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10 janvier 2008

Moi et les bi

 

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C'est bizarre, mais au détour de la préparation d'un petit billet-bilan sur moi-même l'autre jour, il m'est apparu cette chose, au demeurant assez accessoire : que j'étais surtout attiré par les mecs bi. Bon, je ne parle pas des rencontres occasionnelles, celles qui se jouent sur un regard dans un café, ou sur une érection dans un vestiaire. Parce que là, évidemment, l'état civil n'apparaissant pas dans le bleu de l'oeil, et n'étant pas non plus tatoué sur la peau... Non, je parle des rencontres provoquées. Celles où tu fouines, où tu navigues sur le Web, où tu te laisses emballer par un discours, un style, une démarche... Et force est de constater qu'assez régulièrement, dans ce cas-là, je me retrouve nez-à-nez avec des hommes qui se revendiquent bisexuels.

WajDi a été le premier, avec son pouvoir magnétique à faire chavirer n'importe qui, et qui m'a pris dans la toile de la blogosphère pour longtemps. Après lui, il y a eu Boby. Plus qu'un bi-sexuel, un homo qui a épousé une femme, et l'a aimée toute sa vie dans la transparence totale de sa sexualité. Puis il y a Christophe, marié et père, lui aussi, mais qui a su s'aménager des espaces de liberté pour jouir des hommes. Il y a aussi B. alias Fred, rencontré lors d'un plan-cam (les initiés reconnaitront) et devenu correspondant régulier sur MSN, désormais ami, "pote de l'intime" - lui encore amoureux de sa femme, en quête d'enfants, mais surtout attiré par les hommes. Il y a Marco, aussi, qui tient un blog pour exorciser ses rencontres masculines extra-conjugales, mais qui trouve le moyen de tomber amoureux... d'une autre femme. Il y a Madeleine, qui dit vivre ouvertement sa bisexualité vis à vis de sa meuf, mais dont tout dit qu'il n'a pas fini de se chercher lui-même. Il y a Jean-Luc, rencontré lors d'un plan cam, lui aussi, qui a traversé la France au décès de sa femme, pour se rapprocher de son ami dans le sud, lui aussi marié, qui brûle de dire la vérité à son fils de dix-huit ans, mais n'en a pas encore trouvé le courage. Une histoire à la Brockeback Mountain...

Mon propos n'est pas ici d'essayer d'analyser la bisexualité, peut-être d'ailleurs parce qu'elle n'est pas à comprendre. ae62ad47c6221c0416d13d4900934ab8.jpgElle est, point. Et elle est plurielle, à ce qui semble. Mais je m'interroge sur moi : pourquoi j'ai cette attirance.

Que ce soit bien entendu entre-nous, le sujet ici, c'est bien moi : mes réactions, ma façon de donner de l'importance à cette chose. Ce n'est pas la chose elle-même. Ne me refais pas le coup de la porte de la salle de bain (voir ici), où tu t'es acharné à m'expliquer que le recours de mon frère à la pudeur n'était que trés normal, alors que je ne m'interrogeais que sur le pourquoi de ma réaction démesurée par rapport à cette étape de l'enfance.

J'en reviens donc à cette question : qu'est-ce que je peux bien chercher en allant à la rencontre de ces hommes ? Et là, je veux bien que tu m'aides à comprendre. Est-ce retrouver mon histoire ? Est-ce convaincre - par la preuve de mon histoire - qu'ils sont gays sans s'assumer ? Est-ce protéger ma relation en rencontrant des hommes inaccessibles, enfermés dans des secrets plus grands qu'eux, de toute façon indépassables ? Est-ce me rassurer à travers des formes plus riches et plus complexes de sexualités ? Est-ce l'illusion de séductions plus puissantes parce que tournées aussi vers les femmes ? Comme avec de la virilité en plus ?

Est-ce simplement avancer vers un fantasme assez commun chez les gays : emballer des hétéros ?...

