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03 mars 2008

dans la peau de Laurent (A)

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Ce que tu viens de faire est tout simplement incroyable. J'en suis bouleversé, sans nuance. Il y a tout à la fois tellement de Laurent dans ce que tu as écrit, du Laurent tel que je l'aurais voulu être au moment de ces lettres, du Laurent tel qu'il était vraiment, les deux se confondant dans un flou troublant, et tellement aussi de toi, d'un toi qui parle au moi d'aujourd'hui... J'en suis confondu.

Comment, où as-tu pris la force de me donner ça ? Ce temps, ces pensées, cette plongée, cette beauté ? J'ai reçu tes propositions comme une bouffée vertigineuse, j'y ai vu des repères pour la première fois se brouiller. Comme si j'avais reçu vraiment la réponse si longtemps attendue. J'ai oscillé à leur lecture, vascillé, chacune me permettant de pénétrer à nouveau cette époque - la plus confuse, et la plus ouverte aussi - de ma vie, douze ans après, par des angles insoupçonnés.

Je te connais peu aussi, et je réalise qu'en quelques lectures tu m'as tant compris. En ai-je donc tant dit de moi sur les pages de ce blog ? Que tu sois proche de moi en âge, ou loin, en géographie, en sexe, en sexualité, en langue, en goût pour l'écriture... me suis-je donc rendu si transparent de toi ?

C'est un cadeau énorme que tu m'as fait en tout cas durant ces deux semaines où je t'ai invité à imaginer une réponse à la lettre à Laurent. Tu t'es mis dans sa peau. Ce n'était au départ qu'une idée en l'air, lancée à mon endroit par Manu Causse-plisson. J'en ai fait un défi que je t'ai adressé. Ton répondant à lui seul légitime l'investissement que je mets dans ce blog.

Je vais donc commencer à publier ces lettres. En dehors de celle d'aujourd'hui, que par sa brièveté je vais pouvoir publier à la suite de ce billet, leur nombre et leur longueur justifient que je n'en poste qu'une par jour. Je les publierai telles quelles, sans commentaire, peut-être avec juste un numéro de passage et le nom de son auteur, sauf lorsque tu m'as demandé l'anonymat.

Certains se sont laissé aller à imaginer un prénom à ce O. qui disait autrement mon Oh! Je respecterai la responsabilité qu'ils ont prise, elle leur appartient.

Et pour ne pas lasser les lecteurs qui ne sont pas "rentrés" dans le cycle sur Laurent (ben oui, va, je te pardonne !), j'alternerai avec des billets d'humeur plus ordinaires à ma sauce. Ca devrait bien nous occuper une petite quinzaine, et ça laisse aux retardataires - qui se reconnaitront - l'occasion de se rattrapper.

Bonne lecture.

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Dans la peau de Laurent

proposition N° 1

par Azulamine

Olivier,

Je t'aime également.

L.

 

20 février 2008

Laurent (7) et s'il avait répondu ?...

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L'autre jour, après que j'eus lancé des SOS pour m'échapper aux fragilités qui me tenaillaient, mon copain Manu Causse-Plisson a fait partie de ceux qui m'ont tendu la main. On s'est parlé au téléphone une petite demi-heure, entre partie de play-station et dîner des enfants. Après qu'on eut évoqué l'affaire qui me tracassait, Manu m'a parlé de mes lettres à Laurent, surtout de la dernière, celle qui resta sans réponse, et après laquelle je laissai le silence s'installer.

Il m'a redit ce qu'il avait écrit en commentaire, sur une probable lâcheté de Laurent, mais sur un implicite pardon dû au fait que cette lettre, je me l'étais en partie aussi écrite à moi même. Et puis il m'a fait une proposition.

J'aurais du m'en douter, parler avec un écrivain, ça comporte des risques. Celui d'être mis au défi, d'être abordé comme un partenaire de plume, ou comme un apprenti. Et donc : c'est un exercice littéraire qu'il m'a proposé : écrire la lettre que j'aurais aimé recevoir en réponse. Là, presque douze ans après, essayer de verbaliser le beaume que j'aspirai à apposer sur ma peau brûlante. Imaginer par quels mots j'aurais voulu qu'il réagisse, dessiner sous ses traits un chemin par lequel il aurait décelé où je voulais qu'il m'emmenât (Manu, n'hésite pas à me corriger les concordances de temps...).

Jamais je n'avais pensé être confronté à un exercice de ce type. Mais pourquoi pas : quitter un temps le récit de ma vie pour imaginer ce qu'elle aurait pu être si un aiguillage avait été orienté autrement. Imaginer au moins la forme qu'aurait pu avoir cet aiguillage.

Je vais relever ce défi, je le lui ai promis. Je m'y attaquerai ce week-end, peut-être. Mais auparavant, il y a cette interpellation de lancelot hier : "Nous retrouvons bien sûr un peu de toi en chacun de nous, mais aussi (et c'est plus subtil) un peu de Laurent (...) aujourd'hui, des dizaines de Laurents te demandent de leur réécrire":

Alors, parce que je ne vois pas pourquoi je devrais être le seul à travailler, il m'est venu cette idée, sans trop savoir si tu seras prêt à jouer le jeu : et si tu l'imaginais toi aussi, cette réponse de laurent.

Pris au dépourvu, pris au piège, presque pris en otage par un de tes meilleurs amis, mais confronté subitement à la violence de son enfermement, comment toi tu aurais pu lui répondre. Ca te dit ? Bah ! N'ésites pas à y mettre de toi, dedans, évidemment...

Bon, donc je lance un appel à contribution. Si ça se trouve, ça va faire flop, je m'y attends. Mais si ça se trouve...

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appel à contrubution : "la réponse que j'aurais aimé recevoir à cette déclaration cachée"

(sans te laisser polluer la tête par la fausse lettre, jamais envoyée, publiée hier)

S'you-plé, envoies-moi ta proposition à mon adresse mail:

oh94@hotmail.fr

Disons, d'ici la fin du mois ? (ça me laisse le temps d'écrire la mienne)

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Et puis, ben, un jour prochain, comme ça, si tu m'en as envoyées, je les publierai. Manu sera le jury, et il sera tenu de bf2d1432192015bfd916659298282051.jpgcommenter son verdict, évidemment... (bon, j'ai été malin sur ce coup là, et l'air de rien, je viens de gagner 15 jours pour rendre mon devoir à la maison).

Et comme je ne suis pas totalement vicelard, si tu veux te remettre dans le contexte, en relisant l'histoire de notre rencontre et quelques lettres précédentes, voici un petit historique :

Laurent (1) une cicatrice au-delà du regard

Laurent (2) à côté de l'essentiel

Laurent (3) retour de Calcutta

Laurent (4) écrire pour te faire parler

 

Accessoirement, sur le pourquoi, j'ai conservé ces lettres, c'est ici.

 

19 février 2008

Laurent (6) l'avortement

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Je ne t'ai pas tout dit. Cette lettre à tiroirs, que je t'ai publiée , comportait un feuillet de plus. Un feuillet 2 bis, en quelque sorte, un arrière fond, un compartiment secret, dont j'ai retrouvé l'original, au milieu des copies des autres lettres, un feuillet écrit, soupesé plus encore sans doute que tous les autres, mais que je n'ai pas eu le courage de joindre. C'est donc un texte jamais lu par Laurent, celui de mon aveu avorté, que je te donne à lire aujourd'hui.

