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29 novembre 2008

se rassurer à peu de frais

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J'avais besoin de me rassurer. Forcément, après la queue de poisson de ma sortie du sauna jeudi, ce "best friend" reçu en pleine poire le même soir, chargé de promesses et de frontières, de possibles et d'impossibles, d'éternel et de jamais, d'idées mêlées et emmêlées, après le billet d'hier qui découlait logiquement de ces doutes, et la morosité traînée ensuite la journée durant, dans une ambiance professionnelle mortifère...

Mon copain Yves, avec qui je partage le goût des sorties naturistes à la piscine Roger Le Gall m'avait sollicité, d'un courriel lapidaire dont il a le secret, au corps de texte vierge, la question simplement inscrite ainsi en objet : "vendredi ?"

J'avais dit oui, en précisant que j'avais besoin de tendresse, et le matin, au réveil, bien que passablement en retard, je pris le temps de me passer les poils pubiens à la tondeuse et de me raser les couilles.

Suffit-il vraiment de ces choses-là ? Je devais retrouver Yves vers 22h 30 chez lui. J'allais donc hier soir très innocemment à la piscine faire mes longueurs quotidiennes de maintien de forme. Mais à l'heure de la douche, puis au vestiaire, j'ai vu des garçons bander ostensiblement en me regardant. Des beaux garçons. Chercher à s'approcher. Et se palucher gentiment. L'un est même venu rejoindre ma douche voisine, et moyennant quelques jeux aussi discrets qu'érotiques, a lâché un jet puissant contre la paroi en carreaux de céramique.

Je me suis interdit de trop en faire, compte-tenu de mon rencart de la nuit, et me suis simplement étonné qu'un coup de tondeuse ait suffi à réhabiliter en moi un peu de sex-appeal.

A bien y réfléchir, j'ai joui. Mais une heure plus tard, devant un tartare sicilien à tomber par terre. C'était chez Félicie, la brasserie fétiche de Fiso où j'étais allé manger sur le pouce pour attendre 22h 30 pas trop loin de chez Yves. Là-bas, connecté à la wifi gratuite, j'ai appris d'Olivier Autissier une bonne nouvelle concernant mon ami-d'amour. Je ne m'étends pas sur les relations de cause à effet, mais à tort ou à raison, et au risque de perturber sa préparation au concert du week-end, j'ai tenté de le joindre à Londres pour la lui transmettre.

Auprès d'Yves, et de sa légèreté papillonne, j'ai ensuite trouvé ce dont j'avais besoin : de la tendresse, un sexe admirable, une couche hospitalière.

Et il m'a dit des choses des plus agréables sur mon postérieur : il faut bien commencer par une partie de son corps, pour se réconcilier avec soi-même...

28 novembre 2008

le mauvais coup

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Toi qui me connais, qui m'a rencontré au détour d'un Paris-Carnet, au cours d'un dîner, ou de plusieurs, à l'occasion de coups à boire, qui t'es laissé séduire par mon sourire, mon hâle et mon regard en coin, peut-être aussi par mon discours ; et toi, qui ne me connais pas, mais qui te fais des films sur mon intimate power à cause de cette audace que j'exhibe, de l'impudeur que je revendique, et de cette personnalité que je laisse transparaître, je te dois un aveu. Tant pis si ça brise le rêve, je ne veux pas entretenir de vaines illusions : je ne suis pas un bon coup.

J'ai la bite de taille très moyenne, j'ai l'érection instable, trop sensible aux émotions, je supporte mal les préservatifs, ce qui m'a rendu essentiellement passif, c'est encore de ma main que j'atteins le mieux l'orgasme, je débande quand on m'encule, hormis sucer je sais faire peu de choses, je manque cruellement d'imagination, je peux finir un plan sans avoir éjaculé, comme cela m'est arrivé deux fois récemment au sauna. Avec moi, plus c'est rapide et soudain, mieux ça marche. Plus ça dure, moins je performe. Il vaut mieux me prendre sous l'effet de surprise.

