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12 février 2008

les godemichés de mes copines de Damas

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Vendredi soir, je retrouvais à Paris deux copines "de l'époque de Damas", c'est à dire avec qui j'ai partagé mon année d'études d'arabe, entre 1992 et 1993 : Agnes et Fred (dite Faridé). J'ai beaucoup d'admiration pour elles, leur opiniâtreté, le niveau de perfection qu'elles ont atteint, l'une et l'autre, dans la connaissance et la pratique de cette langue. Elles ont beaucoup d'admiration pour moi, mon parcours, mes engagements, les responsabilités que j'occupe ou que j'ai occupées. Bref, on s'aime, on se suit, et on se respecte.

Elles deux, plus deux ou trois autres copains et moi, avons formé d'emblée un groupe d'amis très soudé par des valeurs communes, et sommes restés proches tout au long de ces années. Nous portons le même regard sur ce Moyen-orient qui avait tout pour se développer dans la paix et la prospérité, mais que l'occupation, les intérêts pétroliers ou géostratégiques, ont plongé dans cet indicible chaos.

Je n'ai eu aucune difficulté à leur dire mon homosexualité après être sorti du placard, même si c'est en couple avec Armelle que tous m'avaient d'abord connu.

La vie parisienne est ainsi faite que même à beaucoup nous aimer, nous ne nous voyons que deux à trois fois par an. Avec Agnes et Faridé, il y avait même neuf mois qu'on ne s'était pas revus. La honte sur moi, qui me suis détourné un peu d'elles pour venir à ta rencontre.

J'aime bien leur compagnie, elles sont enjouées, ont un regard sur le monde et une belle curiosité. Comme moi, elles ont la quarantaine. Mais elles sont seules. Des histoires qui tournent en eau de boudin. un amant passionnel avec qui la vie commune s'est avérée impossible et qui vit au Brésil... Et ce sujet, que nous n'abordions autrefois que de façon un peu sybiline, sur le ton du constat de situation, sans entrer trop dans l'affectif, et encore moins dans le sexuel, nous en avons parlé de façon très libre ce vendredi.

D'habitude, je crois que j'étais excessivement prude, contenu par l'image qu'elles s'étaient forgées de moi. Et là, est-ce un effet du blog, de ce que je te raconte chaque jour, d'une capacité nouvelle à assumer tout, à décomplexer le sexe ? Nous avons parlé de nous, évoqué nos infidélités convenues, à Igor et à moi, leur manque de partenaire, à elles, leurs stratégies pour sortir du célibat, leurs échecs et leurs peines, nos tensions et nos frustrations. On a même parlé du cadeau que ses copines ont fait à Faridé pour ses 39 ans : des godemichés. Deux. Elle regrettait d'en avoir choisi deux électriques, parce que ceux qui ne le sont pas, parait-il, gagnent en soyeux. Elle n'en a encore expérimenté qu'un, le plus petit, et elle s'est laissé surprendre par la rapidité avec laquelle il conduisait à l'orgasme.

Elle nous a demandé si nous en avions déjà essayés. J'ai répondu que oui, pour ne pas avoir à expliquer comment il m'arrivait d'avoir recours à des procédés et des ustensiles, comment dire ? plus baroques, en fonction de ce qui me tombait sous la main...

Comment en sommes-nous arrivés à parler ainsi ? Cela veut-il dire que mes ami(e)s "d'avant" peuvent, eux aussi, elles aussi, devenir des "potes de l'intime" ?

Alors, je me suis dit ceci : on n'écrit pas tous des blogs, on n'y pousse pas tous aussi loin le contact à l'intime, mais au fond, nos ressentis, nos désirs et nos besoins sont si semblables, que toutes les frontières ont, fondamentalement, vocation à tomber. Inéluctablement. Comme les masques.

18 décembre 2007

mes amours secrètes (2) Ali

 

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Voici l'une de ces parenthèses sentimentales, au coeur de mon amour pour Menem (voir là).


Il s'appelait Ali. Ce devait être en 84, ou en 85. Ali, il faisait parti de ces wagons de Libanais à qui le milliardaire Raffik Hariri - qui n'était pas encore Premier ministre du Liban dans cette période de guerre, mais préparait le terrain avec son fric - offrit des bourses pour venir étudier en France. Parmi tous ceux-là, auprès de qui Menem, ma copine Soumaya, et d'autres Libanais de Marseille un peu engagés essayaient d'apporter du réconfort, des jeunes échouèrent à la fac Saint-Charles. Apparemment, tous n'avaient pas de projets d'étude très précis, c'était le cas de Ali. Curieusement, il y avait souvent beaucoup de légèreté, chez ces jeunes, qui se manifestaient avec une exubérance toute méditerranéenne, ou parfois jouaient de leur statut de victimes de guerre. Chez Ali, il n'y avait pas ça, il était comme décalé, il renfermait une sorte de nostalgie, une indécision, il était venu là, en France, mais ne savait pas bien pourquoi. D'emblée, on sentait qu'il souhaitait repartir. Qu'il allait repartir. Il passait beaucoup de temps avec tous les autres, c'était sa communauté, f04cbaf99fc94de9e0e3dadfb82fbf19.jpgparfois au delà même des clivages, mais il était différent. Menem avait fui la guerre à ses débuts. Ali, lui, l'avait vécue. Il était du Sud, son village était occupé. Je crois qu'il ressentait comme de l'irresponsabilité à être là, et son malaise toulours mal verbalisé le rendait attachant.

