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12 mars 2013

relâche opus 466

Voilà à quoi je m'attaque, et voilà pourquoi tu ne me vois plus. Depuis que j'ai récupéré et fait réparer le piano électronique de ma grande nièce, je suis hâpé des heures chaque semaine. Au début, j'ai reconstitué "mon" répertoire, retrouvé les trois ou quatre pièces apprises dans l'enfance et qui avaient fini par s'échapper du bout de mes doigts. Bach, l'Invention N° 13, une Romance sans parole de Mendelssohn, une Valse posthume de Chopin, la N°1 de l'opus 69. Les sensations étaient agréables, presque goulues, empreintes de fierté.

Ceci fait, avec une onctuosité que je n'avais pas imaginée, j'ai repris la seconde Valse posthume de Chopin, dont je n'avais jamais abordé qu'une ébauche, et je fus bien surpris de me voir capable d'y avancer, de me l'approprier, et d'y mettre, en sus, tant de délectation. La famille m'a écouté avec flatterie, mon ami d'amour avec moquerie. Evidemment, ça reste pataud. Chaque interprétation reste un enjeu, dans lequel j'investis ma concentration et ma sensibilité. Et qu'importe la sonorité, ce qui compte est le plaisir que j'y prends.

Et depuis quelques semaines, je suis donc sur Scarlatti. Ça a l'air simple, comme ça. Il faut déchiffrer, comprendre. Il faut acquérir les automatismes. Plus compliqué, il faut parvenir à dissocier la main droite de la gauche, qui jouent sur des rythmes voisins mais distincts, à cause de l'utilisation de triolets qui créent cette sensation de légèreté. Mais cette légèreté, justement, dans le toucher et les trilles, pour juste m'en approcher, juste l'effleurer, juste comprendre ce qu'il faut de doigté pour espérer l'apercevoir... j'y laisse une sueur incroyable. C'est ardu, je m'accroche, je répète, et répète sans cesse. Je m'y écorche. Et le plaisir que j'y prends ne décroît pas.

Alors voilà. Tu ne me vois pas, mais je ne suis pas loin. Et si tu écoutes cette interprétation par la jeune Italienne Ottavia Maria Maceratini, sache que c'est là que je suis.

21 février 2013

à un degré du chaos

 Swimming_Male_Nude.jpg

C'est le problème des médailles : quoi qu'on fasse, il y a deux faces. Les anges sont d'un côté, mais côté pile, toujours un diable se niche.

En apparence, tout est simple, donc. Je suis là, à Budapest, en pleine liberté pour me ressourcer. Me reconnecter à moi-même, comme disent certains de mes amis. Et pour commencer, me réconcilier avec mon corps. De ce côté-là, ça ne marche d'ailleurs pas si mal. Mon corps résiste bien à l'épreuve de force que je lui inflige chaque matin : 2OOO mètres de course de fond en eau claire. Je vais au turbin sans rechigner. Bien sûr, dehors, il fait froid. Plus ou moins zéro, mais mon rituel est bien rôdé. Habituellement, je prends la douche avant d'aller dans l'eau. Tant pour l’hygiène, que pour me laisser gagner par une sensation froide entre la douche et la piscine, qui fait de la petite seconde d'entrée dans l'eau un instant fugace d'intense délivrance. Là, si je suis mouillé au moment de sortir, je crois que je me pétrifie aussitôt. Je sors donc de mon hôtel à sec, la sensation froide m'enveloppe ainsi très progressivement, et je suis mûr, cinquante mètres plus loin, au moment de la pénétration.

Après, nager en plein air, c'est un bonheur. L'eau reste à 27 degrés. L'eau des piscines doit être à 27 degrés. En dessous de 26, c'est trop mordant, le corps peine à s'échauffer. Au dessus de 27, une fois passée la sensation initiale, tu te sens vite devenir cotonneux, le muscle n'a plus l'énergie de réagir. C'est très important la température d'une piscine : elle doit être à 27, à un degré près !

Un degré, une minute, et tout peut changer : le fameux effet papillon ! Tiens, lundi dernier, la douche avait été tristement vide après ma séance de nage, je m'étais donc savonné vite fait bien fait. Mais au moment précis de partir - j'étais déjà à la porte - voilà que toute une ribambelle de grands gaillards - probablement des waterpolistes - arrivent. Une minute plus tôt, et je pouvais faire mine de commencer ma douche pour rester quelques instants parmi eux. Mais dans ma position, faire machine arrière n'aurait eu aucun sens, je me suis donc contenté de regarder l'heure, pour ajuster ma prochaine séance à leur horaire d'entraînement.

Mardi, au lieu de 9h20 comme la veille, je suis ainsi allé nagé à 9h30. Échec total ! Pas la visite d'un chagrin d'amour,coup de blues,vie gay,homosexualité,drague,piscine,nager,natationseul compétiteur. J'ai persévéré, et hier, à 10h30 précises, alors que je finissais ma douche, l'équipe a débarqué. La plupart des gars ont ôté leur maillot, beaux comme des dieux grecs. Tout en se touchant, se savonnant, ils n'ont pas arrêté une minute de parler. Leurs sexes, initialement rétractés par le froid et l'effort, se sont vite gonflés sous l'effet combiné de l'extraction, de l'eau chaude, et du contact de leurs mains, allongés un peu, appesantis, sans jamais aller jusqu'à l'érection. Leurs bavardages rendaient le tableau naïf, innocent. Tout à mon émoi, je m'étonnais de voir cette génération tout entière prise dans la mode du sexe rasé. Preuve qu'ils se regardent les uns les autres, et que des normes naissent de cette jauge, sans s'énoncer...

