Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28 mars 2012

le Xème homme

'La rivière est sortie de son lit et quoi qu’il arrive elle n’y retournera pas de sitôt'' (Mélenchon, Lille, 27 mars 2012).

26 mars 2012

les belles personnes et les esprits faibles

 la ciotat.jpg

Je n'avais pas vingt ans.

Mes parents étaient d'actifs militants communistes. Permets-moi de te dire qu'il n'y avait pas de place pour le racisme dans les réunions de cellule : mon père pouvait en concevoir de violentes colères. L'élection de 1981 avait été vécue dans un mélange bizarre d'amertume, de joie et de méfiance. Les 15% de Marchais au 1er tour avaient été une rude déception. Certains communistes en réunion évoquaient une consigne de "vote révolutionnaire à droite" pour le second tour. Mes parents n'y accordaient aucun crédit : pour eux, la politique se jouait à visage découvert. Même si les plus vieux camarades n'avaient guère d'illusion et multipliaient les mises en garde contre Mitterrand, la victoire du 10 mai fit majoritairement naître une immense espérance. Je me souviens bien que moi, et toute la famille à la maison, étions d'abord dans cette espérance, et avions envie d'oublier toute défiance.

Puis les années ont passé. L'abolition de la peine de mort, la retraite à 60 ans, les 39 heures, joyeusement applaudies étaient déjà loin. De réunions de cellule en réunions de cellule, on se félicitait moins et on s'inquiétait plus, de nombreuses décisions gouvernementales n'enchantaient plus. Et puis les premières mesures d'austérité sont arrivées. Et puis les premières fermetures d'usine.
 
les ministres communistes sous mitterrand.jpgLes chantiers navals de La Ciotat, première activité délocalisable, par excellence, ouvrit le bal. Nous avions un voisin qui travaillait à La Ciotat. Un robuste ouvrier issu de l'immigration portugaise. Un lecteur du journal, un sympathisant, comme on disait. Les communistes avaient beau prendre leur distance, dénoncer la dérive de la rigueur, préparer leur sortie du gouvernement, il n'a jamais su considérer autrement le licenciement qui le frappait que comme une trahison des siens. Il a pris ses distance avec les communistes, qui ne savaient plus quoi lui proposer, n'a jamais plus parlé à mes parents. Nous avons su, ou cru, qu'il s'était mis à voter Le Pen.

Mais peut-être, saisi par la paralysie politique, renonçant à croire au changement de société, devint-il simplement abstentionniste. Peu importe.
 
Parmi les théories très en vogue chez les commentateurs, il en est une qui fait flores depuis longtemps. Ressassée sur tous les tons, aussi indiscutable qu'il fait beau quand le soleil brille ou qu'un verre vide n'est donc pas plein, c'est la théorie des vases communicants : l'extrême-droite et l'extrême gauche pêchent dans les mêmes eaux, la concomitance de la montée de Le Pen et de l'effondrement du parti communiste en constitue la preuve indiscutable sur ces vingt dernières années : les seconds sont allés chez les premiers sans sourciller : avides de discours faciles et peu regardant sur les valeurs, les pauvres sont bêtes, c'est bien connu, quant aux ouvriers, n'en parlons même pas ! Et si Mélenchon remonte ces temps-ci chez les ouvriers, c'est qu'il pique ses électeurs direct à Marine Le Pen. Aucune valeur, je te dis ! cqfd.

La version moderne de cette analyse à deux balles a été, au début de cette campagne, le "populisme" supposé, coulant de source, commun aux candidats du front de gauche et du front national : âpreté au débat, ton vindicatif, l'affaire était faite.

Il aura fallu que Jean-Luc Mélenchon mette le paquet dans ses discours et ses explications pour que plus personne ne s'autorise ce parallèle, et il était réjouissant de trouver ces jours-ci dans le Monde un papier découvrant au contraire que "Mélenchon cultive son électorat" : son populisme était donc illusion. Une invention des "belles personnes", selon le mot de Victor Hugo qu'il affectionne pour parler des bourgeois. Fermons le ban sur ce plan, mais revenons un instant à la théorie des vases communicants.

