Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24 mars 2011

quelque chose en nous de Fukushima

fukushima nuage.jpg

Respire, doucement, lentement, intensément, gonfle-bien ta poitrine ! Laisse entrer en toi l'air de la zénitude, détend-toi, tout va bien...

Nous avons tous désormais en nous quelque chose du Japon : des particules infinitésimales, dont les analyses en cours par la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) nous dirons demain, ou après-demain, à quelle famille elles appartiennent. Indétectables à ce jour, de toutes façons.

En plus de croiser les jambes dans la position du lotus, je crois que tu ferais bien aussi de croiser les doigts : la demi-vie du Césium 137 n'est que de trente ans, celle des isotopes 238 et 241 du plutonium de 24.000 ans, et celle de l'uranium 235 de 700 millions d'années. La demi-vie est le temps mis par une substance pour perdre la moitié de son activité radioactive.

Nous ne savons donc pas encore ce que nous commençons à recevoir, à respirer, ni comment cela va évoluer, ni même combien de temps cela va durer. Ce qui est sûr, c'est que les robinets sont encore ouverts, que le beau temps préserve nos sols pour l'instant, et que la fréquentation des restaurants japonais à Paris commence à décliner. Mais comme 90 % d'entre eux sont tenus par des Chinois, ils auront tôt fait de devenir des restaurant sénégalais ou créoles, car le business est toujours le plus fort. Dans l'hémisphère-sud, tout ira bien : les cloisons éoliennes sont étanches aux dernières nouvelles.

Moi, cela fait trois ans et des poussières que je trimbale en moi quelque chose du Japon, une onde irradiante et lumineuse, sur le mode de la clé de fa, demi-vie de durée indéterminée, dont je ne sais si elle se mesure en sievert ou en becquerel. Je suis la preuve vivante que l'on n'en meurt pas. Pas tout de suite.

Tiens, quelques données pour relativiser ce qui nous arrive grâce à des comparaisons rassurantes : 180 tonnes de combustibles radioactifs, prêtes à se réveiller à tout contact de l'eau notamment, c'est ce qui dort actuellement sous un sarcophage en train de rouiller et de se fissurer à Tchernobyl depuis 20 ans. L'eau potable est redevenue potable à Tokyo ce matin. Trois ouvriers viennent d'être hospitalisés pour exposition excessive aux radiations. Les légumes et le lait en provenance de quatre régions du Japon sont interdits à l'importation en Russie depuis ce matin.

Comme aurait dit ma grand-mère (à peu de choses près) : qu'il est bon de se sentir en sécurité, quand tout va mal autour de soi !

C'était Fukushima, J+14.

Respire, doucement, lentement, intensément, gonfle-bien ta poitrine !

20 mars 2011

oh! la belle vitrine

vue_d_ensemble_rafale.jpg

On se demandait, depuis que Kadhafi avait perdu les faveurs de notre souverain, comment Sarkozy allait financer sa campagne électorale en 2012. Maintenant on sait. Ce sera Serge Dassault. Joli coup double, Monsieur le président !

Il y a le feu à notre commerce extérieur, il ne faut pas être grand prince pour deviner qu'Areva va avoir du mal, pour un moment, à vendre sa technologie nucléaire, mais qu'à cela ne tienne ! Nous avons enfin la vitrine rêvée pour promouvoir nos joyaux militaires, et en particulier ces fichus Rafale pour lesquels Sarko se démène en vain depuis cinq ans. Cinq ans de missions VRP dans le monde entier, et pas un seul contrat de conclu ! Pas un !

Alors là, je parie ma maison, ma bite, et mon goût pour l'opéra qu'on va en prendre plein les yeux : vues de près, de loin, officielles ou quasi-clandestines, images de la préparation, de l'armement, de l'intérieur du cockpit, présentation des prises de vue réalisées, de la précision micro-chirurgicale des frappes... Areva prend l'eau, mais notre complexe militaro-industriel vole à notre secours. Le Rafale a enfin son terrain d'intervention !

Et d'une pierre deux coups : on a un président chef de guerre. Ça donne de l'allure, chef de guerre. Ça en impose. Il a même son nom de guerre Aube de l'Odyssée ! On n'a plus envie de rigoler, là. Gare à celui qui s'aventurera à la polémique. C'est l'heure de l'union sacrée derrière notre chef. Ouf !