Est-ce parce que j'avais perçu tout ça à travers ses grands yeux clairs, ou est-ce par mimétisme, Menem l'ayant pris lui-même sous son aile ? Toujours est-il que je me sentais attiré par ce garçon. Et plus il apparaissait évident qu'il ne resterait pas, pas plus que quelques mois, plus j'éprouvais violemment le besoin de me lier à lui. Et lui me renvoyait de l'amitié forte en retour, me confiait ses souffrances, ses faits d'arme aussi, me montrait la photo de sa copine, il me transcrivait les textes de chansons et m'aidait à les apprendre. J'avais pourtant la même retenue que j'en avais eu avec Menem, j'avais appris à rester tendu comme un arc pour ne jamais aller trop loin. Je m'interdisais certains jour de passer le voir dans sa chambre de cité-U, pour laisser croire presque à de l'indifférence, pour que la demande d'amitié semble toujours venir de lui. Nous nous voyions ainsi souvent en présence de Soumaya, ou au sein de tout leur groupe. Je ne me souviens pas avoir jamais bandé pour lui, ni ne m'être jamais branlé en pensant á lui. Encore aujourd'hui, je serais incapable de me le représenter nu. Ali, c'était un visage, un regard, un rire plus qu'un sourire, une voix.

Pour son départ, nous avions organisé une soirée à la maison. Il y avait Menem, Soumaya, deux-trois autres amis libanais. Et j'eus cette incroyable audace, toute honte bue, de lui remettre un poème écrit pour lui. Devant tout le monde, que je m'efforçais de ne pas regarder mais que je supposais stupéfait. Le lui remettant, et pendant tout le temps où il le lut, en silence, puis quand il circula de main en main, ayant l'impression que le masque était tombé,  je m'étais fermé à toutes les réactions, y en eut-il ? Peut-être que tout le monde avait compris et qu'on ne pouvait que se taire. Ali me remercia. Ce n'était pas un poème d'amour, non, je l'ai retrouvé récemment et le publierai peut-être bientôt. C'était un hommage à un "jeune homme du Sud, qui de sa sève couleur de miel éclabousse le sein des humbles".

4abadc0d7e1af886c9db894693166285.jpgVoila ce sont ces deux amours-là qui m'ont fait. L'un a duré cinq ans par épisode, l'autre a duré trois mois comme un tsunami. Avant, je n'étais rien. Pas de vie, pas d'envie, pas de choix, pas d'horizon. Et là, O. devenait Abou-Zeitoun, comme Fiso dans un autre contexte nous disait avoir été l'Africaine. D'un coté, dans la grande histoire de ma vie telle qu'elle s'est déroulée au grand jour, ces années d'empathie pour  la civilisation arabe, de pénétration fusionnelle avec cette culture et cette langue, m'ouvraient grand les portes du monde. Et se dessinait là un itinéraire qui aurait pour moi d'importants prolongements professionnels. Dans l'autre histoire, secrète, précieuse, inviolée, qui tourbillonnait silencieuse en moi, se jouait autre chose. Les efforts pour plaire tout autant que les épreuves pour échapper à la monstruosité de l'aveu façonnaient, forgeaient là dans mon être, une retenue, des inhibitions, mais aussi une façon de marcher à l'instinct, de poser des jalons pour avancer sans être vu vers des territoires cachés.

Je n'en étais pas encore rendu à mes 31 ans. Des souffrances, dues à des amours inavouables, j'en aurais d'autres : Francois-Xavier, Karim, Laurent... Elles ne seraient pas moins terribles, mais n'auraient plus la puissance constructrice de ce don total que j'avais eu avec ces deux-là.

17 décembre 2007

mes amours secrètes (1) Menem

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Me voila donc rendu. C'est le plus difficile, parce que le plus intime, et probablement le plus secret. Le plus fondateur, aussi. Mais dans mon souvenir ce sont surtout les moments les plus douloureux.

L'histoire officielle de ma vie, c'est que je me suis découvert gay à l'age de 31 ans, sous l'effet croisé de la distance qui me séparait de ma petite amie (j'étais alors installé à Budapest) et de l'immersion soudaine dans un monde nouveau dépourvu de pudeur. Jusque là, je n'en aurais rien su, l'aurais refoulé, classiquement et très inconsciemment. C'est avec cette thèse que j'ai accompli mon coming out devant la terre entière au printemps 97.

