11 janvier 2010
Veolia et l'axe du mal

Je viens de payer ma facture d'eau. 201,60 € réglés à Veolia. Je sais que ça couvre six mois de consommation, période estivale incluse, mais il n'empêche, ça me fait toujours drôle de laisser autant d'argent à une multinationale prête à tout pour satisfaire ses actionnaires. D'autant qu'il y a belle lurette que j'ai arrêté d'arroser mon jardin l'été pour ne pas gaspiller inutilement cette ressource si précieuse, avant d'être si chère... Je trouve la facture bien salée.
Ah! Veolia, mon amour ! Joyaux de la technologie française dans le domaine de l'environnement ! Tu parles. Je te renvoie à cet excellent article d'investigation que vient de publier le journaliste Marc Laimé. Où l'on découvre, entre autres, que la multinationale peut spéculer sur la pollution des rivières pour régler ses propres affaires... En voici quelques prémices :
"Veolia, multinationale française leader mondial des services à l’environnement, a construit à Bruxelles à l’orée des années 2000 une gigantesque station d’épuration (STEP), qui épure les eaux usées d’un million d’habitants de la capitale belge. Depuis le début du mois de décembre 2009 cette STEP est au centre d’une véritable affaire d’Etat qui enflamme la Belgique. Aquiris, la filiale belge de Veolia qui gère cette station, en a unilatéralement suspendu le fonctionnement une dizaine de jours durant au début du mois de décembre 2009, avant de se voir enjoindre par la justice de la remettre en route, compte tenu des pollutions gravissimes entraînées par le rejet dans trois fleuves flamands des eaux usées non traitées de l’agglomération bruxelloise. L’affaire est sans précédent, folle, baroque, incompréhensible. La filiale belge de Veolia soutient que les eaux usées charriées jusqu’à la STEP par le réseau public d’égouts bruxellois y acheminent des tonnes de sables et de gravats qui ne permettent pas à la station de fonctionner correctement. Les medias belges relatent qu’Aquiris serait à vendre depuis 6 mois. Le nouveau directeur de Veolia Eau a rencontré toutes affaires cessantes l’avant-veille de Noël les autorités belges.
Veolia vient de mobiliser la plus grande entreprise américaine de relations publiques spécialisée dans la gestion de crise, afin de "gérer" cette affaire, il est vrai sans précédent. Elle pourrait trouver son fondement dans une véritable catastrophe industrielle, qui pourrait demain avoir des échos jusqu’à Milan et Varsovie. Cette terrifiante histoire a en fait débuté dans la banlieue toulousaine à l’orée des années 90. La Générale des eaux, aujourd’hui Veolia, a cru y découvrir le Graal, une nouvelle technologie de traitement des boues d’épuration : l’oxydation par voie humide. La généalogie de cette "innovation" industrielle constitue un acte d’accusation sans précédent contre les multinationales françaises de l’eau qui prétendent promouvoir sa marchandisation sur toute la planète, en excipant de leur supériorité technologique sans égal."
L’enquête publiée dans les Carnets du Monde Diplomatique est ici en lien. Elle a occupé Marc Laimé plusieurs années. Il l'a dédiée à ses amis d’Outre-Quiévrain, aujourd’hui victimes de la folle mégalomanie de Veolia.
11:00 Publié dans eaux bouillantes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eau, veolia, multinationales, gestion de l'eau
05 janvier 2010
l'avenue du purgatoire

J'ai déjà écrit cette histoire, parce qu'elle me saute aux yeux chaque fois que je m'y retrouve. C'est un peu la version réelle - et pas comique du tout - de la blague sur la différence entre le tourisme et l'immigration.
Il est donc une rue à Paris, en plein centre, qui aurait du s'appeler l'avenue du purgatoire. A gauche, tourné vers le sud : la Cathédrale Notre-Dame de Paris, aux tours inondées à 11h d'un soleil d'hiver, au parvis envahi de touristes venus de tous les pays du monde. Le paradis. A droite, la préfecture, ses portillons sécurisés, ses barrières de police, les étrangers qui se pressent dès 8h, par -6° comme hier matin pour attendre leur tour, un petit sac à la main, ou une pochette pleine de papiers, et le cœur empli de stress avant d'affronter les autres queues, derrières les guichets celles-là, puis des fonctionnaires impatients aux mines fatiguées. L'enfer.
