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30 janvier 2012

faire contre mauvais dos bonne brasse

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Mon dos ne réussit pas seul à se remettre. Une collègue, hier, s'est rit de moi, et du mouvement du crapaud par lequel je m'asseois. J'essaie de faire contre mauvaise fortune bon cœur : il est des postures qui me laissent sans douleur. Debout, assis, couché, en apesanteur dans l'eau... mais des mouvements me sont interdits, et certains matins, enfiler mes chaussettes ou lacer mes chaussures relève du calvaire.

Ça ne m'a pas empêché de mettre la main à la patte, ce week-end, pour le bal symphonique des dix ans du Rainbow Symphony Orchestra. Ni surtout de me faire inviter à la Valse de l'Empereur par... rien de moins que le plus beau danseur de l'assistance. J'avais l'air gourd, le regard accroché à ses yeux au lieu d'aller chercher, menton haut et assurance fière, des repères fixes dans la salle, mais cela m'a flatté.

J'ai aussi réussi à retrouver un rythme de natation, encore loin de mes performances d'antan, mais qui comble une partie de mes besoins. 18.500m en janvier, me dit le site de nageur.com, que je viens de découvrir et où j'inscris désormais chacune de mes séances - avec à la clé, une mémoire de mes entraînements, et quelques statistiques à l'usage encore indéterminé.

Si début mars, les bains chauds de Budapest ne me sont d'aucun secours, promis, j'entame des séances de kiné !

22 janvier 2012

démence

présidentielle 2012,marine le pen,opéra,manon,la dame de pique,jean-luc mélenchon

Mais qu'est-ce qui lui a pris de parler de semi-démence ? Il y a beaucoup à en dire, de la fille Le Pen : qu'elle est un fleuron de démagogie, l'héritière d'une tradition profondément anti-ouvrière et anti-populaire, qu'elle construit son parcours sur la haine de l'autre, que son "immigration zéro" est dépourvue non-seulement d'humanisme, mais de toute efficacité économique, qu'elle est une dangereuse stratège, qu'elle est peut-être celle par qui le fascisme reviendra en France, au nez et à la barbe de ce qui ont voulu s'en jouer, qu'il y a à ce titre du démon en elle. Du démon. Mais pas de la démence. A trop chercher à faire le buzz, il a dérapé, le père Mélenchon. Dommage, parce qu'en dehors de ça, c'est à dire au delà de ses fanfaronnades, il semble que ce soit lui qui réussisse à incarner un petit début de rassemblement prometteur, à gauche. Qu'est-ce que ça va donner, d'ici les quelques mois qui nous séparent du premier tour de la présidentielle ?

Marine Le Pen, c'est une vulgaire courtière de casino : si tu te fies à elle, tu es à peu près sûr de tout perdre. Elle prétend détenir le secret de la combinaison magique qui t'assurera la prospérité : trois mesures pour abolir le code du travail, sept obsessions contre les libertés publiques et syndicales, et puis surtout le Graal, la préférence nationale, qui promet la fin des droits sociaux pour les étrangers, la lutte absolue et définitive contre les immigrés. Le trio d'un poker étincelant, trois dés en 421, la lame d'un couteau.
 
On ne sait pas encore à quelles tragédies cette mise nous promet, on ne sait pas si au bout d'une trajectoire que rien ne viendrait interrompre il y aura des camps, des trains ou des fours, mais on sait déjà que des enfants seraient privés immédiatement d'allocations familiales, des jeunes interdits d'emploi et des familles entières de logis. Cela s'appelle une œuvre civilisatrice. On sait aussi, même si elle s'attache à faire croire le contraire, qu'elle ne veut pas se défaire de l'oligarchie de l'ultra-richesse, mais qu'elle veut juste y accéder, y conduire son camp, et s'accaparer de sa part du gâteau.

Le temps de ce billet, appelons-la la Dame de Pique. Juste pour souhaiter que ses promesses - son secret d'opulence, trop de fois proclamé - ne l'emporte elle, comme dans la nouvelle de Pouchkine dont Tchaikovsky a fait un mémorable opéra, plutôt que nous autres, pauvres misérables asphyxiés par la crise et tout juste distraits de nos authentiques désirs par l'attrait pour l'aventure du jeu.

