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20 avril 2012

les cartes en main

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Voilà, chacun a les cartes en main. J'aurais beaucoup donné dans cette campagne du premier tour, dans la vie comme sur ce blog. Reste à attendre le verdict.

Hier à la Porte de versailles, Jean-Luc a donné son dernier meeting. Brillant, argumenté, éloquent, étoilé d'humour. Un style où tu trouveras ton compte ou non, mais qui a contribué à la réussite du rassemblement avec le Front de gauche. Au même titre que l'espoir de changement.

Les derniers sondages de ce jour placent Hollande à 27, 28 ou 29 %. Sarkozy dévisse. Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont au coude à coude, avec un léger avantage à la première, miraculeusement ressuscitée par une certaine presse cette semaine quand Mélenchon était vilipendé.

Le seul enjeu de ce premier tour sera donc celui-là. Le Pen et sa haine resteront-ils à la place qu'on leur prédit : 3èmes, c'est à dire à l'affut, prêts à mordre, demeurant l'insupportable verrou de la démocratie française ? Ou Mélenchon, dont l'alternative est porteuse de solidarité, de générosité et de réalisme, qui rappelle à la gauche quelles sont ses obligations à l'égard des hommes et de la justice, feront-ils à la place la percée attendue ?

La vie politique de notre pays sera-t-elle, à l'avenir, faite d'un débat sur les véritables choix de société, ou entretiendra-t-on dans sa cage le chien de garde qui interdit de penser l'alternative au libéralisme ?

C'est le seul enjeu. Mélenchon devant ou derrière Le Pen. Le seul.

Les jeux sont faits. Mais toi, tu as encore une carte à jouer.

Jean-Luc Mélenchon - Discours de Paris Porte de Versailles

18 avril 2012

"une occasion extraordinaire de tout changer"

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Cette campagne m'entête. A mesure que la cime approche, l'oxygène manque. Dans le tourbillon des ultimes effets de manche, quand la boussole des sondages perd ses pôles, on pourrait négliger ses repères, oublier l'essentiel, bref... se laisser avoir.
 
Nicolas Sarkozy est à la peine, semble-t-il. Les girouettes "d'ouverture" qu'il avait ralliées à sa cause quittent son navire en perdition, espérant sans doute trouver à rebondir, ou sauver leur honneur sali, auprès du rival en vogue. Pas sûr que l'afflux de tant d'anciens ministres sarkozistes vers le giron de François Hollande, dans le sillage du "clan" Chirac, ne soit de nature à rassurer sur le contenu de gauche de son projet politique.

Mais ça fait une dynamique. Et de fait, il décolle. Il prend des couleurs. Pas tant lui, toujours aussi fade, même la voix éraillée, mais sa campagne. Chaque fois que j'écoute François Hollande, j'ai l'impression d'entendre un bulletin météo de Joël Collado : c'est précis, la syntaxe est alambiquée mais irréprochable, je comprends tout. Sauf qu'à la fin, je me demande quel temps il va faire.

Au moins, ça nous donne une certitude : la gauche peut gagner, il est même probable qu'elle gagnera. La question, à cet instant, la seule question, c'est de savoir pour mettre en œuvre quelle politique. Sortir de l'entêtement grisant de cette perspective si longtemps attendue pour se projeter sur l'après. Car il s'agit évidemment d'effacer le terrible cauchemar de ces cinq années ahurissantes de violence et de bêtise, de rude déshumanitude.

Mais il s'agit aussi de mettre notre vieille Europe sur de nouveaux rails - sinon, à quoi sert de voter pour le changement ? Faire de l'Europe un levier pour désincarcérer le monde de l'étau mortifère de la financiarisation où l'a enfermé le capitalisme.

Il s'agit donc d'ouvrir une brèche, d'enclencher la désobéissance aux marchés, d'envoyer des méluche.jpgsignaux à tous les peuples d'Europe sans qui rien n'est possible. De résister.

Je prends le vote Mélenchon comme le seul capable de donner du tonus à la gauche pour rentrer, vaillante, dans cette bataille, au lieu de louvoyer en croyant pouvoir passer au travers des goutes, et finalement succomber à ce qui serait une sorte d'austérité à visage humain. Comme le vote qui ira parler au cœur des hommes et des femmes qui, en proie aux mêmes craintes austéritaires, regardent notre pays avec des yeux d'espoir.

