30 juin 2008
l'autre Europe

Il y a une autre Europe. Rassemblée, comme la première, plus largement encore que la première puisqu'y siègent 47 États membres dont la Russie et la Turquie, mais dépourvue de pouvoirs légaux, donc libre d'exprimer une éthique, des références, et des valeurs. L'institution qui la représente, c'est le Conseil de l'Europe. Il vient mercredi dernier d'adopter des recommandations qui prennent le contre-pied de la Directive sur l'immigration, dite Directive Retour.
Il y a deux choses étonnantes dans cette information.
D'abord, les promoteurs de cette Directive de la honte se prévalaient justement d'avoir intégré les normes recommandées par le Conseil de l'Europe. Ça fait toujours bien de se réclamer du Conseil de l'Europe, ça fait consensuel, c'est dire le poids moral de cette institution... C'était pour eux la meilleure preuve que la Directive respectait pleinement les droits humains. L'alibi tombe à l'eau : les deux recommandations adoptées par le Conseil de l'Europe visent, l'une à "faciliter, autant que faire se peut, la régularisation et le droit au travail des immigrés", l'autre à "reconnaître le droit de vote comme un levier pour l'intégration". Durant les débats, la Directive européenne fut qualifiée par certains parlementaires, y compris par un membre portugais du parti populaire européen, d'"abominable et irresponsable", et "visant à promouvoir l'idée d'une forteresse européenne destinée à nous protéger des crève-la-faim".
La deuxième, c'est que cette information que l'on trouvait dès vendredi dans la presse espagnole, n'était encore dimanche disponible sur le site d'aucun média français...
00:09 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : europe, union européenne, directive retour, immigration, medias, directive de la honte, conseil de l'europe
22 juin 2008
le niais et le cynique

Il parait qu'on y passe tous. Un jour ou l'autre, un peu de gentillesse aidant, tu finis par te faire cartonner. Comme ça, sans crier gare, sur un blog inconnu, que tu répugnerais de toute façon à fréquenter, tu découvres qu'une hyenne s'est acharnée sur une proie inerte, que la proie c'était toi et que la hyenne y avait fait venir sa meute.
Donc un mec de droite, un vrai, c'est-à-dire un cynique, un aigri, pétri de relents fascistes, conteste ma pensée parce qu'elle est de gauche, et mon style parce qu'il est moderne (lire ici quelques guillemets), c'est dans l'ordre des choses. Ca s'est passé là (mais t'es pas obligè d'y aller, ça pue), à propos de ce billet-là.
Moi même, au fond, je n'ai aucun scrupule à dénoncer l'esprit collaborationniste des démissionnaires de l'humanisme. Quand on se résoud à la misère, qu'on applaudit à la répression et qu'on fustige comme compassionnel tout soutien aux faibles, fusse d'un langage qui se cherche entre courtoisie facile et fausse sophistication, ou pour simplement faire du bruit avec sa bouche et dissimuler une navrante vacuité, on est un combattant de la médiocrité. Et sans le savoir un serveur de soupe aux machiavels pétainistes.
Je préfère encore être niais.
Mais pour autant, je réserve mes coups aux grands. Pour contester leur puissance. Les petits, je ne leur pardonne rien, mais je leur trouve des circonstances atténuantes... même consternantes.
23:19 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : droite, gauche, politique, blog
09 mai 2008
toujours Non à la Directive de la honte

