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21 janvier 2010

l'envie et la contrainte

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Ça, c'était lundi : en réponse à mon invitation du vendredi : "Prends ton après midi, racontes nous TON hammam, s'il te plaît" (...)

"Tu sais, la culpabilité qui l'emporte sur l'envie ... et bien j'en suis là. Vendredi, je n'ai pas abandonné les dossiers à même le bureau, je n'ai pas cliqué sur « Arrêter », je n'ai pas suivi la tentation...
Du coup, ce matin ton «
s'il te plaît » m'achève.
Car oui, il me plairait de dire ce que j'ai coutume d'enfouir.
Ça m'attire même gravement si tu veux savoir...

Alors, certes, ça ne date pas de vendredi, mais voici tout de même ...

Mai 2009 :
Je franchi pour la première fois la limite du phantasme : le sas d'entrée d'un sauna gay. Comment dire? C'est un peu comme plonger de dix mètres, et moi, je suis juste le champion du monde du plat.Je ne sais pas bien comment, ce jour là, je suis parvenu à faire le pas qui me sépare du vide. Disons juste : parce que oh! hé! hein! ça suffit comme ça !!!

A l'entrée, ce que, les sites gays imagés qualifieraient de « pur bogosse » me souhaite la bienvenue. Il me taquine, il m’a vu hésiter dans la rue, ... et d'autres fois aussi. Il dit qu'il se demandait si j’allais oser, que j'ai bien fait, que je ne regretterais pas, que c'est treize euros (et oui, plus de trente ans). Il me tend une serviette, la clé d’un vestiaire et un sourire comme c'est pas permis.
Un sourire que j'emporte avec moi.
Et je découvre le sauna, le hammam, les salles de projection, le labyrinthe noir, les cabines, les pièces thématiques.
Tout ne me fait pas envie, et tout me décomplexe.
Dans la cohorte des corps beaux, secs, gras, multicolores, plus ou moins jeunes et usés, je me sens étonnement à l'aise. J'expérimente en cherchant celui-là qui s’isole avec deux autres. Je m'éloigne poliment des avances de celui-ci. Je mate. Je suis regardé. J'aime ça. Et puis, je ne tiens plus. Sans conviction, j'en teste un qui accepte. Il fera bien l'affaire. Autant pour moi. C'est rapide. C'est agréable. Ça faisait tellement longtemps. Un peu plus loin, un peu plus tard, je frôle volontairement un corps plus à mon goût, je prend le temps de sourire, de caresser, d'inviter. Il me prend par la main et me guide jusqu'à une cabine. C'est plus long, plus contrôlé, forcément. Je décolle.

Toutes ces années d'hétérosexualité prétendue font que l'apaisement est immense. Tout comme le sentiment coupable qui me taraude depuis ... c'est une autre histoire.

Septembre 2009 :
La satiété m'a tenu jusque là. Puis l’appétit a grandit, jusqu’à une fringale qui me pousse à réitérer ... Je suis déçu. Déjà, à l'accueil le sourire qui tue sa mère n'est pas là. Ce jour là, je ne plais pas à ceux qui me plaisent. Je me contente des bienfaits du hammam. C'est déjà bien.

brutos6430_Alex_ChaosMen.jpgOctobre 2009 :
Cette fois, ça s'annonce bien, je reconnais le sourire qui fait mouche, ainsi que tout ce qui est au dessous. Il profite des services de l'établissement comme n'importe quel client. Je le croise dans une grande salle de projection, où il entame une discussion avec un salopard que je jalouse en songeant qu'ils finiront par jouir ensemble ... Inaccessible. Même pas en rêve. Je m'éloigne.
Je dérive au gré des couloirs, il est là.
Je fait une pause près du bassin à remous, il se tient à distance mais à portée de mes yeux.
Ma chance?
J'entre dans une cabine.
Il m'emboîte le pas, referme la porte sur nous.
M'offre à nouveau son fameux sourire, sa langue, sa peau ferme, sa bouche ...
Il est juste superbe, et à ma portée, alors ... je prends.
Nous restons les yeux dans les yeux, même après la petite mort. Je suis étonné.

Sur le chemin de la douche, il m'explique qu'il doit prendre son service, au bar. Il me propose de l'y rejoindre dans quelques minutes, histoire de m’offrir un verre et un numéro de téléphone.

Voilà.
Je n'y suis pas retourné depuis et j'en crève souvent, comme vendredi dernier.
"

Et ça, c'était mardi : πR

Il s'est lancé. En quelques semaines à peine, il s'est engagé, engrainé, mon filleul. Drainé par l'eau, courant vers l'air. Vas-y voir, encourage-le : il est sur un sentier caillouteux... mais je pressens qu'il va avancer vite.

