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17 mars 2012

le temps des cerises

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Je plante ma tente à la Bastille ce dimanche. Le matin, pour le premier acte d'une autre forme de la concurrence libre et non faussée, celle de la guerre des saisons que se livrent les grandes places lyriques internationales. L'Opéra national de Paris présentera à ses abonnés, autour d'un café chaud, son programme pour la saison 2012-2013. Tout sera dans le dosage : beaucoup de classique pour remplir les salles, quelques nouvelles productions pour tenir le rang, une saupoudrée de création contemporaine, sinon Paris ne serait plus Paris. Wagner, dont ce sera le bicentenaire, laissera à Verdi la portion congrue. Quelques stars, parmi celles qui comptent, et quelques loupés - question de budget ? : Jonas Kaufman ne tiendra pas le rôle de Don Jose dans Carmen face à Karine Deshaye en décembre, alors qu'il l'aura joué à Salzburg au mois d'août, une déconvenue qui me chagrine. Des casting de second ordre, pour équilibrer les comptes. Toujours pas de McVicar, metteur en scène britannique sensuel et enjoué, décidément bien mal aimé de Paris - ou trop cher ? Bref, mêmes recettes, mêmes logiques comptables qu'ailleurs. Une programmation décevante, mais que le rendez-vous de ce dimanche matin réchauffera peut-être à mes froides oreilles.

En mars, toutes les places symphoniques ou lyriques dégainent leur saison, c'est à qui parviendra le premier à décrocher ton abonnement : la Salle Pleyel, l'Orchestre de Paris... On t'affiche de nouveaux tarifs, l'Opéra de Paris s'est même offert le luxe de communiquer sur sa tarification "sociale", alors que par un jeu de chaises musicales, c'est le cas de le dire, la démocratisation de l'art lyrique se voit reléguée dans les hauteurs latérales des galeries. C'est à dire à la marge. J'aime bien l'opéra, mais il y a quelque chose qui pue dans ses arrières cuisines.

180212fh-23.jpgHeureusement que nous aurons, l'après-midi, un autre rassemblement à Bastille, qui prendra le contre-pied de la marginalisation des pauvres, de la concurrence libre et non faussée libérale : la marche pour la VIè République, sociale, laïque et écologique, le début de la révolution citoyenne à laquelle se réfère Jean-Luc Mélenchon dans sa campagne. Un rassemblement qui incarnera la diversité de ceux qui se retrouvent dans l'ambition d'en finir avec la gestion capitaliste de la vie des hommes : à distance, et sans partage.

Quoi qu'il advienne, le 22 avril et le 6 mai, la campagne de Jean-Luc Mélenchon restera l'événement réjouissant de la séquence. De la franchise et de la radicalité, de l'humour et de l'amour, de la reconnaissance pour ce que cette radicalité a d'indispensable, au point que les deux ténors en reprennent, dans l'improvisation, les axes emblématiques sur la taxation de la richesse excessive et la lutte contre l'exil fiscal. Moi, pour les ténors, je m'en tiens à l'opéra. Ceux de la politique ont beaucoup de mal à me faire bander, François Holande ne parvient pas à me décrocher ne serait-ce que l'esquisse d'un sourire - et pourtant, je fais des efforts. Ils sont moribonds tandis que l'autre dynamique redonne espoir et dignité.

Le temps des cerises chantera donc du côté de la Bastille. Par une heureuse conjonction, où se commémorent à la fois les 140 ans de la Commune de Paris, les 50 des accords d'Evian, les 2 ans de la disparition de Jean Ferrat, se mêleront les traditions rebelles ancestrales d'une France de souche ouvrière et la France d'aujourd'hui, multiculturelle, enrichie de valeurs et d'exigences humanistes, ouverte sur le monde mais non soumise à ses règles libérales. Les France à qui Mélenchon a redonné la fierté de répondre, à celle qui dit "le problème, c'est l'immigré !" : "non, le problème, c'est le banquier !"

Au Japon, les sakura sont en fleur. Ici, l'amour redevient cerise.