Comment Mélenchon démonte-t-il cette thèse ? D'abord avec ce constat, délivré par les instituts de lepen.JPGsondage fin février : on ne passe pas du vote front national au vote front de gauche. Si Marine Le Pen n'avait pas eu ses signatures, les 17% d'intention de vote qui lui étaient attribués seraient allés sur Sarkozy, puis sur Hollande et Bayrou. Mélenchon n'en aurait récupéré qu'à peine 1%. Puis avec cette analyse. C'est la droite qui s'est extrême-droitisée. Il y a toujours eu 30% d'ouvriers qui votaient à droite, c'est le jeu démocratique. Déceptions et trahisons aidant, cet électorat s'est tourné vers le Front national, et d'autant plus nombreux que les médias accompagnaient complaisamment l'opération dédiabolisation du Front National. En réalité, entre les années 80 et les années 2000, il y a eu un glissement vers la droite de l'ensemble du corps électoral, du personnel politique, et des idées. Le capitalisme n'avait plus de rival, il était la modernité, le bout de l'histoire, l'individualisme en était son corollaire et le rejet de l'immigré sa version droitière, décomplexant le racisme ordinaire, la haine, parée de son bruit et de son odeur.

Si le corps électoral a globalement glissé, interdisant à toutes les forces politique de se dédouaner, Mélenchon parle d'"esprits faibles" pour évoquer ceux qui, peu nombreux, auraient pu faire le grand pont, du communisme à Le Pen.
 
Et aujourd'hui, si la poussée de Mélenchon "gauchit" tous les discours - de celui de Hollande aux propositions se Sarkozy, s'il grimpe parmi les ouvriers, si Marine Le Pen se tasse au point qu'elle pourrait bien finir cinquième roue du carrosse, si le total de gauche n'a jamais été aussi haut, ce n'est pas parce que l'électorat du FN aurait découvert des vertus à Mélenchon, mais parce que le glissement s'est enfin opéré en sens inverse. Et ça pourrait bien ne pas s'arrêter là. Ni au jour de l'élection.

22 mars 2012

à l'assaut de l'espoir

assaut.jpg

Journée mondiale de l'eau, mais la ligne de flottaison est inapparente.

Tout s'est emballé et j'ai préféré me taire. Je n'avais pas le choix. Rien à dire, l’œil rivé, comme toi, au fil de l'actualité. Toulouse est loin, l'Afghanistan est loin. Mais la folie toujours si proche. Qui rôde.

De la jeunesse turbulente, de la prison, un goût morbide et maniaque pour les armes, une tentation pour la légion ou, tant pis, pour les tribus pakistanaises. Une référence idéologique bien futile pour donner un semblant de sens à un pur délire sanguinaire.

Une gueule d'ange, et ça ça fait mal.

Fallait-il que des petites filles juives viennent sublimer la liste des victimes pour que du renseignement l'on en vienne à la traque ? Nous dira-t-on jamais tout, de la part de calcul et de celle de la simple inefficacité ?

Encore une fois, à deux pas du drame, c'est mon copain Manu qui aura écrit dans une sourde raison prémonitoire, l'épaisseur la plus sincère du désarroi, entre excitation et instincts saturés, forcément voyeurs.

Un voile sur la campagne, qu'ils avaient dit... Alors qu'ils ont tous joué une posture, une survie, espéré jusqu'à la nausée tirer des origines du jeune fou quelques marrons d'un feu qui leur tournait le dos. La Marine a été la plus abjecte, fielleuse et charognarde. Le Nicolas reprend des initiatives, liberticides ben voyons, envisage de nouvelles lois jusqu'à la veille du scrutin qui le rendrait justiciable.

Le fil de l'actualité doit parfois être coupé, quitte à nous laisser retomber les pieds par terre.

Jusque-là, nous parlions de retour de l'espoir, de lueurs qui se rallumaient dans des yeux à l'énoncé de la solidarité et de l'égalité. On parlait revenu maximum et SMIC à 1.700 euros. On parlait planification écologique et abolition des oligarchies prédatrices. La campagne réservait de joyeuses surprises. La retraite à 60 ans n'avait plus de raison de demeurer honteuse.

L'assaut de Toulouse aura-t-il eu raison de la bouffée d'espoir qu'il nous était enfin donné de saisir en vol à l'heure d'une grande élection nationale ? Ou du pouvoir que nous avions, preuve en était donnée, de tout changer et de reprendre les rênes par la seule force de nos bulletins de vote ?