17 janvier 2010

une histoire d'hommes

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Pour moi, Budapest est avant tout une histoire d'hommes. Je conçois que cela puisse t'ennuyer à la longue, ou t'offusquer, car cette ville a bien d'autres attraits. Les bains, j'en parle - même si c'est sous un angle intéressé -, la musique - je suis ce dimanche soir à une représentation de La flûte enchantée -, la littérature - il faut absolument lire Être sans destin, de Imre Kertész -, la gastronomie - même si j'ai cette fois opté pour des buffets bon-marché, plutôt que pour des restos devenus hors de prix -, la pierre - et Dieu sait que le patrimoine classique, néo-classique, néogothique, art-nouveau, art-déco, donne à cette ville et à son front de Danube un cachet sans pareil... Mais que veux-tu. C'est là que j'ai connu mon premier homme, là que j'ai accepté de les regarder, de les toucher, là que j'ai rencontré mon premier amant, que j'ai sucé ma première bite, transpercé mon premier fion, et là que je me fis la première fois sauter la rondelle. C'est là que j'ai rencontré l'homme avec qui je vis, celui avec qui je voudrais vivre, là que je me ressource, que je me trouve beau.

Alors à Budapest, il n'y a guère que des hommes dont je puisse te parler. Ils sont mon sel magyar. Je n'expose pas ici un palmarès, ces hommes ne sont jamais des trophées. Sinon, pourquoi auraient-ils tant, le plus souvent, ce goût d'inachevé qui te laisse la bouche sèche ?

Hier, pour mon dernier bain au Király, c'est István, un comédien ex-chanteur d'Opérette, revenu, aprés un détour par la vie économique - "parce qu'il faut bien vivre" - dans le monde du spectacle - "parce que la vie ne doit pas se laisser guider par l'argent" - qui a embelli ma matinée.

L'atmosphère y était exceptionnelle. Le soleil brillait dehors, et de la fenêtre jaune au verre dépoli pénétrait une lumière crue qui, se heurtant au mur de vapeur, sous la grande voûte byzantine, réfractait les silhouettes nues et les sublimait. J'ai cru retrouver les chocs sensuels de mes premières fois.

Une barbe à ras, d'un grisonnant qui démasquait ses 42 ans, les cheveux droits, très noirs, qui lui tombaient sur la nuque et dissimulaient des oreilles onctueuses, l'oeil noir et profond, je l'ai massé, d'abord, dans le bain de vapeur. Puis nous nous sommes longuement caressés, sans rechercher d'achèvement, les yeux dans les yeux et c'est ce qui était doux. Et nous nous sommes quittés. Puis Mike, qui m'avait d'abord pris en sandwich tandis que j'enlaçais István, s'est occupé de moi. Je l'ai conduit à l'extase avant de m'enfermer, seul, dans une cabine de douche pour, à l'écart des regards - quelle obscénité ! - me concentrer sur moi-même. Et que veux-tu, c'est en pensant à l'homme que j'aime, à des attouchements dans une cabine d'essayage, que j'ai éjaculé. Dans un fantasme et dans un spasme.

Tel est mon Budapest, que je quitte demain. Le coeur chagrin, mais heureux de ce ressourcement, et conscient de mon privilège.

11 décembre 2009

te regarder partir

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Manuel, donc (suite d'un récit commencé hier - voir là). Nous étions dans la petite piscine du Sun-City.

J'ai tout de suite compris que c'était un cérébral. Il commençait ses phrases puis cherchait ses mots, sans lâcher le fil de son idée. Il appréciait mon écoute et ma patience, elles le surprenaient, même. Je ne sais plus comment, mais assez vite il engagea une discussion sur des notions de secourisme : les gestes qui sauvent, c'était son truc. Il en avait appris les rudiments. Il était même actuellement plongé dans un manuel, et je comprenais qu'en me parlant, il effectuait une révision générale de ses connaissances, en tâchant de n'en oublier aucun chapitre. Il payait un prix à la précision, surtout dans ce domaine où l'on pouvait sauver des vies.

Je lui dis mon nom, il escamota le sien.

Il me cita les trois fonctions vitales à contrôler après un accident, il me fit une démonstration de la "virgule respiratoire", d'une pression forte sous le sternum, en me laissant pour la première fois sentir le contact de son sexe derrière moi. Il souriait à l'évocation de la respiration assistée, le fameux "bouche à bouche", j'eus droit à toutes les formes de plaie, aux attitudes à adopter face à des hémorragies, aux risques de panique ou de suraccidents, il souriait entre deux chapitres, jouait de son charme pour contrôler mon attention. C'est à ce moment-là que je décidais qu'il lui fallait malgré tout un prénom, Manuel lui allait comme un gant.