06 mars 2012

Tosca sur Danube

 

Budapest, ce sont des bains, des rencontres aimables assorties de caresses - et plus quand affinité -, des promenades ensoleillées au pied d'immeubles anciens aux façades décrépies. C'est un stage intensif de natation. C'est une respiration en dehors de toute pression. Et puis ce sont des soirées sous les lambris dorés de l'opéra ou ceux des prestigieux salons de thé. Tiens, tout en écrivant, je croule sous le poids des ors du Book-café au dessus de ma tête. Le cappuccino viennois y est excellent, tout comme le Francia Mákos aux pavots, que je viens de finir de déguster. Le piano y est juste de trop...

Dimanche, c'était Tosca : mise en scène classique, distribution cent pour cent hongroise, plutôt jeune, mais de grande tenue. Épuisé par un coucher tardif la veille, en raison d'un début de nuit agité et DSCN1770.JPGsonore au Capella, une boîte aux kitchissimes shows transformistes où j'avais suggéré à un couple de touristes français rencontré aux bains Rudas qu'on s'y retrouvât, puis par une journée d'excursion à Szentendré avec les mêmes, j'ai bien pensé  avoir du mal à résister au choc. D'autant que je n'en avais pas relu l'histoire, et qu'il faut bien le dire, de l'italien chanté surtitré en hongrois, ça me laissait sacrément handicapé.

C'était sans compter avec l'intensité dramatique de l’œuvre et la beauté de la musique de Puccini. Je n'ai pas sombré une seule seconde. Le troisième acte vibre encore sous ma peau, deux jours après. Je n'ai donc pas résisté au plaisir de te laisser entendre, ci dessus, Jonas Kaufmann dans le rôle de Cavaradossi. Sublime interprétation (à écouter surtout à partir de la minute 2'25'')

Tosca, entre amour et trahison, dans une Rome reconquise sur les bonapartistes par un régime aristocratique secondé par les Anglais : Tosca, célèbre chanteuse d'opéra, manipulée par Scarpia, le chef de la police secrète, trahit Cavaradossi, le peintre pour qui elle nourrit un amour maladivement jaloux qui a caché chez lui Angelotti, consul bonapartiste évadé.

Tosca, c'est le déchirement romantique par excellence. Écartelée entre amour et jalousie, entre promesse de silence et incapacité à résister aux cris venus de la chambre de torture, elle finit par accepter de faire don de son corps au concupiscent Scarpia en échange de la vie sauve pour son amant.
 
Assassinant Scarpia après avoir obtenu de lui l'engagement écrit qu'il organiserait pour son amant un simulacre en quise d'exécution, le stratagème échoue néanmoins. Cavaradossi périt sous les balles des fusiliers, et Tosca se jette du haut des remparts. Fin tragique pour histoire sans issue. Mais de laquelle nous reste cet inoubliable E lucevan le stelle.

Hier soir, c'est au Palais des arts Béla Bártok que nous sommes allés entendre, avec ma belle-mère, le concerto pour violon de Sibelius par le Philharmonia, sous la direction de Esa-Pekka Salonen. En deuxième partie, nous eûmes droit à ce qui restera sans doute comme l'une des plus belles interprétations de la VIIè symphonie de Beethoven, au son clair et aux pianissimo d'une légèreté jamais égalée. Complété, en bis par une interprétation tout aussi magique de la valse triste de Sibelius.

Et j'y retourne de ce pas, seul, pour le 3è concerto pour piano de Rachmaninoff. Sous la direction de Zoltan Kocsis. Les amateurs apprécieront.
 
Oups, je dois me dépêcher, l'heure file à toute vitesse...

05 mars 2012

vu de Hongrie : une campagne vaseuse

 gadoue.jpg

Je parle le hongrois. Mal. Niveau de conversation courante, mettons. De quoi prendre des nouvelles de ma belle-famille, où j'étais invité à déjeuner samedi. Dans une ambiance joyeuse, rieuse, où je suis toujours choyé, j'ai raconté deux-trois bricoles de ma vie, je me suis intéressé aux études de médecine de la grande, à la curiosité de sa jeune sœur pour la langue japonaise. Je me suis laissé dire "mal au dos un jour, mal au dos toujours", une considération à la hongroise dont j'aurais bien fait l'économie.
 