Lev Dodin en propose une lecture originale - par l'approche plus que par la nouveauté puisqu'il s'agit d'une reprise - à l'Opéra Bastille ces jours-ci. J'étais, jeudi, à la Première, en présence du metteur en scène russe qui s'est fait copieusement huer, sans doute parce qu'il a tronqué le cadre léger des jardins publiques de Saint-Petersburg ou de ses salons volages pour celui d'un hôpital psychiatrique, avec ses fous et ses nurses. Le héros de la pièce n'en est plus le jeune homme impétueux, partagé entre son amour pour l'inaccessible Lisa déjà promise à un Prince, et sa fascination pour le secret que détient sa grand-mère, mais l'état de semi-démence - nous y voilà - où le conduit cette double addiction.

Les amis de Herman, qui dans la pièce de Pouchkine se gaussent de sa puérilité amoureuse, et titillent son goût pour le jeu, le poussant malgré eux à la déraison, sont ici des docteurs, testant leur malade pour en tirer des observations médicales. Une modernité que les classiques n'auront pas appréciée, sans doute.

C'est drôle, cette tradition des huées, à l'Opéra. Coline Serreau aussi a été huée, à la Première de Manon, le 10 janvier. A mon avis, pas pour la modernité de ses partis-pris scénographiques, mais  plutôt pour leur inaboutissement. Pas facile, de passer du cinéma et de ses plans serrés à la scène d'un théâtre, vaste, dont le public ne se rapproche jamais !

Pour Manon aussi, le jeu était une expression de liberté. Sa façon à elle d'échapper à la misère, quitte à entrainer son chevalier Des Grieux sur le terrain de l'illusion et de la dépersonnalisation.

Tous et toutes ont perdu à ces jeux-là. Lisa se jette dans la Lena gelée, et Manon meurt d'épuisement dans sa fuite en plein désert. Herman et Des Grieux ne connaissent pas de sort plus enviable.

Moralité : en littérature comme en politique, détourne-toi des Dames aux recettes miraculeuses : elles piquent. Moi, je les hue !

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17 janvier 2012

personne pour twitter entre2eaux ?

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J'ai été facebooké, tu le crois ? J'en suis encore tout retourné. C'est Yo qui l'a repéré. Il était avec moi au concert le 7 janvier dernier, et depuis il suit la page de Ghalia Benali sur le fameux réseau social - que je fuis comme la peste.
 
La chanteuse qui met mon article sur sa page facebook - ce qui m'a valu un record de connexions hier -, qui en traduit des extraits pour ses "amis" anglophones, son agent en France qui me fait part des autres tournées d'artistes qu'il produit prochainement, après avoir décelé mes centres d'intérêt en parcourant le blog... je ne pensais pas me faire repérer si facilement, avec ma petite chronique psycho-patho-mélomano-aquatique.

J'avais déjà été tagué. J'avais été trollé. j'avais été flatté. J'avais été vilipendé. Mais facebooké, jamais.

Et maintenant, n'y aurait-il pas quelqu'un qui voudrait bien me twitter, que je vois comment ça fait ?

 

09:01 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (7)

15 janvier 2012

Oum Kalsoum en business class

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J'étais donc samedi dernier à l'Institut du Monde arabe pour entendre la belle et charismatique Ghalia Benali reprendre le répertoire de Oum kalsoum. Une audace dont elle nous a raconté tout le chemin qu'il lui avait fallu parcourir pour l'assumer. Cet itinéraire la fit passer de l'appartement de sa grand-mère, où la photo de l'idole ne quittait pas les mûrs, à une séance vivifiante de gommage au hammam avec une masseuse qui chantait faux mais fort. Et sans complexe. Il fallait se convaincre qu'Oum Kalsoum était désormais au delà de la légende, retrouver le regard d'enfant qui la lui faisait voir comme une membre de la famille. Se persuader qu'elle était trop populaire, trop présente, trop patrimoniale pour être interdite de reprise. Et elle a fantastiquement bien réussi cet emprunt, retrouvant les accents rauques de la Reine, ses souffles déchirants, vibrants, étouffés dans d'ultimes diphtongues. Avec, en plus de la présence, un sourire irradiant, des musiciens de génie - en particulier le joueur de luth - et la petite lumière des révolutions arabes, commencées juste un an plus tôt dans le berceau des deux chanteuses, l'Égypte et la Tunisie.

