23 juillet 2008
l'intervalle silencieux

C'est un soir d'automne dans un pavillon au bord de la mer. Le toit, les poutres et deux portes coulissantes en papier de riz encadrent la perspective sur la surface de l'eau qui semble un mur monotone, bleu fonce dans la partie inférieure, mais un bleu qui s'éclaircit graduellement vers l'horizon. La mer reflète la lumière du jour déclinante autour des voiles carrées des jonques et des mâts nus des plus grosses embarcations. Le soleil vient de se coucher, le ciel se teinte de ses ultimes scintillements et, plus haut, la pleine lune est effleurée par un vol d'oies sauvages.
De prime abord, on croit qu'il n'y a personne. La composition est dominée par le plancher vide et ses nattes vertes, là, près de la rambarde, autour d'une lampe, on voit les restes d'une fête dans un désordre soigneusement étudié : un bol, des tasses de saké, un éventail à moitie déplié. Puis, sur la droite, on découvre le dos d'un kimono qui sort de l'image et, à gauche, derrière la porte coulissante, la silhouette d'une autre femme. Des aiguilles pointent dans sa coiffure relevée et un pan de son kimono dépasse de la porte, là où elle l'a laisse tomber. La femme de droite doit être une geisha, on voit le manche d'un instrument à cordes, quant à la seconde femme, c'est sûrement une courtisane, comme l'indique sa coiffure. Elle se prépare à se donner à l'homme qui leur a tenu compagnie, buvant du saké en contemplant la lune et les bateaux sur l'eau paisible tandis qu'une des femmes jouait de la musique et chantait.
C'est la pause qu'Hiroshige a choisi de décrire, l'intervalle silencieux entre la scène qui vient de s'achever et celle qui n'est pas encore commencée. Les deux situations sont présentes, l'une sous la forme des restes de la fête, l'autre comme une promesse suggérée de sa continuation. Il s'agit d'un instant à la fois calme et tendu qui oscille dans le vide immobile entre le souvenir et l'attente.
(Jens Christian Gromdahl, Bruits du coeur. Trad. Alain Gnaedig. Gallimard - merci à JG)
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03 juillet 2008
400 ans de cousinage

C'est aujourd'hui que l'on célèbre officiellement les 400 ans de la ville de Québec. Je ne saurais te dire pourquoi pas avant hier, ou en septembre, ou même l'année prochaine. C'est quoi, l'acte fondateur d'une ville, au juste ? Tout est affaire de symbole, sans doute, et il doit s'en trouver un particulièrement signifiant pour les historiographes de cette ville.
J'étais à Québec en voyage professionnel pour deux jours en décembre 2006. J'y étais passé une première fois, tout aussi rapidement, lors d'un voyage en Amérique, en 1981. J'avais 16 ans, et j'avais réussi à me faire inviter par les parents d'une copine avec qui nous n'avions qu'un seul point en commun : celui d'avoir été les seuls, lors d'une simulation de l'élection présidentielle organisée par la prof de français, à voter pour Georges Marchais. Ca faisait léger comme point commun, parce que je crois qu'on ne s'était jamais parlé avant d'avoir découvert ça et de nous être d'un coup sentis beaucoup moins seuls dans notre lycée bourgeois d'Aix-en-Provence, mais ça m'avait suffit pour me faire faire un tour d'Amérique du Nord en deux mois. A seize ans, ça laisse des sacrés souvenirs, tu t'en doutes.
Vingt-cinq ans plus tard (putain, 25 ans !), sous les premiers flocons, je m'échappai un soir, en reconnaissance, vers l'unique bar gay de la ville, que j'avais pu repérer parce bien qu'étant unique, cet établissement se trouvait en plein coeur de la ville : le Drague.
J'assistais là-bas à un kitchissime spectacle transformiste, tellement innocent que le lendemain, alors que nous en avions plein les bottes mes collègues et moi de périgriner dans la ville, je leur proposait de m'y accompagner en tout bien tou honneur pour y boire un verre. Elles étaient toutes affriolées de cette idée.
