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23 février 2009

le cobaye (4) vie privée vie publique

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L'enquête se poursuit. Je réponds à des questions d'un sociologue. je fais ainsi avancer la science, il paraît. Enfin, j'y crois. Ces questions en tout cas m'ont permis de m'interroger sur cette pratique devenue quasi quotidienne, et le sens que je lui donne.

(introduction)

(1ère partie)

(2ème partie)

3ème partie :

Le Prof : Dans la mesure ou le témoignage prend une large part dans vos billets, éventuellement dans vos argumentations, cela rejaillit-il sur le contenu des débats qui s'ensuivent ? Plus largement êtes vous satisfait ou insatisfait de la qualité des débats qui se tiennent dans les commentaires de votre blog ? Pourquoi ?

Oh!91 : Ah ! Les commentaires, voilà un autre sujet, vaste et difficile. Peut-on parler de débat à leur propos... Le débat, au sens de la confrontation d'idées ou de points de vue est rare dans mon blog. Les commentaires appartiennent davantage à la sphère des encouragements, ou de la complaisance (et ce n'est pas péjoratif), disons plutôt de l'entretien d'une certaine connivence. J'ai d'ailleurs surtout tendance à trouver que je n'en reçois pas assez, des commentaires, qui m'apparaissent, à mon corps défendant, comme le seul vrai critère de la lecture...

Il arrive qu'il y ait de vrais débats. Mais quoi, une fois tous les mois, ou tous les deux mois. Il y en eut sur la guerre d'Algérie, sur le choix du premier secrétaire du Parti socialiste, sur l'opportunité d'exposer aussi crument que je ne le faisais mes sentiments amoureux, ou sur le fait de mettre en scène des ébats sexuels. Il y en eut sur les relations entre amitié et idées politiques, sur ma prise de parti pro-palestinienne... Ce sont des forums qui durent, quoi, quarante huit heures tout au plus. Je crois qu'il y eut à chaque fois de la consistance et du sérieux. Oui, j'en suis plutôt satisfait, j'aimerais peut-être qu'il y en ait plus souvent.

Je ne suis pas sûr que le recours au témoignage ait une incidence sur le contenu des débats. Peut-être crédibilise-t-il mon propos, et incite-t-il à s'impliquer, mais je n'en suis pas sûr. Ce que je sais c'est qu'il me permet à moi, au moment où j'expose un point de vue, de ne pas être dans une posture dogmatique, et c'est peut-être une question assez obsessionnelle, chez moi, d'ailleurs.

brutos10814_DmitryDmitriev.jpgLe Prof : En ce qui vous concerne, la frontière entre vie privée et opinion publique est plus tenue que sur d'autres blogs.
-
Vos proches sont-ils tous au courant de la tenue d'un blog ? qu'en pensent-il ?
- Qu’est-ce qui est modifié dans les relations avec son entourage ?

Oh!91 : Aucun de mes proches n'est au courant de la tenue de mon blog. Ni ma famille, ni mes collègues de travail, ni mes amis, même les plus proches. Je n'inclue pas dans cette réponse ceux des blogueurs devenus mes amis depuis, je parle évidemment de mon entourage "d'avant".

Seuls deux ont été mis dans la connivence, tardivement, parce que je me sentais en confiance pour leur permettre d'accéder à cette impudeur. Et parce que je ressentais le besoin de ne pas maintenir une cloison aussi étanche entre mes "amis d'avant" et ceux d'après. J'ai aussi partagé cette démarche auprès d'hommes devenus mes amants, occasionnels ou persistants, leur expliquant que j'avais parlé d'eux dans un blog, et leur en donnant le lien. Je ne sais pas bien expliquer pourquoi, mais il m'a été plus simple de m'en ouvrir auprès des relations "contemporaines" de cette aventure, plutôt qu'auprès de mes relations d'avant.

Et il y a une sorte de collègue qui l'a découvert par hasard, et qui m'en a parlé, en saisissant une opportunité quelconque, après plusieurs mois de lecture anonyme... Sans doute parce que, comme vous le dites, les sphères privées et publiques sont très imbriquées dans mon blog, et que j'y laisse forcément des tas d'indices liés à ma vie professionnelle.

