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31 juillet 2009

le vrai tramway nommé désir (1) le "quatre-six"

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La Hongrie suit donc, tant bien que mal, notre modèle de développement : la voiture comme emblème de réussite, version 4x4 pour les nouveaux riches, de grands centres commerciaux aseptisés, des plateformes logistiques à la périphérie des grandes villes qui grignotent les campagnes, une flambée de l'immobilier qui chasse les pauvres des centres urbains... Quand il y a onze ans, les premiers hypermarchés "à la française" faisaient leur apparition, Auchan en tête, et que je mettais Igor en garde contre certaines conséquences prévisibles de cette forme de modernité, il réagissait assez violemment, comme si je voulais les priver, eux, les Hongrois, de ce que nous avions nous à disposition depuis des décennies...

Dieu merci, le petit commerce du centre ville n'est pas encore totalement asphyxié, même s'il est affaibli, peut-être parce que la population est trop vieillissante pour renoncer à ses habitudes et à la proximité. Mais le trafic automobile s'est accru de façon spectaculaire, les bouchons engorgent la ville, et les alentours de Budapest n'ont plus grand chose de campagnard.

Nous, pour faire place nette à la voiture, nous avions été jusqu'à sacrifier nos réseaux de tramways. Et c'est à grand prix que nous essayons d'en rebâtir les infrastructures aujourd'hui. Dieu merci, leur développement à la libéral arrive suffisamment tard pour qu'ils n'aient pas eu le loisir de commettre cette erreur-là.

Le réseau ferré en ville, dense, aux inter-connections bien pensées, agencé habilement à la voirie, sont une partie de l'âme de Budapest. On croise ainsi, ou l'on emprunte, au gré de ses ballades, de vieux Tram en acier couleur jaune Habsburg, un peu bruyants mais toujours efficaces. Ou des engins de nouvelle génération, de même couleur mais qui glissent en silence le long des artères urbaines. Avec les bus ou les trolleys, ils jouissent d'une fréquence de passage élevée, si bien que l'on attend rarement longtemps. Moi qui, banlieusard de vie et de travail, ne peux jamais me passer de ma voiture, je profite ici avec délectation de cette liberté de mouvement - sur rails.

kobino.jpgParmi les lignes les plus importantes, il y a celle qui emprunte ce que l'on pourrait appeler les grands boulevards. La ligne 4-6. Elle vient d'être refaite à neuf, Siemens en a emporté le marché, et les quais ont été rehaussés, si bien qu'on y accède sans marche. C'est probablement la ligne stratégiquement la plus importante, celle qui contourne le centre ville sans jamais s'en éloigner, et qui dessert ainsi tous les axes importants de la capitale, toud les lieux de plaisir, aussi, des plus sages aux plus fous.

Budapest est construite selon un axe Nord-Sud, autour du Danube. Sur une carte, c'est un trait vertical à peine dansant (clique sur le schéma ci-dessous, ça te paraitra plus clair - ou bien rends-toi sur cette vue satellitaire).

A gauche, donc à l'ouest, Buda et ses collines, le siège de la ville médiévale, avec le château qui domine. A droite, donc à l'est, la ville moderne d'époque presque haussmanienne, Pest, et le début de la puszta, la grande steppe hongroise. Au centre de la ville, le Pont des chaînes, le premier à avoir relié les deux rives, les deux villes, au milieu du 19è siècle, à qui l'on doit sans doute l'âge d'or de la Hongrie.map4-6.jpg

Côté Pest, le demi cercle du tram est presque parfaitement circulaire. Côté Buda, du fait du relief escarpé, le tour n'est pas bouclé, et il y a deux terminaisons possibles, d'où les deux numéros attribués, le 4 et le 6. Bien que pour la grande majorité des gens, il s'agisse d'une seule et même ligne.

Deux terminaisons, comme les deux options qui te sont toujours offertes. Buda ou Pest, l'antique ou l'authentique, le surfait ou le léger, nager ou draguer, la musique ou le verre à boire, tirer ton coup ou tomber amoureux...

Prends ton ticket, je commente la visite demain...