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Feuillet 2bis

Et puis j'ajoute un mot pour sortir du non-dit. Tu me séduis terriblement. Tu me plais et – ai-je envie de dire – je t'aime. Je t'aime pour ton caractère et ta personnalité, pour ta tignasse blonde, pour ton oeil rieur et ton sourire en coin, pour tes choix, pour ton parcours, pour tout ce que tu assumes.

Depuis longtemps, des fantasmes homosexuels accompagnent ma recherche du plaisir, que je le prenne seul ou que je le partage avec une femme. C'est mon jardin secret. Parfois, il s'embrase, je brûle et j'en souffre : emporterai-je avec moi des années de désirs refoulés ? Et parfois je me sens en paix avec moi-même. Car j'aime le contact avec un corps de femme, sa douceur, ses formes souples, sa fragilité, sa chaleur. La pensée d'un corps hirsute, poilu et boutonneux à mes côtés me dégoûte. Je regarde les hommes que je trouve beaux, mais le plus souvent, lorsque je me représente avec eux, en situation, alors ils me révulsent. Le moindre défaut, du visage ou du corps, prend des proportions de géant qui m'effraient.

Les hommes de mes fantasmes sont beaux, virils et  fins, musclés et tendres, souples, lisses, sans rien de féminin en dehors de8311f43badf0a27ff62e2f2b2fe31d1d.jpg la grâce infinie qu'ils dégagent. Ils sont jeunes, l'oeil est clair et perçant, ils rient. Ils sont construits à partir de l'image d'un film saisie au vol, d'une photo de magazine, d'un sportif vu à la télé, puis l'imagination les déshabille, les resculpte, les anime. Ce qu'ils ont dans la tête est indifférent, ce sont des hommes de fantasmes. S'ils font l'amour, c'est souvent avec une femme, c'est parfois entre eux ; ils me conduisent vers la frontière ténue entre ce que je suis et ce que je voudrais être. Quand leur sexe est dans ma bouche, je suis prêt à jouir. Une harmonie parfaite et absolue m'inonde, une perfection mille fois conçue, défaite et reconstruite. Et je me dit qu'aucun rapport physique réel ne pourrait reproduire à ce point la conjonction de l'extrême et du parfait. Je n'ai pas de telles exigences de perfection avec une femme, peut-être est-ce pour cela que c'est plus facile.

Il m'est arrivé par ailleurs d'aimer des hommes, c'est à dire de m'y attacher, d'y investir beaucoup de moi-même, à en chialer. Le plus souvent, sans aucun désir sexuel. Parfois si. Comme si cohabitaient en moi deux homosexualités distinctes : celle du fantasme érotique, et celle d'une amitié intense, qui correspondait plus à un besoin affectif qu'à un désir sexuel.

Pourquoi est-ce que j'éprouve le besoin de te dire tout cela ? Pourquoi maintenant ? Peut-être parce que de tous ceux qu'il m'est arrivé d'aimer, tu es le seul à être homosexuel. Le seul à qui je puisse ainsi me découvrir. Je ne tiens d'ailleurs pas à m'exposer, et tout ceci reste entre toi et moi. Toi et moi, seulement. Je suis enfermé depuis trop longtemps dans le mensonge pour qu'un affirmation soudaine de mon moi réel ne brise d'un coup tout l'univers que je me suis construit, tous les liens sociaux que j'ai tissés et qui me procurent une grande satisfaction. Mon homosexualité affirmée, j'aurais peut-être, comme tant d'autres, été enfermés dans le ghetto. Vivre hors du milieu m'a ouvert des portes et des horizons. J'ai côtoyer et j'ai travaillé avec de gens extraordinaires auprès de qui j'ai appris beaucoup, au plan politique, bien-sûr, mais aussi aux niveaux culturels et intellectuels. Vivre en refoulant des désirs, des besoins immédiats, physiques et matériels, m'a aussi donné une force de caractère, un sens du don de soi, une humilité qui, je pense, ont fait beaucoup pour les responsabilités qu'on m'a confiées. Je crois pouvoir dire que je suis plutôt apprécié de ceux avec qui je travaille, de ceux avec qui j'ai fait mes études. Je ne manque pas d'amis – sauf ici à Budapest, bien-sûr. Je ne regrette rien de tout cela, et j'aurais trop peur de tout briser.

Je supporte d'autant plus ce mensonge que je sais prendre du plaisir auprès d'une femme. J'aime chez la femme l'impulsivité, la franchise, la lucidité, le besoin de comprendre. La femme est exigeante, elle te remet les pieds sur terre. Ma stabilité avec Armelle s'est construite dans cette confrontation permanente, secrète, avec moi-même. J'ai toujours pu me raccrocher à elle, pourtant si fragile. Et c'est pourquoi dans ces moments, elle me manque et je l'aime.

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Voilà, c'est pas top, je m'en excuse. Visiblement, en l'écrivant, j'étais déterminé à l'envoyer, j'aurais sinon pris moins de détours par mon rapport aux femmes pour légitimer où j'en étais. Puis va savoir, un moment d'effroi, un de plus, et je l'ai rangée. Mais je crois que mon appréhension d'alors pour des contacts homosexuels y est exprimée avec justesse. Il m'arrive de l'oublier parfois, mais cette letttre me rappelle que j'ai longtemps porté en moi quelque chose de profondément homophobe.

Qui que tu sois, tu y trouveras sans doute quelque chose de toi.

14 février 2008

Laurent (5) la déclaration

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Le moment est venu, je te l'avais promis. Ce sera ma dernière lettre à Laurent. Nous sommes en mars 1996, j'ai retrouvé Laurent depuis quelques mois, après que nous ayions été perdus de vue pendant quatre ou cinq ans. Un autre Laurent, un Laurent authentique, reconnu enfin dans sa vérité, admis comme tel. Je voyais en lui la lueur du bout du tunnel, le moyen, le seul moyen de sortir, non pas du placard où j'étais depuis l'enfance, mais de l'abîme de désespoir ou d'impuissance où je me voyais.

J'entretenais cette amitié qui m'était précieuse, j'écrivais des lettres où j'essayais de rendre mon trouble perceptible, mais il ne perçait rien. Je n'en pouvais plus de ne pouvoir être vu dans ma vérité à moi, celle que j'allais bientôt être prêt, enfin, à jeter à la gueule du monde, mais qui m'entravait encore, et que je haïssait.

Alors je fis cette lettre, incroyable, où au milieu de récits de voyage je voulais lui dire mon amour, puisque cet amour m'apparaissait la seule sortie, mais où je ne lui balançait qu'une haine, orgueilleuse et dépitée, à la figure. A la suite de cette lettre, un nouveau silence s'instaura entre nous. De plusieurs mois. Et je dus cheminer seul jusqu'au bout.