Il s'agit de reléguer l'extrême-droite, malgré le visage souriant dont elle s'est affublée, dans les catacombes de l'histoire de France. Au moins à l'arrière scène. Pourquoi Mélenchon est-il le seul qui se soit engagé comme il l'a fait pour démasquer l'opération de dédiabolisation des Le Pen ? Pourquoi a-t-il fallu, à chaque fois, que ce soit lui et lui seul qui dénonce leur programme rétrograde pour les femmes avec la fin du remboursement de l'IVG, qui combatte leurs obsessions haineuses à l'égard des étrangers, qui démasque leurs références persistantes à la littérature collaborationniste ? Qui d'autre l'aura affrontée, la Marine, dans cette campagne ?

Je prends le vote Mélenchon comme celui qui achèvera le travail. Mélenchon avant Le Pen, dimanche soir, ça aura de la gueule, et notre pays ne vivra plus les débats politiques de la même façon, ça c'est sûr ! Avec un Sarkozy qui dévisse, le FN a repris du poil de la bête dans les sondages ces dernières heures, alors je compte sur toi pour contribuer à faire passer Mélenchon devant.

Il s'agit d'affirmer comment nous voulons vivre. Voulons-nous nous tuer au travail, accumuler des heures supplémentaires, renoncer à des vacances, au temps libre, à la culture, aux sorties, à une retraite paisible et méritée ? Courir derrière l'emploi, vivre l'humiliation de précarités imposées ? Ou nous épanouir, au travail et dans la vie, disposer d'un revenu décent, profiter de la retraite dès 60 ans, avoir du temps pour aller au spectacle ou participer à la vie associative ?

Je prends le vote Mélenchon comme celui qui met l'humain en avant, dans une rupture radicale mais concrète des hiérarchies politiques et économiques, les banques étant mises au service d'un cercle vertueux, avec une écologie, une sobriété, une démocratie à échelle humaine qui deviennent des clés partagées. "Une occasion extraordinaire de tout changer", selon les mots du généticien Albert Jacquard.

Allez ! Si tu le veux, il peut se passer quelque chose de neuf, d'assez sensationnel, de porteur de sens, dans cette élection. Battre Sarkozy, ce sera déjà bien. Entendre pulser une petite musique de révolte, de confiance retrouvée, c'est aussi ce qui nous aidera le plus pour traverser ces prochaines années.

Voici ce que dit de Jean-Luc Mélenchon le grand écrivain humaniste Patrick Chamoiseau : "Il a le discours qui me paraît le plus acceptable, le plus revitalisant, le plus chargé de futur. Il me semble en effet qu’il nous faut de la radicalité. La raison d’Etat, la responsabilité d’Etat, le sérieux de gestion, ça doit commencer par une radicalité de la pensée. Comme disait René Char : "Les plus belles récoltes, les plus pures, émergent de sols qui n’existent pas encore."

Il faut refuser le sol capitaliste, ne pas entrer dans les petits accommodements, changer complètement le sol. Mélenchon est proche de l’humain, il fonde sa radicalité sur l’humain. Il y a quelque chose qui relève du poétique."

17 avril 2012

vu de l'étranger, Mélenchon ça le fait

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Mélenchon est une énigme. Pas l'homme, mais la dynamique qui s'est mise en mouvement dans une élection présidentielle dont la fonction est pourtant plus d'enfermer que de lever des verrous.

Un éditorialiste économique du Guardian, l'Américain mark Weisbrot, estime même dans les colonnes du prestigieux journal qu'il est le candidat idéal pour la France. Et c'est argumenté avec clairvoyance :

" (...) Mélenchon veut aussi réduire le temps de travail, augmenter le salaire minimum, ainsi que les impôts pour les plus riches. Il rejette l’absurdité de l’équilibre budgétaire - comme d'ailleurs la plupart des économistes aux États-Unis - et fustige l'absence d'engagement de la Banque centrale européenne en faveur du plein emploi. Cette démarche est pertinente d’un point de vue économique puisque, notamment en période de récession, la BCE peut créer de la monnaie. C'est ce qu'a  fait la Réserve fédérale américaine en créant 2 300 milliards de dollars depuis 2008 sans craindre une inflation excessive.