En apparence, donc, ça va. Je suis plutôt étonné de voir comment l'on me tourne autour dans les bains, même lorsque s'y trouve du beau gibier, moins rassi que moi.
 
J'en sais plus sur Michel et Daniel, tiens, car évidemment, ils étaient au Rudas hier, et m'ont accompagné deux heures durant dans les eaux et les recoins secrets de l'établissement. Les deux anges sont donc hollandais. Michel, le grand glabre aux yeux de braise et à la houppette de Tintin, est professeur de journalisme à Amsterdam. C'est surtout à lui que j'ai plu. Daniel est professeur spécialisé pour des enfants gravement inadaptés à Arnen. Ils ont mon âge, sont plutôt bien conservés, et notre trio irradiait le grand bassin central où était massée une assistance de choix. Ça va.

Ça va aussi parce que j'ai le temps d'écrire, ce qui ne m'arrive plus guère, sur-sollicité par toute une série de passions et d'activités absorbantes, le piano figurant au rang des nouvelles, je t'en reparlerai.

Ça va parce que je lis. Mon premier Fred Vargas. Je sais, je suis à la bourre. Mais la lecture et moi, tu sais... Trop de voiture, trop de radio dans ma vie, le livre vient toujours à la fin. Ou dans les voyages. Une histoire de loups dans le Mercantour qui me tient en haleine.
 
Ça va parce qu'un grand soleil d'hiver innonde Budapest ce matin.

DSCN4647.JPGÇa va parce que je vais au concert, parce que j'ai visité pour la première fois l'émouvant appartement du grand compositeur hongrois Zoltán Kodály, dans un rond point qui a porté successivement les noms d'Hitler, de Staline, de la jeunesse nationale, du peuple triomphant, avant de porter tout simplement son nom à lui... La musique calme aussi l'histoire.

Ça va parce ce matin je pars visiter la maison de Béla Bartok, et que cette visite s'annonce chargée de grosses émotions encore.

Ça va. Ça va.

Pourtant.

Pourtant, cette fichue face sur cette putain de médaille. Ce fichu pile habité du diable ! La médaille à une face, ça se saurait, si ça pouvait se fabriquer.

Donc regardons-la bien, cette médaille, retournons-là puisqu'il le faut.

Évidemment, que ça ne va pas. Que rien ne va. Que ça a rarement été aussi mal. Ne vois-tu pas que j'y suis nu ? Que j'y nage nu ? Que j'apprends et que j'apprends encore pour finalement ne savoir que battre des membres dans le vide ?

Par quoi je commence ? Par ce qui me fait le plus de mal ? Par ce qui me fait le plus peur ? Par ce qui me rend le plus triste ? Par ce que je fuis le plus et me rattrape sans cesse ? Par ce qui m'insupporte le plus en moi ? Je te parle de quoi, làmédaille à 2 faces.jpg ?
 
De maman qui dégringole ? De sa possible dégénérescence cérébrale, pas diagnostiquée avec certitude, mais le sera-t-elle jamais, de son improbable rebond ? D'un matin à l'autre, j'avais une mère et j'ai un petit être chétif, perdu, dont on ne sait plus si on lui parle ou si on lui fait passer le temps. D'une saison à l'autre tout a basculé et l'on ne sait s'il faut s'accrocher à l'idée d'une issue prochaine, ou intégrer celle de l'étape irrévocable. On avait tout anticipé pour qu'elle vieillisse bien, doucement, sauf ce saut dans un néant aux émotions diffuses. Ça nous tombe dessus, comme ça, mais je fais quoi, moi, avec ça ?

Je te parle de quoi ? De mon mec ? De l'homme avec qui je vis depuis quinze ans, mais avec qui je ne partage plus que le toit et le lit, enfin, un lit bien chaste, juste par habitude ? Ah, et aussi la moitié de mon salaire. Il me reste la belle famille. Une relation d'indescriptible confiance me lie à elle, et je n'ai jamais mieux parlé de ma mère qu'avant-hier, avec ma belle mère. En hongrois dans le texte. On s'est compris. Igor est amoureux fou depuis quinze jours. D'un homme à qui il dit d'aussi belles choses qu'il me disait au début. Ça me soulage, ou ça devrait, mais qu'y puis-je si là, à ce moment précis, je m'en sens abandonné ?

Je te parle de qui ? De mon ami d'amour ? J'ai fait le deuil de tout avec lui, en cinq ans. Celui de mes désirs, celui de mes espoirs. Il me laisse partager la musique, parfois le chaud contact de sa main sur la mienne, et un flot ininterrompu d'insupportables frustrations. Je me ruine à le suivre dans une frénésie de concerts, m'ajoute des sorties à moi pour me croire libre, lui offre celles auxquelles il serait tenté de renoncer. Et j'ai toujours aussi mal quand je le vois flamber pour s'offrir des plaisirs coûteux, achetés à la conscience par une terminologie tantrique. Ou quand je le devine éperdu dans des jeux de séduction. Quand il aura compris que nous étions faits pour être des amants d'éternité, que nous aurions pu nous épargner du temps et des souffrances, nous serons, lui et moi, au seuil de la mort. Notre relation affichera trente ans au compteur, mais sans doute refusera-t-il encore d'admettre que c'était bien là notre sort, car lui sera resté libre d'un bout à l'autre. En attendant, j'ai mal à chialer.

