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24 septembre 2012

36, rue des morillons

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Bonne surprise, dimanche soir, en rentrant d'un long week-end loin de Paris. Loin, en intention, de mes démons, rendu à mes devoirs pour m'y oublier, j'étais resté poursuivi par des pensées acides, jalouses, vicieuses, toutes à l'ouvrage de la construction de l'imagerie précise, minutée, obscène d'une infidélité annoncée. Sans grande colère contre la préméditation, sans vraie tristesse, sans larme même, mais les dents serrées pour que le temps passe plus vite. Je m'en veux de replonger dans ces réflexes morbides. Au moins avais-je pris à temps la décision de prendre le large. L'esprit n'aura malheureusement pas suivi cette fois. L'image était trop nette, haletante.

Ma mère est en proie à une fatigue tenace. Son cerveau lui joue des tours à elle aussi, organisant une pénible pelote d'angoisses autour de noyaux futiles. Des bulles de savon en vérité, que quelques mots parviennent à rendre au néant. Le prix d'une solitude de bientôt vingt ans. Le prix aussi de tout ce qu'elle a pris sur elle pendant la crise anorexique de ma nièce, ces trois dernières années. Il ne m'est pas désagréable de me rendre disponible pour être plus souvent près d'elle.

Bonne surprise, donc, en rentrant dimanche. Une lettre de la Préfecture m'annonçait qu'on avait retrouvé des objets semblant m'appartenir. Ils étaient "cités en référence". Tu parles ! "Documents divers, et CH". CH ? CH ? Clés d'habitation ? Je me suis pris à rêver qu'après le cambriolage avec effraction de mon véhicule, le soir de ma rentrée lyrique du 11 septembre, les voleurs se seraient débarrassés de mon agenda, et de mes clés - les miennes et celles de mon indélicat complice.

Je me suis donc rendu cet après-midi au 36, rue des morillons, les bureaux de la Préfecture de police de Paris où sont rassemblés les objets trouvés. Un nom qui fleur bon le commissaire Megret. Un peu comme le Quai des Orfèvres. J'avais le cœur léger. Mon agenda rassemble des souvenirs précis, des instants d'amitiés. Et qui sait ce que je me serais autorisé avec les clés ?...

Le service est bien organisé. La convocation par courrier sert d'efficace coupe-file, alors que ceux qui se précipitent en quête d'un improbable Graal forment une queue impressionnante.

Las, en guise de trésor, seuls le programme gratuit - luxueux, certes, pour l'année du centenaire, mais gratuit - de la saison du Théâtre des Champs-Elysées, et deux chéquiers m'attendaient. Lesquels, m'ayant valu déjà 10 euros pour l'un et 13 pour l'autre en frais d'opposition, n'ont plus aucune valeur. Je me suis donc abstenu de payer les 11 euros de frais de dépôt supplémentaires et ai tout laissé sur place. Pour le pilon !

Et pour oublier tout ça, ai plongé tête la première dans la piscine encore découverte de Roger Le Gall. Brise vive et soleil perçant m'y souhaitaient la bienvenue pour deux-mille mètres d'oubli total.

18 septembre 2012

une dinde pour Noël ?

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Je m'en veux de ne pas venir plus souvent à ta rencontre alimenter ce blog. La faute à des galères, ou à une dispersion, je ne sais pas très bien. Pour les galères, j'ai eu mon lot. Pile le jour de ma rentrée lyrique, mardi dernier, à Garnier. Capriccio, de Richard Strauss, faisait dialoguer un poète et un musicien, tous deux amoureux d'une comtesse qui ne savait choisir entre l'un et l'autre, entre le verbe et la mélodie, qui les laissera se déchirer avant que le sort ne les unisse, pour le meilleur du spectacle. J'ai oublié comment se finissait l'intrigue, le casting n'était pas du premier cru. La mise en scène était classique, quoique astucieuse, nous laissant pénétrer dans les grandes profondeurs des coulisses de Garnier. Mais à la sortie, un événement avait pris la place : le déflecteur de ma voiture avait été brisé, le coffre ouvert, et les sacs qu'il renfermait subtilisés : clés, carnets de chèque, ordinateur, agenda... bref, tu imagines à quoi j'ai occupé les journées qui ont suivi.