Or je le savais, je l'avais toujours su - je ne l'avais jamais accepté, j'avais toujours souhaité que ça me passe, j'aurais prié Dieu pour ça - mais je l'avais toujours su très profondément. Dans mes rêves de môme déjà, les cohortes d'enfants qui m'apparaissaient dans la nuit, nus sous l'effet des lunettes magiques que je m'étais inventées, finissaient toujours par n'être que des garçons. La volupté que j'éprouvais dans le secret de mon lit, lorsque pour la première fois le plaisir de la caresse se trouva fortuitement prolongé par le jaillissement d'un liquide visqueux inconnu, puis dont je me mis à me gratifier chacune des nuits suivantes, n'était habitée que de garçons, de ma classe ou du lycée. Quand je consultais l'Encyclopédie de la vie sexuelle, que mes parents, dans leur modernité, tenaient discrètement á notre disposition, mon frère et moi, c'était pour y regarder les hommes nus, la photo de cette érection adolescente, même si pour me rassurer, comprenant ma différence, c'est sur les photos de couple que je m'efforçais de jouir.

Et parce que j'étais gay, même durant ces quatorze années de vie sexuelle passées exclusivement avec des femmes, j'ai aimé des hommes jusqu'au plus profond de moi-même, mais si secrètement, si seul, si désespérément, que la souffrance que j'en ai éprouvé m'a 1fc0885beb19f393a11484968c509fbb.jpgchangé, a façonné ma personnalité, ma vision du monde et de la vie.

Curieusement, je n'ai pas souvenir de telles intensités émotionnelles dans mes années lycée à Aix, même si j'ai bien en mémoire au moins deux garçons sur lesquels j'essayais sans grand succès de me calquer. C'est en fac que je connus ce premier amour, sans doute le plus long et le plus intense.

Il s'appelait Menem, il était libanais. J'avais 18 ans, il en avait 23, quand on s'est connu. Il était grand, il était beau, il avait une personnalité solaire toujours tournée vers les autres et cultivait son art de la séduction. Son torse, mon Dieu son torse !, il était comme tout droit sorti de la mythologie grecque. Il militait pour des causes tiers-mondistes et anti-impérialistes, ce qui rejoignait ma culture familiale, et je me mis à militer avec lui, entre autre pour sortir du petit cercle mesquin et étroit de mes anciens camarades de lycée avec qui je m'étais retrouvé en fac à Marseille. Nous étions en janvier 1982, et après trois premiers mois sclérosants (études de science, tu imagines comme ça pouvait etre chiant), je commençais à respirer.

L'été suivant, Israël a occupé le Liban, déjà bien éprouvé par sept années de guerre. Plus seulement le Sud, mais jusqu'à 9471ffac10f826203d9df5344d455b54.jpgBeyrouth. Le siége, la faim, les réfugiés, la peur, Sabra et Chatila. De cet été-là, chez Menem a commencé à renaître une identité libanaise brûlante, qui l'extirpait de ce qu'on pourrait appeler, pour faire politiquement correct, le parcours d'insertion ordinaire auquel il s'astreignait de bonne grâce depuis qu'à l'age de 17 ans il était arrivé là. Sa famille, chrétienne maronite, qui vivait dans la montagne du Nord de Beyrouth, avait du fuir dés le début de la guerre, les engagements politiques de ses aînés l'ayant rendue indésirable aux yeux des milices fascistes qui contrôlaient leur région.

Son histoire serait un roman à elle seule. La découvrant, et m'apercevant, à mesure qu'il devenait un ami, que derrière son allant se cachaient des plaies, dont certaines étaient encore béantes, un attachement d'un genre nouveau commença à me lier à lui. Je commençais à le regarder autrement. Peu à peu, et s'en m'en rendre vraiment compte, je devenais sensible à chacune de ses marques d'affection, d'estime ou de reconnaissance. Je n'aurais pu refuser aucune de ses invitations à m'attarder avec lui, ou à le rejoindre chez sa mère pour un week-end à Miramas. Tout en lui avait une noblesse incroyable. L'admiration que je lui vouais n'avait pas de limite.

Il devenait un modèle, un maître à penser, un maître à bouger, un maître à tout. Il n'écrivait jamais dans un cahier, comme moi, mais exclusivement sur du papier libre, j'optais pour les feuilles blanches, j'imitais son écriture que je trouvais plus limpide et plus claire que la mienne. Il avait la barbe, je me laissais pousser la barbe, sa copine était étudiante en médecine, je m'empressais de me trouver une copine, libanaise de surcroît, et résidant dans la même cité-U. Il aimait le foot, je me mis à m'intéresser au foot, il avait l'habitude de dormir nu, je me mis à dormir nu, il écrivait de la poésie, j'écrivis des niaiseries, il admirait Maïakovsky, j'en achetais l'œuvre intégrale, j'apprenais des chansons en arabe, des proverbes, des expressions du quotidien. Souvent introduit, par un hasard qui disait notre complicité, dans son intimité, je remarquais qu'il s'asseyait pour pisser afin d'éviter les éclaboussures, et qu'il s'essuyait le cul par devant, en se relevant le paquet de la main gauche. J'adoptais ces usages, qui sont encore les miens aujourd'hui, tout comme ma manie de prendre des notes sur des feuilles blanches.

