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05 mars 2009

la tendre indifférence du monde

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Hier soir, j'ai enchainé des longueurs en papillon. Il n'y avait pas trop de monde dans le bassin. Je pouvais me le permettre, et j'avais du stress à évacuer : des petites querelles au sein de mon équipe, des réunions tendues pour s'expliquer, et pour essayer de désamorcer.

Un incident de douche a failli me mettre en retard à Paris-Carnet. J'ai du me savonner deux fois.

Je suis arrivé à l'Asssassin, et le temps de garer ma voiture, Michaël Lonsdale lisait les toutes dernières lignes de L'étranger. Il était question de la "tendre indifférence du monde". Je t'en reparlerai, parce que ce texte d'Albert Camus, que je découvrais, m'a envoûté.

J'ai réglé les derniers détails de mon rendez-vous lyrique de vendredi aux aurores, retrouvé Bénédicte, et fait la connaissance de Lony, qui a eu deux-trois anecdotes salées à nous raconter, dont une sur des histoires de branleurs, qui ne pouvait que m'intéresser. Je n'ai pas raconté mon incident de douche.

J'ai fait le taxi, pour approcher ou déposer chez elles trois jeunes et belles blogueuses. J'ai eu au téléphone mon ami d'amour, qui m'a raconté sa journée. Je ne lui est pas dit qu'il m'avait manqué, je crois qu'il le sait.

Il était minuit à mon retour à la maison. J'ai écrit ces quelques lignes, parce que je n'avais pas le temps d'en faire davantage, et que ça m'aurait ennuyé de laisser mon blog sans rien publier une journée encore. Alors je les ai postées avant d'aller me coucher.

03 mars 2009

500 euros, 500 secondes et le triste état du monde

Donc d'abord : s'acquitter de la règle.

Pour le texte :

1. Avoir un blog : la belle affaire !

2. Signaler qui vous a tagué : j'ai déjà dit plus haut.

3. Écrire un article relatant ce que vous feriez s’il vous restait 500 euros et 500 secondes à vivre. Vous avez carte blanche, que ce soit en 3 mots ou en 500 lignes, laissez libre court à votre imagination.

C'est l'objet du billet ci-dessous. Je termine d'abord l'énoncé de la règle. Et puisque j'ai carte blanche, je m'essaye à une petite fiction, tiens. Voilà qui me changera.

4. Relancer la chaîne en invitant 5 de vos amis à répondre à leur tour à la question.

Pour l'illustration :

1. Choisir la 6ème photo dans son dossier le plus récent

En ce qui me concerne, il s'agit là d'un dossier ouvert pour une occasion bien précise : envoyer quelques camionneurs dénudés à Gicerilla qui me l'avait demandé, elle a choisi une autre illustration mais en a fait bon usage.

2. La publier sur son blog
3. Tagger 6 autres blogueurs pour qu'ils se livrent au même exercice.

Je désigne donc à la vindicte 6 blogueurs, question de parité : 3 hommes et 3 femmes, que je n'ai pas encore eu le loisir de mettre dans l'embarras : feekabossée la brune qui roucoule, Manue la citoyenne ordinaire, et Dalyna le chroniqueuse de presse ; et puis Philippe, parce que ça va l'énerver, Manu pour la même raison, même si je crois bien l'avoir déjà tagué une fois, mais il y a prescription, et Doréus, dont j'ai hâte de percer le regard épistémologique qu'il aura sur le sujet. Et je leur laisse le choix de s'acquitter de l'une ou l'autre des chaînes, de les croiser s'ils se sentent inspirés, puis de désigner de nouvelles victimes.

_________________________

Je consultais mon compte pour la vingtième ou la trentième fois en ce début de soirée. A cette heure-ci, mon écran ne m'apprendrait rien de plus. Compteur bloqué sur 472,19 € depuis la veille. Le relevé de mes mouvements récents faisait apparaitre des crédits : 238,57 € des ASSEDIC, 147,86 € de la CAF, un virement de 100 € de mon frère, en règlement d'une vieille dette. J'avais évité de justesse le découvert. D'autant qu'à court de liquidité, je venais de retirer 40 euros d'un distributeur. Pour un sauna, il ne manquerait plus que je me prive de ça ! Mais cette fois, je le jurais, c'était la dernière. Il fallait tenir jusqu'à la fin du mois.

