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14 décembre 2013

...où je suis étranger

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L'amour, la mort, la vie.

Avant de nous dire adieu. Tu te rappelles cette chanson de Jane Manson ? Je finissais ma 6ème, je ne savais pas ce que voulais dire faire l'amour, mais cette voix déchirée, qui invoquait l'amour avec l'énergie du désespoir, berçait mon enfance tranquille et nourrissait un sentimentalisme adolescent.

J'aime. Je fais l'amour. Je découvre des jeux nouveaux. Une passion nouvelle. Je partage l'attente, l'impatience, le plaisir, des touchers simples et plaisants. Je retrouve une vision heureuse de l'avenir. Le temps ne lasse rien, il structure, c'est tout.

Mon blog est donc mort, si je veux bien en parler sans déni.
 
Non que le temps me manque, il me manque, oui, bien sûr, mais bien davantage le désir parce qu'il n'y a désormais rien à combler. Le désir d'écrire s'est tari. Je sors beaucoup, au théâtre par la force des choses, à l'opéra toujours, au concert, mais je fructifie mes émotions ailleurs et autrement, je cultive les métamorphoses qui se font au-dedans de nous.

C'est brutal, la mort. Surtout quand elle te prend jeune et par surprise. Cet été, l'amour m'avait conduit ailleurs, pour décantation, je feuilletais de nouvelles pages. Puis je me suis retourné et je me suis vu mort. Mort à la blogosphère. Mort aux réseaux sociaux. Elle te laisse penaud, la mort, sidéré, pantois. Et frustré à cause de l'éternelle question sur ce qu'il y a derrière...

A tes faire-part, qui m'ont touché au fond du cœur, presque à me donner envie d'y revivre, je te dois au moins cette confidence : depuis six mois que j'ai congédié mes obligations blogophiliques, l'amour émerveille chaque parcelle de ma vie. Je regarde avec bonheur mon soleil exhumé, m'émeut de ses fragilités, m'étonne de sentir sur ma peau la douce chaleur de ses rayons.

Mon blog est donc mort. La mort, d'ailleurs, ne cesse de venir manifester son impatiente disposition, comme pour m'interdire d'oublier sa nécessaire brutalité.

D'abord Boby, à qui la naissance de mon blog était si étroitement liée, et qui a fini par accomplir son projet irréparable. Puis un jeune collègue de 45 ans, un technicien du spectacle, prince maure au sourire titan, venu ainsi me glisser à l'oreille qu'on meurt encore du Sida, surtout quand d'affreux tabous familiaux s'en mêlent. Guîte ensuite, la bonne amie de ma maman - une chute d'escalier -, puis Henri, l'un de ses derniers voisins, qui avait été mon professeur de physique à l'université il y a trente ans, malgré ses lourds handicaps. Patrice Chéreau, dont la brillantissime Elektra avait illuminé les regards à Aix en juillet, pour mon plus grand enchantement. Mon oncle Mandela, l'immortel héros du temps et de mon intime jeunesse, emblème d'un vingtième siècle où les espoirs de libération humaine étaient encore permis, et qui me laisse veuf des combats où je me suis façonné...

La mort sur scène, la mort dans l’apparat, la mort dans la vie, la mort sur la toile. Ce n'est donc rien, un blog qui meurt.  Rien n'est précaire comme vivre. Juste une pause dans des quêtes ou des frénésies morbides. Et peut-être le début d'autres vies.

A 3 heures cette nuit, j'aborde ma cinquantième année. En quelque sorte et à mon tour, j'arrive où je suis étranger. Et toi Estèf, qui avec ton sourire clair étais venu à ma rencontre dans un des couloirs sombres d'entre-deux-eaux, chargé d'une chaleureuse bienveillance, toi qui a cheminé longtemps ensuite à mes côtés, avec à la main ton sac à secrets, voilà que tu te lances. Que tu offres aux vaillants survivants de la blogosphère un nouvel horizon, et à toi-même un sentier où trimballer tes vérités.

C'est tout toi, ça : à la mort, répondre par la vie. Arriver où... tu ne seras peut-être pas si étranger. Va, chemine, autant qu'il te plaira, tu verras, par delà le fracas du monde, les promeneurs ne manquent pas pour faire un brin de causette à chaque portion de route.
 
