20 novembre 2009

l'asymétrie du regard

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Je suis à un âge où ma myopie, souffrant sans doute d’un peu de solitude, a fait appel à la presbytie pour lui tenir compagnie. La salope ! Sa nouvelle copine s’était d’abord faite discrète, je la croisais de temps en temps, entre deux portes du quotidien. Puis elle s’est mise à s’inviter au salon, à la cuisine aussi, à l’heure de lire les conseils de cuisson sur des emballages. C'était alors juste drôle.

Comme je l’ai expliqué l’autre jour à mon ophtalmo, elle vient désormais m’accompagner jusque dans mon bureau, notamment lorsque j’ai des choses à écrire à la main. J’ai constaté qu’elle agissait sur mon instinct, qu’elle m’obligeait par exemple à me redresser sur le dossier de ma chaise, comme si je me prenais pour un manche à balais.

Etant utilisateur de verres de contact, mon ophtalmo m’a proposé la solution suivante : plutôt que me corriger la vue de loin pour les deux yeux, et porter des lunettes pour la vue de près (à quoi bon des lentilles si je dois utiliser des lunettes !), essayons donc de corriger mon œil directeur pour la vue de loin, et l’autre pour la vue de près. Cela se fait, paraît-il. J’ai accepté et me voilà donc en phase d’essai.

Mon œil gauche distingue avec clarté et détail tous les objets de l’horizon, et le droit supporte désormais que j’y approche à vingt centimètres les clauses les plus secrètes des contrats d’assurance…

J’ai donc perdu la symétrie du regard.

Je ne peux pas encore te dire si je finirai par m’y habituer ou non. Le premier jour, j’avais le doigt continuellement fourré dans mon œil droit, cherchant à réajuster la lentille pour tenter d’y voir net. Je me suis déjà débarrassé de ce réflexe, mais il n’empêche. Avant, j’avais l’impression de mal voir dans certaines circonstances, d’être handicapé pour certaines choses. Désormais, j’ai l’impression d’être tout le temps dans la gène.

Le pire, c’est avec l’ordinateur sur les genoux. Juste là, à une quarantaine de centimètres du regard. Trop loin pour ma myopie, trop près pour sa copine. Elles se chamaillent, elles se crèpent le chignon, elles se refilent le bébé… et en attendant qu’elles décident quel œil fera le messager, l’information me glisse entre les doigts. C’est commode !

photo_1258645940913-3-0.jpgC’est comme pour la main de Thierry Henry. C’est vrai, quoi. Mon œil gauche l’a absolument vue, la tricherie est incontestable, et ils ne l’emporteront pas au paradis. Mais mon œil droit n’y a vu que du feu : une bousculade, un geste réflexe, et au bout un petit but qui ne fait parler que parce que c’est le dernier but de la dernière action du dernier quart d’heure du dernier match de la qualification. La même chose en d’autres circonstances, même mon œil gauche ne l’aurait pas remarquée.

Par contre, net ou flou, on ne pouvait pas rater le forêt de drapeaux bleu-blanc-rouge, dans le stade de stade-de-france-12-juillet-2008-france-98-drapeau-bleu-blanc-rouge-france.jpgFrance, mercredi. Un changement radical, par rapport à la couleur bleue traditionnelle de nos sélections nationales et de leurs supporters. Une image savamment orchestrée, en plein débat sur l’identité nationale. Nicolas Sarkozy en avait même déjà le poster en arrière fond de sa petite interview d’après match !

Myopie ou presbytie, j’y ai vu une façon singulière de la porter, la France, comme repliée sur ses couleurs, comme exclusive de la diversité. Curieusement, le drapeau algérien porté par ces jeunes Français d’origine algérienne, en liesse après la qualification - incontestable, elle - de l’équipe d’Algérie, avait au contraire un vrai goût de diversité culturelle. Il était non seulement plus rayonnant, mais il était plus riche, porté par ces épaules-là, que notre bien triste drapeau tricolore. Il faut croire que de l’eau bien sale a coulé sous les ponts, depuis juillet 98…

Ah! j'oubliais de te dire, je me traîne aussi un léger astigmatisme à l’œil droit.