Le pire, c'est que ce n'était pas ma voiture, mais un véhicule de courtoisie mis à ma disposition par le carrossier à qui j'avais confié ma Mégane pour qu'il en remette le pare-choc arrière à neuf. Il était content, le carrossier !... Et moi je cours derrière mes factures pour espérer une prise en charge. L'assurance laissera trois franchises à ma charge : celle du pare-choc, celle de la vitre, et celle des objets volés, portée à  250 euros en raison de la recrudescence des vols dans les voitures. Il paraît.

Puis il y a eu la fête de l'Huma. Ambiance toujours aussi sympa. Bénabar pêchu, quoiqu'un peu trop benabarfete.jpgmacho à mon goût dans ses blagues et ses jeux de scène. Mais je ne me lasse pas de ce dîner où "on s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à s'planquer sous les draps, on commandera des pizzas toi, la télé et moi"... Quel plaisir !

On y a commenté la situation politique aussi, mais ça, tu l'as vu un peu, ou entendu. On y a parlé de la conférence environnementale et du traité européen d'austérité. J'ai aimé une des expressions de Pierre Laurent à propos de cette consternante contradiction qui consiste à ambitionner de rénover 1 million de logements par an pour en améliorer les performances thermiques, mais à s'enfermer dans les logiques d'austérité et à vouloir ratifier un traité qui en inscrit le principe dans le marbre de la constitution : "c'est comme une dinde qui voterait pour Noël". j'ai bien ri. Et j'ai pris date pour participer à la manifestation du 30 septembre à Paris pour réclamer un référendum. C'est bien le moins !

Les Prix Nobel d'économie, à l'instar de Stiglitz, ont beau monter au créneau les uns après les autres pour expliquer que c'est pure folie, que la récession en sera inévitable et que c'est inéluctablement voué à l'échec (*), notre cher François s'entête et fait le beau.

Je redoute les effets combinés du choix austéritaire légitimé par les nécessités européennes, de l'appauvrissement généralisé qui en découlera, et des mesures sociétales radicales annoncées, comme le vote homosexuel ou la légalisation du mariage des étrangers aux noces locales. A moins que ce ne soit l'inverse. Cocktail si facilement exploitable au plan idéologique par la droite extrémisée...

Bref, heureusement que des voix alternatives à gauche se font entendre aussi, sinon, il n'y a plus qu'à inaugurer un boulevard Le Pen à Paris.

_________________________

(*) Amartya Sen, Prix Nobel d'économie 1998 écrit que "le soi-disant programme d'aide européen pour les économies en difficulté insiste sur des coupes draconiennes dans les services publics et les niveaux de vie. (…) Ces politiques attisent la division. (…) La prise de décision sans discussion publique – une pratique courante dans la mise en œuvre de la politique financière européenne – est non seulement anti-démocratique, mais inefficace".

Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie 2001 a déclaré en janvier dernier: "L'obstination des dirigeants européens dans l'ignorance des leçons du passé est criminelle". Et en mai : "Les pays qui tendent à un budget équilibré sont contraints de faire des coupes dans leurs dépenses en raison de la chute de leurs revenus fiscaux – un "déstabilisateur automatique" que l'Europe semble vouloir adopter en toute inconscience".

Paul Krugman, Prix Nobel d'économie 2008 a osé affirmer à propos du pacte d’austérité budgétaire : "Le paquet fiscal forcera les pays à poursuivre des politiques d'austérité qui ont pourtant déjà montré leur inefficacité".

J'ai volé ces citations sur le blog de Jean-Luc Mélenchon.

09 septembre 2012

quand les Kaïras font vidange

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Jeudi. Piscine de Montreuil. Je continue, sans préméditation, la découverte des bassins nautiques de banlieue, la faute à la fermeture généralisée des piscines parisiennes pour vidange : c'est bien connu, du 25 août au 7 septembre, plus personne n'a le droit de nager à Paris, décret universel pour préparer la rentrée des classes des petits écoliers.