Je lui dis mon âge, ce que je faisais dans la vie, l'invitais à me parler de lui. Il laissait s'installer une ambiguité distante, et dérouta mes questions. Il se passa bien deux heures dans ce bassin, je jouais parfois à plonger pour lui passer entre les jambes, qu'il refermait sur moi, brutos2740.jpgme laissant remonter au contact de son corps. Tout juste me laissait-il effleurer son sexe, qui ne banda jamais. Et toucher son torse, qui me rappelait très fort celui de mon ami Laurent. Son sourire intriguant, d'ailleurs, tenait aussi de Laurent. C'est peut-être cette ressemblance qui me retenait à lui. Lui était étonné de trouver pareille écoute en pareil lieu, il me parla de ces sociétés qui n'avaient pas perdu le respect pour les anciens. Je décrétais qu'il travaillait auprès de personnes âgées, et qu'il avait 25 ans. Il s'amusait de ce portrait.

Le froid nous prit, il me proposa de monter au sauna. "Pas au hammam, dans la cabine sèche". Je le suivis, sans trop savoir s'il aspirait à prolonger ce partage - et ce jeu - ou s'il aurait préféré se tourner librement vers d'autres profils mieux à son goût. Sans rien entreprendre de significatif, il laissait désormais ma main parcourir son corps. Il me demanda à un moment si je comptais rester encore longtemps dans cette chaleur sèche. Je saturais, le lui dis, et lui proposais de le retrouver un peu plus tard dans un "en bas", vague. Lui voulait rester encore, il acquiesça.

Le temps d'un verre, d'un doute, je retournais vers les vapeurs où un couple s'affairait. Un magnifique asiatique, au corps parfait et au visage d'ange, le cheveu ébourrifé, exultait sous les caresses d'un certain Stéphane. Je les regardais avec envie quand, une fois délaissé, Stéphane se tourna vers moi, son sexe en offrande. Courbé vers lui, ma bouche s'enivrait et je sentis derrière moi se jouer une partition à quatre mains, que je laissais me conduire jusqu'à la jouissance.

Peu de temps s'était écoulé, en fait, et je décidais de retourner vers la piscine. Si Manuel devait chercher à me revoir, c'est forcément là qu'il viendrait en premier. Et il revint.

Une faune jeune et extravertie s'ébrouait à présent autour de nous, il me proposa plutôt de boire un verre au calme, à une table en retrait. A chaque emploi du vouvoiement, mes oreilles grinçaient, et je le lui dis. Au milieu de son thé il se mit à me dire "tu".

Je n'appris rien de lui. Ou beaucoup. En résumé, car il emprunta de grands détours : qu'il avait été en couple, et qu'il en avait forgé la conviction que pour vivre à deux, il fallait ne pas dépendre l'un de l'autre. Et aussi qu'il ne savait pas quoi faire du regard des "hommes âgés" sur lui, qui le flattait mais l'embarrassait.

Son sourire allait et venait, venait et partait, glissait en va-et-vient. Dans son anxiété dissimulée alternée à son charme, je voyais de plus en plus poindre la personnalité de Laurent. Et je voyais aussi l'heure tourner.

Ses attentes étaient indéchiffrables. Il les exprimait en mode crypté, et j'ai ce défaut de ne jamais faire confiance à mes intuitions dans ces situations. Je n'osais le bousculer, ni brusquer la situation, il me laissait lui caresser la nuque, le dos, il me regardait avec quelque chose de profond, mais pour peu que je lui pose une question explicite sur ses intentions, son projet, son envie, il fuyait non sans humour, et il riait avec suffisamment de séduction pour que je ne le délaisse pas.

Je me souviens qu'au moment de son retour vers la piscine, je m'étais dit : "ce gamin a le syndrôme des enfants abandonnés". A un moment de notre conversation, je lui dis : "Je crois que tu as besoin de mettre l'affection des gens à l'épreuve". Il embraya sur autre chose, puis éprouva le besoin d'ajouter "ça ne veut pas dire que ce que tu viens de dire n'est pas vrai".

Quand je lui dis "il est tard, il me faut partir. Tu voudrais faire quelque chose ?", il me répondit "je vais te regarder partir", puis il sourit, avec le même charme où perçait désormais une pointe amère. Je lui reposais la question, différemment pour lui autoriser une autre réponse. Il me fit la même réponse. "Te regarder partir". Je croyais y entendre du dépit sans vraiment en être sûr tant son sourire était dissimulateur.

Ou ce garçon ne voulait rien, ou il voulait tout. Dans les deux cas, il me fallait partir. Je lui fis un signe de la main en regagnant mon casier. Il avait sur son visage un autre sourire, figé. En sortant dans la rue, des garçons faisaient la queue à la caisse, promettant aux pensionnaires de l'instant des heures encore joyeuses.

C'était samedi. J'ai eu depuis sous les douches de Roger Le Gall deux rencontres consécutives avec deux beaux garçons athlétiques, comme il ne m'en était plus arrivées depuis longtemps, qui étayent, d'une autre façon, le retour d'un certain sex-appeal. Mais rien n'y fait depuis samedi, cette phrase m'occupe et résonne d'accents coupables : "je vais te regarder partir".

