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25 mai 2009

le cobaye (19 et fin) l'équilibre

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Les meilleures histoires ont une fin. C'est le cas de celle-ci. J'étais surpris, il y a trois mois, déjà quatre, de recevoir le courriel d'un professeur d'université, un professeur engagé dans une étude sur la blogosphère et les nouvelles formes de socialisation dont elle accouche, et qui me demandait si je serai disponible pour participer à sa recherche en répondant à quelques questions. Un peu excité à l'idée de rentrer dans ce jeu, j'ignorai que j'allais être si longuement cuisiné, et que cette aventure irait si loin. Je ne regrette pas de l'avoir partagée avec toi, de t'y avoir impliqué. Désolé si elle t'a lassé. Et promis, dès que j'ai vent de la parution des résultats, je t'en reparle.

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : en ce qui concerne les commentaires, votre « sentiment, avec le blog, c'est d'être en situation d'exposer une opinion, ou une non-opinion, ou une hésitation, pas vraiment d'engager un débat ».
-    Malgré tout, y a-t-il des sujets que vous n’auriez pas ou beaucoup moins abordés sans les réactions des commentaires ? Si oui, lesquels ?
-    Finalement, quelle proportion de sujets naissent de ces conversations, quelle proportion de ce qui vous arrive dans votre vie quotidienne (ou était arrive), quelle proportion de ce que vous lisez, entendez, etc. ?


Oh!91 : Il y a des projets qui n'auraient jamais vu le jour sur mon blog sans les réactions positives, les invites implicites que j'y ai lues, de la part des lecteurs : la série sur les lettres imaginaires de Laurent, suite à la publication de lettres bien réelles qui étaient restées sans réponse, toute la série sur cette enquête, mes articles sur Gaza au moment de l'intervention israélienne cet hiver... J'ai aussi parfois senti, de la part de certains lecteurs, que je me devais d'écrire sur des sujets à propos desquels j'étais attendu : la sortie d'un film sur l'homosexualité, la question de l'homoparentalité. Disons les réactions écrites, ou des suppositions que je me fais mais qui reposent sur la prise en compte des lecteurs, orientent parfois le contenu du blog, c'est certain.

S'il fallait attribuer des "proportions" aux choses, je dirais que 80 % de mon blog se nourrit de ce qui m'arrive dans la vie, sorties culturelles incluses, ainsi que les états d'âme, ou les souvenirs anciens, 10 % de mes lectures, 10 % de mes échanges. C'est très approximatif, et sans doute très faux, mais c'est un équilibre.

Le Prof : Merci, Oh!91, pour cette dernière salve de questions. J'espère que cette expérience vous aura intéressé. Pour ma part, c'est un des "exercices" que je préfère réaliser dans mon travail. On apprend toujours beaucoup, pas seulement professionnellement.

Oh!91 : Sachez que j'ai participé avec plaisir à cette enquête. J'ai essayé de répondre avec sincérité. Évidemment, à relire mes réponses à mon tour, je me rends compte que je n'aurais pas nécessairement répondu à toutes de la même manière aujourd'hui, plus de trois mois après m'être engagé dans ce jeu avec vous. Mais ce dont je suis sûr, c'est que je me suis efforcé d'être aussi sincère que possible à chaque fois que je me suis livré à cet exercice. Je suis plutôt satisfait de la réaction de mes lecteurs à cet entretien. Alors que c'est la plus longue série jamais produite sur mon blog, j'ai reçu de nombreux témoignages de lecteurs me disant en avoir tout lu. Et de nombreuses notes ou commentaires sont venus approfondir nos échanges. J'ignore si ces commentaires feront ou non partie de votre étude...

En tout cas, vous remerciant à mon tour de vous être ainsi penché sur moi et sur cet investissement un peu étrange dans cette aventure bloguesque, je vous souhaite beaucoup de réussite pour cette étude, et dans le reste de vos travaux.

