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21 août 2008

retour sur une ode

 

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J'avais voulu mettre d'ultimes mots d'amour pour clore une belle histoire. A travers ces mots me mettre une dernière fois à nu et exorciser mon chagrin.

Je crois que j'avais réussi à y dire l'insondable de mon coeur avec des mots jolis.

Et puis je suis sorti de moi. J'ai voulu imaginer ce que j'aurais écris si j'avais eu de la rancoeur. J'ai voulu passer de l'autre côté du miroir flamboyant pour me regarder de côté. J'ai voulu me traîner dans la boue, me montrer dépouillé de toute dignité. Me laisser aller à une fausse haine et me bercer d'y croire. Dire des choses à l'inverse de ce que je suis et du regard que je porte sur les gens et le monde...

Ce faisant, je ne parlais pas de lui, je disais seulement mon dépit et tu as compris en général cet élan décalé, ou tu as encouragé l'amorce d'une thérapie nécessaire. Des amis pourtant m'ont vu me perdre dans une dérive indigne, injurieuse, dans un lynchage public, un règlement de compte. Ils y ont lu du poison, ou des promesses d'inimitié éternelle.

Pourtant, toi qui me lis...

Je l'y traitais de musicien raté, quand je ne vois dans les artistes que les magiciens du monde. L'accusais d'être l'artisan de sa précarité, quand je crois les politiques libérales seules responsables de briser ainsi les quotidiens et le mental des hommes. Dénigrais son corps, que j'ai tant choyé et toujours chanté. Pourfendu son âme, la disant arrogante, vacharde et calculatrice, quand elle n'est qu'humilité et générosité scintillante... Je ne l'insultais pas lui, où en aurais-je pris la force ? Je me jetais moi dans un purin putride.

J'ai peiné à l'écrire, cette ode, choisissant des mots durs, violents, vindicatifs, revanchards, allant aussi loin de moi que possible pour me montrer à toi, dans trois paragraphes insupportables de saleté, couvert d'opprobre. Et par cette profession de foi pourtant si improbable, reconquérir ma dignité. Et la sienne.

Et puis je revenais sur lui, et cette image que je garde au bout du compte et en dépit de tout : son physique et son regard tendres, sa main musicale, ses attentions inattendues et de tout instant, son parcours difficile et courageux, son engagement dans une médecine de l'âme, ses rêves fous mais assumés : "et lui, rassemblant en lui toutes les vertus de la beauté était mon magnifique miroir". Putain oui, qu'est-ce que j'y avais mis des mots beaux !

J'aurais voulu dans cette ode qu'il ne reste que ça. Et j'aurais bien fait l'économie d'une épreuve autour de malentendus douloureux. Mais mon intention m'a dépassée. Pourvu qu'elle ne l'aie pas atteint.

Dans cette note, je demandais : "peut-on écrire une Evangile quand la tête et le coeur se perdent en une syntonie désespérée ?"

Non, on ne le peut pas. J'assume les incompréhensions ou les blessures, et je m'en excuse.

20 août 2008

Thierry (1) un amant de canicule

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Aujourd'hui, ça fait tout juste un an. Assis à mon bureau de retour de vacances, mais en paix, épanoui, heureux, bien dans mon corps et dans ma tête, je recevais un mail. Il voulait qu'on se revoie. Il me racontait ses tout derniers jours à Budapest après notre rencontre avortée, son impatience de commencer son nouveau boulot mais aussi son angoisse devant les démarches à venir pour le renouvellement de son titre de séjour.

Je prenais une semaine pour répondre. Poliment, sans impatience, sans attirance. Entretenir un contact dans lequel il y avait de la douceur, sans plus.

Lui ne lâchera pas. Un mail chaque quinze jours. De temps en temps, même après un mois de silence de ma part, une relance. Il réussira à me revoir. En décembre. A dix jours près, quatre mois se seront écoulés depuis notre première rencontre.

Ensuite, je me laisserais glisser dans cet hiver chaleureux, sans d'avantage d'impatience, mais avec plus d'investissement. Le printemps viendra, la folle course contre la décision injuste de la préfecture et l'obligation de quitter le territoire. La suite, tu la connais.

Je repense sans cesse à cet amour né à mon corps défendant et qui a malgré tout acquis le pouvoir de me briser.

J'avais eu en 2003 une autre histoire d'amour, démarrée à l'inverse. Quelques jours avant un festival que j'organisais, Igor était parti en voyage, comme à l'accoutumée pour me libérer d'une certaine pression et me permettre de me consacrer entièrement à mon travail. Il était parti au Mexique, retrouver un ami. Mais je savais que depuis des jours il se perdait sur Internet à la recherche d'un plan, de rencarts, d'autre chose peut-être. J'étais au comble de la colère rentrée contre lui. Alors dès son départ, l'ayant à peine déposé à l'aéroport, je filais dans un sauna. Et là, je fis la rencontre de Thierry.

C'aurait pu n'être qu'un plan cul sans lendemain. Mais Thierry était libre et je l'étais aussi, il était beau et je l'étais aussi. Alors on fila dans un restaurant près de chez lui, et je passais immédiatement une première nuit à ses côtés.

scary_faces_by_jean-luc_tanghe4.jpgThierry était un magnifique danseur. De deux ans plus âgé que moi. La rencontre d'un artiste et d'un organisateur de festival... nous nous sommes immédiatement aimés. Nos contacts étaient charnels. Pas de barrière de la langue avec lui. Nos mails étaient beaux, courts et poétiques. Nous nous jouions de la langue pour nous séduire. En quelques jours, quelques heures, nous nous donnions des repères complices, des petites habitudes de vieux amants.

