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03 août 2009

ils n'auront pas les bains Király

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Les bains Király méritent un billet à eux tout seul. Pour le mythe, et pour la vérité. Ils ne sont pas des bains comme les autres, et ne le seront jamais. Ni dans mon cœur, ni dans la vie. Ils ont tout tenté pour nous les voler : ils les ont fermés presque une année, pour des travaux d'assainissement - on sait que le Rácz n'a ainsi jamais rouvert. Il ont essayer d'imposer le port du maillot de bain pour en dissoudre l'atmosphère sensuelle et envoûtante. Ils n'ont pas encore proposé le port du bonnet, Dieu merci ! Mais cette clientèle homosexuelle ostentatoire, qui ne se cache pas comme on le lui a appris, les gêne, les a toujours géné, empêchent des projets touristiques de convenance, de luxe ou de standing, alors ils essaieront encore...

Mais les bains Király résistent.

Avant de s'y rendre, toutefois, il vaut mieux être un tant soi peu averti.

Voilà ce qu'en dit le Petit Futé :

kiralyfurdo.jpg"La construction des Király a débuté en 1565, sous l’autorité d’Arslan Pacha, gouverneur de Buda. L’édifice fut ensuite rénové et agrandi au XVIIIe siècle. L’approvisionnement en eaux thermales se fait par l’aqueduc des bains Lukács. A l’intérieur, la coupole centrale, percée par endroits, laisse passer des rayons de soleil à travers la nappe de vapeur... Cette lumière qui perce atténuée, les personnes autour absorbées dans leurs rituels de bien-être ou leurs pensées, l’ensemble fait de ces bains un lieu absolument envoûtant. (...) Les jours réservés aux hommes attiraient la communauté gay touristique et locale, ça n’est guère plus le cas…"

J'en suis perplexe. Bon, sur les aspects historiques et esthétiques, rien à dire, et puis comme ça, c'est fait. Mais la petite anecdote de la fin, qui m'a donné quelques sueurs froides, est heureusement une énorme erreur, ou un piège, car bien heureusement, c'est encore le cas.

En fait, ces bains sont recommandés, à juste titre, pour leurs caractéristiques patrimoniales par à peu près tous les guides de voyage. Mais c'est à croire que ceux qui y écrivent ont peur de l'eau, se contentent de repiquer l'information aux copains. Ou alors que ce sont des femmes, ignorantes de ce qui s'y passe le jour des hommes.

Le site cityzeum.com est à peu près le seul qui incite à la prudence, à mots couverts : "Ces bains turcs de Budapest plairont seulement aux moins pudiques. Naturistes et non-mixtes,(...) impossibles d'accès pour les familles, ces bains sont plus appropriés aux personnes désireuses de sensations relaxantes et de soins du corps."

Donc avant de t'y rendre, voilà ce qu'il faut absolument savoir à propos des bains Király.

D'abord qu'il faut prononcer [Ki-rail], et non [ki-ra-li], et que ça signifie roi.brutos13731.jpg

Ensuite, que c'est là que j'ai rencontré Péter, il y a treize ans. Il fut ma première liaison et mon premier chagrin. C'est à cause de lui, je crois, que bander vers le bas est pour moi, et pour toujours, "bander à la hongroise". Mais c'est un peu hâtif, j'en conviens... La rencontre s'était déroulée sur l'estrade en bois du hammam. Nous nous étions repérés, et assis l'un à côté de l'autre, nos mais s'étaient rapprochées de nos cuisses, puis de nos entre-cuisses, nous nous étions caressés sans aller au bout. Nous nous étions retrouvés plus tard dans un bar puis étions allés chez moi.