Montreuil, donc. En sortant de l'eau, après deux mille mètres lumineux dans le vaste bassin d'eau profonde, sous la voûte rénovée qui abrite de hauts plongeoirs : plus de tongue ! Trois ans que je les avaient ramenées du Brésil, mes tongues. Trois ans qu'elles me rendaient de fidèles services, m'attendant patiemment en bout de ligne. Elles ont bien du aller 600 fois à l'eau, depuis. 600 fois passées sous la douche. Et sans faiblir... Je peste contre ces foutus gamins de banlieue, qui s'ennuient à cent sous de l'heure et font les kings partout où ils passent.

L'avant veille déjà, piscine de Massy, j'étais rentré au vestiaire au milieu d'une scène hallucinante où une brigade de policiers municipaux étaient intervenus pour mettre dehors une demi douzaine de mômes perturbateurs, lesquels s'étaient même offert le luxe de négocier cinq minutes de sursis pour jeunes de banlieue.jpgpasser sous la douche avant de sortir. Être expulsés, d'accord, mais propres ! "Cinq minutes chrono", leur avait concédé la capitaine de brigade. Ils sont comme ça, les Kaïras : ils osent tout. Ils flambent, sont mal dans leur peau, se la racontent. Ils jouent tout sur leur rapport aux srabs, rien dans celui à la règle commune, et tant pis pour le reste du monde !

J'avais justement fini par aller voir le succès de l'été, Les Kaïras. C'était le week-end dernier, dans une salle d'Evry : il n'y a plus qu'en banlieue qu'on peut encore le voir. Les Kaïras font vidange à Paris, comme les piscines. Mais moi, c'était mon rendez-vous avec WajDi. Et ma foi, j'ai bien ri. Derrière la grossière outrance, dont le thème de la pornographie ouvrait grand la porte, le regard des cinéastes ne manque ni de tendresse ni de subtilité. Le coming out musical d'Abdelkrim est un modèle du genre. Et le Franck Gastambide a de solides arguments.

Retour à jeudi. Avant de quitter la piscine, je suis quand même passé vider ma rage sur le personnel de surveillance : "Cest  normal, à Montreuil, de se faire tirer ses tongues ?" "Elles sont comment vos tongues", me répond un jeune surveillant de baignade à croquer. "Comme ça ?".
 
Merde ! Elles étaient simplement cachées là, à leur place, au bord de l'eau, sous une pile de planches...

31 août 2012

crevaison

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Bon, ben cette fois, c'est bien fini. Retour maison. A cœurs et à corps déchirés. J'ai du mal. A accepter, à reprendre, à devoir tout sortir des cartons : le soin aux plantes mal-traitées par l'absence, le rapport laissé sous la couveuse avant de partir, la mise en vente de la voiture, ce blog.

Il me faut beaucoup d'amour pour toi, éternel passeur de l'improbable, pour que s'anime l'énergie de revenir aussi en ces futiles prairies.

L'Autriche est loin, hélas. Mozart s'en est allé, et Beethoven, et Schubert, reclus dans leurs maisons de mémoire. Les alpages verts et naïfs comme tirés de la mélodie du bonheur s'éloignent eux aussi à toute vitesse des berges du Lac de Constance. Et la Chapelle du Corbusier à Ronchamp, monument d'architecture et de spiritualité, ultime étape de ces belles vacances avec l'ami qui se refuse chapelle_ronchamp-4bc1.jpgobstinément amant, mon mélodiste de la désharmonie. Épilogue sur un pneu crevé et une jante explosée, entorse inaboutie, signal de détresse. On achève bien les chevaux.

Clap de fin aussi sur les espoirs de changement, ils auront fait long feu. L'Europe s'enfonce mais les bavardages suppositoires sont en place sur toute la longueur de la bande FM. Je n'ai pas encore eu le courage d'alumer la télé.