Mélenchon veut aussi faire sortir la France de l’OTAN. Ce serait là une très bonne chose pour la France, mais aussi pour le monde. Initialement, l’OTAN a été créée pour contenir l’Union soviétique qui, au cas où certains ne l’auraient pas remarqué, n’existe plus. Les Américains n’ont plus besoin d’  « alliés » qui aident nos gouvernements à occuper d’autres pays comme l’Irak ou l’Afghanistan, ou à entamer une autre guerre dangereuse et déraisonnable, comme nous semblons nous préparer à le faire en Iran.  (...)"

Et puis un chef d'Etat, rien que ça. Pas le Secrétaire général du parti communiste chinois, pas Hugo Chavez, mais le président équatorien, Rafael Correa, celui qui a impulsé et qui défend les principes de la révolution citoyenne, par des voies pleinement démocratiques dans son pays. Celui qui a été le premier à inscrire le droit à l'eau dans la constitution de son pays :

" (...) Le nouveau Front de Gauche que tu mènes est une référence pour les mouvements progressistes de toute l'Europe, nous sommes sûrs que vous saurez affronter les défis posés par ce moment historique de la réalité européenne. Ce soutien populaire croissant est une preuve que l'Europe peut, elle aussi, surmonter le fondamentalisme néolibéral qui fait subir aux citoyens le coût de la crise, repoussant ainsi les aspirations sociales et enracinant les inégalités. (...)"

D'autres journalistes étrangers s'exprimaient il y a peu sur cette bizarrerie : à suivre là.

Et puis ce petit montage qui remet quelques idées au clair à propos des éternelles hésitations et regrettables divagations de Michel Onfray :

 Alors, d'ici dimanche, ne lâchons rien !

16 avril 2012

quand les lignes bougent

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Le Monde publie ce jour une enquête où il apparaît qu'un électeur sur deux a changé d'intention de vote depuis six mois.

Longuement commentée dans les colonnes du journal, Pascal Perrineau souligne en particulier à son propos :

"(...) N'oublions pas Mélenchon. C'est lui qui déplace le plus les lignes, qui crée une vraie dynamique, régulière, qui le fait passer de la marginalité à la position d'outsider. En outre, c'est lui qui, par sa progression, enclenche une dynamique de l'ensemble de la gauche ; avant qu'il ne fasse irruption sur la scène, il n'y a pas de dynamique de la gauche.

Ce qui m'a étonné, c'est sa capacité, dans le temps court d'une campagne, à réactiver des mémoires politiques enfouies, des cultures qu'on croyait lyophilisées. L'historien Marc Lazar le disait : le Parti communiste est mort, mais la culture communiste est toujours là, diffuse, chez bon nombre d'électeurs de gauche, de l'extrême gauche jusqu'au Parti socialiste.

Pour la première fois depuis longtemps, un homme est capable d'incarner cette culture que l'historien François Furet aurait qualifiée de révolutionnaire. Il l'a fait en trois temps : d'abord en solidifiant autour de lui l'électorat communiste, ensuite en mettant à genoux ce qu'avaient construit Olivier Besancenot et Arlette Laguiller, enfin en s'attaquant au môle socialiste, avec un succès non négligeable. Il y a là quelque chose de très intéressant, qui ressort très bien des entretiens qualitatifs : il réveille des énergies et des électeurs dormants ou démobilisés.

C'est certainement favorisé par le grand mouvement des "indignés" réactivé par la crise, qui n'a pas réussi à s'organiser mais qui est présent en France comme ailleurs. C'est très intéressant cette capacité de renouer le temps long d'une mémoire enfouie avec le temps court d'une indignation. Tout cela est présent dans la parole des électeurs qui ont rallié Mélenchon. En particulier d'électeurs socialistes, qui ont toujours eu un complexe vis-à-vis de celui qui est plus à gauche. Ce vieux complexe est en train de réapparaître(...)"