Merci, ce faisant, de me donner l'occasion de transgresser, d'offrir à la fin de mon blog autre chose qu'une queue de poisson, et de dire à vous tous, les amis précieux qui m'avez suivi si fidèlement, combien je vous aime et vous suis reconnaissant. Rien comme être n'est passager, C'est un peu fondre pour le givre, Et pour le vent être léger.
 
Bon vent, Estèf !

13 juillet 2013

l'art difficile de la balançoire

emmanuelle urien,l'art difficile de rester assise sur une balançoire,déception amoureuse

Un concours de circonstances qui m'a pourri la journée d'hier, finalement si dérisoire à côté de ce qui allait suivre, m'a fait croiser le 3657 cinq minutes avant qu'il ne se crashe en gare de Brétigny, douze minutes après que j'y fus moi même, dans un train roulant en sens inverse. Moi qui ne prends jamais le RER, mais qui payais d'un invraisemblable ballet d'allers et retours à travers Paris et sa banlieue, valises et bagages à la traine, l'oublie à Aix-en-Provence, de la clé de chez moi et de celle de ma voiture, me suis retrouvé tout près du drame, finalement juste bloqué en gare de Juvisy par l'arrêt complet et total de tout trafic sur la ligne C.

Guerrit-on jamais d'un chagrin d'amour ? Je  me croyais engagé sur un chemin de rémission. J'avais mis à distance les hurlements nocturnes ayant trouvé un havre où reconstituer désir et plaisir. J'y avais travaillé depuis des mois, avec des pas concrets et décisifs, avais arrêté les sacs de courses remontés de Carrefour-Market, les paniers de linge sale transportés en banlieue, les comptes arrangés et les petits cadeaux coûteux. J'avais ainsi pu rencontrer Maurice et envisager un autre possible.

Dans son dernier roman, L'art difficile de rester assise sur une balançoire, dont je lui ai subtilisé un exemplaire emmanuelle urien,l'art difficile de rester assise sur une balançoire,déception amoureuseun jour de mai où, avec son ami Manu, ils m'offraient une nuit d'hospitalité à Toulouse, Emmanuelle Urien a inventé un mot pour ça : la doulhaine. Ce mélange de douleur et de haine qui te ronge, te prostre, t'obsède, et qui te colle aux basques plus sûrement qu'un vieux chewing-gum ramassé sur un trottoir. Dans son récit, la narratrice perd une famille idéale : un couple admiré pour son entrain et sa complicité, trois enfants parfaits élevés parfaitement par des parents parfaits, un statut social et familial enviable en tout point, tout cela en définitive soufflé par l'infidélité de son mari avec... sa meilleure amie.

Moi, je n'ai jamais rien perdu de construit. Je n'ai jamais égaré qu'un rêve, qu'un idéal théorique, inexistant et inenvisageable, mais qui fabrique de la nostalgie et de la mélancolie à n'en savoir que faire par un emballement insensé du presse-purée logé dans la boîte crânienne.

La Pauline d'Emma tente de juguler sa doulhaine par le meurtre, imaginaire, de l'époux infidèle. Tout doit disparaître. Même si la vie réelle, en l’occurrence la présence d'enfants à garde partagée, se charge de rendre la tentative plus sournoise qu'il n'y paraît.

Incapable de pareille radicalité, au lieu de couper les ponts, je les ai recherchés, sollicités, dessinés sans cesse, et encore avec abnégation. Je me suis raconté une autre histoire, une histoire raisonnable, où je suis fort, où j'admets la liberté de l'autre dès lors que l'amour ne se contraint pas, où l'amitié est possible, voire évidente malgré tout. Une histoire où le projet permet de supporter l'attente - des sorties, des concerts, des petits voyages inscrits au calendrier... Une histoire où importe peu le rejet amoureux, l'infidélité, pourvu que l'amitié soit sincère, la reconnaissance intacte et quelques caresses permises. Une histoire où parfois la pierre vient à manquer, comme le bois, pour achever les ponts, une histoire où l'énergie mise à creuser les fondations et à hisser les poutres croît autant que décroissent les projets, la sincérité et les caresses. Une histoire de perdition, en somme, où tu t’avilis pour un impossible incandescent. Avec moins de style, crois-moi, que n'en a Emma dans ses romans.