Évidemment, parce que tu as mauvais esprit, tu voudrais dire : "C'est un peu tard, jeune homme. Montrer les muscles aux premières heures de la révolution libyenne, quand Kadhafi était ébranlé, vacillait, que ses généraux changeaient de camp ou hésitaient à le faire, eut été plus utile". Mais à la guerre, comme à la guerre, tu vas t'abstenir de refaire l'histoire, te taire en somme, et assister, les yeux écarquillés, aux conférences de presse quotidiennes de l'état-major des armées (comme cette sémantique est douce à lire, non ? Les journalistes s'en délectent tant, en tout cas...), et attendre sagement l'annonce des premiers contrats de vente de nos Rafale nationaux. Puis du marché que nous ouvrira la future probable nouvelle Libye.

Tiens, mais c'est élection aujourd'hui, non ?

Bon mais pfff ! à quoi ça sert, les Départements ?

18 mars 2011

le monstre, le fétu, et les apprentis-sorciers

fukushima,catastrophe nucléaire,tsunami,séisme,japon,énergie nucléaire,énergie atomique,wagner,siegfried,vivaldi,orlando furioso

C'est un monstre. On croit qu'il dort, mais il attend son heure. Fafner est son nom. Il est le gardien de l'anneau d'or du Nibelung, qui assure le pouvoir éternel, tant convoité qu'il conduit ses possesseurs à une mort certaine. Il est la démence-même. L'impossible absolu. La preuve du néant. La vacuité de l'arrogance.

Dans sa mise en scène de Siegfried, Günter Krämer lui a donné l'allure d'une armée d'hommes nus. fukushima,catastrophe nucléaire,tsunami,séisme,japon,énergie nucléaire,énergie atomique,wagner,siegfried,vivaldi,orlando furiosoD'hommes alignés, soumis au signal, sachant à la demande brandir des armes ou se mettre au repos et ne sachant que ça. Au dessus de cette foule servile, une forêt bat, enfle et se rétracte, et ce cœur souverain est annonciateur d'un débarquement à venir, de l'assaut. On croit qu'il dort, mais il est encore brûlant.

Le monstre se réveille à l'heure du combat, puis se rendort, terré dans sa caverne. Et l'on n'entend que son souffle et sa forêt battante.

Jeune et intrépide, et parce que seul à ne pas connaître la peur, Siegfried a eu le pouvoir de se forger l'épée de l'invincibilité :Nothung . Avec elle, il viendra à bout du monstre, laissant derrière lui une forêt rendue à la terre et jonchée de corps nus enchevêtrés et sans vie, les organes du démon terrassé.

Image de désolation, de guerre, de terreur nucléaire. La peur, il la connaîtra plus tard quand, se cherchant un compagnon il rencontrera l'amour avec Hilde la brune. L'amour et la peur - de la perdre, ou de s'y perdre - ces grands indissociables.

L'Opéra de Wagner a duré plus de cinq heures ce mardi à Bastille. Je me le suis payé de 30 euros et d'une nuit entière à faire la queue. J'avais été privé de la Walkyrie par les obsèques de mon oncle, en juin dernier, j'ai enfin eu mon grand Wagner, ma revanche. Un enchantement musical et visuel. Et j'en ai d'autres dans ma besace qui viendront clore ma saison...

Beaucoup ont été déroutés - moi-même au début - par la légèreté des options de mise en scène et le renversement des personnages : le perfide forgeron, père adoptif de Siegfried, rendu efféminé et travesti en ménagère de cinquante ans, une cuisine vintage en guise de forge, Siegried en salopette portant les dread locks d'un adolescent rebelle. Mais finalement, cette futilité colorée et décalée, cette mise en distance, donnait un relief exceptionnel à la confrontation au cœur de l'œuvre, à son enjeu, et ramenait l'amour à son véritable statut, celui de la perpétuelle sortie de l'enfance, et de l'affirmation. Ou de l'existence.

A propos de décalage, j'ai offert peu de répit à ma frénésie lyrique, cette semaine : j'étais samedi au Théâtre des Champs-Élysées, à occuper une soirée d'abandon dans une autre furie, celle d'Orlando, l'opéra baroque de Vivaldi, puis hier, encore à Bastille, pour un Luisa Miller où Verdi proposait un véritable festival baryton. L'amour encore, l'amour toujours, qui défait plus qu'il ne fait, mais sans qui quoi ?