Depuis mars, où j'avais écrit ce billet sur la rue de la Cité, nous y sommes retournés déjà trois fois : en juin, en septembre, et en décembre. De rendez-vous en récépissés, valables trois mois, ils ont fini par lui donner un titre de séjour d'un an. Remis fin décembre, mais couvrant la période d'avril à avril. Un an sur le papier, quatre mois dans la réalité, tout ça pour le simple renouvellement ordinaire du titre de séjour ordinaire d'un type ordinaire, qui vit, travaille et paie ses impôts en France depuis bientôt sept ans. Avec comme une horloge, un balancier qui le renvoie toujours du même côté du purgatoire chaque trimestre. Quand une erreur administrative, ou plus prosaïquement le prétexte d'un changement de situation professionnelle, ne le fait pas basculer purement et simplement dans le chaudron de l'OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français).
J'ai beau le savoir, cette administration qui transforme en bétail ses sujets, en bourreaux ses agents et en abattoir son fonctionnement est la honte de notre république. Mais en plein débat sur l'identité nationale, je ne suis pas certain que la question pourra être posée.
Nous sommes ressortis sonnés des portes de l'enfer. On a eu beau mobiliser des parlementaires en pagaille, des maires et des maires
adjoints, des conseillers régionaux, généraux, même une ancienne ministre, invoquer la faute dont la Préfecture s'était rendue coupable il y a deux ans... l'attribution d'une carte de résident, qui sécuriserait pour dix ans sa situation administrative, se heurte au même flegme froid d'une administration sûre d'elle-même. Il faut encore attendre, une décision sera prise. Par qui, comment, sur quels critères ?...
Bon, il aurait aussi bien pu être Afghan et finir éconduit vers un pays en guerre, au fond !...
C'est peut-être pour cela, plus que pour récupérer la voiture au parking, que nous avons fait un détour par le paradis, contempler l'immaculée Cathédrale, avant de nous séparer. La déception au fond du regard, et du découragement dans les bras. Il attend, donc.
08:24 Publié dans eaux bouillantes | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : saiichi, immigration, préfecture, carte de séjour
22 décembre 2009
mieux vaut être jeune et pompier que flic et aigri

J'ai eu hier un petit accrochage en voiture. Oh, rien de bien grave. Vers 18h30, sur un grand boulevard parisien : il faisait nuit, la chaussée était mouillée, il tombait une petite bruine glacée. J'étais sur la file de gauche, m'apprêtant à tourner à gauche, clignotant enclenché. J'avançais au pas, laissant se tarir le flux des voitures venant de face avant de m'engager. Mais la dernière voiture passée, un scooter se croyant plus malin que les autres a entrepris de me dépasser sur ma gauche, roulant allègrement sur la ligne blanche. Lorsque j'ai amorcé mon tournant, il m'a percuté et est tombé.
J'ai ravalé ma colère initiale pour me préoccuper d'abord de son état de santé. Il s'est tout de suite relevé, mais il était un peu éraflé au tibia avec un bel hématome, la main endolorie, et avait une petite pointe douloureuse dans le bas du dos. J'ai préféré appeler les pompiers - réputation non usurpée, soit dit en passant...
Dans ces cas-là (dommage corporel avec intervention des secours), il n'y a pas de constat à l'amiable, c'est la police qui établit un compte-rendu d'accident. Arrivés à quatre dans une Peugeot aux couleurs de la Police nationale, un bon quart d'heure après les pompiers, l'un s'est
enquis de la victime, de son état de santé, de son identité et de sa version des faits. Un autre s'est occupé de moi, a vérifié mes papiers, m'a fait remplir une déclaration, un troisième m'a invité à souffler dans le ballon, et a noté les dommages visibles sur ma voiture (pas grand chose, au vrai). Le quatrième, le chef de brigade apparemment, était soucieux du lieu de l’impact. Il me fit venir plusieurs fois au milieu de la route pour que je lui décrive l'accident, ma position sur la chaussée, celle du scooter, juste avant l'accrochage, juste après, j'essayais d'être aussi précis que possible, mais lui n'était obnubilé que par une chose : de quelle côté de la ligne le choc avait-il eu lieu ?
