Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19 février 2013

deux anges au secours des bains Gellért

les deux anges et le pagne de coton.jpg

Bon ben voilà, c'est l'heure de faire une croix sur les bains Gellért. Ça fait longtemps que ça couvait. Le plus beau des établissements thermaux de Budapest, celui qui porte le mieux les traces du sécessionnisme architectural, d'une ornementation en émail sans pareil... Il fallait bien finir par le donner aux touristes. Ou plutôt, le leur vendre. Et à bon prix. On y entre désormais pour deux fois plus cher que partout ailleurs, et la totalité de l'endroit est mixte. Maillot obligatoire, on est prié de venir avec greluche et compagnie. Même la section aux bains de vapeur, où pourtant certains s'aventuraient pour se rincer l’œil, ni vu ni connu, bobonne disposant de sa propre section pour femmes, est désormais rendue aux familles... Après le Kiraly, la chasse aux pédés continue, mais au final, c'est toute une population locale, habituée de longue date, qui est chassée des lieux.

Pour moi, ça restera le bain où pour la première fois je laissais une main d'homme s'approcher et me caresser, dans le grand bassin à 38 degrés. J'avais trente et un, trente-deux ans, et mon cœur battait à 150. Ça restera une atmosphère où, ensuite, je n'avais qu'à me baisser pour y trouver un plan. Mon épuisette n'y revenait presque jamais vide, et beaucoup devinrent de vraies liaisons. Ça restera le jeune et vigoureux administrateur du Kampinsky, qui cherchait à ajouter du piquant à la relation qui le liait au correspondant du New York Times : je garde un souvenir ému de la prière dite à table, le soir où je connus avec eux mon premier plan à trois. Ça restera Gabor, le premier qui me fit découvrir la sodomie, dans laquelle il investissait une énergie que je ne retrouverai plus... Ça restera Misi, une de mes premières déceptions car j'ignorais alors qu'il fut possible de se lasser en amour...

J'avais l'air un peu con, cet après-midi, à demander mon pagne en coton aux garçons de bains, à l'entrée de la section "vapeur". Ils m'ont expliqué que le maillot était maintenant obligatoire. Je tombais des nues et de toute façon je n'étais pas équipé. J'ai demandé si je pouvais y entrer nu, ils m'ont donc répondu que c'était désormais mixte. Ils m'ont invité à louer un maillot à l'entrée, ce que je n'étais pas prêt à faire, préférant envisager de me faire rembourser les 20€ déboursés. Ils m'ont alors tendu un grand drap, de ceux qui sont mis à disposition pour se sécher, et devant mes yeux ébahis m'ont invité à rentrer dans les bains avec. Je n'avais plus d'échappatoire.

J'étais seul dans cette tenue. J'avais plié le drap en quatre dans le sens de la longueur pour qu'enroulé autour de ma taille, il ne descende pas plus bas que mi-cuisse. La greluche s'est vite faite repérer, avec son maillot une pièce, ou deux pièces, le plus souvent fleuri et coloré, parfois avec son petit bonnet sur la tête. Note qu'elle n'y était pour rien, la greluche, ignorante de toute la volupté gâchée, se laissant juste gagner par la magie des espaces, des ornements et des parcours relaxants qu'elle pouvait là se concocter.

Me restait l'eau chaude, pour ne pas perdre tout mon droit d'entrée, résigné à laisser filer le temps.

GellertBaths01.jpgLe corps principal de la section vapeur est composé de deux grands bassins qui se font face, avec entre les deux, une allée carrelée, bordée des deux grands escaliers concaves qui plongent de part et d'autre dans les bassins. L'un d'eux, à gauche en entrant, est à 37 degrés. L'autre, initialement à 38, comme il est gravé dans la mosaïque qui le surplombe, a été poussé à quarante, histoire sans doute de complaire à la greluche, toujours friande de grandes chaleurs. C'est toutefois là que je les ai vus.

Dans le mur du fond, face aux escaliers, et bien centrées, sont installées deux fontaines, presque symétriques. De grandes niches voutées de plus de angels on tortue gellert.JPGtrois mètres de haut, creusées dans chacun des murs, se font face, à l'intérieur desquelles une fontaine balance trois jets depuis la gueule de félins en bas-relief. Au dessus des jets, les figurines diffèrent. A gauche, un ange debout porte une cruche. A droite, sur une tortue d'eau, deux petits anges sont assis en amazone, blottis l'un contre l'autre, et regardent avec inquiétude, sous eux, le chemin où s'engage leur monture. Le mur est couvert de grands carreaux de céramique bleu émeraude, à la jointure desquels sont incrustés des médaillons de couleur, en damiers. La voute est bordée de motifs naturalistes. Les anges sont émaillés de la couleur de la peau. Ils étaient là, dans le bassin de droite, sous le regard inquiet des angelots protecteurs, semblant s'impatienter dans leurs quarante degrés de fausses pudeurs.

