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10 décembre 2008

Matthieu, la Passion et la chemise bleue

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Le week-end dernier a été chargé en émotions musicales et sensorielles.

Je meurs d'envie, évidemment, de te dire tout ce qui a parcouru ma poitrine pendant le concert des deux orchestres dimanche, à l'espace des Blancs-manteaux. Mon trouble tenait à la fois de la musique et de ses musiciens multicolores, français et britanniques, de la petite tâche bleue au milieu d'eux, de son jeu besogneux et sensible. Mais j'aurais trop peur de trahir quelque sentiment turbulent, alors je ne t'en dirai qu'une chose : parmi les découvertes que je fis durant ce concert, il y eut Hamish MacCunn, un compositeur anglais de la fin du 19ème, début du 20ème siècle. L'Ouverture de The Land of the Mountain and Flood, dirigé par John Dawkins, le chef du Rainbow Symphony Orchestra, m'a touché.

Je regrette de n'avoir pas trouvé le moyen de te la faire écouter, parce que je suis sûr que tu aurais apprécié l'impressionnisme de cette musique, la campagne verdoyante baignée de brumes, les vallons, des flûtes qui font surgir des sources ou des fontaines, un gibier qui gambade, un cor au loin qui te rappelle une scène de chasse. Le tout habilement exécuté. Bien sûr, forcément, de la fierté a palpité dans la chemise bleue, et ailleurs. A juste titre. Olivier Autissier rend compte du concert de la veille, je partage ses impressions.

Mais je vais surtout te parler de Pitié ! Moins de risques d'indiscrétions. On est pourtant dans l'introspection totale.

Je suis un fan de Bach. C'est comme ça. La conviction, formée un matin en écoutant le Magnificat, et depuis toujours, toujours, toujours renouvelée, qu'il est le meilleur. De tous et de tous les temps. Et il se trouve que j'ai un faible tout particulier pour ses Passions. Plus précisément pour Saint-Matthieu.

Alors quand un jour d'octobre j'entendais qu'un certain Alain Platel avait mis en scène un spectacle chorégraphique contemporain sur une partition de Fabrizio Cassol toute entière écrite à partir de la Passion selon Saint-Matthieu, je me suis pris de l'idée d'aller le voir coûte que coûte.

Manque de chance, quand il était programmé à Paris, je l'avais découvert trop tard, il restait donc l'Opéra de Lille en décembre. Il y était à l'affiche en fin de semaine dernière. Un prétexte idéal pour une virée avec et chez des amis.

Saint-Matthieu revisité par Fabrizio Cassol, ça donne un ensemble instrumental léger, deux-trois cordes, deux-trois vents, un accordéon, de la darbouka, et un son qui peut s'étirer et parler de fragilité, comme s'emballer sur des rythmes entraînants. Ce dépouillement te plonge au coeur de l'intime, et forcément t'atteints.

Les Ballets C de la B, quant à eux, explorent l'âme humaine en allant la chercher au plus près des corps, dans leurs recoins, dans chaque repli de la peau, dans la profondeur des entrailles. La vie s'habille et se déshabille selon son cycle rituel, et les corps s'attachent à expurger leurs insondables frustrations de soubresauts frénétiques.

Certains tableaux sont magnifiques, les corps sont plus que nus, ventres rentrés, aspirés jusqu'à ne laisser parfois que la peau sur les os. D'improbables radeaux de la Méduse, des monstres inconsistants formés de corps retournés, retroussés même, et des entre-chocs : les corps se cognent plus qu'ils ne se touchent, s'éprouvent toujours, comme pour aller chercher l'inapparent.

Les trois chanteurs sont pris par la danse, presque malgré eux, quand soudain le contre-ténor, Serge Kakudji, exécute un hip-hop inattendu.

Et ultime émotion, le soupir plusieurs fois répété de Magic Malik : je me suis longtemps interrogé sur la nature de ce son lancinant : une voix ? Une flûte ? Les deux, en fait, l'une prolongeant l'autre sans à coup, fin, tendre, et tout simplement magistral. La Pitié !

04 décembre 2008

you love music, don't you ?

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Evénement musical à Paris ce week-end. Pour célébrer on ne sait pas trop quoi, d'ailleurs, mais peu importe, le Rainbow Symphony Orchestra accueille le Gay and Lesbian Symphony Orchestra de Londres pour un concert exceptionnel.

Ca se passera à l'Espace des Blancs manteaux, 48 rue Vieille du Temple, dans le quartier du Marais à Paris (excusez ce trait parisianiste, il se passe plein de belles choses en Province aussi, on est d'accord).