(la suite du voyage)

30 juillet 2009

des vacances ouatées

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Lorsque j'étais en Syrie, au début des années 90, j'avais une amie, Sylvie, qui comme moi étudiait l'arabe, et j'avais observé que la plupart du temps elle ne portait pas ses lunettes. Même lorsque nous partions pour de longues virées exploratoires, dans la vieille ville de Damas ou dans ses alentours. Un jour, elle m'avait expliqué qu'elle aimait bien cette sensation de flou, et qu'au fond, elle était parfois plus à l'aise dans l'impression qu'elle avait des choses, que dans les choses elles-mêmes. Ça la protégeait, notamment de l'intrusion de certains regards. C'était aussi une façon d'exprimer que dans sa version dépolie, on pouvait encore trouver le monde beau. J'étais intrigué, moi qui avais toujours besoin de m'accrocher à des détails pour accéder à la certitude des faits et des situations.

J'éprouve aujourd'hui le bien être que peut inspirer une certaine imprécision.

Nous passons avec Igor de longues séquences - des soirées, des journées - chez des amis ou dans la famille. Ces épisodes de retrouvailles donnent toujours lieu à beaucoup de paroles, d'échanges, de rires. Ce sont des atmosphères chaleureuses, et je m'y plais - ça n'a pas toujours été le cas, il fut un temps où je m'y ennuyais. Je ressens la chaleur ambiante, une gentillesse particulière à mon égard tout autant qu'à celui d'Igor. Je fais beaucoup d'effort pour rester dans les conversations, je donne le change, avec parfois quelques clauses de style qui font illusion. Même si mes rudiments demeurent excessivement superficiels, on me complimente sur mon hongrois. On vient me raconter des anecdotes. Je ne comprends pas tout. Parfois, je ne comprends même presque rien, mais j'opine, je souris, je relance d'un simple mot, je me sens bien dans ces ambiances sans enjeu. Quand les conversations s'emballent, je m'autorise à décrocher en attendant qu'une parole vienne me repêcher. Je ne perds jamais totalement le nord, mais je n'accède qu'à ses contours approximatifs. Les détails les plus piquants, signifiants ou insignifiants, m'échappent, et mon imagination comble les vides. Ou bien s'en va ailleurs.

Finalement, je perçois les choses comme mon amie sans ses lunettes. Et c'est vrai que, paradoxalement, cette ouate m'est rassurante.

Hier près du Lac Velence, à une quarantaine de kilomètres de Budapest, nous avons passé une de ces journées simples dans un milieu familial et familier. Les deux garçons, que j'avais connus à 2 et 5 ans en ont aujourd'hui 14 et 17.  Nous nous sommes vus presque chaque été durant toutes ces années. Ils s'éclatent dans le petit cottage de leur mère, dépourvu de chauffe-eau et de confort, participent à la vie de la cabane, sont heureux d'y recevoir des invités. Ils nous aiment bien. Leur mère, prof d'anglais, qui les a élevés seule, gagne 390 euros par mois. Elle n'est jamais sûre d'une année sur l'autre que son contrat sera renouvelé, et à 50 ans passés, cette épée de Damocles pèse lourd. Elle reçoit aussi une petite pension alimentaire, qui varie selon la situation professionnelle du père des enfants. Il y a trois ans, le grand avait pu partir en séjour linguistique en Angleterre, et de fait, s'il n'y a pas appris grand chose, il a pris goût à l'anglais et s'y essaye avec malice. Le petit, qui a le même âge cette année, n'a lui pas pu partir. Plus d'argent. Plus d'argent non plus pour le ciné en famille, ou pour la piscine. Alors on se rabat sur le lac, bien contents encore d'y avoir un petit pied à terre - ultime héritage d'une époque où d'une certaine façon le travail se trouvait gratifié.

Ces enfants respiraient la joie de vivre. Une table de ping-pong, que je leur ai toujours connue, un panneau de basket, un portique, un braséro pour la goulash, un bidon suspendu pour chauffer l'eau au soleil... voilà qui leur fournit de quoi s'occuper durant leurs semaines de vacances là.

C'était un bonheur de s'immerger pour une petite tranche de vie dans le flou de cette ébullition tranquille, avec des ados déconnectés de MSN et même pas frustrés, une femme vaillante qui jongle avec des bouts de ficelle et s'en amuse, et des hôtes de passage qui n'exigent rien.