Je ne sais pas ce que le plus glabre des deux a remarqué en premier de mon désarroi, de mon pagne exotique, ou de mon orientation sexuelle. Ce qui est sur, c'est que me voyant, il a pensé son après-midi peut-être sauvée. Je n'avais plus trop le cœur à batifoler. Et puis quand je vois un couple, j'ai toujours l'impression qu'ils ne peuvent rien chercher de mieux à se mettre sous la dent, vieux jeu que je suis. Je suis allé me chauffer au sauna. Et là, ni une ni deux, qui vient s'asseoir près de moi, dans la salle du milieu où j'étais seul, non pas sur la grande banquette restée vide, mais sur le petit côté où l'on ne pouvait que se frôler ? Mon grand Michel, c'est son nom, il me le dira plus tard, dans son petit maillot noir qui déjà l'encombrait.

Bref, contre toute attente, nous finîmes dans une cabine de douche. D'abord juste Michel et moi. Puis avec Daniel, le deuxième ange, son ami.

Michel aime se masturber pendant qu'on lui lèche les couilles, c'est son truc. Daniel aime être sucé à gorge profonde, et diriger lui même, impérial, le mouvement de la tête et de la bouche. Normal, donc, qu'ils aient eu besoin d'un troisième larbin...

Au Rudas hier, le gars aimait avaler le foutre avant de se faire masturber ivre de ce nectar. Un autre aimait être masturbé en tenant une bite dans sa main.

Et moi, je ne sais pas ce que j'aime. Je sais ce que je n'aime pas. Je n'aime pas qu'on me pince les tétons, ça me fait mal et je débande aussitôt. Je n'aime pas trop d'insistance sur mon gland : il devient vite douloureux. Je n'aime pas qu'on m'oblige à sucer du fond de la gorge. Daniel m'a refroidi, même si j'ai joué le jeu. J'aime être enculé, mais plus par fantasme que par réelle expérience du plaisir. J'ai peu éduqué mon anus à l'élasticité qui sied à l'exercice. J'aime, ou je n'aime pas. Ce n'est jamais très clair. Ça dépend aussi de la consistance du membre, de sa taille, de sa forme, de sa vigueur, ça dépend de la constitution des couilles, toutes ne sont pas nécessairement affriolantes, ça dépend de l'abdomen et de la gueule du bonhomme. J'aime, ou je n'aime pas. Ce n'est jamais très clair.

Je me retrouve ici mettre à jour mes connaissances dans ce domaine. J'up-date mon logiciel sexuel, loin de toute urgence. Y voir plus clair. Et me reconnecter à moi même. Peu importe s'il faut commencer par se perdre un peu.

Je n'irai plus au Gellért. Sauf peut-être pour y accompagner des amies. C'est dommage, les deux anges à la tortue venaient enfin de se trouver des prénoms.

18 février 2013

la partouze et la scène

tragedie580.jpg

Finalement, je me suis échappé après une bière - une Gösser blonde au citron (le citron, c'est pour l'haleine !) - et quatre ou cinq bites. Pas de la première catégorie. Le plus mignon des garçons m'a sucé frénétiquement, tandis que derrière moi, un petit gars sec, sans âge, se laissait tripoter sans dénouer son ceinturon. C'était la meilleure séquence, ils m'ont accompagné jusqu'à la jouissance, puis je suis rentré. Il était 1 heure. Avant cela, il y avait eu d'interminables jeux de chats et de souris. Je te plais, je te fuis, tu me plais, tu disparais. Les écrans dégueulaient d'images pas du tout à mon goût, pleines de trucs bizarres rentrés dans des culs faussement lascifs. Je me suis surtout dégouté d'être là, et me suis rappelé que les bars à sexe n'ont jamais été mon truc.