Cette lettre était perverse, je crois pouvoir le dire aujourd'hui. Elle était écrite sur trois feuillets recto-verso. Tu comprendras pourquoi je te dis ce détail.

En postant cette partie de moi aujourd'hui, à un moment où je me sens si fragile, la main encore tremblante, je ne sais pas si je m'aide à relativiser l'épreuve que je traverse, ou si je m'y enfonce dans une insupportable répétition, ne livrant au fond qu'un calque, un de plus, d'une même quête toujours vaine, d'un doute pernicieux sur la sincérité du monde, qui pourtant me ressemble si peu.

[Laurent (1) une cicatrice au-delà du regard

Laurent (2) à côté de l'essentiel

Laurent (3) retour de Calcutta

Laurent (4) écrire pour te faire parler

et sur le pourquoi, j'ai conservé ces lettres, c'est ici.]

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Feuillet 1

Budapest, le mercredi 27 mars 1996

Mon très cher Laurent,

Les mots de démarrage étant toujours les plus difficiles à trouver, laisse-moi commencer cette lettre par une ordinaire plantation du décor. De mon décor. Dans la petite alcôve qui fait anti-chambre au grand salon (que de grands mots pour décrire de sordides mûrs recouverts de papier peint délavé, imitation lambris), je viens de m'installer à la petite table, en thèque comme il se doit, d'où j'ai évacué le foutoir de ces derniers jours afin de me faire une place pour écrire, mais où je viens de me servir un petit jaune. Avé de la glaceu, si teu plé ! Renaud, en arrière fond musical, me vient assourdi de la cuisine. La lessive est étendue dans la salle de bain au dessus de la baignoire. La soupe aux choux mijote. Il lui faut encore une bonne heure. Autant dire que mes tâches ménagères du jour, vaisselle comprise, sont quasiment terminées. Il me reste à me laisser porter. Tu es mon invité malgré toi pour mon apéritif. Si tout se passe bien, je te garde même pour la soupe aux choux. Et plus si affinités. A ta santé !

4b9ba211c57f5b462c8bf779a259b0df.jpgJ'ai tardé plus que d'ordinaire pour te rédiger ce petit mot. D'habitude, mes séjours hongrois m'inspirent d'avantage, dois-tu penser. A moins que tu ne me crois fâché, ou las d'animer cette correspondance à sens unique. Il n'en est rien. Je rentre simplement d'un séjour au Sahara occidental qui n'était pas initialement prévu dans mon programme. Tu te rappelles du Sahara ? Je t'en avais vaguement parlé, de retour d'une visite précédente. Un désert, des gens simples, un horizon infini, des nuits fraîches et étoilées, la magie du thé entre les mains des femmes.

Cette fois, il s'agissait de mettre sur pied une mission d'enquête. En fait, une jeune équipe de travail chargée de recueillir des témoignages et des faits concernant leur condition de réfugiés, et aussi de relever les obstacles mis par le Maroc à la réalisation du plan de paix. Permets-moi, sans vouloir faire plus de politique ici, de te dire après cette seconde visite combien mes premières impressions s'en trouvent confortées : ce peuple mérite qu'on lui laisse sa chance. Ces gens sont généreux et lucides, ils ont une force de caractère époustouflante, leurs dirigeants sont ouverts sur le monde et d'intelligents tacticiens. Ils ne vivent pourtant que de l'aide humanitaire. Inutile de te dire à quel point la moindre manifestation de solidarité est appréciée.7aff98a6666d0e1484c08c72af0bb9d0.jpg

Ce sont peut-être les femmes qui fascinent le plus (on voit d'ailleurs assez peu d'hommes, la plupart sont dans des zones militaires). Toute la société civile repose sur leurs épaules. Celles qui font le thé – disons plutôt celles qui conduisent son rite – sont souvent les plus belles. Peut-être parce que, par ce geste, elles donnent plus que les autres. Ou alors parce que leur présence s'affirme d'avantage, ce qui revient au même : elles trônent en tailleur. Leur regard veut dire : c'est pour toi que je m'affaire. Leurs mouvements, en particulier celui par lequel elles ajustent sans cesse le foulard qui les habille, sont pleins de grâce. Dans ces regards et ces mouvements, il n'y a pas de place au doute, tu lis une autorité douce, irrésistible. Et il y a le thé, l'offrande.

66771317ca5a5da2c58aca6623fde2fc.jpgLe thé fonctionne comme une horloge. Le premier ouvre les civilités, le deuxième accompagne, ponctue le temps qui passe. Quant au troisième, le plus long à venir, celui qui a la saveur du caramel, il annonce toujours la fin, une fin. Ou un début. Tu peux partir, ou tu peux t'endormir sur place, sur les tapis et les coussins. Le Sahara est un anti-stress efficace. Son rythme te happe, et tes angoisses n'ont plus leur place.

Feuillet 2

A ce stade, il y aurait deux façons de poursuivre cette lettre. La première, assez ordinaire, me ferait évoquer les petits changements que connaît ma vie à Budapest. Avec le risque de rester assez sybillin puisque tu ne peux visualiser mon cadre de vie. Je commencerais alors par les privilèges que je perds peu à peu (la voiture que j'utilisais, la vieille Mercedes, est définitivement en panne), le sentiment de régression qui me menace parfois lorsque je considère la vie d'ascète dans laquelle je me cloître à Zsigmond Tér. Je nuancerais, toutefois, en te parlant des quelques cadres que j'ai placés aux mûrs, de mon inscription à la médiathèque de l'Institut français, d'où j'emprunte livres et CD, de ma fréquentation quotidienne et matinale de la piscine sur l'Île Marguerite... J'accompagnerais tout ça de détails plus fleuris, ou de quelques idées introspectives, puis je finirais en marquant mon insistance à ce que tu m'écrives, avant de nous souhaiter une prochaine rencontre rapide.

L'autre façon serait plus grave, plus impatiente. Et plus risquée. Elle chercherait à bousculer notre relation sans trop savoir vers où la mener. Peut-être même qu'elle jetterait notre amitié à pile ou face sur la lecture que tu en ferais. Elle me conduirait donc à peser mes mots. L'amorce en serait une référence aux bouffes sympas qu'on s'est faite avec Sébastien, où l'on se raconte nos vies, des bribes, alimentées par quelques souvenirs communs dont tu es un grand pourvoyeur ; où l'on se regarde en différé, en riant, ou en échangeant des idées ; où l'on confronte nos démarches, sans se juger, c'est important.

Peut-être ici te dirais-je combien compte pour moi cette impression déjà évoquée que l'on se comprend, que l'on s'apprécie. Alors 384edee9d6c24d35ff7f4478067738ba.jpgj'interrogerais notre relation, le rapport de séduction qui s'est construit de toi à moi. Et c'est de toi que je me mettrais à parler. De ton impertinence qui me trouble, de ton regard rieur dont tu connais trop bien le pouvoir, de ton esprit d'indépendance qui te maintiens adolescent. Je parlerais donc du désir, en me garant peut-être de le nommer trop vite. Et puis, ne voulant pas rester trop longtemps défensif, j'accuserais. J'accuserais ton goût de la provocation d'avoir cherché à m'entraîner dans l'intimité de tes désirs, et jusque dans l'évocation de tes pratiques amoureuses. Je t'accuserais toi, Laurent, d'avoir voulu tester jusqu'à quel point je pouvais rester de marbre. Ou alors je te questionnerais, simplement, pour savoir quels sentiments sont les tiens, pour chercher à te mettre à nu, à abattre les masques de l'insolence, pour nous remettre sur un pied d'égalité. Ce serait finalement une délivrance, ouvrant comme toutes délivrance sur le vide, l'inconnu, et sur la peur qui les accompagne.

