05 novembre 2009
mes sales rêves

Sans plus trop savoir ce que je cherche à soigner, et même si je ne t'en ai plus parlé depuis longtemps, je poursuis mes séances hebdomadaires chez le psy. De toute façon, ça ou autre chose, je finis mes mois dans les ultimes recoins de mes découverts autorisés...
J'ai (presque) arrêté d'avoir peur des silences. J'ai (quasiment) réussi à ne plus préparer mentalement mes séances, à ne pas me laisser (complètement) envahir la tête par leur échéance. Il est (toutefois) un symptôme qui se manifeste à une ou deux nuits de chaque lundi : je fais des rêves, ou plutôt des cauchemars, dont je parviens à ne plus effacer les traces.
Une fois, je roulais dans un marais, à bord de ma toute nouvelle voiture, et bien que le temps fut clair, je me déportais sur ma gauche, et me précipitais irrémédiablement vers le bas côté, mon bras paralysé ne parvenant à redresser la trajectoire. Une autre fois, Paris devenait un musée géant à ciel ouvert, chaque fenêtre haussmanienne une toile de maître, et le bus dans lequel j'avais pris place pour une visite un bolide fou qui dévélait sans retenue les larges rues en pente, derrière le Panthéon je crois, et partit se perdre dans le vide abyssal de ma nuit.
La dernière fois, ce n'était pas vraiment un rêve, mais une séquence courte qui se répétait, lancinante, alors même que je n'étais pas en état de complet sommeil. Une femme enceinte se tenait debout, nue ou à moitié nue, j'en distinguais juste le buste et son gros, très gros ventre rond. Une main s'approchait de ce ventre, pas à proprement parler dans une position de caresse. Elle s'avançait par le haut, à la verticale, et les doigts, au contact de ce ventre, le pénétraient, un peu comme s'ils traversaient sa peau. Ou plutôt comme s'ils dissociaient le ventre de son buste et l'en écartaient à la façon d'une coque. Et la main s'enfonçait ainsi profondément dans ce corps. Puis mon image se focalisait sur le ventre, qui à ce moment-là se transformait en nez, ou plus précisément sous la paroi duquel un nez, un très gros nez s'agitait comme pour s'en libérer au point de se confondre avec lui. Tout cela se passait très vite évidemment, et se répétait deux ou trois fois avant que je réalise qu'il s'agissait d'images irréelles dont j'étais l'auteur et la proie. Je tenais mon rêve pour la séance à venir.
Alors sans vraiment me réveiller, une autre image venait me hanter : j'étais dans une pièce de petite taille, on aurait dit un moulin peut-être, ou un atelier, une sorte de réduit. Un incendie se déclenchait de l'intérieur et je cherchais à m'enfuir.
Le nez ? Je n'eus aucun mal à reconnaître qu'il s'agissait du mien : ce sacré nez que je ne supporte pas de croiser dans un miroir. Et le ventre, êtes-vous sûr qu'il ne s'agit pas non plus du vôtre ? J'ai évoqué les questions de parentalité qui sont venues me visiter à la faveur de rencontres familiales à mon retour du Brésil. Il a parlé de ma façon d'appréhender les autres, mes amants notamment, dans un rapport de maternement.
L'incendie ? On n'en a pas parlé, j'ai juste rappelé qu'en branchant mon ordinateur un soir à même son sac, l'idée de provoquer ainsi un incendie m'avait traversé l'esprit.
Reste à nous expliquer pourquoi il semble vous falloir y mettre la main...
Ce sera sans doute pour une prochaine séance.
14:46 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : psy, psychothérapie, psychanalyse, rêve
03 novembre 2009
le roi des concertos

Le "Roi des concertos". C'est par ces mots que France-Musique a introduit vendredi le concerto pour violon en ré majeur opus soixante et un de Beethoven, par l'Orchestre symphonique de la radio bavaroise. C'est l'enregistrement du concert auquel j'avais assisté le 10 octobre dernier au théâtre des Champs-Elysées. Il est en écoute ici pour encore quelques jours.
Tu n'y retrouveras probablement pas mes larmes. Mais sans doute percevras-tu, au delà de sa virtuosité, la musicalité du jeu de Midori Goto.
Moi, ça me fait plaisir de t'introduire encore une fois dans ce moment de pure intimité. Ferme les yeux et laisse-toi pénétrer.