10 décembre 2009

des humeurs à expurger

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La semaine passée a été chargée, culturellement parlant. De choses ardues, qui plus est : Salomé de Richard Strauss mardi, à l'Opéra Bastille - et j'y reviendrai, parce que derrière l'œuvre, il y a le mythe, et ses significations intimes. Mercredi, c'était Aube, au théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine - autres mythes, autre actualité. Vendredi soir, je remettais le couvert avec les deux pièces qui la précèdent dans la trilogie de Gérard Astor, Le partage des eaux - deux pièces à la suite, exigeantes, qui appellent la même attention, la même participation, même si rassemblées ainsi, elles dévoilent leur sens avec plus de lumière. Et samedi après-midi, Bougrenette m'invitait à découvrir, en trois heures de déambulations dans des allées de cuir, les collections permanentes du musée du Quai Branly.

Je ne sais pas si au terme d'un tel parcours, on gagne en intelligence, en savoir, ce qui est sûr c'est que je me suis retrouvé confronté à un violent besoin, samedi soir, d'aller prolonger la spéléologie au sauna. J'avais en magasin sans doute beaucoup d'humeurs à expurger - et une certaine lassitude à ne trouver depuis des semaines le plaisir que de ma main.

Et ma foi, permets-moi de commencer mes comptes-rendus par cette soirée, car elle m'a été assez divertissante, quoique loin de correspondre à l'idée que je m'en faisais initialement.

Tu le sais, pour moi, le sauna, c'est deux ou trois fois dans l'année, rarement plus. Les images et les sensations que j'en retire ont cette intensité-là, qu'elle suffisent à me nourrir pour tout un trimestre. Et je pense qu'en dépit de tout, j'associe à ces lieux, encore, une image de dépravation suspicieuse, qui suffit ensuite à m'en éloigner pour des mois. J'ai l'incartade sexuelle coupable. Ça t'étonne ?

La soirée de samedi n'a pas échappé à cette règle.

J'avais commencé tôt par une première déambulation, infertile mais envoûtante, dans les vapeurs du hammam. Un peu plus tard, sur la banquette de carreaux émaillés, je trouvais un homme fin aux traits persans, qui délaissa un rival pour se clouer dans mon regard et solliciter d'un membre vigoureux ma bouche avide. Je m'en emplis puis m'en lassai.

mb%2B(8).jpgPlus tard encore, un autre, aperçu dans les douches en chassé-croisé, "Patrick" me dira-t-il plus tard quand je lui savonnerai le dos, le même regard sûr, l'abdomen sec comme je les aime, vint me rejoindre dans les vapeurs auprès d'un éphèbe alangui, entraînant dans son sillage deux autres individus, tous bien faits. Ainsi enveloppés dans la chaleur ouatée, à peine isolés dans un angle ouvert, nous avons partouzé, softement, en caresses et en baisers croisés, en douces fellations. Patrick jouit de ma main en m'embrassant tendrement, tandis que les trois autres nous entouraient d'attentions intimes.

C'est après cet épisode que je rencontrai Manuel. Dans la piscine. Il faut dire que le Sun-city ne manque pas de recoins et de niveaux, je m'y suis plusieurs fois perdu et je faillis même ne pas y retrouver mon casier. La piscine se trouve près du bar. L'eau y est assez chaude, mais on y croise peu de monde. Nous y étions à peine trois, je me dirigeais intuitivement vers celui qui me paraissait le plus beau. Il s'approcha presque immédiatement. Sensiblement plus jeune que je ne l'avais imaginé de prime abord, avec sa barbe d'une semaine, il m'a vouvoyé. "C'est agréable, la nudité, vous ne trouvez pas ?" Je lui dit que s'il aimait la nudité en piscine, il y avait à Paris des nocturnes naturistes à Roger Le Gall, mais il me dit qu'il était timide, que ce n'est pas parce qu'il en parlait, ou qu'il la pratiquait là, ce soir, que c'était forcément quelque chose de simple à vivre pour lui. Nous étions dans l'eau l'un en face de l'autre, il esquivait les mouvements qui pouvaient lui faire penser que je cherchais à le toucher. Il installa entre nous un jeu trouble. Fait de distances et de sourires. Qui dura.

Mais il est tard, je crois que j'en parlerai mieux demain.

03 décembre 2009

le cache-sexe

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C'est un carré de coton ourlé, de trente centimètres sur trente environ. Il a la texture d'un drap, plus ou moins rèche selon le nombre de lavages qui lui ont été infligés. En sa partie supérieure, de part et d'autre, il est prolongé d'un lacet de coton qui permet de se l'attacher au niveau des reins. Une autre lanière, plus courte et cousue en boucle, permet qu'on y accroche sa clé, ou le jeton témoin de la cabine-vestiaire.

Par dessus un pantalon noir, on pourrait croire qu'il s'agit d'un tablier de garçon de café. Mais autour de la taille d'hommes nus, ça devient un cache-sexe, et c'est un artifice typique des bains turcs de Budapest.

