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30 avril 2008

avec un grand A (2)

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Patrick, et si l'amour avec un grand A était celui qui te rattrappe quand tu ne l'attends plus, qui joue au chat et à la souris, qui ne veut jamais totalement se dire, celui qui ne se risque pas pour ne pas se perdre. Un amour d'évidence et de crainte. Un amour que tu sais à portée de main, que ton instinct reconnait et que ta main protège.

Un amour où bander est accessoire, bien qu'il soit plein d'un désir fou, un amour né d'une magie où il se ressource sans cesse, d'une totale invraissemblance, comme d'un guêt-apens en négatif.

Un amour total, intégral, au devoir d'éternité. Un amour qui se soigne, qui se protège, qui se respecte, auquel tu te consacres sans retenue, conscient et inconscient coalisés, pour qu'il ne soit jamais longtemps en danger, que tu éprouves par intermittence pour qu'il ne soit jamais loin. Jamais loin d'être dit. Jamais loin d'être fait. Un que tu ne laisses j'amais s'estomper, que tu cherches à hisser toujours ailleurs. Un peu ta flamme olympique perso.

Et si c'était cette chose, tellement belle, tellement forte, pétrie de telles évidences, qu'elle pourrait s'accommoder de tout, du reste, des autres. Comme un boulet d'hélium, enchaîné à toi mais léger à te lever au ciel.

Mon amour avec un grand A pourrait être une galerie de portraits, je l'avais d'abord pensé comme ça. Mais il est en fait mon "état de l'âme". L'infini incarné dans l'instant présent. La certitude totale dans l'hésitation. Le fou d'Elsa dans un seul regard rieur. Il aurait pu être la relation que j'entretiens avec chacun de ceux, chacune de celles, que j'aime ou que j'ai aimé d'amour sincère. Tantôt physique, tantôt épistolaire, tantôt de simple mais absolue amitié ou de confondante fraternité. Il est plutôt la condition où je me mets pour leur donner une place à part.

Je file pour quatre jours vers Carcassonne. En toute irresponsabilité professionnelle. Des retrouvailles prévues de longue date avec d'anciens collègues. De ceux qui sont loin de ce blog et de ma vie.

L'homme qu'ils vont retrouver jeudi - mais ils n'en sauront rien - n'est plus le même. Il aime, il aime comme jamais. Il est aimé, aimé comme jamais. Il aime en grand, il aime en simple, il aime en haute définition, sans sophistication. Et il est aimé. De la même façon. Du Nord au Sud, du levant au couchant, du plancher des vaches aux cimes à hérons, des bords de lac au creux des lits, il aime vraiment comme il aimait à vingt ans. La douleur en moins. Il a trouvé le grand A. Il y croit. Il en croît.

l'amour avec un grand A (1)

12 avril 2008

inventer, pour ne pas mourir

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La mort d'un blog, c'est une souffrance. C'est aussi une déclaration d'abandon. C'est un acte de cruauté. Comme la plupart des gestes de la vie qui n'atteignent ni au droit ni à la dignité humaine, il ne se juge pas, il ne peut pas être jugé. Mais il se jauge, il s'éprouve, il se commente aussi sans doute. A-t-on ce droit-là ? A-t-on autant de pouvoir que ça ? Lâcher, du jour au lendemain, sur un coup de tête ou sur préméditation, des gens venus vers soi en ami ? En amant ? Des gens qui ont fait de ces partages intimes un peu de leur quotidien, ou beaucoup, leur rendez-vous de huit heure cinq ? Ai-je le droit, de façon unilatérale, de fermer d'un coup un espace que j'ai voulu accueillant, de faire disparaitre d'une formule magique les fauteuils sur lesquels des amis avaient pris place ? De déclarer le théâtre en faillite au milieu de la représentation ? En ai-je le droit, au seul motif que j'en suis le boss ?