Je te parle de qui ? De quoi ? De mon amoureux du bout du blog qui n'espace plus ses visites, mais les intersidéralise ? De mes chefs, pris dans l'engrenage des duperies de la gauche, étouffés par des budgets qui s'étiolent, et contre qui je n'ai plus l'énergie de me battre ? Je te dis que Daniel et Michel ont décliné mon invitation à dîner hier soir, et que c'est ce qui m'a filé un méchant coup de blues ? Je te raconte comment je me dégoute quand je me vois, quand je m'entends, quand je m'imagine dans le champ de vision des autres ? Comment, comme maman, je me trouve insignifiant, comment j'aimerais être tout le temps tout petit, transparent, et pourtant recevoir du vrai amour ?

Je suis à un fil du grand chaos. A une minute, à un degré. On ne joue pas sa vie à pile ou face. On la mange à pile et à face, à anges et à diable. Et parfois on oublie de la poser du bon côté.

19 février 2013

deux anges au secours des bains Gellért

les deux anges et le pagne de coton.jpg

Bon ben voilà, c'est l'heure de faire une croix sur les bains Gellért. Ça fait longtemps que ça couvait. Le plus beau des établissements thermaux de Budapest, celui qui porte le mieux les traces du sécessionnisme architectural, d'une ornementation en émail sans pareil... Il fallait bien finir par le donner aux touristes. Ou plutôt, le leur vendre. Et à bon prix. On y entre désormais pour deux fois plus cher que partout ailleurs, et la totalité de l'endroit est mixte. Maillot obligatoire, on est prié de venir avec greluche et compagnie. Même la section aux bains de vapeur, où pourtant certains s'aventuraient pour se rincer l’œil, ni vu ni connu, bobonne disposant de sa propre section pour femmes, est désormais rendue aux familles... Après le Kiraly, la chasse aux pédés continue, mais au final, c'est toute une population locale, habituée de longue date, qui est chassée des lieux.

Pour moi, ça restera le bain où pour la première fois je laissais une main d'homme s'approcher et me caresser, dans le grand bassin à 38 degrés. J'avais trente et un, trente-deux ans, et mon cœur battait à 150. Ça restera une atmosphère où, ensuite, je n'avais qu'à me baisser pour y trouver un plan. Mon épuisette n'y revenait presque jamais vide, et beaucoup devinrent de vraies liaisons. Ça restera le jeune et vigoureux administrateur du Kampinsky, qui cherchait à ajouter du piquant à la relation qui le liait au correspondant du New York Times : je garde un souvenir ému de la prière dite à table, le soir où je connus avec eux mon premier plan à trois. Ça restera Gabor, le premier qui me fit découvrir la sodomie, dans laquelle il investissait une énergie que je ne retrouverai plus... Ça restera Misi, une de mes premières déceptions car j'ignorais alors qu'il fut possible de se lasser en amour...

J'avais l'air un peu con, cet après-midi, à demander mon pagne en coton aux garçons de bains, à l'entrée de la section "vapeur". Ils m'ont expliqué que le maillot était maintenant obligatoire. Je tombais des nues et de toute façon je n'étais pas équipé. J'ai demandé si je pouvais y entrer nu, ils m'ont donc répondu que c'était désormais mixte. Ils m'ont invité à louer un maillot à l'entrée, ce que je n'étais pas prêt à faire, préférant envisager de me faire rembourser les 20€ déboursés. Ils m'ont alors tendu un grand drap, de ceux qui sont mis à disposition pour se sécher, et devant mes yeux ébahis m'ont invité à rentrer dans les bains avec. Je n'avais plus d'échappatoire.

J'étais seul dans cette tenue. J'avais plié le drap en quatre dans le sens de la longueur pour qu'enroulé autour de ma taille, il ne descende pas plus bas que mi-cuisse. La greluche s'est vite faite repérer, avec son maillot une pièce, ou deux pièces, le plus souvent fleuri et coloré, parfois avec son petit bonnet sur la tête. Note qu'elle n'y était pour rien, la greluche, ignorante de toute la volupté gâchée, se laissant juste gagner par la magie des espaces, des ornements et des parcours relaxants qu'elle pouvait là se concocter.

Me restait l'eau chaude, pour ne pas perdre tout mon droit d'entrée, résigné à laisser filer le temps.

GellertBaths01.jpgLe corps principal de la section vapeur est composé de deux grands bassins qui se font face, avec entre les deux, une allée carrelée, bordée des deux grands escaliers concaves qui plongent de part et d'autre dans les bassins. L'un d'eux, à gauche en entrant, est à 37 degrés. L'autre, initialement à 38, comme il est gravé dans la mosaïque qui le surplombe, a été poussé à quarante, histoire sans doute de complaire à la greluche, toujours friande de grandes chaleurs. C'est toutefois là que je les ai vus.