Ce soir Mélenchon est le troisième homme, dans une accélération contre-nature. Et si l'espoir était plus fort que les stratégies guerrières...

17 mars 2012

le temps des cerises

Bastille2.png

Je plante ma tente à la Bastille ce dimanche. Le matin, pour le premier acte d'une autre forme de la concurrence libre et non faussée, celle de la guerre des saisons que se livrent les grandes places lyriques internationales. L'Opéra national de Paris présentera à ses abonnés, autour d'un café chaud, son programme pour la saison 2012-2013. Tout sera dans le dosage : beaucoup de classique pour remplir les salles, quelques nouvelles productions pour tenir le rang, une saupoudrée de création contemporaine, sinon Paris ne serait plus Paris. Wagner, dont ce sera le bicentenaire, laissera à Verdi la portion congrue. Quelques stars, parmi celles qui comptent, et quelques loupés - question de budget ? : Jonas Kaufman ne tiendra pas le rôle de Don Jose dans Carmen face à Karine Deshaye en décembre, alors qu'il l'aura joué à Salzburg au mois d'août, une déconvenue qui me chagrine. Des casting de second ordre, pour équilibrer les comptes. Toujours pas de McVicar, metteur en scène britannique sensuel et enjoué, décidément bien mal aimé de Paris - ou trop cher ? Bref, mêmes recettes, mêmes logiques comptables qu'ailleurs. Une programmation décevante, mais que le rendez-vous de ce dimanche matin réchauffera peut-être à mes froides oreilles.

En mars, toutes les places symphoniques ou lyriques dégainent leur saison, c'est à qui parviendra le premier à décrocher ton abonnement : la Salle Pleyel, l'Orchestre de Paris... On t'affiche de nouveaux tarifs, l'Opéra de Paris s'est même offert le luxe de communiquer sur sa tarification "sociale", alors que par un jeu de chaises musicales, c'est le cas de le dire, la démocratisation de l'art lyrique se voit reléguée dans les hauteurs latérales des galeries. C'est à dire à la marge. J'aime bien l'opéra, mais il y a quelque chose qui pue dans ses arrières cuisines.

180212fh-23.jpgHeureusement que nous aurons, l'après-midi, un autre rassemblement à Bastille, qui prendra le contre-pied de la marginalisation des pauvres, de la concurrence libre et non faussée libérale : la marche pour la VIè République, sociale, laïque et écologique, le début de la révolution citoyenne à laquelle se réfère Jean-Luc Mélenchon dans sa campagne. Un rassemblement qui incarnera la diversité de ceux qui se retrouvent dans l'ambition d'en finir avec la gestion capitaliste de la vie des hommes : à distance, et sans partage.

Quoi qu'il advienne, le 22 avril et le 6 mai, la campagne de Jean-Luc Mélenchon restera l'événement réjouissant de la séquence. De la franchise et de la radicalité, de l'humour et de l'amour, de la reconnaissance pour ce que cette radicalité a d'indispensable, au point que les deux ténors en reprennent, dans l'improvisation, les axes emblématiques sur la taxation de la richesse excessive et la lutte contre l'exil fiscal. Moi, pour les ténors, je m'en tiens à l'opéra. Ceux de la politique ont beaucoup de mal à me faire bander, François Holande ne parvient pas à me décrocher ne serait-ce que l'esquisse d'un sourire - et pourtant, je fais des efforts. Ils sont moribonds tandis que l'autre dynamique redonne espoir et dignité.

Le temps des cerises chantera donc du côté de la Bastille. Par une heureuse conjonction, où se commémorent à la fois les 140 ans de la Commune de Paris, les 50 des accords d'Evian, les 2 ans de la disparition de Jean Ferrat, se mêleront les traditions rebelles ancestrales d'une France de souche ouvrière et la France d'aujourd'hui, multiculturelle, enrichie de valeurs et d'exigences humanistes, ouverte sur le monde mais non soumise à ses règles libérales. Les France à qui Mélenchon a redonné la fierté de répondre, à celle qui dit "le problème, c'est l'immigré !" : "non, le problème, c'est le banquier !"