Quelques fois, sans doute assez rares, mais que j'ai tellement vécues en démultiplié que je pourrais dire des dizaines de ad4e6f3838178daa79229243537baf7c.jpgfois, notamment quand nos copines étaient de garde, il nous arrivait de dormir sous le même toit et dans la même chambre. J'ai souvenir d'un été où nous étions à Miramas. Il y avait du monde chez sa mère et nous dormions sur deux matelas resserrés dans le séjour, nus, recouverts chacun d'un simple drap. Cette nuit-là, je n'en avais pas fermé l’œil.

J'étais à l'affût d'un retournement, d'un contact, d'un soulèvement du drap, j'étais attiré mais prenais garde à éviter tout frôlement. Ma nuit entière passait à guetter la parcelle de peau qui se découvrirait, à deviner la position de son sexe sous les plis du drap, à attendre qu'il se lève boire ou pisser pour l'observer par silhouette dans la nuit. J'étais dans une haleine incroyable parce qu'il m'avait ouvert son lit, mais c'était tellement insignifiant pour lui que ça faisait mal à mourir.

Un été, en 1984, nous sommes partis, avec une bande de six copains de fac, participer à un chantier pour construire une école au Nicaragua, c'était notre façon de soutenir la révolution sandiniste contre Ronald Reagan. L'été d'après, ou le suivant, il m'avait sollicité pour l'aider à traduire en français un livre sur la résistance libanaise. Une confiance incroyablement solide s'était construite entre nous, que j'ai su au prix d'incroyables souffrances, conserver indemne longtemps, très longtemps. Trahir mes sentiments, c'était irrémédiablement la casser, donc briser mon amour. Comment révéler à quel point me faisaient mal toutes les confidences dites à un autre, tous les moments passés avec sa copine, ou tous les instants où je le croyais avoir trouvé meilleur ami que moi ? A chaque instant, je m'interdisais moi-même de le chercher ou de le solliciter pour ne pas me révéler, mais son silence à lui m'était assourdissant.

Je suis incapable de dire aujourd'hui par quel chemin ma relation à lui s'est peu à peu apaisée, en est revenue à un état d'amitié non pas ordinaire, mais dépourvue d'ambiguïté. Au point où nous sommes encore - même à ne nous voir, parce que nos vies sont ainsi, que deux ou trois fois dans l'année, avec sa femme et ses deux petites filles qui sont comme mes nièces - ce que l'on appelle des meilleurs amis l'un pour l'autre. Sans doute parce qu'il y eut des temps morts, des parenthèses, des éloignements d'où nous ne revenions jamais, ni l'un ni l'autre, dans le même état sentimental. Jévoquerai bientôt l'une de ces suspensions, particulièrement intense.

Encore aujourd'hui où nous nous revoyons pour des moments de bonheurs simples et familiaux, il ne sait rien de ce que fut autrefois ma passion dévorante pour lui.

12 décembre 2007

le jour où la porte s'est fermée

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Je suis toujours à me poser la question. Tu sais, cette question lancinante : c'est quoi, au fond ? Il s'est passé quoi pour que je sois pas un mec comme les autres ? Un trauma ? Une carence ? Il m'a manqué quoi ? Cette question qui me suis - Oh! sans vraiment me torturer, rassure-toi - mais qui doit bien tarauder ma mère, quand j'y pense, depuis que je lui ai fait mon coming out.

Je n'ai évidemment pas la réponse. Dieu merci ! Ce serait grave de pouvoir établir, comme ça, une relation de cause à effet. T'es PD ? Tiens, c'est pour ci ! Ou c'est à cause de ça ! Tu imagines si de telles corrélations venaient à être mises à jour ? Comment la société s'organiserait pour banir toutes les pratiques "à risque" (quelle horreur), ou pour rechercher les gènes maudits dans les embryons...

Par contre, j'ai un événement en tête. Je le tourne depuis un moment, sans trop savoir comment l'aborder. Ce sont deux billets, publiés sur des blogs amis, qui me poussent à formuler cette histoire. D'abord un billet de WajDi, un de ses premiers paru il y a presque un an et relu récemment, où il dit la force des liens qui se créent quand des intimités sont forcées à se cotoyer, jusqu'à des formes de fusion où se scèlent des destins croisés. Et un autre de Chrisbi, qu'il a publié mardi, où il dit son rapport à la pudeur, construit dans des habitudes familiales.