En une semaine, les lignes vont encore bouger, plus vite et plus fort encore. Avec l'envie de réussir à faire passer Marine Le Pen loin derrière Mélenchon. Avec la tranquilité de savoir que la gauche a suffisemment de dynamique pour s'épargner un nouveau 21 avril. Avec la certitude d'enfin compter face à l'agression des marchés financiers. Avec l'utopie joyeuse des espérences qui se lèvent.

15 avril 2012

au printemps de quoi rêvais-tu ?

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J'aurais pu donner une autre titre à ce billet : "pourquoi je monte dans le train". Ou "résister au vertige".

Mais c'est le meeting sur les plages du Prado, hier à Marseille, sa conclusion que Jean-Luc Mélenchon a empruntée à Jean Ferrat, et le goût que j'ai retrouvé pour le rêve d'un printemps ininterrompu, qui m'auront finalement orienté.

Ma trêve berlinoise ne m'a pas éloigné de ma ferveur électorale revenue. Mais elle a constitué une respiration lyrique exceptionnelle de beauté. Outre le Schiller Theater, où j'étais déjà allé l'an passé voir La Walkyrie, de Richard Wagner, dans la mise en scène de Guy Cassier, et où je suis retourné cette fois, toujours sous la baguette de Daniel Barenboïm, pour y découvrir une version détonante de Lulu, j'ai pénétré dans le saint des saints de l'acoustique orchestrale, la Philharmonie, et le soir de Pâques dans l'impérial Konzerthaus pour y écouter religieusement la Messe en si de Bach.

Mon séjour berlinois m'aura aussi conduit vers les ruines du mur. Je me suis amusé de constater que berlin,lulu,mélenchon,présidentielle 2012pas plus que moi, la plupart des touristes ou des visiteurs, même les Allemands, n'était capable de comprendre laquelle, des deux parties de la ville séparées par ce lambeau, appartenait autrefois à l'est et laquelle à l'ouest. Autrefois. Il n'y a pas si longtemps. Même pas vingt-cinq ans.

J'avais 11 ans quand, à la faveur du jumelage qui liait Argenteuil, où j'habitais alors, à Dessau, je participais pour un mois à une colonie de vacances en RDA. Lever du drapeau au petit matin, hymnes nationaux ou révolutionnaires, mais aussi jeux d'enfants, sorties, amourettes... Les images que je ramenais de ce séjour resteront embrouillées, mais nourriront durablement un imaginaire défiant à l'égard de ce socialisme suranné et hors du temps.

Les anti-corps sont encore dans mon sang. J'en parlais vendredi soir avec un ami : notre socialisme à la française, dans ses traditions idéologiques les plus profondes, est parsemé d'accents libertaires. L'esprit de révolte est chez nous à la fois dirigé contre l'ordre établi, qui nous étouffe, que ce soit sous les traits d'un Sarkozy ou d'un autre, mais aussi contre le risque naturel qui nous menace à tout instant, dès lors que nous prenons part à un collectif, d'y laisser notre libre arbitre et d'encourager les dérives. L'Internationale ne clame-t-elle pas qu'"il n'est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni César ni tribun" ? Voir le succès des rassemblements populaires qui réunissent le peuple de gauche dans cette campagne, voir les sondages nous autoriser à espérer la reconstruction d'une nouvelle gauche de recours, peut donner le vertige, d'autant qu'on sait ce que ce succès et cette nouvelle espérance doivent au talent de son leader.

J'en entends autour de moi qui, mal à l'aise pour en rire, refusant de se voir en suivistes, ressentent le besoin de se rassurer. Proches de moi par les valeurs, par le parcours, par l’espérance, ils s'empressent de s'enfuir vers un vote minoritaire, ou marginal, se mettent à dénigrer la foule, comme pour s'immuniser de la toujours possible dérive sectaire. Il n'est forcément pas difficile, dans l'abondant programme du Front de gauche, de trouver ici ou là une proposition mal ficelée, énoncée un peu vite, où nourrir son scepticisme et en constater un désaccord. Ni de connaître tel ou tel leader de telle ou telle de ses composantes, peu en cohérence par ses actes avec ce que porte le programme "l'humain d'abord". Au fond, ça les rassure. Et chacun détermine ainsi où il situe l'équilibre entre cette part de clairvoyance, de liberté, voire de vigilance, même si elle signifie en la circonstance le choix de l'impuissance, et le fait de prendre part au mouvement en train de se faire, au moment où il écrit une page d'histoire.