Au Japon, les sakura sont en fleur. Ici, l'amour redevient cerise.

11 mars 2012

Fukushima : où on en est vraiment

Une blogueuse que je ne connais pas, Kathy Garcia, a publié récemment un billet très documenté, richement linké, un peu technique mais pas que.

Un an jour pour jour après Fukushima, j'en reproduis de larges extraits, en t'invitant à aller en lire l'intégralité ici, avant d'aller voir, sur encyclo.fr, ce soir à 18h40, le reportage inédit Fukushima : retour en zone rouge de la réalisatrice Marie Linton.

_________________________

A presque un an de la catastrophe, alors que Tepco affirmait sans sourire que les réacteurs étaient « en état d’arrêt à froid  », voila que brusquement le réacteur n°2, celui qui contient du mox, donc du plutonium, refait parler de lui, dans l’indifférence irresponsable des grands médias.

Affirmant tout d’abord qu’il y avait seulement un « défaut de thermomètre », mais démontrant son propre mensonge en augmentant le débit d’injection d’eau dans la cuve du réacteur n°2, Tepco accepte du bout des lèvres de dire qu’il y aurait quelques problèmes à Fukushima. 

On se souvient qu’en novembre 2011, une première réaction de fission s’était produite sur ce même réacteur, évènement qui n’a pas soulevé beaucoup d’émotion. 

Depuis mars 2011, selon l’IRSN, les réacteurs accidentés de Fukushima Daiichi sont refroidis par des injections d’eau de l’ordre de 10 mètres cubes à l’heure, et Tepco avait annoncé en décembre dernier que la température des cuves était sous contrôle.

Affirmation à prendre avec quelques précautions. (...)

Le premier ministre japonais Yoshiko Noda avait donc fait l’annonce optimiste de « l’état d’arrêt à froid », affirmant sans rire : « les réacteurs sont stables et la seconde phase du plan est achevée  », et que du coup une reprise de la réaction de fission était écartée. 

La-centrale-nucl-aire-de-Fukushima-.jpgL’ASN (autorité de sureté nucléaire) définit ainsi l’arrêt à froid : « la situation d’un réacteur nucléaire à l’arrêt dans lequel l’état du fluide de refroidissement se rapproche de celui qui correspond aux conditions ambiantes de pression et de température ».

Or contre toute attente, ça chauffe grave à Fukushima, obligeant l’exploitant à augmenter l’injection d’eau, en la portant à 13 mètres cubes.

Plus grave, du Xénon a été retrouvé dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2, ce qui signifie qu’une réaction en chaîne incontrôlable a eu lieu, et qu’elle est peut-être encore en cours en ce moment

Il faut savoir que les xénons 133 et 135 se créent lorsqu’il y a fission nucléaire de l'uranium

Malgré tous les efforts de l’exploitant, la température continue de monter, et voisinerait les 300°C, ce qui fait craindre aux travailleurs sur place la possibilité d'une explosion

Cela expliquerait l'augmentation constatée de la radioactivité sur le site, passant de 4,45 Mbq/km2 à 98,2 Mbq/km2 pour le césium 134, le césium 137 passant de 6,46 Mbq/km2 à 139 Mbq/km2

Alors qu’à Tchernobyl, suite aux différentes interventions, la situation reste relativement stable, grâce au sacrifice de quelques dizaines de milliers de travailleurs sur l’autel du sacro-saint nucléaire, à Fukushima, rien n’est réglé.

Bien au contraire.

Les alertes se multiplient, et selon la NSC (commission de sécurité nucléaire japonaise), on assiste actuellement à une distribution massive de pastille d’iode, afin de contrer une nouvelle pollution radioactive.

Ces pilules, en saturant la thyroïde, empêchent provisoirement la radioactivité de se fixer dans l’organisme des japonais en danger.

Et puis le danger ne se limite pas au réacteur n°2, elle s’étend au n°3, car celui-ci vient de montrer des signes inquiétants d’activité.

Le 7 février 2012, un panache de fumée s’est élevé au dessus du réacteur détruit. Voir là et là. (...)