21:38 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : midori, beethoven, orchestre de la radio bavaroise, concerto pour violon et orchestre de beethoven, france musique
02 novembre 2009
Belo, ses si chères longueurs

Rentré de Belo Horizonte ce week-end, après un détour par Rouen pour les cinquante ans de ma cousine germaine, je te balance en vrac quelques ultimes impressions brésiliennes.
A Belo, les rues s'affranchissent du relief, pourtant encaissé. Elles forment un quadrillage qui ne connait pas d'écart. Une maille serrée est-ouest-nord-sud, et une maille large qui embrasse la première de grandes diagonales plus espacées. Relier un point à un autre relève ainsi des mathématiques appliquées. Mais les pentes laissent des traces parfois douloureuses dans les jambes. Et sur les moteurs de voiture.
Cette planification a évidemment échappé, sur sa périphérie, aux favelas, y compris les plus anciennes aujourd'hui "régularisées", dont l'organisation respecte la géomorphologie du sol. On y trouve parfois de petites criques sauvages à l'abandon, ou restaurées en jardins publics où l'eau et ses sources naturelles retrouvent leurs droits.
Jeudi, je suis allé nager dans un de ces clubs privés qui sont l'apanage des couches suprieures de la société, le Minas Tenis Clube. Probablement les plus chères
longueurs que je ne me sois jamais offertes. A trente euros l'invitation sur parrainage, et en donnant de ma personne, ça m'a fait 1 euro les cent-mètres. Les installations étaient impressionnantes, il est vrai. Dans un site indécelable de l'extérieur, presque dans le fond d'une fosse entourée de végétation tropicale, on comptait un bassin olympique extérieur de cinquante mètres, deux bassins découverts de vingt-cinq mètres, et deux autres au rez-de-chaussée d'un bâtiment où l'on trouvait aussi, selon les niveaux, des courts de tennis, de baskets, de volley, de squash, des agrès de musculation...
Outre les buffets "au poids", on est amateur de viande, au Brésil, et notamment de grillades. Les churascarria sont des restaurants populaires, on t'y propose toutes sortes de viandes, et tu peux même y choisir des assortiments à volonté. Les morceaux sont empalés sur de larges et longues épées médiévales, qui viennent défiler avec des morceaux fumant devant ton assiette. On y découpe une tranche ou deux, avant qu'une autre te soit apportée, puis une suivante dans un défilé qui te mène bien au delà de la satiété.
Il y a une marque de pains ou de biscottes qui s'appelle "Maricota". Un jour, une étudiante colombienne qui participait à notre séminaire s'est précipitée pour faire la photo d'un camion qui en arborait l'enseigne. Elle était tordue de rire. Si j'ai bien compris, ça veut dire "tantouze" dans son pays, en tout cas précisa-t-elle, "it is a very bad word". Merci pour elles.
Un jour, une belle femme gracile se tenait dans une rue juste devant nous, le visage délicatement maquillé. Elle portait un petit boléro fuchsia dont les bretelles soulignaient de fines épaules hâlées, où ondulaient de fins cheveux mi-longs selon les mouvements du corps ou sous l'effet du vent. Elle discutait et riait avec la femme, assez insignifiante, qui l'accompagnait. Elle portait la note du restaurant qu'elle s'apprêtait à régler entre son moignon gauche et son sein, et au bout de son moignon droit, à hauteur de coude, son sac à main noir dans un sky très mode, qu'elle relevait, posait, ouvrait, de gestes amples.
Je suis retourné le dernier soir au Sauna Specific, pour me changer de l'impression laissée par le sauna so british du Minas où j'étais allé faire mes longueurs. Il y avait du monde en fin de semaine, pas comme lundi dernier. Des hommes, serviette autour de la taille, jouaient aux cartes sous un vieux tube cathodique qui diffusait des images en couleur, et fumaient leur cigarette. D'autres les regardaient, debout à côté du bar, ou devisaient. Hola Oliver, me fit Pablo en me reconnaisant. L'ambiance était bon enfant. Derrière la porte juste derrière, sous les douches, d'autres encore se jaugeaient. J'y fus convoité et l'on m'y présenta des longueurs d'un autre genre. Et ça m'a flatté. Bruno était là, avec en me voyant un sourire heureux et innocent. Il m'a refait le coup du massage et je n'ai pas su lui dire non.
Petit mémo pour ceux qui s'apprêtent à partir au Brésil : si ton vol n'est pas direct, évite d'acheter de la cachaça dans les boutiques de l'aéroport : elles te seront confisquées lors de l'escale de Lisbonne - rapport aux normes de sécurité aérienne...! - et elle prend alors un goût plus amer.