J'ai le gland qui s'irrite, rougeoie et s'endolorit. Je ne supporte pas qu'on me pince les tétons.

Si tu veux la vérité, il vaut mieux m'inviter à sa table qu'à son lit.

Parfois, il m'arrive de me dire que là se trouve la véritable raison de la fin de ma dernière belle histoire, tout le reste - les considérations sur le célibat ou le libertinage - ne sont sans doute qu'inconscients prétextes. Ma vocation de best friend sonne à la porte comme à chaque fois, avec à nouveau son florilège de vieux démons.

Je ne te parle même pas de mon système pileux, de ma toison désordonnée, incontrôlable, et désormais blanchissante.

Je ne saurais pas dire si j'ai abandonné plus qu'on m'a abandonné. Mais je sais que parfois le dégoût de moi m'atteint. S'installe. Et que c'est alors que j'ai besoin d'une main sur mon épaule.

27 novembre 2008

Entre deux Eaux : l'instant propice

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Donc, j'y suis allé, hein !... C'était rue de la Folie-Méricourt. A deux pas de chez Saiichi, avec qui j'avais passé la soirée. De toute façon, j'avais promis : non mais un bar gay, naturiste, qui s'appelle Entre deux Eaux, quand même, j'avais pas trop le choix, si ?

Une petite appréhension ? Même pas ! Malgré les réserves d'un lecteur occasionnel de ce blog, chris, et de celles de Saiichi, qui n'en gardait pas un souvenir mémorable, il était 22h 30 environ quand je franchissais ce samedi la porte du numéro 45.

Cette frontière est étrange. Tu passes du dehors au dedans, du froid au chaud, du clair de la nuit à la nuit de la nuit, du monde des conventions à celui de l'inavouable, sans véritable sas. Dès l'entrée, à gauche, alors que tu es presque dans le noir, un homme au corps sublime, et remarquablement outillé soit dit en passant - Laurent, me dira-t-il à l'heure du départ - te tends un sac poubelle noir enroulé. Tu fais remarquer que c'est ta première fois, alors il prend le temps de t'expliquer que c'est 11 euros, que ça comprends deux conso, que tu règles à la fin, que pour commencer, tu dois mettre toutes tes fringues dans ce sac, garder juste tes chaussettes et tes baskets, et qu'il te refilera un numéro en échange. Là, tu ne te poses pas de question, enfin, tu évites, tu as déjà repéré derrière les rideaux que tout le monde était totalement nu, alors tu te jettes à l'eau.

Dans les toutes premières minutes, tu ne sais pas exactement quoi faire. Balancer les bras, agiter tes mains, les laisser le long de ton corps, les glisser derrière ta tête ? Déambuler dans les lieux, pour voir comment c'est aménagé ? T'asseoir sur un tabouret de comptoir, l'air de rien et commander une première bière ? Regarder avec suffisamment de détachement l'enculade en règle que t'offre l'écran plasma au dessus de l'armoire ? Te joindre l'air de rien au groupe en pleine conversation ? Avoir l'air absorbé par un problème ? Te palucher ou te la jouer insouciant ?... J'étais dans ces pensées et ces hésitations quand Jérémy, un professeur de musique - vivant et travaillant dans le quartier - vint me mettre à l'aise, probablement attiré par mon érection non dissimulée. Petit et sec, comme j'aime, glabre, sans doute pas loin de la cinquantaine, mais la gueule d'ange, le sourire de l'habitué heureux de découvrir de la chair fraiche, il s'est offert à mes caresses et m'a offert ma première pipe.

Évidemment, après, c'était plus simple.

21.jpgLe groupe en plein bavardage s'est disloqué, un ou deux se sont rhabillés et sont partis, d'autres sont allés étrenner l'arrière boutique, et deux jeunes gens manifestement habitués, aux corps d'éphèbes - Yvan et Peter, partenaires dans la soirée mais aussi dans la vie : import-export d'ustensiles muséographiques, ça en jette, non ? - sont restés collés au comptoir et l'un à l'autre, offrant de temps en temps leur peau à quelques contacts innocents.