Ce pagne ne dissimule pas tant la nudité qu'il ne la souligne. Les fesses laissées rebondies sans écran irradient. Humide, il devient transparent pour les zones en contact, et laisse parfois transparaître des organes palpitants. Immergé dans les eaux tièdes et érotique, aux vertus délicieuses, il flotte au grè des pas, dévoilant plus intimement les sexes, feutrés et troubles. Sur le banc des hammams ou dans la cabine du sauna, il pivote parfois vers l'arrière du corps pour constituer une futile barrière d'hygiène entre le siège et les fesses, laissant alors les sexes libres à la vue et au désir.

Imbibé d'eau, ramené en boule vers l'avant, chiffonné et pesant, il a le pouvoir gravitaire d'éclipser une érection naissante et te laisse déambuler dignement entre les bassins.

Ce sont ces sensations qui débridèrent mes fantasmes il y a quatorze ans, alors que je commençais une nouvelle vie à Budapest. Au milieu de volutes apaisantes, les mouvements lents, quasi aplasiques de corps ouatés, dont certains ignorants de leur magnificence, et d'autres défiant leurs ingrates difformités, je me nourrissais un imaginaire nouveau, lui vouais une gestation impatiente puis franchissais l'hymen de ma réalité.

hammam_019.jpgC'est dans l'inchangé de cette tenue et de ces atmosphères que douze années plus tard, à la toute fin de l'un de mes séjours annuels en Hongrie, je le rencontrais. Dans la même tenue d'Adam moderne. Le crane rasé en guise de pomme. La peau glabre, le regard noisette derrière un oeil rieur, le sourire en demande. Un grain de beauté au dessus de la lèvre droite. Et le pagne, bien-sûr, noué autour de la taille.

Il n'était pas d'ici, il n'était plus de là-bas, il vivait à Paris, il lui plut que je bandasse pour lui et nous tâchâmes de nous isoler, choisissant sans doute l'endroit le moins propice à cela et provoquant du même coup le courroux du gardien des lieux.

Nous déguerpîmes sans demander notre reste, sans même regarder la pierre, les yeux rivés sur nos pieds respectifs, chassés comme des mal-propres, troublés dans notre orgueil, frustrés jusqu'aux os et aux eaux.

Il eût aimé, lorsque nous nous retrouvâmes un peu plus tard sur le quai du tramway, que je lui disse être un homme libre. Las, nous nous séparâmes après avoir tout juste donné l'un à l'autre, un petit bécot, une adresse mail et un numéro de téléphone.

Il lui fallut ensuite quatre mois, de mails en mails, pour obtenir de moi un nouveau rendez-vous. Je le racontais là, c'était au café de l'Industrie, il y a tout juste deux ans aujourd'hui. Il lui fallut une heure pour obtenir que ma main se posât à nouveau sur la sienne. Puis il me conduisit chez lui, nous marchâmes main dans la main un bon quart d'heure - et rien que cela déjà me bouleversa. J'aimais la casquette qu'il portait. Son dos, depuis, s'était réveillé à son souvenir.

Sitôt arrivé chez lui, après une première étreinte, il me demanda de me dévêtir et de fermer les yeux. J'attendais debout quelques minutes au milieu de sa pièce unique. J'entendais des bruits d'eau venir de la salle de bain. Je commençais à avoir un peu froid, son rituel se prolongeait, mais je bandais toujours, nu, au milieu de sa pièce. Puis soudain, je le sentis s'approcher. Le contact cinglant avec un tissu humide me sortit de mon attente. Il m'accrochait autour de la taille le cache-sexe de Budapest, s'en était affublé d'un lui-même, et il entreprit de conclure proprement la rencontre inachevée. Il gravissait la montagne d'orgueil d'où nous avions dévalé l'été précédent, et si cette attention me fit débander un court instant, par l'inconfort de l'attirail froid, s'engouffrait en moi une chose imperceptible, une petite graine, un germe presque, qui n'était autre que celui de l'amour.

Il m'a redit très récemment que ce jour-là, il avait été terriblement excité. Et si deux ans ont passé, moi je demeure excité quand je le regarde, excité par la chaleur de sa main quand il me touche et le glabre de sa peau quand il murmure, par le riant de son sourire quand il sourit. En dépit de lui, même gravement altéré dans son tain, même dispersé en morceaux épars, il demeure pour moi, qui depuis peu avance sans cache-sexe, un miroir magnifique.

10 novembre 2009

histoire de murs (3) des dominos dans la tête

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histoire de murs (1) un de perdu, 17 de retrouvés

histoire de murs (2) les murs de nos hontes

(une suite)

Je ne sais pas si tu as remarqué, mais il y a une chose étrange : on dit que les Allemands de l'est ont gagné la liberté en entrant dans Berlin ouest. Comme s'ils avaient été enfermés, eux, dans un étroit huis clos, tandis que Berlin-ouest aurait été un espace d'horizons infinis. Or la géographie des lieux ne t'a évidemment pas échappé. C'est bien Berlin-ouest qui était cernée d'un mur. Berlin-est n'était au fond que la capitale de la RDA, ouverte sur le reste du pays, aux larges frontières perméables vers la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, ou même la Grande Union soviétique.