[Pour mémoire, l'autre et l'esprit de la fête, le même flou mais vu de l'extérieur...]

27 juillet 2009

égalité hommes-femmes (2) version hongroise

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Il y a plusieurs façons d'évoquer l'égalité hommes-femmes. Ou de l'invoquer. Ici, c'était pour parler de moi, j'en ai la fâcheuse manie.

Mais il y a aussi cela : en Hongrie, les hommes et les femmes sont égaux. Ils sont égaux en beauté, et c'est un amateur d'hommes qui te le dit, autant dire que les filles sont vraiment très très belles pour que cela me soit d'une telle évidence.

Ils sont égaux en libertinage : si j'en crois les ami(e)s que nous fréquentons, les infidélités, les divorces, les familles qui se décomposent et se recomposent, l'expérimentation sentimentale... sont autant du fait des femmes que des hommes. Et ce n'est rien que de le dire. Nous n'y avons pas de couple stable appartenant à notre génération.

Ils sont égaux dans le no-future. Dans la confusion du sens, dans l'obscurité politique, dans les intuitions racistes...

Budapest déc 2004 Tramway devant la Gare de l'Ouest.jpgEt puis ils sont à égalité parfaite dans les transports publics. Il y a dans les bus, les tram et le métro une tradition d'annonce vocale des stations desservies. Eh bien dans les tramways de nouvelle génération et dans certains bus où ces annonces ont été pré-enregistrées, ce sont alternativement des voix d'hommes et de femmes qui égrainent le nom des stations.

Et personne ne pourra dire que les hommes exercent un abus de pouvoir ou que les femmes sont cantonnées dans des fonctions d'hôtesses ! Ou quand les sociétés publiques veulent donner l'exemple par le plus superficiel... On appelle ça la communication, non ?

25 juillet 2009

Budapest et ma libido, toute une histoire

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Je ne vais pas te la faire façon carte postale. Ou alors de ces cartes hyper-kitch, où des hommes - gros plan sur leur maillot de bain bien renflé - se la pètent grave, bronzés de la tête aux pieds, reluquant de la meuf en string. Parce que tu vas voir, je ne commence pas mon récit de vacances par de la poésie.

Donc, premières observations de Budapest. En fait, essentiellement cinq.

1/ Il fait sensiblement plus chaud qu'à Paris. On y fleurte avec les 31-32 degrés, mais cette chaleur est sèche et n'assomme pas. La canicule s'est échappée avant mon arrivée, il faisait mercredi et jeudi plus de 38 degrés.

2/ On drague toujours à Palatinus. Malgré une affluence familiale nombreuse et expansive, des jeux aquatiques dans tous les sens, il se trouve, sur une terrasse naturiste réservée aux hommes, et dans l'obscurité du bloc de douche du premier étage, à gauche de la coursive, juste face aux escaliers qui montent à cette terrasse, des traditions de repérage et de premiers contacts, de masturbations discrètes. Il faut y être vigilant car un innocent peut toujours y débarquer par hasard, mais chacun y met du sien et il y a rarement d'incident. Des choses intéressantes s'y passent toujours, donc. Ça n'a pas changé.

3/ Mon sex appeal fonctionne encore. Dès mon entrée dans ce mâtodrôme, il s'est trouvé plusieurs individus pour se laisser magnétiser, s'approcher de  moi et m'offrir leurs vertus - légères, leurs vertus. Ca  me rassure. Qu'est ce que ce sera après trois semaine de nage intensive, de repos et de bronzage !...

4/ Ma  libido donne des signes évident de reprise : impatience à aller retrouver ces lieux, belles érections sous ces regards avides. Mais difficulté à me laisser aller dans un rapport prolongé. Était-ce la glauquitude de cette cabine de toilette, l'incongruité du bonhomme, qui m'avoua être transformiste en boîtes de nuit, ou les pensées qui, encore, me ramenaient à lui ? Toujours est-il que j'ai perdu mes moyens, et à mi-parcours, c'est pas cool. J'ai du travail pendant mon stage pour retrouver tout mon relâchement...

5/ Démis Roussos est mort, mais il chante encore. Tu imaginais, toi, qu'il donnait encore des concerts ? Eh bien il en donne. A Budapest, en demis-roussos.jpgtout cas. Il s'affiche partout. C'est donc à l'Est que la vie continue, j'ai bien fait d'y venir.