Dans le mur du fond, face aux escaliers, et bien centrées, sont installées deux fontaines, presque symétriques. De grandes niches voutées de plus de angels on tortue gellert.JPGtrois mètres de haut, creusées dans chacun des murs, se font face, à l'intérieur desquelles une fontaine balance trois jets depuis la gueule de félins en bas-relief. Au dessus des jets, les figurines diffèrent. A gauche, un ange debout porte une cruche. A droite, sur une tortue d'eau, deux petits anges sont assis en amazone, blottis l'un contre l'autre, et regardent avec inquiétude, sous eux, le chemin où s'engage leur monture. Le mur est couvert de grands carreaux de céramique bleu émeraude, à la jointure desquels sont incrustés des médaillons de couleur, en damiers. La voute est bordée de motifs naturalistes. Les anges sont émaillés de la couleur de la peau. Ils étaient là, dans le bassin de droite, sous le regard inquiet des angelots protecteurs, semblant s'impatienter dans leurs quarante degrés de fausses pudeurs.

Je ne sais pas ce que le plus glabre des deux a remarqué en premier de mon désarroi, de mon pagne exotique, ou de mon orientation sexuelle. Ce qui est sur, c'est que me voyant, il a pensé son après-midi peut-être sauvée. Je n'avais plus trop le cœur à batifoler. Et puis quand je vois un couple, j'ai toujours l'impression qu'ils ne peuvent rien chercher de mieux à se mettre sous la dent, vieux jeu que je suis. Je suis allé me chauffer au sauna. Et là, ni une ni deux, qui vient s'asseoir près de moi, dans la salle du milieu où j'étais seul, non pas sur la grande banquette restée vide, mais sur le petit côté où l'on ne pouvait que se frôler ? Mon grand Michel, c'est son nom, il me le dira plus tard, dans son petit maillot noir qui déjà l'encombrait.

Bref, contre toute attente, nous finîmes dans une cabine de douche. D'abord juste Michel et moi. Puis avec Daniel, le deuxième ange, son ami.

Michel aime se masturber pendant qu'on lui lèche les couilles, c'est son truc. Daniel aime être sucé à gorge profonde, et diriger lui même, impérial, le mouvement de la tête et de la bouche. Normal, donc, qu'ils aient eu besoin d'un troisième larbin...

Au Rudas hier, le gars aimait avaler le foutre avant de se faire masturber ivre de ce nectar. Un autre aimait être masturbé en tenant une bite dans sa main.

Et moi, je ne sais pas ce que j'aime. Je sais ce que je n'aime pas. Je n'aime pas qu'on me pince les tétons, ça me fait mal et je débande aussitôt. Je n'aime pas trop d'insistance sur mon gland : il devient vite douloureux. Je n'aime pas qu'on m'oblige à sucer du fond de la gorge. Daniel m'a refroidi, même si j'ai joué le jeu. J'aime être enculé, mais plus par fantasme que par réelle expérience du plaisir. J'ai peu éduqué mon anus à l'élasticité qui sied à l'exercice. J'aime, ou je n'aime pas. Ce n'est jamais très clair. Ça dépend aussi de la consistance du membre, de sa taille, de sa forme, de sa vigueur, ça dépend de la constitution des couilles, toutes ne sont pas nécessairement affriolantes, ça dépend de l'abdomen et de la gueule du bonhomme. J'aime, ou je n'aime pas. Ce n'est jamais très clair.

Je me retrouve ici mettre à jour mes connaissances dans ce domaine. J'up-date mon logiciel sexuel, loin de toute urgence. Y voir plus clair. Et me reconnecter à moi même. Peu importe s'il faut commencer par se perdre un peu.

Je n'irai plus au Gellért. Sauf peut-être pour y accompagner des amies. C'est dommage, les deux anges à la tortue venaient enfin de se trouver des prénoms.

18 février 2013

la partouze et la scène

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Finalement, je me suis échappé après une bière - une Gösser blonde au citron (le citron, c'est pour l'haleine !) - et quatre ou cinq bites. Pas de la première catégorie. Le plus mignon des garçons m'a sucé frénétiquement, tandis que derrière moi, un petit gars sec, sans âge, se laissait tripoter sans dénouer son ceinturon. C'était la meilleure séquence, ils m'ont accompagné jusqu'à la jouissance, puis je suis rentré. Il était 1 heure. Avant cela, il y avait eu d'interminables jeux de chats et de souris. Je te plais, je te fuis, tu me plais, tu disparais. Les écrans dégueulaient d'images pas du tout à mon goût, pleines de trucs bizarres rentrés dans des culs faussement lascifs. Je me suis surtout dégouté d'être là, et me suis rappelé que les bars à sexe n'ont jamais été mon truc.

Je préfère de loin les ambiances sensuelles, enveloppantes, où le sexe est moins un enjeu qu'une éventuelle bonne surprise. Au sauna, il y a au moins les douches, pour une illusion d'hygiène. Mais les bains turcs restent le must. Parfois, je me demande si mon attrait pour ces lieux tient au fait que j'y ai connu ma renaissance sexuelle, où si c'est là que je m'y suis ouvert parce qu'ils me correspondaient. La nudité est dépourvue de carapace : elle s'effeuille.

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Je retourne tout-à-l'heure au Rudas, où malgré la discrétion imposée, j'eus quelques unes de mes belles rencontres. La partouze est passée de mode, depuis qu'elle est entrée dans les mœurs, qu'elle fait la une des journaux et que les grands de ce monde y sont pris la bite dans le pot de confiture.

