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31 mars 2009

le cobaye (11) la politique par la grande porte

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Aller, encore une petite tranche de cet entretien qui se poursuit. Sur les mots-clé, cette fois : ça faisait longtemps que je n'avais plus fait d'état des lieux. Je m'interroge toujours d'ailleurs sur le fait de savoir si ces relevés instruisent sur le niveau de référencement d'un blog, ou sur la nature des usages et des pratiques que permet Internet...


10ème partie :

Le Prof : je vous cite: "Quand elles vous disent qu'un lecteur arrivé par hasard, via une requête, s'est attardé plusieurs pages sur votre blog"
-    quels sont les mots qui amènent les lecteurs sur votre site ?
-    Une catégorie des types de blogueurs ?

Oh!91 : Alors là, il y a un sacré tri à faire. Les principales requêtes sont d'ordre sexuel (au cours du mois écoulé, presque 200 arrivées par le mot clé "prépuce", 125 par diverses requêtes ayant trait à la masturbation, et 70 sur différents sujets liés à la nudité, à la culture gay ou à des pratiques sexuelles). Si je mets celles-ci à part, on arrive sur mon blog par des entrées extrêmement différentes, sans qu'il soit simple d'en distinguer une hiérarchie.

Voici ce que ça donne pour le seul mois écoulé :

- depuis mon hospitalisation, en octobre, un registre de santé ("toilette au lavabo" fait un carton, avec 23 requêtes encore ce mois-ci, tout comme "douleur derrière l'omoplate", 11), "chiropracteur" (2), "séropositif" (2),
- des phénomènes de société (les "hikikomori", 14 requêtes),
- des artistes ou des titres d'œuvre ("restons amants", 37 requêtes ; Oum Kalthoum, 9 ; Abou Nouasse, 5 ; Diane Dufresnes, 2 ; Akiko Suwanai, 2 ; "l'alpenage de Knobst", 3...)

Les entrées politiques se font rarement par la grande porte, mais sont bien à l'image de mon blog : Olivier Pulvar (21), gérard delver (8), Olivier Portecop (6) et guillaume Pigeard de Gurber (6) - qui font parite des auteurs du manifeste des 9 - ou encore "dignité humaine" (6), "file d'attente préfecture blog étrangers" (2), "Chifa", en référence à l'hôpital de Gaza (2), "la mort de Boudiafe" (2).

Il y a eu d'autres périodes où les événements de Palestine occupaient une proportion sensiblement plus importante de mes visiteurs.En ce qui concerne la "typologie" de mes lecteurs, elle est difficile à établir, me semble-t-il. Des gens biens, à n'en pas douter. Presque autant d'hommes que de femmes, plus d'hétéros que d'homosexuels, et je dois dire que je suis assez satisfait de ce brassage. Surtout des gens de gauche, mais pas nécessairement engagés ou militants. Les plus militants ont un rapport assez distant avec mon blog, j'en ai l'impression. Et quelques auteurs, ce qui me flatte.

26 mars 2009

le cobaye (10) "meetic-mé-ki-marche"

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Donc puisque tu me l'as demandé, je poursuis la publication des entretiens consacrés à l'introspection bloguesque. Je commence à ressentir des difficultés à répondre sans avoir le sentiment de me répéter. Tes commentaires, par contre, sont rentrés dans le champ de l'étude : voici ce que m'en dit notre socilogue dans son dernier mail : "Encore une fois, merci pour vos réponses précédentes Oh!91. Et même pour votre réactivité…ainsi que celle de vos lecteurs dont j’ai en effet lu les  commentaires. Notre entretien avance à vitesse grand V."

9ème partie :

Le Prof : Je vous cite : « Mais en l'occurrence, en créant un blog anonyme pour lequel je n'entrevoyais pas - du moins à l'origine - qu'il m'ouvrât des portes dans la vie  sociale, je ne peux pas dire que j'y voyais un moyen de reconnaissance sociale ». Alors, ce rapport avec les lecteurs, au centre de l’activité de blogueurs :
-    Pour vous Oh!91, qu’est-ce qu’un rapport avec les internautes réussi ?
-    Qu’est-ce qui est modifié dans les relations avec les internautes au fil du blog?