Je comprenais que cette question avait à voir avec des problèmes de responsabilité et d'assurance, il n'était donc pas étonnant que le scooter ait déclaré avoir été à droite de la ligne, tandis que j'insistais pour dire qu'il était à gauche. Notre brigadier en chef n'était pas du tout content de cette situation, je le voyais ennuyé.
En fait - je l'ai compris après un moment - il aurait simplement voulu que les choses se soient passées à droite de la ligne. Pas par crédulité à l'égard de la version du scooter, pas pour m'affliger non plus. Mais parce que ce boulevard, dont je tairais le nom par respect pour les gardiens de la paix, a la particularité de constituer une limite entre deux arrondissement - dont je tairais de la même manière les numéros. Et de la position du point d'impact dépendait le commissariat qui aurait à gérer le dossier.
Mon brigadier de l'arrondissement à deux chiffres a finalement décidé que l'accident concernait en fait ses collègues de l'arrondissement à un chiffre. Il ne fallait pas que je parte, car selon la décision qui serait prise, on m'indiquerait dans quel commissariat me rendre le lendemain (aujourd'hui, donc) pour retirer le rapport de police à remettre à mon assurance... Il les a appelés, et nous les avons attendus. Vingt bonnes minutes s'étaient écoulées, ils n'arrivaient pas, mon brigadier s'impatientait, je lui dis "à ce stade, ça ressemble à de la mauvaise volonté, non ?". "Je n'ai jamais dit ça", me répondit-il d'un ton sec qui signifiait qu'il n'en pensait pas moins.
Les pompiers étaient déjà repartis depuis longtemps, avec leur bonne bouille affriolante. Fiso, avec qui j'avais rencart pour un petit dîner de retrouvailles m'avait déjà rejoint, transie de froid, et était allée se réchauffer dans ma voiture. Je lui avait glissé dans la poche ma carte-clé "main libre" de Renault pour quelle puisse y rentrer en tirant simplement sur la poignée - pratique, ce gadget ! Les collègues de l'arrondissement à un chiffre finirent par arriver.
Ils étaient cinq. Ils se saluèrent cordialement les uns les autres, se parlèrent. Certains me demandèrent de raconter à nouveau ce qui s'était passé, me recommandèrent de rester sur le trottoir, pour ma sécurité, d'autres s'attroupaient au milieu de la route, à l'endroit supposé de l'impact, ils s'animaient, puis je compris qu'une tension était en train de naître entre eux. Les plus subalternes de la brigades de l'arrondissement à un chiffre me dirent que "c'était toujours comme ça avec eux, ils voulaient toujours leur refourguer les dossiers". J'allais voir Fiso pour m'assurer que tout allait bien, quand on entendit le ton monter entre les deux chefs de brigade. Pour un peu, ils se seraient pris par le collier.
A neuf policiers, perturbant la circulation à une heure de pointe, au milieu d'un boulevard embrumé par la bruine, ils n'en finissaient pas de décider si c'était la zone de circulation initiale des véhicules, ou la zone de la chute du cyclo qui devait déterminer l'arrondissement d'affectation. Normalement, c'était le point d'impact qui comptait, mais là, il était exactement sur la ligne...
J'ai passé une heure et demi dans cette pluie glacée à finalement attendre que l'un des chefs de brigade cède.
Finalement, c'est dans le commissariat de l'arrondissement à deux chiffres que je dois me rendre. Ca tombe bien, c'est près de là que j'ai une réunion cet après-midi... Puis on a pu aller dîner avec Fiso. Et je devais bien être un peu perturbé par cette histoire, parce que ça a donné lieu à une autre anecdote. Ce sera pour demain.
Quand reclus sur le trottoir je m'étonnais auprès des plus jeunes policiers de cet étonnant esprit de collaboration, ils me dirent : "vous n'avez rien vu, rien entendu, évidemment". J'ai promis de n'en parler à personne.
11:36 Publié dans eaux bouillantes | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : fiso, police nationale, accident de la route
14 décembre 2009
la lutte contre le sida otage de la propagande gouvernementale
J'allais cet après-midi me livrer à un test de dépistage du Sida. Précaution. Pour moi, et pour les autres. Peut-être parce que j'ai découvert des statistiques alarmantes la semaine dernière : 18% de la clientèle des saunas gays déclarent être séropositifs. Avec ceux qui ne connaissent pas leur sérologie, on ne doit pas être loin des 25%. Pour ma part, je suis prudent, mais une capote à une pipe, je ne peux pas, sans saveur, c'est imbitable !