Avant de décider l'ouverture de ce blog, j'étais "simple lecteur". J'avais trois univers où je passais chaque jour, plusieurs fois, suivre le fil des billets et des commentaires.

Je me suis épris de leurs auteurs, c'est à dire que je les ai aimés vraiment, d'un amour parfois déraisonnable. J'en ai conçu sans m'en rendre compte, des stratégies pour me rapprocher d'eux, m'en faire d'authentiques compagnons, l'ouverture de mon blog était un élément de ce parcours. Je me suis lancé pour eux. Pour eux, sans trop percevoir ce que je chamboulais de ma vie et de moi-même, je me suis jeté à l'eau.
Je ne peux pas concevoir avoir été lâché au milieu du gué dans ce cheminement. J'en aurais souffert incommensurablement. J'ai d'ailleurs hésité de longs mois avant l'ouverture de mon blog à partir de cette seule notion : celle de la responsabilité. Je savais - parce que je venais d'en vivre l'expérience - que du seul fait de l'ouverture du blog, dès le premier jour, avec le premier billet, je prenais une responsabilité. Vis à vis de toi, vers qui au fond j'avais envie d'aller à travers cette expérience. Je ne pouvais pas décider de me livrer, de te donner, de prendre aussi de toi, sans devenir comptable ou redevable à ton égard. Blogueur, "simple lecteur", déjà devenu intime, tu me l'as confirmé cette semaine à ta façon, avec malice et avec chaleur. Avec amour.

Donc je n'arrête pas. Désormais, nous vivons ensemble, nous mourrons ensemble. Évidemment, ça veut dire que je me dois d'accepter ta lassitude, tes égarements, tes infidélités, tes retours plus ou moins tonitruants. Et toi, tu es condamné à me voir sans faux-semblants, ou à moitié masqué par orgueil, à recevoir mes états d'âmes en pleine gueule, à admettre mon droit à la paresse et des passages à vide.

Bien sûr, il y a de nouvelles questions. Comme gérer les cercles, tiens. Ne rien en perdre, les articuler, les garder frais dans ma tête, ne 1295932640.jpgjamais laisser s'installer la lassitude, combattre la banalisation.

Je peux dire qu'avec mes compagnons de la première heure, j'ai réalisé mes objectifs. Ils sont dans ma vie, ils sont dans la vie, plus que je ne l'aurais espéré. Il y a désormais quelque chose de différent. Nous avons besoin d'inventer, comme des défis nouveaux à nous lancer qui n'appartiendront qu'à nous, pour que cette tension qui nous a tenus nous tienne encore malgré les distances, pour que ce cercle, ce premier cercle reste quelque chose d'unique, animé d'une envie exceptionnelle. Mais je veux aussi que nul qui nous observerait de l'extérieur ne puisse se sentir exclu. Notre ciment ne doit pas se dissoudre, il nous faut inventer d'autres énergies, d'autres contacts, des épisodes à écrire avec ou sans le regard des autres. Mais je veux aussi trouver l'intermodalité avec ces autres cercles devenus si chers, si denses, si engagés, si riches, si tendres, si aimant. Je vis mon blog comme un outil au service de ce projet.

Même si le temps n'est pas extensible à l'infini, même si le travail est quelque chose de suffoquant, même si dans les défis l'envie prévaut souvent sur la réalisation, je ne fermerai pas.

Pas seul, pas brutalement, pas tant que nous n'aurons décidé ensemble que l'aventure s'est épuisée.