19 novembre 2009

de la fidélité

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Il y a quelques jours - mais elle n'écrit plus si souvent, c'est donc sa dernière note - feekabossee livrait ses réflexions sur la fidélité prédatrice. Je t'invite à lire son papier, mais aussi certaines des réponses laissées en commentaire. Où l'on découvre que la fidélité se définit souvent par défaut, et que l'infidélité en amitié est souvent la plus blessante.

Moi, je suis fidèle. Fidèle en amour. Fidèle en amitié, quoi que parfois négligent. Fidèle en valeurs et en engagement, même au delà des doutes. Fidèle en adultère. Fidèle en fautes et en chagrins. Fidèle à moi-même, indifférent aux leçons de la vie. Je m'accroche aux mêmes yeux, aux mêmes mains, aux mêmes soupirs consentants. Fidèle à mes héros imaginaires, à leurs apitoiements ingrats, je m'avilie dans les mêmes humiliations, et me désespère des mêmes égoïsmes.

Fidèle à ma mémoire, à mes symboles, à mes travers. Comme l'ombre de moi-même.

Fidèle à mes fardeaux. Je me défonce à la même came de l'inutilité amoureuse, me relève des mêmes KO, m'épuise dans les mêmes rêves.

Et si je meurs un jour, ne cherchez pas docteur, ce sera de fidélité !

17 novembre 2009

l'après-midi d'un faune

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Le Rainbow Symphony Orchestra a atteint une sorte de maturité. Musicalement, s'entend. Il donnait deux concerts le week-end dernier, à l'Oratoire du Louvre, et nous nous y sommes retrouvés ce dimanche, en famille et avec quelques amis, grâce à l'invitation de notre violoncelliste préféré (suivez mon regard).

Les églises ne sont pas des enceintes spécialement adaptées à l'acoustique symphonique. Aux chœurs, elles sont des caisses de résonance exceptionnelles, ainsi qu'à certaines emphases, mais les instruments ont tôt fait de se confondre les uns avec les autres, et les instrumentistes de ne plus s'entendre les uns les autres. Il faut donc reconnaître la performance de l'orchestration.

Suivant le RSO depuis bientôt deux ans, je dois dire que j'ai perçu une symbiose nouvelle entre le chef et ses musiciens, une maîtrise mieux accomplie, et si parfois l'on aimerait que les violons soient plus puissants, plus enveloppants, il y a dans l'ensemble une justesse de jeu tout à fait réjouissante.

nijinski.jpgLe Prélude à l'après-midi d'un faune ouvrait le programme, suivi de la création d'une œuvre inédite de Diana Cotoman, Les Tableaux, une sorte d'hommage à des peinture de sa cousine Andreea Tincu, qui étaient judicieusement projetées durant le concert. Une composition dont on ne peut pas dire qu'elle soit excessivement contemporaine - je lui ai plutôt trouvé une filiation expressionniste - avec une belle et prenante montée en tension sur la deuxième moitié.

Après l'entracte, le RSO nous offrait rien moins que la 1ère Symphonie de Brahms (que je m'en vais écouter à nouveau ce soir au Théâtre des Champs-Elysées, par l'Ensemble orchestral de Paris cette fois - quand on aime, on ne compte pas). Et je dois dire qu'ils s'en sont plutôt très bien sortis ! Avec beaucoup d'application dans les deux premiers mouvements et un final enlevé.

Ma nièce, qui sait de quoi elle parle, avait apprécié le solo de flûte sur le Debussy, et a décelé quelques imperfections, qui m'ont totalement échappé, sur Brahms. Et puis Bougrenette, Bruno, son fils, Brigitte, tous peu habitués à la musique classique, y ont pris pas mal de plaisir, c'est du moins ce qu'ils en ont dit. Igor s'est à moitié endormi, et l'on ne sait si c'est sous l'effet de la musique ou du massage de la nuque dont je le gratifiais.

Une collègue, venue avec un ami, a apprécié cette après-midi, même si leurs enfants, qui n'avaient rien de faunes, après avoir fait craquer légèrement, par leurs babillages, leurs voisines de devant, ont finalement craqué eux-même au milieu du troisième mouvement de Brahms. C'est déjà méritant... Moi j'aime l'idée que la grande musique puisse être aussi populaire et familiale. Merci le RSO !