J'allais donc à l'Institut Fournier, connu pour la qualité de ses services et ses horaires étendus (expérimentés en banlieue, les centre de dépistage anonymes et gratuits imposent des horaires et des jours de consultation réduits à la portion congrue).
Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis trente personnes attendre devant moi, puis une petite affichette annonçant qu'en raison de la réquisition des médecins pour les besoins des centres de vaccination contre le virus H1N1, un seul médecin procédait aux consultations de dépistage, et que, nous vous remercions de votre compréhension, le service était momentanément perturbé, avec interruption des consultations pendant deux heures. Déjà que j'ai l'Internet perturbé à la maison en raison des défaillances Neuf-SFR... Si même la santé s'y met !
Lorsque je me suis présenté à son guichet, la secrétaire d'accueil s'est montrée extrêmenent gentille et compréhensive. Elle m'a proposé une alternative : une consultation ordinaire, sans anonymat et payante. Je l'ai acceptée. Seul le résultat m'importait. Mais j'ai pensé à tous ceux qui, en raison d'une liaison adultère, d'un écart accidentel, du fait qu'ils vivent encore chez leurs parents, ou pour toute autre raison ne peuvent pas s'offrir le luxe d'une feuille de remboursement de sécurité sociale à leur nom faisant apparaître l'acte médical en question, et qui n'ont donc pas le choix, combien sont susceptibles de se décourager devant l'épreuve ?
Notre pays connaît 7.000 nouvelles contamination chaque année, les pratiques de relapse tendent à se généraliser, on sait que l'on a insuffisamment recours au dépistage, et que la méconnaissance de leur sérologie par les séropositifs est l'un des grands facteurs de la contamination... mais l'on vide de leurs médecins les centres de dépistage au profit de l'opération de communication gouvernementale, qui n'a comme objectif que l'écoulement des stocks de vaccins indûments acquis !
Ainsi va la vie en Sarkozie et Rozalye.
Mais il est vrai que la journée mondiale de lutte contre le sida, c'était il y a déjà quinze jours...
15:57 Publié dans eaux bouillantes | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : sida, hiv, h1n1, gay, centre de dépistage anonyme et gratuit, institut fournier
27 novembre 2009
Roselyne Bachelot, porte-parole des laboratoires pharmaceutiques ?
Tiens, à propos de vaccination et de grippe A h1n1...
Ce n'est pas que je veuille ajouter du trouble à la confusion. Je ne suis pas un propagandiste anti vaccination, même si la décision me concernant est bel et bien prise. J'ai peu de goût, par ailleurs, pour les thèses complotistes, mais je viens de découvrir des choses intéressantes dont on ne nous avais jamais parlé : le passé de Roselyne Bachelot comme lobbyiste au service de laboratoires pharmaceutiques.
Fakir, dont je ne connaissais pas le blog, mais que je viens de découvrir grâce à betapolitique, a trouvé le pot-aux-roses, a mené sa petite enquête et parle ici de ce passé devenu honteux à notre ministre. Ses révélations, fort intéressantes, ne sont sans doute pas de nature à disperser le brouillard ambiant.
Merci à Gwendal de nous renvoyer sur les belles minutes consacrées la semaine dernière par Là-bas si j'y suis au lobbying pharmaceutique
Bel automne.
09:52 Publié dans eaux bouillantes | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : roselyne bachelot, industrie pharmaceutique
26 novembre 2009
la fin du risque zéro

Le cap des deux millions de contaminations à la grippe A h1n1 a donc été atteint en France. Hier débutait la campagne de vaccination pour les lycéens et les collégiens. J'ai été frappé, en entendant des jeunes interviewés à la radio et à la télé, par la tournure que prenait cette affaire. Une révolte germe. La plupart ne veut pas entendre parler de vaccin, et pas seulement en raison d'effets secondaires encore mal connus. Les plus récalcitrants se sont mis en tête, comme s'ils en faisaient une question révolutionnaire, de pousser les plus dociles à y renoncer également, même contre l'avis de leurs parents. Ils y mettent du challenge. Ca devient un combat, leur combat. C'est étrange, non, de voir ainsi la jeunesse en train de se mobiliser contre... un vaccin ?