Oh!91 : Un rapport réussi, c'est un rapport qui s'établit. Parvenir à "en faire quelque chose", c'est une autre histoire, parce qu'il y faut de l'envie, un peu de disponibilité, et de la réciprocité. Peut-être aussi  faut il en accepter la fulgurance.

Dans ce domaine, le terme de réussite a plusieurs résonances. Il y a réussite, quand au bout d'un rapport inter-bloguesque, une amitié se construit. Un blogueur - aujourd'hui un grand ami - s'amusait au début de nos échanges à me dire : "un blog, c'est Meetic-mé-ki-marche". Une amitié est donc certainement une preuve de "réussite". Mais il n'y a pas que ça. Tout  en demeurant dans la sphère virtuelle, des tensions de même ordre peuvent se créer, presque amoureuses. J'enlève le presque. Parfois elles durent, se transforment, parfois non. A la faveur d'une note, une projection peut s'opérer. La découverte de points communs, de convergences d'intérêt, que l'on a envie de prolonger.

Et puis des choses se passent aussi sans intrusion dans la sphère amicale. Parce qu'il y a un débat sur un sujet qui vous intéresse, et qui va
vous animer durant plusieurs jours. C'est aussi une réussite.

Mais si je devais dire les choses avec une totale sincérité, la réussite se mesure surtout à l'aune du narcissisme qui vous anime : donc aux indices de l'intérêt que vous suscitez : les fréquences de visite, l'abondance des commentaires, leur régularité, les marques d'approbation, voire d'admiration. Je ne crois pas que quiconque soit libéré de ça, c'est même le moteur, comme j'avais eu l'occasion de vous l'écrire précédemment.

Au fil du blog, qu'est-ce qui s'est transformé dans mes relations avec les internautes ? Probablement y a-t-il moins de passion qu'au tout début. Dans les premiers mois, quand  un lecteur venait à passer, et à me laisser un commentaire flatteur, je mettais beaucoup de cœur à entretenir cette relation naissante, j'y plaçais d'emblée beaucoup d'affect, pour peu qu'il ou elle fut lui-même blogueur, je m'investissais assez intensément dans le suivi de son propre travail... Et puis avec le temps, avec la répétition des schémas, un peu de lassitude ou de routine s'est installée, et je crois me situer aujourd'hui davantage dans le fond des sujets abordés et moins dans la forme de l'image que je construis à travers un échange.

Ce qui se transforme, ce sont aussi les commentateurs. Les plus réguliers d'aujourd'hui ne sont pas les plus réguliers d'hier. En dehors de ma "marraine", qui ne m'a jamais lâchée depuis le premier jour. Et je vis cela sans drame étant moi-même un peu papillon dans l'exercice.

Le Prof : je vous cite : "Je ne suis pas du tout dans une logique de confrontation. J'y ai été conduit à mon corps défendant, deux fois je crois, parce que j'ai été confronté à des attaques, bêtes et réactionnaires. Puis finalement j'ai préféré l'ignorance toute simple."
-    Y a-t-il des réactions que vous ne publiez pas ? pourquoi
-    Si oui, Pouvez-vous me donner un exemple ?

Oh!91 : Chez moi, les commentaires ne sont pas modérés. Ils sont donc tous publiés. Il m'en arrive d'en effacer, mais lorsqu'il s'agit de spam, pas en raison de leur contenu. Cela dit, cela ne s'est pas présenté, mais il y a des propos que je ne tolèrerais pas au delà d'une certaine barrière républicaine, touchant au racisme, notamment.

(la suite)

21 mars 2009

le cobaye - l'intermède démocratique

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Comme je t'ai dit, le Prof m'a écrit, avec une nouvelle série de questions : "Encore une fois, merci pour vos réponses précédentes Oh!91. Et même pour votre réactivité… ainsi que celle de vos lecteurs dont j’ai en effet lu les commentaires. Notre entretien avance à vitesse grand V."

Je ne me suis pas encore lancé dans ces nouvelles réponses. "Répondez en fonction de vos disponibilités du moment, me dit-il".

Et puis j'hésitais un peu à en poursuivre la publication, alors je t'ai interrogé. Ton verdict est tombé, alors même si ce n'est pas un plébiscite, la suite, c'est pour bientôt...