Le Prof : Cette fois-ci, plusieurs mois après avoir commencé, nous sommes arrivés au terme de cet entretien. Il me reste à vous remercier de votre patience et du temps consacré à mes questions.

En passant, remerciez également vos lecteurs pour leurs nombreux commentaires. Je viens de les lire tous, visiblement bien de vos  impressions sont partagées par vos lecteurs/blogueurs. Vous les remercierez aussi pour vous avoir encouragé à continuer cette expérience par leur réponse au questionnaire. Ces réflexions greffées sur cet entretien réflexif ne manquent pas de piquant et donnent un tour original à celui-ci.

Je vous souhaite une bonne continuation Oh!91.

FIN

18 mai 2009

le cobaye (18) la tête toujours sur les épaules

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Avant-dernier billet consacré à mon entretien avec le sociologue du centre de la France engagé dans l'étude sur les blogs. Il y est question de la fragmentation des audiences, comme en écho à mon billet précédent et à tes commentaires...

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le prof : en tant que blogueur soucieux d’être lu, comment, percevez-vous l’immensité du web, la fragmentation des audiences, l’obligation de se mettre dans un réseau de liens qui se citent mutuellement pour augmenter sa visibilité (pratique du net-linking) ? Ou bien cette parcellisation ne vous concerne-t-elle pas ?

Oh!91 : J'ai le souci d'être lu, et je perçois l'immensité du cyber-espace. Franchement, je crois avoir la tête sur les épaules. Je n'ai jamais voulu faire de mon blog un outil d'influence. J'avais juste envie de livrer à qui voudrait bien l'entendre de petites histoires sur ma vie, décrire des cheminements personnels, me mettre à nu parce que la société n'offre pas, sinon, de lieux de totale sincérité. Et de ce point de vue, le blog m'a comblé. Quand au hasard d'un mot clé, je découvre que sur tel livre, sur tel spectacle, sur tel phénomène de société, mon blog apparaît en première page sur Google, j'exulte, évidemment, mais cela concerne un lectorat tellement marginal que je ne m'en raconte pas trop quand même.

Je n'appartiens à aucun réseau de liens. Je suis heureux quand l'intérêt pour un article que j'ai écrit conduit un blogueur à faire un lien vers chez moi, mais pas tellement parce que cela génère du trafic, plutôt parce que cela veut dire que j'ai touché. Ou interpelé. Et c'est ce retour-là qui me plait.

Ce que vous appelez la fragmentation des audiences n'est au fond un problème que si l'on ambitionne de rivaliser avec les grands médias traditionnels. En ce qui me concerne, j'aurais trop peur en sortant de cette sorte de confidentialité où je me trouve, soit d'avoir à supporter une pression trop forte, soit de mettre en péril mon anonymat.

Le Prof : Qu’est-ce que vous ajouteriez, changeriez dans les dispositifs des blogs clés en mains généralement proposés par les hébergeurs ?

Oh!91 : Ma foi pas grand chose. Je suis plutôt satisfait de mon hébergeur, même si j'ai parfois eu des petits soucis techniques passagers. J'accorde c'est vrai une attention minimale à l'ergonomie et à l'univers graphique de mon blog, ne m'amusant finalement qu'avec les photos d'ouverture et les titres. Et du reste, je n'ai pas pris le temps d'explorer les potentiels d'autres hébergeurs...

(la suite et la fin)

13 mai 2009

le cobaye (17) caresser la douleur

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J'ai reçu la dernière salve de questions. Le professeur est au bout de son travail avec moi et nettoie à présent la paillasse. Nos derniers échanges vont donner lieu à deux ou trois billets encore, et le cahier pourra être refermé.

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : Merci pour avoir accepté de continuer cet entretien malgré les turbulences que vous vivez actuellement. J’imagine que cela ne doit pas être si simple, je vous en remercie d’autant.