Sur ce lien, la caméra qui filme en continu les réacteurs endommagés de Fukushima. (...)Fukushima-007.jpg

Récemment quelques élus français ont pu se rendre au Japon pour constater la gravité de la situation, regrettant qu’ils n’aient pas été très nombreux à répondre à l’appel, tant ce voyage était instructif. 

L’adjoint au maire de ChinonYves Dauge, était du voyage et a déclaré : «  tout ce qui nous a été dit me perturbe beaucoup. A l’avenir, qui va vouloir s »’installer ici ? Quelle entreprise va vouloir investir ?  »

En attendant, au Japon, les pertes financières s’accumulent, et récemment, malgré le soutien massif de l’Etat, lequel a avancé 90% du montant, sans la moindre garantie d’un éventuel remboursement, Tepco a admis une perte de plus de 6 milliards d’euros pour les 3 derniers trimestres de son exercice.

Cette somme, pour importante qu’elle paraisse, n’est qu’une maigre partie des sommes qu’il faudra débourser.

Aujourd’hui encore, au-delà des 100 000 habitants évacués dans le périmètre, largement insuffisant des 20 km autour du site, Tepco évalue à 1,5 million le nombre de japonais qui devront être indemnisés.

Un panel d’expert à évalué à 44 milliards la facture totale nécessaire au dédommagement suite à la catastrophe nucléaire. 

Tepco envisage de dépenser 10 milliards d’euros pour démanteler un jour les réacteurs hors service, mais l’expérience française, avec le démantèlement de « super » phénix, prouve que ce chiffre sera largement sous évalué.

C’est d’ailleurs une lapalissade, outre les dommages subis, les pertes de territoire, les maladies et les morts imputables au nucléaire, la facture du démantèlement est totalement à revoir.

En 2005, la cour des comptes avait estimé le démantèlement de la centrale de Brennilis à 480 millions d’euros. Aujourd’hui on parle en milliards.

Prudemment EDF aurait provisionné 2 milliards d'euros pour la déconstruction des 58 réacteurs français.

Or le site de « super » phénix estimé pour son démantèlement à 900 millions d’euros, en coutera 10 ou 11 milliards, soit plus de 10 fois plus que prévu, et du coup, les 2 milliards prévus pour le démantèlement de tout le parc français paraissent un peu étriqués.

22.04.Tchernobyl.nucleaire.radioactivite.930.620_scalewidth_630.jpgRécemment, la députée européenne Michelle Rivasi, avait estimé le coût de la catastrophe japonaise entre 100 et 500 milliards d’euros et Tchernobyl, en fin de compte, en coutera autant.

Aujourd’hui, entre le prix du kilowatt éolien et celui du nucléaire, il n’y a pas photo : celui du nucléaire étant largement sous évalué, ils sont aujourd’hui tous les deux au même niveau, sauf que, comme le fait remarquer Michelle Rivasi : « à 80 € le MWh, l’électricité produite par l’EPR coûterait le même prix que l’éolien aujourd’hui, mais à choisir, je préfère qu’un avion s’écrase sur une éolienne que sur une centrale nucléaire ».

Et si on ajoute à l’équation le prix du démantèlement et celui, hypothétique, du traitement des déchets, le choix est facile, d’autant que nous sommes dépendants de l’uranium, alors que le vent n’a pas besoin d’être importé. 

Mais le président actuel du navire « France », droit dans ses petites bottes, continue d’affirmer son soutien au nucléaire français.

Fessenheim, il s'est félicité des 700 contrôles annuels de l’ASN, assurant que ceux-ci étaient en toute impartialité et transparence, sauf qu’il a refusé que des experts indépendants puissent faire ces visites, et qu’à tout prendre, 700 contrôles c’est finalement peu, puisque ça ne fait jamais qu’un contrôle mensuel par réacteur.

Avec un peu de recul, on peut aussi s’interroger sur les 750 incidents annuels que nous avons annuellement.

La longue liste des divers accidents ou incidents survenus en France est à lire là.

Récemment, la centrale nucléaire de Civaux à connu quelques déboires avec sa tyauterie et le 1er février 2012, l’ASN a produit un rapport accablant sur cette installation suite à une fuite de tritium constatée dans la nappe phréatique située sous la centrale. 