J'avais dans ma poche quelques pièces. Je les faisais tourner dans ma main. Puis, comme pour occuper ma pensée et accélérer l'arrivée de la nuit, je me suis mis à les compter. Comme ça, machinalement. Il me restait un billet de vingt. Et en ferraille, 7 euros et 81 centimes. Elle avait bonne mine, ma petite piécette en laiton.

L'écran de mon ordinateur était toujours allumé. Je ne sais pas vraiment pourquoi et comment j'en suis venu à rapprocher par l'esprit le solde de mon compte et ces quelques broutilles étalées sur la tablette devant moi. Sans doute pour me rassurer. Toujours est-il que soudain m'a sauté à l'esprit que, c'était drôle, ça faisait tout juste 500 euros. Je refaisais l'addition. Au centime près.

Pour un peu, j'allais me sentir riche. Cette idée m'a fait oublier la quittance d'électricité qui trainait sur le buffet, et le courrier du proprio qui me relançait pour le loyer de février. Et toutes mes lettres de motivation en instance. Je savais qu'il fallait les envoyer, ces fichues lettres, d'abord les fignoler, il fallait que je me montre beau. Intelligent mais pas trop. Pas trop exigent non plus. Me vendre comme juste l'élément qui manquait à leur puzzle. Me faire croire indispensable et occulter ma posture misérable. Au milieu de la crise. J'oubliais ces jeux sordides où mon sort ricochait sur des ponctuations.

Vingt heure avait sonné. Avec un peu de retard, j'ai mis les nouvelles. Qu'est-ce qu'il est beau, ce Delahousse, je me suis dis encore une fois à moi-même. Le sourire qui tombe toujours juste, le clignement jamais outrancier, la mèche calculée, l'épi du meilleur ton. L'œil un poil revêche. Je n'entendais pas bien, il était vaguement question d'art, de vente aux enchères, j'ai entendu le nom de Yves-Saint-Laurent, je ne me sentais pas vraiment concerné, en fait. Mon regard est tombé sur un cadre posé au sol. Une mosaïque de mon ex. Je me suis dit qu'il fallait que je m'occupe d'en réparer la fixation.

Au milieu d'un flot de paroles, avec tout plein de chiffres, j'ai reconnu "cinq cents", et j'ai pensé que l'on parlait de moi. Cette idée m'a traversé l'esprit un très court instant, mais la pensée d'être dans le journal télévisé, de faire l'actualité pour le simple fait d'avoir par hasard 500 euros pile en main, compte et espèces mêlés, m'a amusé.

Ainsi alpagué, j'ai commencé à m'intéresser à ce qui se disait. En fait, c'était drôle, enfin... si, c'était drôle, quoi, ce n'était pas "cinq cents" qui avait été dit. Mais "cinq-cent mille". Comment avais-je pu me tromper d'autant ? Ben si, à bien réfléchir, c'était normal : ces cinq cent mille-là n'étaient rien, finalement, c'était la petite bricole de l'affaire. Et encore, bricole... Ils ne valaient pas plus que fifrelin. Mes cinq cents à moi, ils valaient sacrément plus.

A la volée, j'ai compris que le Musée d'Orsay avait acheté deux toiles pour 13 millions d'euros, qu'un fauteuil s'était vendu pour 21 millions, que Pierre Berger avait escompté entre 200 et 300 millions d'euros de cette vente, et que finalement elle lui avait rapporté 373 millions "et cinq-cent mille euros". C'était donc ça ! A chaque fois qu'une mais s'était levée, entre deux coups de marteau, son portefeuille s'était empli de "cinq-cent mille euros" supplémentaires. Bigre ! Pour une main levée !

Je regardais mes pièces restées sur la table.

La pendule du décodeur affichait 20:08:20. J'ai éteint le téléviseur. Pas par dépit, non. Ni même par vengeance. Par un étrange mélange d'indifférence et de résolution froide. Pour tuer cet univers irréel en en éliminant l'image. Quitte à m'y perdre moi-même. 20:08:20. Cinq cents secondes s'étaient déroulées depuis vingt heures, et je venais de m'éteindre au monde.