C'est là aussi que j'ai rencontré Shinji, l'hiver dernier, qui me fit un temps, et notamment lors du réveillon du nouvel an, oublier Saiichi, ou croire l'oublier, puisque je ne courais alors qu'à sa poursuite. La rencontre s'était passée sur la même estrade, sur le banc le plus haut, comme avec Péter, mais de l'autre côté. Ce jour-là, d'une main aussi experte que Saiichi, Shinji me fit jouir sur place.

furdo4_89_20080818100220_812.jpgEntre les deux, derrière ses mûrs muets, j'y ai rencontré beaucoup d'autres hommes, sucé, massé, palpé, malaxé, effeuillé... beaucoup d'autres bites.

Il faut aussi savoir que les bains Király sont ouverts aux hommes les mardi, jeudi et samedi, et aux femmes les lundi, mercredi et vendredi. De 6h le matin à 19h le soir. Je ne peux rien dire de ce qui s'y passe le jour des femmes. Je crois qu'on y croise un public paisible, et plutôt âgé, sans qu'il y ait d'enjeux de drague. Le jour des hommes, en dehors de quelques étrangers égarés par l'incurie des guides touristiques, on y trouve une foule essentiellement gay, à la recherche de sensations qui vont au delà de la simple relaxation - c'est un euphémisme.

Ils ont aussi leurs petits vieux. On les appelles les crocodiles, à cause de leur propension à circuler en silence dans le grand bassin central au dessous de la coupole, l'œil à hauteur d'eau, à s'approcher et à laisser trainer des mains fouineuses. Dans quelques recoins, notamment dans les bains secondaires, ont peut les voir se palucher. Ou ils se rapprochent pour observer de plus jeunes dans leurs caresses. Beaucoup en ressentent du dégoût. Pas moi. Je ne les regarde pas, je les oublie, ils font partie du décor. Je les ai toujours connus, à une époque où l'homosexualité était pour moi quelque chose de nouveau, et où j'étais terriblement excité par cette tension capitonnée. M'y plonger aujourd'hui, c'est revivre des phases initiatiques de ma vie, et j'en accepte l'environnement dans sa totalité. Et puis mon expérience m'a appris qu'une petite assistance repoussante n'est parfois pas inutile pour sembler, soi-même, attirant.

Et de fait, sans eux, je n'aurais peut-être pas croisé le regard de Federico, la semaine dernière. Ici, je te raconte.

01 août 2009

le vrai tramway nommé désir (2) pour tous les goûts

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C'est bien ma veine : pile le jour où je prévois de t'emmener en excursion en ville avec le tramway n° 4-6, dont je te disais là le caractère stratégique , voilà qu'il est à l'arrêt pour travaux. Jusqu'au 19 août. Remplacé par des bus de substitution qui partent en rafale toutes les deux minutes pour absorber une capacité d'accueil équivalente.

Bon, ben il me reste à te proposer de faire comme si. Ferme les yeux, et dis-toi que tu es installé dans une rame confortable, raisonnablement climatisée, qui s'apprête à glisser en silence.

Nous voyageons dans le sens des aiguilles de la montre : démarrage, Place Moscou (Moszkva tér), au pied du quartier du château, le quartier le plus ancien de Budapest, d'où l'on a un point de vue remarquable sur la ville - et accessoirement située à trois minutes de notre appartement de vacances.

Notre premier arrêt : pont Marguerite, côté Buda. Tu peux aller rejoindre, à 500m vers le nord, donc sur ta gauche, la piscine Komjádi, ses trois bassins extérieurs, dont le plus grand a des dimensions olympiques, qui est partie intégrante de l'hôtel Csaszár où nous sommes descendus cet hiver avec Fiso et Yo - à deux pas de l'appartement où je vécus durant près de quatre ans. Ou bien, à droite, juste derrière le ministère des affaires étrangères, les fameux bains Király, dont je te reparlerai très bientôt car j'y ai vécu des choses intenses et inoubliables.