J'avais six ou sept ans. Mon frère quinze mois de plus que moi. Nous habitions depuis peu dans un pavillon d'Argenteuil. Et comme tous les soirs, après manger et avant d'aller nous coucher, c'était la séquence salle de bains. Nous partagions la même chambre (j'avais le lit du haut), et depuis toujours le même bain. Au signal des parents, c'était à poil, et dans la baignoire. Mais ce soir là, au moment d'entrer dans la salle de bain, mon frère qui y était arrivé avant moi a refermé la porte derrière lui. Il m'a dit qu'il en avait marre, et que je prendrai le bain après lui.

1951b38d67fc1022dce4567e38f18573.jpgJe n'ai rien compris. J'ai du brailler, je ne me souviens pas bien de ce qui a pu se passer d'autre. J'imagine a posteriori ma mère me demander de laisser mon frère tranquille, que c'était pas grave, que j'avais qu'à attendre 5 minutes, et que au fond, c'était pareil. Personne ne voyait ce qui se passait au fond de moi ce soir-là. Mon frère, lui, pétitionnait en quelque sorte, affirmait son droit à l'intimité. Mais ça me dépassait. D'un coup, à un âge où je ne pouvais pas le comprendre, un tabou se mettait en place : celui de la nudité.  Alors que pendant 6 ans nous étions tous les soirs ensemble à jouer à l'eau dans la même baignoire, et que je n'avais jamais connu que ça, mon propre frère - il avait sept ou huit ans -  là, va savoir pourquoi, je n'avais plus le droit de le voir nu.

Là, sans explication, sans préparation, une chose devenait honteuse. Je ne peux pas dire que ç'ait été à proprement parler un traumatisme. Mais il s'est passé en moi une chose profonde ce soir-là, une chose bizarre a commencé à se mettre en place, comme une quête, une attirance, et je ne peux pas m'empêcher de penser que mes fantasmes de jeune enfant, faits d'autres enfants nus, d'autres petits garçons comme nous, résultent en partie de cette quête.

La nudité qui n'était  rien, qui n'était dans mes yeux que la vie normale, un moment de la journée, un rite du quotidien, le prélude au sommeil, la nudité, d'un coup, devenait un objet. Un objet bizarre, concret, palpable, qu'on pouvait cacher, qu'on devait cacher. Qu'on pouvait donc aussi chercher, rechercher, chérir. Ce qui n'était rien devenait tout. Depuis ce soir-là, je n'ai jamais revu mon frère nu. Il a 44 ans.

05 décembre 2007

Attila, le soleil en bandoulière


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Encore un petit flash-back, tiens, histoire d'ensoleiller la grisaille du matin.

Attila (ça, c'est un nom, hein ?) : il avait 19 ans, il étudiait la chimie à Veszprém, en Hongrie. Il est le premier de mes amants à avoir accédé au statut de petit ami officiel : durant l'été 97, je l'emmenais en vacance chez ma mère près de Marseille. Ma pauvre mère, je ne lui ai pas épargné grand chose sur ce coup-là. Déjà, mon coming out, je lui avais fait par téléphone, tout juste 24 heures après ma copine, lui disant simplement que elle et moi, c'était fini, mais que c'était pas grave, puisque c'était simplement parce que j'aimais les hommes. Et deux mois plus tard, je ramenai ce jeune mec à la maison... Qu’est-ce que je pouvais être centré sur moi-même à cette époque, tu parles d'une phase de libération!...

Attila, il aimait la fantaisie, étaient-ce des jeux de son âge ? Par exemple, au début, ce qu'il adorait, c'était enduire mon corps et mon sexe de crème dessert, et me lécher, me sucer goulûment, après quoi il se tartinait lui-même de crème et attendait de moi que je le dévore. Plusieurs fois, il m'avait proposé de faire l'amour avec lui devant sa copine Barbara, elle le lui avait demandé, elle aurait voulu se branler en nous regardant, mais cette idée était vraiment trop farfelue, et j'y avais toujours résisté. A Marseille, nous allions sur les plages gay. A nous deux, nous devions avoir une vraie puissance divinatoire. Les mecs nous regardaient, nous enviaient, nous finissions chez l'un ou chez l'autre dans des plans á trois. Une fois, étrange anecdote, un de ces mecs cueillis là s'était vanté d'avoir couché avec Jean-Claude Gaudin. Beurk !