En fait, ils sont quelques uns à qui je brûle de l'envie de le dévoiler.

Par contre, mon entourage, peu à peu et de façon de plus en plus prégnante, a évolué et est désormais constitué d'une partie des lecteurs de mon blog. Et de fait, ma posture anonyme n'est plus franchement opérante. Mais je ne vis pas cette évolution comme perturbante pour ce que j'écris, car ces amitiés-là sont nées du blog, de son contenu, d'une certaine façon ils sont des gens avec qui je n'ai pas de honte.

Un personnage qui d'anecdotique est devenu récurrent dans ma vie connaît toutefois des métamorphoses dans mon blog, parce que se posent des questions de confidentialité et de respect de l'intimité de l'autre. Ce n'est pas toujours simple à gérer, que d'assumer ma mise à nu sans entrainer celle des autres si elle n'est pas consentie. C'est un peu une limite à l'exercice.

(la suite)

23:37 Publié dans le cobaye | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : blog, recherche, intimité

21 février 2009

le cobaye (3) mes ressorts narcissiques

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Je suis objet d'étude. Enfin, pas que moi, les blogs, des blogs, avec leurs intéractions. Je poursuis ici la publication du dialogue que j'entretiens avec un sociologue à ce sujet :

(Introduction)

(1ère partie)

Le Prof : cette semaine, l’actualité sociale étant particulièrement chargée (les questions m'ont été adressées au lendemain de la journée de grèves et de manifestations du 29 janvier, NDA), dans quelles mesure vous pourriez NE PAS en parler dans votre blog. Je m'explique : la sociologie de la communication parle d'effet d'agenda public : maîtriser ou non son ordre du jour. En ce qui vous concerne, qu'est-ce qui commande le choix d'un sujet ? Et question parallèle : quels critères font que vous ne pouvez-pas ne pas parler d'un sujet (public, médiatique, social, politique, etc.) ?

Oh!91 : Bonne question. Aurais-je pu ne pas en parler ? Y aurait-il eu une raison pour ne pas en parler ? Sans doute. Si j'avais été loin, ailleurs, ou absorbé par autre chose. Il ne me semble pas que ce soit son poids dans l'actualité qui m'ait obligé à en parler, mais davantage le fait que j'y fus impliqué, car je ne définis pas mon blog comme un blog politique.

Par exemple, quelques semaines plus tôt, alors que j'étais à Budapest avec des amis, Israël a attaqué Gaza et ces événements faisaient l'actualité. Assurément, la gravité de ce fait et mon histoire personnelle constituaient deux éléments qui auraient du me conduire à donner une priorité à l'écriture sur ce sujet. Mais j'étais à Budapest, abstrait de cette actualité. Et en pèlerinage, un peu dans une quête, et c'est cette part d'intime qui a alors pris le dessus. L'actualité ne m'a pas "obligé". Tout au plus ai-je utilisé l'outil marginal de l'encadré Blog-it pour glisser une petite référence à ces événements, histoire de ne pas m'en dédouaner totalement et de rester libre d'aller au bout des idées d'écriture que me soufflait mon séjour hongrois.

De la même façon, je n'ai pas abordé le mouvement social de cette semaine sous la forme d'une reproduction des plateformes revendicatives, mais plutôt à partir de moi et de la façon dont je me vis, ou de ce dont je perçois de mon entourage, en rapport avec lui. Ainsi, j'ai écrit pour signifier que j'allais retrouver en manifestation un ami de la piscine, qui viendrait manifester pour la première fois de sa vie (). Ou j'ai parlé de jeunes enfants que j'entendis crier des slogans d'adultes pour évoquer l'histoire de ma propre construction idéologique à partir de l'enfance militante que m'offraient mes parents (ici).

Au fond, j'aime être en résonance avec l'actualité, l'actualité dicte mon blog en ce qu'elle me dicte moi, mais ce qui est au centre de ce que j'écris est rarement le sujet d'actualité lui-même, mais plutôt moi dans cette actualité.

Sauf quand, par flemme, ou par manque de temps, je vais à la facilité, et, au lieu d'écrire, fais un copier-coller qui me paraît intéressant, ce qui arrive quelques fois puisque je m'oblige à publier très régulièrement.