Le grand auditorium de l'Institut du Monde arabe a été refait il y a peu, et rebaptisé salle Rafik Harriri. On croirait la cabine business d'un 747 : vastes sièges en cuir simili noir, accoudoirs larges d'au moins vingt centimètres, reposes-tête... C'était étrange de voir ces mamas qui s'agitaient, cherchaient leur place dans le noir au début du concert, qui fredonnaient de la gorge et des mains les refrains les plus connus, qui youyoutaient à la fin de chaque performance vocale, occuper ainsi cet espace aseptisé pour conférences internationales où l'on aurait plus volontiers imaginé des hommes d'affaire en costard et des hôtesses de l'air blafardes et anorexiques qu'un rendez-vous très féminin de nos banlieues.

Le lendemain, je découvrais un autre auditorium, celui de la Cité de la Musique pour un concert gratuit des lauréats du conservatoire national supérieur de Paris. Un orchestre de jeunes, éphémère, qui nous a régalé d'une interprétation très soignée du concerto pour orchestre de Bartók. La salle avait une acoustique impeccable, et tout en ovalie quelque chose d'un paquebot.

costa croisières.jpgBon, c'était avant que n'échoue le triple A de la France au large de la Toscane, avant que n'échouent les nouvelles négociations de la Grèce avec ses créanciers-vautours, avant que l'on ne reparle des turbulences de la zone euro, à nouveau menacée de naufrage alors qu'on la croyait embarquée sur de solides canots de sauvetage. C'était avant qu'un capitaine de pédalo ne fracasse une croisière de luxe, par temps clément pourtant, et n'en quitte l'embarcation sans se soucier des femmes et des enfants. Bah, au fond, combien sont-ils les disparus de ces épisodes tragiques, ces damnés de la terre et de la mer ? Quelle est l'épaisseur humaine des pertes et profits de l'actualité ?

C'est dire que malgré mes bonnes résolutions, il me faut du temps pour te raconter mes sorties musicales, ou simplement les évoquer. Je suis rattrapé par une vie qui court toujours plus vite. Je gère comme je peux mes scrupules à ne pas faire plus de politique sur cette page, alors que. Et encore, je ne t'ai rien dit de Manon. C'était mardi à l'Opéra Bastille, une Première avec Coline Serreau et Natalie Dessay. Où il fut aussi question d'étranges compromis, entre amour, futilité, pauvreté et convoitise.

08 janvier 2012

bonne année bon dos

voeux politiques

J'ai sauté un dimanche, dis-donc ! Bon, mais il n'est pas trop tard. J'en suis juste réduit à un tir groupé : bonne année, bonne galette. Et puis bon dos, c'est important le dos, on ne le dit jamais assez.
Le mien tyrannise mes nuits, espace mes séances de nage, m'oblige à des stratégies de maréchal pour sécher mes pieds, enfiler mes chaussettes ou lacer mes chaussures.

Que te souhaiter d'autre : de la musique, beaucoup de musique, ça panse le reste, la musique.

De l'amour, mais là tu n'y peux rien. L'amour est comme ça ("el-hobbe kéda"), chantait hier soir Ghalia Benali, reprenant un refrain populaire d'Oum Kalthoum à l'Institut du Monde arabe. Tantôt il te magnifie, tantôt te laisse pantoie, mais si tu en veux, tu es bien obligé de tout prendre...