Parmi les remarques les plus construites, celles qui n'insultent pas trop l'avenir, à mille lieu des caricatures de Jean-Vincent Placé ou de Daniel Cohn-Bendit, il y a celle-ci, où ce militant d'EELV explique pourquoi il ne monte pas dans le train du Front de gauche.

berlin,Lulu,Mélenchon,présidentielle 2012Et bien moi, les yeux ouverts mais le cœur battant, parce que j'ai connu assez d'occasions manquées, parce que j'en ai soupé des scores du Front national qui dénaturent les choix électoraux, parce qu'on doit au Front de gauche d'avoir vu les enjeux écologiques revenus au devant du choix de société, parce que pour la première fois depuis longtemps je me prends à croire que nous pourrons échapper au fascisme, je suis dans ce train. Sans état d'âme. Être dedans pour ne pas le regarder passer. Ni courir derrière, en suiviste.

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Au printemps de quoi rêvais-tu?
Vieux monde clos comme une orange,
Faites que quelque chose change,
Et l'on croisait des inconnus
Riant aux anges
Au printemps de quoi rêvais-tu?

Au printemps de quoi riais-tu?
Jeune homme bleu de l'innocence,
Tout a couleur de l'espérance,
Que l'on se batte dans la rue
Ou qu'on y danse,
Au printemps de quoi riais-tu?

Au printemps de quoi rêvais-tu?
Poing levé des vieilles batailles,
Et qui sait pour quelles semailles,
Quand la grève épousant la rue
Bat la muraille,
Au printemps de quoi rêvais-tu?

Au printemps de quoi doutais-tu?
Mon amour que rien ne rassure
Il est victoire qui ne dure,
Que le temps d'un Ave, pas plus
Ou d'un parjure,
Au printemps de quoi doutais-tu?

Au printemps de quoi rêves-tu?
D'une autre fin à la romance,
Au bout du temps qui se balance,
Un chant à peine interrompu
D'autres s'élancent,
Au printemps de quoi rêves-tu?

D'un printemps ininterrompu

08 avril 2012

le temple aux grandes orgues

Philharmonie de Berlin.JPG

C'est la trêve, paraît-il.

On se presse aujourd'hui dans les églises du monde, courir derrière la bonne nouvelle des Évangiles. D'autre cloches sonnent dans un temple improvisé au Bourget, pour un rassemblement habituel mais inhabituellement stigmatisé où chaque voile, chaque barbe, sera bien la preuve que.

Moi-même me suis rendu hier soir dans un autre Panthéon. Musical, le mien : la Philharmonie de Berlin. Les orgues y ont galvanisé les accords majeurs de Bartok. Sous la baguette de Kent Nagano, Mathias Goerne habitait avec passion un Barbe bleue pétri de conviction et de prévenance, qui louait avec tact le merveilleux de son château gigantesque derrière les portes duquel les armes, les drames et les larmes demeuraient embusqués. Magique parabole du pouvoir et de la séduction.

Mélenchon doit son ascension justement au fait qu'il n'est pas le candidat d'une chapelle, mais qu'il résulte d'une union. Qu'il eut été communiste et beaucoup ne se seraient résolus à la rejoindre. Que les communistes aient décidé de partir sans lui, son talent n'aurait suffi à créer l'émulsion. C'est sans doute cette équation inédite qui laisse tous les acteurs et observateurs interloqués, sans voix, sans axe, face à cette dynamique.

J'attends avec impatience le sondage qui nous dira que, présent au second tour, Mélenchon battrait Sarkozy plus nettement, plus efficacement que Hollande, et la digue alors finira de céder.

C'est ça qui est bien avec l'opéra, la musique, l'art en général et les univers qu'ils t'ouvrent : ils te permettent de rêver.