Je compris assez vite que ce serait Igor ou lui, qu'il me faudrait choisir.

Au retour d'Igor, nous nous parlâmes peu le premier soir, c'était à mettre sur le compte de mon festival qui s'achevait à peine, et sur celui de son voyage et du décalage horaire. Au deuxième jour, c'est Igor qui craqua le premier et fondit en larmes. Il me dit tout de la relation qu'il avait eue là-bas avec un Mexicain qui s'appelait Raymundo. Il était en souffrance, et je ne pus que le consoler. Au troisième jour, il découvrit les mails que nous nous étions échangés avec Thierry, et il prit peur. Ca le mit presque en panique, et Raymundo commençait déjà à s'estomper.

Thierry avait un petit appartement à Paris, sur les bords du Canal de l'Ourq, mais il vivait la moitié du temps à Marseille où était installée sa compagnie. Et puis en pleine saison des festivals, il partait souvent à droite ou à gauche. J'allais le voir, une fois chez lui à Marseille, une autre à Uzès, grand rendez-vous de la chorégraphie contemporaine. Il avait été décidé que l'année suivante, la danse serait le fil rouge artistique de notre festival, et lui m'accompagnait d'une certaine façon dans les premiers préparatifs.

Au début de l'été, Igor et moi avions de longue date un projet de vacances en commun avec nos mamans respectives : une petite quinzaine entre Hongrie et Croatie. Ce projet constituait une parenthèse sèrieuse dans ma relation avec Thierry. Nous concevions donc un autre projet à nous : partir deux semaines en août au Pays Basque. Thierry connaissait une maison d'hôtes charmante à Saint-Jean-Pied-de-Port. Et il avait d'autres amis dans les Pyrennées. Au terme de ce voyage, il me faudrait prendre une décision.

Il faisait beau, chaud. Nous nous arrêtions pique-niquer dans les champs. On apprit la mort de Marie Trintignant à Vilnius et ça nous emut. On entendait à la radio le Docteur Pelloux alerter contre l'état des services d'urgence dans les hôpitaux, et nous en parlions.

Nous étions à Bilbao au musée Guggenheim quand ma mère m'appela pour m'apprendre la mort de ma grand mère.

Cette interruption brutale de nos vacances mit fin à notre histoire. Je décidais de rester avec Igor. J'en fus presque soulagé.

D'un côté mon histoire d'un an, qui ne s'est appelée amour que dans les trois derniers mois, et me laisse meurtri et inconsolable.

De l'autre cette fulgurance qui s'était appelée amour dès la première nuit, où il y eut des pleurs, bien-sûr, mais qui après trois mois ne me laissa qu'une déception passagère.

J'essaie de calquer ces histoires l'une sur l'autre, pour tenter d'en comprendre les ressorts. Il n'en sort rien.

De nos larmes et de cette canicule, les règles se sont clarifiées entre Igor et moi. Il se peut que ce soit depuis cette même époque que nous avons définitivement arrêté de faire l'amour l'un avec l'autre.

Je te reparlerai de Thierry.

07 août 2008

reprendre possession de moi

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"Cher Olivier,

Cette lettre, je sais que tu l'attendais. Ton obsession à vouloir mettre des mots sur les choses ! Alors que les choses sont, point. Comme notre rupture est. Elle est aujourd'hui comme elle sera demain, comme elle était hier, inscrite dès le début dans notre histoire. Mais elle ne nie pas notre histoire. Notre histoire aussi est.

Ces mots que je te donnes ne sont pas les miens, puisque cette lettre, c'est toi qui l'écris. Mais tu ne l'écris pas sur du silence, comme tu l'as craint, tu l'écris sur des paroles que nous avons finalement échangées. Je la redoutais, notre rencontre, j'avais voulu y échapper parce que ton exaltation me faisait peur. Mais tu m'y as obligé. J'ai succombé une nouvelle fois à ta force de persuasion, notre échange m'a finalement rassuré moi aussi.

* * * * *

Je ne vais pas ici me contenter de restituer ce que je t'ai dit, je vais surtout tacher de décrypter certains de mes sous-entendus, et peut-être aussi livrer des tréfonds de mon âme, qui te sont restés inaccessibles durant notre relation.

Par où commencer ? Par le début, ce serait trop simple. Ou trop compliqué. Tellement je me suis acharné à te retrouver, à donner une suite à notre flirt avorté des bains Rudas, alors que je savais déjà nous entraîner ainsi l'un et l'autre dans une issue douloureuse.

Mais que faire ? Ce fut un coup de foudre, un vrai. Tu sais ce que c'est, Olivier : quand le garçon qui te plaît s'intéresse à toi. Quand en plus il s'avère joyeux et entreprenant. Quand d'un sourire il ouvre un possible. J'étais resté désespérément excité de cette rencontre. Ton audace, ton opiniâtreté à nous trouver un recoin pour nous amuser, et, déjà, ton réconfort après notre sortie honteuse. Tout toi était déjà là. Les rêves naissent d'une fulgurance : quand tu m'as dit aussitôt devoir rentrer pour rejoindre ton ami, j'ai senti le sable me glisser sous les pieds, et j'ai regretté comme un idiot que tu ne sois pas célibataire. Il ne s'était pas passé une heure.