Margitsziget2_800.jpgArrêt île Marguerite : le tram s'engage ensuite sur le pont et marque l'arrêt au niveau de son coude. C'est de là que l'on peut accéder à l'île du même nom par sa pointe sud, et se ballader dans cet immense parc arboré qui est le précieux poumon vert de la ville, assister aux Grandes eaux de Budapest - en musique, et le soir en lumière -, retrouver son amoureux, bécoter, ou entrer dans l'une des installations aquatiques, pour nager ou draguer selon ses envies : la piscine Alfréd Hajós, celle où je fis mes premières armes en natation il y a 14 ans, la strand Palatinus avec sa terrasse naturiste où je fis ma première rencontre d'hommes à peine plus tard, où je retrouvai aussi Zoltan il y a deux ans, et où, ma foi, il fait toujours bon s'ébrouer.

Pont Marguerite, côté Pest : de l'autre côté du pont, c'est vers le quartier du Parlement que tu peux t'engager, avec ses superbes bâtiments qui sigent les heures de prospérité de la Hongrie d'avant la Première guerre.

Plus loin, le tram marque l'arrêt à la Gare de l'Ouest (Nyugati pályaudvar), magnifique construction attribuée à Eiffel, dont le restaurant a été livré en concession à... Mac Donald ! Enfin, je ne dis rien, parce que c'était devenu pour moi, plus par commodité que par goût, un point de rendez-vous fréquent avec Péter, ma première liaison sérieuse, à la fin de nos journées de travail. Ma première déception amoureuse aussi, s'entend. J'aurais du comprendre ce jour-là que les hommes, c'était trop compliqué.

Encore plus loin, c'est Oktogon, un nœud essentiel situé sur l'avenue Andrássy, les Champs-Elysées de Budapest. Sur ta droite, tu peux descendre vers le centre-ville, en croisant, dans l'ordre, le cours Ferenc Liszt où se trouve l'Académie de Musique - je crois bien que c'est là que je pris goût aux grands concerts classiques - ainsi que foison de bars et de restaurants branchés, aux terrasses agréables, la rue Nagymező, la Broadway de Budapest, et l'Opéra - nous irons y voir Rigoletto, de 62767089gSxHPW_fs.jpgVerdi, dans quelques jours.

Sur ta gauche, tu peux au contraire remonter vers la Place des héros et son somptueux statuaire qui retrace mille ans d'histoire de la Hongrie. Le mieux est d'y monter en métro, au moyen de la plus ancienne ligne d'Europe continentale, simplement creusée sous l'avenue. Une fois là-bas, tu peux t'arrêter au choix chez Gundel, probablement le meilleur restaurant de Budapest, à la Gallerie nationale, au zoo ou dans les installations de l'Exposition internationale de 1896. Moi, si tu permets, je vais aux bains Szechényi : ce complexe thermal au style 12hours.3-782308.jpgnéo-classique comprend un grand bassin extérieur à 37 degrés. On y voit immanquablement de vieux Hongrois jouer aux échecs ou s'amuser à faire jaillir des petits jets entre leurs pouces, en comprimant leurs paumes l'une contre l'autre. Et puis, que ce soit dans les douches du sous-sol ou sur la terrasse naturiste située sur le toit, les sensations ne manquent pas pour les indécrottables comme moi.zsinagoga.jpg

Poursuivons notre voyage. Si tu descends à l'arrrêt de la rue Wesselény, tu peux t'enfoncer par la droite dans des ruelles étroites, et pénétrer l'ancien ghetto juif de Budapest, t'y perdre jusqu'à la synagogue, la plus grande d'Europe aujourd'hui, magnifique (photo ci-contre).

Puis juste avant d'arriver à la Place Luiza Blaha, nous allons dépasser le café New-York. Impérial ! Il vient d'être refait à neuf. Durant les presque quatre ans de mon séjour à Budapest, entre 95 et 99, je ne lui connaissais qu'une informe façade noire, dissimulée derrière un épais échafaudage de poutres larges comme des troncs d'arbre. Le bâtiment avait été ébranlé par la construction du métro, et il a fallu le désosser totalement pour recouler ses fondations. Il a désormais retrouvé ses ors et ses colonnades en marbre torsadées, ses couleurs chargées typiques d'un art nouveau tortueux au point qu'on l'appelle aussi l'art nouille. On y boit d'excellents cafés viennois. J'y ai retrouvé mardi soir Federico et Roberto, deux napolitains rencontrés l'après-midi aux bains Király, mais c'est une autre histoire que je te conterai plus tard, je te l'ai promis.