Hummm! ce Peter : un nageur, tiens ! Qui fait de la compète. Ça te fabrique un corps !... Il m'a laissé lui embrasser le pubis.

Il n'y a pas franchement de backroom. Ni de cabine. Tout au plus un ample rideau de fines perles, qui sépare la zone bar de la zone sexe. En toute transparence. Derrière, un canapé et quelques fauteuils te permettent d'attendre l'instant propice, ou de te détendre.

Jérémy était depuis longtemps parti papillonner ailleurs, je suis allé m'approcher d'un couple en pleine action, ma bière à la main. Ils étaient debout, jambes écartées, le sexe tendu sous l'aine de l'autre, comme offerts à de plus collectives caresses. Je m'y suis laissé glisser, ils l'attendaient. L'un était latino, mais grand. Petit sexe. L'autre avait un engin impressionnant. Ils étaient arrimés l'un à l'autre de façon frénétique, ils m'attiraient à eux, cherchaient ma bouche.

Chaque minute, ils se sortaient de la chaussette un flacon de popper, qu'ils respiraient à pleine narine. Je n'ai pas voulu m'y essayer,  toutes les drogues me rebutent. Puis le Latino s'est retourné, s'est fait enculer. Assis devant eux, je le branlais, et il a joui sur moi.

Plus tard, un jeune homme que j'avais repéré à son arrivée mais qui était resté ténébreux au comptoir, la belle gueule d'un bad-boy, mal rasé, s'est présenté dans la zone d'action. Un anneau étrange autour de la bite, qui enserrait en spirale à la fois et séparément la base du pénis et les couilles. Sa verge était magnifique, exactement à ma dimension, et j'eus un grand plaisir à la sucer. Longtemps. Sans lassitude. Enfin, il s'est lassé avant moi.

Ça m'a permis d'aller commander ma deuxième bière (je rappelle qu'il s'agit d'un bar).

Entre temps, une partouze en règle s'est mise en place : à partir de là, c'est participe qui veut. T'as plus qu'à te servir. Et à t'offrir. Tu peux brutos8196.jpgvarier les coups, et les partenaires. A la fin du service, j'ai eu un jet plutôt flatteur, et ils furent deux à me demander de nettoyer les dégats à coup de sopalin.

Il n'était que minuit et demi quand j'en suis reparti, du monde arrivait encore à cette heure. Il me semblait que les consommations avaient été à la hauteur du prix d'entrée. Je mentirais si je disais que l'expérience m'a déplu.

Mais si c'était à refaire, je crois que je préfèrerais y emmener un ami. Juste pour le confort des premières minutes.

23 octobre 2008

entre deux eaux

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Entre deux eaux. Je ne sais plus bien pourquoi j'avais ainsi appelé mon blog, il y a presque un an de ça. J'ai écrit là une explication, qui vaut ce qu'elle vaut, parce qu'il faut bien donner des explications aux choses : il me semblait que dans l'idée du balancement, de la médaille et de son revers, de la face cachée de la lune, du ying et du yang... il y avait un petit quelque chose dans quoi je me reconnaissais, tout comme chacun pouvait se reconnaître. C'était aussi un prolongement à ce pseudo, Oh!91, que j'avais créé quelques mois plus tôt pour intervenir sur des blogs avant d'être happé par la tentation d'en tenir un moi-même, une construction sur la thématique de l'eau, parce qu'elle remplit mes journées (quand je ne suis pas en arrêt maladie)... Peut-être encore que je lui trouvais la sonorité d'un vaillant polar, où le flic, gentil et américain, réglait son compte au gangster à coup de revolver depuis une baignoire tout en buvant une coupe de champagne.

Bref. J'aimais ce nom.

Je pris une seule précaution : vérifier que ce nom n'était pas déjà occupé sur la plateforme hautetfort que j'avais choisie pour m'héberger. Il était libre.