C'est finalement ce mois-ci que le projet de directive sur la rétention et l'expulsion des personnes étrangères sera soumis au Parlement européen. Je t'en avais déjà parlé ici.
Depuis 1990, la politique européenne conduite par les gouvernements en matière d'immigration et d'asile s'est traduite par une réduction continue des garanties et des protections fondamentales des personnes. L'Europe se transforme en une forteresse cadenassée et met en oeuvre des moyens démesurés pour empêcher l'accès à son territoire et expulser les sans-papiers.
Le projet de directive, s'il était adopté, constituerait une nouvelle régression.
En prévoyant une rétention pouvant atteindre 18 mois pour des personnes dont le seul délit est de vouloir vivre en Europe, il porte en lui une logique inhumaine : la généralisation d'une politique d'enfermement des personnes étrangères qui pourrait ainsi devenir le mode normal de gestion des populations migrantes. Des enfants en âge d'être scolarisés pourraient être concernés par ces dispositions dès lors qu'ils ne seraient pas isolés de leurs parents.
En instaurant une interdiction pour 5 ans de revenir en Europe pour toutes les personnes renvoyées, ce projet de directive stigmatise
les sans-papiers et les transforme en délinquants à exclure.
Le projet de directive qui est présenté au Parlement est le premier dans ce domaine qui fasse l'objet d'une procédure de co-décision avec le Conseil des ministres. Le Parlement a donc enfin la possibilité de mettre un terme à cette politique régressive qui va à l'encontre des valeurs humanistes qui sont à la base du projet européen et qui lui donnent sens.
Les parlementaires européens ont aujourd'hui une responsabilité historique : réagir pour ne pas laisser retomber l'Europe dans les heures sombres de la ségrégation entre nationaux et indésirables par la systématisation des camps et de l'éloignement forcé.
Tu peux appeler les parlementaires européens à prendre leurs responsabilités et à rejeter ce projet, en t'associant à la pétition qui est en ligne là.
J'ajoute un lien vers une belle déclaration de Jeanne Moreau, au nom du collectif des innombrables, qui s'engage à soutenir et à protéger les enfants scolarisés, quitte à transgresser la loi, pour que notre pays n'ait pas que la figure de la haine et de la honte à montrer.
09:40 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : immigration, europe, directive de la honte, hortefeux, sans-papiers, expulsions, union européenne
07 mai 2008
la rumeur nipponne
Apparemment, c'est pas trop compliqué de prêter aux Japonais un peu toutes les fantaisies de la terre. La quête d'exotisme n'a pas de limites. Ni celle du sensationnel. Voilà en tout cas un sujet dégotté par mon copain Seiji, repris par les médias japonais, qui prouve que :
1/ Arrêt sur Image avait quand même du bon ;
2/ Le métier de journaliste n'est plus ce qu'il était ;
3/ Les rumeurs courent plus vite que leur ombre. Vive la déontologie !
15:03 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : arrêt sur image
15 avril 2008
des voisins si encombrants

Peut-être es-tu passé à côté de cet excellent documentaire diffusé le mois dernier sur ARTE, le monde selon Monsanto, qui non seulement dénonce les dangers des OGM sur notre santé et sur la biodiversité, mais qui démontre les stratégies machiavéliques dont est capable l'industrie agroalimentaire pour conquérir des marchés.
Pas de panique, tu as une seconde chance, une ultime diffusion étant programmée par ARTE samedi 19 avril à 9h 45 (sur la TNT).
Autrement, mais il faut avoir le câble ou le satellite, la Chaîne parlementaire le diffusera également le lendemain, dimanche 20 avril, à 21h.
ARTE propose même ici une sélection des blogs qui ont intelligemment commenté ce documentaire après sa diffusion - ce qui est rare et méritait d'être signalé. Le billet publié par Christie y figure en bonne place.
Entre autres scandales, on y découvre comment le Mexique, réserve patrimoniale des espèces de maïs les plus diverses, qui s'est refusé à toute plantation de maïs transgénique sur son territoire, se trouve pourtant contaminé, malgré lui, et découvre de plus en plus fréquemment, dans ses champs, des variétés mutantes monstrueuses, qui doivent être pourchassées pied à pied.
Ce qui m'a fait repenser à ce documentaire, c'est de visionner ce matin, pour mon boulot, le court extrait d'un film où l'on voyait le Colorado totalement à sec dans son lit du Delta au Mexique.
Le Colorado est devenu l'un des rares fleuves du monde à ne plus parvenir jusqu'à la mer, asséché en amont par les barrages états-uniens, les cultures irrigantes et l'alimentation en eau des grandes villes d'attraction touristique, notamment Las Vegas. Un paysan mexicain expliquait qu'autrefois, à la crue, l'activité de pêche nourrissait les communautés villageoises, et qu'à la décrue, les terres riches et humides étaient propices à la culture des courges et des haricots. Aujourd'hui, ces terres sont devenues des no man's land inhospitaliers, et les habitants, de misérables candidats à l'immigration vers le grand voisin du Nord, condamnés souvent à vivre clandestinement, ou à s'engager pour la guerre en Iraq dans l'espoir de décrocher la précieuse carte verte. Tout cela, bien sûr, dans le cadre d'un Etat de droit démocratique et incontestable.
Je te jure, être pauvre face à un voisin si encombrant, ce n'est pas une sinécure. Prends le temps de voir le monde selon Monsanto.
17:52 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : monsanto, ogm, arte, développement durable, altermondialisme, mondialisation
06 avril 2008
La Marne, pas pour y mourir

