Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26 juin 2008

le héros et le maître chanteur

18820828.jpg

Bon, ben Saiichi, c'est fait : il a sa carte de séjour. Un an ! Quel sésame !

Ça c'est fait au prix d'une longue et belle bataille : ton soutien, ta présence, l'engagement de son orchestre, des interventions de parlementaires... tout cela était dans le dossier des fonctionnaires qui ont traité son affaire. Quand il a été convoqué le 22 mai pour se voir remettre son récépissé de régularisation, c'était au "bureau des affaires réservées". Tu savais que ça existait, toi ?

Et hier, même bureau, enfin la carte, et la fin des ultimes doutes. Respiration...

Mais ça ne s'est pas fait sans une manoeuvre de dernière minute : il a fallu qu'il signe une attestation d'abandon de recours. Parce qu'il avait engagé une procédure contre la décision de la préfecture devant le tribunal administratif. Avec une audience programmée début juillet. Son dossier ayant été réexaminé, sur le fond, il était légitime de lever la plainte. Sauf que l'audience devait aussi examiner la demande de dommages et intérêt pour préjudice subi.

Eh! bien, non : la perte d'emploi, la suspension des l'allocations logement (alors qu'il paye TVA, impôts sur le revenu et taxe d'habitation comme tout le monde), le non versement des indemnités ASSEDIC (alors qu'il y a côtisé des années), les nuits sans sommeil et les coups de déprime... toute une année d'angoisse : en pertes et profits, la question ne pourra pas être posée.

Ça tombe bien, il avait l'intention de la lever, la plainte, préférant s'en tenir à sa régularisation. Mais y être obligé au terme d'un ultime chantage, ça le dégoûte, et ça me dégoûte !

Mais bon, disons qu'aujourd'hui, l'essentiel n'est pas là. Champagne pour le héro !

09 juin 2008

mon violoncelle couleur lilas

rso.jpg

Il était beau, mon Saiichi, dans ses souliers cirés, son pantalon noir cintré, et son ample chemise lila. C'est la première fois que je voyais un orchestre symphonique tout en couleur. Il y avait des tâches vert clair, des pointes rouges, quelques touches jaunes, de grandes envolées orangées... Et dans le choeur de ce temple protestant du 8ème arrondissement, se déployait ainsi le Rainbow Symphony orchestra, dans une joyeuse proximité avec le public, venu nombreux écouter un répertoire de haut niveau.

Le concert était placé sous le signe du chiffre 5, car il s'agissait de célébrer le 5ème anniversaire de cette formation. La 5ème marche de d'Elgar (Pump and Circumstances), la 5ème symphonie de Beethoven (tu sais, le fameux pom pom pom pom !...), et puis après l'entracte la 5ème Symphonie d'un compositeur du 20ème siècle, plus obscure, le Finlandais Sibelius.

Igor et moi avions retrouvé Yohan en ville quelques minutes avant le début du concert. Fiso, occupée dans l'après midi par quelque programme d'agrément nous rejoint toute ébouriffée à 20h 10, pile poil sur la toute première note d'Elgar. Ouf ! Avant le début, j'arpentais les bancs et les allées à la recherche d'Olivier Autissier et son copain Jean-Michel, que je ne connaissais que de photos, mais qui avaient annoncé leur venue par blog interposé. Nous nous trouvâmes finalement à l'entracte, mais il fallut que je fasse preuve d'un peu d'extravagance dans mes recherches, pour me faire repérer.

Franchement, j'ai été bluffé. C'est un orchestre amateur, mais ils ont assuré. Et puis, pour la musique en général, mais pour le classique en particulier, rien de tel que le live pour vraiment en profiter.

Par exemple, là, je t'ai mis en écoute la 5ème symphonie de Sibelius. Ce n'est pas une partition facile. D'abord, contrairement à Beethoven, ce n'est pas une chose mille fois entendue. Et puis c'est une musique du siècle dernier, les mélodies ne te sont pas données sur un plateau d'argent, elles se mettent en place progressivement, elles se détachent lentement d'une zone trouble, comme d'un brouillard épais, qui se dissipe peu à peu, tu es d'abord comme englué, tu te sens opaque, légèrement instable. D'ailleurs, ce ne sont pas les violons ni les violoncelles qui font la mélodie. Les cordes forment cette espèce de basse vibrante, comme en bruit de fond. Ce sont les cors, puis les flûtes et tous les vents qui en apportent les premiers éléments. Et puis une amplitude se met en place, tu ne t'en rends presque pas compte, mais elise_jb.jpgtu te mets à distinguer des couleurs, des reliefs, ici et là des sonorités cristallines et légères.