Je préfère de loin les ambiances sensuelles, enveloppantes, où le sexe est moins un enjeu qu'une éventuelle bonne surprise. Au sauna, il y a au moins les douches, pour une illusion d'hygiène. Mais les bains turcs restent le must. Parfois, je me demande si mon attrait pour ces lieux tient au fait que j'y ai connu ma renaissance sexuelle, où si c'est là que je m'y suis ouvert parce qu'ils me correspondaient. La nudité est dépourvue de carapace : elle s'effeuille.

img0018.jpg


Je retourne tout-à-l'heure au Rudas, où malgré la discrétion imposée, j'eus quelques unes de mes belles rencontres. La partouze est passée de mode, depuis qu'elle est entrée dans les mœurs, qu'elle fait la une des journaux et que les grands de ce monde y sont pris la bite dans le pot de confiture.

Même sur scène, on partouze. Tiens, pas plus tard qu'hier soir, dans le grand auditorium du Palais des arts de Budapest. Yvan Fischer et l'Orchestre du festival de Budapest y donnaient une version (dé)concertante des Noces de Figaro. Les musiciens, les chanteurs et les régisseurs étaient ensemble sur scène, se  déshabillant et se costumant, se péruquant et se décoiffant,  se mêlant agilement les uns aux autres, jusqu'au 4ème acte où, au ras du sol pour ne pas être vus, dans le jardin obscurci par la nuit, les figurants se sont mis à se peloter, presque aussi frénétiquement que nous, la veille, au coXx, tandis que Figaro se jouait du comte et gagnait les faveurs de Suzanna. Bon, les organes sexuels sont restés cachés. mais tiens, prends la Walkyrie, que Philippe Jordan et Günter Krämer donnent actuellement à Bastille : les sexes s'affichent, sans honte, et parfois même - à dessein sans doute - vaguement gonflés sous les caresses des sœurs de Brünnhilde.

Humm, j'ai eu la chance d'assister à la Générale, à une place de choix, quel bonheur que cette Walkyrie : une musique somptueuse, profonde, jamais pompeuse contrairement à la réputation faite à Wagner. Et comme avec l'Or du Rhin, une mise en scène et une distribution à tomber. Krämer joue des couleurs par touches, crée des images. Quelques unes, pas trop, espacées de séquences sobres, comme surgies d'un album sépia.

J'avais vu toute la tétralogie à sa sortie, sauf la Walkyrie, d'où j'avais été arraché par la mort de mon oncle. Me voilà vengé, même si j'entends que les changements apportés à la mise en scène ont atténué la force de certains tableaux.

Mais c'est assez. Je viens de finir mon déjeuner dans ce bistro "tout à volonté" que je ne connaissais pas, près d'Oktogon. Je m'en vais repartir par les rues, et rejoindre mon bain préféré. J'ai deux-trois cartes postales à acheter en route, et peut-être une bonne surprise au bout du chemin...

16 février 2013

une lune à économie d'énergie

nager sous les étoiles.jpg

Quelques congères mal fondues - signe qu'ici aussi, l'hiver a eu son épisode humide et froid -, une lumière claire et diaphane, presque bleue, une tranquillité apparente et rassurante... Me voici donc de retour à Budapest, pour ma semaine hivernale de pleine liberté. Débarqué de l'avion à 15h, de la navette de l'aéroport à 16, j'étais à 16h30 en maillot de bain, seul dans ma ligne d'eau pour 1500m de mise en jambe. D'abord sur le dos, j'observais sur mes retours le jeune quartier de lune gagner en intensité à mesure qu'il se décalait vers l'ouest et que le ciel s'estompait. La lune, c'est un repère plus malcommode que des dalles de faux-plafonds, pour se repérer dans un dos crawlé, mais c'est l'un des prix à payer pour ce rare privilège de nager hors les murs en cette saison. Puis seul dans une ligne, fut-elle de 50m, l'absence de repère visuel n'est pas un problème bien grave.

Le crépuscule s'est installé peu à peu, les projecteurs ne furent pas allumés tout de suite, de sorte que les yeux s'habituaient à cette pénombre.

J'ai donc pris mes marques, plongeant d'emblée dans mon grand bain de jouvence annuelle.

310.1031.jpgPersonne sous les douches ? Normal, et pas grave : ce soir, je m'offre le Coxx ! J'y escompte deux ou trois bières, et j'espère bien au moins autant de bites avec lesquelles m'amuser un peu. Ou me refaire. Dans ce domaine, j'ai un grave déficit à combler, je sature des vidéos et de ma main droite, et Budapest m'a jusque-là plutôt réussi.