37museum_of_applied_arts.jpgEnsuite, le trajet perd de son charme. Arrivé à l'intersection avec l'avenue Üllői, tu y as le Musée des arts appliqués, dont l'intérêt est variable selon les expositions du moment, mais dont le bâtiment, caractéristique de l'art nouveau, mérite le détour avec son grand escalier blanc torsadé. Ça me rappelle aussi les premières leçons de hongrois que j'allais prendre chez une étudiante francophone. Que devient-elle, Zsuzsa, tiens ?

Puis tu retrouves le Danube à hauteur du Pont Pétőfi, mais il n'y a là plus aucun attrait. Le mieux est donc de descendre, et de remonter vers le nord le long du fleuve, pour t'offrir un instant de simple contemplation.

A moins que tu ne préfères le prendre dans l'autre sens ? Mais alors je te préviens, ce sera sans mes commentaires !

31 juillet 2009

le vrai tramway nommé désir (1) le "quatre-six"

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La Hongrie suit donc, tant bien que mal, notre modèle de développement : la voiture comme emblème de réussite, version 4x4 pour les nouveaux riches, de grands centres commerciaux aseptisés, des plateformes logistiques à la périphérie des grandes villes qui grignotent les campagnes, une flambée de l'immobilier qui chasse les pauvres des centres urbains... Quand il y a onze ans, les premiers hypermarchés "à la française" faisaient leur apparition, Auchan en tête, et que je mettais Igor en garde contre certaines conséquences prévisibles de cette forme de modernité, il réagissait assez violemment, comme si je voulais les priver, eux, les Hongrois, de ce que nous avions nous à disposition depuis des décennies...

Dieu merci, le petit commerce du centre ville n'est pas encore totalement asphyxié, même s'il est affaibli, peut-être parce que la population est trop vieillissante pour renoncer à ses habitudes et à la proximité. Mais le trafic automobile s'est accru de façon spectaculaire, les bouchons engorgent la ville, et les alentours de Budapest n'ont plus grand chose de campagnard.

Nous, pour faire place nette à la voiture, nous avions été jusqu'à sacrifier nos réseaux de tramways. Et c'est à grand prix que nous essayons d'en rebâtir les infrastructures aujourd'hui. Dieu merci, leur développement à la libéral arrive suffisamment tard pour qu'ils n'aient pas eu le loisir de commettre cette erreur-là.

Le réseau ferré en ville, dense, aux inter-connections bien pensées, agencé habilement à la voirie, sont une partie de l'âme de Budapest. On croise ainsi, ou l'on emprunte, au gré de ses ballades, de vieux Tram en acier couleur jaune Habsburg, un peu bruyants mais toujours efficaces. Ou des engins de nouvelle génération, de même couleur mais qui glissent en silence le long des artères urbaines. Avec les bus ou les trolleys, ils jouissent d'une fréquence de passage élevée, si bien que l'on attend rarement longtemps. Moi qui, banlieusard de vie et de travail, ne peux jamais me passer de ma voiture, je profite ici avec délectation de cette liberté de mouvement - sur rails.

kobino.jpgParmi les lignes les plus importantes, il y a celle qui emprunte ce que l'on pourrait appeler les grands boulevards. La ligne 4-6. Elle vient d'être refaite à neuf, Siemens en a emporté le marché, et les quais ont été rehaussés, si bien qu'on y accède sans marche. C'est probablement la ligne stratégiquement la plus importante, celle qui contourne le centre ville sans jamais s'en éloigner, et qui dessert ainsi tous les axes importants de la capitale, toud les lieux de plaisir, aussi, des plus sages aux plus fous.