6/ Ah ! et puis une dernière observation : figure-toi qu'il y a une connexion WIFI depuis notre appartement. Gratuite. Sur un réseau non identifié. Un piège ? Ça a été ma première réaction. Mais au fond, non. J'avais pris plaisir, durant l'été 2007, stimulé par l'échange qui était en train de se construire avec Wajdi, à écrire et à écrire encore, à raconter. Des bribes de vie, des rencontres, des sensations sexuelles, ou sensuelles, des souvenirs. Je n'avais alors qu'un Internet café à ma disposition, mais cette expérience m'avait stimulé au plus haut point, et ce qui en est né a enrichi ma vie. Internet à la maison, c'est la même chose avec le confort en plus. Et puis maintenant, j'ai un blog pour balancer tout ça, sans usurper l'espace d'un autre. Et pour ce que devient le blog de WajDi !... Alors oui, les vacances, ce ne sera peut-être pas l'arrêt du blog, mais au contraire le temps du blog. Écrire, en profitant d'avoir du temps pour le faire. Au lieu d'écrire en courant, entre deux obligations, ou sorties, haletant, en y laissant une partie de mes nuits. Le confort, je te dis ! Et puis qui sait si je ne te raconterais pas un jour ma nuit avec Demis Roussos.

Allez, sois fidèle au rendez-vous pour pas manquer ça...! Bons baisers de Hongrie.

19 juillet 2009

le premier homme qui me marcha sur la lune

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C'était à la fin du printemps 1996. Je vivais à Budapest depuis plus de six mois. Je voyais chaque matin sous les douches de la piscine Alfred Hàjos de jeunes hommes nus, insouciants de leur jeunesse et de leur beauté. Mais tout autant que je prenais conscience de l'irrévocabilité de mon homosexualité, j'avais l'impression que chaque regard me trahissait, ou que ces jeunes n'étaient que des fabriques à fantasmes, inaccessibles et irréels. J'enviais simplement leur jovialité et le naturel avec lequel ils portaient leur nudité. Une ou deux fois par semaine, brutos10415.jpgsouvent le week-end, je commençais à explorer les bains thermaux, et je voyais alors d'autres nudités, plus équivoques. Les volutes de vapeur me faisaient disparaitre et j'y craignais moins d'exister au milieu d'elles.

Et puis une fois, c'était dans le bain de l'hôtel Gellert, il était arrivé qu'un homme s'approchât de moi, m'y caressât la jambe du dos de la main et tout en me parlant m'y empoignât le sexe. Il me dit en français - il était professeur d'université - qu'il avait bien de la chance qu'un jeune homme aussi beau que moi se laissât ainsi approcher. J'avais alors tenté à mon tour de lui toucher le sexe, mais ne rencontrant qu'une pièce molle cernée de poils longs, j'en avais ressenti du dégoût et le mis aussitôt à distance.

Il était néanmoins évident que le moment approchait où j'allais passer à la casserole, et j'en recherchais l'augure. Je découvrais aussi que les printemps à Budapest étaient inondés de soleil, que les gens aimaient alors à se dévêtir. L'Est s'avérait être autre chose que ce que je m'en était représenté depuis tout petit : il y régnait une douceur de vivre, des couleurs et des rythmes des plus agréables. A la fin du travail, je commençais à m'aventurer à la grande piscine familiale Palatinus. Je ne sais plus d'où je le tenais, d'un guide ou d'une observation plus personnelle, peut-être de ce malheureux professeur d'université, mais je savais qu'il y avait des terrasses naturistes non mixtes, et qu'on y faisait parfois des rencontres. Qu'était une rencontre, d'ailleurs, et si elle avait lieu, comment le savoir ? Et qu'en faire ? J'allais peut-être là-bas avoir des occasions de répondre à ces questions.

