Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10 septembre 2011

le sens du sacrifice

panel3.gif

Reçu il y a quelques jours d'un lecteur assidu de ce blog, qui y laisse quelques traces, de-ci de-là... Sans autre commentaire :

"Tu vois ici, dans notre Méridionie, on se croit encore l'abri de beaucoup de choses. Je n'avais encore jamais rencontré l'incident voyageur.

La chose est coutumière, si ce n'est rituelle, dans ton septentrion. La civilisation contemporaine s'adonne désormais au sacrifice humain. Certains ne manquent pas de souligner qu'il s'agit d'initiatives individuelles et que notre société n'est en rien responsable.

Sans aller jusqu'à dire que tout ça est savamment orchestré et vise à rendre grâce collectivement à quelque dieu du consumérisme, au final qu'avons nous à envier à des sociétés primitives pour lesquelles le don de son semblable était mis en scène. J'irai jusqu'à penser que dans ces sociétés, la vie humaine avait peut-être plus de prix que dans la notre, car finalement une offrande est nécessairement un bien de valeur.

Alors que notre monde fait si peu de cas de ses sacrifiés.

Ainsi aujourd'hui, en gare de Toulouse Saint-Agne, une personne s'est jetée sous un train en un instant sacrificiel, que nous qualifierons pudiquement d'incident voyageur.

Mon propre train est resté ainsi bloqué dans une gare champêtre. Des voyageurs pestaient contre ce geste intempestif, d'autres fumaient tranquillement sur le quai en attendant que la vie reprenne son cours.

J'en ai raté la correspondance vers Béziers, qui devait me laisser en quelque côte languedocienne aimée. Mais ce n'est pas le plus grave, je n'aurai qu'une heure de retard, un autre être a pris lui bien de l'avance devant l'éternité.

La vie continue."

06 septembre 2011

erreur d'ordre

saignee-62fe8.jpg

Il y en a une qui va bien comprendre ce dont je parle. Entre douleurs et docteurs, elle a eu son lot de cynisme, de mépris ou d'impuissance.
 
Un mal m'a pris à l'improviste. C'était dans la nuit de mercredi à jeudi. Je ne sais pas si je dormais à ce moment-là, ou si j'étais dans un état de demi-éveil. Un fourmillement est venu titiller l'arrière de mon talon. Un fourmillement un peu bizarre, en vrai, assez court, de quelques secondes, qui comportait deux ou trois petites charges aigües. Une demi-heure plus tard environ, le phénomène s'est répété. J'ai machinalement gratté mon talon avec l'autre pied, à peine intrigué.

Dans la matinée, en pleine réunion, au même endroit exactement, une violente décharge électrique est venue m'assaillir, m'obligeant à bondir, à sauter à cloche pied, à étouffer des cris pendant une bonne dizaine de secondes, sous les yeux ébahis de mes partenaires. L'incident s'est répété devant eux, à l'identique, une demi-heure plus tard. Puis encore trois fois à l'heure du déjeuner avec mes collègues, à une demi-heure ou une heure d'intervalle à chaque fois, jusqu'à ce que je décide d'aller aux urgences de l'hôpital.

Évidemment, plus de douleur durant l'après-midi que j'ai passée à attendre, et une interne qui n'a pas trop su quoi me dire, m'a prescrit du Dafalgan, un anti-inflammatoire, et m'a conseillé de consulter un rhumato.

Je pensais l'affaire passée à 18h quand un nouveau spasme est venu me rappeler à la prudence, puis encore à minuit au moment de me coucher.

A trois heures du matin, l'attaque a repris, mais sous une forme plus malfaisante. Les crises duraienttalonAchille.jpg toujours une quinzaine de secondes, mais se répétaient toutes les cinq minutes. Elles ne me laissaient plus de répit, faisaient naître en moi l'angoisse de m'allonger et d'être rattrappé par les électrodes. Je me croyais dans une chambre de torture, à la merci de mon bourreau. J'hurlais dans ma chambre, debout, à marcher, à piétiner, à m'accrocher à des gestes illusoires, impuissant à soulager l'affaire. Je finissais pas appeler un médecin de nuit, qui me fit faire l'inventaire des anti-douleur de ma pharmacie personnelle, m'enjoint d'avaler deux Lamaline, et m'envoya une ambulance pour me conduire aux urgences du centre hospitalier d'Arpajon - pas question que je prenne le risque de conduire ma voiture avec une jambe devenant folle sous l'effet des décharges !