Le cobaye :
stop ou encore ?

c'est plutôt intéressant, surtout ne t'arrête pas 70.58%
c'était bien mais un peu long : tourne la page 11.76%
c'est gavant, change de registre d'urgence 11.76%
De toute façon, ça ou autre chose... 5.88%

17 personnes ont répondu à ce sondage.

00:13 Publié dans le cobaye | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : sondage, blog, sociologie

17 mars 2009

le cobaye (9) réconciler l'intime et le public

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Ce pourrait être la fin de notre entretien. Comme un retour sur moi, bien que je n'ai jamais cessé de revenir sur moi, tout le temps où j'ai écrit sur ce blog. Mais de nouvelles questions sont arrivées. La science est exigeante...

8ème partie :

Le Prof : dernière question : Internet, les blogs d’opinions, à quelle condition le blog donne-t-il du plaisir, de la satisfaction ?

Oh!91 : Quand on est satisfait d'un billet écrit, et qu'on le croit apte à être publié. Quand se manifeste un lecteur inattendu. Quand se crée une tension affective avec un lecteur ou un autre blogueur. Quand on a aimé ce que vous avez vous-même aimé. Quand les statistiques de fréquentation sont en hausse. Quand elles vous disent qu'un lecteur arrivé par hasard, via une requête, s'est attardé plusieurs pages sur votre blog. Quand un blog ami établit un lien vers l'un de vos billets. Encore plus lorsqu'il s'agit d'un blog que vous ne fréquentiez pas spécialement auparavant.

Et puis aussi, c'est un point que nous n'avons pas évoqué au cours de nos échanges jusque-là, lorsque le blog sert à adresser un message personnel. Un peu comme lorsqu'un amoureux éperdu réserve des panneaux publicitaires de l'espace urbain pour déclarer sa flamme à celle qu'il aime. Pouvoir dire "je t'aime" avec le monde entier comme témoin. Ou à l'inverse, glisser à l'insu de la terre entière - qui ne peut y accéder - des messages subliminaux audibles par leur seul destinataire. Ou lui signifier son importance par le seul fait d'en parler, et le faire dans un espace public... Jouer ainsi avec l'écriture, avec l'explicite et l'implicite, se jouer de l'intéractivité. Faire bouger les frontières du public et de l'intime.

C'est un peu cet exercice qui me tient dans le mouvement et dans la continuation de mon blog.

(la suite)

00:05 Publié dans le cobaye | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : blogs, sociologie

14 mars 2009

le cobaye (8) lier pour se délier

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Un chercheur en sociologie effectue une étude sur les blogs et leur impact sur les processus de socialisation. J'ai accepté de me livrer au feu nourri se ses questions. Je poursuis la publication de nos entretiens. Il est cette fois question de liens. N'hésite pas à réagir, il semble que les commentaires des lecteurs ne laissent pas notre chercheur indifférent...

(introduction, 1ère partie, 2ème partie, 3ème partie, 4ème partie, 5ème partie, 6ème partie)

7ème partie :

Le Prof : je vous cite : « J'ai été surpris, en rencontrant des blogueurs, de ce que ça m'avait fait rencontrer des gens vers lesquels je ne serais probablement pas allé si les choses s'étaient passées dans la vie réelle. »
-    D’après votre propre expérience Oh!91, quelles sont les caractéristiques des nouvelles formes de liens possibles permises par la publication de blogs politiques sur Internet ?
-    Qu’est-ce qui facilite ce type de lien politique, ou social ?
-    Par ailleurs, quelles sont selon vous les limites de ces nouvelles pratiques de productions de liens à distance ?


Oh!91 :
Je vous répète que je ne considère pas mon blog comme un blog politique. Il est le blog d'un homme qui, entre autres choses, s'intéresse à la politique.