16 novembre 2009

et de deux !

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Deux ans, donc. 731 jours exactement, 553 billets, 331 commentateurs pour 5.171 commentaires (dont 1.332 réponses).

57 millions sept-cent trente mille octets à viser le réel et me jouer de son improbable reflet.

Ça nous fait un bon paquet d'états d'âme, d'amants, de coups de gueule. De larmes.

Deux printemps. Un été à la dérive, un été en réanimation. Un long entretien d'introspection. Une trilogie pour exorciser l'impossibilité amoureuse. Un miroir qui scintille toujours. Malgré tout. Des rendez-vous et des rencontres. Des belles. Des qui ont transformé, dans une large mesure, la physionomie de ma vie et son rythme. De la musique aussi, même à l'Opéra. Oui madame !

Au premier jour, je trouvais ma marraine. A une semaine je m'épatais. A deux semaines, je jubilais. Au premier mois, au pied du mur, je croyais la source tarie. Pour les six mois, je convoquais tout ce que la terre comptait de fanfares et de tambours. Pour mes un an, je reluquais déjà mes godasses, rappelé à l'humilité par un chagrin qui me rongeait comme un cancer.

Deux ans, donc. Deux ans de narcissisme débridé, d'exhibitionnisme total, de mise à nu sans retenue.

Deux ans à en raconter quarante, en faut-il davantage ? Y a-t-il encore des recoins de mon âme que je n'ai décortiqués devant toi ? Y a-t-il d'autres hésitations qui me taraudent. Devrais-je aborder ici ma peur de vieillir, l'anorexie de ma nièce, et son entrée, aujourd'hui-même, à l'hôpital ? Me faut-il redire mon kif pour la masturbation ? Celui pour l'eau, pour les eaux chaudes de Budapest, pour les eaux de piscine, pour les eaux libres des rivières et des montagnes ?

J'écris trop souvent, paraît-il. Trop long. Les séries découragent. La politique rebute les tendres. Le sexe est futile aux politiques. Je suis partout, je suis nulle part, entre deux mondes, entre deux eaux. Mais j'ai besoin de chier de cette copie et de t'en balancer chaque soir. La logorrhée m'est une thérapie bien plus sûre que celle qui me coûte 60 euros chaque semaine.

Alors je continue. A l'aveugle, mais en confiance. Je continue.

12 novembre 2009

un week-end très gay

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Ce billet n'est pas un acte de foi communautariste. Il se trouve que pour manifester leur différence et réclamer la fin des discriminations, pour pouvoir pratiquer une activité qu'ils affectionnent sans avoir à affronter le rejet, pour y prendre tout simplement du plaisir, des homosexuels, avec des hétérosexuels, se rassemblent sous une bannière multicolore.

Et en général, ce faisant, ce sont les droits de tous pour lesquels ils agissent.

Ce week-end, à Paris, il y en aura pour tous les goûts. Pour tous mes goûts.byourself-04.jpg

Samedi, se déroulera le match contre les discriminations au stade Charlety. Ce sera à 15h00

Malgré le refus du bebel Créteil de s'associer au Paris Foot Gay pour un match contre les discriminations ce club affrontera une équipe d'anciens pros, politiques et de people.

De nombreuses associations seront là : Culture Foot Solidaire, MRAP, LICRA, UEJF, AIDES, Sol-en-Si, FSGL, Nef des Fiertés, SOS Homophobie, Ni putes ni soumises, ACT UP Paris, France terre d’asile, Humanity in Action, Tjenbé Red, Inter LGBT, Groland, Fondation Abbé Pierre, Le MAG, Stars de Champagne, Racing Club de l’Alma, Foot Citoyen, Musifoot, etc.

L'initiative est parainée par France Bleu Ile-de-France. J'y serai, et si ça te dit qu'on s'y retrouve, fais-moi signe.

rectonov2009med.jpgPar ailleurs, et pour commencer sa nouvelle saison, le Rainbow Symphony Orchestra (RSO) se produira en concert samedi à 20h00 et dimanche à 15h30, au temple de l'Oratoire du Louvre, 145 rue Saint-Honoré, Paris 1er.