Entre l'appel du médecin et l'arrivée de l'ambulance, la douleur s'était à nouveau repliée. J'avais adopté la stratégie du footing permanent, sautillant sans cesse, mon intuition me disait que la bête n'attaquait qu'au repos.

J'ai plutôt de la sympathie pour les médecins urgentistes, ils font un métier difficile, ont peu de moyens, encore moins de considération. Pour peu qu'ils soient étrangers, leurs gardes sont payées au lance-pierre et je trouve depuis longtemps leur condition indigne de leur mission.

Déposé aux urgences par les ambulanciers, je fus battu froid quand l'infirmière d'accueil, à qui je décrivais ce qui m'avait conduit là, me lança "mais qu'est-ce que vous voulez qu'on vous fasse de plus ?" avant d'ajouter : "de toute façon, le médecin refusera de vous voir, elle a déjà renvoyé un malade tout à l'heure !"
 
Et de fait, si je ne fus pas abandonné, à 4h30 du matin, à la porte de ce délicieux hôpital de campagne, sans voiture, la médecin de garde a refusé de me voir. Là, la Lamaline faisant son effet, j'ai somnolé sans douleur, étendu sur un brancard, quand à 8h environ elle s'est finalement présentée à moi. Oh!, pas pour m'examiner, ni pour me consulter, par pour m'entendre lui décrire ma douleur, tenter un diagnostic, m'osculter ou me proposer des examens. Non, juste pour me dire : "Vous savez, Monsieur, venir aux urgences une deuxième fois en 24 heures, mobiliser une ambulance alors qu'on vous a déjà prescrit un traîtement adapté, ça s'appelle un abus de soin !"
 
Voilà donc le mal dont je souffrais, un abus de soin ! Du coup, le Dafalgan devait en effet constituer un "traîtement adapté"...
 
Après lui avoir tapé un scandale dont elle se souviendra, l'obligeant à baffouiller quelques explications de texte sur cette notion que je ne crois pas avoir jamais lue sur les tablettes d'Hippocrate - mais bien peut-être sur celles de Parisot - devant ses collègues incrédules, avoir récupéré finalement une ordonnance, un arrêt de travail et je ne sais quelle autre paperasse, je m'en suis revenu à la maison, grâce aux bons soins de la Bougre, et les douleurs m'ont repris devant la porte, à intermittence variable, me laissant la nuit suivante relativement tranquille, et celle d'après me rappelant à leur chambre de tortures. (Mais pourquoi diable une fois à l'hosto, les crises ne sont jamais fichues de se produire !)
 
Le "parcours de soin", j'en suis à me le faire moi-même, soumis aux délais de ministres que t'imposent les spécialistes de tous domaines. Les spasmes se sont arrêtés depuis plus de 36 heures, j'ose croire à une trêve, mais j'ignore tout encore de l'ennemi. Dans quel sanctuaire est-il donc tapi ?

31 août 2011

quand Bruno Julliard comes in

bruno-julliard-tetu.jpg

Voilà une histoire qui me rappelle quelque chose, et me renvoie encore quinze ans en arrière. Bruno Julliard a choisi la fin de l'été pour faire publiquement et sobrement, à travers une interview dans Têtu, son coming out. On pourrait lui reprocher de ne pas l'avoir fait quand il était en charge de l'Unef, banalisant la chose d'un authentique mandat public. Responsable des questions d'éducation au PS, c'est moins sexy que Président du premier syndicat étudiant. Mais où en était-il, alors, avec lui-même, au temps de ses combats contre le CPE et de sa nouvelle gloire ? 30 ans, c'est le bon âge pour s'assumer, s'autoriser l'adolescence de l'intime et s'affranchir des contraintes de l'extime... bravo Bruno, et bienvenue au club !