Sur les sujets politiques, ce qui me frappe, c'est la diversité des résonances que peut avoir une actualité. Évidemment, il y a les buzz, ces vidéos ou ces textes d'auteur qui vont faire le tour des blogs à vitesse grand V et occuper furtivement presque tout l'espace. Parfois, je reprends des choses, en tâchant, lorsque j'en ai le temps, de les contextualiser autrement. En général, je trouve intéressant de lire des approches parfois très différentes sur un même thème. Y compris pour des sujets sur lesquels, à gauche par exemple, puisque c'est ce qui m'intéresse, il semble y avoir consensus. Certains blogs vont faire de la caricature, ou du sarcasme, d'autres de l'analyse comparative, d'autres de l'illustration par une mise en situation concrète, par un témoignage, c'est souvent mon cas. Il va y avoir ici une approche juridique, là une approche sociétale, certains vont faire de la mise en perspective historique et d'autres de la prospective futuriste. Parfois on retombe dans les schémas du discours médiatiques classiques, mais souvent on est dans la chronique, il y a un décalage dans le ton, une touche personnelle. Cette diversité existant, voire pré-existant, elle vous permet de vous en affranchir, de choisir votre angle de façon originale, et de renvoyer sur d'autres approches, ou d'autres expériences, à l'aide des liens.

Le lien est à la fois ce qui vous approche des autres, et ce qui vous permet de vous en distinguer. C'est comme ça que je m'en sers, pour ma part, mais j'ai remarqué que de nombreux "blogueurs politiques" procèdent de la même manière.

Les limites ? C'est difficile. Parfois, les enjeux de "classement" peuvent conduire à user des liens pour rechercher de la réciprocité, et ainsi progresser puisqu'il semble que les liens inter-blogs sont à la source des modes de classement. C'est dommage quand ça prend le pas sur l'intérêt véritable des liens proposés. Il ne faudrait pas non plus s'en croire quitte d'un engagement politique pour avoir publié un billet ou renvoyé sur des liens. J'ai l'impression que les liens sont rarement activés. On vient vous lire pour continuer à vous voir évoluer, pas tellement pour se laisser guider par vous vers d'autres horizons. Les cercles de lecteurs ne sont pas aussi perméables que ça, du moins en ai-je l'impression. Le tout est de le savoir pour ne pas se raconter d'histoire...

Le Prof : autre thème, vos relations avec d’autres blogueurs dans la blogosphère :
-    appréciez-vous (adorez-vous) lire d’autres blogs ? Combien de blogs lisez-vous assidûment ?
-    cherchez-vous la confrontation avec d’autres blogueurs ?


Oh!91 : J'aime lire d'autres blogs. Je ne dirais pas que j'y suis assidu, je l'étais au début, parce que mes blogs "amis" n'étaient pas si nombreux. Aujourd'hui c'est plus difficile. D'autant que j'ai toujours des scrupules à retourner sur un blog que j'ai délaissé trop longtemps, je sais, c'est idiot, mais parce que je me fais une sorte d'obligation d'en avoir tout lu.

Du coup, parfois - c'est encore plus idiot - je retarde le moment de retourner sur un blog ami trop longtemps délaissé si je n'ai pas suffisamment de temps devant moi pour m'y immerger. Parfois, je donne trop la priorité à mon propre blog, je m'assigne des objectifs de publication qui me brident dans ma navigation...

Bref, si j'expose ces comportements de façon un peu bête, c'est pour vous dire que je manque un peu de simplicité et de détachement. Et que même un an et demi, bientôt, après avoir commencé cette activité, j'ai encore beaucoup de maturité à acquérir pour lui trouver sa juste place.

Je ne suis pas du tout dans une logique de confrontation. J'y ai été conduit à mon corps défendant, deux fois je crois, parce que j'ai été confronté à des attaques, bêtes et réactionnaires. Puis finalement j'ai préféré l'ignorance toute simple.

(la suite)

00:05 Publié dans le cobaye | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : blog, sociologie

09 mars 2009

le cobaye (7) se réaliser

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Cette partie de l'entretien est la première que j'ai écrite après en avoir commencé la publication, reçu des commentaires, et même discuté de vive voix. J'espère que cette condition où je suis à présent - et lui - c'est à dire nous sachant vus et écoutés, à mon initiative et avec son accord, ne va pas peser sur la sincérité de l'échange.

(introduction)

(1ère partie)

(2ème partie)

(3ème partie)

(4ème partie)

(5ème partie)

6ème partie :

Le Prof : Encore une fois, merci pour vos réponses précédentes. En particulier pour leur précision et leur longueur. Compte tenu de l’intérêt de celles-ci je balance toujours entre deux envies contradictoires : approfondir celles-ci et les thèmes qui sous-tendent ces questions ou bien aborder d’autres sujets tant cette activité s’y prête. Finalement, je vais faire – comme d’habitude – un peu des deux.