Moi personnellement, il me faut plusieurs écoutes pour comprendre, percevoir, et aimer. Mais dans la salle de concert, tu les vois à la manoeuvre, tu observes les archets vibrer, vibrionner de mouvements courts ou larges, tu admets plus vite ce qui se passe, l'intention du compositeur et des interprètes, le sens, et finalement la puissance esthétique de la chose. La gestuelle du chef, la distribution des instruments dans l'espace te sont comme un guide qui t'aide à accéder à cette beauté rude.

A la fin du concert, on leur a fait un triomphe, j'ai comme d'habitude crié quelques "bravo", de ceux qui font toujours honte à mon homme, mais moi j'étais fier de mon Saiichi. Malgré son dos, malgré ses papiers, malgré toutes les épreuves, il est allé au bout de ce projet-là, aussi.

 

07 juin 2008

La vérité de la pleine lune (ou comment j'ai niqué balmeyer)

brutos7387_By_TIM.jpg

Bon, je m'étais trompé. Ca peut arriver à tout le monde. J'avais cru, à quelques événements sensoriels il y a un peu plus d'un mois, que la lune était dans un cycle croissant. Et sans l'avoir vu de mes yeux, mais m'étant référé à un calendrier que j'avais lu à l'envers, ou m'étant trompé d'année, je m'étais ici même enfermé dans mon erreur.

Or, la lune est seule à connaître sa vérité. Son mystère. Il vaut donc mieux la voir pour la connaître. Les Musulmans l'ont bien compris, d'ailleurs, qui aiment entretenir le suspens sur le jour exact de la sortie du Ramadan. J'avais donc été victime d'un surcroît de chaleur, une sorte d'arrivée impromptue de l'été, d'un beau début de mois de mai. Et j'ai pu vérifier à cette occasion que l'effet chaleur soudaine n'est pas moins radical que l'effet lune.

La dernière pleine lune, c'était donc en fait dans la nuit du 19 au 20 mai. Et une fois de plus, elle n'avait pas menti.

C'était un lundi soir, donc, au début de la nuit. J'étais dans une forme resplendissante. Une petite pointe dans l'épaule droite, qui me faisait craindre un début de tendinite, mais de l'énergie à revendre, de la sérénité, j'ai nagé mille mètres sur le dos, puis mille encore en crawl, brasse et papillon. La présence de ces corps nus comme en apesanteur, dans ce grand bassin calme de Roger Legall, m'était une évidence.brutos7946_BillDerringer.jpg

Avec un gars bien bâti, à la queue épaisse, un rien stressé par le contexte et du coup très attentif à notre discrétion, nous nous sommes enfermés dans une cabine. Il m'a enfilé une capote pour me sucer, une capote colorée et parfumée. J'ai débandé en pensant à Oh!91 (les aventures de balmeyer étaient encore toutes fraiches à ce moment là). Ca m'a fait chier que ces histoires de blog se permettent de surgir au milieu de quelque chose. Je me suis ressaisi en le caressant, puis en le suçant je me suis branlé dans la capote. Il y avait à la fois l'épaisseur exceptionnelle de sa queue, et puis malgré son apparence robuste, ce rien de fébrilité à faire une chose interdite dans un lieu interdit. Du coup, j'ai joui jaune fluorescent, abondemment, et sans qu'il n'y ait rien à nettoyer (juste hop ! pic, poc, poubelle !). Tu le crois ? Il en était heureux et fier, mais n'a pas souhaité aller plus loin.

J'ai vite recommencé à bander sous les douches. Car Yves d'abord s'y trouvait, puis Sylvain. Nous nous sommes caressés très simplement en nous savonnant les dos. A trois, nous étions tour à tour savonneurs, savonnés, parfois pris en sandwich. Sylvain nous a brutos6386.jpgappris qu'il allait commencer une formation de masseur. Je ne sais pas grand chose d'Yves, si ce n'est qu'il a l'intention de prendre l'initiative d'un dîner pour faire mieux connaissance. J'ai aimé laisser sa queue savonnée en érection me glisser des mains tout en me plaquant contre son dos. Du monde arrivait dans les douches, pleins de regards complaisants, j'y ai vu parmi les autres mon premier amant de la soirée, le regard vague que je devinais envieux de cette liberté que nous nous offrions. Je n'ai pas voulu aller plus loin avec eux, ne sachant pas de quelle énergie la pleine lune me laisserait disposer encore pour ma nuit avec Saiichi.