Par ailleurs, en ayant relu tout notre entretien depuis le début, je me rends compte que vous avez déjà répondu à plus de 30 questions, ce dont je vous remercie également. Cela m’aura permis d’aborder avec vous l’ensemble des questions que cette activité peut poser dans le cadre de ma recherche sur internet comme média.

D’ailleurs, de mon côté, j’ai amassé suffisamment de matériaux pour pouvoir bientôt commencer un exercice toujours redoutable avant de le commencer : assembler, associer, creuser et rédiger...

Mais si vous en êtes d’accord, pourrions-nous terminer par une dernière salve de questions, des questions qui – pour une fois – ne vont pas rebondir sur vos réponses précédentes mais ouvrir quelques dernières pistes.


Relisez-vous quelquefois, régulièrement votre blog ? Si oui, un peu comme un album photo ? Un peu comme un journal personnel ? D’une manière spécifique ?
-   quand vous relisez, vous relisez votre vie telle que vous la perceviez à ce moment-là, vous relisez aussi les commentaires ? Vous intégrez dans vos souvenirs certaines remarques, certaine discussions, ou bien cela passe au second plan ?


Oh!91 : Je ne relis jamais mon blog. En tout cas pas de façon systématique. Je pratique souvent le lien vers d'anciens billets, et dans la recherche d'une note dont je ne me souviens exactement ni la date de parution ni le titre, je suis amené à en relire certaines en diagonale. Les seuls billets vers lesquels je suis retournés plusieurs fois sont ceux qui racontent mon histoire d'amour et de mon désenchantement, que j'ai rassemblés dans une rubrique dédiée Saiichi, le miroir magnifique. Parce que j'y voyais les preuves tangibles d'un amour authentique, et parce que je trouvais sans modestie que l'écriture de mon chagrin avait souvent été belle.

Et puis j'aime sans doute à caresser cette douleur, qui m'est parfois douce.

Les autres, j'ai à cœur de les préserver, je sauvegarde parfois la totalité de mon blog sur le disque dur de mon ordinateur, mais je ne les relis pas.

Quand il m'arrive d'exhumer un texte ancien, par exemple quand un commentaire vient à y être déposé de façon inattendue, je retrouve en effet l'état d'esprit où j'étais à ce moment-là. Parfois, j'en éprouve une petite honte rétrospective, parce que j'y vois de la futilité, ou que je le trouve mal écrit. Parfois, je suis surpris de retrouver une anecdote que j'avais oubliée.

Mais peut-être, une fois ce blog définitivement arrêté, ces textes deviendront comme cet album photo ou ce journal que vous évoquez, et j'y retournerai autrement. Aujourd'hui, je passe trop de temps à écrire pour avoir celui de lire.

(la suite)

29 avril 2009

le cobaye (16) ne pas déserter les vrais lieux de l'action

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Ça se confirme, l'entretien n'est plus très loin de s'achever. Après avoir lu mes toutes dernières réponses ci-dessous, le sociologue-chercheur vient de m'adresser un dernier bouquet de questions, auxquelles je n'ai pas répondu encore, mais qui donneront matière à - quoi ? - deux ou trois billets... et ce sera la fin en attendant les résultats de l'étude.

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : question volontairement courte et abrupte : le blog permet-il de dépasser les clivages politiques ?

Oh!91 : Non, je ne le crois pas. Il permet des passerelles, pas des dépassements. Il permet d'impliquer, d'intéresser à des sujets politiques des lecteurs pas nécessairement habitués à cela. Il élargit le champ citoyen de la politique, sur des thématiques concrètes, et pas seulement au moment des élections. En ce sens, il peut faire bouger des lignes. Mais franchement, je crois qu'il faut rester humble, l'essentiel de la politique se passe ailleurs, et d'abord dans les vrais lieux d'action et d'échange. La preuve par le mouvement social que connaît notre pays en ce moment.

Le Prof : Le blog limite les possibilités d'un réel débat constructif car on est uniquement dans le langage écrit. La défense d’une opinion passe par l’écriture ? Cela vous aide-t-il ?