Il m'avait fallu aller au bout de cette rencontre, j'avais tant repensé à toi ensuite, tant de fois tu avais animé mes "mauvaises habitudes". Je te sentais moins impatient que moi, mais néanmoins tu restais à portée de main.

Pendant des mois, tu répondais sans te presser aux mails que je t'envoyais. Tu ne venais pas à mon concert de septembre mais tu me demandais des nouvelles de mon boulot. Et de mon titre de séjour. Si tu étais resté plusieurs semaines sans répondre, à ma relance tu t'excusais dans la minute, et c'était touchant.

J'eus entre-temps des tentatives de rencontres avec d'autres garçons - pas trop, la période d'essai de mon nouveau travail me procurait trop de stress - mais elles n'effaçaient pas l'image que je m'étais faite de toi. Alors j'ai intrigué. Il a fallu plus de trois mois pour que je réussisse à te revoir. Je t'ai retrouvé tel quel. Je te connaissais déjà mieux, presque bien car tu venais d'ouvrir ton blog et tu m'en avais donné l'adresse pour que j'y retrouve une description des bains de Budapest, et le récit de notre premier contact.

* * * * *

Ton blog. Te dire qu'il a été à la fois une matrice à notre amour, et son fossoyeur. Il te reflétait, aussi fidèlement que possible. Il me permettait de te voir en démultiplié, de me voir embelli, de transfigurer notre amour. Oui, je m'en suis servi, oui je t'ai testé à travers lui, oui j'ai eu besoin d'y être, d'y palpiter. Tu sais combien j'étais flatté d'être cité, d'être nommé. Et surtout, surtout, la précision avec laquelle tu traduisais les choses que je te racontais prouvait la profondeur de ton écoute et de ton intérêt pour moi. La part de révolte qui accompagnait tes récits, ton engagement politique me rattachaient à une histoire plus grande et m'aidaient aussi à comprendre et à supporter mieux mon calvaire.

Quand on s'était vus, j'attendais avec impatience de découvrir ce que tu allais en faire sur ton blog, puis j'étais curieux de la réaction de tes lecteurs. Je t'envoyais des pensées, personnelles et intimes, et les voir resurgir, parfois ornementées, ou mises en contexte signifiait que j'étais important pour toi. Ça comblait les vides entre nos rencontres. Parfois il s'écoulait trois-quatre jours avant que ton blog ne reprenne notre histoire, et je me voyais disparaître dans ton coeur.

Nous nous voyions peu, au début. J'attendais beaucoup. Et je souffrais beaucoup. Finalement - tu te rappelles, je te l'ai dit un jour - l'acharnement de la préfecture à me faire basculer dans l'illégalité avait eu du bon : elle nous avait rapprochés, en fréquence comme en intensité. J'avais des scrupules à te parler de mes problèmes, mais tu les manipulais avec tellement d'aisance !

C'est en même temps le moment où je pris peur de ton emprise, et où il m'apparut évident qu'il fallait y mettre fin d'urgence.

* * * * *

Il faut là que je te parle de fascination, et que j'évoque mes démons.

Tu vivais avec un homme dans une fidélité rare depuis 10 ans ; tu courais les garçons, et ta réussite dans ce domaine brillait de mille feux ; tu t'astreignait à des longueurs de piscine presque chaque jour ; tu avais un boulot qui te prenait, t'exposait, plein de sens, et je voyais la manifestation que tu organisais s'afficher sur tous les mûrs de Paris... Pourtant chaque jour, tu prenais le temps de suivre mon calvaire, de te plonger dans mes papiers, mes courriers, de corriger mes lettres, d'en rédiger les plus délicates, tu soupesais l'utilité du juridique et du politique, tu mobilisais du monde, tes amis, des connaissances, des parlementaires, tu te glissais avec onctuosité dans mes caresses, tu aimais mon corps, mon sexe. Et puis surtout tu étais là pour me rassurer, pour me relever quand tu me trouvais par terre au comble du découragement... Tu devenais tout, et j'ai eu peur de ne plus m'appartenir. Encore aujourd'hui, avec cette lettre, où tu t'autorises sans vergogne, une fois de plus, une fois de trop, à parler à ma place !

Oui, Olivier, il m'a fallu beaucoup cheminer, et beaucoup serrer les dents pour l'admettre et m'y résoudre. Mais je devais reprendre possession de moi-même.

Tu sais, Olivier, que très profondément, ce à quoi j'aspire, c'est construire avec un homme une vie de couple stable, c'est de vivre avec une homme une relation fidèle. Je porte au fond de moi une forte culpabilité pour ce que je suis, même si vivre en France est une façon d'y échapper. Je n'ai pas ton aisance pour parler de sexe, même si tu as pu lire de moi des SMS coquins. Je n'ai pas ton assurance pour m'exhiber face à un homme, même si je t'ai dit envier tes sorties nocturnes à Roger Legal. Je n'ai pas ta liberté de passer ainsi de l'un à l'autre, même si j'ai souhaité partager tes expériences.