Même sur scène, on partouze. Tiens, pas plus tard qu'hier soir, dans le grand auditorium du Palais des arts de Budapest. Yvan Fischer et l'Orchestre du festival de Budapest y donnaient une version (dé)concertante des Noces de Figaro. Les musiciens, les chanteurs et les régisseurs étaient ensemble sur scène, se  déshabillant et se costumant, se péruquant et se décoiffant,  se mêlant agilement les uns aux autres, jusqu'au 4ème acte où, au ras du sol pour ne pas être vus, dans le jardin obscurci par la nuit, les figurants se sont mis à se peloter, presque aussi frénétiquement que nous, la veille, au coXx, tandis que Figaro se jouait du comte et gagnait les faveurs de Suzanna. Bon, les organes sexuels sont restés cachés. mais tiens, prends la Walkyrie, que Philippe Jordan et Günter Krämer donnent actuellement à Bastille : les sexes s'affichent, sans honte, et parfois même - à dessein sans doute - vaguement gonflés sous les caresses des sœurs de Brünnhilde.

Humm, j'ai eu la chance d'assister à la Générale, à une place de choix, quel bonheur que cette Walkyrie : une musique somptueuse, profonde, jamais pompeuse contrairement à la réputation faite à Wagner. Et comme avec l'Or du Rhin, une mise en scène et une distribution à tomber. Krämer joue des couleurs par touches, crée des images. Quelques unes, pas trop, espacées de séquences sobres, comme surgies d'un album sépia.

J'avais vu toute la tétralogie à sa sortie, sauf la Walkyrie, d'où j'avais été arraché par la mort de mon oncle. Me voilà vengé, même si j'entends que les changements apportés à la mise en scène ont atténué la force de certains tableaux.

Mais c'est assez. Je viens de finir mon déjeuner dans ce bistro "tout à volonté" que je ne connaissais pas, près d'Oktogon. Je m'en vais repartir par les rues, et rejoindre mon bain préféré. J'ai deux-trois cartes postales à acheter en route, et peut-être une bonne surprise au bout du chemin...

16 février 2013

une lune à économie d'énergie

nager sous les étoiles.jpg

Quelques congères mal fondues - signe qu'ici aussi, l'hiver a eu son épisode humide et froid -, une lumière claire et diaphane, presque bleue, une tranquillité apparente et rassurante... Me voici donc de retour à Budapest, pour ma semaine hivernale de pleine liberté. Débarqué de l'avion à 15h, de la navette de l'aéroport à 16, j'étais à 16h30 en maillot de bain, seul dans ma ligne d'eau pour 1500m de mise en jambe. D'abord sur le dos, j'observais sur mes retours le jeune quartier de lune gagner en intensité à mesure qu'il se décalait vers l'ouest et que le ciel s'estompait. La lune, c'est un repère plus malcommode que des dalles de faux-plafonds, pour se repérer dans un dos crawlé, mais c'est l'un des prix à payer pour ce rare privilège de nager hors les murs en cette saison. Puis seul dans une ligne, fut-elle de 50m, l'absence de repère visuel n'est pas un problème bien grave.

Le crépuscule s'est installé peu à peu, les projecteurs ne furent pas allumés tout de suite, de sorte que les yeux s'habituaient à cette pénombre.

J'ai donc pris mes marques, plongeant d'emblée dans mon grand bain de jouvence annuelle.

310.1031.jpgPersonne sous les douches ? Normal, et pas grave : ce soir, je m'offre le Coxx ! J'y escompte deux ou trois bières, et j'espère bien au moins autant de bites avec lesquelles m'amuser un peu. Ou me refaire. Dans ce domaine, j'ai un grave déficit à combler, je sature des vidéos et de ma main droite, et Budapest m'a jusque-là plutôt réussi.

Budapest sera sans doute aussi un petit retour vers ces pages, même si je me suis concocté un programme musical - léger !

Alors bon ski à ceux qui sont au ski (et à celles, y'a pas de raison), bon voyage à ceux qui ont la bougeotte comme moi, bonne drague à ceux qui veulent, bon week-end à tous les autres. Et bon courage à ceux qui luttent contre les plans sociaux. C'est encore eux qui ont le plus de souffle.

19 janvier 2013

madjnûn WajDi

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Puisqu'on en est aux statistiques, celles de nageurs.com viennent de tomber pour 2012. nageurs.com, c'est une communauté, un réseau social. Une amie, qui s'est mariée cet été, me l'a fait connaître en début d'année. Je m'y suis inscrit, j'en parlais là, et mes statistiques sont tenues à jour, semaine après semaine, mois après mois. Il y a une part de futilité narcissique, dans le suivi régulier de la performance. Mais la nage n'est pas la boxe. S'il y a combat, ce n'est que contre soi-même. Dans un couloir, une rivalité occasionnelle peut s'instaurer, et elle stimule, mais pour l'essentiel, les choses se jouent avec soi-même. C'est cogner dans un sac. Décider d'y aller, alors que le froid pique dehors. S'encombrer des opérations d'habillage et de déshabillage, dans des vestiaires trop ventilés ou trop étuvés. Se lancer dans le grand bain le corps fébrile, mal réveillé, la digestion inachevée, le dos endolori, les articulations engourdies - les prétextes au renoncement ne manquent jamais. Puis s'astreindre à un rythme, à une distance, à un comptage. La piscine, on est toujours plus content de l'avoir fait que d'avoir à le faire. Même si une séance a toujours ses instants de grâce, de glisse, d'harmonie, et quelques fois à l'heure de la douche, de virilité partagée.