Au programme :

Boléro de Maurice Ravel

Les planètes - Mars et Jupiter de Gustav Holst

Suites de Carmen (extraits) de Georges Bizet

The Land of the Mountain and the Flood d'Hamish MacCunn

London Suite de Coates

Un américain à Paris de Gershwin

Ce programme, donné à Londres le week-end dernier, et qui a remporté un vif succès, sera donné deux fois :

le samedi 6 décembre à 20h 00,

et le dimanche 7 décembre à 15h 30.

Moi j'y serai dimanche. Normal, je suis dans le fan-club. Mais il n'y aura pas que moi. Quelques indiscrétions laissent penser que la p'tite Fiso, le puce Bougrenette, le terrific Igor, un charmant blondinet connu pour sa nuque soyeuse, notre grand gentil patriarche à tous qu'on aime, et j'en passe, seront de la partie. Sans parler de la pub qu'on leur a faite à Paris-Carnet !

L'entrée est à 15 euros pour un pré-achat (aller sur le site internet du Rainbow Symphony Orchestra : www.rso.asso.fr - je ne mets pas le lien, c'est compliqué à expliquer, mais t'as qu'à faire du copier-coller), ou de 19 euros sur place. A la Fnac pour les abonnés, c'est à 17,20 euros, va savoir pourquoi...

Si tout le monde ne vire pas gay, simplement par goût pour la musique, c'est à n'y rien comprendre.

09 juin 2008

mon violoncelle couleur lilas

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Il était beau, mon Saiichi, dans ses souliers cirés, son pantalon noir cintré, et son ample chemise lila. C'est la première fois que je voyais un orchestre symphonique tout en couleur. Il y avait des tâches vert clair, des pointes rouges, quelques touches jaunes, de grandes envolées orangées... Et dans le choeur de ce temple protestant du 8ème arrondissement, se déployait ainsi le Rainbow Symphony orchestra, dans une joyeuse proximité avec le public, venu nombreux écouter un répertoire de haut niveau.

Le concert était placé sous le signe du chiffre 5, car il s'agissait de célébrer le 5ème anniversaire de cette formation. La 5ème marche de d'Elgar (Pump and Circumstances), la 5ème symphonie de Beethoven (tu sais, le fameux pom pom pom pom !...), et puis après l'entracte la 5ème Symphonie d'un compositeur du 20ème siècle, plus obscure, le Finlandais Sibelius.

Igor et moi avions retrouvé Yohan en ville quelques minutes avant le début du concert. Fiso, occupée dans l'après midi par quelque programme d'agrément nous rejoint toute ébouriffée à 20h 10, pile poil sur la toute première note d'Elgar. Ouf ! Avant le début, j'arpentais les bancs et les allées à la recherche d'Olivier Autissier et son copain Jean-Michel, que je ne connaissais que de photos, mais qui avaient annoncé leur venue par blog interposé. Nous nous trouvâmes finalement à l'entracte, mais il fallut que je fasse preuve d'un peu d'extravagance dans mes recherches, pour me faire repérer.

Franchement, j'ai été bluffé. C'est un orchestre amateur, mais ils ont assuré. Et puis, pour la musique en général, mais pour le classique en particulier, rien de tel que le live pour vraiment en profiter.

Par exemple, là, je t'ai mis en écoute la 5ème symphonie de Sibelius. Ce n'est pas une partition facile. D'abord, contrairement à Beethoven, ce n'est pas une chose mille fois entendue. Et puis c'est une musique du siècle dernier, les mélodies ne te sont pas données sur un plateau d'argent, elles se mettent en place progressivement, elles se détachent lentement d'une zone trouble, comme d'un brouillard épais, qui se dissipe peu à peu, tu es d'abord comme englué, tu te sens opaque, légèrement instable. D'ailleurs, ce ne sont pas les violons ni les violoncelles qui font la mélodie. Les cordes forment cette espèce de basse vibrante, comme en bruit de fond. Ce sont les cors, puis les flûtes et tous les vents qui en apportent les premiers éléments. Et puis une amplitude se met en place, tu ne t'en rends presque pas compte, mais elise_jb.jpgtu te mets à distinguer des couleurs, des reliefs, ici et là des sonorités cristallines et légères.

Moi personnellement, il me faut plusieurs écoutes pour comprendre, percevoir, et aimer. Mais dans la salle de concert, tu les vois à la manoeuvre, tu observes les archets vibrer, vibrionner de mouvements courts ou larges, tu admets plus vite ce qui se passe, l'intention du compositeur et des interprètes, le sens, et finalement la puissance esthétique de la chose. La gestuelle du chef, la distribution des instruments dans l'espace te sont comme un guide qui t'aide à accéder à cette beauté rude.

A la fin du concert, on leur a fait un triomphe, j'ai comme d'habitude crié quelques "bravo", de ceux qui font toujours honte à mon homme, mais moi j'étais fier de mon Saiichi. Malgré son dos, malgré ses papiers, malgré toutes les épreuves, il est allé au bout de ce projet-là, aussi.