1-as (5).jpgJe ne sais plus bien dire si c'est à mon premier passage que la rencontre eut lieu. Ou s'il m'avait fallu y revenir plusieurs fois, car j'ai la faculté d'occulter les tentatives infructueuses. J'y étais allé plusieurs fois à de simples fins exploratoires, me semble-t-il, sans m'attarder, me sentant intrus ou me croyant observé. Toujours est-il que ce jour-là, de mai ou de juin 96, un samedi, autant que je m'en souvienne, sur la terrasse d'abord, puis sous la douche de façon plus explicite, un garçon m'observa et me fit comprendre que je lui plaisais. Lui n'était pas vraiment beau. Mais il était jeune. Il était un peu édenté, très brun, et je me souviens que je me demandais s'il n'était pas Gitan. Je l'ai même supposé être un prostitué, et durant tout ce qui allait suivre, jusqu'à son départ, ne connaissant ni les codes de la drague ni ceux du tapin, je m'imaginais qu'à la fin il allait me demander de le rétribuer de quelque chose.

Il s'appelait Csaba. Il était en vélo alors que j'étais venu en bus, il avait donc du suivre le bus pour me rejoindre chez moi, et cette insistance m'avait intrigué. Il avait l'air content de me suivre, et me fit comprendre que les Français étaient des amants de choix.

Autant que je m'en souvienne, je ne m'embarrassais pas de savoir si je serais à la hauteur ou non. J'avais juste besoin de vivre cette expérience. Et qu'importait qui il était au fond, et ce qui le motivait. Qu'importait son sourire un peu benêt. Pour la première fois, j'allais embrasser un homme avec frénésie, un homme frotterait son sexe contre le mien, m'arracherait les vêtements, je connaitrais mes premières pipes. Mon cœur battait fort, mais je ne donnais visiblement pas l'impression d'être novice. En entrant dans mon immeuble, j'eus l'impression que les voisins étaient tous à l'affut, et qu'ils préparaient déjà un rapport circonstancié à l'attention de l'organisation qui m'employait. Une fois chez moi, je les imaginais dans le couloir écoutant à ma porte chaque bruit que nous pourrions émettre. Mais finalement, dans l'action, j'évacuais ces sensations parasites, et me laissais aller à prodiguer des caresses et à en recevoir.

Je revois peu de choses de ces premiers pas sur ma lune. Un canapé vert bouteille, une lumière déclinante, un sexe tendu... Dans mon brutos5134.jpgsouvenir, je nous revois surtout debouts. Il n'y eut aucune pénétration, donc aucune capote, et je suis incapable de dire si ces instants durèrent un quart d'heure ou trois heures.

Cela reste en tout cas le premier sexe d'homme que j'eus jamais touché à part le mien et celui si inconsistant du professeur d'université. De ce jour-là, je sortis du scaphandre de mon innocence sexuelle, et commençai une aventure foisonnante sur le chemin des hommes.

Dès vendredi, je repars en pèlerinage à Budapest, en mode sex and sun, et ce n'est pas au Palatinus que j'escompte la moindre de mes rencontres, comme pour laisser à mon soleil du Levant le loisir de se faire couchant.

[Je racontais là, à l'ouverture de mon blog, tout ce qui bouillait en moi à l'époque de ce coming out]

04 janvier 2009

Zsolt, le diamant ébréché

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Comment parler de Zsolt ? Il te faut imaginer un corps de magazine. Un torse musculeux, pas un gramme de graisse sur les abdos, de magnifiques épaules tatouées encadrant un abdomen sec et soulignées d'un débardeur, enfilé ou ôté selon l'humeur. Une gueule ombragée, le cheveu clair et court, la lèvre supérieure fendue, dissimulée derrière un léger duvet, le regard amusé par l'alcool, un ceinturon de cuir noir autour du cou à la façon d'une cravate.

J'étais entré au Capella avec mon compagnon et mes amis un peu après minuit. C'était bondé. Normal, pour une nouvelle année. Tout y était transformé. Onze ans auparavant, lorsque j'y avais rencontré Igor, les espaces étaient agencés de façon assez classique, on passait d'un étage à l'autre, d'une pièce à l'autre, et l'on débouchait au terme d'un parcours un peu sinueux sur la piste de danse. La structure a été désossée, des morceaux de plafond ont été abattus pour laisser place à des coursives et des mezzanines, qui permettent de voir les performances d'un peu partout. Yo a dit qu'il aimait ce genre d'ambiance. La piste de danse est restée sous la légère voûte de l'ancienne chapelle.