C'est le moment où j'étais étouffé par le boulot, mais où Igor étant parti pour quelques jours en Autriche, je retrouvais Saiichi chaque soir. Il m'avait préparé à manger. Avec Saiichi, nos corps s'électrisent l'un l'autre, nous nous aimantons, toujours, nous ne pouvons être l'un près de l'autre sans que nos mains n'aient besoin de rencontrer nos membres, nos peaux. Ce soir-là, j'ai eu un plaisir infini à lui faire l'amour, j'aurais voulu qu'il me prenne (putain de dos qui le handicape !), mais rien que de me l'imaginer sous la douceur de ses caresses, la vigueur de ses doigts... J'ai été surpris de l'abondance de mon sperme. Oh!91 n'est pas venu me hanter, balmeyer était niqué, tout comme ses avatars ! Saiichi, tout en maîtrise, a joui aussitôt après moi, comme d'habitude, presque sur commande.

Cette vérité de la pleine lune est à nouveau en formation, prépare-toi, la prochaine est pour le 18 juin. D'ici-là, je te laisse profiter de son cycle croissant, on est en plein dedans.

22 mai 2008

la vie des hommes

548557101.jpg

Ce 22 mai n'est pas comme les autres. Ni pour ces centaines de milliers de personnes qui s'apprêtent à défiler pour tenter de défendre le droit à la retraite, c'est à dire une certaine conception de la vie des hommes, ni pour ceux qui ne pourront y participer, comme moi, mais qui espèrent dans ce sursaut de mobilisation, ni pour Saiichi, qui a en fin de matinée un rendez-vous à la préfecture, sans trop savoir ce qui l'attend.

Je l'ai retrouvé hier soir tard fébrile, inquiet, parfois tremblant. Il triait ses papiers. Ne rien oublier. Tout montrer. Toutes ces lettres de soutien. Tous ces témoignages qui disent la réussite de son intégration dans la société française. Tous ces bulletins de paie qui montrent la réalité de sa condition salariée et l'absurdité des décisions administratives prises à son encontre.

Je l'ai longuement serré dans mes bras comme on tient un oisillon au creux de ses mains pour lui transmettre de la chaleur. Et puis nous avons dormi l'un près de l'autre comme nous en avons pris l'habitude ces derniers jours.

Entre une confirmation d'obligation à quitter le territoire (le recours contre cette décision sera traité en audience par le tribunal administratif le 4 juillet) et la remise d'une carte de séjour d'un an, avec la reconnaissance d'une erreur administrative, tout est possible : un récépissé de 15 jours, comme il en a été remis récemment dans l'affaire des travailleurs sans papier, une carte de séjour de trois mois avec obligation de retrouver un emploi d'ici-là... Et toutes les réponses ne se vaudront pas. 

Tout à l'heure dans le bureau de la préfecture, nous entendrons en sourdine les premiers cortèges se former. Et nous aurons le résultat de cette étape dans le combat de Saiichi. C'est drôle comment se joue parfois la vie des  hommes.

01 mai 2008

l'autre et l'esprit de la fête

1173083957.jpg

Y a-t-il une façon française de faire la fête ? De se retrouver entre potes ? De brasser des mots, des rires, d'occuper le centre en balançant des blagues potaches ? De se couper la parole allègrement pour ne pas se laisser distancer ? d'être dans le cynisme, dans la vanne à deux balles, à l'encontre toujours de quelqu'exutoire consentant ?

Nous dînions l'autre soir avec Igor et Saiichi, deux étrangers, à l'apprentissage francophone tardif, mais désormais établis en France, tournés vers la France, "intégrés", comme on dit, plutôt bien que mal, dans la société française. Des gens avec qui il est agréable de discuter, qui connaissent bien notre langue, quoiqu'ils la pratiquent avec des degrés de compréhension ou de maîtrise de la syntaxe parfois aléatoires.