On s'est ensemble retrouvés au coeur d'une après-midi thématique : quand les cawboys apprennent à danser le madison, que c'en était même plus kitch, mais à se tordre de rire.
Et voilà comment mes collègues se font des idées sur mon intimité et la vie gay. Si seulement elles savaient...
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02 juillet 2008
histoires de queues

Depuis le 14 juin, et jusqu'au 14 septembre, se tient à Saragosse, en Espagne, l'Exposition internationale sur le thème de l'eau et du développement durable. Je t'en ai déjà parlé ici et là, et franchement, c'est une belle réalisation architecturale et scénographique.
Comme dans toutes les expositions universelles, chaque pays y organise un Pavillon national, devant lequel se mettent en place des files d'attente. Tiens-toi bien, hasard des agencements, le pavillon de la France se trouve exactement entre celui de la Hongie, auquel il est adjacent, et celui du Japon, qui lui fait face. Ça m'a fait beaucoup sourire de me retrouver ainsi, à l'expo comme dans la vie, entre ces deux eaux-là. Eh! bien, contre toute attente, c'est le Japon qui l'a la plus longue (la queue). Il paraît même que c'est le pavillon national le plus visité après ceux de l'Espagne.
J'y accompagnais un grand groupe de collégiens de mon département (mon Dieu, 200 !). Nous étions hébergés dans un campus universitaire, à 70 km de Saragosse, où d'autres chambres étaient affectées à des policiers de la Guardia civil venus en renfort à l'occasion de l'Expo : de grands et beaux jeunes hommes, robustes, que nous croisions là décontractés, en permission ou en repos.
Au petit déjeuner, une ligne de service du réfectoire était réservée à nos jeunes, et l'autre aux policiers. Un matin, encore embrumé, je pris la
ligne des jeunes policiers sous les yeux amusés de mes collègues. Derrière leurs oeillades, je comprenais qu'ils m'attribuaient des intentions frivoles, une prof toujours un peu extravertie ayant commis le même impair, quelques minutes avant, et s'en étant jouée.
J'eus donc à leur expliquer que pas du tout, ils avaient beau voir le mal partout, ça n'avait été qu'affaire de longueur de queue...
Je ne sais pas pourquoi, au lieu de calmer leurs simagrées, ça les a fait s'esclaffer.
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01 juillet 2008
quand j'étais président de l'Union européenne
Tu te demandes pourquoi je préside l'Union européenne.
En fait, je suis un sherpa, et en période de présidence française, c'est moi qui préside les rencontres préparatoires aux réunions ministérielles, étroitement chaperonné par le représentant de la commission européenne. Enfin, pas toutes, celles qui concernent la ministre pour laquelle je travaille. Il n'y a encore que quinze pays dans l'Union, mais les enjeux sont déjà complexes. Ma ministre a des ambitions : faire reconnaître les valeurs sociales et éducatives du sport, protéger les pratiques amateures des dérives marchandes, faire jouer des relations de solidarité entre secteur professionnel et secteur amateur, donner à l'Europe de nouvelles armes contre le dopage. Elle a fort à faire, parce que le sport n'est pas une compétence communautaire. A priori, au niveau européen, le sport ne relève que des règles économiques de la concurrence libre et non faussée. Aïe. Son objectif : obtenir sous présidence française une Déclaration qui protègera les structures sportives face à la gourmandise des milieux d'affaire.
Autour de la table, les sherpas défendent scrupuleusement les positions de leurs États. Ou ils louvoient, font de la surenchère pour gagner du
temps ou faire capoter la négociation...