A mon avis, cette rébellion en dit long.
Sur l'impatience des jeunes à se mobiliser. Ils en ont gros sur la patate, et les sujets ne leur font pas défaut : réforme des lycées, chômage, précarité, hadopi... Manquait juste peut-être un déclic fédérateur.
Sur la perte totale de crédit de notre gouvernement. Bachelot peut s'époumoner, convoquer les images les plus compassionnelles, évoquer des mourants sur leur lit d'hôpital, leur dire, les yeux dans les yeux et la larme à l’œil "des gens mourront parce qu'ils n'auront pas été vaccinés"... son discours glisse, empreint d'inavouables doutes. Elle et son guvernement sont suspectés de vouloir coûte que coûte écouler un stock déraisonnable de 94 millions de doses de vaccin imprudemment acquis, de couvrir une collusion malsaine avec l'industrie pharmaceutique, ou simplement une bien chère campagne de communication au profit de Sarkozy.
Sur le refus de l'injustice, de ce déséquilibre obscène entre les moyens alloués à nous même, au Nord, en raison de risques somme toute limités, face à l'incurie totale dont font preuve les gouvernements des pays riches à l'égard de populations, pourtant confrontées, au Sud, à des fléaux bien plus sûrement mortels comme la malaria ou le sida.
Faut-il que la fracture soit profonde pour que sur un sujet aussi sensible et consensuel que la santé une telle défiance se soit installée. C'est peut-être aussi que la certitude scientifique doctement assénée, se confond de plus en plus avec le pouvoir, comme un de ses symboles brûlants, et se retrouve ainsi emballée dans le même rejet.
Depuis Pasteur, le vaccin représentait le progrès, le geste préventif de base, l'emblème de la fin de la mortalité infantile et de la longévité. Il a donc perdu cette place dans l'imaginaire collectif, il devient atteinte à l'intégrité physique, vecteur de trouble, moyen pour les puissantes corporations pharmaceutiques de se faire de l'argent, fut-ce - les rumeurs les plus folles trouvant écho dans pareil contexte - en inoculant à dessein d'autres maladies plus pernicieuses... Il n'y a plus aucune confiance dans les laboratoires, et moins encore pour ceux qui leur ouvrent les coffres des deniers publics.
Ce qui est intéressant, c'est qu'en refusant les vaccins, les jeunes se départissent d'un mythe devenu structurant dans nos sociétés : le risque zéro. Ils préfèrent accepter l'existence d'un risque lié à une maladie, plutôt qu'être ramenés à un rang de bétail, voire de cobaye. Et ce changement de vision pourrait bien préfigurer, par la jeune génération, un dépassement des pires dérives que connaissent aujourd'hui nos sociétés, faites de normes, de judiciarisation et de bureaucratie... au service de la libéralisation économique.
11:44 Publié dans eaux bouillantes | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : grippe a, h1n1, vaccination, jeunesse, roselyne bachelot
14 novembre 2009
les objets chauds de la représentation

Lu hier :
"L'identité nationale est un concept dangereux parce qu'il renvoie à une vision figée, linéaire, consensuelle de la nation française. Il n'y a pas d'identité collective homogène mais des traits identitaires, des formes d'appartenance et de référence symboliques à une histoire elle-même complexe et par certains aspects contradictoire. Les représentations collectives sont des "objets chauds" au sens lévi-straussien du terme, toujours en évolution, en dynamique permanente" (...)
C'était dans l'Huma, c'est signé de l'ethnosociologue Alain Hayot
09:47 Publié dans eaux bouillantes | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : identité nationale, immigration, racisme, néocolonialisme
09 novembre 2009
histoire de murs (2) les murs de nos hontes
histoire de murs (1) un de perdu, 17 de retrouvés
(une suite)
Dans ma vie, j'ai vu deux murs tomber. Le mur de Berlin, il y a tout juste vingt ans. Et celui de mon homosexualité refoulée, six ou sept ans plus tard. Ça peut te faire sourire, mais en réalité, au regard de ce que tu appelles la liberté, ces deux murs ont exactement le même poids. Car il en va ainsi des barrières : elles peuvent être en béton, en fil de fer barbelé, elles peuvent faire six à sept mètres de haut, ou elles peuvent être totalement fantasmées : elles sont infranchissables. Matérielles ou immatérielles, les seuls passages qu'elles autorisent sont ceux de l'imagination et de la création.