Budapest est construite selon un axe Nord-Sud, autour du Danube. Sur une carte, c'est un trait vertical à peine dansant (clique sur le schéma ci-dessous, ça te paraitra plus clair - ou bien rends-toi sur cette vue satellitaire).

A gauche, donc à l'ouest, Buda et ses collines, le siège de la ville médiévale, avec le château qui domine. A droite, donc à l'est, la ville moderne d'époque presque haussmanienne, Pest, et le début de la puszta, la grande steppe hongroise. Au centre de la ville, le Pont des chaînes, le premier à avoir relié les deux rives, les deux villes, au milieu du 19è siècle, à qui l'on doit sans doute l'âge d'or de la Hongrie.map4-6.jpg

Côté Pest, le demi cercle du tram est presque parfaitement circulaire. Côté Buda, du fait du relief escarpé, le tour n'est pas bouclé, et il y a deux terminaisons possibles, d'où les deux numéros attribués, le 4 et le 6. Bien que pour la grande majorité des gens, il s'agisse d'une seule et même ligne.

Deux terminaisons, comme les deux options qui te sont toujours offertes. Buda ou Pest, l'antique ou l'authentique, le surfait ou le léger, nager ou draguer, la musique ou le verre à boire, tirer ton coup ou tomber amoureux...

Prends ton ticket, je commente la visite demain...

(la suite du voyage)

30 juillet 2009

des vacances ouatées

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Lorsque j'étais en Syrie, au début des années 90, j'avais une amie, Sylvie, qui comme moi étudiait l'arabe, et j'avais observé que la plupart du temps elle ne portait pas ses lunettes. Même lorsque nous partions pour de longues virées exploratoires, dans la vieille ville de Damas ou dans ses alentours. Un jour, elle m'avait expliqué qu'elle aimait bien cette sensation de flou, et qu'au fond, elle était parfois plus à l'aise dans l'impression qu'elle avait des choses, que dans les choses elles-mêmes. Ça la protégeait, notamment de l'intrusion de certains regards. C'était aussi une façon d'exprimer que dans sa version dépolie, on pouvait encore trouver le monde beau. J'étais intrigué, moi qui avais toujours besoin de m'accrocher à des détails pour accéder à la certitude des faits et des situations.

J'éprouve aujourd'hui le bien être que peut inspirer une certaine imprécision.

Nous passons avec Igor de longues séquences - des soirées, des journées - chez des amis ou dans la famille. Ces épisodes de retrouvailles donnent toujours lieu à beaucoup de paroles, d'échanges, de rires. Ce sont des atmosphères chaleureuses, et je m'y plais - ça n'a pas toujours été le cas, il fut un temps où je m'y ennuyais. Je ressens la chaleur ambiante, une gentillesse particulière à mon égard tout autant qu'à celui d'Igor. Je fais beaucoup d'effort pour rester dans les conversations, je donne le change, avec parfois quelques clauses de style qui font illusion. Même si mes rudiments demeurent excessivement superficiels, on me complimente sur mon hongrois. On vient me raconter des anecdotes. Je ne comprends pas tout. Parfois, je ne comprends même presque rien, mais j'opine, je souris, je relance d'un simple mot, je me sens bien dans ces ambiances sans enjeu. Quand les conversations s'emballent, je m'autorise à décrocher en attendant qu'une parole vienne me repêcher. Je ne perds jamais totalement le nord, mais je n'accède qu'à ses contours approximatifs. Les détails les plus piquants, signifiants ou insignifiants, m'échappent, et mon imagination comble les vides. Ou bien s'en va ailleurs.

Finalement, je perçois les choses comme mon amie sans ses lunettes. Et c'est vrai que, paradoxalement, cette ouate m'est rassurante.