J'ai vécu tous tes récits sexuels, même la description de tes petites branlettes en solitaire, dans l'excitation et la douleur. Je me projetais en toi, je rêvais d'être toi. Je ne te disais que mon excitation, en fait je ne vivais que la douleur. Je ne t'en parlais pas parce que je ne voulais pas que ça s'arrête. Ou peut-être parce que j'espérais sans y croire qu'avec l'amour pour moi, ça s'arrêterait tout seul et que je deviendrai l'Unique.

Cette fascination que j'ai eue m'a conduit loin. Loin de mes valeurs et de mes principes. Loin du rêve de vie que je m'étais bâti et qui me permit de m'assumer. Loin de moi.

Des amis, en France et au Japon me mettaient en garde. J'ai pris peur plusieurs fois, mais te retrouvant j'étais rassuré, j'étais bien tout simplement, et je n'avais pas le courage d'y mettre fin.

Notre relation allait crescendo, jusqu'à cette dernière quinzaine de mai où tu vins t'installer chez moi. Ton travail t'absorbait particulièrement à cette période, mais les nuits nous appartenaient, le week-end aussi, j'eus un aperçu de ce qu'aurait pu être une vie ensemble.

Le retour de ton ami a cassé ce dessein et dans ce retour à la solitude, j'ai compris que le temps était venu. La vie est ainsi cruelle que c'est au même moment qu'aboutissaient les démarches pour mon titre de séjour, que la préfecture annulait mon obligation de quitter le territoire. Tu pourrais ainsi croire que je ne me suis que servi de toi, tu pourrais même penser que mon amour était feint. Je comprendrais que tu en arrives à relire ainsi notre histoire.

* * * * *

Ai-je cru que nous pourrions rester amants ? Ai-je su dès le départ que l'au-delà de notre amour ne pouvait être au mieux qu'une amitié singulière, au pire que le vide sidéral ? J'avais besoin que tu m'aimes parce que je t'aimais. J'avais besoin d'être sûr que tes sentiments pour moi relevaient vraiment de l'amour. Je te demandais toujours, quand tu m'avais dit "je t'aime" si c'était vrai. Je n'aurais sans doute pas supporté que ce ne le fut pas. Je souffrais d'ailleurs de te lire dans les bras d'un autre. De te savoir avec ton ami, bien sûr, parce qu'il y avait là un obstacle indépassable, que je m'interdisait à dépasser puisqu'il avait été généreux avec moi et que je m'étais pris d'affection pour lui. Mais surtout dans les bras d'hommes de passage. J'avais besoin que tu m'aimes pour relativiser leur place à eux par rapport à la mienne, même si je t'en voulais d'avoir encore, bien que m'ayant moi, des besoins si triviaux. Inconsciemment, j'avais donc aussi besoin que tu m'aimes pour être sûr que tu souffrirais à ton tour quand j'aurais décidé d'en finir.

Cette cruauté ne me ressemble pas, mais sans elle il m'aurait été impossible d'avancer alors. Pour survivre j'avais besoin de m'échapper, j'avais besoin d'être le seul artisan de notre fin, j'avais besoin de reprendre ma part de pouvoir.

* * * * *

Je dis "inconsciemment" parce qu'au fond les choses n'étaient pas si claires dans ma tête. Je me disais que quand j'aurais rencontré quelqu'un avec qui tenter mon rêve de vie commune, j'arrêterai forcément de voir en toi mon amour. Je pensais, bien que n'en ayant pas parlé avec toi, ça t'était néanmoins évident, que ça ne te pèserait même pas, habitué que tu étais à passer d'un amant à un autre. Ne me disais-tu pas, toi, surtout au début de nos rencontres, quand je te gémissais mon amour et mon manque au creux de ton épaule, que ce que ce que nous vivions toi et moi devait surtout me donner confiance dans ma capacité à rencontrer quelqu'un et à vivre heureux avec lui ?

Cela, tu ne me le disais plus depuis longtemps, mais j'en étais resté là. Je n'avais pas perçu que tu parlais désormais surtout de m'accompagner à un concert à Londres pour porter mon  violoncelle, d'un voyage à venir au Japon, que tu construisais désormais dans ta tête, sans forcément m'en parler parce que tu étais incapable de concevoir comment cela pourrait se mettre en place, de semaines de vacances dans ta maison de famille, chez tes amis proches, et puis bientôt un projet fou de vie à trois... Ou bien au contraire : je l'avais trop compris, j'ai vu ton amour pour moi devenir essentiel, démentiel, mais si je voulais mon châtiment exemplaire, je ne voulais pas qu'il fut vital, il fallait donc en finir maintenant. Exactement maintenant. Juste après nos plus belles vingt-quatre heures, juste après nos promesses de quotidien.

* * * * *

Olivier,

je ne suis pas sûr de connaître avec d'autres la vie heureuse que j'ai rêvé d'avoir avec toi. Je pense ne pas trouver ailleurs la même intensité de l'amour. Mais au moins je peux espérer me retrouver, me réconcilier avec moi même. Tant pis pour les échanges sur Sibelius ou les interprétations de Tchaïkovsky, au diable notre abandon l'un contre l'autre à rêver d'un temps qui s'arrêterait ! Je renonce aussi à ce bâton de vieillesse d'avant l'heure. J'ai besoin de moins rêver pour reposer mes pieds sur terre. J'ai moi aussi besoin de légèreté. Tu as bien voulu me faire exister. Maintenant, laisse-moi exister. Laisse-moi ne plus t'aimer et savoir enfin que tu n'étais qu'une chimère."