Ils me disaient la difficulté qu'ils avaient à être dans un groupe, parce que dès que la conversation ne se déroule plus dans le face-à-face, le débit s'accélère, les phrases ont du mal à se terminer, les mots se mangent, la langue elle-même se familiarise, s'argotise, et rapidement, le rire vient fermer tout ça, et si ce n'est le rire la polémique, la dynamique du groupe dissout l'attention à l'autre, à l'étranger. Celui-ci s'efforce de suivre au début, perd pied peu à peu, se démène seul pour se raccrocher à quelque récif, y parvient une fois, deux fois, mais s'épuise, et finit par se noyer dans l'ennui ou le sommeil.

C'est dur de se laisser couler dans la fête et de ne pas y perdre l'autre. De rechercher jusqu'au bout son bonheur à soi, surtout qu'on le sait éphémère, de se construire dans un rapport au groupe, dans "des" rapports au sein du groupe, sans être dans l'abandon de "l'autre". Ça n'est sans doute pas vrai que pour les problèmes de langues, ni que pour les étrangers, d'ailleurs. Je suppose que quand tu te laisses tarauder par ces histoires de fidélité et d'exclusivité, tu t'y confrontes aussi des fois dans le quotidien de ton propre couple.1097344927.jpg

Sur le chemin vers la maison ce soir-là avec Saiichi, alors que le soleil était à se coucher, nous nous sommes à nouveau laissés envahir par nos désirs et nos caresses. Dans l'habitacle de la voiture, avant d'arriver à la maison sous un ciel d'orage crépusculaire aux ourlets flamboyants, à l'abri d'un acacia à travers lequel perçait la majesté d'un arc-en-ciel souverain qui nous donnait son absolution, au fond du grand parking vidé de la gare-RER, pantalon et boxer ramenés à nos chevilles, nous nous sommes observés et aimés. Il m'a pris en bouche pour la première fois. Je me regardais et me trouvais dans cette pause incroyablement sexy. Dans ma main, son sexe avait cette résonance familière, ce goût de velours et de soie au contact duquel je me perds. Nous avons joui, et jouissant encore le soir avant le coucher, enivrés par de nouveaux attouchements, j'ai su que la lune était entrée dans sa phase croissante. C'était lundi soir.

13 avril 2008

Saiichi, six événements (dont un truc sexe)

1662222224.jpg

Il m'a été gentiment reproché de ne pas donner suffisamment de nouvelles de Saiichi, après t'avoir pourtant fortement sollicité à son propos. Voici donc six petites choses qui pourraient t'intéresser, au détour de ce week-end passé avec lui :

- a partir de ce lundi, il ne sera plus couvert par aucun titre de séjour ni récépissé. Non expulsable, car son recours est suspensif, mais non employable car en situation irrégulière, il commence sa vie de clandestin sursitaire ;

- Depuis avant-hier, son licenciement est effectif. C'est l'heure du certificat de travail et du solde de tout compte ;

- Chômeur, il sera néanmoins dans l'impossibilité de s'inscrire comme demandeur d'emploi, parce que ne disposant pas d'un titre de séjour. Il ne percevra donc pas d'allocation Assedic (alors qu'il cotise depuis trois ans), il ne bénéficiera pas des réductions ou des gratuités ordinairement concédées aux chômeurs par les services de la ville de Paris, et cerise sur le gâteau, son allocation logement lui est supprimée par la CAF. C'est dur d'imaginer ce gouffre de précarité qui vous tombe dessus à la suite de la simple décision d'un fonctionnaire de la Direction départementale du travail et de l'emploi ;

- il garde le moral parce que nous passons du temps ensemble, et parce qu'il a la perspective de jouer avec son orchestre, le Rainbow Symphony Orchestra les 7 et 8 juin à Paris (les Parisiens, réservez vos places !). Beau programme en perspective, les 5èmes symphonies de Beethoven, d'Elgar et de Sibellius ;1109663759.jpg

- Nous avons fait le trajet en voiture entre Paris et ma banlieue samedi. La main sur la cuisse l'un de l'autre. Le temps, l'autoroute, le plaisir d'avancer l'un près de l'autre... ses caresses se sont faites plus pressantes, plus intrusives. J'ai joui juste avant d'arriver à la maison, entre le Champion et la gare RER. Un inédit. C'est pas hyper commode. Mais qu'est-ce que c'était bon...