J'aurais voulu passer à des choses plus légères. Evoquer mon corête du Japon qui brille de mille soleils dans mon petit jardin chéri. Te parler de mon impatience à passer ma nuit de mardi avec Seiji. Du goût que j'ai aux lèvres de son sexe et de sa peau. Des haïkus écrits avec malice par mon copain Manu où les noisettes ne sont pas forcément celles que l'on croit, de ces photos reçues de monts enneigés et de la promesse de belles vacances au ski l'année prochaine...
Mais ce sont les sans-papier qui se rappellent encore à moi. De la pire des manières, comme en écho à mon dernier billet.
La Marne n'est pas faite pour qu'on y meure, surtout pas à Joinville. La Marne, ce sont les guinguettes, ce sont les clubs de kayak et d'aviron, c'est la vision d'une rivière urbaine encore apte aux loisirs, à la détente et à l'art. Une rivière, bien que tout près de Paris, où de joyeux possibles existent encore : ce sont des escales du festival de l'Oh!, ce sont les impressionnistes... Ce sont de grandes traditions populaires autour de l'eau, des anciennes baignades, et peut-être demain de futures baignades, bref, c'est un fleuve fait pour la fête.
Et pourtant, la Marne est en deuil. Un tout jeune homme de 29 ans, malien et sans papier, pouruivi par la police, s'y est jeté du pont de Joinville pour échapper à un contrôle. Il en est mort. C'était vendredi après-midi. On ne connaît pas encore son identité exacte. Depuis l'été dernier, il est la quatrième personne dont la mort peut directement être imputée à la politique de traque des sans-papier, comme le rappelle cette dépêche de Reuters. Sans parler d'Elisabeth, Béninoise résidant légalement en France, travaillant sous CDI, mais dont le mari français est décédé d'un cancer et qui du coup est l'objet d'une mesure d'expulsion (la pétition reste disponible ici). La politique du chiffre montre toute son absurdité, ses limites et son inhumanité.
La moindre des politesses
J'ai bien souri d'ailleurs en voyant l'insigne choisie par le mouvement sportif français pour signifier en toute discrétion l'attachement des athlètes français aux droits de l'homme lors des jeux olympiques de Pékin. Au dessus du mot France, on pourra y lire :"pour un monde meilleur". Pour qui
se prend-on, honnêtement, à vouloir donner des leçons de "monde meilleur" au reste du monde, tout en traitant les étrangers de cette façon. Pays des droits de l'homme mon oeil ! Quelle mystification ! Cassée pour cassée, arrêtons d'exploiter cette image. Ou alors reconstruisons-là, mais dans les faits, pas dans les coups de marketting !
Hier soir sur France 3, j'entendais Youssou N'Dour rappeler : "il faut que le gouvernement sache que la France a cessé dêtre considérée comme acceuillante, elle n'interresse plus les gens pour chercher des visas. Elle a été supplantée depuis longtemps par la Chine, ou par l'Amérique. L'immigration, c'est un problème qui n'existe pas. Arrêtez d'utiliser l'immigration comme un thème pour vous faire élire."
Un peu plus tard, sur une autre chaîne du service public, Zazie avait cette élégante réponse à une question sur son engagement au profit de l'association sol en si :
"- Driez vous que vous êtes une artiste engagée ?" lui était-il demandé.
"- Non, répondit elle, c'est la moindre des politesses quant on a une voix qui porte".
J'aimerais que tous les artistes, tous les sportifs, toutes les personalités qui ont de la voix ou de l'audience aient cette politesse de s'associer à l'appel lancé hier par les associations et les collectifs de sans papier et demandent un moratoire sur toutes les expulsions de sans papier !
00:36 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : immigration, sans papier, sans droit, expulsions, hortefeux
02 avril 2008
Nicolas Hulot critique sévèrement le libéralisme

Dans un accès de lucidité et de vérité, et au risque de heurter ou d'écorner ses amitiés politique, Nicolas Hulot pointe du doigt l'incompatibilité du libéralisme économique avec les enjeux de préservation de la planète. Des extraits de son interview au Journal du Dimanche sont à lire ici.
Si c'est lui qui le dit...
17:21 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : écologie, développement durable, libéralisme, politique
20 mars 2008
quand Total pollue la Loire