Pour conclure sur cette question, et pour être tout à fait honnête, il est vrai qu'il est des sujets pour lesquels je pourrais ressentir une certaine culpabilité à ne pas les évoquer. Peut-être pour ne pas apparaître totalement "hors du monde". J'ai évoqué plus haut l'usage que j'avais du widget Blog-it pour - même a minima – me montrer "dans le coup". Mais c'est vrai de la même façon de l'aspect intime de mon blog : dès que je suis resté quelques jours sans évoquer un sujet un peu frivole, je m'astreint à "produire" un billet dans ce registre, par fidélité pour une ligne que je me suis donnée, et pour ne pas désorienter totalement les lecteurs...

C'est peut-être au fond l'idée d'avoir créé un style, et l'illusion d'être attendu sur chacune de ses facettes, qui me guide. L'actualité politique et sociale y a sa place, mais au même titre que les autres aspects de "ma ligne éditoriale".
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Le Prof : je vous cite : "Une des surprises, ce fut le retour, souvent flatteur, que permettait l’interaction : ça faisait de cette mise à nu, a priori honteuse, quelque chose de surtout pas honteux. Les gens, dans une grande diversité de lecteurs, question d’âge, de genre ou d’orientation sexuelle, d’ailleurs, avaient tendance à flatter mon audace plutôt qu'à s'en défier, à dire s’y reconnaître, et à m'encourager dans cette démarche."

Dès lors, Oh!91,

-     Qu’attendiez-vous de ces échanges ? Était-ce important au départ dans le choix de mettre en ligne ?
-     Quelles réactions des internautes vous ont-elles surprises ?
-     Quelles remarques ?


Oh!91 : Alors là, on rentre dans les sujets difficiles. Les ressorts narcissiques de l'exercice.

Prenons vos questions les unes après les autres. Qu'attendais-je de ces échanges, au départ ? Franchement, je ne sais pas. Mon rapport aux blogs était assez limité, mon expérience, avant de me lancer, c'était trois blogs de référence. Et donc trois amis. Dont une entrée dans ma vie réelle. Au début, il s'agissait de prolonger le rapport de séduction à l'œuvre avec eux. D'ailleurs, si je voyais leurs blogs rassembler nombre de commentaires ou de commentateurs, j'avais l'impression que ces derniers formaient des cercles d'amis assez fermés, où je n'avais pas forcément ma place, d'où j'étais intrus en quelque sorte. Tant et si bien que je ne m'étais pas forcément préparé à recevoir des réactions et des commentaires venus d'ailleurs que de ces trois là.

Ce n'est donc pas au départ la recherche d'un retour quelconque qui m'a mu. Mais la volonté diffuse de consolider des relations amicales nouvelles.

Puis des commentaires sont arrivés. En fait, dès le premier jour, sur le premier billet, de deux inconnues. Et je me suis laissé griser par cet afflux inattendu. Tant et si bien que j'ai fini par en avoir besoin. Je me mis à visiter des blogs comme on va draguer en boîte de nuit, j'y laissais des commentaires pour en attirer à moi. Je me suis aussi épuisé un temps dans cet exercice-là, avant de prendre un peu de champ.

Ce qui m'a surpris ? Que l'on puisse s'intéresser à mes récits. D'autant qu'au début, plus que je n'écrivais, je "recyclais" surtout des choses déjà écrites. Je reprenais des commentaires que j'avais publiés sur d'autres blogs, sur un en particulier, ou bien je publiais des lettres anciennes à des amis, des récits de voyage où j'exprimais des sentiments, notamment à une époque ou mon orientation sexuelle cherchait à sortir de son impasse. Parfois, m'aventurant sur des sujets provocateurs, comme mon goût pour la masturbation, ou mes techniques masturbatoires, j'étais surpris de ne pas rencontrer le dégoût, mais l'amusement, et finalement, plus je poussais le bouchon, plus je me mettais à nu, sans fard, et plus c'était lu comme des accents de sincérité qui me valaient de la sincérité dans les retours, et quelques beaux ferments d'amitié. Voire d'amour. Cette dimension m'a pris vraiment pas surprise.