Je vous cite : «
En écrivant parfois sur des sujets politiques, je cherche davantage à m'identifier qu'à influencer […] Mais l'intention de convaincre ne constitue pas un moteur pour mon blog, je redoute de m'enfermer dans un entre soi avec ceux qui ont les mêmes opinions que moi. »
-    Dès lors, le  blog est-il plutôt un moyen de reconnaissance sociale ?
-    Ou plutôt une forme de réalisation de soi parmi d’autres ?
-    Et, le cas échéant, quelle part représente le plaisir d’écrire ?


Oh!91 : Moyen de reconnaissance sociale, assurément non. En tout cas pas dans mon cas. J'ai toujours eu des activités militantes ou professionnelles très exposées. J'ai même parfois dû me prémunir de cette reconnaissance pour ne pas devoir aller là où je ne le souhaitais pas : on est toujours plutôt venu me solliciter pour telle ou telle responsabilité, plutôt que je n'aie eu à courir derrière. Je ne dis pas qu'il arrive que cesse la quête de reconnaissance. On a tous, toujours, besoin de nous légitimer là où nous sommes, et de rechercher une certaine forme de reconnaissance. C'est peut-être ce qui nous permet d'être à l'aise avec nos usurpations. Mais en l'occurrence, en créant un blog anonyme pour lequel je n'entrevoyais pas - du moins à l'origine - qu'il m'ouvrât des portes dans la vie sociale, je ne peux pas dire que j'y voyais un moyen de reconnaissance sociale.

Dans un autre sens : je sais que j'ai tendance à me sentir à l'étroit dans les réseaux où j'évolue. C'est vrai qu'aussi loin que je me souvienne, confronté à une activité dense, j'ai eu parallèlement à assouvir un besoin de "fenêtres". Peut-être le blog m'offre-t-il l'occasion d'aller chercher de la reconnaissance au delà des cercles établis. Peut-être.

Est-ce là une forme de réalisation de soi ?

Je dois réfléchir un peu à ce que recouvre l'expression "réalisation de soi". Intuitivement, je comprends que vous me demandez si par hasard j'aurais eu quelque chose en moi qui aurait eu besoin du blog pour se réaliser. Je crois pouvoir dire oui. Est-ce dans le plaisir d'écrire ? Sans doute en partie, mais ça ne peut pas être que cela. D'abord, écrire ne me procure pas tant de plaisir que ça, c'est souvent une contrainte, le blog impose un rythme, crée une obligation, ajoute une pression. Le plaisir est donc plus dans l'avoir écrit que dans l'écrire.

Mais si ce n'est pas l'écriture, alors, je réalise quoi ? S'assumer, est-ce déjà se réaliser ? Je ressens surtout qu'une curiosité éteinte s'est un peu rallumée, tant à travers l'activité du blog que des relations qui en ont découlé. Et de ce fait, j'ai du mal à dire si ce que je "réalise de moi" provient du fait de bloguer, ou de tensions affectives, amicales, amoureuses qui en ont résulté. Je crois que le blog m'a permis d'entrer en relation sans avoir à jouer un rôle. C'est la principale différence d'avec ce que j'appelle ma vie sociale d'avant. Est-ce une façon de "se réaliser " ?

Le Prof : je vous cite : « Dans un cadre public, le contexte intime serait absent, quand le blog lui permet d'y avoir une place essentielle. »
-    Le blog vous aide-t-il à clarifier vos choix, etc. ? et à en prendre conscience pour vous-même d’abord ?
-    Par ailleurs, quelles différences faites-vous entre votre identité virtuelle et votre identité réelle ?
-    Ces différences sont-elles perçues par les internautes ?