Deux façons de finir cette lettre sont devant toi : l'une flirtant, à peine allusive, avec le seul plaisir de maintenir une correspondance amicale ; l'autre, tendrement kamikaze, incertaine et vertigineuse. C'est finalement à toi de choisir. Je me suis contenté d'inventer la lettre interactive, sans trop d'égard pour nos vies et pour celles de nos proches ou de nos aimé(e)s.

Tu peux aussi décider de brûler cette feuille, ne garder de ma lettre que la neutre évocation d'un Sahara livré à lui-même, suivie des salutations d'usage.

J'espère simplement n'avoir rien brisé, du moins rien d'irréparable. C'est à toi, à présent, de déterminer ton – ou tes – attitude(s). Quant à moi, je me retranche dans le silence et l'attente. L'attente de ton signal, quel qu'il soit. Pour continuer notre amitié. Pour la dépasser. Pour la suspendre. Pour inventer autre chose...?

Feuillet 3

Je rentre ce vendredi sur Paris. J'y resterai jusqu'au milieu de la semaine prochaine, avant de retourner à Budapest pour une quinzaine. Saches que j'ai à présent un nouveau N° de téléphone.

Mais d'ici la suite des événements, je t'embrasse avec affection. Toutes mes salutations à Sébastien.

O.

04 février 2008

Laurent (4) écrire, pour te faire parler

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Cette lettre à Laurent, je n'avais pas prévu de te la montrer. Elle présente peu d'intérêt. Ce n'est pas encore celle où je lui fait ma déclaration (ce sera finalement la suivante). Ici, il s'agit de simples voeux, voilà. J'y parle aussi de ma maman, que j'aime tant, plus que tout peut-être (c'est l'occasion d'en glisser une photo récente - ci dessous). C'est donc un peu un interlude, à la façon de Zoridae.

Mais elle aborde une question qui finalement, surtout ces derniers jours, recommence à me perturber. J'écris pour faire écrire, mais écrivant je fais peur. Comme si j'établissais un standard où j'attendrais que l'autre se situe. Tu produis pour plaire, et plaisant tu rebutes. Tu prends de l'élan pour sauter loin, et tu obliges l'autre à reculer plus loin encore, et finalement à se prostrer.

Ce que je ne sais pas faire, c'est être simple pour t'autoriser à le rester. Je te harcèle alors que j'ai besoin de toi et de ta simplicité. Entends simplement celà, s'il-te-plait : de toi et de ta simplicité.

[Laurent (1) une cicatrice au-delà du regard

Laurent (2) à côté de l'essentiel

Laurent (3) retour de Calcutta

et sur le pourquoi, j'ai conservé ces lettres, c'est ici.]

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Budapest, le 4 janvier 1996

Mon très cher Laurent,

D'abord – puisque je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire, je te souhaite une très bonne nouvelle année. Plus qu'une concession aux conventions d'usage, c'est le souhait que 96 soit une année fructueuse pour toi, tes projets, tes amours. Qu'elle nous réserve à tous de vrais moments de bonheur, chacun de notre côté, ou ensemble parfois.

Rentré du bureau vers six heures et demi, je me suis installé sur la grande banquette verte du salon, toutes lumières alumées. Signe que le moral est bon. D'habitude, après la journée de travail, je me cantonne dans ma chambre, investis mon grand lit, comme une armée en déroute se replie vers sa base arrière. Besoin de sécurité. Le grand séjour m'est inhospitalier, il est trop sombre. Alors je ne quitte la chambre que pour la cuisine, le temps d'une bolée de pâtes et de deux oeufs au plat. Puis retour sur le lit, leçon d'anglais, puis un peu de lecture sur fond musical, et dodo bonne heure. Ce soir par contre, je me suis senti attiré par le grand séjour. C'est la chambre que j'ai crainte. Tous mes lustres - du plus mauvais goût post-moderne – sont alumés, sans que j'y prenne garde. Et j'ai choisi Bach pour m'accompagner. La Passion selon Saint-Jean. Splendides choeurs qui te transpercent de toute part. La façon dont leurs envolées te pénètrent, t'envahissent, t'enveloppent... quelle belle évocation de l'emprise amoureuse. Moi, la religiosité de ces musiques m'échappe complètement, je ne m'intéresse pas aux textes tirés des Evangiles, et de toute façon dits en allemand. Seuls m'attirent les élans passionnés, l'émotion – les tourments ? - qui les charpentent, les douleurs qui s'enroulent autour d'un violon, qui s'y hissent et explosent tout en haut d'un accord suraiguë, pour être absorbées par la chorale. C'est un peu comme dans la vie : les plus grandes souffrances finissent digérées par la société : c'est sa façon de ne pas les regarder. Rares, finalement, sont ces traumatismes qui conduisent aux drames de la mort. Le plus souvent, il y a des mains – sans visage – pour tendre un drap devant celui qui s'apprête à sauter. C'est comme ça que la société tient bon. Comme ça que les cantates de Bach s'achèvent en apothéoses. Sans n'avoir rien résolu des tortures infligées. Mais en les ayant toutes transgressées.

Laurent, je ne vais pas faire une lettre trop longue. D'abord parce que je n'ai pas grand chose de neuf à évoquer depuis notre dîner chez Sébastin et toi après Noël. Mais surtout parce que je crains, soudain, qu'à trop te sentir obligé de produire, à ton tour, des pages et des pages, tu continues à renoncer à m'écrire la moindre ligne. Ca me rappelle mon année en Syrie. J'envoyais à ma mère de longues lettres (j'en envoyais à Armelle de plus longues encore, mais ce n'est pas mon propos). Papa venait de mourir. Un arrêt du coeur, brutal et inattendu. J'avais dû rentrer quelques jours en France. Moments pénibles et en même temps pleins de réconfort mutuel. A mon retour à Damas, je faisais face à des sentiments que je n'avais pas connus avant. Et mes pensées allaient souvent vers ma mère. Je n'arrivais pas à l'imaginer seule : l'anéantissement dans lequel je la voyais dans mes pensées m'était insupportable. Alors j'avais un grand besoin de lui écrire. Pour elle, d'abord. Et aussi pour ce besoin vital d'extérioriser mes a9438e8cd1ec0dbbe988302f457e00ad.jpgsentiments. Je savais que mes lettres lui arracheraient des larmes, mais j'avais besoin de lui dire combien je l'aimais, que je la trouvais admirable : je trouvais la mort de papa si injuste. Et j'étais convaincu – je le suis toujours – que le pire était l'oubli, ou le silence, ou les "comme si"... Alors je lui envoyais de longues lettres. Et elle me répondait. Mais parce qu'elle se faisait un devoir d'y mettre beaucoup de contenu – et qu'elle avait besoin d'y faire passer ses sentiments les plus profonds – elle écrivait avec lenteur : un bout de lettre un jour. Une suite le lendemain. Une troisième partie quelques jours plus tard. Et elle m'envoyait le tout quand un long moment était passé. Alors que j'avais besoin de quotidien. Quitte à écrire par épisodes - avais-je envie de lui dire – autant envoyer les épisodes au fur et à mesure. C'est comme ça lorsqu'on est à l'étranger, le lien épistolaire vaut de l'or. Parce que la minute de téléphone se compte en kilos de diamants. Et parce qu'à travers l'écrit on se dévoile toujours d'avantage. Comme dans un semi état d'ivresse, mais sans alcool.