Saiichi

09 juillet 2008

son prénom commençait par un S

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"Cher S.,

La nuit s'est installée depuis longtemps déjà. Son ciel est clair, prometteur pour ta longue route vers l'Aveyron. Dans quelques instants, j'embarquerai pour La Havane. Je ressens fortement la fatigue et écris avec peine. La journée a été lourde, mille contrariétés et une angoisse tenace m'ont accompagné. Mais il a fallu produire, être là, serrer des dents.

Comment en suis-je arrivé à me mettre dans cet état de douleur ? Je glissais en paix, sur une pente douce, un air de violon m'égayait, léger. Un rapport de séduction se construisait, sans volonté particulière, sans recherche, sans contrainte temporelle ; il avait son propre rythme. Et il restait virtuel, dépourvu d'enjeux. Ma semaine à Budapest, pourtant ardue et chargée de travail, était passée sans stress. De ma part, des signaux avaient été lancés : en toute clarté, ils livraient les sentiments d'un moment, sans se demander s'ils allaient susciter le plaisir ou la peur, sans appeler de réponse particulière. Il n'y avait alors pas d'oppression. Ni dans ma démarche, ni dans tes silences. Je glissais en pente douce, le violon était limpide. La chute n'avait pas d'importance. Nous nous étions charmés, c'était assez pour avoir envie d'en vivre d'avantage, ce n'était pas assez pour jouer le bonheur à pile ou face.

Comment donc ai-je perdu pied, à Paris, en trois jours ? Sans m'en rendre compte, j'ai chargé seul notre relation d'impossibles attentes. C'est qu'au charme flottant et discret, au flegme, au faux détachement s'est soudain ajouté le concret de ton vécu : de l'humanisme, du doute, une confluence étrange des hasards, une forme d'engagement individuel à laquelle je suis sensible. Le vélo offert pour ton anniversaire, tes élèves en échec au bac, ton amour singulier pour Laurent : en trois traits, tu avais pris de la chair et la chair était sensible, aimée, aimante.

Ça a suffit pour que l'intrusion déclenche la panique, la glissade est devenue dérapage incontrôlé. Le violon s'est emballé, je n'avais plus prise. T'échappant, au moment même où tu prenais corps, tu es devenu objet de crispation hystérique. J'ai tenté de dominer ce que je donnais à voir, mais la métamorphose avait opéré. C'était trop tard, et trop futile au regard de ce que je n'ai pas accepté de voir : ce que tu construisais à côté, donc tes propres investissements, avec tes propres objets.

J'ai perdu. Entre harcèlement et abandon, je choisis l'abandon. J'en éprouve une tristesse infinie d'adolescent. Je suis tellement convaincu que nous avions beaucoup à partager. T'accompagner dans ta découverte du monde arabe m'était beau, et m'était plaisante l'idée de retrouvailles avec Marianne sous ton patronage. Le violon a pris de la matière, il est redescendu dans les graves, étiré, déchirant. Il a je sais, pour toi, un autre timbre. Mais nous sommes mal partis pour trouver l'accord.

Je pars donc avec au fond de la gorge un goût amer. La présence du rival m'a désarmé, puis m'a déformé. Je me suis vu, impuissant, m'engager sur une voie destructrice. J'en éprouve une honte sans retenue.

Il va falloir à présent panser l'être. Cuba va y aider, j'en suis à peu près certain. Je ne chercherai pas à t'oublier, juste à t'écarter de la zone brûlante de mes pensées. Tu as fait en peu de jours une entrée dans le cercle très restreint des hommes qui depuis quinze ans ont animé des passions. Tu y entrais au moment où je me libérais et m'assumais. La passion pouvait être dite. Le drame, donc, partagé. C'est ce qui a été le plus nouveau. Je m'en veux d'avoir bon gré mal gré associé Laurent à cette affaire. J'espère que ni tes relations avec lui ni les miennes n'en  seront affectées. Je ne le crois pas.

Mais la parole m'a aidé. Je crois en la parole, en la chose dite, en la clarté. Peut-être parce que j'ai trop vécu dans l'interdit, imposé par le plus profond de la conscience.

C'est le sens de ce message.

J'aimerais que ces mots simplement nous mettent l'un et l'autre à l'aise. Car au fond tu as raison de faire d'abord le choix du bonheur. Le reste se gère au bout du compte. Et se résout.

Je serais sensible à un geste de ta part : si tu prenais le temps de m'écrire un message. Juste pour me livrer tes sentiments, sans fard. Sans chercher à m'épargner ou me protéger. Fais-moi juste partager la façon dont tu as vécu les moments que j'évoque. J'ai trop l'impression d'avoir été seul à me mettre à nu dans cette histoire. J'éprouve donc ce besoin essentiel de ramener mes interprétations aux tiennes. Si tu avais cette gentillesse, elle aurait pour moi valeur d'amitié, elle serait un soulagement. Du moins je le crois (...)

Profite de l'été, du soleil, des chevaux et de la tendresse qu'on te donne.

Je t'embrasse affectueusement.

O.

le 11 juillet 1997"

Voilà, ç'aurait pu être le 9 juillet 2008, la Havane aurait pu être Bangkok, Budapest Saragosse, j'aurais changé peu de mots. J'avais encore peu vécu, ou vécu peu de choses, mais finalement, avec ou sans l'épaisseur du vécu, je suis toujours le même. A quoi me sert-il d'avoir mûri ? S. alors était Stéphane.