Nous avons donc été 1.809 nageurs à barboter en 2012, pour un total de 87.361 kilomètres parcourus. Avec 226 km, je me retrouve 95è de la communauté, loin derrière Grosse baleine, qui a inscrit 3.714 km a son compteur personnel, mais tout de même dans les 6% les plus endurants. Avec 137 sorties piscines en 2012, je fais mieux en nombre de séances, puisque je me classe 50è. Mais c'est dans le vagabondage aquatique que j'explose les statistiques. J'ai éprouvé l'eau de 25 bassins différents au cours de l'année passée, profitant de missions professionnelles, de week-ends et des vacances pour découvrir de nouvelles installations nautiques, en France et en Europe. Me voilà, sur ce terrain, 14è de la communauté. Pour une année d'entrée en piste, je ne m'en sors pas si mal.

Samedi dernier, feekabossee était à Paris pour les 40 ans d'un ami à elle. Elle m'a piégé dans une après-midi shopping, que mes collègues ensuite n'ont pas manqué de remarquer... Puis j'étais, moi, à une autre fête, des cinquante ans d'un blogopote, celle-là, qui a vu se recomposer un cercle rare, un tout petit cercle, celui par lequel je suis un jour entré dans la blogosphère. WajDi était là, et Yo, et Fiso et... Zarxas, celui qui s'était laissé fasciner, tant par WajDi, son charisme rayonnant que par la force de l'amitié en train de naître entre nous, et dont, à cause de la distance, il était resté à l'écart, quoi que dans la toute proche périphérie.

Ce regroupement, rêvé depuis déjà cinq ans, fantasmé à perdre haleine, se réalisait à l'occasion de cette petite cérémonie intime dont Fiso avait pris les rênes. C'était touchant de nous voir, tous, de nous toucher, de nous sourire, de nous remémorer cette aventure, aussi intense que virtuelle, aussi réelle qu'improbable, quasi-maçonnique dans ses codes. Entre mythomanie et mythologie, entre amour et amitié, impudence et imprudence, nous étions tous un peu - y compris son créateur - Madjnûn WajDi, fous de WajDi, l'homme blessé mais droit, offrant son corps à distance, dévoilant à petites doses son cœur tendre et ses attentes déçues. Enfermé mais libre.

Encore une fois, on a bien ri de ce défi qu'il m'avait lancé un jour par Messenger : faire le 100m crawl en 1'21'', comme lui. La course effrénée derrière ce record me valut plusieurs fois des tendinites à l'épaule, mais je ne m'en suis jamais approché qu'à dix secondes environ, avant de découvrir la supercherie.

arton2663.jpgComme en écho à ces souvenirs et au personnage touchant de WajDi, Daniel Mermet a consacré cette semaine des émissions à Lionel Cardon. Détenu pour un triple meurtre, ex-ennemi public n°1, plusieurs fois évadé, il raconte aujoud'hui comment, une fois passés l'isolement et les quartiers de haute sécurité, il a reconstruit des repères dans la pratique de la boxe, jusqu'à prétendre devenir entraîneur et acteur de l'insertion. Sujet sensible, plein d'humanité parce que n'éludant pas ce que l'humanité a toujours de complexe.

Cette année, je nagerai 250 kilomètres.

10 décembre 2012

le repos de l'iguane

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Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour. Ça, c'était dimanche, ma petite visite avec la Fée à l'exposition sur les Enfants du Paradis, à la Cinémathèque française. Il y a des moments comme ça. Faut qu'on se parle d'amour, de patience, de l’œuvre du temps, de la confiance en des promesses jamais faites. Croire qu'à force de servir à quelque chose, d'être là tout simplement, ça finira par se voir. Alors viendra le pardon. A moins qu'il ne fut là dès le début, le pardon. Nouveauté ? La nouveauté, c'est vieux comme le monde. Les dialogues de Prévert sont incomparables. C'est un les-enfants-du-paradis.jpgastre lunaire quand on ne sait plus vers où se tourner.

A mon travail, je traverse des temps difficiles. Question de hiérarchies. D'incompétences, aussi, s'il n'y avait pas de suffisance à le dire. Une tension exacerbée par de douloureux choix budgétaires où la culture a comme chaque fois vocation à jouer les parents pauvres. L'esprit vengeur se réveille alors, part à la rencontre de l'oiseau chétif, le dépeint en iguane à quatre têtes pour parvenir à ses fins. Les contre-feux sont alors risqués, instables, hésitants à s'allumer. Saurai-je me replier à temps pour repartir la tête haute sans y laisser mes plumes ?
 
Mon ostéo m'a offert une belle heure et demi de détente et de lâcher prise en fin de journée. Je n'avais besoin que de ça.
 
Une inattendue prise en main, au vrai, un massage de pied en cape, d'abord étendu sur le ventre pour qu'il s'applique sur les épaules et le long de la colonne. De son avant bras tout à plat, qu'il faisait glisser et rouler perpendiculairement à mon dos, il s'est employé jusqu'à mes reins, a rabaissé mon slip à demi sans inutile précaution et a inclus mon bassin dans le champ de son travail manuel. J'avais la gaule quand il m'a fait mettre sur le dos et a manœuvré mes épaules et ma nuque. Le haut de mon 22779-503202b6aca24..jpgcrâne effleurait son pantalon à chacun de ses va-et-vient. Je ne le voyais pas mais l'idée que ce contact fut voulu aggrava mon cas. Il m'a délaissé quelques dizaines de minutes avec une cire chaude sous les omoplates, recouvert de deux grandes serviettes. Je ne changeais rien à la position impudique de mon slip, rêvassais, bandais, finalement somnolais. A son retour, il m'a ôté les chaussettes et s'est attaqué à mes pieds, travaillant les orteils avec sensualité, puis la plante, les chevilles et les mollets. Sa main remontait à quelques reprises jusqu'à mi-cuisse. L'idée qu'il tentait quelque chose ne m'a pas quitté de toute la séance, sans pourtant que ce ne fut assez explicite pour que je m'autorise une audace. J'ai fini alangui, seul, encouragé dans mes exercices habituels avant de me rhabiller et de laisser mon chèque. L’ambiguïté en guise de signature.