Pourtant, c'est pénétrer dans le sanctuaire de Berlin-ouest, c'est à dire dans un réduit de quelques kilomètres carrés, qui représentait une libération... étrange, non ? Comme pour ces Africains venus des immensités sub-sahariennes, pour qui franchir la limite des enclaves de Ceuta ou de Melilla revenait à s'ouvrir à l'Europe.

240px-Aqua1klein.jpgAu fond, le sentiment d'enfermement a peu à voir avec la géographie réelle. La claustrophobie est d'abord une construction mentale, ou la réaction mentale à une représentation abstraite. En entrant à Berlin-ouest, je ne gagne la liberté que parce que je m'imagine que je vais désormais, tout en restant moi, m'affranchir des interdits. Rester moi avec mes diplômes, mon travail, les lieux de loisirs que j'affectionne, les relations sociales où je me gratifie, mais en prime avec le droit de voyager vers l'ouest à ma guise, de visiter Paris et sa Tour Eiffel, d'acheter des jeans de marque et des chaussures à la mode, sans doute d'épater ainsi mes potes et élever encore mon estime de moi. Évidemment, si la liberté porte en elle la concurrence, des risques d'exclusion, la perte de considération, le stress et l'angoisse du lendemain, alors j'y réfléchis à deux fois : est-ce que l'on ne me propose pas déjà un nouvel enfermement ?

Mais bon, la liberté est rarement livrée avec le manuel d'utilisation. Ni même la migration d'ailleurs.

Moi j'ai fait le choix d'être libre quand j'ai accepté de bander en regardant des hommes, puis quand j'en ai laissés me toucher, et enfin quand j'en ai conviés chez moi. Cette liberté dépassait tout le reste - la vie m'avait pourtant réservé déjà un sacré lot de réussites et de reconnaissance. Mais cette liberté-là les surpassait toutes.

Moi aussi, après quelques semaines de vertige, j'ai alors fait tomber par pans dans ma tête un mur de silence comme un jeu de dominos : en quarante huit heures, mon coming out auprès de ma copine se répandit sur mes collègues de travail, mes camarades de combat, ma mère et tout le reste de la famille. J'envahissais le monde libre avec tout ce que mon moi comptait de traband, de drapeaux et de personnalités multicolores. Je visitais tous les lieux de drague, je tentais toutes les expériences, mille bites traversèrent mon cul ou ma bouche en quelques semaines. A tel point que je crus un temps, me fermant, au coeur de cette délivrance, à tous les autres paramètres de la vie, m'isoler dans un nouveau ghetto. Le risque était là et j'ai su l'esquiver, peut-être parce que j'avais justement assez vécu pour ne pas laisser d'autres murs se dresser dans ma tête. J'aurais pu y sombrer, pour autant je n'aurais pas permis à quiconque de m'empêcher d'accéder à cette adolescence tardive.

Je me demande souvent d'ailleurs comment des homosexuels est-allemands ont appréhendé les lieux de baise de Berlin-ouest, que l'on décrivait parmi les plus trash du monde. On a été repu de témoignages, ces derniers temps, mais quid des pédés de l'est ? Ils ont du se précipiter pourtant dans l'underground occidental : ont-ils été conquis par les golden shower, les jeux de soumission, l'usage de drogues à bander ?... ou écœurés, dégoûtés par cet univers révélé, préférant les parties de touche-pipi à la papa dans l'alcôve des clubs de sport ou des casernes ? Où se situaient donc leurs barrières mentales ?...

Il y a ainsi de grands blancs dans ces célébrations, sans doute parce que la fête doit rester nette, et qu'il ne faudrait pas confondre toutes les libertés. Ni toutes les histoires.

Nous sommes donc désormais dans un monde libre. Unilatéralement libre. Unipôlairement libre.

Et pourtant, qu'il est dur de regarder l'Africain autrement qu'avec nos yeux du colonisateur. La femme Frédéric Gaillard - Peser.jpgadultère autrement qu'en salope, le chômeur de longue durée, ou l'artiste, autrement qu'en parasite. Il est surtout dur pour chacun d'eux de se considérer en dehors de ce regard pesant ou supposé. Nos représentations ont la vie dure, et les barrières intérieures, ou plutôt intériorisées, sont des murs bien plus solides dans nos têtes, bien plus fiables que les murs de béton. Ce sont nos murs du silence...

A propos, as-tu vu comme ils se ressemblent, à un demi siècle d'intervalle, les murs de Berlin et de la Palestine : mêmes lés de béton, mêmes méthodes d'assemblage, mêmes rendez-vous d'artistes. Certains Palestiniens ont même tenté d'y faire une brêche, ces jours-si. Ils se sont juste heurté à l'indifférence du monde. Pourtant, je suis sûr qu'il y a quelques Palestiniens qui aimeraient bien aller faire du lêche-zbab du côté des bars enfumés de Tel-Aviv... Ont-ils démérité pour qu'on le leur dénie ?