Au programme :
Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy
Tableaux de Diana Cotoman (Création)
1ère Symphonie de Brahms

Prix des places : 15 euros en prévente, 15,5 euros sur Ticketac, 19 euros sur place le jour du concert, 10 euros pour les chômeurs et les étudiants, avec justificatif. C'est gratuit pour les moins de 10 ans.

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Une exposition des tableaux ayant inspiré la compositrice se tient actuellement jusqu'au 21 novembre 2009 de 9h à 21h à la brasserie L’Oratoire, 143 rue Saint-Honoré, Paris 1er. Entrée libre.

En allant les écouter - pour moi ce sera dimanche, avec Bougrenette et son Bruno national - nous soutiendrons, paraît-il, les futurs projets du RSO.

J'aimerais aussi pouvoir t'y retrouver.

05 novembre 2009

mes sales rêves

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Sans plus trop savoir ce que je cherche à soigner, et même si je ne t'en ai plus parlé depuis longtemps, je poursuis mes séances hebdomadaires chez le psy. De toute façon, ça ou autre chose, je finis mes mois dans les ultimes recoins de mes découverts autorisés...

J'ai (presque) arrêté d'avoir peur des silences. J'ai (quasiment) réussi à ne plus préparer mentalement mes séances, à ne pas me laisser (complètement) envahir la tête par leur échéance. Il est (toutefois) un symptôme qui se manifeste à une ou deux nuits de chaque lundi : je fais des rêves, ou plutôt des cauchemars, dont je parviens à ne plus effacer les traces.

Une fois, je roulais dans un marais, à bord de ma toute nouvelle voiture, et bien que le temps fut clair, je me déportais sur ma gauche, et me précipitais irrémédiablement vers le bas côté, mon bras paralysé ne parvenant à redresser la trajectoire. Une autre fois, Paris devenait un musée géant à ciel ouvert, chaque fenêtre haussmanienne une toile de maître, et le bus dans lequel j'avais pris place pour une visite un bolide fou qui dévélait sans retenue les larges rues en pente, derrière le Panthéon je crois, et partit se perdre dans le vide abyssal de ma nuit.

La dernière fois, ce n'était pas vraiment un rêve, mais une séquence courte qui se répétait, lancinante, alors même que je n'étais pas en état de complet sommeil. Une femme enceinte se tenait debout, nue ou à moitié nue, j'en distinguais juste le buste et son gros, très gros ventre rond. Une main s'approchait de ce ventre, pas à proprement parler dans une position de caresse. Elle s'avançait par le haut, à la verticale, et les doigts, au contact de ce ventre, le pénétraient, un peu comme s'ils traversaient sa peau. Ou plutôt comme s'ils dissociaient le ventre de son buste et l'en écartaient à la façon d'une coque. Et la main s'enfonçait ainsi profondément dans ce corps. Puis mon image se focalisait sur le ventre, qui à ce moment-là se transformait en nez, ou plus précisément sous la paroi duquel un nez, un très gros nez s'agitait comme pour s'en libérer au point de se confondre avec lui. Tout cela se passait très vite évidemment, et se répétait deux ou trois fois avant que je réalise qu'il s'agissait d'images irréelles dont j'étais l'auteur et la proie. Je tenais mon rêve pour la séance à venir.

Alors sans vraiment me réveiller, une autre image venait me hanter : j'étais dans une pièce de petite taille, on aurait dit un moulin peut-être, ou un atelier, une sorte de réduit. Un incendie se déclenchait de l'intérieur et je cherchais à m'enfuir.

Le nez ? Je n'eus aucun mal à reconnaître qu'il s'agissait du mien : ce sacré nez que je ne supporte pas de croiser dans un miroir. Et le ventre, êtes-vous sûr qu'il ne s'agit pas non plus du vôtre ? J'ai évoqué les questions de parentalité qui sont venues me visiter à la faveur de rencontres familiales à mon retour du Brésil. Il a parlé de ma façon d'appréhender les autres, mes amants notamment, dans un rapport de maternement.