11:50 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : belo horizonte, brésil, brazil, nager, natation, sauna, gay, sauna gay
20 octobre 2009
la diva et la midinette

C'était un de ces derniers samedis, en soirée, au théâtre des Champs-Elysées. C'est la première fois, je crois, que j'allais assister à un concert classique non en raison du programme musical, mais pour aller écouter un soliste d'exception : en l'occurrence une soliste, une étoile, une virtuose du violon, une des rares "enfants prodiges", qui après avoir enregistré l'intégrale de Paganini dès l'âge de 18 ans sut prendre le virage et réussir une vraie carrière : Midori.
Il s'agissait du Concerto pour Violon et orchestre de Beethoven. Une œuvre à âme. J'y étais avec l'ami violoncelliste qui émaille ma vie et ce blog depuis déjà deux ans, sur tous les registres et dans toutes les gammes. Nous évoluons ces temps-ci, comment dire, sur le mode allegro ma non troppo, et ma foi nos partitions désormais affranchies s'accommodent mieux l'une de l'autre et ont su trouver une nouvelle forme d'harmonie.
Nous avions une loge sur la dernière galerie, tout près du plafond. La vue était plongeante, mais l'acoustique excellente. Avec une paire de jumelles d'opéra, qui passaient de l'un à l'autre, nous avions une vue claire sur l'orchestre, le chef, et la diva.
C'est peu dire que l'interprétation fut magistrale. Le son délicat de Midori imprima vite sa marque à l'orchestre, une prise de pouvoir par la grâce, au vrai, car il n'y avait ni effet de manche, ni excès dans son jeu. Au contraire, des ralentissements et des suspensions, des étirements, des accélérations contenues... Elle était vêtue d'une robe à fleurs bleutée, les cheveux noirs tirés en arrière. Elle avançait tantôt vers le chef, tantôt se retournait vers le premier violon. Le son qu'elle tirait de son violon était précis, juste, mais surtout il était charnel et dégageait une intensité indescriptible. L'orchestre de la Radio bavaroise était en symbiose, au service de son jeu, en attente de ses signes, elle était dans un dialogue.
Elle se penchait, se tordait autour de son instrument pour aller chercher une attaque suraigüe imperceptible, faisant un ou deux pas pour accompagner sa torsion. A la fin du premier mouvement, j'étais tétanisé. Quand elle commença le deuxième, je ne la quittais plus des yeux. Avec les jumelles, j'observais aussi le mouvement de ses sourcils, c'est elle qui, de simples clignements, dirigeait l'orchestre. Son jeu était parfait, mais cela m'embarrasse de le dire, car la perfection est un terme froid. Elle était au delà de la perfection, elle allait chercher le meilleur du chef, le meilleur des autres instrumentistes, elle touchait. Et soudain, je m'aperçus qu'elle avait atteint chez moi un point sensible qui comprimait ma poitrine. Je ne l'écoutais plus de la même façon. J'étais captivé. Ou plutôt, elle m'avait capturé, et de cette cage d'harmonie et de grâce, je ne pouvais plus sortir. De premières larmes se mirent à perler dans mes yeux, à s'écouler. Le violon s'élevait, s'apaisait, il déchirait la salle, les corps et les cœurs, mais ma poitrine ne se relâchait pas de l'emprise, et je fus gagné par des spasmes que je ne pouvais pas réprimer. En fait, je pleurais. Je pleurais vraiment, comme un gosse. Peut-être parce que je vivais un moment d'exception, dont je sentais qu'il était unique, un moment que j'entendais s'éloigner alors même que je le vivais. Peut-être parce que la discussion eue la veille avec Joël dans la queue de l'Opéra, où il avait évoqué pareil état où le mit un jour un concert baroque, m'avait inconsciemment autorisé à ne rien réprimer de cette condition au moment où je la sentais poindre.
J'aurais voulu te faire écouter un extrait de ce concerto ici, mais Midori n'a jamais enregistré ce Beethoven. Par contre, France-Musique diffusera ce concert le vendredi 30 octobre, à 16h. Je serai malheureusement en déplacement professionnel, mais si tu avais l'opportunité de l'entendre, peut-être comprendrais-tu ce qui m'est alors arrivé.
Je te laisse par contre prendre ci-dessous un aperçu de son talent, grâce à YouTube, dans le second mouvement du concerto de Tchaïkovski en ré majeur. Et toi, la musique t'a-t-elle déjà ému(e) à ce point ?