J'allais chercher mon carnet de chèques, dans la poche intérieure de mon perfecto. Suivant les pointillés, j'en ai retiré un. En chiffres, puis en lettres, j'y ai inscrit la somme de "trois-cent-soixante-treize-millions-et-cinq-cent-mille-euros". J'essayais de ressentir quelque chose mais je n'ai rien éprouvé. Je prenais un peu de temps pour choisir l'ordre soigneusement. Je voulais d'abord y mettre le nom de mon grand ami d'amour, mais la plaisanterie me paraissait égoïste. J'ai pensé inscrire celui de ma mère, après-tout, qu'elle finisse sa vie heureuse, loin des soucis, l'idée me plaisait. Ou alors celle de mes nièces, comme ça, neuf noms de jeunes filles alignés sur ce chèque fantasmé, et j'aurais été quitte de mon impossible succession. Puis finalement j'ai pensé à des œuvres. Une association qui agit pour l'accès à l'eau. Une qui lutte contre la faim, contre les détresses, je n'essayais même pas de compter combien de malheureux pourraient exulter du simple millionième d'un tel don.

Mort à ce monde, je reposais le chèque en bois sur la table, je suis sorti marcher dans les lumières de la ville voir si quelque garçon passait par là, il faisait doux. J'ai croisé des sourires. Et des regards, mais ils ne me faisaient pas bander. Et puis je suis remonté. Avant d'aller me coucher, j'ai arrêté la session de mon ordinateur, j'ai remis la monnaie dans mon porte-feuilles, j'ai repris le chèque, j'y ai inscrit "toute la misère du monde", et puis je l'ai brûlé.

26 février 2009

ce serait une abomination

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Lu, chez Sophie and the Family, cette petite délicatesse - croustillante à mon goût :

"Récemment, une célèbre animatrice radio états-unienne fit remarquer que l'homosexualité était une perversion.

« C'est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique, chapitre 18, verset 22 : "Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination." La Bible le dit, un point c'est tout. », affirma-t-elle.

Quelques jours plus tard, un auditeur lui adressa une lettre : "
Merci de mettre autant de ferveur à éduquer les gens à la loi de Dieu. J'apprends beaucoup à l'écoute de votre programme et j'essaie d'en faire profiter tout le monde. Mais j'aurais besoin de conseils quant à d'autres lois bibliques.

Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c'est indiqué dans le livre de l'Exode, chapitre 21, verset 7. À votre avis, quel serait le meilleur prix ? Le Lévitique aussi, chapitre 25, verset 44, enseigne que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu'ils soient achetés dans des nations voisines. Un ami affirme que ceci est applicable aux Mexicains, mais pas aux Canadiens. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point ? Pourquoi ne puis-je pas posséder d'esclaves canadiens ?

Je sais que je ne suis autorisé à toucher aucune femme durant sa période menstruelle, comme l'ordonne le Lévitique, chapitre 18, verset 19.
Comment puis-je savoir si elles le sont ou non ? J'ai essayé de le leur demander, mais de nombreuses femmes sont réservées ou se sentent offensées.

J'ai un voisin qui tient à travailler le samedi. L'Exode, chapitre 35, verset 2, dit clairement qu'il doit être condamné à mort. Suis-je obligé de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me soulager de cette question gênante d'une quelconque manière ?

Autre chose. Le Lévitique, chapitre 21, verset 18, dit qu'on ne peut pas s'approcher de l'autel de Dieu si on a des problèmes de vue. J'ai besoin de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle doit-elle être de 100% ? Serait-il possible de revoir cette exigence à la baisse ?

Un dernier conseil. Mon oncle ne respecte pas ce que dit le Lévitique chapitre 19, verset 19, en plantant deux types de culture différents dans le même champ. Idem pour sa femme, qui porte des vêtements faits de différents tissus, coton et polyester. De plus, mon oncle passe ses journées à médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d'aller jusqu'au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique chapitre 24, versets 10 à 16 ? On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au cours d'une réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des membres de leur belle-famille, tel qu'il est indiqué dans le livre sacré, chapitre 20, verset 14.

Je me confie pleinement à votre aide. Merci de nous rappeler que "la parole de Dieu est éternelle et immuable. Un point, c'est tout !
"

09 février 2009

blog ! blog ! pas glop ! pas glop !