La trêve, le temps aussi de la réflexion. Pour te prouver que je ne suis pas (re)devenu sectaire à la faveur de cette échéance, et que je suis simplement porté par une espérance renaissante, je te renvoie vers la lecture de cet article de Médiapart où un certain Ludo B. explique pourquoi il votera EELV, et non Front de gauche : à mon sens, la meilleure contribution pour réinterroger avec intelligence le choix qui est le mien.

vive la VIè république !.jpgJ'ai été touché par l'argument sur les bonnes échelles de l'action, à l'encontre de la place que fait le Front de gauche à la Nation ou à l’État : "L'échelle nationale est trop petite pour lutter contre les problèmes environnementaux (...) L'échelle nationale est trop grande pour coller à la diversité des réalités régionales". Mouche !

Sur le fond, il reste que l'échelle nationale est peut-être la bonne échelle de la résistance face à la puissance financière dans le contexte actuel de l'hyper libéralisme et de sa toute puissance. Non pour s'y replier, mais pour pouvoir entraîner le reste de l'Europe à revoir la totalité de sa copie. Pour ne pas avoir à abdiquer. Il reste que le pouvoir au Régions ne suffit peut-être pas à redonner le pouvoir aux peuples, les enjeux démocratiques dans la gestion des ressources et la restauration d'une convivialité populaire démocratique se situent à une échelle bien plus petite encore : on parle de 30.000 comme entité pertinente pour conserver une maîtrise humaine de l'eau, des ressources, des réseaux, les départements s'avèrent d'une efficace proximité pour les prestations sociales, les Régions pour la promotion des diversités et des pratiques culturelles... bref, parlons échelle sans idéaliser les frontières institutionnelles actuelles : un beau sujet pour la Constituante en vue de la VIè République.

Et puis surtout, plus que tout, en pleine lucidité sur le fait que les partis et les dirigeants qui composent aujourd'hui le Front de Gauche ne sont pas à la hauteur du mouvement qui s'est créé autour de lui, que quelque chose de bien plus grand qu'eux est en train de les submerger : malgré tout, malgré cela qui n'est rien en fin de compte au regard de ce qui nous met en mouvement, ne pas être en dehors de ce qui est en train de se passer !

Les ferments en existaient depuis longtemps sans trouver à éclore, bien des occasions en ont été gâchées. Alors au moment où ça se passe, où le vent pousse, où les orgues grondent, surtout en être, communier, participer les yeux ouverts et décider de ne pas aigrir trop jeune !

J'y crois, et je reprends ma trêve pascale dans la musique, les rues de Berlin et cette espérence qui me chante aux oreilles.

04 avril 2012

l'inventeur du Pacs

présidentielle 2012,mélenchon,lgbt

Pacsons, pacsons !?!... A plaisanterie (qu'on voit surtout dans une version féminine qui provoque un buzz assez déplacé - c'est mon avis), plaisanterie et demie !..

C'est vrai que Jean-Luc Mélenchon a été l'initiateur de l'ancêtre du Pacs, le Contrat d'union civile. Et qu'il est aujourd'hui le plus applaudi des candidats dans les assemblées gays et lesbiennes !

Hommage donc, et intérêt pour une approche non dépourvue de philosophie :


01 avril 2012

la nostalgie, le phénomène et les imbéciles

 présidentielle 2012,Mélenchon,parti socialiste

Je suis à Marseille pour un week-end prolongé. Une pause dans la campagne et ses inévitables passions. Je ne fais pas assez attention à Maman. Je dois descendre plus, plus souvent, prendre soin d'elle et de son âge avançant. J'ai fixé aux fenêtres les stores vénitiens qu'elle avait achetés mais qu'elle ne parvenait pas à visser. Elle reste vaillante, mais à 75 ans, ses doigts et son épaule ne répondent plus comme avant.

Hier, sous un soleil estival, j'ai rejoint la mer en passant par les abords de la fac Saint-Charles. Un coup d’œil, comme à chaque fois, vers cette fichue fenêtre du 9ème étage de la cité universitaire où Ali avait couvé mes peines dans l'innocence des siennes, il y a vingt-cinq ans.

Sur la plage, bondée comme en juillet, deux jeunes hommes insouciants de leur beauté jouaient au volley avec un ballon d'enfant. J'ai eu la nostalgie de ces années ici, sans toutefois regretter leur lumière excessive et agressive. La nostalgie est douce, aigre, souvent utile parce que riche de sens. Mais elle n'est pas une ligne de conduite.