07 octobre 2009

ne confondons pas islam et homophobie

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Une bien triste histoire d'homophobie dans le foot est en train d'alimenter une bien triste campagne d'islamophobie. Suivez mon regard...

A l'origine, la pitoyable décision d'un club de foot de Créteil, inscrit à la coupe de France du foot-loisir de refuser de disputer un match contre le Paris Foot Gay, prétextant des "convictions" de "musulmans pratiquants". Et hop ! Voilà qu'on nous refait le coup de la burqa...

L'homophobie dans le sport, dans le football en particulier, n'est hélas pas l'apanage du Créteil Bébel. Le Paris Foot Gay lui même anime et soutient, par son objet même, la lutte contre les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle dans les milieux du football. Et il y a du travail.

Il a noté, par exemple, que la Fédération française de foot n'a toujours pas inscrit l'homophobie dans la liste des discriminations à proscrire dans les stades, qu'un seul acte homophobe, à ce jour, a été condamné dans un stade. Il révèle que pour un joueur, vivre librement son homosexualité sans avoir besoin de se cacher est une gageure, au point que jusqu’à présent, personne ne s’y est aventuré... et pire, que certains équipementiers demanderaient aux professionnels concernés de ne surtout pas dévoiler leur « secret ». Il rappelle en outre que chez les 15/25 ans pourtant, la découverte de leur homosexualité et la crainte de l’homophobie constituent un des principaux facteurs de risque de suicide.

Ce combat est donc légitime, vital, et mérite d'être soutenu sans réserve pour continuer à faire évoluer les mentalités et abattre les archaïsmes : rien n'est jamais acquis, dans ce domaine comme dans les autres.

h-20-1715993-1254139272.jpgMais la tournure qu'a prise cette affaire, et le buzz médiatique qui l'entoure, a quelque chose de dérangeant parce que, de rebonds en ricochets, de blogs en articles de presse, c'est encore une fois le procès de l'islam, et donc des musulmans, dans un joyeux amalgame à faire bander les conservateurs catholiques et autres racistes de tout poil, qui s'est peu à peu substitué au débat sur l'homophobie dans le sport.

En ce qui me concerne, je me souviens que c'est à Alep, en Syrie, dans mes tendres années, que j'ai pour la première fois ressenti le regard d'un homme sur moi, que c'est sur des chansons d'Oum Kalthoum qu'il m'arrive de baiser, sans retenue, dans le sauna gay du Ryad. Et je voudrais bien que celui qui, dans le hammam de la grande Mosquée de Paris, ne s'est jamais livré à de discrets attouchements me jette la première pierre !

Thomas Pitrel a pondu hier un excellent article sur ce sujet, qui constitue une salutaire mise en garde, et un rappel de ce que les jeunes musulmans ou d'origine musulmane, sont eux-même régulièrement stigmatisés pour ce qu'ils sont et n'ont nul besoin de l'être d'avantage sauf à se voir définitivement enfermés dans l'univers de la cité, où l'homophobie n'est hélas pas le seul travers...

J'ai hâte, d'ailleurs, de lire ce livre de Brahim Naït-Balk, paru cette semaine, Être homo dans la cité, où il témoigne de comment, musulman, il a enduré un double martyre parce qu'il n'était pas, dans sa banlieue, la figure type du mâle fouteux...

Autrement, puisque l'on parle foot et parce qu'il est urgent qu'on inverse les regards, je te propose de revoir ce petit bijou :



07 août 2009

Lajos Batthyány, ou la débandade hongroise

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Il avait 42 ans quand ils l'ont assassiné. Premier Président du Conseil d'une Hongrie qui s'essayait républicaine et indépendante. Entre 1848 et 1849. Ce n'était pas rien, pour cette nation, de s'affranchir d'un même mouvement du joug féodal et du joug impérial. Ni pour ce jeune homme issu d'une famille noble de prendre le parti des républicains. Il y avait alors de puissants courants de pensée qui donnaient corps à ces rêves, des artistes s'engageaient, des poètes regardaient l'Europe et lui vouaient un avenir.

C'était le Printemps des peuples, dont le vent avait pris naissance en France. Partout, des révolutions libérales, à qui il manquait de reconnaître leur place aux ouvriers, ce qui inspira à Marx et à Engels le Manifeste du Parti communiste, qu'ils publièrent, anachroniques visionnaires, à cette même époque.

De quelle utopie ils étaient capables nos Victor Hugo, Sándor Petőfi et toutes cette intelligentsia qui ne se résolvait pas à l'enterrement des Lumières ! L'armée des Habsbourg fit appel aux armées du Tsar pour écraser la République hongroise naissante, mais l'Empire austro-hongrois ne serait plus jamais le même, la Hongrie avait conquis sa maturité, et la nouvelle position qu'elle occupait dans l'Empire lui permettrait de jouer les premiers rôles dans le développement bourgeois de la fin du XIXè siècle. Le millénaire de la Hongrie serait célébré avec un faste incroyable en 1896, avec une Exposition Universelle, la première ligne de métro d'Europe continentale, de grandes artères et un raffinement qui font encore le cachet du Pest d'aujourd'hui...