Alors oscillent en toi au gré des jours, des semaines, des sourires, d'une invitation au restaurant, la douleur et la haine, la haine t'aidant à croire possible de tourner la page, et la douleur inscrivant dans tes entrailles l'insondable nostalgie du rêve inaccessible. Entre les deux parfois, de plus en plus fugace, l'illusion d'un échange, ou d'un partage, où tu te crois compter. Mais l'aiguillage est défectueux et tu dérailles sans autre forme de procès. La gare de Brétigny du 12 juillet à 17h02 est forcément suivie de la gare de Brétigny de 17h14. Et pourtant tu t'obstines à marcher sur le quai.

emmanuelle urien,l'art difficile de rester assise sur une balançoire,déception amoureuseTiens ! Mon ami d'amour m'a rejoint pour trois-quatre jours à Aix, à l'occasion du festival d'art lyrique. Que cette expression est bête à présent, tellement surannée. Mon amour, il le rejette et son amitié, inconsistante et intéressée, où dominent les reproches, ne peut plus que blesser. En dehors d'Elektra et de deux autres spectacles, c'était une mauvaise idée. Il était ailleurs, je ne pouvais qu'être déçu et réveiller la doulhaine. Évoquant à distance sa présence dans un SMS à mon Maurice, j'ai de surcroît réveillé chez lui des doutes et une vulnérabilité qui l'ont beaucoup affecté, là-bas, en Italie, où il est parti se ressourcer une quinzaine de jours. La distance agit comme une loupe.

Du coup, je me suis essayé à un pas de plus, hier, en jetant rageusement le double de ses clés, dont j'étais toujours détenteur, dans sa boîte aux lettres. Geste futile au regard des dévastations du jour, mais essentiel. Reste le violoncelle. Là, nous serons à la racine. Oserais-je l'arracher, autrement que pour espérer une réaction ? Saurais-je une fois pour toute oublier mon orgueil pour me tourner vers  la vie ?

22 mai 2013

l'Oh! sous les ponts

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L'eau ne tombera pas que du ciel, ce week-end, elle irriguera aussi les cœurs et les têtes. S'il y a des alternatives à l'opéra, en voici une à ne pas laisser passer...

Tiens, Nicolas a eu la réjouissante initiative de t'en proposer des itinéraires. Ça promet d'être réjouissant. D'autant qu'après 12 éditions, et beaucoup d'eau qui lui a coulé entre les jambes, le Danube en est, enfin, l'invité d'honneur...

Que le soleil soit avec lui !

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19 mai 2013

l'art difficile d'être à la fois dans la vie et dans le blog

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Je suis à une encablure de l'échéance professionnelle qui me mobilise toute l'année, sans avoir renoncé à vivre d'intenses moments de vie. Le prix, j'en paye ma part : de la tension au travail, des dossiers qui s'enchaînent sans répit, de la fatigue et un sommeil troublé. Et puis je t'en fais payer la tienne : le silence qui se prolonge sur ce blog.

Donc dans l'ordre et sans détail, pour reprendre la pelote là où je te l'avais laissée...

J'ai retrouvé à Foix, la semaine dernière, ma maman d'autrefois, décidée, ordonnée, habile et sereine. Ferme sur ses jambes et dans sa tête. Les troubles cognitifs des trois mois passés semblent happés par un trou noir, mais l'absence de diagnostic nous tient en alerte : dénutrition ? Excès de Lexomil ? Nul ne sait du gouffre d'hier ou de sa sortie d'aujourd'hui lequel est l'appareil, lequel le passager d'une traversée incertaine.

J'ai ensuite rejoint à Carcassonne ma bande d'anciens collègues pour le rendez-vous qui nous lie chateau de Peyrepertus.jpgchaque année à un grand week-end de printemps. Les excursions n'ont pas manqué car notre hôte était érudit, féru d'histoire, et qu'il avait concocté un programme de visites palpitantes, parmi lesquelles celle du château de Peyrepertus n'était pas la moins spectaculaire.

Retour via Toulouse, avec une nouvelle escale chez Manu. J'en suis reparti avec L'Art difficile de rester assise sur une balançoire, le dernier roman d'Emmanuelle Urien, sa compagne - enfin, je dis ça, je dis rien - que je suis sur le point de terminer : je t'en reparlerai, notamment parce qu'elle y invente un terme, la doulhaine, contraction de douleur et de haine qui reflète assez bien les états avec lesquels ont flirté mon coeur et mon corps ces dernières années de déchirement amoureux..