L'ambiance est déjà de feu. Est-ce l'effet des bains ? De l'hiver ? De ce retour vers le passé ? Est-ce l'effet Brokeback Mountain ? Déjà devant la glace, au matin, je m'étais trouvé dix ans de moins. Et là, malgré ma chemise à carreau façon bûcheron, j'ai vu aux premiers déhanchements des regards insistants se poser sur moi. Et de beaux danseurs se poster face à moi. Dire que mon mec n'arrête pas de me dire que je danse comme une barrique !

J'avais en début de soirée l'inquiétude de savoir si Shinji, rencontré la veille au Kiraly, mon amant de substitution, d'illusion fugitive, nous rejoindrait. A ma première pause, assis près de l'escalier, je le vis arriver et j'en fus heureux.

Le temps de quelques enlacements, un petit spectacle commença, des travestis se succédèrent dans des play-back improbables, parmi lesquels une Gloria Gaynor en plumes de pan enflamma la salle avec un I will survive d'anthologie. A notre grande surprise, Shinji gagna le premier prix à la tombola organisée avec les tickets du vestiaire : pas une entrée gratuite pour la semaine suivante (ça, c'était le 3ème prix), ni la bouteille de champagne (c'était le 2ème), mais un magnifique gogo-boy, en chair et en os, dont il ne sut finalement que faire. Mais il ne s'est pas démonté devant la petite plaisanterie, et est monté fièrement sur l'estrade réceptionner son lot.

brutos8999.jpgC'est en commençant une troisième partie de nuit, dansant l'un en face de l'autre avec Shinji, nous touchant discrètement l'un l'autre, glissant parfois quelques bécots dans nos approches, que Zsolt entreprit de nous tester. Il s'avançait tantôt vers moi, tantôt vers Shinji. Il avait un mouvement un peu frénétique, sans doute moins que le mien, mais il y avait une vraie grâce dans ses gestes, probablement due au magnétisme de son torse.

J'ai le premier entrepris de poser ma main droite sur son pecto, m'assurant que Shinji n'y verrait rien à redire, voire qu'il trouverait cette intrusion amusante.

Il en rit, et se laissa aller à la formation de notre petite triplette. Une fois qu'il se fut assuré de notre complicité, Zsolt s'est engagé dans des mouvements plus explicites, se glissant entre nous, nous enlaçant par devant et par derrière de ses deux mains, et ondulant joyeusement dans un contact resserré.

J'ai fait déplacer notre groupe vers un recoin sombre, pour échapper au regard de mon compagnon et de mes amis, je crus comprendre à l'échange qu'il eut avec une jeune femme que Zsolt était Gitan, ce qui collait bien avec son côté gueule cassée. Ce n'est peut-être qu'un cliché.

Au fil des danses, nos mains se firent plus intrusives, nos sexes s'empoignaient, et Zsolt fut absolument radieux et tellurique lorsqu'il jouit dans son jeans, le sexe pris entre nos mains.

J'avais espéré en montant aux toilettes avec Shinji me nettoyer les avant-bras que les circonstances se prêteraient à un retour sur intimité, juste entre nous, mais l'état des lieux nous découragea à l'avance de toute impatience dans ce domaine.

Le joyau brut à la gueule ébréchée était apaisé lorsque nous le retrouvâmes un peu plus tard, il avait repris un ballet plus innocent, l'élastique du boxer dépassait à peine de son jeans, et son bas ventre restait terriblement excitant.

Le lendemain, Shinji me confirma qu'il avait trouvé fun cet épisode improvisé, ce petit piment de la nuit.

Décidément, même si je n'y passe qu'une fois tous les onze ans, ce Capella me réserve toujours de bonnes surprises.

Boldog új évet kívánok.

03 janvier 2009

Budapest pas à pas

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Ce qui est bien, quand tu emmènes tes amis en voyages, c'est que pour les récits de vacances, ils peuvent s'accomplir à ta place. Bon, Yo, pas trop, il préfère faire sa vie sur Facebook plutôt que sur les blogs, alors question récits, ça ne donne pas grand chose. Mais les photos ci-dessous, c'est à lui qu'on les doit, tout de même. Mon Igor ? Trop flemmard et trop sollicité, par sa famille, ses amis, quelques soirées de danse et des torses poilus...