De l'espoir. Je sais, ça c'est dur. Tu voudrais que notre hollandais volant t'emmène dans le domaine du rêve, ou dans celui du courage, tu voudrais pouvoir t'accrocher à lui pour avec lui renverser les oligarchies financières qui ont confisqué toute la richesse et tout le pouvoir. Bon, ben ça va pas le faire... il s'en tient à son rôle de vaisseau fantôme, rivalisant sur le terrain de la petite phrase ou celui de la bonne gestion. Faut chercher ailleurs ! Peut-être en dehors des institutions démocratiques traditionnelles, verrouillées, aseptisées, détournées de leur fonction : ce n'est manifestement plus là que se trouve le sens du bien commun. C'est la première fois que je commence une année en pensant que ma génération connaîtra peut-être le fascisme. Ça plombe l'ambiance, hein !?!... Voilà mon analyse, en fait : j'ai l'impression que le rejet "de gauche" de la politique a pris ses distances avec les tripatouillages stériles qui alimentent les faux-semblants, les jeux d'alternances sans perspective, sans projet. Ce rejet là, trop conscient, trop lucide, mise sur une expression démocratique en dehors des institutions en place : il expérimente des formes d'échange alternatives, des formes démocratiques alternatives, il essaie de construire un autre chose à son échelle. Il rejette l'état du monde mais sans s'en remettre à un lendemain qui chante ni à un pouvoir à s'accaparer. Il ignore l'esprit de boutique qui caractérise notre vie politique. C'est Patrick Viveret qui en parle très bien. Et puis il y a l'autre rejet, celui du repli, de la faute sur l'autre, de la compétition des misères, celui qu'on appelle populiste et qui joue sur les bas instincts, le racisme, celui qui mêle burqa et oligarchie financière dans la même phrase pour brouiller les pistes, celui qui aveuglément pourrait s'en remettre simplement à un autre pouvoir comme pour donner un coup de pied de désespoir dans la fourmilière.

C'est peut-être pour avoir vu Apocalypse - Hitler, l'excellente série de France télévision l'année dernière, que j'en viens à penser que seul ce rejet de droite, porteur de fascisme, est capable de rivaliser, en terme de pouvoir, avec le système en place, parce que lui a décidé de se servir du système de l'illusion démocratique pour commencer son œuvre.

Bon, ma culture politique m'incline à penser que rien n'est joué à l'avance, qu'il y a toujours place à voeux politiquesl'action, à la conscientisation, mais putain qu'ils ne nous aident pas, tous autant qu'ils sont, nos hommes politiques ?

Mélenchon, Joly, Joly, Mélenchon ?... C'est sans doute entre les deux que mon cœur balance, sans qu'ils ne me donnent ni l'un ni l'autre totalement matière à y voir l'incarnation d'un espoir crédible. Mais bien que désabusé du système, je n'ai pas âme à devenir totalement renonçant...

A mon corps défendant, je ferai donc un roi le 6 mai prochain. Un roi par défaut, à l'hypocrite frangipane, mais un roi.

Qu'au moins la galette soit bonne à midi !

Ah, et puis une résolution quand même : celle de retrouver ici de la régularité (mais tu sais ce que valent les résolutions de début d'année...)

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Illustration volée à Michel CARLIN

29 décembre 2011

la fin des stars

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Cheetah est morte, c'est une affaire entendue... Ou plutôt pas si claire que cela. Un peu triste, certes, mais à 80 balais, pour un chimpanzé, on ne va pas en faire un fromage, ni une forêt vierge !

Mais quelqu'un a-t-il des nouvelles de Clarence ? Je n'arrive pas à remettre la mais sur mon vieux pote Daktari...

Peut-être parce que je ne me suis pas mis à facebook ?...

23 décembre 2011

Joyeux ostinatoël !

le cheval de turin.jpg

Ostinato. Voilà un mot que je viens de découvrir. D'abord parce que c'est le nom d'un orchestre de jeunes, semi professionnel, que ma grande nièce A. vient d'intégrer. Dans un petit rôle, mais par la grande porte d'une soirée télé animée par Nagui et jean-François Zygel - pardonnez du peu. Avec sur le plateau, en mission promo, Roberto Alagna, Augun et Thomas Dutronc. Bon, on ne l'a pas vue beaucoup : deux heures trente de prime time en direct intégral, pour une soirée consacrée aux "standards" de la musique classique revisités par de jeunes artistes de variété. Mais entre plans trop larges ou trop serrés, elle était dure à reconnaître. Le caméraman lui préférait manifestement la greluche blonde et pulpeuse assise à sa gauche !
 
L'ostinato, c'est surtout un motif qui se répète, la trame, souvent énoncée en mode basse, sur laquelle la mélodie vient prendre place. C'est un peu le cœur battant d'une phrase musicale, sa fondation cachée.