Le Prof : "Le choix des sujets est très aléatoire. Ils s’ancrent très souvent dans l’actualité. Et s'il y a une spécificité à ce que j'écris, c'est une façon plus ou moins subtile d'évoquer une présence sexuelle au cœur d'un discours politique, d'une chronique culturelle ou d'une situation décalée, ou d'évoquer une actualité politique au cœur du récit d'un ébat."
-       est-ce que le blog vous a aidé à affirmer vos choix, vos idées, autre chose ?
-       Sur un blog d'opinion, n'y a-t-il pas plus largement des statuts plus facilement revendiqués que d’autres ?


Oh! 91 :
Sur le plan politique, je crois franchement que je n'ai pas eu besoin du blog pour m'affirmer, j'ai une histoire déjà très engagée. D'ailleurs, si j'affirme des préférence, des engagements, je ne prends pas spécialement de soin à en exposer les arguments, j'ai plutôt tendance à les poser pour ce qu'ils sont : mon point de départ. A partir duquel j'expose mes doutes, mes déceptions, mes coups de colère. Je cherche moins à y revendiquer qu'à m'y exposer. Du coup, n'étant pas perçu comme prosélyte, je crois avoir intéressé des gens qui s'intéressent peu aux blogs politiques en général. Mais je n'ai jamais su gagner l'intérêt des blogueurs poltiques.

Si j'ai affirmé des choses, avec le blog, c'est ma sexualité. Ses dimensions extraverties.

Et surtout, chaque fois que ça se présente, j'aime lorsque la politique est amenée par des situations concrètes, quand palpite le vivant au coeur d'un thème politique. Mon combat pour les papiers d'un ami, S., contre son expulsion, et le fait que dans ce combat il devenait mon amant, est l'illustration la plus paradigmatique de ce que mon blog cherche à être, je crois.

Je ne suis pas sûr de bien comprendre la question sur "les statuts plus facilement revendiqués que d'autres". Peut-être pourriez-vous la préciser ?

(la suite)

18 février 2009

le cobaye (2) revendiquer sa vraie nature

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Je racontais là comment j'avais été approché par un sociologue pour une enquête sur les blogs et les blogueurs. Et les lecteurs... Voici une première salve de nos échanges :

Le Prof : Ma première question va porter sur vos motivations à l'origine de cette activité : au départ, ce blog c'était pour se faire plaisir, confronter ses idées avec les lecteurs ? autre chose ? cela a-t-il évolué ? pourquoi ?

Oh!91 : Mes premiers pas dans la blogosphère ont une histoire bien particulière. Comme tout un chacun, sans doute. Ça se passe entre mai et novembre 2007. Nous avions un ordinateur à la maison que je n’utilisais qu’à des fins pratiques, achat, réservation, information. C’est surtout mon ami qui s’en servait. Il m’arrivait le week-end, tôt le matin tandis qu’il dormait encore, de consulter des sites pornographiques gay, à la recherche d’images ou de vidéos. Et un matin, je suis tombé sur un blog où, accroché par des images, je suis surtout tombé sous le charme de récits – parfois crus, parfois engagés - et partant d’une personnalité. Un échange se construisit au fil des semaines via les commentaires sur ce blog, avec son taulier - et un certain nombre d’autres lecteurs, d’ailleurs. J’étais sensible à cette ouverture où s’abordaient sans tabou des sujets parfois intimes à l’extrême, mais d’où la politique n’était pas absente.

C’est pendant trois mois le seul blog que je fréquentais. Au mois d’août, alors que le blog était en veille, j’y laissais de longs commentaires sur le mode de récits de vacances, avec cette même présence de l’intime, et une interaction se mit en place avec six ou sept autres lecteurs, dont deux tenaient également un blog.

Je me mis à les fréquenter, et j’eus ainsi trois blogs de référence, très différents, mais au delà desquels je ne m'aventurais pas. Ils me donnaient déjà un aperçu plus large de ce qu'était un blog, de comment ça fonctionnait, de la diversité de leurs modes opératoires, de leurs ressorts...