On peut aussi se rappeler qu’en 40 ans notre planète a connu 5 accidents majeurs : Three Miles Island, Tchernobyl, et les 3 réacteurs de Fukushima, soit un accident pour 3600 « années réacteurs » comme l’explique le Docteur Bruno Bourgeon, alors qu’on tablait sur 1 pour 100 000

Aujourd'hui, à partir de 13h30 les opposants aux nucléaire venus des 4 coins du pays, et d’ailleurs, vont organiser la plus grande chaine humaine jamais organisée en France. Elle ira d’Avignon à Lyon et pour y participer c’est sur ce lien. (...)

08 mars 2012

l'inversion des courbes

p10308431.jpg

Je suis à l'aéroport de Budapest. Hier dans la nuit se sont croisées les courbes du beau et du mauvais temps. J'aurai passé là huit jour sous un soleil inaltéré, et voilà qu'aux dernières heures un épais brouillard ne parvient à se détacher du ciel, plombant l'air d'une nostalgie qui sied aux grands retours.

Dans un instant, les courbes du plaisir et des obligations se croiseront à leur tour.

Budapest me fut, peut-être plus encore qu'à l'habitude, une cure d'apaisée jouvence. Je me suis livré à une débauche indécente des plaisirs qui m'appartiennent : pratique intensive de la natation, dans une piscine olympique à la porte de ma chambre. 15,5 km en tout qui ont redonné à mon corps toute la respiration qui lui manquait. En peu de jours, je l'ai vu se reformer, se débarrasser des masses inélégantes, se parer de la nouvelle marque d'un nouveau maillot, et retrouver un inattendu pouvoir de séduction. Je suis allé aux bains trois fois seulement, tant pour l'eau que pour éprouver ce magnétisme revenu, et les suées ont soulagé mon dos, mais aussi ces stupides doutes existentiels.budapest,natation,mélenchon,présidentielle 2012

Je suis allé au spectacle pratiquement chaque soir, six fois en tout, dont trois avec une partie ou l'autre de ma belle famille. Et je peux donc affirmer que si l'opéra de Budapest est l'un des plus beaux d'Europe, il dispose néanmoins de budgets et d'un plateau technique qui en limitent les capacités de production. Décors kitsch et inconsistants, mises en scènes classiques, distributions locales. Ce qui n'empêche ni les surprises ni les émotions. Les deux auditoriums du Palais des arts, en revanche, sont probablement dotés des conceptions parmi les plus performantes au monde. Pour moi à ce jour, la plus belle acoustique que j'ai jamais rencontrée.

Je suis allé un soir dans un boîte à cul. A contre-cœur pour honorer la budapest,natation,mélenchon,présidentielle 2012promesse d'un coup à boire. La courbe du désir y a croisé celle du dégoût. Sûr que je n'y retournerai plus avant six bons mois !

J'ai écrit, beaucoup, plus que tu ne peux en lire. Depuis ma chambre, la salle à manger de l'hôtel ou des salons de thé. Tâchant toujours de croiser dans mes notes les courbes tangibles de mes vagabondages avec celles plus évasives de mes émois. Mais rassure-toi, le blog va bientôt retrouver un rythme pépère de campagne et te laisser à nouveau respirer.

La campagne, justement, à laquelle, ayant retrouvé dans la dynamique autour de Mélenchon une raison d'espérer, j'ai promis à ce blog de participer. Car quitte à te paraître étrange, j'ai dans ma villégiature suivi l'actualité, regardé par internet les directs ou les différés des grandes émissions politiques. J'ai assisté aux irrésistibles performances de Jean-Luc Mélenchon. En intentions de vote, sa courbe à lui semble sur le point de croiser celle de François Bayrou, ce sera la première bonne nouvelle de la campagne. Mais la deuxième très bonne nouvelle, c'est qu'elle pourrait même désormais croiser celle de François Hollande sans que cela n'empêche la gauche d'être présente au second tour. Mathématiquement, s'entend, car nous n'en sommes pas là. Mais cela vaut déjà d'être relevé : grâce à son efficace combat contre la promenade de santé que tout le monde avait, sidéré, laisser se développer sous les pas de Marine Le Pen, celle-ci est désormais hors d'état de nuire, démasquée en quelque sorte, arrêtée autour de 15 ou 16%, quand François Hollande et Jean-Luc Mélenchon totalisent déjà près de 40%, avec donc un point de croisement à 20% qui nous protège d'un 21 avril.