Hors mis une preuve de tendresse glanée dans un sauna de Zürich, le plaisir se conjugue toujours au singulier, d'une main ou de deux. Ah si, j'ai effleuré je crois, de la pointe d'un doigt, l'orgasme prostatique. C'est WajDi qui serait content de le lire... Seule voie prometteuse à explorer. Avec les appels du Front de Gauche à changer vraiment. En se positionnant sur des propositions précises.

Proscrits, prostrés, prosternés... Voilà à quoi nous sommes rendus. Réduits à entendre le fracas des oligarchies assoiffées, de sexe et de pouvoir. Les écuries de Salzbourg dégorgent encore du fiel des officiers alanguis. Insensibles au sort des femmes. Et des faibles. Bachar élimine son peuple avec méthode. Mitt Romney promet chaque centimètre carré d'Amérique à la loi de la fracturation hydraulique. Les athlètes paralympiques se débattent comme de beaux diables, les caméras sont là mais juste pour le décor. Le monde est un opéra de Bernd Alois Zimmermann.

Pourquoi tout ne se finit-il pas comme les sonates de Beethoven : dans un dernier souffle, parcourant en crescendo toute l'étendue du clavier des deux mains, jusqu'à une double volute sur trois octaves, puis en diminuendo, les premières notes de l'histoire rappelée d'une nostalgique transparence pour se fondre dans la sérénité finale de la dernière mesure ?

22 août 2012

les lunettes de Frantz Schubert

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Quelques mots de mes vacances de riches ?

De Salzbourg, s'il-te-plait. Plus précisément, d'une petite pension aux fonctionnalités wifi aléatoires.

Je t'ai laissé en posant ma valise à Budapest. La quinzaine olympique, puis l'arrivée d'une amie, m'ont tour à tout absorbé de diverses manières et éloigné de ce clavier. D'autant que je n'ai pas dérogé de ma séance quotidienne de natation, le plus souvent en début de matinée pour ne pas compromettre les agréables découvertes touristiques qui nous étaient promises.

Puis je me suis échappé retrouver en Autriche celui qui se déroba si souvent à moi ces cinq dernières années, pour devenir peu à peu mon compagnon de musique, mon mentor dans ce domaine, mon amant diatonique. Ou dodécaphonique, tant il s'emploie à escamoter les harmonies faciles.

Le village-frontière avec l'Autriche s'appelle en hongrois "rêve vallonné".

A Vienne, la petite auberge retirée que nous avions choisie pour son calme supposé s'est avérée prise dans un grand festival du vin. On y buvait surtout de la bière, en vérité, les rues alentour étaient bloquées pour quatre jours, ce qui est juste incompatible avec les nécessités d'un voyage en voiture.

En voyant ce florilège de chemises à carreau dans des bermudas de cuir tyroliens, portés par toutes les générations, j'ai souri, pensé à l'exposition visitée à Budapest trois jours plus tôt "Qu'est-ce-qu'être hongrois", dans laquelle des plasticiens hongrois apportaient leur réponse, artistique et contemporaine, parfois nostalgique, souvent moqueuse, tout en symboles détournés, à la question identitaire.

En traversant la foule à pied le soir pour retourner à l'hôtel, si loin de l'atmosphère envisagée, je remarquai qu'on ne trouvait ici aucun voile, ni aucune peau de couleur. C'est dans le parc de Chambrun, entre chien et loup, qu'on observait sur les pelouses des familles "de la diversité" venues profiter de l'éclipse nocturne de la canicule, ou de la fin du Ramadan.

DSCN3468.JPGNotre pèlerinage musical nous a conduit de la maison de naissance de Schubert à une demeure estivale de Beethoven, en passant par le centre Schoenberg. Dans l'appartement où Mozart résida plus de trois ans et composa, notamment, Les noces de Figaro, arpentant le parquet du séjour où se trouvait une table de billard, entendant que dans cette pièce même, dont la fenêtre n'a rien perdu de sa vue d'alors, Mozart créa, en présence de Joseph Haydn, les quatuors à corde écrits en son honneur, son propre père Léopold au violon, je me suis vu surpris par une soudaine bouffée d'émotion.

A Salzbourg, nous poursuivons cette escapade sur les pas des Mozart : la maison natale, la grande résidence plus tardive, les places, les chocolats, tout ici ne bruisse que de ce nom magique.