Certains se sont fait un métier de déceler dans la campagne de Mélenchon quelque chose de nostalgique, les Verts en particulier - je suis triste du zèle qu'il y mettent - s'amusent à évoquer une campagne "à la papa", où Claude François et Mélenchon, rassemblés dans le même panier des inutiles icônes, réveilleraient juste des tendres souvenirs qui feraient le "phénomène Mélenchon". C'est vrai que l'ami Jean-Luc ne lésine pas sur les symboles historiques, ni sur les références. Moi je crois qu'il vaut mieux cette part d'érudition et cet ancrage culturel pour se projeter vers l'avant. Les voyageurs sans bagage sont les plus dangereux.

présidentielle 2012,Mélenchon,parti socialisteIl n'y a pas de "phénomène Mélenchon". Ce n'est pas lui qui fait se lever les masses, ce n'est pas lui qui jette les foules dans les rues. On ne va pas à ses meetings pour l'entendre, le voir ou le toucher. La télé ou internet sont très bien pour apprécier son indéniable talent. S'il a un mérite, dans cette campagne, c'est qu'il est le révélateur non pas de la colère qui gronde, mais de sa capacité à servir à quelque chose, à incarner une conscience grandissante, qui veut s'épargner ce que le social-libéralisme a infligé à la Grèce, puis à l'Espagne.

Il n'y a pas de phénomène Mélenchon, il n'y a pas de fan club, on ne crie jamais son nom dans ses meetings. Il y a juste un début d'insurrection citoyenne. Ce mouvement se cherche depuis longtemps. Il est passé par le NON en 2005 avant qu'on ne le fasse rentrer dans le rang. Nos institutions de la Vème république avaient pour habitude de le dévoyer, de le tuer dans l’œuf. Le rejet de la vaine alternance droite-gauche a même cru pouvoir s'exprimer par son centre. Ainsi, on a rejeté en 2007 l'idée d'une factice différence par celui qui représentait l'entre deux des semblables. Il n'y avait pas d'enthousiasme dans le vote Bayrou, mais au moins permettait-il de montrer que l'on n'était pas dupe. Et comment aurait-il pu en être autrement, quand nos foutus partis de gauche alternatifs étaient partis chacun de leur côté défendre les intérêts de leurs boutiques.

Il n'y a pas de phénomène Mélenchon, mais en 2012, grâce au Front de gauche, à cette belle évocation de l'union retrouvée et du désintéressement, ce rejet de la politique de l'apparence a trouvé un outil autrement plus performant pour s'exprimer, où il n'est plus question de sortir de l'impasse par son milieu - quel leurre ! - mais par la révolte citoyenne.

Pris au dépourvu de cet espoir renaissant, ceux qui n'avaient qu'une austérité de gauche à proposer en échange de l'austérité de droite, ou du centre, sans stratégie de rechange, font haro sur le baudet. Le phénomène Mélenchon est un effet de mode, un cri de colère, inaudible et inutile. Pire, qui fait le jeu de Sarkozy en empêchant d'aller ratisser au centre. Dans leurs vues, il faudrait renoncer au changement pour réussir à changer. Ne rien changer tout en appelant ça changement. Ils n'ont jamais imaginé l'emporter autrement qu'en se faisant tout petit, ils n'ont jamais cru renégocier un traîté européen autrement que pour y ajouter un mémorandum moral non-contraignant. Ils n'ont aucune visée économique alternative à la réduction de la dépense publique. Ils manient des leurres et serrent les fesses en espérant que ça ne se verra pas trop. Et pour finir, ils refusent la discussion, le débat, croyant que c'est ainsi que se consolide l'image du présidentiable.

Ce sont des imbéciles ! C'est leur manque d'audace, leur incapacité à porter un rêve concret, à s'appuyer sur ce qui monte à gauche pour élever leur ambition de changement qui fera perdre la gauche. A cause de cette courte vue, on risque d'en reprendre pour cinq ans... Je ne l'espère pas, je le redoute, je le vois venir et les vois s'enfermer, aveugles, s'agitant pour culpabiliser ce qui se passe autour de Mélenchon pour n'avoir rien à bouger de leur stupide quête de pouvoir. On a le parti socialiste le plus bête du monde.