09 avril 2008

avec un grand A (1)

free music

Bien sûr, nous eûmes des orages
Vingt ans d'amour, c'est l'amour fol
Mille fois tu pris ton bagage
Mille fois je pris mon envol
Et chaque meuble se souvient
Dans cette chambre sans berceau
Des éclats des vieilles tempêtes
Plus rien ne ressemblait à rien
Tu avais perdu le goût de l'eau
Et moi celui de la conquête

{Refrain:}
Mais mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime

Moi, je sais tous tes sortilèges
Tu sais tous mes envoûtements
Tu m'as gardé de pièges en pièges
Je t'ai perdue de temps en temps
Bien sûr tu pris quelques amants
Il fallait bien passer le temps
Il faut bien que le corps exulte
Finalement finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes

{Refrain}

Oh, mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore, tu sais, je t'aime

Et plus le temps nous fait cortège
Et plus le temps nous fait tourment
Mais n'est-ce pas le pire piège
Que vivre en paix pour des amants
Bien sûr tu pleures un peu moins tôt
Je me déchire un peu plus tard
Nous protégeons moins nos mystères
On laisse moins faire le hasard
On se méfie du fil de l'eau
Mais c'est toujours la tendre guerre

{Refrain}

Oh, mon amour...
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime.

08 avril 2008

sur un chemin d'étoiles et de fleurs

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Depuis toujours
depuis mille ans
de très loin
je les ai vus mes enfants
dans la lumière
dans le soleil
ils sont arrivés sur un chemin
d’étoiles et de fleurs
beaux comme des dieux
riant et chantant
portant dans leurs mains
les mots en vrac
pour écrire l’histoire
A.

Maman repart ce matin. Elle vient de passer dix jours à la maison. Comme toujours, nous ne nous sommes pas assez vus, pas assez parlé. Mais nous nous sommes pris plusieurs fois dans les bras pour nous dire notre amour de l'un pour l'autre.

C'est avant d'aller se coucher hier soir qu'elle m'a remis un petit recueil, dans lequel ce poème était inscrit de sa main avec une dédicace :

... à O., notre fils tant aimé.
je te dédis ce morceau de vie,
une histoire de quatre ans
au sein de laquelle
tu existais déjà...

Derrière, habilement montées, avec un soin d'artisan, alternant manuscrits scnannés et pages dactylographiées, s'ensuivent les lettres que papa lui envoyait de prison, et par pudeur, quelques extraits, rares, retravaillés en dentelière, des siennes. Elle me dit que j'étais déjà dans cette histoire. Sans doute. Mais cette histoire est de toute éternité en moi.

Maman, je t'aime.

 

05 février 2008

le mano à Manu

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Je t'ai souvent écrit que j'aimais la simplicité. La simplicité est au cœur de ma quête, parce qu'elle me manque, dans l'écriture comme dans le reste, parce qu'elle rime avec sincérité. Donc j'essaie de m'en impregner, de m'en imbiber, avec toujours le secret espoir de pouvoir en rendre. J'ai toujours aimé, chez WajDi par exemple, l'économie de mots avec laquelle il dit ses combats.

Ce qui suit ne relève pas de la simplicité, puisqu'il y est question d'amour. Il y a par contre une sincérité étonnante dans ce récit d'un... d'un quoi, d'ailleurs, d'un doute du quotidien, d'une presque mise en danger, de regards qui se testent, s'éprouvent et se raccrochent. D'une amertume à dépasser. La simplicité n'est pas non plus nécessairement dans les mots, mais dans le fait de se livrer ainsi, au grand jour.

Normal, elle résulte d'un auteur (un vrai, je veux dire, un qui publie), doté de pleins de talents, qui me bluffe à chaque apparition. Parce qu'avec toujours des choses toutes simples. Et puis il y a le commentaire en réponse, et tout aussi délicieux, de sa Sweet Life Partner, talentueuse auteure également. Le mano a mano de Manu à Manu. Ca s'appelle Parangon de lâcheté.

Il y avait même là un premier acte, Peut-on (mou)rir(e) de tout ?, qui vaut également le détour.

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b7428313803503c34ad4a219118d5865.jpg"Emmanuel", me dis-tu, "tu es lâche et je t'aime".