 

19 novembre 2007

Ces femmes que j'ai malmenées

Alors ça, ça reste le truc qui m’intrigue vraiment : la bisexualité. Elle rentre pas dans mes cases. Quand je dis ça, attention, ça ne veut pas dire que j’y connais rien. Quatorze ans, je suis resté quatorze ans avec des meufs : deux relations. La première, elle a duré six ans. b05a9f4aeea1e31a14bcc67d871cf5b9.jpgUne Libanaise. Ma première expérience sexuelle, pour elle aussi, puis une première longue vie de couple. Je sais aujourd’hui – et au fond de moi je l’ai toujours su – que j’étais avec elle pour être en fait avec ces jeunes et beaux Libanais que la guerre crachait vers nos facs au milieu des années 80. Ils étaient sensibles, à fleur de peau, mais pétris d’un vécu qui me fascinait. Auprès d’eux, j’ai appris beaucoup de la vie, et me suis ouvert aux cultures arabes. Avec elle, je croyais me lier à eux pour toujours.

Ma deuxième expérience, c’est avec ma Bretonne : huit ans elle a duré, quand je suis venu m’installer en région parisienne. On a rompu quand je lui ai annoncé que j’avais découvert que j’étais homo et que seuls les garçons m'attiraient. Elle a souffert, mais a accepté, et au fond ça l’a soulagée parce que ça battait de l’aile depuis longtemps, surtout au lit. Du coup elle n’était plus en cause.

Evidemment mon attirance soudaine pour les garçons était une fable. C’est vrai qu'à notre rupture, mon passage à l’acte était encore récent, mais j’avais depuis tout petit fantasmé sur les mecs nus. J’avais lu dans une Encyclopédie de la vie sexuelle, que mes parents - c'était des modernes - laissaient discrètement à notre disposition, mon frère et moi, que si ce genre d’attirances existait, généralement, elles passaient. Alors j’attendais que ça passe. Et ça durait, et je souffrais. Et je m’obligeais, en me branlant, à me représenter des meufs, et chaque fois un mec s’immisçait dans ma rêverie, mais au moins, tant qu’il y avait une meuf, je pouvais me croire sur la bonne voie.

ff217c22a1013f3f3f9e0611bfa48fb8.jpgBref, il m’a fallu 15 ou 20 ans pour m’assumer, dont quatorze ans en couple… Des enfants, j’ai toujours résisté : et là, la pression a été forte à chaque fois : de l’entourage, et surtout de mes compagnes. C’est d’ailleurs cette pression qui a accéléré la fin, dans les deux cas : j’aurais eu l’impression qu’ils auraient été les enfants du mensonge. Ou qu’ils auraient rendu à tout jamais impossible ce coming out, certes tardif, mais qui tout au long de cet enfermement restait néanmoins possible tant qu’il n’y avait pas de môme. Aujourd’hui que je m’assume, que je vis en couple avec un autre homme, je regrette de n’avoir pas d’enfant. J'en reparlerai. J’aurais aimé voir grandir un p’tit bout. Lui permettre de comprendre, à travers le parcours de son propre père,  qui l’aurait aimé comme personne, toute la complexité de la vie, des sentiments, des sexualités. Fiso a écrit un beau billet (ici) sur l'homoparentalité.

Quand je dis que ça rentre pas dans mes cases, c’est peut-être là que je me plante, et que je suis prisonnier de mon vécu  à moi : je me dis, dans le bi, y’a la partie sociale, le paravent qui permet l’intégration, la socialisation, l’acceptation de soi – d’un soi faux, mais d’un soi quand même - par tous, familles et cercles divers ; et y’a la partie vraie, où y’a l’éclate, parce qu’il faut bien que le corps exulte… Boby a parfois semblé dire le contraire, mais ça reste pour moi une énigme, et je ne peux m’empêcher de penser que la bisexualité – assumée comme dans son cas, ou cachée comme dans celui de WajDi – est surtout le prétexte à conserver une branche de normalité sur laquelle s’asseoir, le résidu, en quelque sorte, d’une homophobie intériorisée, d'un conformisme de façade.

Je me suis déjà pris une volée de bois vert à ce sujet avec WajDi, donc je le lui redis par précaution : oui, tout celà n'est qu'une lecture, fausse comme toutes les lectures, induite par ma propre histoire.