Dans une ambiance guindée à outrance, les plateaux du festival nous offrent des horizons variés : les trois dernières sonates de Beethoven, Maurizzio Pollini au piano, un programme symphonique éclectique, par l'Orchestre des jeunes Gustav Mahler. Et surtout, surtout, l'objet de ces vacances extravagantes, la nouvelle production d'un opéra rarement monté, tant sont complexes les agencements musicaux, scéniques et lyriques : Die Soldaten, de Bernd Alois Zimmermann !

Voilà. Je te reparlerai sans doute de cette création et de certains de ces épisodes, mais peu probablement avant mon retour, dans une grosse semaine. Ce clavier est dur à caser dans pareil programme... Quant aux pensions modestes aux liaisons wifi aléatoires, c'est la contrepartie obligée de vacances ruineuses.

09 août 2012

tout commence par le cul

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Les Jeux, c'est quand-même une histoire de cul. Pas pour arriver à ce niveau de performance, où il faut du talent et des années de préparation, mais pour gagner les duels. Une seconde de plus ou de moins, et un match bascule, un shoot réussi ou raté, et c'est l'apothéose ou la bérézina. Il s'en faut parfois d'un milimètre, pour que la barre tienne ou chute.

Grand pourvoyeur de stress en handball, le cul a ainsi souri aux gars et abandonné les filles. Au baskett, la preuve est faite, il faut du cul et des nerfs. Espérons que les filles, ce soir, en auront plus que les gars, ce serait un juste retour des choses.

Et puis en athlétisme, on t'affuble d'un grand "Q" ou d'un petit "q", selon que tu doives ta qualification à un placement direct ou à un repêchage. Force est de constater que les Français sont les rois du petit q, dans ce domaine, alors qu'on trouve profusion de grands Q chez les Jamaïcains et les Américains. S'il décroche une médaille sur 200m ce soir, Christophe Lemaître le devra néanmoins à autre chose qu'à du cul.

Bon, en ce qui concerne les nôtres, on aura eu pas mal de cul en première semaine, et sensiblement budapest,hongrie,blog,londres 2012,jeux olypiquesmoins en seconde. En même temps, les escrimeurs, c'est rare qu'ils montrent le leur, de cul. Alors que les lutteurs l'arborent de plutôt belle manière.

Y'en a même qui disent que des histoires de cul se nouent dans les étages du village olympique, et que ça n'a rien à voir avec la taille des "q".

Je déploie à Budapest des trésors d'ingéniosité pour réussir à voir ces Jeux. Ou plutôt, pour les suivre. Dès qu'une compétition rassemble Français et Hongrois, je suis assuré qu'elle sera retransmise en live à la télé. Ou sur écran géant, en centre-ville. Mais sinon, c'est la radio par Internet. France-Info, qui t'offre de longs couloirs de directs, mais qui parfois sombre dans d''incroyables rediffusions. J'ai dû entendre dix fois, si ce n'est vingt, avant-hier, une chronique sur la chanson "Fais-moi du couscous chéri". C'est toujours plus supportable que Nelson Montfort, tu as raison...

Rassure-toi, je m'échappe aussi. Vers les lieux de mes premières histoires de cul... La terrasse du Palatinus, les bains Rudas. J'y suis sage, me contentant de quelques regards coquins, et autres mains baladeuses.

budapest,hongrie,blog,londres 2012,jeux olypiquesEt puis je me souviens que c'est dans le récit de quelques unes de ces aventures qu'est né ce blog, ici-même à Budapest. Avant de prendre chair et corps dans ces pages, mes émois allaient rencontrer ceux d'un blogueur dont je m'étais épris, boxeur de banlieue, qui nous délectait de ses plans cul de vestiaires, nous bouleversait de ses états d'âmes familiaux, et fédérait toute une communauté avec laquelle des liens durables allaient se tisser...

Pourquoi j'en parle ? Parce que je suis à Budapest, dans l'appartement que j'occupais déjà à l'époque, il y a cinq ans, à deux pas du cybercafé où je commençais et finissais mes journées.