L'incendie ? On n'en a pas parlé, j'ai juste rappelé qu'en branchant mon ordinateur un soir à même son sac, l'idée de provoquer ainsi un incendie m'avait traversé l'esprit.

Reste à nous expliquer pourquoi il semble vous falloir y mettre la main...

Ce sera sans doute pour une prochaine séance.

03 novembre 2009

le roi des concertos

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Le "Roi des concertos". C'est par ces mots que France-Musique a introduit vendredi le concerto pour violon en ré majeur opus soixante et un de Beethoven, par l'Orchestre symphonique de la radio bavaroise. C'est l'enregistrement du concert auquel j'avais assisté le 10 octobre dernier au théâtre des Champs-Elysées. Il est en écoute ici pour encore quelques jours.

Tu n'y retrouveras probablement pas mes larmes. Mais sans doute percevras-tu, au delà de sa virtuosité, la musicalité du jeu de Midori Goto.midori.jpg

Moi, ça me fait plaisir de t'introduire encore une fois dans ce moment de pure intimité. Ferme les yeux et laisse-toi pénétrer.

02 novembre 2009

Belo, ses si chères longueurs

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Rentré de Belo Horizonte ce week-end, après un détour par Rouen pour les cinquante ans de ma cousine germaine, je te balance en vrac quelques ultimes impressions brésiliennes.

A Belo, les rues s'affranchissent du relief, pourtant encaissé. Elles forment un quadrillage qui ne connait pas d'écart. Une maille serrée est-ouest-nord-sud, et une maille large qui embrasse la première de grandes diagonales plus espacées. Relier un point à un autre relève ainsi des mathématiques appliquées. Mais les pentes laissent des traces parfois douloureuses dans les jambes. Et sur les moteurs de voiture.

Cette planification a évidemment échappé, sur sa périphérie, aux favelas, y compris les plus anciennes aujourd'hui "régularisées", dont l'organisation respecte la géomorphologie du sol. On y trouve parfois de petites criques sauvages à l'abandon, ou restaurées en jardins publics où l'eau et ses sources naturelles retrouvent leurs droits.

Jeudi, je suis allé nager dans un de ces clubs privés qui sont l'apanage des couches suprieures de la société, le Minas Tenis Clube. Probablement les plus chères minas tenis clube.jpglongueurs que je ne me sois jamais offertes. A trente euros l'invitation sur parrainage, et en donnant de ma personne, ça m'a fait 1 euro les cent-mètres. Les installations étaient impressionnantes, il est vrai. Dans un site indécelable de l'extérieur, presque dans le fond d'une fosse entourée de végétation tropicale, on comptait un bassin olympique extérieur de cinquante mètres, deux bassins découverts de vingt-cinq mètres, et deux autres au rez-de-chaussée d'un bâtiment où l'on trouvait aussi, selon les niveaux, des courts de tennis, de baskets, de volley, de squash, des agrès de musculation...

churrascaria-745146.JPGOutre les buffets "au poids", on est amateur de viande, au Brésil, et notamment de grillades. Les churascarria sont des restaurants populaires, on t'y propose toutes sortes de viandes, et tu peux même y choisir des assortiments à volonté. Les morceaux sont empalés sur de larges et longues épées médiévales, qui viennent défiler avec des morceaux fumant devant ton assiette. On y découpe une tranche ou deux, avant qu'une autre te soit apportée, puis une suivante dans un défilé qui te mène bien au delà de la satiété.

Il y a une marque de pains ou de biscottes qui s'appelle "Maricota". Un jour, une étudiante colombienne qui participait à notre séminaire s'est précipitée pour faire la photo d'un camion qui en arborait l'enseigne. Elle était tordue de rire. Si j'ai bien compris, ça veut dire "tantouze" dans son pays, en tout cas précisa-t-elle, "it is a very bad word". Merci pour elles.

Un jour, une belle femme gracile se tenait dans une rue juste devant nous, le visage délicatement maquillé. Elle portait un petit boléro fuchsia dont les bretelles soulignaient de fines épaules hâlées, où ondulaient de fins cheveux mi-longs selon les mouvements du corps ou sous l'effet du vent. Elle discutait et riait avec la femme, assez insignifiante, qui l'accompagnait. Elle portait la note du restaurant qu'elle s'apprêtait à régler entre son moignon gauche et son sein, et au bout de son moignon droit, à hauteur de coude, son sac à main noir dans un sky très mode, qu'elle relevait, posait, ouvrait, de gestes amples.