Ces gens sont devenus des amis et nous avons commencé à dialoguer par MSN, puis à nous voir. Malgré leurs encouragements, j’hésitais un moment avant de me lancer à ouvrir mon propre espace, mais je commençais à trouver indécent l’utilisation à outrance des pages des autres pour m’exposer moi-même, donc le 16 novembre 2007 je me lançais.

brutos10813_DmitryDmitriev.jpgA dire vrai, je n’avais pas de projet précis. Je voulais que ça m’aide à consolider ces relations nouvelles, car j’aimais l’idée d’avoir des "amis de l’intime", avec qui il n'y avait pas de tabou, il ne pouvait pas y en avoir, puisque nous nous étions connus sur la base d'échanges très impudiques. J’aimais vaguement l’idée aussi de profiter de l’anonymat total de l’espace Internet pour disposer d’un lieu où me dire et m’assumer dans mon entièreté. Un peu exactement ce que l’on ne peut pas être ni faire dans la vie sociale réelle. Assumer des réactions politiques, des engagements, parler d'un spectacle, mais dire aussi mes jeux intimes, livrer un état d’âme ou des pulsions sexuelles, selon l’état d’esprit du moment, en pleine liberté. Être toujours, surtout et avant tout authentique. Et l’être non pas dans le secret d’un journal intime, mais dans un dialogue.

En raison d’un jeu entre mon prénom, mon projet professionnel, mon goût pour la natation, je décidais de nommer mon blog "entre deux eaux" et de faire de l’eau comme un fil rouge.

Une des surprises, ce fut le retour, souvent flatteur, que permettait l’interaction : ça faisait de cette mise à nu, a priori honteuse, quelque chose de surtout pas honteux. Les gens, dans une grande diversité de lecteurs, question d’âge, de genre ou d’orientation sexuelle, d’ailleurs, avaient tendance à flatter mon audace plutôt qu'à s'en défier, à dire s’y reconnaître, et à m'encourager dans cette démarche.

Le Prof : Y a-t-il bifurcation des objectifs initiaux depuis la création de votre blog ? Si oui, pourquoi ? est-ce lié à un type de billet, de réaction ?

Oh! 91 : Il est difficile de parler de bifurcation, le projet "éditorial" étant suffisamment fourre tout pour ne jamais se perdre. Je ne sais toujours pas très bien comment qualifier mon blog. Ce sont des "chroniques intimes de la vie", peut-être. Le fil rouge de l’eau est devenu assez inapparent  au fil du temps. Mais pour le reste, dans cette recherche constante de sincérité, d’authenticité, dans la mise à nu parfois impudique, il n’a pas varié. La part du "sexe" s’est transformée, mais surtout parce que j’ai traversé un chagrin d’amour qui m’a éloigné du goût pour les rencontres. Mon impudeur s’est déplacée sur le terrain du cœur, de l’âme, mais est restée présente. Quant à la politique, des sujets se sont mis à dominer les autres, mais par inadvertance : ceux liés à la politique migratoire de la France, puis plus récemment à la guerre à Gaza.

Le Prof : Comment choisissez-vous vos sujets ? ce sont des thématiques que vous n’abordez pas autour de vous ?

Oh!91 : Je crois avoir déjà en partie répondu à cela. Les sujets politiques sont souvent très présents dans ma vie ordinaire. Avec des amis, mes collègues, ou ma famille, nous en parlons. Mais les sujets intimes ne sont jamais abordés avec "vérité" autour de moi. Mon homosexualité est connue, ainsi que ma vie privée dans ce qu’elle a de socialement acceptable (ma situation de couple avec un garçon, voire le fait de trouver sexy tel ou tel garçon), mais jamais, ou beaucoup plus rarement des sujets tels que des relations extra-conjugales, la pratique de la masturbation, les rencontres qui peuvent se nouer dans des saunas ou des sex-clubs…

Le choix des sujets est très aléatoires. Ils s’ancrent très souvent dans l’actualité. Et s'il y a une spécificité à ce que j'écris, c'est une façon plus ou moins subtile d'évoquer une présence sexuelle au cœur d'un discours politique, d'une chronique culturelle ou d'une situation décalée, ou d'évoquer une actualité politique au cœur du récit d'un ébat.

Ceci s'est fait un peu à mon corps défendant, je veux dire sans que j'en ai vraiment eu conscience au début, sans que ce soit un parti pris, et puis c'est devenu comme une marque de fabrique. D'autres blogueurs s'en sont joués, d'ailleurs.