Cette croisade contre la leader frontiste new-look, m'a d'abord laissé perplexe. Mais il l'a nourrie de tant de conviction, d'ancrage dans des références historiques, et de révélation des aspects les plus absurdes - ou les plus abjectes - de son programme, que force est de constater avec lui que "pour la première fois depuis trente ans, c'est l'extrême-droite qui baisse les yeux devant la gauche".

Une autre dimension de sa campagne m'a d'abord désarçonné : la manie qu'il a de se montrer stratège, fralib-02_12-23.jpgde développer à visage découvert, dans ses interventions publiques, le caractère calculé de tel ou tel bon mot, de telle ou telle position. Et puis peu à peu, au delà des accents de théoricien léniniste que cela donne à ses tribunes, écrites ou orales, apparaît une chose extrêmement importante : Mélenchon fait de la politique un enjeu d'éducation populaire. Il ne fait pas de la communication, il fait de la formation politique. Il travaille à la repolitisation de la société, en commençant par les milieux modestes.

En se montrant à la fois stratège et transparent, et mettant les dimensions tactiques de son combat en partage, il permet à chacun de s'en saisir. Et sa pédagogie désarçonne le milieu journalistique qui ne sait par quel coin le rattraper, quel message de circonstance dénoncer ou quel dérapage relever. Il n'y a rien à déceler car tout est assumé. Ce jeu m'est d'abord apparu étriqué, dépourvu d'ambition majoritaire. Mais dans un monde où la première aspiration populaire est de retrouver la force de compter, de participer à un rapport de force, finalement, cette façon d'avancer s'avère plus payante que je ne l'aurais imaginé.

Alors je ne sais pas si ma courbe croisera la tienne, si nos trajectoires finiront ou non par se rencontrer, si la révolution citoyenne finira ou non par frapper à ta porte, mais putain que c'est bon de retrouver de la confiance. En soi. Et dans la chose publique.

06 mars 2012

Tosca sur Danube

 

Budapest, ce sont des bains, des rencontres aimables assorties de caresses - et plus quand affinité -, des promenades ensoleillées au pied d'immeubles anciens aux façades décrépies. C'est un stage intensif de natation. C'est une respiration en dehors de toute pression. Et puis ce sont des soirées sous les lambris dorés de l'opéra ou ceux des prestigieux salons de thé. Tiens, tout en écrivant, je croule sous le poids des ors du Book-café au dessus de ma tête. Le cappuccino viennois y est excellent, tout comme le Francia Mákos aux pavots, que je viens de finir de déguster. Le piano y est juste de trop...

Dimanche, c'était Tosca : mise en scène classique, distribution cent pour cent hongroise, plutôt jeune, mais de grande tenue. Épuisé par un coucher tardif la veille, en raison d'un début de nuit agité et DSCN1770.JPGsonore au Capella, une boîte aux kitchissimes shows transformistes où j'avais suggéré à un couple de touristes français rencontré aux bains Rudas qu'on s'y retrouvât, puis par une journée d'excursion à Szentendré avec les mêmes, j'ai bien pensé  avoir du mal à résister au choc. D'autant que je n'en avais pas relu l'histoire, et qu'il faut bien le dire, de l'italien chanté surtitré en hongrois, ça me laissait sacrément handicapé.

C'était sans compter avec l'intensité dramatique de l’œuvre et la beauté de la musique de Puccini. Je n'ai pas sombré une seule seconde. Le troisième acte vibre encore sous ma peau, deux jours après. Je n'ai donc pas résisté au plaisir de te laisser entendre, ci dessus, Jonas Kaufmann dans le rôle de Cavaradossi. Sublime interprétation (à écouter surtout à partir de la minute 2'25'')

Tosca, entre amour et trahison, dans une Rome reconquise sur les bonapartistes par un régime aristocratique secondé par les Anglais : Tosca, célèbre chanteuse d'opéra, manipulée par Scarpia, le chef de la police secrète, trahit Cavaradossi, le peintre pour qui elle nourrit un amour maladivement jaloux qui a caché chez lui Angelotti, consul bonapartiste évadé.