Oh!91 : Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question, mais je vais tenter d'y répondre : mon sentiment, avec le blog, c'est d'être en situation d'exposer une opinion, ou une non-opinion, ou une hésitation, pas vraiment d'engager un débat. En général. Quand le débat s'instaure, par les jeux de commentaires, on assiste à deux choses : Ou l'expression d'opinions très arrêtées, connues comme inconciliables, mais acceptées comme tel comme par un respect mutuel qu'on se reconnaît entre blogueur - un petit effet société secrète, voyez.... Ou - suite à des commentaires, qui interprètent d'autres commentaires, d'où naissent des sentiments de malentendus - des tentatives de clarification, d'affinement de la pensée écrite... Le passage par l'écriture est de toute façon exigent. Comme je vous l'avais dit dans une réponse précédente, il m'est arrivé d'être en mesure d'exprimer un avis sur une question politique ou de société donnée du fait même que j'avais été en situation de les formuler par écrit grâce au blog. De ce point de vue, si la défense d'une opinion ne passe pas nécessairement par l'écriture, le travail d'écriture constitue une aide à la pensée, oui, sans doute.

(la suite)

25 avril 2009

le cobaye (15) relayer et prolonger

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L'enquête se poursuit, j'ai finalement trouvé le temps et les fils pour répondre aux questions les plus récentes de notre chercheur-sociologue. Mais ce sont les vacances, et je ne suis pas sûr qu'il ait encore pu prendre connaissance de cette partie de l'entretien, mais c'est sans importance si tu le précèdes.

Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : je vous cite : « Ce qui se transforme, ce sont aussi les commentateurs. Les plus réguliers d'aujourd'hui ne sont pas les plus réguliers d'hier. En dehors de ma "marraine", qui ne m'a jamais lâchée depuis le premier jour. Et je vis cela sans drame étant moi-même un peu papillon dans l'exercice. »

Je change un peu de sujet mais sur le même thème :
-    Qu’est-ce que cela change dans la gestion, le contenu des réactions lorsque la taille du blog grandit (ou commence à avoir de l’ancienneté)?
-    Quel est notamment le temps que vous passez à répondre aux blogueurs, celui que vous consacrez à la rédaction. Quelle est l’évolution de ce temps ?


Oh!91 : Je ne vois pas tellement mon blog grandir. Enfin, plus depuis un an. Les six premiers mois ont été des mois d'évolution sensible, avec constitution d'un "lectorat" (vous m'obligez à employer des termes un peu présomptueux, avec vos questions). Mais depuis, le format général du blog et de ses lecteurs a atteint son point d'équilibre. J'observe que la diversité des sujets accumulés génère un trafic plus dense qu'au début, mais sans croissance visible de la "fidélisation". Le nombre de commentaires, puisque vous m'interrogez là-dessus, évolue peu, a surtout tendance à baisser à mesure que je me replie sur des sujets intimes, ils sont eux même assez denses et construits, souvent, mais en général, je consacre beaucoup plus de temps à la rédaction des billets qu'à celle des réponses aux commentaires. Je n'ai pas noté d'évolution dans ce domaine de ma part.

Le Prof : je vous cite: « mais l'information politique, et l'analyse, la profondeur des déconstructions critiques, c'est désormais hors des media traditionnels qu'elle s'avère la plus intéressante. [..] L'idée de "contre-media" me séduit, à condition de ne pas surestimer ce que cela représente de contre-pouvoir, et de rester lucide sur son impact dans la vie réelle. Je ne perçois pas encore dans les blogs de véritables constructions politiques. »

-    Par exemple, y a-t-il des sujets qui vous paraissaient a priori particulièrement plus propices aux blogs qu’aux médias ? pourquoi ?
-    la lecture des autres blogs vous inspire-t-elle ? Cela vous incite-t-il à approfondir certains sujets ?