Mais - inexpérience ? - je ne pris pas le soin de vérifier le tableau des marques déposées, ni même de regarder sur google à quoi ce nom pouvait bien renvoyer. Et pendant des mois, je ne m'en suis pas préoccupé.

Récemment, d'un air entendu, on m'a plusieurs fois glissé à l'oreille des "je sais bien pourquoi t'as appelé ton blog comme ça", ou des "petit coquin, va !", ou encore "et tu y es allé y'a pas longtemps ?"

Interloqué, il m'a donc fallu mener mon enquête (google, c'est bienpour les enquêtes) pour comprendre de quoi il s'agissait. Eh bien je te le donne en mille : Entre deux eaux est le nom d'un bar à Paris, situé non loin des rendez-vous mensuels de Paris-carnet, dans le 11ème arrondissement. Jusque-là, tout va bien.

Mais pas n'importe quel bar, puisqu'il s'agit d'un établissement gay - soit - qui plus est naturiste - je ne savais même pas qu'on pouvait boire tout nu - et qui semble virer très sexe à certains moments de la semaine (à ce qu'on peut deviner en lisant, pardon en mâtant, leur site...).

Je te jure, jamais au grand jamais je n'avais visité cet établissement auparavant, jamais même en avais-je supputé l'existence avant d'ouvrir ce blog.

Dois-je pousser plus loin mes investigations en me rendant sur les lieux ? Histoire de vérifier qu'on y parle politique et qu'on y trouve des chroniqueurs... gastronomiques ou culturels ? Bah ! Je suis assuré d'y trouver matière à un nouveau billet.

Et je leur devais bien ce petit coup de pub, non ?

29 septembre 2008

Sylvain, le dauphin affranchi

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Sylvain, c'est mon partenaire occasionnel des nocturnes de Roger Le Gall (voir là). Je ne devrais pas dire mon, c'est un peu possessif. Ce que je veux dire, c'est qu'en dehors de nos jeux, je le connais peu. Il est arrivé  trois ou quatre fois tout au plus, au terme de voisinages chorégraphiques dans l'eau, que nous nous offrîmes l'un à l'autre, avec ou sans l'assistance d'un complice, des prolongements sensuels, sexuels, et un plaisir connivent.

Je ne l'avais pas revu depuis la fin du printemps. A cause de l'été, à cause du chagrin.

Après avoir nagé mes presque deux kilomètres, vendredi soir, après avoir hésité à rentrer en vitesse à la maison car il était fort tard et que j'étais attendu, j'ai finalement fait le choix du détour par la cabine de sauna, qui se trouve à l'étage, en quête de chaleur sèche.

Il y était depuis un moment. Un peu comme s'il m'avait attendu, ou même gardé la place près de lui. Comme si nous nous y étions donné rendez-vous. Il y avait beaucoup d'évidences dans le salut "langue-oureux" que nous nous sommes donné (Laurent, pardonne-moi l'emprunt), et dans la façon que nous avons eu d'immédiatement nous toucher. De l'évidence et du besoin.

Je le trouvais changé. Quelques questions et son langage, sa parole libre, épanouie, confirmaient qu'il changeait.

Sylvain, pas mon dauphin dansant, mais l'homme, j'ai commencé à le découvrir ce vendredi soir. Et je m'en vais te parler de lui parce qu'il m'en a donné l'autorisation.

Sylvain, d'abord, il est beau : il a de grands yeux généreux où tu lis que la méchanceté lui est étrangère. Il est jeune. Enfin, il fait jeune. Je lui brutos6430_Alex_ChaosMen.jpgdonnais une trentaine d'années, avec quelques brouettes, il se trouve qu'il est mon aîné d'une bonne vingtaine de mois. Il a été marié pendant vingt ans. Il a trois enfants - trois garçons - dont le plus jeune a 17 ans. A donner le vertige...

Son coming out est très récent, deux ans tout au plus, si je compte bien.

Il y a quelques mois, il est rentré dans une démarche - comment pourrais-je la qualifier ? - de réappropriation de lui-même, ou de réconciliation de son corps et de son mental. C'est étonnant, je me rends compte que depuis quelques mois, le hasard de mes rencontres me font me rapprocher de tels profiles. Je crois que j'en parlerai.