L'homosexualité n'en finit pas de faire des siennes dans le monde de l'éducation. Au moment où les nouveaux manuels scolaires de SVT s'autorisent enfin, pour les classes de 1ère, une approche ouverte de l'identité sexuelle, y intégrant les dimensions sociales et culturelles de la construction de la personne humaine, et même la notion d'orientation sexuelle - en stricte application des programmes scolaires - des parlementaires rétrogrades, évidemment de droite, s'en émeuvent et invitent les pouvoirs publics à un autodafé pédagogique ! A gerber, vraiment, surtout quand on sait le poids de la chose écrite, et de la parole institutionnelle, à l'âge où l'on se découvre homosexuel.

Le sinistre Vanneste, mais aussi Eric Raoult, Bernard debré (mon Dieu !), 80 authentiques criminels qui portent dans le rouge de leurs mains la pathétique destinée de tous les jeunes qui se suicident (treize fois plus que les jeunes hétérosexuels, estime-t-on) en raison précisément de l'encombrante découverte de leur orientation sexuelle...

13 mai 2011

ma dernière queue

0.jpg

Monsieur le Ministre de la Culture,
Monsieur le Directeur de l'Opéra national de Paris,

Il est 3 heures du matin, et je viens d'arriver devant le bâtiment mastodonte qui abrite l'Opéra-Bastille. Cela fait deux ans que j'ai découvert qu'avec un peu d'envie, de temps, d'organisation, avec un peu de prédisposition à la convivialité, il était possible d'acquérir des places d'opéra honorables à des tarifs acceptables. Il fallait se lever tôt, mais le jeu en valait la chandelle.

J'ai appris l'existence d'un système presque centenaire, totalement pris en charge par des mélomanes bénévoles à petit budget, qui combinait les obligations propres à une file d'attente - une présence continue sur site, un placement selon l'ordre d'arrivée - avec le visage souriant de l'organisation - un numéro d'ordre informel mais joliment mis en page, un appel toutes les heures, laissant à chacun le soin de vaquer à un entre deux de son choix, une petite marche ou un café.

Sans ce système, je n'aurais pas connu l'opéra. Je n'aurais sans doute même pas songé à lui ouvrir les portes de mon orgueil. Cet autre monde, si proche, si imposant dans le champ de vision, sur le parcours même des manifestations auxquelles j'ai si souvent participé, m'étais pourtant abscons. Il était mon image inversée : la culture de mon inculture, la bourgeoisie de mes origines modestes, le clinquant de mon effacement.

Je n'avais pas assez de pointes à mes pieds pour approcher cet univers, pour m'y confronter. Cet art était difficile, et aller à sa rencontre était aborder l'Annapurna. Pouvais-je être réceptif aux voix ? Allais-je être simplement capable d'en affronter la durée ? Son langage allait-il me laisser envisager qu'il fut compréhensible ?...

Plutôt que de m'en tourmenter, je balayais ces questions de mon imaginaire et renvoyais l'opéra en orbite autour de ma vie. Invisible et inaccessible, j'avais la paix.

Et puis au détour d'une rencontre entre blogueurs, j'ai réalisé un jour, il n'y a donc pas si longtemps, que des places à 20 euros existaient, et qu'en s'y prenant bien, c'est à dire en s'y mettant tôt, parfois au milieu de la nuit, parfois même au coucher du soleil lorsqu'il s'agissait de Wagner, ces places pouvaient être dignes. Avec vue sur les sur-titres, donc sur le fil dramaturgique de l'œuvre, et une vision plein champ (quelle belle salle, que Bastille !)... Des circonstances plus personnelles me rendaient réceptifs à l'idée. Je me suis donc laissé une fois approcher de la chose, c'était un petit matin de mai, il y a deux ans.
 
Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, vous savez quoi ? J'ai aimé l'opéra. J'ai trouvé la confluence des ces arts - vocal, théâtral, musical - totalement magique. Je ne dirai pas qu'il n'y eut pas de doute, que je ne me suis jamais demandé si m'engageant dans cette nouvelle passion, je ne sur-jouais pas un rôle trop grand pour moi. Je me suis même demandé si cet engouement survivrait à l'amour qui m'y poussait ? Et puis, force est de constater que j'ai pris goût à l'opéra, que c'en est devenu une aventure - lyrique mais pas seulement : intellectuelle et émotionnelle... Parti de rien, je me suis mis à patrimonialiser des œuvres, des voix, des mises en scène, des lieux. Ma connaissance du domaine est encore balbutiante, mais des goûts s'affirment, des noms s'imposent, et je suis désormais en quête des productions et des distributions. Plus seulement de Paris, d'ailleurs, mais aussi de Lille, de Lyon, de Toulouse, de Bruxelles. Je suis allé à Berlin, à Londres, à Barcelone écouter Alban Berg ou Wagner. Bref... J'ai acquis une culture - du moins ai-je commencé - et précisément là où elle me paraissait le plus sanctuarisée.
 