J'y retourne dans une dizaine de jours. Peu de chance que ce ne se soit arrangé, au travail, d'ici-là. Si ça ne fait pas de bien à mon dos, ça ne lui fait pas de mal non plus, et puisque le slip descend plus bas d'une fois sur l'autre, il finira peut-être un jour à mes chevilles...

Ah ! Vous avez souri. Ne dites pas non vous avez souri.

05 novembre 2012

souvenirs et contrepoints

Cimetiere.jpg

Jeudi sonnait le vingtième anniversaire de la mort de papa.

Bizarrement, j'ai d'abord beaucoup pensé à Sylvie, peut-être parce que je l'ai revue récemment. Sylvie était la secrétaire générale des Jeunesses communistes. Nous nous étions beaucoup côtoyés, avant que je ne parte à Damas pour mes études d'arabe - autant que pour échapper à une a carrière politique. Elle avait su m'annoncer la nouvelle avec tact. J'étais dans un état d’affolement car je n'avais pas reçu le premier télégramme qui m'annonçait le décès, mais seulement un second qui me donnait l'heure du vol où une place m'avait été réservée. Je n'arrivais pas à joindre maman, le téléphone de la maison était sans cesse occupé et le pressentiment grondait. Depuis Damas, la ligne était terriblement intermittente. Je ne sais pas d'où m'était venue l'intuition que Sylvie saurait, mais elle n'avait pas semblé surprise de m'avoir en ligne, ni même de m'entendre incrédule. Elle m'avait juste dit que ma mère essayait de me joindre, qu'elle n'y arrivait pas, qu'elle avait une mauvaise nouvelle à m'annoncer, que mon papa était mort, que ma mère serait rassurée de savoir que j'étais prévenu. La suite - l'étourdissement où je me trouvais en rentrant chez moi préparer ma valise, puis en retournant à l'institut français retrouver mes nouveaux amis avant de décoller vers Paris - je l'ai racontée là.

J'ai beaucoup aussi pensé à Menem. A Charles de Gaulle, il m'avait attendu pour faire le voyage de Marseille avec moi. Puis le voyage de Puybrun, juste après l'hommage public rendu à Gardanne, le dernier voyage pour mon père, dans un lourd corbillard gris métallisé.

Il y avait eu le tumulte, la famille, les voisins, ma grand-mère qui gérait, entourait et oppressait ma mère, les couleurs resplendissantes d'un automne élégiaque. La messe, donnée par un prêtre-ouvrier de nos amis mais que ma mère avait malgré tout choisi d'éviter.

Jeudi a sonné le vingtième coup de cette histoire.

Nous n'avons pas eu, cette fois, les belles couleurs d'automne qui nous avaient alors accompagnés. Même ma belle sœur n'a pas voulu nous accompagner au cimetière. Mon frère, ma mère et moi y avons marché seuls. Igor virevoltait autour de nous avec son appareil photo, glanait quelques images morbides pour je ne sais quel travail graphique à venir.

Le sol était humide, quelques tombes à l'abandon faisaient l'objet d'une procédure de reprise, et la cimetiere-de-campagne.jpgmousse s'y amassait dans les cavités. Les autres avaient été abondamment fleuries la veille, le cimetière était propre. Avoir perdu un parent un 2 novembre est un privilège.

Mon frère avait sculpté un masque dans une citrouille. A notre arrivée, mercredi soir, une bougie animait ses yeux exhorbités, concession au goût des traditions de ma belle-soeur. Il m'a dit qu'il avait croisé Jean-Claude, et qu'il l'avait reconnu sans l'ombre d'un doute.

Jean-Claude, c'était le fils du notaire. Quand nous venions, enfants, passer un mois chez ma grand-mère (avant de partir, l'autre partie des vacances, faire du camping sauvage en montagne avec nos parents), nous étions invariablement les parigots, les têtes de veau et les têtes de chiens des mômes de notre âge. Après les deux-trois jours de reprise de contact, nous vivions avec les autres, jouions à leurs jeux, perdions le même temps dans les mêmes langoureuses inactivités, parfois tapions dans un ballon ou allions nous baigner à la rivière, mais nous restions néanmoins toujours les parisiens aux têtes de gogoles toujours bonnes à rabrouer.

Même lorsque, installés près de Marseille, nous ne vivions plus à Paris depuis longtemps.

partie de émptanque.jpgIl n'y avait que jean-Claude et Dominique, avec qui la complicité allait plus loin. Ces deux-là, leur truc, c'était la pétanque. On jouait entre-nous, tout le temps. Le matin, l'après-midi, le soir tombé à la lumière des réverbères. Les week-ends, lorsqu'à l'occasion d'une fête de village s'annonçait un concours de boules, alors c'était la mobilisation générale. Il m'arrivait parfois de compléter leur triplette. Mais souvent, ils faisaient doublette et j'étais leur plus fervent supporter.