Tout ce détour pour te dire : n'attends pas d'avoir aligné dix pages pour m'envoyer ta lettre ! N'attends pas non plus qu'après une cinquième relecture tu cesses de trouver mauvais ce que tu as écrit. Si on faisait tous ça, la Poste pourrait mettre la clé sous la porte. Finalement, en se relisant, on trouve ça mauvais, mièvre, sans contenu ni intérêt, fade, ou déplacé. Ou facile... Impressions ordinaires ! Alors fi de l'orgueil, et fi du Lorenzaccio qui est en toi ("crois-tu donc que je n'ai plus d'orgueil parce que je n'ai plus de honte ?"). Je veux du laurent brut-de-décoffrage. Du premier jet ou pas, mais du jet. Du qui sort du bide !

Par exemple là, en me relisant, je me rends compte que je parle encore de la mort. Pour la deuxième fois en trois lettres. Ce n'est pourtant pas une obsession chez moi, mais j'envoie quand même. Ou le coup des douleurs qui s'enroulent autour des violons. Ca passe ou ça casse, j'envoie quand-même. Dire que j'écris sans honte ? Non, car mes contradictions sont bien plus terribles qu'il n'y paraît. Il y a du Lorenzaccio en moi aussi, et j'écris bridé, hélas ! Mais au moins en écrivant, je dissipe mon orgueil. C'est presque une thérapie. Avec ses bouteilles à la mer.

Donc : écris ! En fait, j'insiste, mais je suis indulgent. Je sais qu'il est dix fois plus facile pour moi d'écrire – car je suis loin de tout, et de toute vie sociale quand je suis à Budapest – que pour toi qui restes à Paris, avec forcément d'innombrables sollicitations pour sortir, recevoir, ou faire autre chose.

(...)

A très bientôt. Salut à Sébastien.

Bises à tous et meilleurs voeux !

O.

29 janvier 2008

Laurent (3) retour de Calcutta

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Je continue ma série sur Laurent. Laurent, je t'en ai parlé d'abord ici (le récit de notre rencontre, à bord du Transsibérien), je t'ai donné à lire une première lettre, qui datait de nos après-retrouvailles, à un moment où je partais m'installer à Budapest. Puis là, je t'ai expliqué pourquoi j'avais conservé des copies de ces écrits.

Je te livre à présent une seconde lettre. J'y suis encore plein de retenue. Je tente bien de lui dire, je crois lui dire, quelque chose du trouble qui me taraude, mais sans lui donner la possibilité de le comprendre, de simplement le percevoir. Je n'y reste pas sybilin, je suis enfouis à m'étouffer.

Enfin, ce sera l'occasion pour toi de découvrir avec quels yeux alors, j'avais découvert Calcutta. Mon Dieu, quel souvenir ! C'est avec une lettre suivante, trois-quatre mois plus tard, que je m'exposerait vraiment, enfin.

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Budapest, vendredi 24 novembre 1995

Mon cher Laurent,

Me voilà à nouveau à Budapest. L'univers étranger et hostile du dernier mois a laissé place à un monde familier. Les marques sont prises, le décor est connu. La grande bibliothèque en thèque, répugnante, est toujours vide ; les boutons poisseux de la gazinière sont toujours aussi désagréables à actionner ; les traces d'usure et celles de l'abandon sont bien en place. Je suis presque soulagé de retrouver mon domaine et mon calme.

La parenthèse Budapest devient peu à peu mon sanctuaire. Une fois la journée de travail terminée, pas de contrainte, pas de compte à rendre. A personne. La vie à ma guise, le temps de cultiver mes jardins secrets. De dix heures le soir à neuf heures le matin, le néant est ma liberté. La liberté de rentrer ou de sortir, de cuisiner ou de me faire un resto. La liberté de me construire une hygiène de vie choisie par moi seul (le matin, sept heures à la piscine ; le soir, une heure ou deux de leçon d'anglais). La liberté de t'écrire, celle d'être en colère, la liberté d'être heureux, celle de t'engueuler (où est la lettre que tu m'avais promise ?) La liberté de m'en foutre. La liberté surtout de souffler. Le calme après la tempête comme une vie en sinusoïde, l'anonymat après les sollicitations. Contrastes, ou alternances, le monde entier repose sur des couples. Et si c'était le moteur de la vie ?

ba4cec9a67f74a89b5fd2812e5922615.jpgIci, l'on ne parlera plus d'automne. L'hiver s'est installé, avec tout son arsenal : la neige sur les abords, les rigoles gelées, le givre sur les vitres des voitures, la buée sur celle des magasins. Bonnets, écharpes, doudounes, gants, moufles, fourrures sont sortis. Il n'y a guère que les jeunes, plus soucieux de préserver leur look d'adolescent occidentalisé, qui font l'impasse sur la mode universelle des grands froids. Il ne dégèle plus (le zéro degré est à peine dépassé à deux heures de l'après-midi). Mais au moins, ce pays sait vivre avec, et tout est prévu, partout, pour combattre le froid. Appartements, bureaux, magasins, stations de métro sont surchauffés : les gens s'y empressent comme dans un chalet de montagne après une journée de randonnée à ski. L'instant exquis. Ici, l'on ne souffre pas du froid, les gens ne s'en plaignent pas, du moins rien de tel ne se lit sur leurs visages.98628a9b3acabb001f02f9423051e9f4.jpg

Ni neige, ni froid, ni tranquille indifférence à Calcutta. A la saison chaude a succédé la saison des pluies. Et c'est à présent la plus belle des périodes, celle où vivre dehors est le moins pénible. Celle où la saleté, la misère, la pollution, la promiscuité, et la maladie ne s'additionnent plus à la chaleur moite, asphyxiante et accablante, mais simplement à elles-mêmes. Minimales à 25°, maximales à 32°. On se supporte. Et puis on a le goût de l'eau, de toutes les eaux : celles du Gange, celles des fontaines, celle des canalisations défoncées, les courantes et les stagnantes, celles des champs inondés, celles de simples flaques, celles en tout cas qui apaisent. On s'y lave avec abondance de savon, on s'y frotte, on s'y rince, on y trempe son sari. Propre ou sale n'est pas le problème. C'est le contact de l'eau qui compte. On y est presque nu 87bdcfa4d03116496b42c72d63976138.jpgau milieu du va et vient des passants sur les trottoirs, au coeur de la ville, entre les pousse-pousse, les « cyclo » (comme ceux du Vietnam si tu as vu le film), les vieilles voitures très britanniques maintenues en état de marche par l'on ne sait quel miracle propre au tiers monde. Pas plus de provocation que de fausse pudeur qu'à la piscine de Budapest à l'heure de la douche. Pas moins de sensualité non plus. Bien qu'ici, le sari, largement retroussé le long des jambes, ne quitte jamais le tour de taille.