Chez Bartók, l'ostinato a une fonction plus marquée. Il évolue dans son cycle, il se répète, mais transformé, allongé, étriqué, il agglutine de nouvelles syllabes, à la façon de la syntaxe hongroise. C'est Alexandre tharaud que j'entendais expliquer cela au cours d'une petite leçon de piano sur Radio classique ces jours-ci.

Bartók est d'ailleurs une énigme. Adulé par les interprètes et boudé par les mélomanes, il gagne de fait à être écouté avec attention. On le croit souvent heurté, ou dissonant, alors que son œuvre est d'abord riche, étonnamment structurée et mélodieuse. L'ami d'amour, avec qui je poursuis mon voyage musical, tout comme ma jeune nièce, le portent tous deux aux nues. Et force est de constater que, bien servi, c'est délectable.

Nous étions ainsi mercredi soir à la Salle Pleyel pour entendre, après la merveilleuse Nuit transfigurée béla artók,béla tarr,pierre boulez,bertrand chamayou,schoenberg,concerto pour orchestre,la nuit transfiguréede Schöenberg, son 2ème concerto pour piano, avec Bertrand Chamayou en soliste, puis son fameux Concerto pour orchestre, sous la direction de Pierre Boulez. Joël, un de mes anciens amis prosélytes lyriques, rencontré par hasard dans le hall de Pleyel, en raconte l'essentiel ici, même si c'est sous le spectre déformant de l'arrière scène.

De mon côté, je suis tombé sous le charme de cette interprétation du Concerto pour orchestre. L'Orchestre de Paris a décidément un talent rare en matière de sonorité, une exceptionnelle maîtrise des vents. Les mouvements se sont enchaînés, tous plus enchanteurs les uns que les autres, et nous sommes restés en pâmoison à la fin de l'exécution. (Voir la vidéo du concert ci-dessous)

Pour mon anniversaire, mon ami m'avait fait la surprise de réserver une bonne table à côté de Pleyel à la fin du concert. Peu de temps après nous, juste à côté, nous eûmes la surprise de voir venir s'installer Pierre Boulez, compositeur et chef mythique, en compagnie de Bertrand Chamayou et d'un staff d'une demi-douzaine de personnes.

A l'issue des desserts, alors que sur la pointe des pieds nous le remerciions du moment enchanteur qu'il nous avait offert, Boulez apposât un "cordial souvenir" sur la partition de Bartók de mon ami. Instant de grâce.

Béla Tarr fait du cinéma à la façon de Bartók. Il prend le temps d'installer un contexte. Son dernier Cheval de Turin, Ours d'argent à Berlin, raconte la fin du monde à travers le face à face immuable d'un paysan - cocher manchot du fiacre qui renversa Niestzsche et le propulsa dans la démence, un soir de la fin du 19è siècle à Turin - avec sa fille. A travers d'invraisemblables plans-séquence en pleine tempête, un quotidien sombre est raconté, fait d'eau cherchée au puits, de patates assaisonnées de sel, d'un rituel d'eau-de-vie au petit matin, d'un cheval à nourrir, de petits arrangements avec le handicap à travers les laborieuses séances d'habillage et de déshabillage du père. Sur cet ostinato lugubre de la vie, se greffe la visite d'un prédicateur dément, l'intrusion de tziganes à l'insupportable énergie de vie, la maladie du cheval, l'assèchement du puits. Non seulement, l'ordinaire cyclique s'émaille d'incidents, mais les imprévus en viennent à le dérégler et à le faire basculer dans une fin ténébreuse. Là où Dieu créa l'homme, au sixième jour, Béla Tarr, lui, dans une saisissante genèse inversée, fait disparaître au sixième jour la lumière. Film épilogue d'une longue carrière cinématographique mal connue sur une musique de Mihaly Vig, proche, paraît-il, de celle de Philipp Glass, tenant d'une musique minimaliste ayant recours au procédé de l'ostinato.

Heureusement, avant Noël, nous avons une autre corde à notre arc, sinon, ce serait à pleurer : La mélodie du bonheur, au théâtre du Châtelet, où nous irons ressourcer notre optimiste vision du monde. Les cloches, alors, pourrons sonner la joie.