 

18 novembre 2007

Boby, parce que la vie en vaut la peine

Boby. Le troisième par qui ce blog arriva. L'autre lecteur-blogueur qui m'a poussé à me lancer. Après lui, c'est promis, j'arrête pour un temps de faire dans la galerie de portraits... Comment raconter Boby en trois paragraphes, alors qu'il se raconte, lui, en un blog qui fait deux volumes de la Péïade à lui tout seul ? Et par où commencer ? Sa bisexualité étrange, qui n'en est pas vraiment une,  puisqu'il vit avec la femme qu'il aime depuis 37 ans, mais qu'il assume totalement et avec transparence son homosexualité, auprès d'elle comme auprès de ses enfants ?
Par les sentiments coupables qui le poursuivent, du coup, dans ses rapports à sa famille ? Par l'abnégation qui est la sienne en ces jours difficiles où il accompagne le départ de sa femme, en phase terminale d'un cancer ?
Par son projet fou, assumé lui aussi, annoncé, de partir avec elle, parce qu'à 62 ans, la seule chose qu'il n'arrive pas à assumer, c'est sa "vieillesse" ? Par l'embarras où il me met, moi, Fiso, et tous ses lecteurs, à avoir à connaître ce projet et à devoir vivre avec ça ? Peut-être est-ce par là que je vais commencer...

A cause de tout ça, Boby sera un personnage récurrent de ce blog. Parler de lui, pour le convaincre toujours qu'il existe, même au delà de sa femme, que son existence même répond à un besoin, et d'abord celui de ses enfants. Je dirais même, parce que j'ai trop été trop touché par cet homme pour ne pas l'aimer profondément, que ce sera une fonction de ce blog : le garder, lui, vivant.
Je ne résiste pas à l'envie de reproduire ici un commentaire que je lui adressais en septembre dernier, en réaction à un billet cynique et désespéré, parce que j'aimerais savoir faire résonner mon blog à ses oreilles avec cette tripe-là, que j'avais su sortir de moi ce jour-là :
"Boby, le cynisme te va mal. Redeviens l'éveilleur de conscience que tu as été. Ne te complais pas. Regarde WajDi. Ne vois tu pas en lui celui que tu étais il y a 35 ans. Sans doute la ressemblance est diffuse, parce qu'il est un Boby d'un autre temps, d'un autre milieu, avec d'autres origines.
Mais au fond, cette foi, cet engagement, ce refus d'abdiquer, cette posture de combat, ce gout de la transmission, de l'éducation, cette main tendue au plus faible... n'y reconnais-tu rien qui fut à toi ? Boby, à 27 ans,
WajDi court déjà derrière son adolescence. A 42 ans, je poursuis les traces de mes trentes glorieuses, à 50 ans je pleurerai ces jours sereins de la quarantaine comme toi à 60 tu pourchasses une jeunesse inaccessible... C'est comme ça, merde ! On a tous et toujours perdu à jamais des choses précieuses avec le temps qui passe. Mais regarde le monde ! Regarde les jeunes gens rire et s'aimer, regarde les adolescents perdus dans leur insolence ou dans leur insouciance... Les chappes Bush et Sarko sont tellement loin des vies réelles telles qu'elles se construisent, par exemple dans ces amitiés silencieuses exaltées par WajDi. Oui elles pèsent, et des générations comme les nôtres, qui se sont données, qui y ont cru, et qui par dessus le marché se voient réduites par les ans, ont de quoi plonger dans la désespérence. Mais un WajDi ne te redonne-t-il pas un peu d'espoir ? Un peu de foi ? Un peu d'envie de voir se lever encore des consciences et des jeunesses orgueilleuses ?
Je ne te dis pas de devenir centenaire, Boby, je conçois qu'à l'état de légume, il est préférable de partir. Mais tu es ce qu'on appelle être jeune quand on meurt à cet âge.
Alors oui, le cul, c'est plus le même ! La belle affaire. Soulages-toi comme tu peux, chaque fois que tu en as besoin, et puis pars ! Pars voir la vie, parcours le monde, voyages, dans cette liberté que tu retrouveras, tristement, à la mort de M.. Vas au Vietnam, va en Afrique, ou voyages dans tes mots, montes à Paris et offres-toi des semaines de musée, les meilleurs restos, des combats de boxe ou des matchs de rugby... Putain, vis ! Pas survis, vis ! oui, ça en vaut la peine !
"

Je pensais l'avoir touché. Il m'avait juste répondu : "Et ton projet de blog, O., il en est où ?" Je l'avais atteint. Et il chemine aujourd'hui, sous la tendre pression de ses enfants.