Cette manie de l'eau : de quoi faut-il vouloir se purifier pour s'inonder ainsi de liquides chargés d'humeurs de toute sorte : de cette poussière qui colle à la peau ? Des sueurs produites par d'interminables heures de travail ? De toute cette crasse ramassée à même le sol ?03ecb61cb46bb4b62c9714ba725161ee.jpg

Le sol. C'est là qu'ils vivent. Parfois sur un simple bout de carton. Recroquevillés, les genoux ramassés jusqu'au visage. Assis sur un coin de trottoir, ils ne tiennent pas plus de place qu'une cocotte en papier. Ils se déploient pour marcher, circuler. Ils se ramassent pour stationner, pour attendre le client qui voudra bien leur payer trois miettes le petit service qu'ils ont pour métier d'accomplir.

5580ea4f81cede06148f1919fa4eb933.jpgLe sol. Le pied nu du pousse-pousse s'y écrase pour prendre son appui. Au petit trot. La femme derrière, sur son siège, tient son enfant bien contre elle. Et lui court toujours. Puis il profite de l'embouteillage pour se mettre à marcher d'un pas plus lent. La femme en vert et jaune, petite lune au milieu du front, se réajuste. Le pied nu s'écrase à nouveau sur le sol. Les mains, auxquelles sont suspendus les deux bras de l'attelle, sont remontées presque jusque sous les épaules. Une position d'équilibre qui réduit l'effort. Mais qui n'efface pas les kilomètres.

Je connaissais le tiers-monde. J'en connaissais même plusieurs visages : celui du Nicaragua, rural et dépouillé ; celui de l'Egypte, grouillant et étouffant... Laurent, jusqu'où peut-on s'enfoncer dans la hiérarchie de la misère ? Ils sont vingt-cinq millions à Calcutta. Vingt-cinq millions dont chacun de nous a déjà croisé le regard au détour d'un reportage. Qui n'a jamais vu ces bains collectifs dans les eaux du Gange ? Mais soudain, parce que tu es là, ces visages s'animent. Tu crois n'en saisir qu'un instantané, mais parce que le temps d'une image dix générations sont rassemblées, du nouveau né au vieillard souffreteux, toute leur humanité t'est projetée à la figure : tu as sous les yeux une vie entière, une seule, mais une vie humaine. 8d9c5ecb4cfbc86baf66b75f65678792.jpgLes dix générations accusent : le monde ne peut pas continuer ainsi ! Qui sait comment le pousse-pousse à la femme en jaune et vert formule sa quête du bonheur ? Sûrement pas comme nous pourrions l'imaginer. Mais c'est à lui qu'il faut répondre.

Le veille de mon retour. Ils étaient un million de jeunes à manifester, rassemblés sur une pelouse immense. Simplement pour marquer la clôture du Congrès de la jeunesse démocratique. Mon pousse-pousse aux pieds nus y était-il ? Ou seulement ses espoirs ? Je ne sais pas. Je ne saurais pas. Mais au moins y a-t-il bien, au côté ou parmi cette Inde misérable une Inde qui résiste et s'exprime. C'est déjà une chance.

Pour finir, je souhaite que tout aille bien de votre côté. J'espère aussi qu'une perspective de nous voir va se dessiner bientôt. Qu'en est-il de ce projet d'un week-end à Budapest ?

(...) Salue bien Sébastien pour moi.

Bises à tous les deux. Amicalement,

O.

 

23 janvier 2008

Laurent (2) à côté de l'essentiel

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Pour continuer ma série de billets sur Laurent, je m'en vais publier des lettres que je lui avais écrites après que nous nous soyions retrouvé (je m'en explique ici) : mon écriture a peu varié finalement, j'y mêle souvenirs, expressions sourdes du trouble qui m'habite. Mais c'est ampoulé, et j'espère l'être moins aujourd'hui...

A cette époque, où je m'installe à Budapest, de ma vie je n'ai encore jamais touché un homme, je suis en relation stable avec Armelle, je vais avoir 31 ans. Cette lettre est la première de trois, où peu à peu le besoin de me livrer, de me libérer s'exprimera de plus en plus violemment, à peine dissimulé dans des récits de voyage.

Je vais d'ailleurs créer une catégorie lettres d'amour et de voyage pour les ordonner.

C'est un peu fastidieux à lire, et je ne t'en voudrais pas si tu n'en prends pas tout. Mais j'aime à les publier, parce que je crois elles disent quelque chose de fondateur pour moi, cette relation si particulière à Laurent a accompagné cette période de deux ans qui m'a conduit à faire mon coming out et à être qui je suis.

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Budapest, le dimanche 22 octobre 1995
Très cher Laurent,
(...)
J'ai pris possession jeudi soir de mon appartement, vendredi de mon nouveau bureau, et depuis de la ville, où j'ai passé des heures à errer, en quête de repères pour me situer, comprendre où je vis, comment vivent les gens, à quel rythme... Je commence à peine à y voir clair. Budapest est coupée en deux, du Nord au Sud, par le Danube. A l'est, Pest ; à l'ouest, Buda. Mon appartement est au nord de Buda, dans un immeuble qui longe le fleuve, presque à Óbuda, la vieille ville aujourd'hui envahie de cités populaires qui rappellent nos banlieues.
(...)
La ville autrement sent l'Europe centrale à plein nez. Un peu slave, un peu flamande, un peu baroque, des flêches et des dômes qui s'élèvent au dessus des toits... Je ne connais pas Vienne, mais c'est un peu l'idée que je m'en fais. Les façades sont parfois colorées, plutôt délavées et décrépies. Par endroits, les rues sont encore pavées d'épaisses dales irrégulières, comme ces petites traverses sinueuses des collines de Buda. L'allure tranquille des tramways rythme le fond sonore des quartiers.
Les gens étaient peu nombreux dans les rues ce dimanche. Des hommes ou des vieilles femmes qui promenaient leurs chiens, des couples d'amoureux, quelques groupes de jeunes, look banlieue, ou look sportif. Un peu de lêche-vitrines malgré les magasins fermés. Tout le monde bien emmitouflé ; car si tu trouves à te dégourdir agréablement sous le soleil de midi, l'air est plutôt froid en général. Douze-treize degrés ? Tout ici te rappelle l'automne. Les tilleuls et les châtaigners de Buda sont en partie dégarnis, le sol est jonché de feuilles sèches. On découvre d'ailleurs, au détour d'une place, une armada de dizaines de brouettes qui n'attendent pour ramasser tout ça que leur reprise de service, mardi, après les fêtes du 23 octobre (commémoration de l'insurrection de 1956 oblige).
e15da9a32c9bc6dca7c8b96b773b1f4e.jpgSans doute y a-t-il dans ces teintes automnales, dans ces roux, ces bruns, ces jaunes, sublimés par le soleil, un charme certain. Il s'en dégage une atmosphère inéluctablement mélancolique. Et le visiteur s'en met plein les yeux si tant est qu'il est gourmand. Pour ma part, je n'ai pas les yeux du visiteur. Mais de celui qui inspecte, circonspect, son nouvel univers. Il fallait que je sache si le courant passerait, ou non ; si comme cela s'était produit en 1992, quand je partais m'installer à Damas, j'allais être enveloppé par la ville, hapé, envahi de sensations juxtaposées et convergentes qui font se dire : commence ici quelque chose de  grand, une aventure exceptionnelle, un pressentiment farouche que je vais adorer la ville, m'y sentir chez moi. A Damas, il avait suffi d'une sortie en ville après mon arrivée, du premier chant du Muezzin au soleil couchant, de la douceur d'un soir sur une terrasse autour d'un thé pour provoquer d'emblée cette jouissance extrême, démultipliée par l'excitation du nouveau. Ici, l'orgasme n'est pas venu. Tout au plus la caresse de quelques émotions, par moments, par endroits, mais rien de véritablement bandant.