Oh!91 : Je ne suis pas sûr qu'il y ait des sujets voués à relever des blogs plus que des autres médias, comme si c'était leur vocation. Par contre, les blogs peuvent combler les manques des autres médias, dénoncer leur propension à traiter unilatéralement d'un sujet, ou à s'aligner les uns sur les autres quant aux angles d'abord d'un sujet donné. Les blogs peuvent dénoncer l'utilisation faite de certaines images en en révélant d'autres, ils rééquilibrent, rapprochent les informations d'un jour de déclarations antérieures, exposent les politiques, par ce fait. Je trouve cela plutôt salutaire, et je prends personnellement plaisir à m'informer de cette façon là.

Je peux dire que - même si la politique n'est pas en général le premier thème de mon blog - les articles que je publie dans ce domaine sont le plus souvent inspirés par d'autres blogs, plus sans doute que par la simple actualité. Et cela me conduit - vous dites approfondir ? - je dirais à poursuivre, à prolonger, à relayer... Je l'ai fait récemment sur l'eau en bouteille et l'insupportable chantage économique auquel se livrait une grande marque sur le maire d'une petite commune, sur l'homoparentalité au moment de la loi sur le parent-tiers, etc.

(la suite)

21 avril 2009

le cobaye (14) un solstice de la vie

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Bonjour Le Prof,

Je vous ai un peu négligé ces derniers temps. Pas par désintérêt, vous vous en doutez, ni que vos réponses à mes questions ou le lien vers des études précédentes m'aient refroidi, mais la vie est ainsi faite que je traverse une période émotionnellement tourmentée de ma vie, et que mes priorités s'en trouvent chamboulées, tout comme le fonctionnement et le contenu de mon blog, qui retombe - j'espère provisoirement - dans ce qu'il a déjà été l'été dernier : une sorte d'exutoire à ma tristesse et à mes angoisses. Qui plus est à un moment où traditionnellement, avec le printemps, ma charge de travail se densifie, professionnellement parlant.

Bref, je vais tenter de reprendre le fil de notre entretien et de répondre à vos nouvelles questions. En vous remerciant de votre patience.

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : je vous cite : « Au fil du blog, qu'est-ce qui s'est transformé dans mes relations avec les internautes ? Probablement y a-t-il moins de passion qu'au tout début. Dans les premiers mois, quand un lecteur venait à passer, et à me laisser un commentaire flatteur, je mettais beaucoup de cœur à entretenir cette relation naissante, j'y plaçais d'emblée beaucoup d'affect, pour peu qu'il ou elle fut lui-même blogueur, je m'investissais assez intensément dans le suivi de son propre travail... Et puis avec le temps, avec la répétition des schémas, un peu de lassitude ou de routine s'est installée, et je crois me situer aujourd'hui davantage dans le fond des sujets abordés et moins dans la forme de l'image que je construis à travers un échange. »

- Y a-t-il une bifurcation des objectifs initiaux depuis la création de votre site ?

- Par ailleurs : Avez-vous parfois envie d’abandonner, pourquoi abandon ? sur un coup de tête ? Pour d’autres raisons : changement de vie, de profession, de ville, lassitude, etc. ? Des manques enfin comblés, plus d’intérêt à faire un
blog ?


images.jpgOh!91 : D'abord, sur la bifurcation : je peux dire que oui, même si il m'est difficile de parler d'"objectifs initiaux". Au tout début, comme je vous l'ai expliqué, ce blog n'avait pas d'objectif clair : c'était faire de la chronique intime, revenir sur des moments de ma vie qui me paraissaient particulièrement structurants de ma personnalité, pour mieux me comprendre moi-même, pour m'accepter à travers le regard des autres, et tenter un exercice de vérité totale grâce au bénéfice de l'anonymat. Il y avait en outre comme un jeu avec les trois blogueurs devenus précédemment des amis et vis-à-vis desquels il y avait un enjeu de "maintenance" de cette jeune amitié.