5f929c1a913db02b963fa895d3e087d8.jpgAttila, je l'avais rencontré dans un bain turc de Budapest. Le Rácz, qui aujourd'hui n'existe plus, promis à une opération hôtelière d'envergure. Ce fut fulgurant. C'est dans l'espace sec et boisé du sauna que nous nous étions immédiatement cloués l'un dans l'autre du regard. Puis dans les eaux du bain, à peine dissimulés, nous avions rapidement éprouvé nos érections, simulant des pénétrations, et avions aussitôt décidé de sortir pour nous retrouver seuls chez moi. Le tout, en 5 ou 10 minutes ? Pour parler entre nous, c'était pas très commode, il ne connaissait aucune langue étrangère, et le hongrois, je n'en étais qu'à mes premiers rudiments. Mais il s'en foutait, il me regardait, il souriait d'un soleil comme ça, et il me baisait, il ne voulait que du sexe, encore du sexe, et moi, qui n'en demandais pas tant, exultais. Une fois seulement, si ma mémoire est bonne, je l'ai rejoint à Veszprém en semaine, au tout début, la semaine de notre rencontre. Le week-end, c'est lui qui venait à Budapest, notamment pour voir sa sœur, auprès de qui il m'introduisit également. Nous avons emmené une fois ses nièces au zoo. En retournant à Veszprém pour la première fois l'été dernier, en voiture, je m'appliquais à reconnaître la cité universitaire où je l'avais retrouvé, et la promenade de cette soirée exotique.

Avec Attila, c'est moi qui n'ai pas pu tenir le rythme, les envies de son âge me dépassaient, mais je n'avais pas le droit de l'en priver. Alors peu de temps après la fin de l'été, nous nous sommes séparés. J'ai pensé à ma mère, qu'a-t-elle jamais pensé de cette relation, elle qui revoyait son fils pour la première fois sous ce jour inconnu ? Quant à lui, 29 ans aujourd'hui, mon Dieu !, je ne sais pas ce qu'il est devenu.

22 novembre 2007

mon coming out : le lever de rideau

Une morosité s'installe. Le blog de notre boxeur préféré connaît son premier automne. Puisque le ciel se dégage ce matin, je mets en ligne un de ces billets écrits au mois d'août en forme de carte postale, et qui me valurent d'intenses émotions. Celui-ci est inspiré de retrouvailles avec un ancien amant (l'histoire y est racontée ici), il est long (je m'en excuse), il parle de moi, évidemment. Mais Dieu, que c'est bon parfois, le narcissisme !
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WajDi, cette carte elle dit des choses du passé avec lequel j'ai rendez-vous ce soir, à travers mon Zoli, c'est bien au delà de lui une époque de ma vie, ou meme plutot, le grand tournant de ma vie.