Bref, je parle un hongrois léger, suffisant pour évoluer dans un quotidien ordinaire. Pour féliciter un compositeur contemporain, comme je le ferai timidement auprès de Kálmán Oláh, dont j'allais, le soir-même, apprécier la création mêlant trio de jazz et ensemble symphonique. Mais évidemment, assez limité pour évoquer les sciences ou la politique.

Or la politique, nous y sommes venus. C'était couru. "Comment va Sarkozy," m'a demandé mon beau-frère ? A la hongroise, Sarkozy se prononce Char-keu-zy. Une sorte d'entre-deux boueux, un marigot, une terre inhospitalière, de la vase. Notre prononciation de ce nom d'origine hongroise les amuse. Car le son sar, comme les Hongrois nous l'entendent dire, qu'ils écriraient szar, ça veut dire... merde. Szar-keu-zy, ce n'est pas un marigot, c'est un tas de fumier.

Je leur ai fait remarquer que de toute façon, entre la boue et la merde, il n'y avait pas beaucoup de différence, hein. Mon beau-frère a aussitôt relevé : "Si, l'odeur". Pas faux !

Puis invariablement, ma belle-mère m'a demandé : "et l'autre, là, comment s'appelle-t-il déjà, qu'est-ce que tu en penses ?" J'ai fait une moue perplexe et, pris de court, répondu qu'entre Sarkozy et Hollande, la différence était à peu près la même qu'entre la merde et la boue. Bon, pas glorieux, je l'admets. Mais le trait d'humour, en même temps que cette répartie énoncée sans faute au milieu de mon hongrois cassé, les a fait rire. "Il y a donc une différence", a dit ma belle mère. "Voilà", ai-je répondu.

Mais en hongrois, il ne faut pas me demander plus de politique que ça... J'ai évité le sujet des Roms, parce que là, on aurait aussitôt fini fâchés, et ma langue en aurait perdu ses moyens.
 
Autrement, il nous reste à désenvaser la campagne, histoire qu'elle finisse par intéresser ! Et je suis bien conscient que ce n'est pas ce billet qui y contribuera... Mea culpa.

01 mars 2012

un temple de délicatesse

Rafał Olbiński - «Manon Pelleas et Melisande».jpg

C'est sur une note douce et mélancolique, que j'ai quitté Paris. La première de Pelléas et Mélisande, à l'Opéra de Paris. En fait, une reprise de la mise en scène de Robert Wilson, d'une épure totale, lente, presque statique, un théâtre de poses plus que de mouvements, où tout se joue dans l'occupation de l'espace et les jeux de lumière. Ses tableaux évitent les redondances, ce qui est dit n'étant jamais montré. Que servirait de toucher une main quand le chant le raconte, ou de donner des roses, ou de dérouler une chevelure aussi longue que la hauteur d'une tour quand le livret expressionniste de Debussy s'avère aussi explicite. Le chant et les compositions scéniques se font écho, dans le même registre soyeux et transparent, sans démonstration superfétatoire. Tout sonne juste.

C'est la troisième fois que j'assiste à un spectacle monté par Bob Wilson, après Madame Butterfly l'an dernier, et une version théâtrale de Lulu au théâtre de la ville en début de saison. Sa pâte m'est désormais reconnaissable entre mille. Ce gars a une signature. Soignée, travaillée, malaxée, débarrassée d'inutiles apparats, souvent emprunte d'un univers visuel asiatique. Mélisande, dans sa longue robe à traîne blanche, les bras toujours relevés, le visage blanchi tourné vers un soleil invisible, aurait pu être coréenne. Mon ami me dira qu'il y avait reconnu la technique du kabuki japonais. Debussy et Wilson forment un temple à la délicatesse.

Dommage qu'en arrivant à l'hôtel hier j'ai découvert avoir oublié ma carte d'identité dans l'avion ! Sans cet incident qui tracasse mon début de séjour, tout aurait été parfait : petit temps mort à l'aéroport, qui m'a permis de lire plus longuement le blog de Jean-Luc Mélenchon, qui ne finit pas de me surprendre pour la pertinence de ses approches, même sur des questions où on ne l'attend pas. Ponctualité du vol, Buda.jpggentillesse du personnel de bord, rapidité de la prise en charge à l'aéroport de Budapest. Et puis cette route en pleine lumière d'hiver, crue, transparente, écorchant les façades d'immeubles, réveillant leur patine désuète, et avec elle presque un siècle d'histoire européenne.