Puis peu à peu, une sorte de "ligne éditoriale" s'est façonnée, comme une marque de fabrique conçue à mon insu, et relevée par les lecteurs, une façon de porter une espèce de solstice de la vie, assumer un certain libertinage tout en promouvant des valeurs, exprimer un certain engagement politique tout en l'encrant dans des relations pleines d'intime, vivre et exprimer des expériences totales.

L'eau voulait en être une sorte de fil conducteur, à partir de ma passion pour la natation, et de mon combat citoyen sur cette question. De fait, ce thème de l'eau n'a pas franchement tenu la rampe, même si les lecteurs qui connaissent le mieux mon blog s'amusent parfois à faire des commentaires en s'y référant. Et puis Entre deux eaux reste son titre.

Depuis, le "libertinage" et l'intimité corporelle ont presque disparu de ce blog. Il reste une intimité, mais que je qualifierais d'émotionnelle. Je ne saurais trop dire si c'est un passage ou une bifurcation, mais surtout cela tient aux évolutions de ma propre vie, plus qu'à celles du blog.

Abandonner le blog ? J'en ai parfois l'envie, oui. Mais je ne suis pas du genre à agir sur un coup de tête, l'étape de la jachère ouverte précèdera sans doute celle de l'abandon. Je ressens en tout cas parfois comme une extinction de la passion, une lassitude, comme vous dites. Je suis actuellement dans une telle phase. Mes émotions battent ailleurs. L'essentiel de ma vie se joue ailleurs. Et le partage devient surfait ou superflu - mais voyez que je prends malgré tout le soin de vous répondre. Et je le regrette car cette expérience, depuis que je la vis, a été d'une richesse inouïe au plan personnel. Elle se trouve peut-être même à l'origine de la déstabilisation psychologique où je me sens verser actuellement.

"Des manques enfin comblés", cette expression m'interroge. Le blog n'a pas été pour moi une façon d'aller vers les autres, je n'avais pas de manque de ce côté-là. J'avais surtout besoin d'exprimer des choses qui vont au delà des tabous familiaux et sociaux. Et j'ai satisfait ce besoin avec le blog. Parfois, j'ai l'impression d'avoir tout "déballé", qu'il ne me reste plus rien à dire, que j'ai fait le tour, ou de n'avoir plus de tabou à transgresser, et l'intérêt à tenir le blog peut s'en trouver estompé.

(la suite)

08 avril 2009

le cobaye demande des comptes (13)

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Avant de répondre à une nouvelle série de questions du sociologue qui m'a installé sur une paillasse, j'ai osé lui soutirer quelques clarifications. Il me semble qu'elles éclairent le sens de nos entretiens, alors - nouvel intermède - voici ce que donne notre interrogatoire inversé. (la photo n'a rien à voir, je n'ai pas trouvé de paillasse)

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Oh!91 : Bonsoir Professeur, j'ai pris mon temps pour vous répondre, vous me l'aviez suggéré, je vais tâcher de ne pas trop me répéter même si ce n'est pas toujours simple, en prenant vos questions les unes après les autres, comme précédemment.

Puis-je auparavant vous poser moi-même quelques questions relatives à votre travail ? Qu'en est-il de cette étude ? Quand pensez-vous en livrer des résultats, et sous quelle forme ? Aurais-je l'occasion d'en connaître la substance ?

Et puis combien de blogueurs sommes-nous ainsi sur la sellette, à avoir accepté de nous prêter au jeu ? A vrai dire, je n'ai croisé la route d'aucun, ni parmi les habitués de mon blog, ni dans les rendez-vous de blogueurs que je fréquente, comme Paris-Carnet, et j'oscille entre deux interprétations, à tort ou à raison : que votre échantillon est "resserré", ou que la blogosphère est beaucoup plus étendue que je ne me la représente à travers les réseaux que je fréquente.

Pouvez-vous m'éclairer sur ce point ?