Pas d'odeur qui m'ait saisi, pas de sensation charnelle, hors mis la morsure d'une brise presque hivernale. Je donne décidément ma préférence à la Méditerranée, mais c'est tout personnel. De toute façon, il va bien falloir que je m'y fasse, vu le temps que j'aurai à y passer. Il est surtout urgent que je découvre des lieux de distraction.  Car à la maison, pour l'instant, il n'y a ni télévision, ni musique, ni bibliothèque... Seulement moi, mon manuel d'anglais Berlitz en trente leçons, mon  Guide du routard, et quelques documents politiques pour faire bonne figure.

Mais ce petit univers, si nouveau, si impersonnel, si désert, surtout, ne demande qu'à vivre : il se trouve que l'appartement est grand et prêt à accueillir du monde de passage ; une aubaine pour découvrir ce petit coin dans des conditions agréables et économiques. En clair, je confirme l'invitation : tu viens quand tu veux, ou quand tu peux, seul ou avec Sébastien, il y a de la place et vous êtes les bienvenus. J'ajoute que ça me ferait un immense plaisir, car j'attache beaucoup d'importance à notre amitié re-nouée. Je crois que ça se voit.

Flash-Back : 86, un de ces fabuleux voyages que l'on peut réaliser quand on est jeune à la JC. La Sibérie, tu imagines ? Les confins du monde ! C'est là qu'on se connaît, qu'on sympathise. Je crois, du moins, puisque l'on se revoit, un peu, au retour. Tu me fais découvrir le quartier du marais, la place des Vosges. J'habite alors Marseille. Nos parcours se croisent épisodiquement, pendant encore deux-trois ans. La vie parisienne pour moi, nos années UNEF, nos années Filpac et Figaro. Et puis plus rien. La vie fait souvent ça. Jusqu'à ton coup de fil de mars ou avril dernier.

Entre temps, il y avait eu cette terrible nouvelle, parvenue à Damas deux ou trois mois après, dans la stupeur : la mort de Jean-Pierre. Il était malade. Le Sida. Depuis longtemps ? On ne sait pas. Mais comment ? Qui savait ? Etait-il homosexuel ? Il était homosexuel. Et Laurent, alors ? Je n'en saurait pas plus, Armelle n'en savait pas plus. Je pensais à Fontenay. La rue ? Une histoire de bergère, je crois. Deux hommes qui partagent  un appartement, deux jeunes, c'est deux potes, voilà tout, peut-être deux copains de très longue date. Mais si l'un était homo, alors l'autre ? Le doute, j'ai pensé très fort à toi, avec une énorme charge d'inquiétude. En trois ans, il avait pu s'en passer, des choses. J'étais bien resté ignorant de l'homosexualité de jean-Pierre, ignorant de sa maladie, alors que je m'étais cru très proche de lui, qu'il nous était arrivé d'être complice, en politique, au moins. Lors de nos réunions, on allait toujours l'un vers l'autre, avec à chaque fois des tas de chose à se dire. On se comprenait, on s'enrichissait, on se confortait quand c'était difficile. Et pourtant, j'étais passé à côté de l'essentiel peut-être. Alors toi, il pouvait bien t'être arrivé quelque chose, aussi. Je ne pensais pas à ta peine, mais à la maladie. A mon retour de Damas, à l'occasion, je demandais des nouvelles. A tel ou tel. Je finis par savoir qu'a priori, ça allait bien. Sans plus. Le dossier était clos.

Alors très sincèrement, ton coup de fil de mars ou avril, le premier (un message sur le répondeur, je crois ?) m'a ravi. Sur le fond, je crois que je suis un romantique et un fidèle. A elle seule, l'idée qu'on peut rester cinq ou six ans sans se voir, mais que les ressorts de l'amitié ne sont pas morts est une idée qui me rend confiant dans le genre humain. C'est une revanche sur le temps.
Depuis, les quelques – rares – soirées passées ensemble ont été pour moi de vrais grands moments de bonheur, pourquoi ne pas le dire ? Ils sont si rares, ces instants de décontraction, de relâchement. Toutes ces soirées m'ont aéré la tête, libéré les neurones, décloisoné les synapses. J'en redemande. Je vous regarde, et je vous trouve beaux, tendres. Rien que ça m'apaise 30d6a7790409d078bf2d92b17c572b82.jpgconsidérablement et m'émoustille. Votre choix de vie est beau et, quelque part, un peu fascinant. Ca a l'air pourtant si facile et si accessible. Mais l'est-ce autant que ça ?

Bon, changeons de sujet, je ne voudrais pas créer de malaise. En tout cas, voilà, tu viens de me permettre de combler le grand vide d'un dimanche soir à Buda. Et c'était mieux que de passer deux heures à nettoyer les meubles de cuisine. Le plus terrible, ici, sera la solitude. Quand la journée est finie, pas de ciné, pas de resto entre copains, pas de sortie, personne à aller voir, à appeler. Et dans ces murs, pas de disque à écouter, pas de télé. Tout cela n'est que passager, cette maison va s'équiper avec le temps ; mais en attendant, c'est le vide-là, qui n'est que peu de choses à côté de sensations et de rencontres extraordinaires puisées à travers le monde. Mais si courts soient-ils, ces instants peuvent constituer un gouffre terrible. Là, tu te rends compte à quel point tu as besoin du regard des autres. Ces regards sont comme un miroir, ils aident à voir que tu comptes, ils donnent de la valeur aux petits et grands événements de ta vie.

Pas de femme non plus, pas de corps contre lequel se blottir le soir, pas forcément pour faire l'amour, mais simplement pour sentir la chaleur, éprouver que tu existes.

Ces détours me font terminer cette lettre un peu comme je l'ai commencée : par le déficit de communication. L'homme n'est vraiment pas fait pour vivre seul. A mon tour, j'attends de tes nouvelles. Transmets mon salut amical à Sébastien.

Très affectueusement,

Je t'embrasse.