L'adolescence passée, j'ai cessé de venir passer toutes mes vacances à Puybrun. Militant étudiant, je "tenais" le parvis des facs pour proposer l'adhésion aux nouveaux inscrits, ou je partais faire de grands voyages de solidarité avec les jeunes communistes. Je venais une semaine, de-ci de-là. J'ai arrêté de les voir. Jean-Claude habitait de l'autre côté du village, de toute façon. Quant à Dominique, devenu maladivement timide, plus encore que sa mère, il devint rare de le croiser même subrepticement, quoi que partageant la même place de village.

Odette, la mère de Dominique est devenue, au fil des ans, une amie très proche de ma mère. Une complice. Elle s'était beaucoup occupée de ma grand-mère avant que la perte totale d'autonomie n'oblige à avoir recours à un établissement. Elle entretient, aujourd'hui encore, le jardin de notre maison de famille, y cultive son partager et nous régale d'une partie de sa récolte. Lorsque les saisons sont à l'heure, elle aime me conduire dans ses coins à girolles, dans un donnant-donnant où nous troquons, elle ses secrets moi ma voiture. Hélas, cela fait déjà plusieurs années que je rate le coche ! Au détour des bavardages d'été, je sais que la complicité de Jean-Claude et de Dominique ne s'est jamais éteinte, qu'ils se voient encore beaucoup et qu'ils courent désormais les concours de boule les plus prisés et les mieux dotés.

A l'évocation de sa rencontre avec Jean-Claude, j'ai dit à mon frère ma surprise de voir son amitié avec Dominique avoir survécu à toutes ces années et à l'âge. Le fils du notaire et le fils du maçon, le notable et le cantonnier. Mon frère m'a répondu, narquois, que cela tenait sans doute au fait qu'il s'agissait plus que d'une simple amitié...

La vache !

C'est vrai qu'ils font l'un et l'autre figure de vieux garçons, les deux seuls du village, d'ailleurs. L'autre Dominique a repris la boucherie de sa vieille tante Aline et nous régale d'une saucisse dont Puybrun 24.jpgla recette se transmet de génération en génération. Les genoux en charpie mais marié, il a un grand fils, plus que beau gosse, qui se prépare déjà à prendre la suite. Quant aux deux garçons de la boulangère, les frères Galtier, ils prospèrent, l'un dans les bars-tabac du Vaucluse, l'autre dans la grande agriculture.

Un souvenir longtemps enfoui a surgi en entendant l'allusion de mon frère : Dominique, sa sœur Josy et leur maman avaient été nos voisins, avant qu'ils ne doivent rendre à mon grand oncle, ou plutôt à sa veuve, la maison qu'ils louaient, attenante à  la nôtre. Nos "jardins de devant" communiquaient par un petit portillon rouge. Une fois - nous avions alors quoi, six ou sept ans ? - nous nous étions cachés sous le banc, Dominique et moi, et nous étions montré nos zizis en gloussant. Ma seule vraie expérience de touche-pipi jusqu'à mon coming out tardif.

girolles.jpgSe montre-t-on les zizis entre garçons sans nourrir un fantasme, une attirance, sans cultiver une orientation sexuelle particulière ? Qui se réalisera ou non, d'ailleurs, mais la question d'un coup m'est venue et avec elle, une autre, beaucoup plus fantasmée, sur la relation qui est celle aujourd’hui de ces deux amis d'enfance et de vacances. Trouble.

Fin septembre, les girolles avaient été en retard, fin d'été trop seche. Début novembre, elles s'en étaient déjà allées, décapitées par la vague de froid. Je me suis replié sur des promenades en plein champ, sur quelques vieux rosés des près - deux-trois jeunes pousses attardées, triste cueillette en vérité ! - avec à la clé, malgré tout, une belle poêlée de mousserons ! Saisis à l'huile, rehaussés d'une jetée de vinaigre balsamique, il ne leur a manqué que quelques lamelles de figues, en contre-point sucré.

Samedi, dans la douceur de l'après-midi, nous avons fait une grande marche et sommes repassés maison de ferrandou.jpgdevant une des très belles demeures du village et de ses alentours. Une vielle bastide en promontoire avec, en contre-bas sur la route de Chatou, un grand portail de pierre tuilé. Son propriétaire arrachait du lierre et, presque honteux d'être vu dans cette tâche, s'est excusé, d'un jovial accent anglais : "Ça ne m'arrive que tous les quinze ans, ne vous inquiétez pas !...".

Il nous a parlé de sa maison, acquise trente ans plus tôt, de ce magnifique portique vieux du XVIIe siècle, d'une imitation réalisée à grand frais par un voisin néo-bourgeois mort six mois après l'avoir achevé. Il en est venu à évoquer les pianos qu'il a installés dans "ses ateliers". Pour répéter, car il est baryton, en est-il venu à nous dire. A son âge, David Wilson-Johnson - c'est son nom - est fatigué de se soumettre aux caprices des metteurs en scène, mais il sillonne encore la terre entière pour des concerts ou des récitals. Il a échappé de justesse à Sandy, quittant Boston sur le fil, poussé par des vents qui l'ont ramené sur Paris en quatre heures et demi.

Il sera le 23 mai au Musée d'Orsay pour chanter un répertoire italien ancien. Contrepoint musical à notre séjour quercynois. Mes voisins de là-bas.