Il s'est rendu compte qu'il s'était tant imprégné du schéma de vie qui avait été le sien dans son mariage, fait de renoncements douloureux, par la force des choses - j'en sais quelque chose - qu'il en était arrivé à le reproduire quasi à l'identique avec son nouveau partenaire de vie. Il a commencé un apprentissage des massages, avec une visée professionnelle, il a entrepris un travail de développement personnel, et le garçon jeune et timide a disparu.

Vendredi soir, il était souriant, spontané, ouvert, heureux et assumé. Son regard avait la clarté du bonheur, la petite étincelle craintive avait disparu de sa pupille, et moi, j'étais heureux de sentir chez lui un plaisir sincère à me retrouver.

Les remarques d'une partie de l'entourage teintées d'un brin de légitime puritanisme nous ont empêché d'aller au bout de nos caresses, mais le sexe n'était plus indispensable dans ce partage. Il me parlait de sa vie, il me donnait, il m'incluait dans cette phase nouvelle de libération dans laquelle il se trouvait... Nos longs baisers d'adieu sur le boulevard des Maréchaux, dans ma voiture, suffirent à promettre à cette découverte un certain lendemain.

21 septembre 2008

foirage au Ryad

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Je ne sais pas bien pourquoi j'y suis allé. Sans doute parce que je l'avais programmé comme ça dans mon agenda, et aussi parce que j'avais envie de sexe. Ras-le-bol des branlettes en solo, des touche-pipi aléatoires dans les recoins d'une piscine. Envie d'un sexe en pleine bouche, de frottements, d'enlacements, de... de sexe, quoi !

Mais bon, ou bien c'était moi, ou bien c'était la lune - ça aussi, je le sais pourtant, jamais à la lune descendante, bordel ! je l'ai même écrit dans un billet tout exprès - ou bien c'était l'heure : trop tard pour le cinq-à-sept des hommes mariés, trop tôt pour les secondes parties de soirée, par dessus le marché en pleine rupture de jeûne pour les Musulmans.

Ou alors, c'est parce que j'avais passé une partie de la journée avec Saiichi. Depuis que j'ai surmonté notre rupture et mon chagrin, je sens que j'ai néanmoins besoin dans les heures qui suivent nos rares rencontres de garder l'oeil sur l'horizon, pour ne pas me laisser gagner par le mal de mer. Or un sauna, ce n'est pas forcément du tangage, mais on y perd l'horizon.

Heureusement, il y avait l'adorable Abdel-Haq à l'accueil, qui me mit à l'aise d'un sourire ravissant et d'un petit bécot de bienvenue. "C'est le plus du Ryad ?", lui demandè-je amusé et flatté. On y entendit du Feyruz et du Natacha Atlas. Il y eut avec Maurizio une petite pipe à l'italienne. Puis surtout quelques caresses et quelques mots avec le seul vrai beau gosse de la soirée, un fonctionnaire de la Crime, musculeux parce que sportif et en plein entraînement dans la perspective d'un départ pour le Rallye-Dakar cet hiver : un corps robuste de baroudeur, une barbe de trois jours, une voix à la Peter Falk... Il s'était acoquiné avec un petit minet, militant du Secours pop, du genre qui sert la soupe populaire chaque jeudi soir près d'une station de métro du 19ème. Ils avaient l'un et l'autre des visions différentes de ce quartier, de ses troubles, de sa crasse, de sa misère sociale, des réponses différentes aussi. Entre deux discussions sur l'origine des violences récentes qui l'ont agité, ils me firent un peu de place pour des contacts à peine complices. Maigre consolation.

Je suis reparti sans jouir, après avoir juste rendu son bécot à Abdel-Haq. Je ne m'étais pas fait de sauna depuis février dernier.