Budapest sera sans doute aussi un petit retour vers ces pages, même si je me suis concocté un programme musical - léger !

Alors bon ski à ceux qui sont au ski (et à celles, y'a pas de raison), bon voyage à ceux qui ont la bougeotte comme moi, bonne drague à ceux qui veulent, bon week-end à tous les autres. Et bon courage à ceux qui luttent contre les plans sociaux. C'est encore eux qui ont le plus de souffle.

05 février 2013

nous les gueux

christiane-taubira-defend-le-projet-de-loi.jpg

Puisque la poésie de Léon-Gontran Damas a surgi du coeur du Parlement, invoquée pour diviser par la droite, alors qu'il est question d'abolir l'une des discrimination dont est encore entâchée l'institution du mariage, puis reprise avec brio, citée avec éclat, par notre infatiguable passionaria Christiane Taubira, voilà la part de dignité et de combat dont sont issus les vers qu'elle a fait entendre dans l'hémicycle. Hommage

damas.jpgnous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Nous à qui n'appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens

Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Qu'attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l'envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres

02 février 2013

la faute à la CGT

 goodyear,mélenchon,mouvement social,

Sous le titre "Le cas Goodyear, apprenez à argumenter", Jean-Luc Mélenchon rétablit, dans son blog, quelques faits têtus, qui font pièce à tous les articles, chroniques et reportages qui rendent les syndicats, et singulièrement la CGT, responsables du plan social et la fermeture du site d'Amiens chez Goodyear.

Avant de t'inviter à aller lire le rappel pédagogique de la situation, voilà ci-dessous quelques faits qui permettent de remettre à leur place l'eau, le vin, et les engagements de François Hollande, candidat du changement...

Goodyear, c'est 23 milliards de dollars de chiffre d'affaire par an (chiffre 2011, le plus haut depuis 2000) et 343 millions de bénéfice net. Une fois déduit le salaire du PDG (12 millions de dollars) et les charges afférentes.
 
Troisième fabricant de pneus dans le monde, c'est un groupe possédé presque en totalité par des fonds d'investissement, par définition sans projet industriel mais à la recherche de rentabilité constante et maximum.

Le repreneur Titan, dont on accuse les salariés d'avoir fait capoter l'opération de reprise, avait révélé dès 2011 dans le Monde que son ambition était de se séparer d'une partie de l'activité (pneus tourisme) et de délocaliser l'autre (pneus agricoles) : repreneur mes couilles ! Mercenaire du sale boulot, plutôt, que Goodyear, du coup, doit accomplir à visage découvert, escorté par l'armada des chroniqueurs économiques de la place...

goodyear,mélenchon,mouvement social,Le "plan de modernisation", quant à lui, refusé par la CGT, supposait, en échange de 52 millions d'euros d'investissement, plus de 400 suppressions d'emplois, une augmentation du temps de travail et une remise en cause de toute l'organisation du travail avec le passage en 4×8.

L'abandon du site d'Amiens-Nord correspond à une stratégie pensée de longue date : fermer un site où les salariés sont combatifs pour aller là où la main d'œuvre est moins chère et plus corvéable. La conjoncture n'est qu'un prétexte.

La direction prétend que la rentabilité du site aurait brutalement chuté de 23% fin 2012. Mais si le site rencontre des difficultés, c'est que la direction a elle-même organisé ces difficultés, sous-investi depuis des années, et constamment privilégié d'autres sites du groupe dans l'attribution des volumes de production. Pour mieux justifier aujourd'hui la fermeture.

Si, comme s'y était engagé François Hollande, une loi avait été votée interdisant les plans sociaux dans les groupes réalisant des bénéfices, la question de Montebourg ne serait pas de mettre ou d'enlever de l'eau dans le vin de qui que ce soit, mais juste de remettre de l'ordre social dans un monde de prédateurs qui menacent tous les équilibres de notre civilisation !

30 janvier 2013

"aucune différence ne doit servir de prétexte à des discriminations d'Etat"

Olivier, lecteur-veilleur de ce blog, m'a permis de découvrir en léger différé le discours de Christiane Taubira à l'Assemblée Nationale, hier. La ministre y a sobrement donné une belle leçon d'histoire et de dignité. Et Olivier d'ajouter :"C'est ce qui s'appelle poser le débat, ça fait du bien, ça change des invectives"

Je ne résiste pas au plaisir de partager ces 28 minutes de grande clarté. Chapeau!