Et que depuis, des flots ont coulé sous ces ponts. Les liens se sont distendus, la ferveur a disparu, les spams ont remplacé la plupart des commentaires, mais qu'envers et contre tout, ce billet est aujourd'hui le 900ème d'Entre deux eaux.

05 août 2012

Budapest, une, trentième !

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Et oui, j'y suis à nouveau ! Quant on aime, hein...

Ma retraite paisible. Je n'avais plus fait le voyage en voiture depuis 2003. Avec apparition de l'aviation low cost, c'est devenu une fantaisie coûteuse et inutile. Fatigante, de surcroît, comme cela vient de se rappeler à mon bon souvenir. Malgré une étape nocturne près de Reggensburg, en Allemagne, et une halte déjeunatoire chez des amis d'Igor à Vienne.

Seulement voilà, j'enchaînerai ce séjour à Budapest avec une petite semaine au festival de Salzburg, la classe, non ? D'où la voiture. Que je me suis juré de ne pas utiliser de tout mon séjour hongrois.

D'ici, c'est assez dur de suivre les JO. Dommage, je m'étais pris de passion. Les retransmissions de France-télévision par Internet sont bridées pour l'étranger - question de droits télé - et dans notre petit appartement en ville, nous recevons uniquement les chaînes hertziennes, avec une antenne d'intérieur. Tu te rappelles l'époque des retransmissions enneigées à l'image sautillante ? Eh ben voilà ! En plus, on n'accède qu'aux compétitions où participent des Hongrois ! On ne va pas le leur reprocher, hein, quand on voit le traitement des jeux par les chaînes françaises, mais bon, difficile d'y trouver mon compte. Alors il reste France-Info. Par Internet, ça marche du tonnerre de Dieu. Sauf qu'il n'y a pas l'image, pardi !, et que pour entendre les directs de temps en temps, il faut se fader dix fois dans la journée, les mêmes chroniques et faire son deuil de la trêve des actualités. Triste Syrie...

Autrement, je vais nager, évidemment, mon principal loisir, ici comme ailleurs.

Tiens, tu sais quoi ? J'ai fait 28 kilomètres en juillet. Le site communautaire nageurs.com, qui m'abreuve chaque semaine de mes statistiques à jour, me précise même qu'avec 10 piscines différentes fréquentées dans le mois, je me classe 3ème sur les 550 nageurs de juillet référencés. Je te rassure, en nombre de séances (17 pour moi), je ne suis que 37è, et 75è en ce qui concerne la distance parcourue...

C'est vrai que j'ai éclusé, cet été. Fuyant Paris aux couloirs encombrés, j'ai expérimenté des bassins de la grande banlieue, souvent assez chers d'ailleurs pour les non-résidents. Et puis je me suis offert des pauses aquatiques dans chaque ville où j'ai fait festival : Aix, Chalon, Amiens, Foix... J'ai même fait le "Voyage à Nantes", tout récemment, pour visiter les installations géantes de l'Estuaire 2012, et j'y ai aussi découvert une très belle piscine, à deux pas de l'hôtel où j'étais descendu.

Budapest, donc. Arrivé avant-hier, j'ai commencé hier par Palatinus, histoire de prendre la température budapest,vacances,palatinus,JO,Jeux Olympiques,Londres 2012(qui est élevée, d'ailleurs : la canicule est annoncée pour demain). Il y avait la foule des grands jours, normal pour un samedi, le bassin de 40 mètres restait toutefois largement nageable, le coin naturiste faisait terrasse comble. Seul changement, les douches ont été réaménagées, les céramiques refaites à neuf, et les box troqués pour des cabines... avec des portes ! Ah, pudeur, quand tu nous tiens ! Ça change l'atmosphère. Heureusement certaines cabines ont été laissées ouvertes, énigme, et j'ai pu observer qu'on continuait à y rôder l’œil coquin...

Ce matin, ce sera la piscine sportive Császár-Komjádi, pas de temps à perdre en batifolage, puis un déjeuner dans la belle famille. On y aura je crois de la haute-def pour les Jeux !!