Je les connais bien, pour la plupart. Le gros Finlandais, Harri Sylväsalmi (photo ci-contre), est un politicard de première, il joue perso, c'est pas d'abord les intérêts de son pays qu'il défend, mais d'évidence il veut se placer dans des instances internationales ; les deux petits Danois sont mignons comme tout, sincères, ils cherchent à concilier les positions essentiellement eurosceptiques de leur pays avec une réelle volonté de réussir à construire des garde-fous aux dérives du sport ; l'Espagnol est dans l'esbrouffe, il cherche à apparaître comme le plus engagé contre le dopage, mais derrière, tu sens qu'il y a beaucoup de vent ; l'Italien est surtout préoccupé par les questions de violence et de hooliganisme qui transforment ses stades ; la Grecque ne demande rien, du moment qu'on déclare 2004 Année européenne du sport à l'occasion des Jeux d'Athènes ; l'Anglais est conséquent, habile, il déconstruit patiemment chaque argument, invoquant la place actuelle de l'argent dans le sport pour proposer qu'on laisse le marché s'en occuper : laisser le libéralisme oeuvrer, puisque nous sommes dans le libéralisme, avec lui, on se mord la queue ; l'Allemand est encore le plus proche de moi. Rigolard, avec de l'entregent, rompu aux techniques de la négociation, il perçoit assez vite les points de consensus et m'aide à avancer.
Durant la présidence finlandaise, juste avant la mienne, j'en avais déjà côtoyé certains de près (même si au sauna de l'hôtel, à Helsinki, c'est avec d'autres clients que j'avais d'abord rompu la glace - force était de constater que ce fut agréable, d'ailleurs...)
Nos réunions, c'est des parties d'échec à trente mains. Sauf qu'à la fin, on ne peut pas finir échec et mat. Il en faut une, il en faut deux, il faut répondre aux questions posées, montrer comme président que chaque opinion compte, chaque crainte, chaque détail. Et montrer qu'on ne lâchera pas, faire valoir par l'actualité ce qui émerge de la société, faire s'exprimer le mouvement sportif. Je découvre comment cette Europe est bloquée. Par ses institutions, par les positions politiques de ses pays membres, surtout. Je la vois tourner sur elle-même, décider de blocages au nom de ses blocages, laisser agir les forces de l'argent au nom du pouvoir de l'argent. Je comprends là comment cette Europe est morte, forcément morte.
Et pourtant, je tiens bon dans les négociations. D'une réunion à l'autre, je rends compte à ma ministre, qui inlassablement décroche son téléphone pour expliquer et rechercher des appuis, ou prend l'avion pour aller expliquer son projet, sachant jouer de la sensibilité propre de tel ou tel ministre.
Puis à la fin, d'un long jet puissant et fourni, la Déclaration est adoptée. Incluse dans les conclusions du sommet de Nice. On en parle peu, parce que Nice, c'est aussi une réformette des institutions européennes, à laquelle personne ne croit vraiment alors, mais qui n'est pas encore libérale par essence comme le seront plus tard le traité constitutionnel ou le traité de Lisbonne.
Mais moi je jubile.
Huit ans plus tard, ce ne sont plus les mêmes projets qui sont dans les cartons. Le tournant libéral est assumé, aux manettes, c'est Sarko, avec Berlusconi, Merkel et Major comme lieutenants... La gauche elle même est paralysée, voire fait de la surenchère, comme en Hongrie ou dans certains cercles. Des sherpas vont encore bien s'amuser dans leurs nuits blanches, mais je les vois surtout brasser du vent et avaler des couleuvres. Cette présidence française, pas encore commencée, on peut prédire qu'elle sera fastidieuse à oublier.
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29 juin 2008
pic, poc, splash !
Imagine une pierre qui tombe à la surface de l'eau. Vois là toucher l'eau au ralenti, en hyper rallenti. Tu la vois pénétrer tout doucement, disparaître, laisser à la surface un creux dépressionnaire, et une petite vague s'éloigner en cercle autour du point de contact, et puis tu vois une autre vague revenir combler le creux vers le centre. En se condensant, une goutte énorme, difforme, une gerbe s'élève au dessus de la surface. Ralentis encore, la gerbe se soulève, lentement, et rompt avec la surface de l'eau. Et là arrête tout, arrête le temps, comme si tu appuyais sur "pause". Garde cette gerbe telle qu'elle est là, avec des excroissances dans tous les sens, des gouttelettes satellites qu'elle projette tout autour d'elle.