Oh!91 : Beaucoup de sujets dans cette question, encore... C'est assez drôle, parce que j'ai souvent d'abord tendance à vouloir répondre "non" à vos questions, puis en les retournant dans mon contexte propre, je trouve finalement un "oui" à développer. Sur la clarification de mes choix, par exemple : Je pourrais vous dire : non, je n'ai pas besoin du blog pour y voir clair dans mes choix. Mes valeurs sociales et politiques sont très arrêtées, tout comme mon orientation sexuelle ou mes goûts culinaires. En fait pourtant, je me rends compte que le blog m'a permis de revenir sur l'histoire des choix ou des situations où je me trouve. Le blog m'a souvent donné l'occasion de parler d'épisodes apparemment insignifiants de ma vie, un souvenir d'enfance, un état d'esprit qui habitait mon adolescence, les mythes familiaux dans lesquels je baignais... et ce retour sur mon histoire personnelle, que je n'aurais sans doute jamais entrepris sans le blog, je l'ai accompli surtout pour trouver des réponses, ou pour les formuler. Il y a sans doute là les leviers de prises de conscience personnelles et intimes.

Par ailleurs, il n'y a pas de hiatus entre mes identités virtuelle et réelle. Je m'efforce qu'il n'y en ait pas. Mon identité virtuelle est simplement 1-as (5).jpgplus authentique, plus transparente que ne l'est la réelle - la réelle, c'est à dire celle qui évolue dans la vie sociale - paradoxalement, parce que dans la vie réelle, je ne suis ni nu ni transparent, et l'on me voit plus pour ce que je me dois d'être que pour ce que je suis vraiment.

Pourtant, je le suppose, malgré cet effort de sincérité, ce devoir de sincérité qui est le sens même de mon blog, je ne suis pas maître de l'image que les lecteurs internautes se font de moi. L'usage que je fais d'illustrations flatteuses peuvent induire un image qui n'est pas la mienne, la frénésie que je mets à écrire peut donner à croire à une force que je n'ai pas, à une sorte d'intégrité morale que je n'ai pas, je demeure sur le blog sans doute un peu usurpateur malgré moi, mais je crois en tout cas que c'est là que je le suis le moins. Et de toute façon, je suis extrêmement accessible en "réel", tant et si bien que si un mythe doit se construire, il ne fait pas long feu.

En même temps, peu de lecteurs blogueurs que j'ai rencontrés ont dit m'avoir trouvé très différent de ce qu'ils avaient pu s'imaginer.

(la suite)

22:35 Publié dans le cobaye | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : blog, sociologie

02 mars 2009

le cobaye (6) cheminer, s'exposer, se construire

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Où la notion d'individualisme se discute (suite des entretiens avec un socilolgue qui travaille sur les blogs et leur impact).

(introduction)

(1ère partie)

(2ème partie)

(3ème partie)

(4ème partie)

5ème partie :

Le Prof : je vous cite : « Je ne suis pas sûr que le recours au témoignage ait une incidence sur le contenu des débats. Peut-être crédibilise-t-il mon propos, et incite-t-il à s'impliquer, mais je n'en suis pas sûr. Ce que je sais c'est qu'il me permet à moi, au moment où j'expose un point de vue, de ne pas être dans une posture dogmatique, et c'est peut-être une question assez obsessionnelle, chez moi, d'ailleurs. »
- L’une des questions que je me pose est de déterminer si l’expression publique individuelle que permet le cyber-espace médiatique favorise ou non l’expression de l’individualisme ?
- A la lumière de votre expérience, qu’en est-il dans votre blog Oh!91? Si oui de quelle forme d’individualisme d’expression pourrait-on parler (comme autonomie d’expression, comme réalisation de soi, comme indépendance émotionnelle, etc.)


0137569B.jpgOh!91 : Je réponds oui, la démarche est profondément individualiste. Mais pas la posture. Je m'explique : l'individualisme, dans la vie sociale, renvoie aux notions de compétition, de concurrence, de chacun pour soi. Il y faut du cynisme. Je ne prône donc pas l'individualisme.

Avec le blog, ce n'est pas dans ce registre que ça se joue, il n'y a personne à écraser pour percer. Vous parlez d'"autonomie d'expression". Il y a de ça. Le blog permet d'exprimer une opinion dans sa singularité, dans le contexte spécifique de sa construction, et pas dans le rattachement à une chapelle. Par le seul exercice d'écriture, on échappe à l'adhésion à une idée, on se construit ou l'on reconstruit son propre cheminement, on y renvoie à plusieurs référents, on s'expose.