Je te laisse donc pour quelques jours. Ce blog va contiuer à vivre, avec queqlues notes moins amères dont la publication est programmée. Porte-toi bien.

05 juillet 2008

avec un grand A (5 et fin)

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Ma vie s'étale sous tes yeux, depuis des semaines. Tu peux ne voir dans mes infidélités qu'une légèreté coupable. Moi je sais que je vis l'amour, l'amitié, ma relation à l'autre en général dans la sincérité et dans le respect. Et dans la densité.

Même si je n'ai jamais eu envie de dissimuler derrière des grands mots que je ne suis qu'un incorrigible queutard, je n'ai évidemment jamais mis de grand A à mes branlettes en solitaire devant une vidéo. Ni même un grand B. Quoique.

Je n'en ai pas mis non plus à mes parties de touche-pipi dans les douches de la piscine.

J'en ai mis un, par contre, à cet état où je me trouvais, à cette bulle émotive, à cette tension d'adolescent, où coexistaient des amants, des amis avec lesquels j'avais envie de croire que tout était possible, que je voulais ne jamais banaliser, pour laquelle je voulais qu'on inventa et qu'on inventa encore des choses totalement insensées, qu'on créa du défi, qu'on projeta des étapes de feu pour continuer à nous y épuiser...

J'en ai mis un aussi à ce que je vis avec Igor, à cet amour démarré sur un coup de foudre, sur un coup de tête, tourbillonnant les premières semaines, fusionnel les premières années, parfois routinier aujourd'hui, presque ennuyeux à certains moments, voire asphyxiant, mais qui tient bon parce que son cadre a su évoluer. C'est un amour qui m'a fait renoncer à beaucoup de mes habitudes ou de mes plaisirs, un amour où je m'éreinte à me sentir le porter seul, qui me pèse quand je voudrais m'en extraire, mais où restent ces bouffées de fraîcheur dont seul Igor est capable, une spontanéité totale, avec ces jugements à l'emporte pièce absolument insupportables, mais une perception souvent prémonitoires des gens, sa misanthropie maladive, mais ses passions ethnographiques. Nous sommes opposés sur presque tout, c'est peut-être pour ça que ça tient, que ça tient encore...

Je voudrais avant tout que tu y vois la preuve de ma fidélité. Je n'ai jamais quitté Igor, même quand certains chagrins d'amour m'y poussaient violemment, même si j'ai souffert en faisant souffrir quelques amants, aussi rares que précieux. Mais qu'aurait valu un engagement à leur égard sur la base d'une rupture avec Igor, fondée sur cette fragilité fondatrice, sur la preuve de ce que je peux tout larguer, tout casser, sur une simple rencontre ou sur un coup de tête ?

En écho, j'ai mis un grand A aux paroles de Jacques Brel et à sa sublissime chanson des vieux amants - mais d'autres l'y avaient mis avant moi.

Je l'ai mis aussi à une tirade de Musset qui avait marqué mon adolescence, parce que ça me permettait de croire au possible des impossibles, comme dans un conte de fées.

Je l'ai mis aux mots de M. parce qu'elle nous livre chaque jour, par ce qu'elle vit et écrit cette densité capable de le porter.

Mais il y a un autre grand A.

brutos8246.jpgC'est celui qui te prend par surprise, qui s'approche à pas feutrés, qui te parle doucement à l'oreille, comme une brise d'été légère, qui t'habitue à sa caresse, qui s'insinue, subreptice, discret comme une meute de lionnes, dont tu ne te vois pas être peu à peu cerné. C'est celui qui te piège comme l'alcool, dont tu te découvres accroc au seul moment où tu en es privé.

Un petit a devenu grand à ton insu. Ton havre, ton matin calme, tes journées claires, qui un jour ferment pour maintenance. Tu t'étais habitué à aller t'y amarrer au gré de tes envies ou de tes possibilités, mais on y a ouvert un chantier et le ponton a du être supprimé.

Ce grand A devient alors immense, c'est un A de géant qui occupe toute la place mais qui est à la dérive.

D'un coup, une chose qui t'était devenue plus qu'une habitude : un besoin, un du, qui était devenue toi, une chose sans consistance mais battante, vivante, souriante, présente, surtout présente, se dérobe à tes yeux, à tes mains, à ta bouche, à ton coeur, tu es englouti dans des sables mouvants et il devient inutile de te débattre, dangereux même. Tu t'étais aventuré en connaissance de cause au bord de cette rivière, précautionneux de ses berges : tu en connaissais l'étiage, tu en devinais les crues, tu savais que quelque part s'étaient formées des vases, mais tu y étais allé parce qu'il y faisait bon vivre, bon respirer, et quand tu t'es trouvé pris dans la nasse du fleuve, tu n'en connaissais plus rien.

Je suis redevenu cet adolescent puéril qui s'agite dans tous les sens au risque de tout gâcher, de perdre pied, oubliant ce que la vie lui a appris.

Ce grand A-ci, je m'en croyais prémuni, mais en fait je le connaissais mal. Je pensais devoir en protéger l'autre, redoutant qu'il s'y engouffre parce que je n'avais rien à offrir. Mais l'autre s'est protégé tout seul parce qu'il était plus fort que moi.