Hier près du Lac Velence, à une quarantaine de kilomètres de Budapest, nous avons passé une de ces journées simples dans un milieu familial et familier. Les deux garçons, que j'avais connus à 2 et 5 ans en ont aujourd'hui 14 et 17.  Nous nous sommes vus presque chaque été durant toutes ces années. Ils s'éclatent dans le petit cottage de leur mère, dépourvu de chauffe-eau et de confort, participent à la vie de la cabane, sont heureux d'y recevoir des invités. Ils nous aiment bien. Leur mère, prof d'anglais, qui les a élevés seule, gagne 390 euros par mois. Elle n'est jamais sûre d'une année sur l'autre que son contrat sera renouvelé, et à 50 ans passés, cette épée de Damocles pèse lourd. Elle reçoit aussi une petite pension alimentaire, qui varie selon la situation professionnelle du père des enfants. Il y a trois ans, le grand avait pu partir en séjour linguistique en Angleterre, et de fait, s'il n'y a pas appris grand chose, il a pris goût à l'anglais et s'y essaye avec malice. Le petit, qui a le même âge cette année, n'a lui pas pu partir. Plus d'argent. Plus d'argent non plus pour le ciné en famille, ou pour la piscine. Alors on se rabat sur le lac, bien contents encore d'y avoir un petit pied à terre - ultime héritage d'une époque où d'une certaine façon le travail se trouvait gratifié.

Ces enfants respiraient la joie de vivre. Une table de ping-pong, que je leur ai toujours connue, un panneau de basket, un portique, un braséro pour la goulash, un bidon suspendu pour chauffer l'eau au soleil... voilà qui leur fournit de quoi s'occuper durant leurs semaines de vacances là.

C'était un bonheur de s'immerger pour une petite tranche de vie dans le flou de cette ébullition tranquille, avec des ados déconnectés de MSN et même pas frustrés, une femme vaillante qui jongle avec des bouts de ficelle et s'en amuse, et des hôtes de passage qui n'exigent rien.

[Pour mémoire, l'autre et l'esprit de la fête, le même flou mais vu de l'extérieur...]

27 juillet 2009

égalité hommes-femmes (2) version hongroise

guerrrier.jpg

Il y a plusieurs façons d'évoquer l'égalité hommes-femmes. Ou de l'invoquer. Ici, c'était pour parler de moi, j'en ai la fâcheuse manie.

Mais il y a aussi cela : en Hongrie, les hommes et les femmes sont égaux. Ils sont égaux en beauté, et c'est un amateur d'hommes qui te le dit, autant dire que les filles sont vraiment très très belles pour que cela me soit d'une telle évidence.

Ils sont égaux en libertinage : si j'en crois les ami(e)s que nous fréquentons, les infidélités, les divorces, les familles qui se décomposent et se recomposent, l'expérimentation sentimentale... sont autant du fait des femmes que des hommes. Et ce n'est rien que de le dire. Nous n'y avons pas de couple stable appartenant à notre génération.

Ils sont égaux dans le no-future. Dans la confusion du sens, dans l'obscurité politique, dans les intuitions racistes...

Budapest déc 2004 Tramway devant la Gare de l'Ouest.jpgEt puis ils sont à égalité parfaite dans les transports publics. Il y a dans les bus, les tram et le métro une tradition d'annonce vocale des stations desservies. Eh bien dans les tramways de nouvelle génération et dans certains bus où ces annonces ont été pré-enregistrées, ce sont alternativement des voix d'hommes et de femmes qui égrainent le nom des stations.

Et personne ne pourra dire que les hommes exercent un abus de pouvoir ou que les femmes sont cantonnées dans des fonctions d'hôtesses ! Ou quand les sociétés publiques veulent donner l'exemple par le plus superficiel... On appelle ça la communication, non ?

26 juillet 2009

Palatinus par grand vent

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Il ne faisait pas vraiment froid, hier. En comparaison à Paris. Pas vraiment chaud non plus, mais surtout en raison du grand vent qui envoyait quelques rafales à 50 km/h. Du coup, le grand complexe aquatique situé sur l'île Marguerite, que j'aime à fréquenter autant pour la qualité de ses installations nautiques que pour les rencontres que l'on peut y faire, était presque désert. Un samedi après-midi, pourtant !