08:30 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : beethoven, midori, musique, violon, concerto pour violon et orchestre de beethoven, théâtre des champs-élysées, orchestre de la radio bavaroise
17 octobre 2009
rebond foot : vers un épilogue coloré

L'Islam n'est donc pas une homophobie, et l'homosexualité pas une islamophobie. L'affaire que j'évoquais là, et qui fit le buzz toute la semaine passée, va donc connaître un bel épilogue.
Certains s'étaient délectés, derrière de fausses outrances, de la guéguerre entre un club de foot "musulman" de Créteil et le Paris foot gay, le premier ayant refusé de jouer un match contre le second en raison d'incompatibilités fondées sur de prétendues convictions religieuses.
La rencontre devait se dérouler dans le cadre de la coupe organisée par la commission foot-loisir de la fédération française de football. Mais tandis que les médias s'emparaient de l'affaire, stigmatisant à juste titre l'homophobie latente qu'elle révélait, et alors que la fédération décidait logiquement d'exclure de Créteil Bébel de la compétition "pour refus de jeu fondé sur un motif discriminatoire", un dialogue inattendu se nouait en coulisse.
Les membres du Créteil Bébel, "juste une bande de potes qui ont décidé, pour leur loisir après le boulot, de jouer au foot", selon leur avocate, dépassés par le vent médiatique, ont expliqué qu'en fait ce n'est pas jouer contre des homos qui les avait embarrassés, mais qu'ils n'avaient pas compris comment une équipe de foot pouvait "être un étendard pour une orientation sexuelle". Le Paris Foot Gay expliquait de son côté qu'il se trouvait gêné - parce que son combat vise toutes les discriminations - que cette affaire vienne stigmatiser des jeunes de banlieue qui n'en ont vraiment pas besoin.
Bref, ils se sont parlé, et ont décidé de dépasser ce qui relevait de l'ignorance et de la maladresse - comme hélas souvent - plus que de l'homophobie, et ils vont même jouer.
Les deux clubs vont donc se retrouver dans un match de football. Mieux, ils ne vont pas jouer l'un contre l'autre, mais ils vont jouer ensemble, au stade Charletty, contre une équipe de gala constitutée entre autres, excusez du peu, de Dhorasso et Thuram. Ce sera le 14 novembre prochain.
Face aux dérives communautaires, on peut toujours attiser la haine, stigmatiser, figer les positions, envenimer les choses, et se complaire dans une position qu'on croit supérieure pour installer le communautarisme. Ou bien on peut être pédagogique, travailler au dialogue, et aider à dépasser les incompréhensions. Faire reculer l'ignorance. Je suis plutôt heureux de cette issue-là.
10:06 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : football, paris foot gay, créteil bébel, discrimination, homophobie, islamophobie
02 octobre 2009
Mégane, mon nouvel opéra
Il est 5h45 dans le quartier de la Bastille, ce vendredi matin. Petit matin. Tout petit matin. Après une rude nuit, toute en toux retenue. Les bars sont vides, seul un est encore comble, il est enfumé, on dirait, confondu à cette heure avec le trottoir. J'en prends une bouffée, mes essuie-glaces ne sont pas encore actionnés. Mégane, ça pourrait être le nom d'un Opéra, non ? Comme Orphée, Salomé... Un prénom de femme antique, prometteur de grande tragédie.
Tout se mélange.
Les garçons de bar sont pour la plupart occupés à manier le balais ou l'éponge, les tables sont regroupées, on entend des rideaux de fer se baisser. Quelques recoins bruissent de gens qui ne sont pas encore couchés. Les gens déjà levés sont des anomalies. Des erreurs de parcours. Des insomniaques en errance. Des fous.
Aujourd'hui, ma journée sera opéra et voiture. Ce soir, ce sera Wozzek, un autre prénom, mais d'homme. Une figure de soldat, en conflit avec la société. Un des plus grands opéras contemporains, paraît-il, que l'on doit à Alban Berg. L'après-midi, j'aurais récupéré ma nouvelle voiture. Une Mégane, d'occasion certes, mais suréquipée, féline, racée, azuréenne... un personnage d'opéra.
Il est 5h50, on me remet le numéro 36. La dernière fois, j'avais fait mieux avec le numéro 24. A l'appel de 6h, nous sommes 41 déjà à faire la queue devant Bastille pour réserver nos places pour La Bohême. Une femme, encore, mais ici son prénom n'importe pas, signe qu'on sera dans la légèreté plus que dans la tragédie. Ce sera pour le 24 novembre. Cette fois, j'y emmènerai ma mère.