Pollution en Loire : vérité et justice
A la suite d'une fuite, le dimanche 16 mars, de 400 tonnes de fuel d'un tuyau, de chargement de bateaux, appartenant à la raffinerie Total de Donges, une nouvelle mini catastrophe écologique est possible dans l'estuaire de la Loire, zone fragile classée Natura 2000 et dont les collectivités territoriales demandent l'inscription au patrimoine mondial de l’Unesco (lire ici un article de Loire Océan).
Pour l'association "Les Amis des Collectifs marée noire", qui est partie civile dans le procès de l'Erika, toute la vérité doit être faite sur les causes de cet accident, les mesures qui existaient pour l'éviter et les moyens pris, ainsi que la rapidité de la réaction, pour en réduire et supprimer les conséquences.
Il s'agit du troisième accident, semble t-il, en un peu plus de deux ans à la raffinerie de Donges. Le directeur de la raffinerie dit "C'est l'équivalent de trois dégazages de bateau" semblant ainsi minimiser l'affaire. Et, Total s'engagerait à financer toutes les opérations de nettoyage.
Mais, la réparation éventuelle des dégâts ne peut exonérer de la justice et du respect des droits de chacun, si des fautes ou imprudences ont été commises.Aujourd'hui, la jurisprudence et par suite la loi évoluent autour des questions de délinquance environnementale. L'existence d'un préjudice écologique "résultant de l'atteinte portée à l'environnement" commence à être reconnu.
C’est pourquoi l’association "Les Amis des Collectifs marée noire" demande l'ouverture d'une enquête judiciaire sur cette nouvelle catastrophe.Le Collectif marée noire de Nantes soutient et sera présent à la marche de la colère ce samedi 22 mars à 15 h, rassemblement Esplanade des droits de l'Homme, centre ville de Saint Nazaire.
A noter qu'il en sera fortement question lors d'une conférence à Joinville-le-Pont dans quelques jours, mardi 25 mars prochain. Les informations se trouvent ici.
12:26 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22 février 2008
les mégalos du désert