Tosca, c'est le déchirement romantique par excellence. Écartelée entre amour et jalousie, entre promesse de silence et incapacité à résister aux cris venus de la chambre de torture, elle finit par accepter de faire don de son corps au concupiscent Scarpia en échange de la vie sauve pour son amant.
 
Assassinant Scarpia après avoir obtenu de lui l'engagement écrit qu'il organiserait pour son amant un simulacre en quise d'exécution, le stratagème échoue néanmoins. Cavaradossi périt sous les balles des fusiliers, et Tosca se jette du haut des remparts. Fin tragique pour histoire sans issue. Mais de laquelle nous reste cet inoubliable E lucevan le stelle.

Hier soir, c'est au Palais des arts Béla Bártok que nous sommes allés entendre, avec ma belle-mère, le concerto pour violon de Sibelius par le Philharmonia, sous la direction de Esa-Pekka Salonen. En deuxième partie, nous eûmes droit à ce qui restera sans doute comme l'une des plus belles interprétations de la VIIè symphonie de Beethoven, au son clair et aux pianissimo d'une légèreté jamais égalée. Complété, en bis par une interprétation tout aussi magique de la valse triste de Sibelius.

Et j'y retourne de ce pas, seul, pour le 3è concerto pour piano de Rachmaninoff. Sous la direction de Zoltan Kocsis. Les amateurs apprécieront.
 
Oups, je dois me dépêcher, l'heure file à toute vitesse...

05 mars 2012

vu de Hongrie : une campagne vaseuse

 gadoue.jpg

Je parle le hongrois. Mal. Niveau de conversation courante, mettons. De quoi prendre des nouvelles de ma belle-famille, où j'étais invité à déjeuner samedi. Dans une ambiance joyeuse, rieuse, où je suis toujours choyé, j'ai raconté deux-trois bricoles de ma vie, je me suis intéressé aux études de médecine de la grande, à la curiosité de sa jeune sœur pour la langue japonaise. Je me suis laissé dire "mal au dos un jour, mal au dos toujours", une considération à la hongroise dont j'aurais bien fait l'économie.
 
Bref, je parle un hongrois léger, suffisant pour évoluer dans un quotidien ordinaire. Pour féliciter un compositeur contemporain, comme je le ferai timidement auprès de Kálmán Oláh, dont j'allais, le soir-même, apprécier la création mêlant trio de jazz et ensemble symphonique. Mais évidemment, assez limité pour évoquer les sciences ou la politique.

Or la politique, nous y sommes venus. C'était couru. "Comment va Sarkozy," m'a demandé mon beau-frère ? A la hongroise, Sarkozy se prononce Char-keu-zy. Une sorte d'entre-deux boueux, un marigot, une terre inhospitalière, de la vase. Notre prononciation de ce nom d'origine hongroise les amuse. Car le son sar, comme les Hongrois nous l'entendent dire, qu'ils écriraient szar, ça veut dire... merde. Szar-keu-zy, ce n'est pas un marigot, c'est un tas de fumier.

Je leur ai fait remarquer que de toute façon, entre la boue et la merde, il n'y avait pas beaucoup de différence, hein. Mon beau-frère a aussitôt relevé : "Si, l'odeur". Pas faux !

Puis invariablement, ma belle-mère m'a demandé : "et l'autre, là, comment s'appelle-t-il déjà, qu'est-ce que tu en penses ?" J'ai fait une moue perplexe et, pris de court, répondu qu'entre Sarkozy et Hollande, la différence était à peu près la même qu'entre la merde et la boue. Bon, pas glorieux, je l'admets. Mais le trait d'humour, en même temps que cette répartie énoncée sans faute au milieu de mon hongrois cassé, les a fait rire. "Il y a donc une différence", a dit ma belle mère. "Voilà", ai-je répondu.

Mais en hongrois, il ne faut pas me demander plus de politique que ça... J'ai évité le sujet des Roms, parce que là, on aurait aussitôt fini fâchés, et ma langue en aurait perdu ses moyens.
 
Autrement, il nous reste à désenvaser la campagne, histoire qu'elle finisse par intéresser ! Et je suis bien conscient que ce n'est pas ce billet qui y contribuera... Mea culpa.