Et maintenant, agrandis-la pour bien la voir, pour la comprendre. Agrandis-la encore. Passe en troisième dimension pour lui tourner autour.
N'aies pas peur de bien l'élargir, donne-lui de la démesure, offre-toi de lui voir les méandres, les renflements, de sentir les vibrations et les tensions qui la traversent.
Tu la vois bien, là, cette éclaboussure stoppée net ?
Eh ! bien à Saragosse, à l'Exposition internationale, dont le thème de l'eau, ils lui ont dédié une tour. Une vraie tour, un immeuble de bureaux, le siège d'une multinationale, tout un bâtiment, 23 étages à la gloire de ce splash !
Tu lui tournes autour en spirale, longeant une rampe en colimaçon, ample et lumineuse, tu commences par le voir d'en bas, puis de côté, enfin de tout en haut. Un splash géant, suspendu en l'air avec toutes ses gouttelettes fragmentées, figé, éclairé par de grands bassins de vidéos placés en dessous de lui.
L'oeuvre en elle-même est surprenante, mais plus que l'oeuvre, ce seul concept, avoir bâti toute une structure de béton et de verre, à l'identique d'un grand siège social, mais pour la seule contemplation d'une oeuvre... ça, rien que ça des fois je te jure, ça te réconcilie avec le monde.
Les toilettes sont au 22ème étage, juste sous la cafétéria installée là pour te permettre de récupérer. J'y ai fait une courte halte et y ai croisé
mon image (qui a l'idée de mettre de grands mûrs en miroir sur le côté des urinoirs ? En bermuda, débardeur et sac à dos, casquette vissée sur la tête, bite à l'air, surpris de trouver mon profil si sexy et mon bras si musculeux, j'en ai bandé et me suis offert mon propre splash. Pic, poc, comme ça, sans préméditation, au sommet de la tour de l'eau (après tout, le sperme n'est-il pas constitué d'eau à 85 % ?)... Le Colosse était quasi vengé !
00:37 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : zaragoza 2008, exposition internationale, eau et développement durable, tour de l'eau
28 juin 2008
le colosse change de main

Voilà un tableau connu, attribué depuis toujours à Goya parce qu'on lui trouvait des accointances avec les oeuvres de sa période sombre. Les autorités muséales du Prado ont, face à l'apparition de doutes sur la paternité de la toile, procédé à des investigations poussées pour authentifier cette attribution. Les conclusions des experts sont sans ambiguité : le célèbre peintre aragonais n'est pas l'auteur du Colosse, mais plutôt l'un de ses disciples. Une désillusion pour la conservation en chef du Prado, qui a toutefois eu le courage de rendre publiques les conclusions des ses recherches, et de porter cette déclassification à la connaissance des visiteurs du musée.
Restent aux éditeurs, aux boutiques du musée et à tout le petit commerce de l'art d'en faire autant. Quant à toi, brûle tes livres d'art !
En tout cas, on a beau lui deviner des fesses à croquer derrière les brumes ibériques, à notre colosse, changer de main au milieu de l'affaire, c'est pas top pour atteindre l'extase.
15:31 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : goya, peinture, arts, musée du prado, espagne
26 juin 2008
le héros et le maître chanteur

Bon, ben Seji, c'est fait : il a sa carte de séjour. Un an ! Quel sésame !
Ça c'est fait au prix d'une longue et belle bataille : ton soutien, ta présence, l'engagement de son orchestre, des interventions de parlementaires... tout cela était dans le dossier des fonctionnaires qui ont traité son affaire. Quand il a été convoqué le 22 mai pour se voir remettre son récépissé de régularisation, c'était au "bureau des affaires réservées". Tu savais que ça existait, toi ?