Au fond, si l'Empire n'avait pas été du mauvais côté du manche pendant la Première guerre mondiale, et si - cruelle humiliation infligée aux perdants - la Hongrie n'avait pas été dépecée des deux tiers de son territoire, qui sait quel rôle elle occuperait aujourd'hui en Europe ?

Mais c'est ainsi. L'indépendance fut écrasée en 1849, Batthyány fut exécuté le 6 octobre, et la Hongrie perdit la guerre. Par dessus le marché, une guerre plus tard, elle fut mise au régime Traband et komsomols.

Il reste de ces époques des vestiges.IMG_3693.JPG

La place Batthyány, à Budapest, est de fait l'une des plus intéressantes. Située sur le bord du Danube, ouverte sur lui, elle fait face au Parlement sur la rive opposée, et c'est de là que l'on peut en apprécier le mieux son architecture victorienne dans toute ses dimensions. Une petite  église pittoresque côtoie une halle de marché en brique, et la statue de Janos Batthyány se dresse comme à la proue d'un navire.

C'est près d'elle que m'a rejoint Attila, mardi soir, et que nous avons bu un verre sur la terrasse du café Angelina. C'est drôle, notre moyenne d'âge était justement de 42 ans : l'âge des martyres !

Attila, je l'avais rencontré aux bains Szechény l'avant veille, avais approché mon transat du sien après avoir constaté son attirance, et avait pris plaisir à lui caresser les jambes et le torse. J'avais compris qu'il n'était pas adepte des petits coups consommés sur place. Nous n'avions pas parlé, sauf lorsque je dus partir pour un dîner chez belle-maman ! Le hasard avait voulu que nous nous rencontrions le lendemain sur une autre terrasse, à Palatinus. Cette fois, je lui avais offert de nous retrouver le lendemain pour passer une soirée ensemble, il avait accepté et nous y étions.

Il avait en lui beaucoup de douceur, qui parfois confinait au flegme et qui n'était pas toujours simple à interpréter. Nous avons parlé moitié en hongrois, moitié en anglais. Il venait de passer une dizaine de jours en Croatie. Tiens, à Trogir, justement, où j'avais été moi-même en vacances l'année de la canicule, en 2003. Nous avons aussi confronté nos expériences d'appendicites. J'en avais moi une marque laide et boursouflée, à cause d'une péritonite évitée de justesse en 88. Lui avait été opéré durant des vacances en Égypte, il y a trois ans. Mais une infection subite lui avait valu de retourner sur le billard une semaine plus tard, il en portait une cicatrice discrète mais spectaculaire, verticale, au milieu du ventre.

Je te parle d'Attila parce qu'il s'est produit une chose troublante, que je redoutais un peu. Alors que nous étions chez lui en pleine étreinte, je me suis mis à penser au billet que j'allais en faire pour ce blog. A sa structure, à la petite page d'histoire avec laquelle j'avais envisagé de l'introduire, dès la lecture au pied de sa statue des dates de naissance et de mort de Batthyány, à nos deux rencontres précédentes dans un contexte naturiste, à certains détails de son anatomie : ses cicatrices, la tâche de vin brune qu'il lui dévorait le flanc, ses testicules qui lui pendaient à mi-cuisse.

brutos11754.jpgCes pensées me faisaient débander, et cet épisode-même vint aussitôt trouver place dans mon projet de billet, me piégeant dans un dérisoire cercle vicieux. Cela m'était déjà arrivé une fois dans un sauna parisien. Et je n'aime pas du tout ce sentiment d'être ainsi dominé par mon sujet, l'impression de ne plus vivre les choses pour ce qu'elles sont mais pour pour ce que je pourrais en dire.

Curieusement, lui-même s'excusait de ne pas avoir d'érection plus vaillante, et mettait sa défaillance sur le compte de la fatigue. Il se mit à me parler de son petit copain, Zoltan, avec qui il était dans une relation "ouverte" qui ne l'épanouissait pas. Une relation d'un an, qui n'a jamais connu de phase fusionnelle. Je lui ai parlé de ma relation avec Igor, vieille de maintenant presque douze ans, et qui en était à sa phase... comment la qualifier, tiens, ma phase avec Igor ? ce sera peut-être l'objet d'un prochain billet...

Il m'a aussi appris à dire "caresser" en hongrois : simogatni. En parlant ainsi, en l'écoutant, en caressant ses mains solides et ses larges épaules, en laissant mes lèvres trainer sur ses bras et sur son cou, j'ai enfin recommencé à bander, et il a souhaité que je jouisse avant de le quitter.

Nous avons prévu de nous revoir ce soir.