Puis j'ai enchaîné.

Lundi, un merveilleux programme de musique de chambre à la Cité de la Villette, sur le thème de la musique en temps de guerre. Avec le Quatuor pour la fin du temps, de Messiaen. Michel Portal à la clarinette : le souffle court, à 77 ans - l'âge qu'aurait du avoir mon père - mais touchant de fragilité et de sensibilité. Akiko Suwanai au violon : c'est avec l'enregistrement de son concerto de Tchaikovski que mon ami d'amour accompagna ma tristesse à l'annonce de notre rupture. Une attention tendre qui m'avait rassuré sur le moment, mais n'avait suffi à désamorcer la doulhaine qui allait longtemps s'accrocher à mes basques. Henri Demarquette au violoncelle : assez mordant, et artisan du programme. Michel Dalberto au piano : un toucher percussif très personnel, un son qui s'apparente à celui de baguettes sur des verres plus ou moins remplis d'eau.

Mardi, Ariadne Auf Naxos, de Richard Strauss, à l'Athénée, par le jeune orchestre Le Balcon, très performant, et avec une distribution éclatante de jeunesse et d'espièglerie, au chant solide à l'exception de Bacchus, totalement vautré dans des cordes vocales poisseuses. Alfonse Cemin, qui avait été un brillant soliste pour le RSO l'année dernière, a cette fois efficacement assuré en directeur de chant. Raillerie d'une étonnante modernité sur les rapports entre art noble et art populaire, sur l'intrusion de l'argent et du pouvoir dans la culture, j'ignorais que j'aurais de cet opéra une livraison conforme, mais sonnante et trébuchante, au bureau, à peine trois jours plus tard.

Mercredi à Garnier, c'était ballet. L'oiseau de feu de Béjart, sublimé par les deux magnifiques étoiles Mathias Heymann et François Alu, dont je ne manquais rien du bout de mes jumelles. Deux chorégraphies successives du Prélude à l'après-midi d'un faune, le Nijinski éternel, et celle de Jérôme Robins, dont je n'ai pas compris l'intention. Puis un Boléro de Ravel recréé par Cherkaoui et Jallet, entêtant, tourbillonnant, hypnotisant, avec des danseurs ivres de leur ronde et de cercles concentriques stromboscopés au sol, le costume macabre. Je ne crois pas que ce boléro-là restera dans l'histoire, mais l'ensemble fut une soirée merveilleuse.

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Vendredi, une réunion de chiotte avec mes chefs. Pour parler d'avenir. Un mésaccord. Ironie rédhibitoire comme en écho à Richard Strauss. Queue basse.

Samedi, le mariage pour tous était promulgué, les premiers bans publiés, la première fête annoncée pour le 29 mai à Montpellier. Je réponds à des SMS endiablés que "ce gouvernement aura au moins servi à ça, à défaut d'autre chose". De mon côté, j'avais des invitations pour la Générale du Crépuscule des Dieux. J'en ai partagé le privilège avec Joël, l'un de mes anciens compagnons de queue à l'époque révolue de l'opéra démocratique. La boucle était bouclée, ma semaine musicale et lyrique parachevée de la plus belle des façons, la Tétralogie de Wagner conclue d'un monument invraisemblable, joué avec tact, doté d'une distribution exceptionnelle, lyriquement et dramatiquement, et auréolé de tableaux scéniques forts à la fois par le sens et l'esthétique.

L'opéra est ainsi : on y croise la passion et la médiocrité, l'inceste et la pureté, le drame s'y noue, le sexe s'y joue, le gouffre n'est jamais loin mais jamais éteinte non plus la lueur d'une sortie. C'est la vie en condensé où le sublime côtoie l'inutile laideur. Un monde insensé où - seule chose qui vaille - la quête de sens vient réparer l'avidité cupide des puissants.

On a beaucoup parlé de Wagner avec mes anciens collègues. Ils n'y sont pas rentrés et les clichés y font écran. J'ai été moqué, mais ce jeu était plaisant. On a promis de se retrouver tous ensemble pour Written on Skin, de Georges Benjamin, lors de sa prochaine programmation à l'Opéra comique, en novembre prochain : une émotion esthétique et historique qui m'avait emballé au dernier festival d'Aix, l'été dernier, et qui devrait faire consensus.