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Il m'arrive de m'interroger sur l'utilité de ce blog. Sur la nécessité de le poursuivre, sur le plaisir que j'y prends, ou l'esclavage où il me met - le syndrôme du tomagoshi. Et je trouve parfois, au fil de mes déambulations, écho à mes questions. Ça me laisse le temps de gagner du temps, et de trouver matière à rebondir, pour gagner encore du temps. J'ai des choses sur le cœur pourtant, des choses grosses comme ça à te raconter, un objet de désir, clair, vibrant, lumineux. Des sources d'émotion connectées à lui. Des frustrations majuscules, aussi. Mais pour préserver cette source, je m'interdis désormais d'en parler. C'est nouveau. Ce blog, c'était ma vie sans fard. Et le plus important de ma vie n'y a plus droit de citer. Une question bien compréhensible de protection d'une vie privée qui ne m'appartient pas. Alors je remplis, je parle d'inaugurations. D'opéra. De manifestations. Je t'envoie des cartes postales de vacances. Mais la vie est ailleurs. Et je me dis que je dois trouver le moyen de me reconnecter à mon blog.

J'en étais là quand je suis justement tombé sur un commentaire, dont il m'est apparu qu'il aurait fait un excellent billet.

Alors, avec l'autorisation de la Police, et le visa de son auteur, ce qui dans le cas d'espèce revient au même, je le reproduis. Et d'une façon intrusive, me l'adresse au blog - au mien je veux dire - parce qu'il a besoin qu'on le secoue un peu.

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"Pauvre blog, va.

Je ne te plains même pas, tu peux chialoter sur l’épaule de ton rédacteur, t’es carrément comique quand tu revendiques.
Tu n’es pas grand-chose tout seul, tu sais ça ?
T’es qu’un esclave, faut que t’arrives à imprimer ça dans ton CSS sinon tu vas en chier, j’te le dis.
Autonomie néant.
Un vague miroir au mieux.
La flaque d’eau de ton narcisse pour rester dans la littérature.
Bon, je ne dis pas que tu n’as pas d’utilité puisque je t’ai autopsié. Plusieurs fois, même. T’as senti quelque chose ? Rien. Tu vois, t'es peut-être déjà mort.
Un blog ne peut pas mourir ? Bien sûr que si. Mais faut le tuer.
Pas le laisser pourrir, l’achever.
J’en ai tué... attends je les compte... quatre ou cinq. Au moins. Des blogs que j’avais enfantés pourtant, bah oui. Morts, zigouillés par my-self, ils devenaient chiants, ils avaient leurs petites exigences, ils me faisaient des caprices, j’veux ci, j’veux ça, j'veux toi, ici et maintenant tout de suite, gnagnagna.
L'un après l'autre, je leur ai tiré une balle dans l’en-tête.
Au début, ça m’a fait bizarre.
J’allais les voir, machinalement, et je tombais sur erreur 404.
Tu vois où je veux en venir ?
Ben fais gaffe à toi chouchou, t’es pas à l’abri, ton rédacteur pète un plomb, et il a le profil à ça, et tu deviens une erreur 404 tout pareil.
Et je vais te dire un truc, on s’en remet vachement vite de la mort d’un blog.
Alors sois raisonnable.
Là ça se passe plutôt bien, t’as pas à te plaindre, arrête de râler, t’aurais pu tomber sur pire, regarde autour de toi.
Regarde tes voisins blogs, ces pauvres pages boursoufflées de plaintes et de gémissements, d’ambitions, de prétentions, de tout ce qu’on croit bon à dire même quand on ne sait pas écrire.
Tous ces blogs de la cacophonie internaute qui sont bien plus d’expirations laborieuses que d’inspirations.
Le désastre numérique comme dit si bien celui qui te mène et te malmène.
Parce que c’est quoi un blog ? Une poubelle ? Un crachoir ?
T’aurais pu être le support d’ânonnements bêtifiants, d’opinions pitoyables, de simulacres littéraires, de macro-photos de tournesols, une annexe de dailymotion, que sais-je encore, de la merdasse quoi.
Et là, toi t’aurais peut-être voulu te suicider, faire un gros bug, devenir un point sur l’écran et pfiouuu mourir sans laisser de trace.
Tu n’es pas sa honte si tu préfères, il manie correctement le langage, il fait du beau, il se fait du bien.
Et puis tes plans de clown genre Aaah ! mais c’est quoi ces gens qui me lisent ! T’es pas crédible, t’existes que pour ça, même si y’en a qui s’en défendent. Que pour ça, t’entends ? Sinon, c’est pas compliqué, tu serais un cahier.
Et t’es un blog.
Alors lui pète pas les couilles au blogueur s’il te cause pas pendant dix jours, t’as qu’à te relire en suçant une virgule si tu t’emmerdes.