Après avoir écouté les émissions récentes de Daniel Mermet sur la Hongrie, je me suis surpris à regarder autrement les Hongrois. Qu'un rire soit gras, et j'y lis de la haine, la rondeur débonnaire des quadras m'apparaît suffisante. A bonne distance, j'ai l'impression de voir partout une transpiration nationaliste, un rejet confusément mêlé de l'étranger et du tzigane. L'Europe libérale - tu sais, celle qui devait assurer la paix du continent pour cent ans ? - a réussi à transformer le visiteur occidental en colonialiste. Vivement que je me replonge dans de vraies rencontres pour balayer cette lecture univoque et insupportable de la rue. J'espère ne pas être trop déçu...

J'ai nagé ce matin mes premiers deux-mille mètres, le dos n'a pas bronché. Je m'en vais de ce pas, une fois postée cette note, m'immerger dans les bains chauds de Rudas - un autre temple de délicatesse - avant de retrouver ma belle famille, que j'invite ce soir à l'opéra pour un Cosi Fan Tutte dont je te reparlerai sans doute.

Puis-je conclure autrement ce billet que par un tonitruant "Vivent les vacances !" ?

07 février 2012

Salomé sauvée des neiges

 Salome.jpg

Il y a quelque chose entre Lille et la passion. En décembre 2008, déjà plus de trois ans, j'y étais allé à l'Opéra pour le spectacle Pitié, un ballet contemporain monté sur une relecture ethnicisée de la Passion selon Matthieu de Bach, qui m'avait émerveillé. En suivant ce lien, tu en liras une évocation, qui prenait déjà un détour par l'Espace des Blancs manteaux et le RSO, devenus eux aussi, depuis, une constante de ma vie et de ses passions.

Samedi soir, c'est l'Opéra chorégraphique de Pascal Dussapin qui y était joué : Passion, évidemment. Une réflexion musicale contemporaine sur le couple, le rapport à l'autre, la quête d'identité, servie par deux merveilleux jeunes solistes et quelques tableaux superbes. On devait cette production à Sasha Waltz, dont j'ai lu hier qu'on la retrouverait bientôt à Garnier, pour une chorégraphie de Roméo et Juliette.

Cette Passion-là était la cerise sur le gâteau d'une petite excursion musicale dont Bruxelles était la destination principale. Nous allions, avec mon ami d'amour, découvrir une nouvelle mise en scène de Salomé au théâtre de la Monnaie - superbe théâtre, qui nous a déjà vus arpenter ses travées à deux reprises. Sa programmation est dynamique et audacieuse, et s'y cultive une forme d'intimité entre l’œuvre et son public.

Mais cette fois, nous avons bien cru ne jamais arriver à Bruxelles. Partis de Paris vendredi en voiture sur le coup de midi, nous avons commis la grande bêtise - à Cambrai, tu le crois ? - de faire une pause déjeuner, assaillis par la faim. La flammiche était généreuse en maroilles, là n'est pas la question, mais du coup, il était près de 16h quand, à trente kilomètres de Bruxelles, d'abondantes chutes de neige vinrent s'inviter sur notre route et bloquer le trafic. Immobilisés de longues demi-heures, à voir défiler les minutes, à maudire toutes les bêtises du monde, nous constations, impuissants, les monceaux de neige s'accumuler sur le bas côté et les flocons rouler et danser sur les ornières étroites de l'autoroute.

Un miracle s'est produit, grâce à mon GPS qui nous a soudain proposé une voie de délestage, salée mais déserte, alors que la radio belge annonçait à notre grand désespoir "plus de 1.200 kilomètres de file à travers le pays" : nous sommes finalement arrivés en temps et en heure, avec même le loisir de trouver une place de parking juste derrière La Monnaie. Une suée et beaucoup de stress, mais notre Salomé était sauvée.