Le Prof : l'une des questions que je me pose dans ce travail est de savoir si les discussions et les liens en ligne facilitent les discussions entre catégories de populations qui n'ont pas forcément l'habitude de discuter ensemble. En ce qui vous concerne, dans votre pratique quotidienne du blogging, qu'en est-il ?

Oh!91 : Absolument, cet aspect est d'ailleurs très important. Et dépasse le cadre virtuel des échanges. J'ai été surpris, en rencontrant des blogueurs, de ce que ça m'avait fait rencontrer des gens vers lesquels je ne serais probablement pas allés si les choses s'étaient passées dans la vie réelle. Et qui sont parfois devenus des amis aujourd'hui très proches. Et quand vous dites catégories de populations, c'est vrai pour les origines socio-économiques, pour les générations...

Le Prof : enfin dernière question : Si vous aviez eu Internet dans les années 90, vous auriez déjà choisi un blog, malgré ses particularités et ses contraintes ? Si oui pourquoi ?


Oh!91 : C'est difficile à dire : J'ai utilisé Internet pendant huit ans sans tenir de blog, sans en fréquenter, juste comme moyen d'accès à des informations. J'en aurais perçu alors les potentialités, je crois que oui, j'aurais utilisé ce médias. Peut-être cela m'aurait ouvert plus tôt aux pratiques homosexuelles et aurait accélérer mon coming out.

Le Prof : Comme vous le voyez, j’essaye d’aborder cette activité sous différents angles. Avec « les statuts plus facilement revendiqués que d'autres », je pensais à la mise en avant d’une expérience (et donc d’une compétence et d’un statut), soit professionnel, soit d’un savoir-faire en raison d’un loisir, etc. pour justifier ses prises de position dans le blog.

Oh!91 : Je ne crois pas me jouer de tel ou tel statut. Pas professionnel en tout cas, puisque mon blog est anonyme, et que la tentative de préserver cet anonymat passe par un peu d'ambiguïté sur mon activité professionnelle. Mon statut d'homosexuel me permet d'évoquer des situations scabreuses peut-être pas à la portée de n'importe qui. Ma situation de nageur confirmé m'a conduit à évoquer des sensations liées à cette pratique. Ou sinon j'ai parfois évoqué des rencontres avec des personnalités connues, en raison d'une actualité particulière qui m'en donnait l'occasion, parce que sans doute ça me permettait de me donner de l'importance, surtout parce qu'elles furent des événements qui comptent, ou qui me rassurent quant à mon parcours. Les évoquer est comme une façon de les consigner.

(la suite)

27 février 2009

le cobaye (5) mon moteur c'est toi

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Je continue, au gré de mes vacances d'inspiration, la publication de l'entretien que j'accorde, depuis quelques semaines, à un sociologue qui explore la place des blogs dans l'évolution des constructions sociales. Cette partie t'est en partie consacrée.

(introduction)

(1ère partie)

(2ème partie)

(3ème partie)

4ème partie :

Le Prof : je vous cite : « C'est peut-être au fond l'idée d'avoir créé un style, et l'illusion d'être attendu sur chacune de ses facettes, qui me guident. L'actualité politique et sociale y a sa place, mais au même titre que les autres aspects de "ma ligne éditoriale" ».
- en ce qui vous concerne Oh!91, quelle part tient alors la volonté d'influencer les actions, les opinions, la perception qu’ont vos lecteurs sur tel ou tel sujet ?


Oh!91 : A mesure que vous affinez vos questions, et me poussez à mettre au jour une possible intention propagandiste dans ma démarche, je me rends compte, si je m'efforce de rester honnête avec moi même, que je n'ai pas de telles intentions, ou alors de façon très secondaire. Non pas que le partage de mes idées me soit indifférent, j'ai un passé militant, et je suis toujours très regardant de la chose politique. Mais je ne crois pas que le choix d'animer un blog participe de cette part de moi. En écrivant parfois sur des sujets politiques, je cherche davantage à m'identifier qu'à influencer. A être vu pour ce que je suis qu'à convaincre de ce que je dis.

Je mentirais si je disais que je ne suis pas sensible quand des lecteurs m'écrivent en commentaire : « merci de nous ouvrir les yeux », ou « je ne commente pas sur ce sujet parce que je ne le connais pas assez, mais je suis intéressé par ce que j'apprends ». Ce fut parfois le cas en janvier, avec la série de témoignages sur Gaza.