Que répondre à ça, sinon que les deux sont probables ? Et même que je pourrais me justifier, tiens. Te raconter à nouveau les quelques histoires d'amour qui m'ont grillé les neurones du cœur, les quelques rencontres qui m'ont fait croire que je pouvais les remplacer.

Te dire encore une fois qu'être amoureux pour moi c'est être malade, tendre vers un autre maquillé d'idéal et de manques pour éviter de tendre vers soi-même.

Te dire que non, je le jure, le quotidien ne m'aura pas - pas sans que je me sois battu façon Rambo pour défendre ma peau et mes doutes.

Peut-être que je suis un clown au bord de la nausée, au bord de dégueuler dans sa trompette. Peut-être que je suis un pervers, un malade mental, que je me suis inventé une foi pour excuser mes errances.

Peut-être que tout ça et je m'en fous.

Anton, Zadig et moi parlions du plaisir - après que quelques sirènes se furent déclenchées pour m'accuser d'être un mauvais père, un mauvais amant, un mauvais joueur et un pauvre bougre. Je leur disais que j'aurais aimé leur apprendre à vivre dans le plaisir, le simple plaisir de soi et du partage. Et que je m'en voulais souvent d'en être incapable.

Je balance quelques prières, à tout hasard. J'esquive les mouvements moraux qui me visent à la tête.

Toi ? Toi, je te trouve belle, drôle, émouvante, attachante. Nous faisons souvent des pas côte à côte - et souvent aussi, j'aimerais sauter dans le vide et te laisser seule sur le chemin. Je te laisserais un joli mot, des paroles qui danseraient dans le vent autour de toi pendant que tu marcherais seule. Des chansons, des poèmes - le reflet de ma voix qui te chante une chanson d'amour.

Parce que pour moi, visiblement (et j'aimerais bien savoir pourquoi) aimer c'est mourir ; parce que le moindre revers de bonheur me donne envie de sauter de la barque et de m'enfuir. Et que oui, je t'en veux de te tenir si près de moi que tu connais mes faiblesses et que tu me montres les tiennes.

Lâche, bien entendu. Aussi lâche qu'on peut être.

Et tout ça ne sont que des mots, qui sortent pour m'éviter de faire ce que j'ai à faire : t'appeler au téléphone, te faire rire.

Et aussi : je puise en toi la force d'avancer, de guérir, de créer.

Bon, et, d'accord, j'avais oublié samedi matin que cela faisait pile-poil un an que nous avions consommé physiquement pour la première fois notre relation, je sortais d'une nuit chiasseuse et j'avais encore sommeil : OK, j'aurais dû te faire l'amour avant que le réveil sonne, avant même que tu le demandes, façon prince charmant qui a mangé un étalon... Des fois, le désir, c'est con, ça oublie les anniversaires.

Je ne suis pas que lâche, je suis goujat aussi. Malheureusement, je m'en fous un peu.

Manu Causse-Plisson

et le commentaire d'Emmanuelle :

Être amoureux, c'est aussi se sentir mille quand au départ nous n'étions qu'un chacun. Ce n'est pas renoncer à soi, ni vouloir anéantir l'autre.

Le quotidien n'existe pas, ce n'est qu'une vue de l'esprit -mauvais esprit- que l'imagination peut tenir à l'écart.
Des anniversaires, il y en aura plein. La première fois que tu m'as fait chanter, la première fois que je t'ai vu abattu, la première fois que nous avons foulé le sol de nos ancêtres respectifs, la première fois que je t'ai fait honte dans un supermarché, la première fois que nous sommes passés à la télé, la première fois que tu m'offriras des fleurs (en pot pour qu'elles continuent de vivre), la première fois que tu enfileras une aiguille du premier coup...et non, on n'est pas obligés de faire l'amour à chaque fois. La goujate dans tout ça, c'était moi, pour des tas de raisons, petites et grandes, bonnes et mauvaises. Et alors, on s'en fout...
Je suis lâche et je t'aime.