A l'appel de 7h, nous sommes déjà plus de 80. Le numéro 15 manque. Il avait manqué à 6h et il manquera aussi à l'appel de 8h. Son compte est bon, il a du rentrer chez lui et se rendormir. Ou alors il a été agressé par un violeur récidiviste. Ou bien c'était un étranger sans papier tombé sur un contrôle de police. Avec ma petite bande des prosélytes lyriques, on se fait quelques films pour tuer le temps. J'en suis à mon troisième café.
Il est 9h, la file se met en place. Mon voisin de derrière participe à cette foire pour la première fois. L'opéra, il l'a découvert l'an dernier, comme moi, bien qu'étant semble-t-il de ma génération. J'aime et me reconnais dans sa façon d'assumer son ingénuité. Nous parlons et nous rassurons l'un l'autre, revendiquons notre droit d'accès à l'émotion artistique. La place de la Bastille bat désormais fort. Oubliées les heures noctambules, Paris s'ébroue. Vite, courons nous mettre à l'abri !
9h30. Nous entrons dans le hall d'accueil. Nous nous sommes familiarisés les uns avec les autres, ce jeu nous y a poussés, alors nous parlons de nos parcours, on entend parler d'histoire médiévale d'une ville allemande, de mathématique et de K-théorie, de rêves d'écriture... Anne et Franck nous ont laissés, appelés par leurs jobs.
Levé si tôt, saurais-je combattre les somnolences ce soir, à l'heure de Wozzek ? J'ai discuté tout à l'heure avec le numéro 3. Il était là à 2h10. Lui aussi a des places pour ce soir, ma crainte ne se partage donc pas. Mais lui n'a pas une Mégane à aller récupérer, à aller bichonner, choyer, amadouer entre les deux. Un contrat à signer, de gros chèques à déposer...
Allez ! Il y a toujours un acte où la confusion mêle des instincts opposés pour faire jaillir le sang, la vérité ultime. Sinon nous ne serions pas à l'opéra. Nous domperons jusqu'aux débordements. Dans une heure, c'est le lever de rideau.
18:29 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : opéra, wozzek, alban berg, la bohême, puccini
01 octobre 2009
fruit mûr

Elle était dans un coin, au ras du sol sur un tapis de feuilles vertes dentelées. Même pas cachée. Arborant un rouge fier. Au début, je ne l'avais pas remarquée, elle était pourtant dans mon champ de vision. Sous une treille, dans le jardin d'arrière-cour d'un petit restaurant de la banlieue des bords de Seine, j'étais absorbé par une discussion "d'affaire".
Le soleil n'était pas très franc, mais il faisait doux et nous étions au calme, à deviser autour d'une aile de raie. D'un coup, perdant de ma concentration, mon regard a réalisé qu'il s'était plusieurs fois posé sur elle, brillante et captivante, dressée vers le ciel. Pas beaucoup plus grande qu'un noyau d'olive.
Alors je ne pouvais plus la quitter des yeux. Elle me narguait. Pour un peu, je l'aurais crue grandir à vue d'oeil. Elle devint le centre de gravité de ma conscience. Le point focal. Je la fixais quand je parlais, et retournais la voir entre deux bouchées.
Après le café en repartant, j'oubliais de lui lancer un dernier regard.
Pourtant, une fraise des bois au crépuscule de septembre, en pleine banlieue... Comme un sourire dans une rame de métro !
00:18 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
29 septembre 2009
ceci est bien une pipe
Bon, puisqu'il n'y a pas que Magritte dans la vie, autorisons-nous à dire que la photo ci-dessus est bien une pipe. Même si elle n'a rien d'orthodoxe. Ou seulement une grosse moitié - non, pas grosse, juste un peu enrobée - en habit de cérémonie.
Cette composition est due au photographe canadien Evergon. Elle s'intitule Hommage à Michel-Ange et David ou leçon de tuba. Ce qui objectivement nous ramène - un poil - à Magritte.
L'artiste, qui se met lui-même en scène dans nombre de ses photos - comme celle-ci où il se met également... en bouche - aime à traiter du sexe, à se jouer du genre et des générations. Pourquoi je t'en parle ? Ben juste comme ça. Peut-être parce que je n'ai pas eu l'occasion de prendre de leçon de tuba cette semaine, trop occupé à changer de voiture. Ou alors parce que moi aussi, j'ai droit à mon caprice !