Mais au fond, je suis davantage flatté quand on m'écris « merci pour ce que tu es » que « merci pour ce que tu fais »

Il y a tout de même deux ou trois sujets sur lesquels je me suis impliqué avec l'envie de convaincre : par exemple la condition des sans-papier et la politique migratoire du gouvernement. Sur ce sujet, j'ai régulièrement relayé des pétitions du réseau École sans frontière ou des Amoureux au ban public, ou évoqué des faits révélateurs, la mort d'un jeune Africain dans la Marne, les files d'attente pour étrangers devant la préfecture du Val-de-Marne, les démarches administratives vexatoires à travers ce que traversait mon ami. Je l'ai fait une autre fois pour interpeller des amis blogueurs sur ce que je considérais comme des affinités douteuses avec un blogueur qui me paraissait promouvoir une idéologie réactionnaire, raciste et dangereuse.

Mais l'intention de convaincre ne constitue pas un moteur pour mon blog, je redoute de m'enfermer dans un entre soi avec ceux qui ont les mêmes opinions que moi.

Le Prof : je vous cite : « Les commentaires appartiennent davantage à la sphère des encouragements, ou de la complaisance (et ce n'est pas péjoratif), disons plutôt de l'entretien d'une certaine connivence. J'ai d'ailleurs surtout tendance à trouver que je n'en reçois pas assez, des commentaires, qui  m'apparaissent, à mon corps défendant, comme le seul vrai critère de la lecture... »
- En quoi l’aspect à distance, virtuel, pas de partage d’expérience change-t-il, d’après votre expérience, quelque chose aux opinions exprimées ?
- En ce qui vous concerne Oh!91, peut-on parler de l’audience comme source de motivation et cause de transformation du site ?
- L’interactivité a-t-elle changé vraiment le contenu de votre blog ?


Oh!91 : En ce qui me concerne, et pour ce qui est du champ de "l'opinion", je n'ai pas l'impression que la distance ou l'anonymat modifie ce blackboy.gifque j'exprime, par rapport à ce que j'exprimerais dans une discussion de bistro, de famille, ou dans un cadre politique. C'est plus dans le champ de l'intime, que le virtuel modifie les choses. Quand je décrivais le combat que nous menions avec S. pour ses papiers et que je racontais au détour d'une phrase comment nous avions fait l'amour. Quand j'évoquais les violences entre jeunes du 19è arrondissement à l'occasion d'une rencontre dans un sauna gay parisien. Etc. Dans un cadre public, le contexte intime serait absent, quand le blog lui permet d'y avoir une place essentielle.

L'audience est une source de motivation, c'est évident. Dans les périodes où je m'investis beaucoup en écriture, les statistiques de fréquentation m'importent, de même que les commentaires. Pas toujours. Il y eut une période, l'été dernier, ou traversant un douloureux chagrin d'amour, je n'étais en quête que d'un seul lecteur, et rien du reste n'avait d'importance. Mais autrement, bien sûr, l'audience compte énormément.

Elle est indispensable à l'effet miroir que je recherche. Je m'en nourris. Et donc elle influence le contenu de mon blog, c'est certain. Par exemple, dans les premiers mois ce ce blog, je publiais des lettres anciennes à un ami, qui étaient restées sans réponse. Notamment une où j'y déclarais ma flamme. Ces lettres avaient plus de dix ans, mais un lecteur m'interrogea sur le fait de savoir si je n'avais jamais eu l'envie de l'écrire, la réponse que j'avais alors attendue. Je rebondis pour inviter ceux des lecteurs qui s'étaient impliqués dans ces épisodes à imaginer une réponse. Et j'eus des contributions, qui alimentèrent le blog pendant quelques semaines.

Plus récemment, alors que j'écrivais sur la guerre en Palestine, un lecteur français installé à Gaza, qui me disait se reconnaître dans l'esprit de mon blog, se mit à m'envoyer des témoignages que je reproduisis.

Et il y a de très nombreux exemples de ce type : un débat sur le dialogue des religions, à l'occasion d'un billet où j'annonçais la disparition d'un abbé ami de la famille, etc.

(la suite)