C'est une époque bizarre que je te demande de te représenter. Ni triste, ni heureuse, á vrai dire. Turbulente comme une bourrasque dans ton cœur. Une époque où bien que déjà rendu à l'age de 31 ans, tu te mettais seulement á te découvrir de l'appétit sexuel et á t'ouvrir aux hommes. Tu ne savais pas encore comment vivre avec ça, mais tu commençais á vivre ça, concrètement. C'est ton installation à Budapest qui en avait été le déclencheur. Oh!, Budapest, tu n'y venais pas de gaieté de cœur : depuis des lustres, ton horizon á toi, c'était la Méditerranée, le monde arabe en particulier, sa langue si imagée et si chantante, la sincérité des regards et une certaine pureté de l'âme que tu avais toujours décelé chez tes amis. Au point que tu en avais abandonné les études de physique pour te plonger dans des études de langue et de civilisation arabe. Mais cette année là, en 1995, la bourse de recherche que tu avais convoitée t'ayant été subtilisée sous le nez par le gouvernement Balladur, tu avais saisi sans trop hésiter l'opportunité professionnelle qui s'était présentée à toi : travailler pour une ONG internationale, dont le siège était à Budapest. Qu'importait Budapest, du reste. C'aurait pu être Istanbul, Caracas ou Dublin. C'aurait pu être la porte à coté ou l'autre bout du monde, c'était un appel de la destinée, et avec ton amie, vous aviez convenu de la saisir et de vous organiser en conséquence : elle resterait à Paris, et vous vous retrouveriez tous les mois pour une semaine-dix jours. De temps en temps, sur ses congés, c'est elle qui te rejoindrait.
Voila, c'était tombé sur Budapest. Beurk ! A dire vrai, tu y venais à reculons. La perspective de vivre dans un de ces ex-pays du bloc socialiste, uniformément gris, tristes, pluvieux, neigeux, sans saveur et sans odeur, comme tu te les représentais, t'était pénible. Mais au fond, tu ne venais pas t'installer en tu venais prendre place dans le monde ! Les premières semaines d'automne, tout absorbé par ton nouveau tu t'enfermais chez toi le soir et perfectionnais ton anglais avec une méthode audio. Assez vite, tu pris l'habitude de fréquenter la piscine, pas celle qui se trouvait juste derrière l'apart, parce qu'elle était alors réservée aux clubs, mais celle de l'île Margueritte, Hájos Alfred, car elle était sur ton chemin vers le bureau.
75e922e7c765237f879975b3989f3d80.jpgC'est cette piscine qui est représentée sur la carte. Classée monument historique avec ses briques rouges, tu t'y arrêtais au petit matin, peu après six heures, avant d'arriver au boulot vers sept heure trente. L'hiver s'installait, et nager dans la nuit, une légère brume éclairée par les projecteurs s'élevant au dessus de l'eau, procurait des sensations totalement inédites. L'autre attrait de la chose, qui probablement te donnait l'énergie de te lever si tôt le matin, c'était la vue de ces jeunes hommes, sans pudeur, dans les vestiaires et sous les douches. Il se parlaient, se chambraient, tu n'y comprenais rien. Ils bougeaient, ondulaient, comme s'ils n'avaient pas conscience de la beauté de leur corps, comme s'ils ne s'étaient pas vu devenir des hommes, comme si leur sexe pesant, épais, demeurait en dehors du champ de leur conscience. De légères érections se manifestaient parfois sous l'effet de l'eau chaude, ils semblaient n'y prêter pas garde (ou alors, ils étaient en maîtrise totale des techniques que tu nous a exposées dans ces pages un jour...!). En toi, ce feu, ce feu que tu avais tant de fois ressenti, mais que tu avais toujours réprimé, ce feu que tu avais parfois alimenté dans des boutiques de presse, à feuilleter des magazines pornos sans jamais en acheter, mais que tu avais toujours maîtrisé, ce feu s'était mis cette fois à s'engouffrer en toi, à te gagner totalement et à te consumer. Tu étais rendu incapable de t'abstraire de ce rendez-vous matinal. Paradoxalement, la vue de leurs corps te renvoyait à l'image du tien, sans caractère, ni beau ni laid, donc laid, tout en courbes mièvres, et tu voyais aussi dans une pratique intensive de la natation le moyen de le sculpter : je scrutais chaque jour dans le miroir l'apparition de fossettes abdominales, d'excroissances musculaires, tu voyais jour après jour s'estomper ces petites poignées d'amour devenues obsédantes. Mais tu étais encore incapable de t'imaginer que la bite d'un autre, ça pouvait se toucher, que des hommes tels que ceux-ci ou d'autres, pouvaient se donner á d'autres hommes.
C'est au printemps suivant que, libéré du stress initial de ce nouveau job, et t'intéressant enfin, avec les premiers beaux jours, à la vie à la hongroise, tu découvris les bains thermaux. A ce moment- là, l'évolution a été assez rapide, évidemment tu avais été naïf au début, dans ce sens que tu étais incapable d'interpréter les regards des hommes, que tout homme de toute façon était présumé hétérosexuel, normal, quoi ! mais par le fait, tu avais fini par te faire approcher par un soixantenaire - assez bien conservé -, francophone, qui s'était mis, tandis que ton cœur battait à 150, à te caresser le sexe tendu comme un arc, tout étonné de trouver un jeune homme aussi bien disposé à son égard. Ca n'avait duré que quelques minutes. Lorsque, hésitant, tu avais porté la main vers son membre, tu l'avais trouvé flasque, tu en avais ressenti un grand dégoût, et tu avais mis fin aux attouchements. Mais le tabou s'était brisé ce jour là. Il y eut ensuite Csaba, jeune homme bien foutu mais légèrement édenté, qui vint à la maison tout heureux de se faire un Français réputé excellent amant, et avec qui tu eus ton vrai baptême. Les premières rencontres étaient furtives. Ces pédés que tu croisais n'étaient donc pas vraiment des hommes, ils n'existaient qu'à travers cette chose, qui restait si évidemment perverse.
Puis vinrent les vraies rencontres. Derrière le sexe, il commençait à y avoir des personnes, souvent quand-même avec un rapport un peu compliqué à leur homosexualité. Il y eut donc Zoli, le romantique, mais aussi Péter, le politicien, Misi, l'homme d'affaire, quelques étrangers vivant á Budapest, ou de passage en touristes, allemands, irlandais...  La plupart ont perdu leur nom et leur visage, mais peu importe, finalement. Le fait est que, de plus en plus souvent, et surtout intrinsèquement, tu vivais ton homosexualité. Mais pour autant, de moins en moins tu ne voyais comment vivre avec. A coté de cette vie secrète qui se construisait, ta vie professionnelle se développait, avec un statut public dans certains milieux, qui compliquait les choses. Quand tu étais de passage en France, tu retrouvais ta copine, et tu avais de plus en plus de mal, pas seulement à la satisfaire, mais à trouver du bonheur, de la vie simplement, à être avec elle. Continuer cette double vie était à l'évidence impossible, mais en sortir demeurait plus qu'impossible. Admettons que tu révèles au monde que tu étais gay, après tout ça commençais á pouvoir se concevoir, mais en plus de tout il fallait désormais justifier 15 années de vie dans le mensonge. L'image de toi, patiemment construite aux yeux de tous serait alors irrémédiablement à jeter aux orties. Non et non, il n'y avait pas d'issu. Souvent tu étais dans un avion, pour rentrer en France ou pour une mission quelconque, et en secret, tu priais pour qu'il survienne une catastrophe. Après tout, n'étais-ce pas le mieux qui pouvait arriver. En finir là, comme ça, disparaître en "martyre de la cause", et emporter ton secret avec toi. Oui, pendant un an et demi de double vie, à coté des plaisirs que te procuraient des dizaines de charmants Zoli, le désir profond de la mort t'accompagnait. Personne n'en sut jamais rien.
En t'en allant tout à l'heure retrouver Zoltan, imagines-toi que c'est toute cette époque qui te revient, par bouffées nostalgiques. Avec ses peines, mais sans occulter que ce n'était alors qu'un lever de rideau à une libération qui bientot serait totale.