19 janvier 2013

madjnûn WajDi

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Puisqu'on en est aux statistiques, celles de nageurs.com viennent de tomber pour 2012. nageurs.com, c'est une communauté, un réseau social. Une amie, qui s'est mariée cet été, me l'a fait connaître en début d'année. Je m'y suis inscrit, j'en parlais là, et mes statistiques sont tenues à jour, semaine après semaine, mois après mois. Il y a une part de futilité narcissique, dans le suivi régulier de la performance. Mais la nage n'est pas la boxe. S'il y a combat, ce n'est que contre soi-même. Dans un couloir, une rivalité occasionnelle peut s'instaurer, et elle stimule, mais pour l'essentiel, les choses se jouent avec soi-même. C'est cogner dans un sac. Décider d'y aller, alors que le froid pique dehors. S'encombrer des opérations d'habillage et de déshabillage, dans des vestiaires trop ventilés ou trop étuvés. Se lancer dans le grand bain le corps fébrile, mal réveillé, la digestion inachevée, le dos endolori, les articulations engourdies - les prétextes au renoncement ne manquent jamais. Puis s'astreindre à un rythme, à une distance, à un comptage. La piscine, on est toujours plus content de l'avoir fait que d'avoir à le faire. Même si une séance a toujours ses instants de grâce, de glisse, d'harmonie, et quelques fois à l'heure de la douche, de virilité partagée.

Nous avons donc été 1.809 nageurs à barboter en 2012, pour un total de 87.361 kilomètres parcourus. Avec 226 km, je me retrouve 95è de la communauté, loin derrière Grosse baleine, qui a inscrit 3.714 km a son compteur personnel, mais tout de même dans les 6% les plus endurants. Avec 137 sorties piscines en 2012, je fais mieux en nombre de séances, puisque je me classe 50è. Mais c'est dans le vagabondage aquatique que j'explose les statistiques. J'ai éprouvé l'eau de 25 bassins différents au cours de l'année passée, profitant de missions professionnelles, de week-ends et des vacances pour découvrir de nouvelles installations nautiques, en France et en Europe. Me voilà, sur ce terrain, 14è de la communauté. Pour une année d'entrée en piste, je ne m'en sors pas si mal.

Samedi dernier, feekabossee était à Paris pour les 40 ans d'un ami à elle. Elle m'a piégé dans une après-midi shopping, que mes collègues ensuite n'ont pas manqué de remarquer... Puis j'étais, moi, à une autre fête, des cinquante ans d'un blogopote, celle-là, qui a vu se recomposer un cercle rare, un tout petit cercle, celui par lequel je suis un jour entré dans la blogosphère. WajDi était là, et Yo, et Fiso et... Zarxas, celui qui s'était laissé fasciner, tant par WajDi, son charisme rayonnant que par la force de l'amitié en train de naître entre nous, et dont, à cause de la distance, il était resté à l'écart, quoi que dans la toute proche périphérie.

Ce regroupement, rêvé depuis déjà cinq ans, fantasmé à perdre haleine, se réalisait à l'occasion de cette petite cérémonie intime dont Fiso avait pris les rênes. C'était touchant de nous voir, tous, de nous toucher, de nous sourire, de nous remémorer cette aventure, aussi intense que virtuelle, aussi réelle qu'improbable, quasi-maçonnique dans ses codes. Entre mythomanie et mythologie, entre amour et amitié, impudence et imprudence, nous étions tous un peu - y compris son créateur - Madjnûn WajDi, fous de WajDi, l'homme blessé mais droit, offrant son corps à distance, dévoilant à petites doses son cœur tendre et ses attentes déçues. Enfermé mais libre.

Encore une fois, on a bien ri de ce défi qu'il m'avait lancé un jour par Messenger : faire le 100m crawl en 1'21'', comme lui. La course effrénée derrière ce record me valut plusieurs fois des tendinites à l'épaule, mais je ne m'en suis jamais approché qu'à dix secondes environ, avant de découvrir la supercherie.

arton2663.jpgComme en écho à ces souvenirs et au personnage touchant de WajDi, Daniel Mermet a consacré cette semaine des émissions à Lionel Cardon. Détenu pour un triple meurtre, ex-ennemi public n°1, plusieurs fois évadé, il raconte aujoud'hui comment, une fois passés l'isolement et les quartiers de haute sécurité, il a reconstruit des repères dans la pratique de la boxe, jusqu'à prétendre devenir entraîneur et acteur de l'insertion. Sujet sensible, plein d'humanité parce que n'éludant pas ce que l'humanité a toujours de complexe.