Et hier, même bureau, enfin la carte, et la fin des ultimes doutes. Respiration...
Mais ça ne s'est pas fait sans une manoeuvre de dernière minute : il a fallu qu'il signe une attestation d'abandon de recours. Parce qu'il avait engagé une procédure contre la décision de la préfecture devant le tribunal administratif. Avec une audience programmée début juillet. Son dossier ayant été réexaminé, sur le fond, il était légitime de lever la plainte. Sauf que l'audience devait aussi examiner la demande de dommages et intérêt pour préjudice subi.
Eh! bien, non : la perte d'emploi, la suspension des l'allocations logement (alors qu'il paye TVA, impôts sur le revenu et taxe d'habitation comme tout le monde), le non versement des indemnités ASSEDIC (alors qu'il y a côtisé des années), les nuits sans sommeil et les coups de déprime... toute une année d'angoisse : en pertes et profits, la question ne pourra pas être posée.
Ça tombe bien, il avait l'intention de la lever, la plainte, préférant s'en tenir à sa régularisation. Mais y être obligé au terme d'un ultime chantage, ça le dégoûte, et ça me dégoûte !
Mais bon, disons qu'aujourd'hui, l'essentiel n'est pas là. Champagne pour le héro !
12:24 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : seiji, immigration, sans-papiers
25 juin 2008
l'hypnose

Là où je suis, je traverse ces jours-ci des paysages étranges : étrangement verts, d'abord, alors qu'ils devraient en ce début d'été être déjà brûlés à vif. Étrangement tachetés de rouge ensuite, peuplés de coquelicots étonnamment résistants, ou plutôt revenus pour un deuxième printemps. Et surtout traversés d'une population étrange, de grandes tours métalliques blanches et étroites, surmontées chacune de trois longues pales de fer. Si Don-Quichotte de la Mancha voyait ça...! Tous ces ces moulins modernes, organisés en vastes forêts trans-paysages. Il y aurait de quoi lui faire tourner la tête quelques milliers de fois.
D'autant que, et c'est cela qui est étrange, moi je trouve ces paysages - pour le moins pourtant dénaturés - tout simplement beaux. Comme une vigne sur un vallon, comme la clairière à la lisière d'un bois... L'intervention humaine n'enlaidit pas toujours l'environnement, elle peut aussi parfois le sublimer. Et ces champs d'éoliennes sont incontestablement beaux. Ils sont, je vais te dire, carrément hypnotiques. Je me suis surpris, passager d'un véhicule qui traversait leur étendue, à ne pas pouvoir les quitter des yeux. Elles tournaient toutes en même temps, toutes au même rythme lent et entêtant. Simplement belles, envoûtantes.
En France aussi, il faudra bien que l'on s'y mette, que l'on choisisse des sites, qu'en accepte de les transformer, il va bien falloir qu'on paye le prix de politiques alternatives qui préserveront l'essentiel. Ici ou là, ça nous fera des horizons transformés, forcément. Mais je t'assure, ce ne sera pas laid.
00:21 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : écologie, environnement, développement durable, espagne, aragon, énergies renouvelables, électricité éolienne
21 juin 2008
sacré suceur !
J'ai retrouvé l'autre jour dans ma ligne d'eau le beau black que j'avais évoqué ici (et que Fiso avait épinglé là - fiso, aide-moi, je retrouve pas ton papier pour y mettre le lien...).
A mieux l'observer, il s'avère que sa brasse n'est pas si hideuse que ça. J'ai même été surpris du coeur qu'il y mettait, et de la puissance qu'il dégageait.
Ce jour-là, c'était pour moi une séance crawl (c'est comme ça, j'essaie d'alterner les nages d'une fois sur l'autre). La ligne était
passablement encombrée. Eh! bien j'ai eu du mal à le semer. Parce que ce beau garçon, au sourire étincelant et au ras-du-cou en coquillage, est un vrai suceur de... roue. Il s'est mis dans mon sillage et ne l'a plus quitté pendant au moins 10 longueurs. Pas de remarque acerbe sur qui que ce soit, tout à son affaire, c'était lui la sensation du moment.