Parce que l'on pouvait aller à l'opéra pour 20 euros. Parce que la queue d'un petit matin était devenue un effort presque dérisoire au regard des émotions recueillies. Et partagées. A combien de personnes de mon entourage, fascinées par ma passion démonstrative, ai-je fait découvrir l'opéra, grâce à ce système, depuis deux ans ? Quinze, vingt ? A moi tout seul. A la seule force de mes queues.
 
Il est 3 heures du matin. Je viens de prendre place dans cette nouvelle file d'attente pour acheter du Verdi : Otello. Encore une découverte à venir. Qui y emmènerai-je ? Je ne le sais pas encore.
 
Ce que je sais, Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, c'est que celle-ci est ma dernière queue. Avec plusieurs dizaines de personnes, déjà arrivées, ou qui sont sur le point de nous rejoindre, c'est notre dernier rendez-vous mélomane et populaire. Vous avez décidé de tuer ce système. Vous n'en aviez pas le droit car il ne vous appartenait pas.
 
Oh!, je sais bien que dans notre monde, tout est concurrentiel, alors pourquoi pas l'opéra, n'est-ce pas ? Il faut rivaliser avec Covent Garden, avec La Scalla, avec le Met'... Ah! le Met' ! Il faut donc faire du chiffre - d'affaire, s'entend - se payer des têtes d'affiche, accueillir les plus grandes productions, qui sont de plus en plus chères, c'est la concurrence. Alors les ambitions démocratiques...

Si j'ai bien compris, l'an prochain, notre place préférée passe de 20 euros à plus de 70. Vous abaissez le banc des sur-titres pour les rendre visibles des places d'où aujourd'hui ils ne le sont pas (que n'y avez-vous pensé plus tôt, à l'époque où s'y rassemblait la piétaille !). La catégorie à 20 euros passe à 35, encore se vendront-elles désormais au téléphone, à un tarif surtaxé, deux heures et demi avant de se vendre au guichet, histoire d'être bien sûr qu'il ne servira plus à rien ni à personne d'y tenter sa chance. Et des soixante places "debout" à 10 euros, que vous vendiez au dernier moment pour les plus infortunés, ou les plus étourdis, qui bien souvent trouvions un fauteuil vide, en définitive, vous ne nous en mettrez plus que trente.

phantom1.jpgMonsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, en ce qui me concerne, j'ai mordu, et vous ne vous débarrasserez pas de moi ainsi. Peut-être même avez-vous gagné : j'ai demandé un abonnement pour la prochaine saison. On ne quitte pas des amours si prometteuses. Mais je pense à tous ceux qui n'ont pas fait mon chemin encore, qui auraient pu le faire, qui s'apprêtaient à le faire à la faveur d'un accident amoureux ou d'une curiosité soudaine, et à qui vous avez décidé de fermer la porte. A qui vous dîtes : c'est assez, maintenant ! L'Opéra ne doit plus s'élargir davantage ! Laissez-nous, enfin, laissez-nous dans cet entre-nous qui nous va si bien !

Mélomane et populaire, sans doute cela sonnait-il trop faux à vos oreilles d'esthètes. Mais ce faisant, vous asséchez le vivier, Messieurs de la Culture. Et je ne suis pas sûr que l'Opéra y gagne longtemps, sans ses rameaux populaires.

Car il est bien là le problème : je verrai moi, sans doute, un peu moins de spectacles, car ils me coûteront plus cher. Et au fond, ce n'est pas bien grave, il en faut bien pour tout le monde ! Mais ceux qui n'y ont pas goûté et qui en ont encore peur : c'est à eux que vous ôtez le marche-pied. Vous leur retirez leur seconde chance. Morts avant même d'y avoir mis le doigt. Fantômes de l'Opéra. Vos fantômes !

Qu'ils vous hantent longtemps !