- C'est quelqu'un d'incroyablement patient et tolérant. Mais j'ai appris qu'une chose le choquait beaucoup, même si c'est généralement en silence : quand les amis français avec qui il va au restaurant s'évertuent, dès la première minute où ils sont installés, à ouvrir le sachet qui contient les baguettes et se mettent à jouer avec en attendant les premiers plats.

- Pour fêter son anniversaire, et son concert, et mon festival, et d'éventuelles bonnes nouvelles (je croise les doigts), on se fera un grand dîner japonais courant juin. Mais on évitera le malaise : ça se fera à la maison.

Tiens, ça fait longtemps que des jeux n'avaient plus circulé sur la blogosphère. Après les 6 petites choses sur soi, méconnues mais dépourvues d'intérêt, je viens sans m'en rendre compte de lancer les six événements, petits ou grands, arrivés à l'un de ses amis intimes, mais avec un truc sexe au milieu.

Le principe de la chaîne reste la même, sauf que je ne tague personne : ça fait des jaloux...

03 avril 2008

Saiichi, la saison des Sakura

1597269727.jpg

Au Japon, c'est la saison des Sakura (les cerisiers). et Saiichi est devenu un sans papier.

Ordinaire ressortissant étranger quand je t'en ai parlé pour la première fois, Japonais d'origine et de nationalité, il menait une petite vie parisienne paisible, travaillant dans le secteur marchand, en CDI, plus pour justifier d'un emploi et sécuriser son statut de résident que par vocation. Il attendait le moment de rechercher une vraie activité, pleinement connectée à la musique, ou au médical, ses deux vocations et domaines de qualification.

Mais une brusque machine administrative s'est rappelée à lui, lui confisquant en deux mois tout statut : autorisation de travail, carte de séjour, emploi.

Il n'a plus rien.

Dois-je préciser qu'il n'a évidemment commis aucune faute, aucun crime, aucun délit ? Il a juste changé d'emploi, et perdu 50 euros de salaire : aussi incroyable que cela puisse paraître, ça a suffit à un fonctionnaire de la DDTE (Direction départementale du travail et de l'emploi) de Paris pour considérer qu'il avait connu une "modification substantielle de ses conditions d'emploi et de rémunération" justifiant l'annulation de son autorisation de travail. D'où a découlé le non-renouvellement de son titre de séjour et son arrêt d'expulsion.

Où en est-il aujourd'hui ?

Avec son avocate, un recours a été introduit auprès de l'affreux Brice Hortefeux, ministre de l'immigration et de l'identité nationale, contre l'annulation de son autorisation de travail. Puis un autre recours, auprès du tribunal administratif celui-là, contre l'arrêt de la préfecture de Paris qui l'obligeait à quitter le territoire français sous un mois.

Le premier recours n'est pas suspensif, donc il reste sans autorisation de travail jusqu'à l'aboutissement du recours (normalement deux mois 993830486.jpgmaximum). Le second est suspensif, donc il n'est pas expulsable mais reste sans papier. Enfin, une procédure de licenciement a été engagée, il est donc en période de préavis jusqu'au 11 avril, après quoi il n'aura pas droit aux ASSEDIC car en situation irrégulière.

Un sans papier en situation de non droit. Voilà ce qu'ils en ont fait et où il en est...

Bon, il tient le coup malgré tout. Avec des hauts et des bas. Les hauts, il les tient surtout des soutiens qu'il reçoit. Une sénatrice de Paris est intervenue, deux députés, dont le vice-président du groupe d'amitié France-Japon, un maire adjoint de Paris, des contacts ont été activés auprès des directeurs de cabinet de ministres par le biais d'amis ou d'amis d'amis... la filière entre2eaux lui a valu une petite dizaine de courriers (merci de tout ce que tu as déjà fait - même si apparemment quelques lettres se sont perdues, parce que pour couronner le tout il y a de graves problèmes de distribution de courrier avec La Poste dans son quartier), et les amis de son orchestre sont très mobilisés. Les bas, il se réveille souvent avec quand sa situation lui saute à la figure, ou quand il peine à communiquer avec son avocate.