23 juillet 2012

le vivant au prix du mort

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Je descends d'un autre train. Celui-ci me ramène de Chalon-sur-Saône. Trois jours de condensé d'arts de la rue, comme on dit, ou d'"art dans l'espace public", pour coïncider avec la terminologie en vogue.

J'en ai pris plein la tête et les oreilles. Plein le cœur aussi. Les arts de la rue ne méritent pas d'être considérés comme un genre mineur. On est loin aujourd'hui des échassiers et des clowns suiveurs. Ils sont une terre de création, d’expérimentation particulièrement féconde. Un des lieux de la culture où l'on se pose le plus la question de l'accès du public, de sa place, de sa participation. Un des lieux où le réel est questionné avec le plus d'acuité aussi. On y trouve des projets où la qualité d'écriture est exigeante, autant, peut-être même davantage que dans le théâtre ou l'opéra. Ici la scène n'est pas à ton service, avec son plateau tout équipé, sa technique sophistiquée, ses lumières, ses machineries. C'est toi qui es au service de la scène, c'est-à-dire du trottoir, du jardin public, du mur, c'est toi qui lui donne vie, qui leur donne sens. Et le public n'est pas captif, retenu enfermé dans le prix de son billet d'entrée. Tu dois le conquérir, à la force de ta proposition. Tu dois le conserver, à la force de ton verbe, de ton geste. Tu dois lui arracher les larmes quand toute la ville bruisse autour de ses propres misères. La performance est en tout remarquable, les saltimbanques ne sont plus les colporteurs des bonnes ou des mauvaises nouvelles : ils sont des utopistes, des créateurs d'univers, avec des budgets ramenés à la portion congrue, mais souvent avec la rage de changer le monde.

Chalon ne manque pas de snobisme non-plus. Il a ses aficionados, ses programmateurs professionnels, son tout-Paris branchouille à souhait, probablement l'essence de la boboitude. Mais on y trouve aussi des artistes, donc des propos sur le monde. Et le monde. Pour ma part, j'ai souvent été bluffé, et ai eu mon lot d'émotions et de larmes.

arts de la rue,chalon dans la rue,chalon-sur-saöneIl y a les écorchées, qui se frottent à la ville de tout leur corps, à sa rugosité, qui viennent la dénicher dans ses recoins cachés ou dans des espaces éphémères créés à l'adhésif épais, dans un son électro qui reprend et amplifie le déchirement des pas, des heurts et des fuites, qui vient faire grincer le mano a mano auquel la danse se livre avec le street art, qui t'introduit dans les coins sombres de la cité et disparaît comme les papillons de nuit.

L'intime et l'érotique y jouent leur partition.

J'ai entendu une créatrice expliquer son travail sur la transhumance - étonnant, non ? Il y est question de déplacement, d'éphémère, d'absolue précarité, de la rencontre et des constructions nouvelles qui en résultent.
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J'ai vu dans le feu magistral de Carabosse, déchirant la nuit de l'ancien port industriel, vibrer le sort criminel des migrants mexicains victimes en pleine transhumance. Leurs visages t'apparaissaient derrière une cire couleur de sang qui coulait d'une tôle brûlante. Leurs vêtements souillés partaient déjà au recyclage quand leurs tombes se taisaient, recouvertes d'objets anodins mais témoins.

arts de la rue,chalon dans la rue,chalon-sur-saöneJ'ai vu sortir d'un conteneur une montagne de déchets et ces déchets prendre vie, s'animer accéder à des bribes d'humanité. Ou bien étaient-ce des lambeaux d'hommes, jetés malgré eux dans la pâture des effets usagés, qui s'accrochaient malgré tout à leur part d'être humain ?

J'ai vu un homme seul, en costard-cravate tirer une valise, hurler sa détresse, raconter sa mise au placard, son licenciement, le sacrifice de vingt ans de savoir-faire, puis la puanteur d'un job de vendeur de téléphones portables, dont les jeux vidéo t'apprennent à éliminer ton prochain, mire à l'oeil, et en appeler à la désobéissance. Cette veste, qui te fait vendre téléphones, voitures ou crédits bancaires, c'est la veste du menteur, l'instrument de l'élimination !