O.

14 janvier 2008

Laurent (1) une cicatrice au-delà du regard

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Bon ! Ça fait longtemps que je veux te parler de Laurent. Et puis là, coup sur coup, j'ai retrouvé des lettres d'une correspondance passée, tu m'obliges à l'évoquer, avec tes questions sur les bi, et maintenant, c'est lui qui m'envoie un mail, un peu anodin, pour en finir avec un an de brouille.

J'en conclue que l'heure est venue.

Laurent. Il fait partie de ces hommes que j'ai aimés en silence, en souffrance, dans mes 20 ans. Il est le troisième après Menem et Ali. Il y eut même deux périodes distinctes, à près de 10 ans d'intervalle, où je l'ai aimé.

La première, c'était en 1986, l'été, au mois d'août je crois, dans une aventure que peu de jeunes de 20 ans ont la chance de vivre : nous partions en voyage de groupe à travers la Sibérie, avec ce train mythique qu'on appelle le transsibérien.

De Moscou à Novossibirsk, puis de Novossibirsk à Irkoutsk, au bord du Lac Baïkal. Il s'agissait de découvrir un pays, sa 2a511ebfa3c07994b369e647d7e1955d.jpgculture, son immensité, et puis, pour les jeunes communistes que nous étions, de comprendre ce qui se glissait derrière ces mots exotiques de Glasnost et de Perestroïka, qu'on entendait de plus en plus et qui nous faisaient espérer que le régime soviétique, qui n'avait déjà plus beaucoup de crédibilité à nos yeux, saurait se réformer sans avoir à se vendre au capitalisme le plus sauvage.

J'aimais le train, je l'aime encore. Mais il y a quelque chose de très différent entre prendre un train pour relier un point à un autre, et s'y installer pour y vivre. Pendant plusieurs jours, nous allions y vivre, tendrement bercés par son cahin-caha. J'avais comme compagnons quelques livres (Aïtmatov, Boulghakov, pour être dans le bain), une flûte alto (avec laquelle je m'étais assemblé, par mimétisme avec mon ami Menem, un petit répertoire simple mais convaincant).

Je vivais encore à Marseille, à l'époque, avec ma copine Soumaya. J'y étais un "leader étudiant", mais pas encore celui qui allait s'affirmer dans les mouvements contre la loi Devaquet. J'avais une barbe, comme Menem, et des cheveux bouclés.

un bad-boy avec des bretelles

Laurent avait un côté mauvais garçon. Cheveux blonds, courts, regard bleu, une petite cicatrice de l'enfance sous un oeil. Je me souviens qu'il portait des bretelles et que ça le rendait sexy.

Nous ne nous connaissions pas avant ce voyage. Et au départ, nous n'étions pas dans le même compartiment. Lui il était avec une rousse qu'il avait l'air de connaître depuis toujours, Florence, et avec un gars qui allait d'emblée se voir affublé du joli surnom de Kalachnikov, parce qu'il s'était enfermé dans le compartiment avec une fille avant même que le train ne démarre, dès le premier jour.

Au fil des étapes, nous allions de désillusions en désillusions, la corruption suintait de partout, mais nous trouvions dans les rencontres avec des jeunes intègres, animés de convictions généreuses, des raisons d'espérer. Après tout, la glasnost, nous n'en étions qu'au tout début.

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Je suis incapable de me souvenir par quel enchaînement nous nous sommes retrouvés à former avec cette Florence, avec un autre Laurent, avec lui et moi, un petit groupe un peu soudé qui cherchait ensuite à se retrouver dans le même compartiment, à la même table, dans les mêmes programmes.

Laurent avait toujours un regard un peu ironique et nous aidait à lire autrement les situations. Il venait d'une famille modeste des Ardennes, sa mère était malade, et ce n'était pas un cadeau, il était venu vivre à Paris pour échapper à ça. Il partageait un appartement à Fontenay, avec un certain Jean-Pierre, un jeune militant communiste, dont il me disait qu'il l'avait tiré du trou. Il avait parlé de prostitution, un truc dans quoi il aurait pu tomber sans cela. Et comme toujours, un parcours d'écorché, une gueule d'ange, et un semblant d'empathie, et je m'étais pris dans le filet. Et comme toujours, une fois magnétisé, je dissimulais, je m'inhibais de peur de me révéler.

Je me souviens d'une étape, en ville, où nous étions allés nous doucher au même moment. Il oscillait entre pudeur et provocation, usant d'un vocabulaire cru, mais ne m'offrant jamais son corps à voir entièrement nu. J'ai longtemps fantasmé ensuite sur ce caleçon orange qu'il n'ôta finalement pas dans les parties communes.

Au retour, avant de redescendre sur Marseille, je restais deux jours supplémentaires à Paris, et il me fit découvrir la Place des Vosges, le quartier du Marais.

Il m'est évident aujourd'hui que tout, dans son discours, dans ses confidences, dans ses postures, me testait, disait ou cherchait à me dire qu'il était homo. Soit pour me séduire, soit pour simplement se faire accepter comme tel, mais 9ceb7fabdb52c782bfffc601a5740378.jpgj'étais incapable de le voir, de le concevoir. L'homosexualité n'existait pas, c'était une chose bizarre, dont on savait qu'elle pouvait être, mais que l'on ne rencontrait pas. Un truc pour les autres, simplement pour les autres, comme un avion qui s'écrase. Une maladie, une monstruosité qui couvait trop violemment en moi pour que je lui laisse la moindre place, ou une phase qu'il fallait laisser s'éteindre - nous avions des livres à la maison qui me rassuraient comme ça. Les homos étaient de vieilles folles, mais ne pouvaient être de beaux garçons à bretelles. Ses provocations n'étaient donc que des expressions de virilité, que j'enviais, mais qui jamais ne m'invitaient.

Quand je suis monté vivre en région parisienne, nous avons continué à nous voir, comme entre amis. L'intime ne faisais pas partie de nos conversations, je n'avais pas avancé d'un iota sur la sexualité, j'étais devenu dirigeant syndical étudiant, c'est moi qui l'impressionnait, et moi qui me délectait des marques de cette admiration. Puis nous nous sommes perdus de vue. Jusqu'en 1995.

Entre temps, il y eut l'annonce de la mort de Jean-Pierre. Du Sida. Des questions, puis la certitude que Laurent était donc homo, peut-être lui-même malade ? Et la reconstruction patiente de notre amitié, nouvelle, avec son homosexualité maintenant connue de moi, mais cette honte, toujours, devenue ma compagne, ma siamoise. Alors je me suis raccroché à lui, un peu sournoisement, percevant en lui, peut-être, la possibilité de sortir de cette prison où j'étais. Je m'y suis raccroché comme un désespéré. J'ai cru que c'était ça, l'amour.

Je crois que je vais te proposer bientôt de lire certaines de ces lettres que je lui ai écrites, à l'époque où j'éprouvais le besoin de laisser transparaître mon trouble. Jusqu'à celle où j'ai pris le risque de tout perdre - peut-être mon vrai coming out - mais à laquelle il ne répondit jamais.

Oui, je vais te donner à les lire, bientôt...