Budapest. Le Rácz, qui aujourd'hui n'existe plus, promis à une opération hôtelière d'envergure. Ce fut fulgurant. C'est dans l'espace sec et boisé du sauna que nous nous étions immédiatement cloués l'un dans l'autre du regard. Puis dans les eaux du bain, à peine dissimulés, nous avions rapidement éprouvé nos érections, simulant des pénétrations, et avions aussitôt décidé de sortir pour nous retrouver seuls chez moi. Le tout, en 5 ou 10 minutes ? Pour parler entre nous, c'était pas très commode, il ne connaissait aucune langue étrangère, et le hongrois, je n'en étais qu'à mes premiers rudiments. Mais il s'en foutait, il me regardait, il souriait d'un soleil comme ça, et il me baisait, il ne voulait que du sexe, encore du sexe, et moi, qui n'en demandais pas tant, exultais. Une fois seulement, si ma mémoire est bonne, je l'ai rejoint à Veszprém en semaine, au tout début, la semaine de notre rencontre. Le week-end, c'est lui qui venait à Budapest, notamment pour voir sa sœur, auprès de qui il m'introduisit également. Nous avons emmené une fois ses nièces au zoo. En retournant à Veszprém pour la première fois l'été dernier, en voiture, je m'appliquais à reconnaître la cité universitaire où je l'avais retrouvé, et la promenade de cette soirée exotique.
Avec Attila, c'est moi qui n'ai pas pu tenir le rythme, les envies de son âge me dépassaient, mais je n'avais pas le droit de l'en priver. Alors peu de temps après la fin de l'été, nous nous sommes séparés. J'ai pensé à ma mère, qu'a-t-elle jamais pensé de cette relation, elle qui revoyait son fils pour la première fois sous ce jour inconnu ? Quant à lui, 29 ans aujourd'hui, mon Dieu !, je ne sais pas ce qu'il est devenu.
08:50 Publié dans mon coming out | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Budapest, homosexualité, sexe, hongrie, bains turcs