Une amie croisée par hasard m'a d'abord pris pour Angelin Prejlocaj, pas mal, non ?

J'ai vu un autre homme seul, tee-shirt jaune à l'effigie de Gandhi, traînant un lourd cube rouge comme arts de la rue,chalon dans la rue,chalon-sur-saönele fardeau de l'histoire de sa famille, dansant seul au milieu des gens, dans les boutiques ou les camionnettes du marché, se mettant en péril à chaque pas pour revêtir tour à tour les habits du fils du pied-noir, du fils du Moudjahid, du fils du harki. Il racontait comment son père avait géré, vécu, transmis, sans que l'on sache qui, quoi ou de quel côté tant les mots finalement se ressemblent. Comme les êtres. Qui était le héros, qui était le traître, qui le tortionnaire ? Qui a posé la bombe, qui a pratiqué la torture ? Lequel de ces pères préférait se taire, et faire en sorte que pour la génération d'après, la sauce soit digeste malgré tout, plutôt qu'amère. Est-on ce qu'on est, fait-on ce qu'on fait du fait de l'instruction reçue, des valeurs inculquées, ou bien à cause des hasards qui t'ont mis où tu étais ? Et toi, il était où, ton père, m'a-t-il lancé, lèvre tremblante et main sur l'épaule ?

arts de la rue,chalon dans la rue,chalon-sur-saöneJ'ai vu une femme célébrer ses propres funérailles pour jouir au moins de cet instant sordide, clamant que sa mort n'était la faute de personne.

J'ai vu des requins célébrer leur ultra richesse, mettre en scène dans le même spectacle l’obscénité de leur festin et leur acte de contrition. Rire de arts de la rue,chalon dans la rue,chalon-sur-saöneleur fortune, s'éprouver jusqu'à la honte pour souder leur connivence de caste, s'abandonner en partouze et organiser des funérailles pour la perte d'un I-phone, dévorer l'argent comme des bêtes féroces et, oups, c'est bêta !, s'excuser d'être vus dans cette orgie maniaque. Il y en a qui disent que ce sera l'Apocalypse. Il y en a aussi qui disent que c'est la crise économique, ha, ha !... Il y en a même qui disent que le changement, c'est maintenant - et à l'unisson - mais soyez sûrs que quoi qu'il arrive, nous serons toujours, toujours là, à vos côtés ! Tremblez !...

arts de la rue,chalon dans la rue,chalon-sur-saöneJ'ai vu un quinqua marseillais planter sa tente et faire la pute pour retrouver un job, te raconter comment, enfant, la poissonnière annonçait le poisson vivant au prix du poisson mort en fin de marché, parce que le mort, il est toujours moins cher. Jubilatoire et pathétique, il te dit une histoire qui ne peut être que la sienne tant elle est vraie, te prend à témoin, t'entraîne dans le bonneteau du parcours professionnel, là où tu perds ta mise, au troisième crédit à la consommation, sur une délocalisation. Alors tu renonces à un CDI, à des heures supplémentaires, tu renonces aux RTT, tu donnes des heures gratuites, du chômage partiel, tu donnes tout pour garder un chouïa, tu donnes tout quitte à ne plus valoir qu'un mort. Tu penses au sordide chantage de Peugeot à Sevelnord. Tu pleures.

Tu me dis parfois que je parle trop d'art lyrique, trop de théâtre. Ou que je fais trop de politique. Tu préfères quand je parle de famille, de souvenirs. De mon père, de ma mère. Mais qu'est-ce que je fais si tout cela se mêle, comme dans la vraie vie ? Si le plan social chez Peugeot, c'est à la fois ma vie, ta gueule de bois, sa souffrance, si la violence est dans les souvenirs ? Si l'art s'empare du réel et fait de la politique, avec cette puissance ? Si l'art éclaire toute la férocité du monde, jusqu'à oser clamer que le libéralisme nous a ramené à ce point incroyable, où le vivant se donne au prix du mort !