Et Gicerilla a raison - elle me l'écrivait hier en commentaire - décortiquer des rêves ou entrer en analyse, c'est un peu s'attaquer à ses barrières intérieures.
Il y a donc beaucoup de fantasmes dans ces célébrations outrancières autour de Berlin. Et l'on en oublie que d'autres murs n'ont eu de cesse de s'ériger au cours de ces dernières années, dans le silence complaisant ou complice de la communauté internationale. Car il y a les murs que l'on feint d'abhorrer, pour ne pas dire que l'on chérit secrètement en raison de leurs vertus idéologiques, et il y a ceux qui arrangent, ou avec lesquels on s'arrange.
Au premier rang de ces abominations modernes, l'érection du mur de séparation entre Israël et la Palestine suffit à disqualifier beaucoup des discours que nous entendons aujourd'hui sur Berlin - pas tous, car il y a heureusement des paroles sincères et dignes.
Long de 730 km, le mur-barrière englobe la majeure partie des colonies israéliennes et la quasi-totalité des puits. Il s'écarte à certains endroits de plus de 23 kilomètres de ce que l'on appelle la ligne verte, c'est à dire la frontière internationalement reconnue de l'Etat d'Israël. J'ai même appris sur Wikipedia que le Vatican aurait exigé d'Israël d'inclure des monastères et églises du côté israélien, par choix sécuritaire.
Soulignons que contrairement à Berlin-ouest de l'époque, Ni Gaza ni la Cisjordanie ne bénéficient de la perfusion économique d'un pont aérien de la part des Etats-Unis ou du monde libre : on y a au contraire préféré l'asphyxie, la ghettoisation et la gangrène intégriste. La société palestinienne était pourtant l'une des plus fécondes en matière de structures démocratiques, parmi les pays arabes, il n'y a pas si longtemps. J'accuse Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, et Manuel Barroso de complicité pour ce forfait qui n'aurait pas été possible sans leur silence. Et je leur dénie le droit de nous parler aujourd'hui depuis la Porte de Brandebourg.
Gageons que dans quelques décénies (ou quelques siècles ?), on retrouvera dans des musées des pans entiers de ce mur où fleurissent d'admirables oeuvres d'art qui disent la quête de paix et de liberté, et dénoncent leur passivité...
Le 26 octobre 2006, le président George W. Bush donnait le premier coup de pioche du mur frontalier entre les USA et le Mexique, en faisant
publier officiellement la loi du Secure Fence Act destinée à lutter contre l'immigration illégale. Totalisant aujourd'hui 1 200 kilomètres, soit un tiers de la frontière, un mur haut de 4,50 mètres a été construit à travers notamment le désert d'Arizona. Eclairé par des miradors et balayé de caméras high-tech, il devrait être un solide pourvoyeur en images et symboles de la barbarie moderne, mais ma foi, on en parle assez peu, chez nous, en Europe. C'est à dire que nous, nous avons Shengen, les centres de rétention, les OQTF (*) et les charters de la honte, devenus les charters de la mort depuis qu'Eric Besson y renvoie des jeunes hommes malgré le contexte de guerre. Nos miradors sont moins photogéniques mais pas moins efficaces, on les appelle "débats sur l'identité nationale".
Et puis nous avons même nos murs, nos vrais murs. Bon, sur deux petits coins d'Europe situés en terre marocaine, c'est moins visible. Mais qu'on le veuille ou non, Mélilla et Ceuta, c'est l'Espagne, c'est l'Union européenne, et l'on y a construit 8 km de mur pour les mêmes raisons que les Américains. Alors on préfère ne pas faire trop de bruit. Pourtant, on y a dénombré 17 morts en 2005, dont on ne sait trop s'ils tombèrent sous des balles espagnoles ou marocaines. Est-ce parce qu'ils étaient africains, noirs de surcroît, qu'on ne leur reconnaît pas la dignité d'un hommage ? Là, juste aujourd'hui ? Ce sont des victimes d'un mûr, non ?