Le Prof : Le blog était-il un moyen de revendiquer votre vraie nature, vos vraies idées ?

Oh!91 : C'est exactement ça. Tout est dans ce « vraie ».

Le Prof : Vous diffusez régulièrement des photos, des vidéos en ligne ? pourquoi (dit autrement: qu'est-ce que cela apporte en plus des billets selon vous) ? et comment se fait ce choix des vidéos ?

Oh!91 : Je ne peux pas dire que je diffuse des photos ou des vidéos. J'ai toujours une illustration à mes billets, parfois plusieurs lorsque les billets sont longs. Il s'agit de photos piratées ici ou là, j'ai rarement sollicité des autorisations pour les utiliser. Quant aux vidéos, il est rare que j'en diffuse, il s'agit le plus souvent de vidéos musicales, d'interprétations, pour évoquer un concert où je suis allé, ou un coup de cœur.

(la suite)

00:05 Publié dans le cobaye | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : blog, recherche

16 février 2009

le cobaye (1) l'approche

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J'aurais pu être chercheur. Tu imagines ? Un Mister Tournesol, spécialisé dans l'Histoire des sciences chez les Arabes. J'aurais étudié des livres, des revues, j'aurais examiné avec une loupe les biographies des uns, des autres, j'aurais identifié au microscope des courants de pensée, je les aurais étiquetés, confrontés, étalonnés, disséqués, étuvés, j'aurais produit des grilles, des outils d'analyse pour comprendre un petit bout du mouvement du monde... donc le monde.

Mais bon, j'expliquais là que, en l'absence d'allocation, je renonçais à ce projet pour m'engager dans une vie plus ordinaire, plus extraordinaire, et que si je n'ai aucun regret quant à mon parcours, je gardais pour le monde de la recherche un mélange d'affection et d'admiration.

Mercredi dernier, alors que je me trouvais à l'Institut de géographie, pour y rencontrer les auteurs d'un ouvrage instructif sur l'eau, il y avait,  scotché sur l'ascenseur,  un appel à une "réunion d'information sur les conséquences de la grève" pour le 20 février - nous étions donc le 11 - avec cette précision : "en cas de fin de grève d'ici-là, il va de soi que la réunion sera automatiquement annulée". En fait, c'est là que j'ai compris que le mouvement actuel des enseignants chercheurs n'était pas anecdotique, mais était un mouvement profond, qui s'organisait pour durer. Le gouvernement aura fort à faire, à mon avis, avec cette histoire... Il faut dire que notre président, comme à son habitude, était allé les titiller avec le tact qu'on lui connaît :

J'ai avec quelques chercheurs des échanges réguliers. Eux comme experts, moi comme organisateur d'événements. Ou alors avec certains de mes anciens co-étudiants en arabe.

Mais voilà que l'un d'eux m'a écrit l'autre jour, depuis une université du centre de la France, pour me proposer d'être l'objet de sa recherche. Fichtre. Moi, cobaye ! Oh, pas tout seul. Ce monsieur, sociologue, a entrepris un travail sur les blogs. Il me sollicitait pour, comment disait-il ?, évoquer "les thèmes les plus fréquemment abordés par les internautes/lecteurs, l’intérêt que (j'apporte) à ces interactions mais aussi le type de réaction qui (m')agace, la façon dont les échanges ont évolué entre (moi) et les (certains ?) internautes/lecteurs, si (je tiens) compte ou non de ces remarques dans l’évolution de (mon) blog, et si oui de quelles façons, si ces réactions (m')aident dans (mon) écriture, voire dans (ma) réflexion sur (moi)-même, etc."

Eh bien figure-toi que j'ai accepté son offre, et que nous sommes, depuis trois semaines, dans des échanges qui me conduisent à un retour critique sur le blog, mes motivations, ses incidences sur ma vie... et sur mes relations avec toi.

Avec son autorisation, je m'apprête donc à reproduire, dans les prochains jours, de larges extraits de nos échanges. Et tu n'as rien à craindre, car tu m'as déjà vu les entrailles à l'air. Et que peut-être tu t'y reconnaitras.

(la suite)

00:05 Publié dans le cobaye | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : blog, recherche