16 novembre 2007

WajDi, hommage au guerrier

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D'abord, rendre à César ce qui lui appartient. C'est par ce WajDi-là, écrit comme ça avec un grand double V et un grand D, que tout a commencé. Moitié guerrier, moitié valet, j'étais tombé sur son blog par hasard fin mai. Encore assommé par le résultat désastreux des élections présidentielles, j'errais au petit matin, un samedi ou un dimanche, sur internet, à la recherche - c'est pas très glorieux - de photos de "mecs nus dans les vestiaires" (c’est pas un vice tellement pire qu’un autre !), et Google m'avait orienté sur lui ; un jeune boxeur, rebeu des cités à l'intelligence vive, partageant dans l'anonymat d'un blog les facettes complexes de sa personnalité et de sa sexualité.
J'avais d'abord eu une agréable surprise, comme celle que l’on a quand on croise le regard d'un mec débonnaire, souriant, qui s’offre le luxe d’une œillade : alors j'ai eu l'envie de me retourner pour voir si y’avait plus à en tirer…

Et puis peu à peu cette nécessité s'était imposée : y revenir, y revenir encore, jusqu'à me découvrir accroc à son blog - ou pire : amoureux du bonhomme ! Je m'étais rassuré, me disant que c'était normal, qu'il y avait du suspens dans ses histoires, que ses plans avec un certain Jason, un Cyprien ou un Yohan étaient encore en plein processus... Mais assez vite, après quelques visites, je m'étais rendu compte que le récit des plans sexe, ce n'était plus vraiment ce que je cherchais : ses conquêtes comptaient peu en fait, ni ses stratégies pour les réaliser.

"Au risque de flatter ton narcissisme". C'est sous ce titre provocateur que le 9 juin, je lui adressais un premier commentaire :
"Le sentier où tu nous emmènes, c’est bien celui qui mène à toi, cette impression que l’on va arriver, que l’on doit arriver au bout du bout de toi. Au risque que cela t’échappe. Ton écriture est belle d’une générosité totale, pleine d’intimité, d’impudeur - et tu le comprends, ce n’est pas de sexe dont je parle."

Sincère pour sincère, à chacune de mes visites, il y avait une petite branlette, évidemment – histoire de croire l’espace de quelques soubresauts que j’avais bien accédé à la réalité de l’amitié où il se proposait de hisser ses lecteurs. Et puis derrière, la lecture patiente de pages nouvelles, ou de pages anciennes, était comme la caresse qui se prolonge à un amant que l’on a pris ou qui vous a pris. "Tu nous laisses, je lui écrivais ce jour-là, dans l’état où nous laissent les bons livres, ou les grands films, quand on a la rage de quitter des gens qu’on a aimé tant on s’y est identifié, même quand leur histoire est dure et leur univers cruel."


Des commentateurs comparaient notre boxeur à Jean Genet, ça me parlait. Alors, un peu présomptueux, j'ajoutais : "Ce qui est puissant chez Jean Genet, c’est cette façon de nous introduire avec puissance dans des lieux mal-famés, les bas-fonds des villes portuaires, le monde carcéral, de nous les faire aimer parce que les personnage y ont, dans leur crue réalité, dans leur cruauté même, une immense part d’humanité. Dès le premier jour, j’ai pensé moi aussi à Genet en te lisant. Une simplicité introspective et à l’affût, une distanciation, un regard à la fois suave et politique. Querelle de Brest, bien sûr, pour ajouter à la liste de tes références, mais surtout, surtout, le Captif amoureux : une épopée, qui de la cause palestinienne à la révolte des Panthères noires, aborde la réalité politique du monde avec un regard toujours charnel sur les hommes. J’aime comment tu embrasses toi aussi, parfois d’un simple balayage du regard comme dans l’appartement de Jason, le politique et le sexe."


Je découvrais avec lui une autre forme d’équilibre, de présence, et donc de force, où la pratique de la boxe jouait comme une autre affirmation de soi.

Je trouvais drôle d’intervenir ainsi dans son histoire. C’était intrusif, peut-être déplacé. Mais ça m'avait brûlé, alors je l'avais fait. Et ce jour-là, ce 9 juin, en déposant pour la première fois un commentaire sur un blog, j'avais mis le doigt dans une chose qui allait s'emballer, m'emporter, jusqu'à l'ouverture de mon propre blog. Voilà, Seigneur WajDi, Maître guerrier, justice est faite à César.