Pour l'anecdote, le contrôle des flux migratoires sur les frontières extérieures à l'Europe coûtent à l'Union européenne, pour la période 2007-2013 - et en dehors du sinistre décompte des morts - près de 2,2 milliards d'euros...
"Selon Michel Foucher, géographe, professeur à l’Ecole normale supérieure à Paris et auteur de L’obsession des frontières (cité ici par Yannick Van der Schueren), on recense aujourd’hui près de 17 murs internationaux. Ces fortifications couvrent 7500 kilomètres, soit 3% des frontières terrestres. Mais si tous les projets annoncés sont menés à terme, ils s’étireront sur 18.000 kilomètres.
Et ce chiffre n’englobe pas les frontières fortifiées intérieures, comme les murs de Belfast qui séparent catholiques et protestants ou ceux de Bagdad qui divisent les quartiers sunnites et chiites."
(à suivre)
_________________________
(*) Obligation de quitter le territoire français
07:00 Publié dans eaux bouillantes | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : israel-palestine, politique migratoire, mur de la honte, mur de berlin, ceuta et melilla
08 novembre 2009
histoire de murs (1) un de perdu, dix-sept de retrouvés
Un mur est tombé il y a vingt ans, et le monde est devenu libre. Certes en proie à quelques petits soucis, mais libre. Et c'est beau, un monde libre.
Des enfants assistaient à l'événement, installés aux premières loges. Des philosophes le commentaient en direct. On se disputait les premiers fragments de cette histoire. Des artistes se joignirent aux célébrations. Bach en personne fut convié à la fête - ah!, Bach - via l'un de ses plus grands interprètes. Un violoncelle, déjà, était de la partie. Les vidéothèques du monde regorgent d'images exaltées, de foules en liesse traversant les fossés, accédant enfin à l'adamantin de l'humanité : la liberté, la liberté chérie.
Je peux être sincère avec toi ? Je m'emmerde à cent sous de l'heure dans l'auto-célébration du capitalisme vautrée dans la fête de la chute du mur de Berlin. Tu peux penser que c'est par nostalgie du communisme. Parfois je le crains moi-même, et je me trouve un peu con. Mais si je suis honnête, ce n'est pas en raison de quelque regret sournois, car je suis lucide sur la religiosité des symboles. Ce mur avait vocation à sombrer parce que les hommes ont vocation à bouger. A fouiner. A aller chercher ce dont ils sont privés. A essayer ce que l'autre a goûté. Dresser une barrière était un non-sens, est un non sens, en soi. Comme les uniformes. Comme les budgets militaires. Comme les lois de l'immigration ou les débats sur les identités nationales. D'ailleurs, il y a tout juste dix ans, le 9 novembre 1999, j'étais à Berlin pour les cérémonies, il pleuvait, j'avais trouvé la liesse à moitié déconfite, j'étais juste heureux d'avoir marché dans la grande galerie en colimaçon de la coupole de verre du Reichstag rénové. Tu vois que je ne suis pas bégueule.
Ce qui me chagrine, en fait, c'est l'hypocrisie de ce pseudo hymne à la liberté, mille fois seriné, l'hommage à la paille, en fait, qui cherche à dissimuler le poids de la poutre qu'on nous a mis dans l'œil, et que notre monde libre s'évertue à planter dans les yeux de tous nos voisins, grands ou petits, chinois ou slovènes, tandis que le monde regarde encore la paille.
Qu'on en soit revenu, enfin, qu'on ait réalisé ensuite que cet au-delà d'un mur n'était ni une terre promise ni un paradis, qu'il confinait même parfois à un panier de crabes, que la fortune n'était pas au bout du chemin, ou que les voies étaient étroites de l'ascension sociale, c'est une autre affaire.
La déception du bout de la route est devenue en vingt ans un ressort commun de la politique mondiale. Mitterrand avait pratiqué la pédagogie du renoncement au changement. Le soir de l'élection de Barack Obama, les commentateurs s'évertuaient déjà à se demander quand les premières déceptions s'en feraient jour. Les promesses ne sont faites que pour les gens qui y croient, c'est bien connu, et les espoirs pour les pauvres naïfs.