Et du reste, je ne pensais pas si bien dire : dans la mise en scène de Guy Joosten - et ce n'est pas la moindre de ses originalités - Salomé est en effet sauvée. Car à l'ordre d'Hérodes de "tuer cette femme" - après qu'elle ait suscité son dégoût en embrassant la tête sanguinolente de Yokanaan qu'il lui avait finalement fait livrer, cédant à son caprice, sur un plateau d'argent - ce n'est pas un soldat qui répond, s'approche et exécute la sentence - la garde tout entière ayant été décimée par une fusillade éclatée au moment de la décapitation  - mais Yokanaan lui-même, ressuscité, omnipotent Saint-Jean Baptiste aux mains nues, à la veste de ville rejetée sur l'épaule, avant que ne retentisse la dernière note et que la lumière ne s'éteigne d'un coup sur la stupéfaction de Salomé, te laissant seul imaginer  l'intention de ce Prophète si simplement humain et le destin qu'il s'apprête à lui réserver.

Guy Joosten a centré son propos sur la concupiscence de Hérodes, représenté en chef maffieux couvert de bijoux, hôte de festins libertins. J'ai trouvé Herodias remarquablement campée par Doris Soffel dans sa désinvolture vengeresse, habillée en Castafiore bourgeoise sophistiquée.

Avant de prendre la route pour Lille, le lendemain, nous sommes passés par la maison de la bande dessinée, retrouver une autre Castafiore et une foultitude d'autres personnages, appartenant ou pas à mon univers d’enfance. Et, jamais arrêtés par les grands froids, nous avons fait une halte aux musées royaux des beaux-arts marat.jpgoù, malheureusement, des Delvaux étaient remisés, en raison de travaux qui se prolongent dans les ailes principales du musée.

Nous avons juste pu revoir Marat dans sa baignoire, peint par David, bel et bien exécuté, lui. Sur ce coup-là, il n'aura pas eu la chance de Salomé...

 

30 janvier 2012

faire contre mauvais dos bonne brasse

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Mon dos ne réussit pas seul à se remettre. Une collègue, hier, s'est rit de moi, et du mouvement du crapaud par lequel je m'asseois. J'essaie de faire contre mauvaise fortune bon cœur : il est des postures qui me laissent sans douleur. Debout, assis, couché, en apesanteur dans l'eau... mais des mouvements me sont interdits, et certains matins, enfiler mes chaussettes ou lacer mes chaussures relève du calvaire.

Ça ne m'a pas empêché de mettre la main à la patte, ce week-end, pour le bal symphonique des dix ans du Rainbow Symphony Orchestra. Ni surtout de me faire inviter à la Valse de l'Empereur par... rien de moins que le plus beau danseur de l'assistance. J'avais l'air gourd, le regard accroché à ses yeux au lieu d'aller chercher, menton haut et assurance fière, des repères fixes dans la salle, mais cela m'a flatté.

J'ai aussi réussi à retrouver un rythme de natation, encore loin de mes performances d'antan, mais qui comble une partie de mes besoins. 18.500m en janvier, me dit le site de nageur.com, que je viens de découvrir et où j'inscris désormais chacune de mes séances - avec à la clé, une mémoire de mes entraînements, et quelques statistiques à l'usage encore indéterminé.

Si début mars, les bains chauds de Budapest ne me sont d'aucun secours, promis, j'entame des séances de kiné !

15 janvier 2012

Oum Kalsoum en business class

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J'étais donc samedi dernier à l'Institut du Monde arabe pour entendre la belle et charismatique Ghalia Benali reprendre le répertoire de Oum kalsoum. Une audace dont elle nous a raconté tout le chemin qu'il lui avait fallu parcourir pour l'assumer. Cet itinéraire la fit passer de l'appartement de sa grand-mère, où la photo de l'idole ne quittait pas les mûrs, à une séance vivifiante de gommage au hammam avec une masseuse qui chantait faux mais fort. Et sans complexe. Il fallait se convaincre qu'Oum Kalsoum était désormais au delà de la légende, retrouver le regard d'enfant qui la lui faisait voir comme une membre de la famille. Se persuader qu'elle était trop populaire, trop présente, trop patrimoniale pour être interdite de reprise. Et elle a fantastiquement bien réussi cet emprunt, retrouvant les accents rauques de la Reine, ses souffles déchirants, vibrants, étouffés dans d'ultimes diphtongues. Avec, en plus de la présence, un sourire irradiant, des musiciens de génie - en particulier le joueur de luth - et la petite lumière des révolutions arabes, commencées juste un an plus tôt dans le berceau des deux chanteuses, l'Égypte et la Tunisie.