J'avais une ligne d'eau pour moi tout seul. Si tu ne connais pas le plaisir de nager le papillon dans une ligne vierge, quand la surface est lisse devant toi, à peine irisée par le vent, que tu ondules en profondeur avec une claire perception de tes appuis, que tu émerges en surface comme à travers un miroir et que tu peux ramener tes bras vers l'avant dans toute leur amplitude, puis plonger, t'immerger encore et suivre la ligne noire du fond du bassin qui te conduit de l'autre côté, si tu ne connais pas ça, tu ne sais rien du plaisir de la nage. Sans te soucier alors de ce qui vient en face ou peut te croiser, tu peux te concentrer totalement sur les seules sensations de ton corps, bander l'abdomen en pénétrant dans l'eau pour rester le plus droit possible, parfaitement horizontal, profiler ta trajectoire pour optimiser tes impulsions.... Et là je te jure, tu es épuisé au bout de la ligne, tu reprends ton souffle, mais tu t'es cru poisson et faire ainsi corps avec l'eau jusqu'à l'oublier est une jouissance.

La contre-partie, c'est qu'il n'y avait personne non plus sur ma terrasse préférée. Juste un quinqua, enrobé mais bien monté. On a fait affaire ensemble en dix minutes. Je l'ai fait jouir et j'en étais content. Puis deux quadras sont arrivés, un vieux couple, déjà, ou de bons amis. Ils se sont installés à l'ombre du grand peuplier, de l'autre côté de la terrasse et n'ont pas ôté leur maillot. Je me suis demandé ce qui pouvait bien les conduire sur une terrasse naturiste, s'ils ne recherchaient ni le soleil, ni les sensations de la nudité, ni même une joyeuse foule gay rassemblée. Ils sont restés là pourtant bien deux heures. Et une seule personne a rejoint la terrasse durant tout ce temps.

Chaque demi-heure, les haut-parleurs jouaient la petite musique America de West-Side Story pour annoncer le début d'une nouvelle session de vagues dans le bassin dédié.

Je suis reparti comblé de soleil. Peu diverti au vrai par les événements, j'ai tranquillement pu terminer mon livre - et je t'en parlerai parce qu'il m'a assez profondément troublé.

En sortant, une autre explications m'est venue, quant à la désaffection d'un tel équipement aquatique un samedi après-midi. Le prix. C'est désormais de la folie. Lorsque je vivais à Budapest, à la fin des années 90, l'entrée des piscines ne coûtait rien. L'équivalent de quelqus francs, moins d'un euro. Désormais, dans les grands bassins nautiques, l'entrée est à presque 6 euros. Elles est à 8 euros pour la strand Palatinus. Je comprends qu'à ce prix-là les gens veuillent en avoir pour leur argent, et hésitent à faire le déplacement si la météo se montre un peu menaçante.

Tout est devenu si cher. Vu de loin, on pourrait se dire que c'est normal, il faut bien que la vie peu à peu se rapproche du niveau occidental. Après tout, l'Europe doit bien servir à ça. Sauf qu'il y a une chose qui n'augmente pas. Mais alors pas du tout. Ce sont les salaires. Depuis la crise financière, le gouvernement annonce même que le plus difficile est à venir.

On voit du coup de plus en plus dans les rues, dans les trams, une jeunesse désorientée, en proie à du repli, de la violence, de la malveillance, dégradant à dessein les biens publics sous les yeux horrifiés des "bons Hongrois", peu habitués à ces phénomènes. La "racaille" de là-bas est bien blanche, bien blonde, cheveu très court et tatouage ostensible, un tantinet rondouillarde, et elle parle fort, très fort, de préférence pour proférer des injures grossières. Et la fracture se lit dans les yeux, avec de la peur et de la colère dont on ne sait pas ce qu'ils pourraient donner dans ce contexte de difficultés et d'absence d'issues.

Je ne l'avais encore jamais perçu à ce point. Finalement, Budapest change.