Cette séquence se conclura par des retrouvailles avec la violoniste Goto Midori. Après le concerto de Beethoven à Paris il y a un an et demi, puis celui de Mendelsohn à Londres l'an passé, c'est le 2ème de Bartok qu'elle livre à Pleyel ce soir. Avec l'orchestre philharmonique de Radio-France, qui interprètera également l'apprenti-sorcier, de Dukas, ils ont décidé de dédier le concert au Japon et aux victimes des catastrophes en cours.

Car mon cœur, et malgré les émerveillements lyriques d'ici, c'est surtout là-bas qu'il a battu ces derniers jours, dans l'effroi de ce qui s'est passé et d'images irréelles qui me hantent. Dans l'attente anxieuse des événements de Fukushima, qui perturbent mes nuits et mes repères.

Un monstre. Ils ont créé, nous avons créé un monstre. Un monstre qui dort mais qui attend son heure.

La technologie nucléaire n'est pas que l'ultime avatar du délire techno-scientifique, du rêve de domination absolue de la nature, de la soumission des hommes aux hyper-réseaux. Elle est l'anneau du Nibelung, l'illusion morbide de la possession éternelle du pouvoir, c'est un démon dépersonnifié. Qu'un cœur se mette à fondre comme une forêt battante à s'abattre sur la terre ferme, et plus rien n'est sous contrôle. Même un réacteur à l'arrêt pour maintenance, dont les combustibles finissent tranquillement fukushima,catastrophe nucléaire,tsunami,séisme,japon,énergie nucléaire,énergie atomique,wagner,siegfried,vivaldi,orlando furiosode se refroidir dans une piscine conçue pour ça, peut de lui-même se remettre à chauffer, menacer de fusion, et cracher ses gaz meurtriers. En guise d'épée invincible, nous avons un fétu : des hélicoptères largueurs d'eau, des lances à eau, et peut-être, promesse ultime et dérisoire, un câble électrique pour remettre sous tension des pompes à eau et croire au rendormissement de la bête.

Sinon, ce sera la cloche de béton, comme à Tchernobyl.

Tchernobyl avait l'excuse du soviétisme, donc de la bêtise et de l'incompétence technologique. Fukushima a l'excuse de la double catastrophe naturelle, la méchante. Le nucléaire en tant que tel ne peut pas, ne doit pas être mis en cause. Le monstre a des gardiens fous.

Certains parlent de la création d'une zone d'exclusion de trente, soixante, ou quatre-vingt kilomètres de rayon pour plusieurs centaines ou milliers d'années. On dit officiellement qu'il est probable que nous connaîtrons pire que Tchernobyl. Cette technologie porte en elle-même l'apocalypse. Nous avons créé l'outil de l'apocalypse, certains que le sommeil du Titan était notre victoire ! Et il serait indécent, indécent, indécent encore, indécent toujours, indécent vous dis-je - combien de fois et dans combien de bouches ne l'a-t-on pas entendu au cours de la semaine écoulée - de parler de démanteler la bête avant qu'elle ne nous démantèle !

Et si le démon, c'était nous. Nous, cette foule nue et décervelée, actrice et victime de la fin du monde ? Le choix de l'apprenti-sorcier pour le concert de ce soir a quelque chose de prémonitoire.

08 mars 2011

l'enquête de la Deûle embourbée dans un cloaque homophobe ?

1345636_deule_640x280.jpg

Je regardais de loin, comme un fait divers intrigant sans autre statut, et sans intérêt particulier, l'histoire des disparus de la Deûle, puis des meurtres de la Deûle. Xième épisode du thème de l'insécurité censé reconduire Sarkozy au pouvoir mais installant plus sûrement Marine Le Pen sur un piédestal blanc.

Mais hier, j'ai reçu d'un lecteur, avec sans doute d'autres blogueurs, le mail que je reproduis in-extenso ci-dessous :

"Bonjour

Etant un fidèle lecteur de vos blogs, ou de vos livres - et connaissant vos engagements respectifs - je souhaite vous alerter sur une curieuse coïncidence, et sur un parti pris qui me semble douteux, voire révoltant.