00:05 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : photographie, evergon, leçon de tuba
23 septembre 2009
l'homme qui a vu l'homme qui a touché les pépètes
Tu connais le truc du comédien, habillé et peint de la tête aux pieds, monté sur un piédestal et prenant des poses statiques pour simuler une statue de bronze ou de plâtre ? Forcément, tu connais, puisque le procédé fait fureur depuis quelques années, et il y a peu de capitales où des artistes - de pacotille quoique méritants - ne viennent pas ainsi tenter de rafler quelques miettes de la manne touristique.
En général, lorsque la pièce tombe dans le chapeau placé au devant de la fausse statue, celle-ci, à la façon d'un automate, active une discrète révérence qui impressionne les enfants.
Eh bien dans les rues de Bruxelles, je suis tombé sur mieux. Ce n'est plus l'homme qui joue à la statue, mais la statue qui joue à l'homme qui joue à la statue. Ça se passe non loin de la Grand'place, dans la rue qui mène au Manneken-Pis. En début de matinée, nous avons observé le curieux manège d'un grand homme noir, qui a d'abord placé un socle sur lequel était inscrit le nom de Van-Gogh, avec une date de naissance et une date de mort. Puis il a positionné un mannequin de la taille d'un homme, presque un épouvantail, avec un grand manteau peint de terre grise, un masque réaliste surmonté d'un chapeau de paille censé représenter le peintre et passé à la même glaise. Puis il a fiché une grande canne au sol pour y poser la main gauche de l'effigie. Le bras droit était tendu vers l'avant, avec un gant de laine noire, le tout légèrement incliné.
Il a pris le temps d'ajuster au mieux la position de sa poupée déguisée, a déposé devant une petite caisse métallique à fente, fixée d'une chaîne à l'ensemble, ainsi qu'une bouteille d'eau minérale.
Puis il est reparti en voiture.
L'effet sur les badauds a été incroyable. Moins cette poupée bougeait, plus ils étaient saisis. Évidemment, à chaque pièce déposée, le personnage n'esquissait aucun mouvement, ce qui sidérait encore d'avantage la foule rassemblée. Les porte-monnaie s'ouvraient à tout va, les gens s'approchaient, tentant de lire une lueur dans les yeux du mannequin, ou serraient la main gantée, certains avec hésitation, d'autres avec vigueur. Il étaient sciés par l'impavidité de ce qu'ils croyaient être un comédien tenant un rôle.
Pire : lorsque, amusé par cette scène nous nous sommes aventurés à raconter l'installation à laquelle nous avions assisté, à expliquer que ce n'était qu'une marionnette vide de toute présence humaine, personne ne voulait nous croire. Nous avons même entendu des "tiens, il a bougé les yeux", ou "c'est incroyable, on dirait un vrai"...
Je ne sais pas combien cette simagrée rapporte à son instigateur, à la fin d'une journée, mais j'ai été personnellement totalement scotché de voir l'efficacité de ce subterfuge.
Un peu plus loin, sur les marches des jardins royaux conduisant aux Musées des Beaux-Arts, c'était des hordes de pétitionnaires qui s'affairaient à te faire signer une déclaration en faveur de je ne sais quels enfants victimes des guerres, et qui réussissaient à extorquer à quasiment chaque signataire un billet de dix ou de vingt euros...
Est-ce en raison de la crise économique ? Mais ce sont encore les mirages en ce bas monde qui semblent remporter le plus l'adhésion du public, et accessoirement rapporter un peu de fric. Et les fausses évidences ont plus de poids que les faits dans leur crudité... L'histoire se serait passée en France, j'aurais dit que Nicolas Sarkozy avait de beaux jours devant lui.
06:23 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : bruxelles, manneken-pis, grand'place, van gogh
18 septembre 2009
la preuve du forfait
Je te parlais là des actes de maltraitance dont je m'étais récemment rendu coupable à l'égard de mon téléphone portable. C'était sans compter sur le fait qu'il y en a une qui laisse traîner son appareil photo partout. Voici donc la preuve irréfutable de mes habitudes malignes, avec dans les rôles principaux, en second plan, la tasse et son Nokia... On notera au passage dans des rôles secondaires : un kit fumeur qui renferme le bip du parking, une alimentation de GPS branchée sur l'allume-cigares, un sopalin pour absorber les éventuels débordements, un stylo qui se cache et quelques petites poussières que la lumière au flash vient délicatement souligner.
![et+le+tél[1]...jpg](http://entre2eaux.hautetfort.com/media/01/02/426980482.jpg)
Ça me fait tout drôle, d'un coup, de te sentir dans mon intimité de mon habitacle.
00:05 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note