Alors tu te raisonnes pour reconstruire à la force de ta maturité, ou tu vas chercher du sexe, vivre un truc pour ressentir du dégoût, tu veux toucher le dégoût, l'atteindre parce que tu te dégoûtes, parce que de toute façon plus rien n'a goût de rien.

Ce grand A, tu n'as rien à lui reprocher, parce qu'il était intégralement inscrit dans le début de l'histoire, mais rien n'y fait : tu te demandes s'il n'était pas le plus beau de tous, s'il n'était pas le plus possible des impossibles, le plus riche en promesses.

Et ton deuil commence.

08 juin 2008

laisser passer les années

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Il est comme ça, mon mec. Et c'est sans doute pour ça que malgré tout, malgré le poids, je poursuis ma route avec lui. Une fraîcheur et une spontanéité qui le font vivre à fleur de peau. Tout affleure, la révolte affleure, le dépit aussi. Et le besoin de les partager pour ne pas les laisser se gangrener. C'est ce qui le sauve.

Comme tu le sais, notre vie commune ne nous interdit pas des aventures ni des liaisons, elle les suppose même. Nous sommes dans l'extraconjugalité, elle est inscrite dans notre union. Sauf qu'en général, nous n'en parlons pas, c'est un principe, celui du jardin secret. De l'intimité cachée. Moi, j'y tiens. Non qu'il ne serait pas ouvert à entendre mes histoires, mais parce que je n'ai pas envie de l'y faire entrer. Mon jardin a besoin de rester inavoué, j'y perdrais cette part de liberté qui m'est devenue vitale. Lui a au contraire l'envie de m'entraîner dans son antre, de partager tout ce qu'il vit. Me le dire s'il est heureux d'une rencontre, qu'elle soit simple amitié ou plus engageante, me dire son désarroi quand il affronte une déception.

Il ne lit pas mon blog, c'est notre pacte. Et il s'y tient, mais il a toujours envie d'une réaction de ma part sur le sien.

Donc il a fait une rencontre lundi, une belle rencontre, tandis que j'étais à Toulouse. Qui s'est prolongée le mardi de longs messages et appels téléphoniques. Il y a vu plein de promesses. Il a cru cette relation déjà riche d'avenir, déjà solide, il y a vu pour lui la sortie de la quête frénétique de sexe et le retour à une certaine quiétude. A tel point qu'il a cru pouvoir, devoir, parler de sa maladie. Et puis avec la fin de la semaine, il a attendu de nouveaux contacts, de nouveaux échanges, il les a attendus en silence, puis en serrant des dents, il les as attendus les jours, les nuits, en pleurant. Je le voyait absent, le regard perdu, alors il m'a parlé.

Et le lendemain, ce poème dont il n'a pas su que faire, il me l'a envoyé. Il peine avec cette foutue langue française, mais quand il a une boule de douleur au fond du gosier à exorciser, il sait aussi la sublimer...

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Laisser passer les années

Tu viens comme une tempête,
Sûreté d’une vedette,
Avec les yeux brillants.

« Je n’ai que le voeux
De te faire heureux
Sur cette Terre. »

Je crois la minute
Comme une pilule
Contre la Vie.

Mais le parfait existe
Sur une autre piste,
Ailleurs.

Tu vois seulement
Le poison de mon corps
Encore.

Il est comme une prune
Séchée, tapée,
Mon âme usée.

Tu pars comme une soufflette,
Qui rien ne regrette,
Bulle de savon.

Il n’y a pas de reste,
Juste une prière
Amère.

Chaque chose me choque,
Je cherche donc le jour
Où je lâche les tâches.

Où est la possibilité de
Laisser passer les années
Derrière moi ?

02 juin 2008

avec ou sans grand A (4)

Ce n'est pas moi qui ai lancé cette histoire de majuscule. J'ai été interpellé, par Patrick. Et après m'être pris longtemps la tête, j'ai entrepris de relever ce défi. Peu importe, au fond, que le A soit grand ou petit, ou qu'on lui préfère un B, ou autre chose. Ce qui compte, c'est la façon qu'on a de vivre l'amour. C'est ce qu'on a à donner, c'est cette façon de ne pas s'oublier tout en donnant tout, de ne jamais renoncer au bonheur.

Moi non plus M. , je ne sais pas lancer des "je t'aime" sans sincérité. Je préfère les taire plutôt que les arracher sans conviction de ma poitrine. En tout cas, ton texte me parle, chaque mot. Il a résonné fort dans ma tête, et j'ai voulu le reprendre ici.

[Retrouver l'amour avec un grand A, (version 1), (version 2) et (version 3)].

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1755637112.jpgJe l'aime

La majuscule a des maîtresses. Et moi j'ai des amants. Pourtant, je l'aime. Je le rêve, encore, parfois. Je pense à lui, chaque jour. Je lui écris, je lui parle. Il me manque. Mais il a des maîtresses et j'ai des amants. Voilà.

C'est une histoire de moitié d'orange, de Bachert ou d'Aristophane. C'est une histoire vraie d'amour pur. Pur et simple. Sans besoin de promesse, d'engagement, de fidélité. Sans même besoin de relation. Hors de l'espace et du temps, il serait toujours majuscule et je l'aimerais. Toujours.

L'amour n'a besoin de rien pour exister.