Les blogs, c’est vraiment des gros cons.
"

Ecrit par : bénédicte, le 6 février 2009, chez La Misamour.

21 janvier 2009

le piège du théâtre

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Il m'est arrivé une drôle d'aventure.

Hier soir, mardi, je suis allé au théâtre. Un ami m'avait offert les places, en échange d'une petite mission : offrir des fleurs à l'une des comédiennes à la fin du spectacle.

C'était au Théâtre 14 Jean-Marie Serrault. Il s'agissait de l'avant-première de l'Alpenage de Knobst.

Avec Bougrenette, qui m'accompagnait, on a eu un peu de mal à trouver le théâtre, en toute périphérie de Paris, entre un stade et un centre culturel de quartier. Quand nous y sommes arrivés, il n'y avait quasiment personne.

L'ouvreuse a eu la gentillesse de m'ouvrir un des bureaux de l'administration du théâtre pour que je m'y soulage de mon bouquet - des espérances. Puis nous nous sommes installés.

En attendant le début de la pièce, nous parlions de la vie, Bougre et moi. Du petit resto chinois où nous étions allés juste avant, du théâtre, où nous n'allons pas souvent, ni elle ni moi, de Britannicus dont, va savoir pourquoi, j'essayais de me souvenir une tirade d'enfance.

A dire vrai, nous étions un peu étonnés de ne pas voir arriver beaucoup de monde, mais bon on se disait que, avec la télé, la difficulté à se garer aux alentours du théâtre, la cérémonie d'investiture d'Obama, tout ça, quoi, c'était peut-être normal.

Il y avait avec nous seulement deux autres couples : des retraités, lui en cravate, assurément un ancien cadre de la Générale, et elle, très élégante dans son tailleur cintré. Et des jeunes, lui un peu braillard, un comédien sans comédie, et elle un peu à fleur de peau de porter seule la vie du foyer.

C'était un peu bizarre, parce que la salle de spectacle était sacrément délabrée, il y avait ici ou là des débris de plâtre et de la poussière de brique.

Les deux hommes se sont un peu pris le bec, à un moment, le vieux s'était agacé des simagrées de l'artiste, qui l'avait mal pris. Puis le jeune couple s'est disputé, on a pensé un temps qu'elle allait rentrer avant le début du spectacle.

Et puis tandis qu'on s'impatientait, justement, un jeune gars, très impertinent est arrivé, apparemment le petit copain de l'ouvreuse, qui s'est installé au premier rang et s'est mis à fumer une cigarette, suscitant l'irritation de la salle, surtout de l'ingénieur à la retraite, d'ailleurs. Ça m'a bien amusé, en fait, surtout parce que ce jeune mec était super canon. J'ai même pensé un temps aller chercher les fleurs pour les lui offrir à lui. Mais Bougre m'en a dissuadé. Ah, les promesses !

Au plus fort des engueulades, un morceau du mur s'est détaché et est tombé dans la salle, puis un morceau du balcon. Là, plus personne n'était vraiment rassuré. On ne comprenait pas, d'ailleurs, que le spectacle ne commence pas encore. Je ne sais plus bien qui est sorti pour essayer de comprendre ce qui se passait. En tout cas, il revint blême, en expliquant que les portes du théâtre avaient été fermées, et qu'il n'y avait personne. Et là, l'ouvreuse s'est mise à frémir et à sangloter. Elle nous a avoué que c'était comme ça tous les soirs, qu'hier, même, un comédien avait disparu à travers une trappe. Tout le monde lui est tombé dessus, à cette pauvre fille, le ton est monté d'un cran, et le balcon s'est effondré. Nous étions sous les gravats, des miraculés, quasi des rescapés de Gaza.