Il s'agit d'une série de morts (pour l'instant inexpliquée) - désolé pour le caractère morbide - qui ont au moins un point commun : ce sont des jeunes hommes, plutôt mignons et potentiellement gays (le premier était ouvertement gay, le deuxième soit disant hétéro sortait d'un bar gay, et le troisième  ? ...), passablement ivres le soir des faits, qui sont morts noyés dans la Deûle à Lille.

L'endroit de leur présumée chute dans l'eau glacée est très important : c'est un lieu de drague homo très connu à Lille.

Les questions sont multiples (rôle de l'alcool, dangerosité des berges ...), mais malheureusement une question reste sans réponse : sont-ils tombés à l'eau accidentellement ou ont-ils été poussés dans l'eau ?

Ce qui me choque, c'est que les éléments relatifs à l'homosexualité réelle ou présuposée des victimes et le lieu des disparitions, voire le caractère homophobe de l'acte ne soient pas retenus par le procureur qui reste sur une thèse accidentelle liée à l'alcool.

Alors, est-ce une stratégie policière (ne pas trop dévoiler ses billes) ? ou est-ce une négligence coupable ?

Si comme moi, cette "bizarre coïncidence" ne vous laisse pas en paix, je vous invite à aller consulter l'article ci-après sur la marche silencieuse de dimanche dernier à Lille, ou le dossier sur La voix du Nord.

http://www.lavoixdunord.fr/actualite/Dossiers/Region/2011...

Et surtout si vous pouvez en parler dans vos publications, afin que cette affaire ne soit pas étouffée.

Je vous remercie de votre attention.

Au plaisir toujours renouvelé de vous lire.

Chaleureuses pensées

Olivier"

25 février 2011

la voix inhumaine

Mouammar-Kadhafi.gif

Le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu rend fou absolument. Que Kadhafi, éructant un discours incohérent d'une voix désincarnée à travers les ondes hachées d'un vulgaire téléphone portable, abonde cette devise connue, c'est un fait. Ils ont été cinq, ou dix, au cours du siècle écoulé, à pouvoir ainsi prétendre au titre de monarque de divine folie : Ceausescu, Kim Il-Sung et lui, ajoutons-y pour la tâche d'horreur qu'ils ont répandue dans l'histoire, Pol-pot, Staline et Hitler, le roi des rois.

Mais ne laissons pas Kadhafi, arbre frêle, désormais, cacher la forêt des pathologies narcissiques du pouvoir : le perdre-pied avec la vie réelle est malheureusement un virus fréquent dans les palais et dans les cours. Des hommes intègres et de brillants révolutionnaires en ont été atteints. Presque tous, d'ailleurs, et une seule main suffit peut-être à compter ceux qui peuvent dire avoir été totalement immunisés : Mandela sans aucun doute, peut-être Gandhi... Y en eut-il vraiment d'autres ?

Kadhafi parlait hier soir d'une voix inhumaine. Et terrifiante. Franchement, je ne sais pas comment qualifier la voix de Xavier Bertrand défendant au même moment sa statistique tronquée du chômage. Ni celle d'Alliot-Marie volant, pour tenter de sauver sa propre peau, au secours de la vision sarkozienne du monde face à des diplomates français en rebellion.

La morgue hautaine et froide, docte et lointaine, n'est jamais humaine. Les dictatures ne sont pas toutes sanguinaires, car l'histoire y a mis des garde-fou, mais les allégeances piteuses, comme les lâchages en rase campagne font bien toujours partie de l'arsenal de la politique de cour. Ne voient-ils pas, MAM et Ollier, que leurs interventions sont aussi pitoyables que celle de Moubarak à son dernier discours ?

Je ne vois qu'une façon de s'en prémunir : dépersonnaliser le pouvoir ! Plus de roi, plus de président, plus de maire, plus de chef : ils sont tous promis à la folie-malgré-eux, et leur entourage à l'obséquiosité. Mais du collectif, du participatif, du non-cumulable, du non-renouvelable, de l'invention perpétuelle sous le seul contrôle du collectif.

Pourquoi notre système n'est-il jamais interrogé dans son essence ? Ni ses structures oligarchiques, ni les complaisances ou les compromissions avec les milieux d'affaire.