19 novembre 2007

Ces femmes que j'ai malmenées

Alors ça, ça reste le truc qui m’intrigue vraiment : la bisexualité. Elle rentre pas dans mes cases. Quand je dis ça, attention, ça ne veut pas dire que j’y connais rien. Quatorze ans, je suis resté quatorze ans avec des meufs : deux relations. La première, elle a duré six ans. b05a9f4aeea1e31a14bcc67d871cf5b9.jpgUne Libanaise. Ma première expérience sexuelle, pour elle aussi, puis une première longue vie de couple. Je sais aujourd’hui – et au fond de moi je l’ai toujours su – que j’étais avec elle pour être en fait avec ces jeunes et beaux Libanais que la guerre crachait vers nos facs au milieu des années 80. Ils étaient sensibles, à fleur de peau, mais pétris d’un vécu qui me fascinait. Auprès d’eux, j’ai appris beaucoup de la vie, et me suis ouvert aux cultures arabes. Avec elle, je croyais me lier à eux pour toujours.

Ma deuxième expérience, c’est avec ma Bretonne : huit ans elle a duré, quand je suis venu m’installer en région parisienne. On a rompu quand je lui ai annoncé que j’avais découvert que j’étais homo et que seuls les garçons m'attiraient. Elle a souffert, mais a accepté, et au fond ça l’a soulagée parce que ça battait de l’aile depuis longtemps, surtout au lit. Du coup elle n’était plus en cause.

Evidemment mon attirance soudaine pour les garçons était une fable. C’est vrai qu'à notre rupture, mon passage à l’acte était encore récent, mais j’avais depuis tout petit fantasmé sur les mecs nus. J’avais lu dans une Encyclopédie de la vie sexuelle, que mes parents - c'était des modernes - laissaient discrètement à notre disposition, mon frère et moi, que si ce genre d’attirances existait, généralement, elles passaient. Alors j’attendais que ça passe. Et ça durait, et je souffrais. Et je m’obligeais, en me branlant, à me représenter des meufs, et chaque fois un mec s’immisçait dans ma rêverie, mais au moins, tant qu’il y avait une meuf, je pouvais me croire sur la bonne voie.

ff217c22a1013f3f3f9e0611bfa48fb8.jpgBref, il m’a fallu 15 ou 20 ans pour m’assumer, dont quatorze ans en couple… Des enfants, j’ai toujours résisté : et là, la pression a été forte à chaque fois : de l’entourage, et surtout de mes compagnes. C’est d’ailleurs cette pression qui a accéléré la fin, dans les deux cas : j’aurais eu l’impression qu’ils auraient été les enfants du mensonge. Ou qu’ils auraient rendu à tout jamais impossible ce coming out, certes tardif, mais qui tout au long de cet enfermement restait néanmoins possible tant qu’il n’y avait pas de môme. Aujourd’hui que je m’assume, que je vis en couple avec un autre homme, je regrette de n’avoir pas d’enfant. J'en reparlerai. J’aurais aimé voir grandir un p’tit bout. Lui permettre de comprendre, à travers le parcours de son propre père,  qui l’aurait aimé comme personne, toute la complexité de la vie, des sentiments, des sexualités. Fiso a écrit un beau billet (ici) sur l'homoparentalité.

Quand je dis que ça rentre pas dans mes cases, c’est peut-être là que je me plante, et que je suis prisonnier de mon vécu  à moi : je me dis, dans le bi, y’a la partie sociale, le paravent qui permet l’intégration, la socialisation, l’acceptation de soi – d’un soi faux, mais d’un soi quand même - par tous, familles et cercles divers ; et y’a la partie vraie, où y’a l’éclate, parce qu’il faut bien que le corps exulte… Boby a parfois semblé dire le contraire, mais ça reste pour moi une énigme, et je ne peux m’empêcher de penser que la bisexualité – assumée comme dans son cas, ou cachée comme dans celui de WajDi – est surtout le prétexte à conserver une branche de normalité sur laquelle s’asseoir, le résidu, en quelque sorte, d’une homophobie intériorisée, d'un conformisme de façade.

Je me suis déjà pris une volée de bois vert à ce sujet avec WajDi, donc je le lui redis par précaution : oui, tout celà n'est qu'une lecture, fausse comme toutes les lectures, induite par ma propre histoire.