Non, celle qui a vraiment assuré le coup, c'est Fiso. Elle nous a fait un vrai album souvenir. Si fidèle, si précis, qui donne tellement envie, que le mieux est que je t'y renvoie direct, des fois que tu n'y serais pas déjà passé :

DSC08482.JPGPour la mise en bouche panoramique, en commençant par le quartier du château et un bon bain en plein air au Széchényi, c'est ici.

Pour une vision resserrée des bains thermaux, grande spécialité hongroise, c'est là.DSC08513.JPG

En particulier les bains turcs, au cachet si unique. Où l'on découvre que les bains ne sont pas les seuls dans l'histoire : les danses aussi peuvent être turques.

Pour une approche plus anthropologique, elle te parle ici du rapport un peu compliqué des Hongrois à l'hygiène et à la santé, et là d'une petite après-midi familiale.

DSC08585.JPGEt puis elle n'a pas oublié la sortie au village serbe d'artistes, au charme si particulier : Szentendre. Ni la première journée de l'année, toute en teintes feutrées, à cause d'un délicat manteau de neige.

Et si tout le monde n'a pas compris que tout là-bas commence dans les bains et finit au resto...

Bon, moi demain, je vais te parler de Zsolt, ce petit piment de la nuit de la Saint-Sylvestre, dont la journée avait commencé au marché puis s'était déroulée comme ça.

02 janvier 2009

me chercher, te trouver, demeurer perdu

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Fêter le nouvel an à Budapest. Malgré quatre années de vie dans cette ville, ça ne m'étais arrivé qu'une fois. J'y avais rencontré l'homme avec qui je vis depuis onze ans.

Chaque visite à Budapest est l'occasion d'un retour sur moi. Plus encore cette fois parce que j'avais quelques tessons de ma vie à rassembler.

Je suis donc retourné vers des lieux connus, aimés, adorés, ceux d'un éternel pèlerinage, ceux où je devins moi et où chaque fois je me retrouve. Depuis dix ans, je n'y étais revenu qu'en été : mes retrouvailles ont d'habitude l'allure décolletée, les shorts y sont courts, les peaux hâlées, les eaux sautillantes et splachantes de rires d'enfants. Été après été, mes souvenirs hongrois étaient devenus de simples souvenirs de vacances.

Les sensations d'hiver m'ont replongé cette fois dans ce qui fut mon quotidien, souvent seul et l'esprit prêt aux découvertes.

Écoutant les regards de mes amis s'émerveiller des choses, des lieux, je me suis rendu compte que l'enchantement fonctionnait encore.

Je suis revenu au pied de mon immeuble, face à la cage d'escalier. A l'interphone, les quatre lettres "D.I.V.SZ" y sont encore. Ils n'ont donc pas vendu. Qui est-il, celui qui occupe ma place ? Un Grec ? Un Soudanais ? Un Indien ? Un Portugais ? Vit-il seul, en famille ? Derrière la fenêtre du balcon du premier, il n'y avait pas de lumière. Nous n'aurions pas été en période de fêtes, je n'aurais pas sonné non plus. Pas envie d'engager un dialogue avec ce passé-là, à cause de ce qu'il est devenu. Mais ce lieu... y emmener mes amis... à deux pas à peine de notre hôtel... et entre les deux, le Poco Loco, où je pris de si nombreux diners dans une déco pop'art aux dominantes orangées !

L'hôtel aussi, un vieux fantasme à moi que d'y être descendu. Il est attenant à la piscine sportive Komyadi. Ils forment à l'origine un même et unique établissement, le bâtiment néo-classique ayant retrouvé depuis peu sa fonction hôtelière. Longtemps je voyais avec envie les chambresDSC08421.JPG depuis une ligne d'eau, et pour la première fois je voyais les lignes depuis la porte de notre chambre. Nager à la descente du lit, retrouver sous les douches des corps beaux et moins beaux, jeunes et moins jeunes, tous invariablement nus, les plus jeunes et les plus sveltes naïvement ignorants du pouvoir de leur beauté acquise.