 


27 janvier 2013

redevenir l'entier de soi même

Mannequin-Half-Body-.jpg

J'ai reçu vendredi un courrier du service des permis de conduire. Après six mois à carreau, un point perdu en mai vient de m'être restitué. Outre ce mouvement, presque anecdotique, le courrier contenait une information importante : mon permis compte actuellement six point sur douze. Un demi-permis, voilà ce dont je suis titulaire !

Les trois premiers points, je les ai perdus il y a dix ans, aux premières heures des radars automatiques et des radars volants. Pris à 56 km/h, comptés 51, un soir en sortant du travail sur une quatre voies limitée à 50. A l'époque, la notion de "petit dépassement" n'existait pas. On perdait trois points illico, et il fallait demeurer sans récidive pendant trois ans pour les retrouver. Depuis, la même infraction ne vaut plus qu'un point, et la prescription sur la récidive est passée à six mois. Mais ce nouveau tarif ne s'applique pas aux points perdus alors, selon le principe de la non-rétroactivité de la loi. Les autres trois points, je les ai perdus un ou deux ans plus tard, une histoire de téléphone portable que je tenais en main. Trois ans de rédemption également.

Depuis cette date, cela fait donc huit ans, je perds chaque année 1 point, que je récupère l'année d'après - ou le semestre d'après désormais - mais je ne parviens pas à aller au bout de mes trois ans sans violation. Le maximum que j'ai tenu, c'est dix-huit mois...

J'ai compté l'autre jour que je passais chaque jour devant 6 radars routiers. Sans compter les occasionnels ou ceux qui sont sur la route de mes week-ends ou de mes vacances. Ça m'en fait 2.000 par an environ. Et sur 2.000, j'ai donc en moyenne 1 faute d'inattention dans l'année. 1 fois sur 2.000. Je suis à 99,95 % de respect des limitations de vitesse. J'ajoute que je ne dois ce résultat qu'au fait qu'à l'aide de mon régulateur de vitesse, je respecte les vitesses non pas dans les zones de radars, mais bien partout, partout et partout. Sauf une fois, une maudite fois en moyenne chaque année, de 1 ou 2 km/h seulement, mais qui m'oblige à demeurer amputé d'un demi-permis. Avec la moitié d'une autorisation à conduire ma Mégane, je suis ainsi à deux doigts de bourdes plus graves, qui me priveraient du tout.

La peur est mère de toutes les soumissions. C'est bien comme ça qu'ils nous obligent à accepter de n'être que la moitié de nous-même.

Renault fait pareil avec ses salariés, tiens ! Un "contrat de productivité" qu'ils l'appellent, où l'on renonce à ses congés, à ses primes, à ses RTT, où l'on accepte de travailler plus pour gagner moins, en échange d'un hypothétique plan de maintien des sites industriels... Un chantage odieux, qui coupe les congés en deux, ampute la vie de ce qu'elle a de plus beau, les temps partagés en famille. La peur comme moyen de voler la moitié des vies tout en sauvant les dividendes. L'accord "tout bénef pour le médef", arraché à une poignée de syndicats de poules mouillées, va généraliser ce système, abattre les protections qu'apportent la loi et les conventions collectives en donnant la primeur à des accords obtenus sous le chantage par branches ou par entreprises.
 
Être la moitié de soi-même, ce doit devenir la règle. Il en est là, notre monde, elle en est là, la France-de-maintenant-et-du-changement, notre civilisation : des vies amputées de moitié.

md1.libe.com.jpgJe sais bien pourquoi j'y étais, même dans le froid, à la manif pour le mariage pour tous. Les mêmes droits, ça ne fait pas bien lourd quand les droits rabougrissent. Mais même dans le monde injuste et impitoyable où l'on est, être égaux, c'est au moins nous permettre de nous regarder dans une glace en entier, sans avoir à en soustraire une moitié ombrageuse, par honte, peur ou simple confort. Ça en évitera peut-être à beaucoup, encore jeunes, d'avoir à s'enfoncer dans des vies en impasse, où leur moitié d'authenticité demeurera cachée et menaçante.

Voilà. Un peu laborieuse, ma complainte ! Mais il faut me pardonner : je suis rentré de la manif à moitié grippé...