Nous sommes entrés dans le siècle des lendemains qui déchantent.
Comment s'étonner que le chômage, la pauvreté, les résurgences fascistes et d'autres stigmates capitalistes aient rattrapé des réalités aussi simples que le droit au travail, à la protection sociale ou au logement ? Effaçant du même coup toute forme d'alternative entre dictature et libéralisme.
Je crois bien que c'est ce qui me dérange le plus, dans ces commémorations : l'absence d'interrogation sur d'éventuels autres possibles, pour ces pays qui expérimentaient des voies non capitalistes de développement - tout en se vautrant, il faut le dire, dans les mêmes affres du productivisme. Mais la question ne sera pas posée.
Une forme nouvelle de démocratie participative, aux droits étendus pour les salariés, pour les habitants, plutôt que nos systèmes démocratiques présidentialistes et bipartisans ? La question ne sera pas posée.
Une société non productiviste, où le développement humain compterait plus que le calcul de la richesse créée ? La question ne sera pas posée.
Une meilleure répartition des richesse, un contrôle des fonds publics par les salariés ou leurs organisations syndicales ? La question ne sera pas posée.
La question ne sera pas posée. La question ne sera pas posée. La question ne sera pas posée.
Dans les pages Opinions du Monde, le philosophe Slavoj Zizek rappelait samedi que "l'immense majorité des dissidents de l'Est ne
manifestaient pas pour le capitalisme. Ils voulaient plus de solidarité et un semblant de justice, ils voulaient être libres de mener leur vie sans être sans cesse contrôlés par l'Etat, libres de se réunir et de parler ouvertement, ils voulaient une vie honnête et décente, débarrassée du bourrage de crâne, de l'hypocrisie et du cynisme. Comme plusieurs observateurs l'ont bien vu, les idéaux qui sous-tendaient leur révolte étaient largement inspirés de l'idéologie dominante : on aspirait à quelque chose comme "un socialisme à visage humain".
On y aspirait, oui, et j'y aspirais avec eux le jour où je voyais s'effondrer ce mur, il y a vingt ans.
Mais voilà, durant ces vingt ans, des murs se construisaient dans le monde, sans qu'on y prête attention puisque notre monde, justement, était devenu libre. 17 en tout (dont celui-ci). 7.300 km de longueur, soit 3% des frontières mondiales.
Si ça te dit on en fait le tour dès demain.
(à suivre)
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21 octobre 2009
rebond foot (2), remballez le champagne !

Le problème avec les rebonds, c'est qu'il peut y en avoir plusieurs.
On s'était pris à croire à une belle histoire d'amour. Commencée mal, dans les anathèmes, avec des noms d'oiseaux balancés-là, non dépourvus de relents xénophobes, mais finissant bien, dans une réconciliation générale sur l'oreiller. Je m'amusais à penser à la séquence vestiaire du match de gala, les Créteil-bébel et les PFG se congratulant d'une belle victoire, félicités par Thuram et Dhorasso, s'arrosant le slip au champagne et se savonnant le dos sous les douche... Las ! Le symbole était trop beau.
La connerie aura donc été la plus forte. Et ce sont les jeunes de banlieue qui sortent tout petits de cet épisode. Au moins l'incident ne leur aura-t-il pas été banal, puisqu'ils ont décidé de jeter l'éponge et de s'auto-dissoudre. Le vent médiatique les avait inspirés puis, ne leur laissant guère de répit, les a finalement emportés. Belle occasion manquée !
Je veux toujours croire que l'intelligence peut triompher des obscurantismes, j'y crois toujours, d'ailleurs, cet incident vient juste rappeler que la route n'est pas pavée que de bonnes intentions. Je suis peiné de ce gâchis, comme tu l'es toi, je présume.
Les seuls, au fond, à jubiler, ce sont les barbus et les bigots, les fachos et les réacs, les intégristes de tout bord, unis encore et toujours comme les doigts d'une seule main, s'évertuant à nous vendre la même vision haineuse de l'humanité. Eux ils rebondissent comme ils pêtent : de travers !
09:37 Publié dans eaux bouillantes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : foot, homophobie, paris foot gay, créteil bébel, islamophobie, intégrisme