Et là, un homme soudain est apparu. Écharpe dandy. L'ange Gabriel. Ah! on a vite compris que c'était l'auteur de la pièce, mais il prenait tout à la légère, ce qui renforçait encore notre hystérie. Et il s'amusait de nous. Ça en devenait insupportable.

Bougre était restée assez placide au milieu de tout ce fatras. Elle regardait tout ça comme si elle était au spectacle. Et en fait c'est ça, nous étions au spectacle. Nos hystéries, nos stratégies, nos tentatives de fuite, c'était ça, le numéro. Nous étions au théâtre, mais c'était nous, les comédiens. Trop fort, franchement. Le renversement du point de vue.

Un peu comme si le jeune pilote d'un F-16 israélien, au moment où il lâchait sa bombe, au lieu de s'en retourner tranquillement sur sa base s'empressait de rejoindre ses mômes à l'hôpital de Gaza qu'il venait de viser, et se découvrait le père des jeunes victimes.

Finalement, c'est à l'ouvreuse que nous remîmes les fleurs, mais pas à celle qui nous avait accueillis dans la salle, tout en noir, et qui travaille au théâtre 14, mais à la comédienne Letti Laubiès, qui était habillée de rouge sur la scène du théâtre.

D'ailleurs, à y regarder de plus près, la salle était comble, évidemment, ce qui est bien pour une avant-première...

Le texte de la pièce est assez drôle, la distribution est brillante, la mise en scène est vive, pleine de trouvailles, appuyée par un décor ingénieux. On a passé une bonne soirée. Pas vrai, ma Bougre ? Et merci Laurent.

C'est jusqu'au 7 mars. Les mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h 30, jeudi à 19h. Matinée samedi à 16h.

Texte de Jean-Loup Horwitz, mise en scène de Xavier Lemaire, avec Katia Tchenko, Laurence Breheret, Letti Laubiès, Benjamen Brénière (mon chouchou de la soirée), jacques Brunet, Xavier Lemaire et Guy Moign.

De 11 à 25 euros.

le matoo inattendu

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Avant-hier, le record de connections à mon blog a explosé. Mais littéralement. Dans un océan paisible, où la guerre aidant, à moins que ce ne fût les soldes, la marée basse s'attardait, et les commentaires refluaient, il a suffi d'un lien pour attirer un volume incroyable de nouveaux arrivants. Un lien, et Blog it a tourné de l'oeil, Google analytics s'est mis en vrille, quant à Statcounter, il a explosé le plafond. Bien plus efficace encore que le premier des blogs politiques...

Je fus surpris de voir que je ne connaissais pas ce blog, pourtant si (bien) fréquenté. Ou bien j'y étais passé sans trop m'y attarder, absorbé que je fus par les considérations du moment.

C'est le blog d'un jeune matoo, qui a déjà six ans d'âge, mon dieu (et respect !), on y trouve une actualité des pédéblogueurs (ça existe), et aussi en ce moment quelques règles de base à respecter pour bien s'entendre avec sa concierge (utile si tu prépares une petite sauterie ce week-end pour fêter l'investiture d'Obama par exemple)... Si tu as besoin de te détendre ou de te changer les idées, ça vaut le détour.

31 décembre 2008

je me souviens que j'étais séropositif

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"Mais je ne veux plus l’être.

Comme l’enfant que je suis resté, je suis et me crois immortel.

Rien ne peut me tuer, me dis-je, rien ne peut m’atteindre, je ne mourrai pas, pas de ça, du Sida, ni d’autre chose d’ailleurs, croix de bois, croix de fer, si j’mens, j’vais rotir en enfer.

Je ne veux plus être séropositif, je veux vivre, m’envoler, m’extraire, m’aérer.

Je veux voir les gens comme avant, je veux les voir innocents, même si c’est pas vrai, m’en fous, je veux les aimer, comme quand j’étais vierge de tout, les serrer dans mes bras, leur montrer la Grande Ourse et la beauté d’une seconde, l’éternité.

Je veux retrouver mes vingt ans et demi, mon insouciance, ce trésor, je ne veux plus de "ça" dans mon sang.

Je veux partir pour d’autres contrées, t’emmener avec moi, dans le cou t’embrasser, ta main caresser, te faire rêver poulette, bord de mer, te conter fleurette, rire aux éclats, même d'obus, danser, virevolter.