19 janvier 2013

madjnûn WajDi

dbz-gay-hentai-yaoi-muscle-bara-erotic-trunksxgohan-naked-pool.jpg

Puisqu'on en est aux statistiques, celles de nageurs.com viennent de tomber pour 2012. nageurs.com, c'est une communauté, un réseau social. Une amie, qui s'est mariée cet été, me l'a fait connaître en début d'année. Je m'y suis inscrit, j'en parlais là, et mes statistiques sont tenues à jour, semaine après semaine, mois après mois. Il y a une part de futilité narcissique, dans le suivi régulier de la performance. Mais la nage n'est pas la boxe. S'il y a combat, ce n'est que contre soi-même. Dans un couloir, une rivalité occasionnelle peut s'instaurer, et elle stimule, mais pour l'essentiel, les choses se jouent avec soi-même. C'est cogner dans un sac. Décider d'y aller, alors que le froid pique dehors. S'encombrer des opérations d'habillage et de déshabillage, dans des vestiaires trop ventilés ou trop étuvés. Se lancer dans le grand bain le corps fébrile, mal réveillé, la digestion inachevée, le dos endolori, les articulations engourdies - les prétextes au renoncement ne manquent jamais. Puis s'astreindre à un rythme, à une distance, à un comptage. La piscine, on est toujours plus content de l'avoir fait que d'avoir à le faire. Même si une séance a toujours ses instants de grâce, de glisse, d'harmonie, et quelques fois à l'heure de la douche, de virilité partagée.

Nous avons donc été 1.809 nageurs à barboter en 2012, pour un total de 87.361 kilomètres parcourus. Avec 226 km, je me retrouve 95è de la communauté, loin derrière Grosse baleine, qui a inscrit 3.714 km a son compteur personnel, mais tout de même dans les 6% les plus endurants. Avec 137 sorties piscines en 2012, je fais mieux en nombre de séances, puisque je me classe 50è. Mais c'est dans le vagabondage aquatique que j'explose les statistiques. J'ai éprouvé l'eau de 25 bassins différents au cours de l'année passée, profitant de missions professionnelles, de week-ends et des vacances pour découvrir de nouvelles installations nautiques, en France et en Europe. Me voilà, sur ce terrain, 14è de la communauté. Pour une année d'entrée en piste, je ne m'en sors pas si mal.

Samedi dernier, feekabossee était à Paris pour les 40 ans d'un ami à elle. Elle m'a piégé dans une après-midi shopping, que mes collègues ensuite n'ont pas manqué de remarquer... Puis j'étais, moi, à une autre fête, des cinquante ans d'un blogopote, celle-là, qui a vu se recomposer un cercle rare, un tout petit cercle, celui par lequel je suis un jour entré dans la blogosphère. WajDi était là, et Yo, et Fiso et... Zarxas, celui qui s'était laissé fasciner, tant par WajDi, son charisme rayonnant que par la force de l'amitié en train de naître entre nous, et dont, à cause de la distance, il était resté à l'écart, quoi que dans la toute proche périphérie.

Ce regroupement, rêvé depuis déjà cinq ans, fantasmé à perdre haleine, se réalisait à l'occasion de cette petite cérémonie intime dont Fiso avait pris les rênes. C'était touchant de nous voir, tous, de nous toucher, de nous sourire, de nous remémorer cette aventure, aussi intense que virtuelle, aussi réelle qu'improbable, quasi-maçonnique dans ses codes. Entre mythomanie et mythologie, entre amour et amitié, impudence et imprudence, nous étions tous un peu - y compris son créateur - Madjnûn WajDi, fous de WajDi, l'homme blessé mais droit, offrant son corps à distance, dévoilant à petites doses son cœur tendre et ses attentes déçues. Enfermé mais libre.

Encore une fois, on a bien ri de ce défi qu'il m'avait lancé un jour par Messenger : faire le 100m crawl en 1'21'', comme lui. La course effrénée derrière ce record me valut plusieurs fois des tendinites à l'épaule, mais je ne m'en suis jamais approché qu'à dix secondes environ, avant de découvrir la supercherie.

arton2663.jpgComme en écho à ces souvenirs et au personnage touchant de WajDi, Daniel Mermet a consacré cette semaine des émissions à Lionel Cardon. Détenu pour un triple meurtre, ex-ennemi public n°1, plusieurs fois évadé, il raconte aujoud'hui comment, une fois passés l'isolement et les quartiers de haute sécurité, il a reconstruit des repères dans la pratique de la boxe, jusqu'à prétendre devenir entraîneur et acteur de l'insertion. Sujet sensible, plein d'humanité parce que n'éludant pas ce que l'humanité a toujours de complexe.

Cette année, je nagerai 250 kilomètres.