Le grand auditorium de l'Institut du Monde arabe a été refait il y a peu, et rebaptisé salle Rafik Harriri. On croirait la cabine business d'un 747 : vastes sièges en cuir simili noir, accoudoirs larges d'au moins vingt centimètres, reposes-tête... C'était étrange de voir ces mamas qui s'agitaient, cherchaient leur place dans le noir au début du concert, qui fredonnaient de la gorge et des mains les refrains les plus connus, qui youyoutaient à la fin de chaque performance vocale, occuper ainsi cet espace aseptisé pour conférences internationales où l'on aurait plus volontiers imaginé des hommes d'affaire en costard et des hôtesses de l'air blafardes et anorexiques qu'un rendez-vous très féminin de nos banlieues.

Le lendemain, je découvrais un autre auditorium, celui de la Cité de la Musique pour un concert gratuit des lauréats du conservatoire national supérieur de Paris. Un orchestre de jeunes, éphémère, qui nous a régalé d'une interprétation très soignée du concerto pour orchestre de Bartók. La salle avait une acoustique impeccable, et tout en ovalie quelque chose d'un paquebot.

costa croisières.jpgBon, c'était avant que n'échoue le triple A de la France au large de la Toscane, avant que n'échouent les nouvelles négociations de la Grèce avec ses créanciers-vautours, avant que l'on ne reparle des turbulences de la zone euro, à nouveau menacée de naufrage alors qu'on la croyait embarquée sur de solides canots de sauvetage. C'était avant qu'un capitaine de pédalo ne fracasse une croisière de luxe, par temps clément pourtant, et n'en quitte l'embarcation sans se soucier des femmes et des enfants. Bah, au fond, combien sont-ils les disparus de ces épisodes tragiques, ces damnés de la terre et de la mer ? Quelle est l'épaisseur humaine des pertes et profits de l'actualité ?

C'est dire que malgré mes bonnes résolutions, il me faut du temps pour te raconter mes sorties musicales, ou simplement les évoquer. Je suis rattrapé par une vie qui court toujours plus vite. Je gère comme je peux mes scrupules à ne pas faire plus de politique sur cette page, alors que. Et encore, je ne t'ai rien dit de Manon. C'était mardi à l'Opéra Bastille, une Première avec Coline Serreau et Natalie Dessay. Où il fut aussi question d'étranges compromis, entre amour, futilité, pauvreté et convoitise.

23 décembre 2011

Joyeux ostinatoël !

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Ostinato. Voilà un mot que je viens de découvrir. D'abord parce que c'est le nom d'un orchestre de jeunes, semi professionnel, que ma grande nièce A. vient d'intégrer. Dans un petit rôle, mais par la grande porte d'une soirée télé animée par Nagui et jean-François Zygel - pardonnez du peu. Avec sur le plateau, en mission promo, Roberto Alagna, Augun et Thomas Dutronc. Bon, on ne l'a pas vue beaucoup : deux heures trente de prime time en direct intégral, pour une soirée consacrée aux "standards" de la musique classique revisités par de jeunes artistes de variété. Mais entre plans trop larges ou trop serrés, elle était dure à reconnaître. Le caméraman lui préférait manifestement la greluche blonde et pulpeuse assise à sa gauche !
 
L'ostinato, c'est surtout un motif qui se répète, la trame, souvent énoncée en mode basse, sur laquelle la mélodie vient prendre place. C'est un peu le cœur battant d'une phrase musicale, sa fondation cachée.