Je suis retourné le dernier soir au Sauna Specific, pour me changer de l'impression laissée par le sauna so british du Minas où j'étais allé faire mes longueurs. Il y avait du monde en fin de semaine, pas comme lundi dernier. Des hommes, serviette autour de la taille, jouaient aux cartes sous un vieux tube cathodique qui diffusait des images en couleur, et fumaient leur cigarette. D'autres les regardaient, debout à côté du bar, ou devisaient. Hola Oliver, me fit Pablo en me reconnaisant. L'ambiance était bon enfant. Derrière la porte juste derrière, sous les douches, d'autres encore se jaugeaient. J'y fus convoité et l'on m'y présenta des longueurs d'un autre genre. Et ça m'a flatté. Bruno était là, avec en me voyant un sourire heureux et innocent. Il m'a refait le coup du massage et je n'ai pas su lui dire non.

Petit mémo pour ceux qui s'apprêtent à partir au Brésil : si ton vol n'est pas direct, évite d'acheter de la cachaça dans les boutiques de l'aéroport : elles te seront confisquées lors de l'escale de Lisbonne - rapport aux normes de sécurité aérienne...! - et elle prend alors un goût plus amer.

20 octobre 2009

la diva et la midinette

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C'était un de ces derniers samedis, en soirée, au théâtre des Champs-Elysées. C'est la première fois, je crois, que j'allais assister à un concert classique non en raison du programme musical, mais pour aller écouter un soliste d'exception : en l'occurrence une soliste, une étoile, une virtuose du violon, une des rares "enfants prodiges", qui après avoir enregistré l'intégrale de Paganini dès l'âge de 18 ans sut prendre le virage et réussir une vraie carrière : Midori.

Il s'agissait du Concerto pour Violon et orchestre de Beethoven. Une œuvre à âme. J'y étais avec l'ami violoncelliste qui émaille ma vie et ce blog depuis déjà deux ans, sur tous les registres et dans toutes les gammes. Nous évoluons ces temps-ci, comment dire, sur le mode allegro ma non troppo, et ma foi nos partitions désormais affranchies s'accommodent mieux l'une de l'autre et ont su trouver une nouvelle forme d'harmonie.

Nous avions une loge sur la dernière galerie, tout près du plafond. La vue était plongeante, mais l'acoustique excellente. Avec une paire de jumelles d'opéra, qui passaient de l'un à l'autre, nous avions une vue claire sur l'orchestre, le chef, et la diva.

C'est peu dire que l'interprétation fut magistrale. Le son délicat de Midori imprima vite sa marque à l'orchestre, une prise de pouvoir par la grâce, au vrai, car il n'y avait ni effet de manche, ni excès dans son jeu. Au contraire, des ralentissements et des suspensions, des étirements, des accélérations contenues... Elle était vêtue d'une robe à fleurs bleutée, les cheveux noirs tirés en arrière. Elle avançait tantôt vers le chef, tantôt se retournait vers le premier violon. Le son qu'elle tirait de son violon était précis, juste, mais surtout il était charnel et dégageait une intensité indescriptible. L'orchestre de la Radio bavaroise était en symbiose, au service de son jeu, en attente de ses signes, elle était dans un dialogue.