Pourquoi les médias jouent-ils constamment le jeu des hommes providentiels, pourquoi ne s'intéressent-ils qu'à la pseudo-facto Annonce faite à Marie de la candidature de DSK ? Pourquoi faudrait-il que l'avenir du monde dépende toujours du choix d'un homme ? Et jamais des choix des hommes ? Que l'on confie le soin de nous représenter à l'un ou à l'autre, le temps d'une conquête - sociale ou culturelle -, le temps d'une négociation, en raison d'un charisme ou d'une expertise, certes : l'autogestion a sans doute, elle aussi, besoin de prendre figure pour se penser. Mais comment éviter le syndrôme de la cheville qui enfle, de la tête qui grossit, de celui qui finit par croire son peuple redevable - au point de lui prélever son éco au passage et de doter sa famille - et ses descendants - d'une immunité patrimoniale ?

mam-ollier.jpgLes parallèles sont faciles, ou difficiles, ils sont sujets à caution, de toute façon. Soit. Mais à mes oreilles, les voix inhumaines qui braillent avant de s'effondrer sonnent comme un appel à tout renverser. A ne plus rien tolérer de ce qui, dans nos institutions, permet la constitution de pouvoirs oligarchiques, la confusion entre politique et affairisme, et nous prive nous, en définitive, de tout pouvoir. Le réveil des peuples arabes est peut-être un signal.

Il faut changer la constitution, modifier les règles de financement des partis politiques, et abolir le pouvoir présidentiel ! Il faut repenser les corps constitués, rebâtir les modes de représentation, décentraliser tous les lieux de la décision. C'est à ceux d'en-bas qu'il faut donner les droits et les pouvoirs, et si des cadres juridiques sont nécessaires, ce n'est qu'à l'aune de ce pouvoir populaire qu'ils doivent être érigés. A partir de là, on va pouvoir commencer à faire un peu de place aux jeunes, aux femmes, et changer le cours des choses. En s'épargnant au passage de nouvelles têtes coupées.

Mais nos dirigeants, s'ils sont moins fous, ont-ils seulement conscience qu'ils peuvent eux aussi trébucher ? Qu'ils vacillent déjà ? Mam est sur la route de Ben Ali, Ollier dans son sillage, Fillon sera sur celle de Moubarak. Sarko, le bain de sang en moins, nous la jouera-t-il à la Kadhafi ?

En fait, je voulais avec cette note déboucher sur une autre voix de téléphone, une Voix Humaine, elle, et déchirante, le texte superbe de Cocteau mis en opéra par Poulenc. Mais il est déjà tard. Ce sera pour demain.

21 février 2011

bientôt ministre chez Sarko ?

sarkozy_kadhafi432.jpg

Eh! Oh! Moi aussi, je pourrais être ministre chez Sarko. Il n'y a pas que MAM et Fillon qui prennent les avions des dictateurs et leur font des mamours. Moi aussi, hein, faudrait pas l'oublier ! Et de l'un des plus sanglants, encore, ça vaut au moins vice-premier ministre adjoint...

Sauf que moi, je suis passé aux aveux avant que le Canard ne sorte l'affaire... C'était là, il y a trois ans déjà, dans les premières semaines de ce blog... Je penses que toi, tu n'y étais pas encore alors je te laisse une seconde chance.

Et si tu croises Sarko, tu plaides ma cause ?

12 février 2011

les pieds d'argile

les chaussures de la place al-tahrir.jpg

Allez, levons notre verre à ces géants aux pieds d'argile, à ces rocs inébranlables qu'une pichenette anéantit. Je crains qu'ils ne nous fassent une sérieuse dépression dans les jours qui viennent, et il y aura sans doute moins de médecins à leur chevet...

Les révolutions travaillent plus dignement que les guerres. Je vois plus de propreté dans les fins de Ben Ali ou de Moubarak que dans celle de Saddam Hussein. Et le peuple n'a pas la même tête quand il s'agit de penser aux lendemains...

J'en connais qui doivent regarder leurs pieds, et pas seulement au sud de la Méditerranée : on leur confie une part de l'avenir du monde, la nôtre en l'occurrence, mais ils vont se faire bichonner sans voir d'incongruité auprès de contre-modèles démocratiques. La démocratie leur est pourtant bien commode. Quel alibi, pour refuser d'entendre les contestations sociales ! Vous n'aviez qu'à pas nous élire, ou vous n'aurez qu'à choisir le concurrent la prochaine fois.