Jusque là, la compréhension des procédures, la préparation des recours, leur relecture, leur correction, la collecte et l'organisation de ces soutiens l'ont beaucoup occupé et l'ont aidé à tenir bon. Il entre maintenant dans une période difficile, où il doit s'inscrire durablement dans la précarité et l'absence de ressources. Il doit attendre le résultat des démarches. Son avocate l'encourage à rechercher dès à présent un nouvel emploi, mais tu imagines, toi, convaincre un employeur de te faire une promesse d'embauche quand tu es sans papier, sans autorisation de travail, en cours de procédure judiciaire ?...

Mardi soir, je passerai la soirée et la nuit avec lui, ma deuxième nuit. J'ai hâte de ce nouveau moment de tendresse, et il a hâte aussi. Parce qu'entre nous, même si tu me gloses, il y a plus que simplement des "jets d'oreiller."

21 mars 2008

Saiichi, mon havre

1094128489.jpg
Saiichi, c'est mon havre dans le tumulte. Mon aire de repos sur l'autoroute. Il traverse des tourments invraissemblables en ce moment. Toute sa vie, tout ce qu'il aime, tout le sens qu'il a choisi de donner à sa vie est désormais sous la menace d'une expulsion. Il souffre de son dos, de sa terre d'exil, de son patron sans scrupule, il a tout pour exploser et se fracasser en mille morceaux. Le tenir debout au milieu de ça devrait être une tâche redoutable, du genre qui te sollicite, qui t'accapare, qui t'accable toi même, qui t'absorbe dans la révolte et l'impuissance. Et pourtant, au milieu de la connerie humaine qui croise ma route du bureau, et des heures que j'y passe malgré tout par conscience, je m'y apaise comme nulle part ailleurs.

Oh! Bien sûr, il est triste, éprouvé, inquiet. Anxieux, même. Il fait des cauchemars, comme la nuit d'hier. Mais pourtant, au coeur de tout, près de lui, dans l'activité pour lui, je me ressource, je me restaure, je me libère.


L'un et l'autre, côte à côte, dans des contacts toujours rassurants, nous passons d'un mail de son avocate à de longs baisers tendres, d'explications sur les prochaines étapes de son recours à des caresses intimes, du toucher mat de nos peaux aux corrections de traductions hasardeuses, de son ordinateur à nos corps nus étendus l'un contre l'autre, de mains caressées sous la table à mon ordinateur. Rien ne pèse, rien n'est craint quand nous sommes l'un avec l'autre. Nulle impatience. Nulle oppression. La tendresse accompagne tout, comme un bien nécessaire. L'anxiété n'écrase rien.

Son dossier avance, l'avocate a envoyé hier le recours hiérarchique. A l'heure qu'il est, il est sur le bureau de l'affreux Brice Hortefeux. Une liasse, quelques pages qui démontent toute l'absurdité, et toute l'illégalité, de l'annulation de son autorisation de travail pour 50 malheureux petits euros de perte de salaire.

Dimanche, nous avions relu ensemble le document pour relever les erreurs et coquilles qui s'étaient glissées sous la plume de l'avocate. Nous avons fait l'amour divinement. Son dos encore fragile ne lui a pas permis de me pénétrer. Pas encore. Mais nous l'avons simulé. Si fort que j'en ai joui jusqu'à l'oreiller loin au dessus de son crâne rasé. J'ai eu mon premier endormissement près de lui. Une courte sieste, prélude à une première nuit ensemble ? Bientôt ? Moi aussi, j'ai des enfermements et des limites.

Dans le mail à l'avocate, nous avons ajouté des questions. Pour être sûrs qu'elle avait tout compris des ultimes précisions envoyées par Seiji sur son salaire, ou pour comprendre quel rôle pourrait avoir le soutien de ses amis. Pour demander un rendez-vous. Nous restions nus tout l'après-midi dans sa chambre. Des villes basculaient à gauche dans le secret des isoloirs, et dans le secret de son studio, nous nous aimions sans calculer. Dans le secret de sa douche, il jouissait une seconde fois. Dans le secret de notre combat nous nous disions de gentils mots d'amour.

Je l'ai laissé en milieu de soirée pour un rendez-vous important. Je quittais mon havre pour la pleine mer, pour une Méditerranée impétueuse mais familière et chaude.

J'ai d'autres havres. Sur une rive de la Méditerranée notamment. Je m'y arrime autrement, comme dans le port d'attache de mes débuts de journée.

Comment vivre l'amour ?