Le Prof : Bonjour Oh!91, merci, comme d’habitude, pour la réflexion menée pour vos réponses précédentes, et pour la précision de celle concernant les requêtes. A mon tour de commencer par répondre à vos questions. Qu'en est-il de cette étude ? Pour être précis c’est une partie d’HDR. (habilitation à diriger des recherches, dernier diplôme après le doctorat) et aussi un bouquin. Son titre (actuel) : le cyberespace médiatique. Ses thématiques : les questions d’interactivité, de fragmentation des médias, de réseau et d’ouverture des sites médiatiques, d’usages des internautes et, enfin, un espace médiatique d’opinion : les blogs d’opinions. Sous quelle forme ? J’espère un livre, comme pour mes recherches précédentes. Dès que je l’aurai fini, septembre, je le proposerai à des éditeurs. Il faut ensuite compter au minimum 8 mois, donc pas avant avril 2010. Mais si vous le souhaitez, je pourrais vous tenir au courant en 2010.

Combien de blogueurs ? C’est du qualitatif pur. Comme vous vous en êtes rendu compte, l’entretien comprend de multiples questions, ça c’est pour le qualitatif, l’approfondi. La contrepartie c’est que cette méthode tirée de Kaufmann n’exige pas de représentativité construite a priori (chose qui plus est très difficile à faire pour les blogs). Donc 20 blogueurs. Si vous voulez en savoir plus, cette méthode est exposée dans un travail précédent qui va sortir le mois prochain, mais dont une petite partie a été publiée en ligne sous le titre "les blogs extimes" dans la revue TIC et société.

Êtes-vous toujours OK pour continuer l’entretien, Oh!91 ?

(la suite)

04 avril 2009

le cobaye (12) à propos de résistance

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L'entretien poursuit son bonhomme de chemin. Et puisqu'il a été question de résistance et de contestation ces derniers jours, à l'occasion du G20, ça tombe bien, c'est précisément le sujet qui était abordé dans cette séquence.

11ème partie :

Le Prof : autre sujet : est-ce que vous vous resservez de vos réflexions de blogueur dans vos conversations quotidiennes ? Régulièrement, peu ? Directement ? Indirectement ?
-    cela prépare-t-il et nourrit-il vos arguments ?

Oh!91 : Oui. La mise en ordre de certaines idées, à travers l'exercice de l'écriture, alimente des conversations que je peux avoir au quotidien. Cela arrive assez souvent. Le contraire est vrai aussi. Des discussions "de bistrot", ou des échanges avec des collègues, donnent parfois naissance à un projet de note.

Le Prof : sur certains sujets, envisagez-vous cette pratique de blog comme une activité de résistance sociale ? politique ? Au fond : que vaut la description du cyberespace comme contre-média d’après votre propre expérience ?

Oh!91 : Incontestablement, l'écriture est un acte de résistance. Sociale et politique. D'ailleurs, dans mon rapport à l'information, s'inverse peu à peu la part que je puise dans les media traditionnels et celle que je récupère dans la lecture des blogs. La radio ou la télé me permettent surtout de garder une certaine clairvoyance sur les hiérarchies dominantes dans le traitement des informations, d'accéder à l'actualité des faits divers, mais l'information politique, et l'analyse, la profondeur des déconstructions critiques, c'est désormais hors des media traditionnels qu'elle s'avère la plus intéressante.

L'idée de "contre-media" me séduit, à condition de ne pas surestimer ce que cela représente de contre-pouvoir, et de rester lucide sur son impact dans la vie réelle. Je ne perçois pas encore dans les blogs de véritables constructions politiques. Pour ma part, je fais partie de ceux qui croient profondément à la nécessité de reconstruire la gauche, et de le faire de façon nouvelle, en terme d'idées, de rapport à la démocratie, de connection au mouvement social, etc. Je constate que les blogs ouvrent beaucoup d'espace à la circulation de la critique de l'existant, mais la contruction du nouveau, quelque chose me dit qu'elle a d'abord besoin d'humain, de contacts, de rencontres... Sinon, une certaine stérilité pourrrait menacer cette activité "résistante".

(la suite)