 

17 septembre 2008

l'aurore attendrie

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"Ô toi, visage de l'ennemi, toi l'amant, je me faufilerai chaque nuit, malgré la réalité blessante de notre époque, vers ton cœur. Je ferai de la mort une ironie, et de la résurrection une certitude. N'aime pas quelqu'un d'autre de mon pays après moi, ton amour est un outrage. Un châtiment insupportable. Écoute notre chanson sans se lasser, peut-être que l'aurore sera attendrie, et que l'aube portera en lui l'espoir."

J'ai rencontré Chiron par hasard, remontant le fil d'un commentaire il y a quelques jours à peine. Je suis depuis retourné plusieurs fois sur son blog découvrir des notes parcimonieuses, poétiques, déchirées parfois. Je suis sensible à leur rythme oriental qui vibre chez moi en réminiscences. Il y égraine plus qu'il n'y raconte, et quelque chose d'attachant perce de la personnalité de ce jeune auteur et de son histoire. J'y lis une sincérité à pas feutrés.

L'extrait ci-dessus n'est pas tiré de son blog, mais d'un de ses romans, La valse de l'amour et de la guerre, dont il dit ici comment il en a accouché, "sauvage, agité et pourtant habité d'une immense fatigue". Un coup de coeur.

16 septembre 2008

Laurent, l'épilogue (in)attendu

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Dédicace spéciale et multiple, accompagnée d'une reconnaissance que vous n'en avez même pas idée, à Azulamine, Olivier Autissier, Lancelot, JG, Manu Causse-Plisson et M.

Où je reviens vers Laurent. Plutôt : où Laurent revient à moi.

Laurent, tu t'en souviens ?

Une rencontre en 1986, dans un train, au fin-fond de la Sibérie. Un amour secret, enfoui au fond de moi, puis un perdu-de-vue comme la vie en fabrique parfois, mais des retrouvailles et des tentatives maladroites, dissimulées, de lui dire ma flamme dix ans plus tard, sans que je sache dire si c'était par amour sincère ou parce que me projetant en lui je croyais acquerrir le pouvoir de sortir d'un placard de plus en plus inconfortable...

Au bout de ce processus, des lettres, une lettre, surtout, entre ressentiment et provocation. Puis, derrière, l'attente, un silence, un long silence, qui me disait que je devais affronter seul la chose, en sortir seul, m'en sortir seul.

Te racontant cette histoire, et laissant à ces épisodes un goût d'inachevé, je t'ouvrais la porte et tu entrais. Pendant plusieurs semaines cet hiver, tu es venu imaginer la réponse que j'avais du attendre. Ou celle qu'il aurait pu me faire. Et je me mis, aussi, à écrire à sa place. Ce faisant, je crois que nul, ici, ne s'est autorisé à juger. Ni l'homme, ni son choix, ni son attitude, ni son embarras. Moi, j'ai grandi, j'ai compris cette période mieux que je ne l'avais jamais comprise, je me suis en partie découvert à travers ton regard (tu vois, M., c'est à ça aussi que servent les miroirs).

Un matin de la semaine dernière, je trouvais tôt au réveil un courriel dans ma boîte hotmail. En objet, cette inscription "après tout, parce que tu le mérites". Et puis dans le corps du message, une lettre. Sa lettre. Sa réponse. Douze ans après. Il avait trouvé mon blog dans la nuit, et avait lu. Tout.

Je ne dirai rien du contenu de sa lettre, par respect pour lui et par pudeur, car quelquefois il en faut.

Il y a je crois des amours profondes, intenses, trop évidentes pour être vécues autrement que sur le mode de l'amitié et du respect. C'est peut être la condition pour qu'elles durent la vie entière, et c'est très bien ainsi.

Ce matin, je pense à lui, et à son horizon qui vient de se trouver, quelque part à Montréal, un point d'accroche dont le sourire porte un peu de cette Sibérie où nous nous sommes connus.

Quant à la photo de Jake Gyllenhaal, en clin d'oeil à Brokeback Mountain, c'est aussi parce que j'ai comme l'impression de devoir contrebalancer un effet Dany Boon inopportun. Il me comprendra.