Bon, bien sûr, la brasse dans une ligne explicitement réservée au crawl, ça faisait désordre, mais l'application qu'il mettait, et surtout son rythme, l'a prémuni de tout rappel à l'ordre.
Nous ne nous sommes pas caressés en nageant, ni même effleurés ou guêtés, nous ne nous sommes pas retrouvés sous les douches. Quand j'ai eu fini ma séance, il était reparti depuis longtemps, ou était resté lézarder quelque part en terrasse.
Je dis ça juste pour t'éviter les questions malveillantes.
21:28 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : piscine, natation
20 juin 2008
parce que l'enfance
Il y a quelques jours, à un billet sur ma rencontre fortuite avec le petit Alexis, Manu Causse-Plisson laissait ce commentaire. Tu l'as peut-être déjà lu, ou peut-être pas. Ce n'est pas un commentaire, d'ailleurs, c'est un récit, et une réflexion, sur l'échec et l'enfance. Et sur comment ces termes peuvent se conjuguer...
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"Monstrueux ou pas, les gosses, est-ce vraiment le problème ? Qu'est-ce qui fait dans leur comportement que nous nous mettons, nous les adultes raisonnables, à les plaindre, à les aimer ou à les détester plutôt qu'à les voir comme ils sont - des débuts, des ébauches, et pourtant des êtres complets ?
J'accompagne petit F. à la piscine (il est dans la classe de mon fils). A sept ans, il parle difficilement, semble incapable de s'habiller seul. Aux mots qu'on lui adresse - dépêche-toi, enfile ton pantalon - il répond à côté, parfois même de façon agressive.
Et nous voudrions avoir le temps de l'aider (quitte à se faire accuser de pédophilie ?), nous voudrions qu'il nous comprenne ; mais 15 autres nains en chaussettes mouillées s'agitent sur les bancs du vestiaire, et, à chaque fois, c'est F. qui finit en dernier - ou qui ne finit pas, d'ailleurs, comme quand nous l'avons sorti dans le couloir avec le pantalon aux genoux et les chaussures en bandoulière, parce que oui, cette fois, nous n'en pouvions plus.
F. reste debout, son slip qu'il ne sait pas mettre s'enroule comme un élastique ; comme il pleuvait tout à l'heure, et bien qu'on lui ai dit de faire attention, il a jeté sa veste dans une flaque. Il est trempé.
F. reste debout - non, il ne met pas ses chaussettes ni son T-shirt (systématiquement à l'envers) ; il préfère aller bousculer A., pousser J., dire des choses à voix basses à C.
L'autre parent et moi devenons fous, à force. Et F. n'est qu'un môme - mais un môme si loin, si fermé, si dur, si mal à l'aise, que nous ne pouvons même plus nous laisser attendrir.
F. est mauvais élève, F. redoublera cette année - même si sa maman est contre, elle qui refuse de parler à l'institutrice, elle qui la traite souvent de conne, de méchante.
F. à sept ans est déjà en échec scolaire, social, relationnel. Il ne prendra pas l'avion, évidemment ; mais s'il le prenait, et se trouvait assis à côté d'un gentil monsieur (...), il ne lui faudrait que quelques minutes pour se faire détester.
F. a de grands yeux noirs ; quand il te regarde, tu aimerais l'aimer. Tu aimerais dire que c'est la faute à - à son caractère, à son comportement, à une éducation insuffisante ; à la société, pourquoi pas, qu'elle est pourrie à la base. Et tu sais que, même si c'est vrai, cela ne change pas grand-chose.
Ce jour-là tu te dis que tu en as marre d'accompagner les enfants des autres à l'école, ou d'être prof, ou que la simple empathie soit si difficile."
...
10:32 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : manu causse-plisson, enfance, piscine