Elle se penchait, se tordait autour de son instrument pour aller chercher une attaque suraigüe imperceptible, faisant un ou deux pas pour accompagner sa torsion. A la fin du premier mouvement, j'étais tétanisé. Quand elle commença le deuxième, je ne la quittais plus des yeux. Avec les jumelles, j'observais aussi le mouvement de ses sourcils, c'est elle qui, de simples clignements, dirigeait l'orchestre. Son jeu était parfait, mais cela m'embarrasse de le dire, car la perfection est un terme froid. Elle était au delà de la perfection, elle allait chercher le meilleur du chef, le meilleur des autres instrumentistes, elle touchait. Et soudain, je m'aperçus qu'elle avait atteint chez moi un point sensible qui comprimait ma poitrine. Je ne l'écoutais plus de la même façon. J'étais captivé. Ou plutôt, elle m'avait capturé, et de cette cage d'harmonie et de grâce, je ne pouvais plus sortir. De premières larmes se mirent à perler dans mes yeux, à s'écouler. Le violon s'élevait, s'apaisait, il déchirait la salle, les corps et les cœurs, mais ma poitrine ne se relâchait pas de l'emprise, et je fus gagné par des spasmes que je ne pouvais pas réprimer. En fait, je pleurais. Je pleurais vraiment, comme un gosse. Peut-être parce que je vivais un moment d'exception, dont je sentais qu'il était unique, un moment que j'entendais s'éloigner alors même que je le vivais. Peut-être parce que la discussion eue la veille avec Joël dans la queue de l'Opéra, où il avait évoqué pareil état où le mit un jour un concert baroque, m'avait inconsciemment autorisé à ne rien réprimer de cette condition au moment où je la sentais poindre.

J'aurais voulu te faire écouter un extrait de ce concerto ici, mais Midori n'a jamais enregistré ce Beethoven. Par contre, France-Musique diffusera ce concert le vendredi 30 octobre, à 16h. Je serai malheureusement en déplacement professionnel, mais si tu avais l'opportunité de l'entendre, peut-être comprendrais-tu ce qui m'est alors arrivé.

Je te laisse par contre prendre ci-dessous un aperçu de son talent, grâce à YouTube, dans le second mouvement du concerto de Tchaïkovski en ré majeur. Et toi, la musique t'a-t-elle déjà ému(e) à ce point ?

17 octobre 2009

rebond foot : vers un épilogue coloré

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L'Islam n'est donc pas une homophobie, et l'homosexualité pas une islamophobie. L'affaire que j'évoquais là, et qui fit le buzz toute la semaine passée, va donc connaître un bel épilogue.

Certains s'étaient délectés, derrière de fausses outrances, de la guéguerre entre un club de foot "musulman" de Créteil et le Paris foot gay, le premier ayant refusé de jouer un match contre le second en raison d'incompatibilités fondées sur de prétendues convictions religieuses.

La rencontre devait se dérouler dans le cadre de la coupe organisée par la commission foot-loisir de la fédération française de football. Mais tandis que les médias s'emparaient de l'affaire, stigmatisant à juste titre l'homophobie latente qu'elle révélait, et alors que la fédération décidait logiquement d'exclure de Créteil Bébel de la compétition "pour refus de jeu fondé sur un motif discriminatoire", un dialogue inattendu se nouait en coulisse.

Les membres du Créteil Bébel, "juste une bande de potes qui ont décidé, pour leur loisir après le boulot, de jouer au foot", selon leur avocate, dépassés par le vent médiatique, ont expliqué qu'en fait ce n'est pas jouer contre des homos qui les avait embarrassés, mais qu'ils n'avaient pas compris comment une équipe de foot pouvait "être un étendard pour une orientation sexuelle". Le Paris Foot Gay expliquait de son côté qu'il se trouvait gêné - parce que son combat vise toutes les discriminations - que cette affaire vienne stigmatiser des jeunes de banlieue qui n'en ont vraiment pas besoin.

Bref, ils se sont parlé, et ont décidé de dépasser ce qui relevait de l'ignorance et de la maladresse - comme hélas souvent - plus que de l'homophobie, et ils vont même jouer.

dhorasso_pfg.jpgLes deux clubs vont donc se retrouver dans un match de football. Mieux, ils ne vont pas jouer l'un contre l'autre, mais ils vont jouer ensemble, au stade Charletty, contre une équipe de gala constitutée entre autres, excusez du peu, de Dhorasso et Thuram. Ce sera le 14 novembre prochain.

Face aux dérives communautaires, on peut toujours attiser la haine, stigmatiser, figer les positions, envenimer les choses, et se complaire dans une position qu'on croit supérieure pour installer le communautarisme. Ou bien on peut être pédagogique, travailler au dialogue, et aider à dépasser les incompréhensions. Faire reculer l'ignorance. Je suis plutôt heureux de cette issue-là.

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