Cette année, je nagerai 250 kilomètres.

16 novembre 2012

cinq ans, le miroir dépoli

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Ça faisait un petit moment déjà que ma copine Fiso me tannait le cuir, montrant et démontrant le fonctionnement de la chose et sa simplicité. J'avais passé tout l'été à fréquenter le blog de WajDi, mon mirage amoureux, même durant son mois de jachère estivale, et m'y étais fait de nouveaux amis qui m'encourageaient également. Boby notamment, alors qu'il accompagnait dans une lancinante supplique ce qui allait être, à peine un mois plus tard, la disparition de sa femme. Un monde nouveau s'était ouvert, et la tentation était grande. Je m'étais fait connaître sous un curieux pseudonyme, dans l'improvisation d'un dimanche matin à l'occasion de mon premier commentaire fébrile chez WajDi. Je resterai donc Oh!91.

Mon modèle, c'était Fiso. J'opterai donc pour Hautetfort et lui resterai assidu.

J'avais de nombreuses raisons de me voir instable et suspendu, ce serait donc "entre deux eaux".

Je n'ai rien changé à ces partis pris initiaux, même s'ils avaient été peu réfléchis.

Au début, je parlais de mon coming out attardé, de mes amours de jeunesse, secrètes et douloureuses. Au premier jour, un voyage de nuit vint rencontrer ma trajectoire et resterait l'amie fidèle de mes brunchs et de mes pains perdus.

Puis je mêlais à ces histoires anciennes le récit des rencontres coquines qui égayaient mon quotidien. Balmeyer m'en fit un jour une réputation qui se répandit sur la toile. J'ai vite aussi croisé cette intimité à l'expression de mes convictions et à l'urgence de certains combats. Je racontais notamment la lutte contre la menace d'expulsion qui touchait un ami japonais, un amant, dont je tombais amoureux sous tes yeux sans même m'en rendre compte. Presque par anti-sarkozysme.

Vint alors le temps du chagrin d'amour. L'extimité de ces pages devint poignante, entêtante, pour moi en tout cas, et sans doute thérapeutique. C'était le moment de me donner une bannière.

Les chemins de la reconquête prirent des détours vers la grande musique et l'opéra. Encore de nouveaux mondes qui transformèrent mon intérieur et dont je poursuis chaque semaine l'exploration.

Des amis d'ici m'ouvriront des horizons, des talents d'ailleurs me déniaiseront. Et ils savent que.

Un chercheur me fera écrire des pages et des pages pour les besoins de son étude.

La maladie de ma nièce m'inspirera un chant d'amour. La mort de Ferrat un sourire clair.

Et puis la lassitude viendra. Par vagues éphémères, ou comme inéluctable, m'incitant à un nouveau tempo, moins éreintant.

Le phénomène Mélenchon m'aidera à trouver une place dans une campagne électorale partie pour n'être qu'hypocrisie. Et à reconnaître l'optimisme.

Bref, j'ai consigné : ma vie et ma mémoire, par petites touches inégales dont je ne renie rien.

J'eus mes amoureux, réels et virtuels, mes anges protecteurs, mes sources, de Gaza ou de la Deûle, jamais déchus. J'eus un filleul, qui délaissa vite sa tentative, pourtant prometteuse.

J'eus du bonheur à me voir beau dans ton miroir, puis-je l'avouer ?

J'ai appris à écrire. Appris à penser. A construire un message. A concevoir une idée. A te balancer une émotion à la gueule. A exprimer un sentiment. Appris à vivre autrement que dans le doute.

Il y a cinq ans aujourd'hui, d'un clic, je m'installais ainsi sur la toile pour venir à ta rencontre. Nu. Anonyme mais transparent. Et toujours à ta portée.