C'est vrai au fond, nous, nous avons le choix, alors de quoi nous plaignons-nous, pourquoi ces grèves à répétition qui empoisonnent tout le monde, pourquoi ces manifestations ? Les retraites, l'emploi, c'est tous les cinq ans que ça se joue puisque nous, nous avons le droit de choisir !

Mais c'est bien ça, le problème. On a le droit de choisir quoi, tous les cinq ans ? On y débat de quoi, dans cette élection présidentielle ? On s'y implique comment ? Des produits marketing, des bêtes de communication, des figures pour papier glacé nous imposent leur image fabriquée, et nous en abreuvent pendant des mois. Qu'on ne me dise pas qu'une confrontation Sarko-Ségo tous les cinq ans, même agrémentée de variations préliminaires Marine-Bayrou-DSK, nous dispense de l'action, de la contestation, de la pensée d'un autre-chose, et de la construction !

Finalement, ici, le système est à peu près le même que là-bas. On y devient juste président trop vieux pour rester au pouvoir trente ans. Ou alors - et c'est peut-être moins éprouvant, du coup - le passage par le trône vous laisse atterrir en douceur dans un fauteuil de confortable constitutionnaliste, ou de chargé de mission multi-fonction aux épais jetons de présence. L'essentiel pour les puissants y est exactement le même : que rien ne change pour leurs privilèges !

Alors oui, qu'ils regardent leurs pieds, qu'ils les touchent, même ! Et pas seulement en raison de leurs dernières vacances dorées. Juste pour vérifier s'ils ne sont pas aussi de sable. Et qu'ils n'ont rien de géant !

Quelque chose me dit qu'il y aura beaucoup de chaussures brandies, dans les prochaines manifs... Santé !

10 février 2011

c'est beau, un peuple en révolution

el-tahrir.jpg

C'est beau de voir un peuple rassemblé. La place al-Tahrir est belle, occupée par une foule qui s'essaye à un bonheur nouveau, celui de porter ensemble un même combat.

Mon Caire s'est transfiguré, jour après jour, se transforme encore et n'est qu'à la lisière de sa mue. Ma Tunis se cherche toujours, dans une actualité occultée par un Orient plus incertain. Ma Damas gronde-t-elle aussi sous cape ? En tout cas des espoirs ont claqué dans le ciel : un peu flous, sans doute, mais qui sortent le monde arabe des clichés où l'enferment dictateurs et islamophobes confondus : des Moubarak-dégage1.jpgespoirs de dignité, de justice, d'intégrité, de liberté ! De ces petites choses simples si malmenées de par le monde, si contrariées jusqu'à nos propres portes.

Le grand cirque de la politique se poursuit dans l'incrédulité, attise la colère, brouille les cartes, et se répète, sans frontière, à l'infini. Ses maîtres, où qu'ils soient, sont les mêmes acrobates. Qu'ils fuient en turbojet à la première alerte, qu'ils mettent en scène un transfert flou du pouvoir. Qu'ils occupent deux heures durant face à des âmes innocentes les ondes de la compassion sur la chaîne du populisme télévisuel, ils gèrent au mieux le même bastringue de la corruption, poussés par les fortunes puissantes qui ont besoin de ces dérisoires 1309602_photo-1297373954037-1-0_640x280.jpgmurailles, mais avec de belles valises à sauvegarder pour leurs propres compte. Ou honteux des pommes où ils ont croqué. Dans le secret défloré de jets privés.

Tunis exhale aujourd'hui un jasmin printanier, Le Caire des chichas douces-amères, et au moins l'on respire. Pendant ce temps, mal-prévoyant sans doute, Paris agite l'épouvantail brun d'un multiculturalisme coupable, pas beaucoup plus malin que les autres mais tablant sur une haine bonne conseillère pour les cyniques et les désespérés.

Intriguer pour brouiller les cartes, décourager les peuples d'intervenir, les tenir loin des manettes... Ils sont les mêmes. Sauf que leurs peuples expérimentent et retrouvent le sens de l'histoire.