Chez Bartók, l'ostinato a une fonction plus marquée. Il évolue dans son cycle, il se répète, mais transformé, allongé, étriqué, il agglutine de nouvelles syllabes, à la façon de la syntaxe hongroise. C'est Alexandre tharaud que j'entendais expliquer cela au cours d'une petite leçon de piano sur Radio classique ces jours-ci.

Bartók est d'ailleurs une énigme. Adulé par les interprètes et boudé par les mélomanes, il gagne de fait à être écouté avec attention. On le croit souvent heurté, ou dissonant, alors que son œuvre est d'abord riche, étonnamment structurée et mélodieuse. L'ami d'amour, avec qui je poursuis mon voyage musical, tout comme ma jeune nièce, le portent tous deux aux nues. Et force est de constater que, bien servi, c'est délectable.

Nous étions ainsi mercredi soir à la Salle Pleyel pour entendre, après la merveilleuse Nuit transfigurée béla artók,béla tarr,pierre boulez,bertrand chamayou,schoenberg,concerto pour orchestre,la nuit transfiguréede Schöenberg, son 2ème concerto pour piano, avec Bertrand Chamayou en soliste, puis son fameux Concerto pour orchestre, sous la direction de Pierre Boulez. Joël, un de mes anciens amis prosélytes lyriques, rencontré par hasard dans le hall de Pleyel, en raconte l'essentiel ici, même si c'est sous le spectre déformant de l'arrière scène.

De mon côté, je suis tombé sous le charme de cette interprétation du Concerto pour orchestre. L'Orchestre de Paris a décidément un talent rare en matière de sonorité, une exceptionnelle maîtrise des vents. Les mouvements se sont enchaînés, tous plus enchanteurs les uns que les autres, et nous sommes restés en pâmoison à la fin de l'exécution. (Voir la vidéo du concert ci-dessous)

Pour mon anniversaire, mon ami m'avait fait la surprise de réserver une bonne table à côté de Pleyel à la fin du concert. Peu de temps après nous, juste à côté, nous eûmes la surprise de voir venir s'installer Pierre Boulez, compositeur et chef mythique, en compagnie de Bertrand Chamayou et d'un staff d'une demi-douzaine de personnes.

A l'issue des desserts, alors que sur la pointe des pieds nous le remerciions du moment enchanteur qu'il nous avait offert, Boulez apposât un "cordial souvenir" sur la partition de Bartók de mon ami. Instant de grâce.

Béla Tarr fait du cinéma à la façon de Bartók. Il prend le temps d'installer un contexte. Son dernier Cheval de Turin, Ours d'argent à Berlin, raconte la fin du monde à travers le face à face immuable d'un paysan - cocher manchot du fiacre qui renversa Niestzsche et le propulsa dans la démence, un soir de la fin du 19è siècle à Turin - avec sa fille. A travers d'invraisemblables plans-séquence en pleine tempête, un quotidien sombre est raconté, fait d'eau cherchée au puits, de patates assaisonnées de sel, d'un rituel d'eau-de-vie au petit matin, d'un cheval à nourrir, de petits arrangements avec le handicap à travers les laborieuses séances d'habillage et de déshabillage du père. Sur cet ostinato lugubre de la vie, se greffe la visite d'un prédicateur dément, l'intrusion de tziganes à l'insupportable énergie de vie, la maladie du cheval, l'assèchement du puits. Non seulement, l'ordinaire cyclique s'émaille d'incidents, mais les imprévus en viennent à le dérégler et à le faire basculer dans une fin ténébreuse. Là où Dieu créa l'homme, au sixième jour, Béla Tarr, lui, dans une saisissante genèse inversée, fait disparaître au sixième jour la lumière. Film épilogue d'une longue carrière cinématographique mal connue sur une musique de Mihaly Vig, proche, paraît-il, de celle de Philipp Glass, tenant d'une musique minimaliste ayant recours au procédé de l'ostinato.

Heureusement, avant Noël, nous avons une autre corde à notre arc, sinon, ce serait à pleurer : La mélodie du bonheur, au théâtre du Châtelet, où nous irons ressourcer notre optimiste vision du monde. Les cloches, alors, pourrons sonner la joie.

Joyeux ostinato de Noël à toi !