Je me dis que voilà, si je décide que, alors tout, tout peut recommencer, je peux être à nouveau cet étrange garçon qui, sous la pluie, trouvait que tout de même, elle était belle, la Vie.

Je veux vivre comme c’est pas possible, tournoyer pour toujours et à jamais.

Je ne veux plus de "ça", de "ça" dans mon sang.

Comme on arrête de fumer, de boire, de trahir ou de se trahir, pour la nouvelle année, je voudrais, s’il vous plait, arrêter d’être.
Séropositif.

Tel l’enfant que j’étais, à nouveau, je voudrais être immortel.
Insubmersible.

Me baigner.

Aimer.

Puis, m’en aller.

Comme je suis venu.

Innocent.
"

Josey Wales

La Misamour, le 23 décembre 2008

"Je suis mort du Sida mais le Sida n'est pas mort avec moi" [Hervé Guibert] ... Mais il mourra avec moi, Hervé, je t'en fais le serment, sinon, croix de bois ....

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Y'a plusieurs façons de vivre avec, et autant de rêver en être libres : en avoir la phobie castratrice, l'avoir au creux de son lit chaque nuit, tout contre soi, au creux de sa vie - moi, ça fait exactement 11 ans - l'avoir dans le sang, dans le jus, s'astreindre aux médocs, à la traitresse de leurs diarrhées, aux piqures, aux contrôles, marquer la pause... Il est là, de toute façon, il rôde, il t'oblige à être vigilent. Chaque minute vigilent. Que tu l'aies, que tu l'accompagnes, que tu t'en prémunisses.

On la gagnera ensemble, la guerre, ou on la gagnera pas. Bonne année.

29 décembre 2008

le diable par la queue

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"Un commentaire récent posté sur un ancien billet "le larbin des tournages" m'a donné l'idée de vous raconter comment, lorsque je tirais le diable par la queue, je me suis retrouvé chez certaines personnes à faire le ménage nu sous mon tablier. Non, je plaisante ! Ah, le fantasme de la soubrette nue sous son tablier a encore de beaux jours devant lui... car on m'a effectivement demandé de drôles de choses quand je passais des entretiens d'embauche pour le poste très convoité de "technicien de surfaces".

J'ai passé une annonce dans un magazine gay donc, forcément, ça limitait le champ des employeurs à une certaine catégorie. J'avais publié mon numéro de téléphone. Je ne vous raconte pas le nombre de coups de fil licencieux. - Est-ce que vous travaillez dans la tenue d'Adam? - Les 10€ de l'heure comprennent-ils la fellation ou pas? Et j'en passe des vertes et des pas mûres.

N'empêche que du côté du métro Pasteur, à Paris, après trois heures de dur labeur, j'avais droit à un massage sublimissime. Bon, bien sûr, il fallait, pour que le massé soit mieux massé qu'il se déshabille. Jusque-là, rien d'anormal. En revanche, ce qui n'est pas très orthodoxe, c'est quand le masseur ôte lui aussi ses vêtements. Puisque nous en sommes aux aveux, je dois être honnête et vous dire que je n'ai pas longtemps fait le ménage chez cet honorable client. Il ne m'a pas donné mon congé, c'est moi qui ai préféré prendre la poudre d'escampette.

p.s. si vous avez besoin d'un bon repasseur, cliquez ici
"

Laurent

ohlebeaujour, le 6 décembre 2008

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Ah!, le fantasme de la soubrette, ou du soubreceau, nu(e) sous son tablier. Moi aussi, je l'ai réalisé. Un soir de juin, en réponse à une invitation, un plan naturiste qui commence dans une cuisine. Tout y était, y compris le tablier. Et ça s'est fini en orgie. Une méchante, que j'ai eu le mauvais goût de raconter, le renvoyant, lui, au rôle de vulgaire accessoire. L'erreur. La goutte d'eau en trop. Comment n'avais-je pas perçu qu'en écrivant ça, en lui demandant donc de le lire, je prenais le risque qu'il décide d'accélérer le mûrissement de son projet et de tourner la page, lui servant sur un plateau d'argent, sans tablier ni autre fioriture, toutes les raisons qu'il avait de le faire ?