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illustration : peinture d’Anne Kruchten

18 octobre 2012

l'eau des rêves

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Ah !, tiens, puisqu'on parle art, laisse-moi revenir sur un événement littéraire. Un événement à moi, à nous. D'abord, arrête tout ! Va lire ce lien puis reviens par ici : c'est un billet que j'avais écrit l'été dernier, en 2011, après avoir découvert en avant première le brouillon d'un premier roman. J'avais enfreint une règle de discrétion, sans superstition ni goût pour la transgression, mais je n'avais pas pu m'empêcher ce signe d'amitié pour son auteur. C'était aussi une manière de rendre la monnaie du privilège d'avoir été admis dans le cercle des lecteurs d'un précieux manuscrit. Surtout, je crois que je ressentais la nécessité de faire quelque chose d'une densité haletante et bouleversante par laquelle je m'étais laissé happer.

C'est bon, tu es allé lire, ou relire, le billet en question ?

Alors je poursuis : tu peux aussi aller voir du côté de ce que Manu en dit, de son roman : son blog est toujours un merveilleux laboratoire d'écriture et de partage (quoiqu'il se laisse aller à une certaine paresse, lui aussi...). Je l'ai un peu délaissé, ces temps-ci. Mais c'est que j'avais un rapport à rendre - ce qui est fait d'ailleurs, depuis hier, quel soulagement !

Comme c'est bientôt la Toussaint. Que tu vas partir, te mettre un peu au vert, ou simplement marquer la pause, forcément. Alors c'est le moment : tu files à la librairie la plus proche de chez toi, et tu y achètes L'eau des rêves.
 
Cette parution est une première victoire de son auteur, même si question livres, il n'en est plus à son coup d'essai. J'ai manqué à tous mes devoirs en n'en faisant pas la pub dès que j'en ai été informé. C'est réparé. Reste maintenant à espérer le succès littéraire. Ce ne serait pas démérité.

09 septembre 2012

quand les Kaïras font vidange

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Jeudi. Piscine de Montreuil. Je continue, sans préméditation, la découverte des bassins nautiques de banlieue, la faute à la fermeture généralisée des piscines parisiennes pour vidange : c'est bien connu, du 25 août au 7 septembre, plus personne n'a le droit de nager à Paris, décret universel pour préparer la rentrée des classes des petits écoliers.

Montreuil, donc. En sortant de l'eau, après deux mille mètres lumineux dans le vaste bassin d'eau profonde, sous la voûte rénovée qui abrite de hauts plongeoirs : plus de tongue ! Trois ans que je les avaient ramenées du Brésil, mes tongues. Trois ans qu'elles me rendaient de fidèles services, m'attendant patiemment en bout de ligne. Elles ont bien du aller 600 fois à l'eau, depuis. 600 fois passées sous la douche. Et sans faiblir... Je peste contre ces foutus gamins de banlieue, qui s'ennuient à cent sous de l'heure et font les kings partout où ils passent.

L'avant veille déjà, piscine de Massy, j'étais rentré au vestiaire au milieu d'une scène hallucinante où une brigade de policiers municipaux étaient intervenus pour mettre dehors une demi douzaine de mômes perturbateurs, lesquels s'étaient même offert le luxe de négocier cinq minutes de sursis pour jeunes de banlieue.jpgpasser sous la douche avant de sortir. Être expulsés, d'accord, mais propres ! "Cinq minutes chrono", leur avait concédé la capitaine de brigade. Ils sont comme ça, les Kaïras : ils osent tout. Ils flambent, sont mal dans leur peau, se la racontent. Ils jouent tout sur leur rapport aux srabs, rien dans celui à la règle commune, et tant pis pour le reste du monde !

J'avais justement fini par aller voir le succès de l'été, Les Kaïras. C'était le week-end dernier, dans une salle d'Evry : il n'y a plus qu'en banlieue qu'on peut encore le voir. Les Kaïras font vidange à Paris, comme les piscines. Mais moi, c'était mon rendez-vous avec WajDi. Et ma foi, j'ai bien ri. Derrière la grossière outrance, dont le thème de la pornographie ouvrait grand la porte, le regard des cinéastes ne manque ni de tendresse ni de subtilité. Le coming out musical d'Abdelkrim est un modèle du genre. Et le Franck Gastambide a de solides arguments.

Retour à jeudi. Avant de quitter la piscine, je suis quand même passé vider ma rage sur le personnel de surveillance : "Cest  normal, à Montreuil, de se faire tirer ses tongues ?" "Elles sont comment vos tongues", me répond un jeune surveillant de baignade à croquer. "Comme ça ?".
 
Merde ! Elles étaient simplement cachées là, à leur place, au bord de l'eau, sous une pile de planches...