La ville de Saragosse, en Espagne (où je me trouvais ces jours-ci), et la province autonôme de l'Aragon, s'apprêtent à accueillir, de juin à septembre prochain, l'Exposition internationale sur le thème de l'eau et du développement durable. On comprend que dans cette Espagne si exangue, assoiffée, au point d'en avoir souvent épuisé ses cours d'eau, et de s'être constuit une culture de l'eau longtemps déraisonnable ("ne laissons pas se perdre une seule goutte d'eau dans l'océan"), cette thématique soit au coeur de leurs préoccupations.
Pour les promotteurs de l'EXPO, on peut penser qu'il s'agit de revenir à une approche plus rationnelle et plus durable du problème, restaurer l'image des fleuves et des rivières comme des écosystèmes qui font partie de l'équilibre de la vie, et non seulement comme des réservoirs à eau. Il s'agit aussi d'interroger les modes de développement, de remettre en cause les stratégies économiques fondées sur le tout-tourisme, ou sur la production agricole intensive.
Zaragoza 2008 fera ainsi écho à des luttes récentes qui ont conduit à l'abandon, par le gouvernement Zapatero, des projets démesurés de grands barrages sur l'Ebre, qui auraient conduit à submerger des villages entiers et tout un patrimoine culturel, ou de transferts massifs des eaux de l'Ebre vers Valence au profit d'une agriculture dévastatrice.
Vers un Las Vegas européen ?
Mais curieusement, je ne sais pas me l'expliquer, si ce n'est par des histoires de gros sous, la politique en Espagne
comme ailleurs porte en elle une schyzophrénie chronique totalement déroutante. Ainsi, le même président socialiste de l'Aragon, qui inaugurera le 14 juin l'Exposition internationale sur l'eau devant les médias du monde entier, vient de signer avec un consortium de promotteurs privés un projet complètement démoniaque, dénommé Gran Scala, le Las vegas européen, au coeur du désert aragonais : 17 milliards d'euros d'investissement, 35 casinos, 70 hôtels, 200 restaurants, 500 commerces, un hippodrome et un terrain de golf, tout cela en plus des 4 parcs à thème...
On connait les délires mégalomaniaques des princes de la péninsule arabique et leurs projets pharaoniques à Dubaï et Abou-Dhabi, qui préparent à leur façon, et en sur-exploitant une main d'oeuvre asiatique dépourvue de tout droit et de toute protection (écouter ici les émissions de Gérard Mermet dans Là-bas si j'y suis), une reconversion touristique et économique pour un après-pétrole inéluctable. Soit.
Mais là, à nos portes, sur un continent plutôt plus conscient que les autres des enjeux environnementaux, au coeur d'une région qui s'est battue pour préserver ses ressources... comment le concevoir ? España, por favor, no los dejas hacerlo ! (merci de ton aide, Tisbea)
Qu'il y ait derrière de puissants groupes, à moitié maffieux (j'écris à moitié pour ne pas me retrouver avec un procès au cul, on ne connaît jamais la longueur exacte des bras de ces gens-là), complètement mégalos, sans aucun scrupule à l'égard de toutes les communautés villageoises qui cherchent, pour vivre, à simplement préserver leur rapport simple et modeste à l'eau, c'est évident.
Mais comment ce président - je le répète, socialiste - de l'Aragon, a pu ainsi s'engager, non seulement à autoriser le projet, mais à accorder des dérogations sur les lois relatives aux jeux, à mettre en place des infrastructures autoroutières, à y installer une gare pour la future liaison TGV, à consentir un volume invraissemblable d'investissements publics ?
Outre ces problèmes écologiques, un habitant sur six de la région aragonaise est qualifié de dépendant au jeu. Par conséquent, la réalisation de ce projet pourrait avoir des conséquences psychologiques et financières catastrophiques sur les habitants voisins du site.
Après la stupeur des premières annonces, un petit noyau de résistance est en train de se former. Ils étaient 600 réunis en assemblée, il y a une dizaine de jours, pour former un comité régional "Gran Scala, No!", ils ont décidé de former dans chaque village des comités du même nom, et dotés de leur bâton de pèlerins d'arpenter les sentiers du pouvoir, de la citoyenneté, et de l'action pour mettre ce projet fou en échec.
Heureusement, ils sont rompus aux causes désepérées qui se gagnent à la fin, il leur a fallu cinq ans de Marche bleue et l'élection de Zapatero pour gagner contre le "programme hydrographique national". Ils savent que la route peut être longue. Il n'est pas exclu, comme du temps de la Marche bleue, que les chemins vers Bruxelles leur fasse traverser notre pays. Si c'est le cas, ce ne sera pas une traversée du désert, j'espère, et ils trouveront du soutien sur leur route.
06:00 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : exposition internationale, eau, ecosystème, développement durable, écologie
18 février 2008
un Nôtre monde

Depuis hier, notre monde compte un État de plus. Ça doit donc faire 192, ou 193 maintenant, on n'arrive plus à compter. Faut-il en rire ou en pleurer ?
Ça veut dire quoi, au fond, un État de plus ? Est-ce la vocation ultime du monde, que de compter comme ça le plus grand nombre possible d'États ? Est-ce que derrière ce qui n'est qu'une organisation administrative de la planète, ça veut dire des hommes et des femmes en plus ? Des moments de bonheur et de constructions généreuses en plus ? De l'amour et du plaisir en plus ? Des espaces de création, de transmission, d'éducation en plus ? Des coopérations, des échanges, de la solidarité en plus ? De l'intelligence en plus pour faire face aux défis contemporains ?
Franchement, je ne sais pas quoi en penser : sans doute, des populations qui se sont senties longtemps opprimées dans leurs valeurs et leurs traditions, vont avoir le sentiment de retrouver de la dignité. Et pourtant, je trouve triste que la fragmentation du monde soit la seule réponse au besoin de développement humain et de respect des peuples.
Je trouve désolant qu'en se construisant sur des bases d'injustice, le monde s'éclate, et que l'Europe elle-même suscite un rejet grandissant.
Je t'invite à aller lire ce beau billet de Céleste, qu'elle a appelé le morcellement du monde, où elle revient sur des épisodes tragiques qui ont marqué l'histoire de l'Inde après la dislocation de l'Empire britannique.
Comme Céleste, j'ai longtemps rêvé à un monde sans frontière. A dire vrai, j'en rêve encore, mais putain, on entendra quand des voix assez fortes, chez des dirigeants assez charismatiques, par exemple chez les leaders de la gauche, merde !, la porter, cette exigence d'un monde qui soit enfin à Nôtre image, et pas à celle des seigneurs de guerre ou des conseils d'administration d'empires financiers ?
00:05 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Kosovo