Quand la neige se mit à tomber le jour de l'an, je me suis revu traversant l'île Marguerite emmitouflé, le pas feutré dans la poudreuse fraîche, ou me dégageant de mes pelures en entrant dans un endroit chaud.

Mais pourtant. Où que je sois allé, c'est toi que je trouvais.

J'ai croisé Liszt, Kodaly, et bien-sûr Bartok, toute la musique hongroise que tu aimes dans le nom des lieux et des rues. Et Akiko Suwanai, que tu me fis découvrir, m'attendait à la une du Budapest Sun.

 

 

 

 

Dans les eaux chaudes du Szechenyi, au premier jour, embrassé de leurs volutes bleutées éclairées par la nuit, je ressentais ton dos se relaxer, relâcher l'étreinte sur ta colonne et illuminer ton sourire. Ils étaient tous là avec moi, nous étions ensemble sous le charme du lieu, mais c'est ton absence qui avait le plus de présence.

Dans les eaux du Gellért au deuxième jour, nouant autour de ma taille le cache-sexe en toile, je me voyais dans ton appartement, il y a un peu plus d'un an, quand pour nos premières retrouvailles tu réparais de ce même geste l'affront du premier jour. L'homme qui m'offrit son érection ce jour-là, et celui qui me rejoignit sous la douche recueillir mon sperme dans le creux de son cou, n'avaient aucun de tes charmes, mais je m'en remis à eux en hommage à ta ténacité.

Dans les eaux du Rudas au troisième jour, dans ces mêmes bains où nous nous connûmes, rien n'était changé. Je ne pris pas cette fois le risque de me faire surprendre derrière la vitre dépolie d'une cabine de douche. Le jeune Laszlo qui me masturba du regard, depuis la cabine en face, étonemment bronzé de la tête aux pieds, et qui mîma en riant un tir de révolver en me voyant jouir haut et abondant, avait une jeunesse que tu n'avais pas, un petit sourire fier souligné par un ras-du-cou en cuir, et échangeant avec lui de longues caresses à distance, je me souvenais que ce n'est pas d'abord ton corps qui me séduisit, mais plutôt ton crâne rasé, ton regard timide, l'exotisme de ton sexe et tes lèvres souriantes et charnelles.

manup.jpgAu quatrième jour, au Kiraly, je revenais au lieu de mes premières vraies rencontres et je te trouvais là à nouveau, presque pour de vrai, sous les traits d'un Shinji. Il n'y avait pas, semble-t-il cette fois, de touriste égaré, arrivé par mégarde, mal conseillé par son guide de voyage. L'affluence était uniformément gay, les contacts y allaient bon train. Shinji avait le cheveu dense, très noir, en brosse, l'œil plus noir que le tien mais étincelant malgré tout, le sourire craquant. Il est le premier, depuis toi, à m'avoir fait jouir de sa main, agile comme la tienne, heureuse d'éprouver mon érection franche et de l'accompagner jusqu'à l'exultation.

Shinji nous retrouvera le lendemain soir au Capella pour fêter la nouvelle année, puis j'allais être pour quelques heures son guide en ville, avant nos départs respectifs. Nous avons parlé en anglais. Jeune fonctionnaire dans une organisation internationale qui agit pour la réduction de la pauvreté, à Osaka d'où il est originaire, il a de toi les mêmes temps de réaction après chaque phrase entendue. Avec lui, j'ai cru me retrouver dans ton regard, il acceptait mes caresses avec plaisir ou bienveillance - comme avec toi il m'était difficile de le savoir exactement. Il se prêta, dans la nuit de la Saint-Sylvestre, à un jeu érotique avec un troisième comparse, Zsolt, dans un recoin sombre non loin de la piste de danse. Au Széchény, le dernier jour, je le vis s'amuser comme un gosse dans le bain à courants chauds. Je crois qu'il gardera un bon souvenir de notre rencontre.

Écrivant ce billet, je suis dans l'avion qui nous ramène sur Paris. Quelque part entre l'Autriche et l'Allemagne, probablement. Un peu nulle-part, dans le temple de l'éphémère.

L'avion va amorcer sa descente, les batteries de l'ordinateur sont presque vides. Je serre entre mes doigts le pendentif, pour toi promis mais resté à mon cou. Mon dieu, pourquoi ai-je donc besoin de tant me perdre ?