Joyeux ostinato de Noël à toi !
 

13 décembre 2011

le tigre dans la cuisine

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La cuisine venait d'être montée. A deux-trois choses près - il y manquait un bout du plan de travail, la crédence et quelques accessoires - tout était en place. Les meubles hauts suspendus, les corniches de finition vissées. Au châpitre des dépenses imprévues, il nous avait fallu changer de frigo et de micro-onde : trop large pour l'un, trop profond pour l'autre. Du coup, question micro-onde, nous avions jeté notre dévolu sur un modèle encastrable. Acheté chez IKEA, il trouvait sa place harmonieusement parmi les placards aux portes en chêne clair, et acceptait la même poignée en inox brossé. Une sous-marque de Whirlpool.
 
Au début, tout se passait bien. Nous bichonnions le four - et du reste chaque élément de cette nouvelle cuisine - comme s'il s'était agi d'un animal de compagnie. Notre nouveau chaton n'était pas toujours simple à dompter. Au début,  sa porte n'avait pas de poignée. Les pictogrammes en façade n'étaient pas excessivement clairs, et n'en permettaient pas un usage intuitif. Il se montrait récalcitrant à la programmation. Mais bon, il était efficace dans sa fonction principale : chauffer.
 
Et puis un jour, il s'est mis à émettre de petits sons. Des bips, pour être précis. Parfois, l'horloge affichait des chiffres bizarres. Quand j'appuyais sur le bouton de la puissance, il modifiait la durée - et inversement. Un peu plus tard, un soir où je regardais la télé, ou que je m'activais à l'ordi dans le canapé du salon, le bruit caractéristique de sa ventilation s'est fait entendre, et je découvrisi qu'il s'était mis en marche tout seul.

Durant deux-trois nuits, je fus réveillé par la sensation que ça se reproduisait, et une fois descendu, je constatais que c'était bien le cas.

Un autre soir, en rentrant à la maison, et en voulant réchauffer des restes de la veille pour notre dîner, je découvris horrifié que la cloche en plastique destinée à éviter aux aliments l'assèchement et au four les projections, était tout déformé : il avait fondu. C'est là que j'ai commencé à avoir peur.

alors, ça boum.jpgCe même soir, le four se mit en marche à plusieurs reprises. Pire, la fonction "stop" ne me permettait plus d'arrêter la minuterie. Je voyais cette dernière s'emballer subitement, afficher une minute, deux minutes, trois cinq, huit, une demi-heure, une heure, tandis que les ondes fonctionnaient à toute puissance. Même porte ouverte, il produisait des ondes, il ventilait. Rien ne l'arrêtait, il devenait fou, il était hors de contrôle. Le chat était un tigre, plein de furie. J'avais un monstre enfermé dans mes mûrs, Fukushima dans ma cuisine.

Le mode d'emploi ne me proposait aucune solution. Une réinitialisation supposait de débrancher la bête, mais elle était scellée avec la prise dans le dos, inaccessible. J'étais alors seul à la maison, et l'état de mon dos ne me permettait pas d'envisager raisonnablement de déplacer le four. Le SAV d'IKEA me proposait une visite technique la semaine suivante. Finalement, en les testant les uns après les autres, je trouvai dans l'armoire électrique le fusible qui lui correspondait et réussis à désactiver le robot fou. Et j'eus la chance que seule la hôte aspirante fut dépendante du même fusible.
 
J'étais sauvé.

Ce qui est bien avec le SAV d'IKEA, c'est qu'il n'existe pas, en fait. Cinq ans de garantie pièces et main d’œuvre, mais recours direct au constructeur. Un professionnel a ainsi débarqué chez moi un matin, sûr de son fait. Un jeune black de banlieue, caleçon blanc dépassant du jeans, vigueur et sens du travail bien fait en bandoulière. Il m'a renversé l'animal, a joué du tourne-vis, remplacé les circuits intégrés en deux temps trois mouvements. Il m'a laissé sur le cul, mais soulagé !

Le chat dort désormais paisiblement dans sa cage. Et ne ronronne qu'à la demande. Ouf !

08:50 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (2)