25 juillet 2009

Budapest et ma libido, toute une histoire

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Je ne vais pas te la faire façon carte postale. Ou alors de ces cartes hyper-kitch, où des hommes - gros plan sur leur maillot de bain bien renflé - se la pètent grave, bronzés de la tête aux pieds, reluquant de la meuf en string. Parce que tu vas voir, je ne commence pas mon récit de vacances par de la poésie.

Donc, premières observations de Budapest. En fait, essentiellement cinq.

1/ Il fait sensiblement plus chaud qu'à Paris. On y fleurte avec les 31-32 degrés, mais cette chaleur est sèche et n'assomme pas. La canicule s'est échappée avant mon arrivée, il faisait mercredi et jeudi plus de 38 degrés.

2/ On drague toujours à Palatinus. Malgré une affluence familiale nombreuse et expansive, des jeux aquatiques dans tous les sens, il se trouve, sur une terrasse naturiste réservée aux hommes, et dans l'obscurité du bloc de douche du premier étage, à gauche de la coursive, juste face aux escaliers qui montent à cette terrasse, des traditions de repérage et de premiers contacts, de masturbations discrètes. Il faut y être vigilant car un innocent peut toujours y débarquer par hasard, mais chacun y met du sien et il y a rarement d'incident. Des choses intéressantes s'y passent toujours, donc. Ça n'a pas changé.

3/ Mon sex appeal fonctionne encore. Dès mon entrée dans ce mâtodrôme, il s'est trouvé plusieurs individus pour se laisser magnétiser, s'approcher de  moi et m'offrir leurs vertus - légères, leurs vertus. Ca  me rassure. Qu'est ce que ce sera après trois semaine de nage intensive, de repos et de bronzage !...

4/ Ma  libido donne des signes évident de reprise : impatience à aller retrouver ces lieux, belles érections sous ces regards avides. Mais difficulté à me laisser aller dans un rapport prolongé. Était-ce la glauquitude de cette cabine de toilette, l'incongruité du bonhomme, qui m'avoua être transformiste en boîtes de nuit, ou les pensées qui, encore, me ramenaient à lui ? Toujours est-il que j'ai perdu mes moyens, et à mi-parcours, c'est pas cool. J'ai du travail pendant mon stage pour retrouver tout mon relâchement...

5/ Démis Roussos est mort, mais il chante encore. Tu imaginais, toi, qu'il donnait encore des concerts ? Eh bien il en donne. A Budapest, en demis-roussos.jpgtout cas. Il s'affiche partout. C'est donc à l'Est que la vie continue, j'ai bien fait d'y venir.

6/ Ah ! et puis une dernière observation : figure-toi qu'il y a une connexion WIFI depuis notre appartement. Gratuite. Sur un réseau non identifié. Un piège ? Ça a été ma première réaction. Mais au fond, non. J'avais pris plaisir, durant l'été 2007, stimulé par l'échange qui était en train de se construire avec Wajdi, à écrire et à écrire encore, à raconter. Des bribes de vie, des rencontres, des sensations sexuelles, ou sensuelles, des souvenirs. Je n'avais alors qu'un Internet café à ma disposition, mais cette expérience m'avait stimulé au plus haut point, et ce qui en est né a enrichi ma vie. Internet à la maison, c'est la même chose avec le confort en plus. Et puis maintenant, j'ai un blog pour balancer tout ça, sans usurper l'espace d'un autre. Et pour ce que devient le blog de WajDi !... Alors oui, les vacances, ce ne sera peut-être pas l'arrêt du blog, mais au contraire le temps du blog. Écrire, en profitant d'avoir du temps pour le faire. Au lieu d'écrire en courant, entre deux obligations, ou sorties, haletant, en y laissant une partie de mes nuits. Le confort, je te dis ! Et puis qui sait si je ne te raconterais pas un jour ma nuit avec Demis Roussos.

Allez, sois fidèle au rendez-vous pour pas manquer ça...! Bons baisers de Hongrie.