Dès la première fois, la toute première minute, j'ai su. Comme on sait qu'on a besoin d'air pour respirer, d'eau pour vivre, de terre pour planter. Il est mon air, mon eau, ma terre. Il est le monde dans lequel je vis avec envie, parce que le monde est beau de le porter. Et que sans lui, quelque chose cloche. La planète tourne moins rond.

Aimer C., c'est comme avoir les yeux bleus. C'est un fait. Presque une nature.

Je l'aime quand un autre m'embrasse, je l'aime quand un autre me baise, et je n'en aime pas moins celui qui m'embrasse et celui qui me baise (parfois même, c'est le même). Il n'y a pas moins de place dans mon coeur et dans ma vie. Je n'ai pas moins d'amour à donner.
Alors certains pensent que je suis facile. D'autres que je suis légère. Moi je pense juste être honnête. Peut-être trop. Mais j'aime la démesure, je suis excessive.

Je me souviens qu'Olivier parlait d'amour avec un grand A mais pourquoi faut-il absolument un grand A ? Ici, il n'y a que de petites choses, et pourtant elles sont pleines d'amour, sous plusieurs formes, de plusieurs façons, mais de l'amour tout le temps. Pas plus à droite qu'à gauche, pas moins fort ni moins beau. Jamais moins vrai.

Et si je t'aime, je ne l'aimerai pas moins lui.

Et si je l'aime, je ne t'aimerai pas moins toi.

Et pourquoi a-t-on un problème avec l'amour ?

Pourquoi attend-on toujours des plombes pour dire je t'aime, pourquoi en fait-on une telle cérémonie ? Pourquoi donner tant de poids à trois tout petits mots ?

On a aucun mal à dire qu'on aime le chocolat, les voyages ou son chat.

Je ne sais pas comment vivre l'amour. A deux, je veux dire. Je me pose beaucoup de questions. Sur la vie de couple, la fidélité, l'engagement. La signification, au fond, de tout ça. Je ne sais pas comment on peut vivre avec quelqu'un et faire en sorte que ça fonctionne. Comment il est possible de fonder une famille. Ce à quoi j'aspire, malgré tout. Malgré mes doutes, mes certitudes aussi, mes craintes et mes incompréhensions. Malgré ma résignation. Mais je sais qu'avant de le vivre, il faut le ressentir. Qu'avant d'envisager l'avenir il faut s'autoriser le présent. En bref, avant de soigner les formes, peut-être faudrait-il avoir un fond.

On se donne des rendez-vous. On se fait la cour. On se séduit, on se respecte, on se prouve. On s'ennuie, aussi. Mais on ne s'aime pas. Pas le temps, le courage, l'idée.

J'ai toujours dit je t'aime avec la plus grande sincérité. A l'instant précis où j'ai prononcé ces mots, je les pensais. Je n'ai pas pour autant signé pour l'instant d'après. Demain est toujours un autre jour.

Il est remparts bien plus hauts que ceux construits autour d'une ville.

Mon coeur est comme les fenêtres de ma maison : grand ouvert. D'artichaut, d'éponge, peu importe. De chair et de battements, en tous cas. Il a aimé, il a pleuré, il aimera, il pleurera. It's like that and that's the way it is. Oiseaux de passage ou véritables conquérants, tous sont bienvenus. Tous et toutes. J'ai le coeur grand ouvert, j'ai dit. Comme les yeux. Et les oreilles.

Mon côté Amélie Poulain, sûrement.

Je pense que la connerie est un rempart à l'amour.

La connerie, et la masturbation mentale. Ceux qui réfléchissent trop ne savent pas aimer. Ceux qui se regardent trop le nombril non plus. Le monde n'a pas de centre, il est donc inutile de s'y croire.

Les personnes les plus malheureuses que je connais sont celles qui n'aiment pas.

Je crois qu'il n'y a pas de grand A. Pas de degré, pas d'échelle. Pas de choix. Je crois qu'il y a de l'amour partout, qu'il est le seul moteur, l'amour d'un être, l'amour de l'art, l'amour de l'argent.

Je crois aussi qu'on s'acharne à réfléchir sur un point qui ne demande nulle réflexion, mais juste une sensation. Des sensations. Mais il est plus facile de réfléchir que de ressentir. Et il est difficile d'accepter ce que l'on ne comprend pas.

Je l'aime. Ni trop ni pour de faux. Sans souffrance ni extravagance. Juste je l'aime.

14:00 Publié dans mes amis blogueurs | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : amour

14 mai 2008

avec un grand A (3)

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Alors voilà, soi disant l'amour avec un grand A devait inspirer les uns et les autres : on avait parlé de m'envoyer sa contribution, d'en livrer une version personnelle... Que nenni, je suis seul à m'être jeté à l'eau, sur ce coup-ci (c'était là). Et à avoir essuyé une volée de bois vert, par dessus le marché. Pas facile, hein ?

Puisqu'il en est ainsi, voici un classique de chez classique, que j'affectionne depuis longtemps. On le doit encore à Alfred de Musset (quel homme, celui-là !...)

"Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux.

On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit: j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois; mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice crée par mon orgueil et mon ennui."

Note bien que ça marche aussi entre deux sensuels inconstants ou deux vaniteuses dépravées...

(Bon, je devrais bien tenir encore deux jours, avec ça, non ?)