05 mai 2011

la mort du Király

thermalisme,gay,homosexualité,lieux de drague,bains király

Király, ça veut dire Royal en hongrois. Les bains Király, c'était les bains royaux. Un endroit royal pour la rencontre. Sous toutes ses formes. Pour un matage en règle, pour de simples attouchements, et plus si affinité.

J'y ai rencontré Péter, ma première liaison d'homo, à la suite de caresses dans d'épaisses vapeurs, il y a déjà quinze ans.

Il y a deux ans, j'y ai croisé Shinji, avec qui je noyais mon chagrin et qui m'accompagna pour une folle nuit de Saint-Sylvestre, puis m'accorda une ultime balade dans une Budapest enneigée.

L'an passé, j'y trouvais des Napolitains qui m'entraînèrent dans un improbable trio.

Il y eut aussi mon Tarasbulba roumain, l'Irlandais monté comme un cheval, le ténébreux Magyar au bouc d'artiste, gourmand autant qu'avare de caresses. Il y eut des dizaines de queues effleurées, avalées, conduites à la maison ou éconduites sur un coin de trottoir. Il y avait cette atmosphère torride, subtile, lourde, tamisée, envoûtante, sujette aux reflets changeants, sensible à l'heure et au monde. Il y avait parfois le regard incrédule de touristes égarés. Rarement, mais amusant.

Les bains Király, c'était une institution.

Beaucoup de jeunes gays ont du y vivre leurs premiers émois. Des couples y ont scellé leurs premiers ébats. Beaucoup de vieux y vivaient encore une sexualité éthérée, errant du corps et des mains comme des crocodiles au milieu du grand bain, attrapant ce qui dépassait comme le pompon d'un manège endiablé ou, à défaut, alimentant la perfusion de leurs fantasmes.

On pouvait n'y voir que les vieux obèses. Certains pouvaient même les rechercher. Ou on pouvait ne voir que la chair fraîche et disponible, servie là dans un écrin de pierre rugueuse et de calcifications.
Les bains Király, c'est fini.

Depuis le premier mai, l'alternance hommes-femmes laisse place à une mixité de chaque jour et de toute heure. Le pagne sensuel coupé dans de vieux draps, qui laissait les fesses apparentes et inscrivait dès les premiers pas la sensualité du lieu sur ta peau et tes membres, sera remplacé par un maillot de bain de vulgaire inconstance. Voire d'affreux shorts de plage en forme de tue-l'amour.

Qu'y at-t-il derrière cette mutation ? Une directive européenne sur les établissements thermaux ? Un schéma régional de développement touristique ? Une nouvelle constitution hongroise, repue de références chrétiennes pas loin de re-pénaliser l'homosexualité ? Une privatisation, réalisée ou en préparation, qui tablerait davantage sur la manne de l'étranger en goguette plutôt que sur quelques vieux gays sans valeur qui tiennent leur droit d'entrée d'une ordonnance médicale ?

Je ne le sais pas. Pas encore.

Ce qui est sûr, c'est que mes prochaines vacances à Budapest, en juillet prochain, n'auront pas tout-à-fait les mêmes saveurs...

11 avril 2011

au refuge détourné de la confiance

Shadok14.jpg

Parmi les nombreux témoignages du Japon arrivés jusqu'à nous, il y a ce texte de l'écrivain Ryû Murakami, écrit dans la semaine qui a suivi le tsunami et relayé par Courrier International. Ce qu'il dit de l'attitude qui est la sienne au cœur du chaos vaut sans doute mieux que mille longs discours pour tenter d'accéder à l'incompréhensible sérénité apparente de la société japonaise.

Au moment où ton immeuble tremble, la seule chose raisonnable est de t'en remettre aux messages de sécurité délivrés par les hauts-parleurs, et de te glisser sous une table avec une bouteille d'eau et un paquet de biscuits, en croyant dur comme fer que tout a été anticipé et que l'édifice résistera.

Et du même coup, quand une centrale nucléaire fuit, et avec elle toute une série d'informations contradictoires, tour à tour alarmistes et rassurantes, le mieux est encore de croire que les experts et les scientifiques sont ceux qui donnent les recommandations les plus raisonnables.

Ma foi, m'en remettre à une parole autorisée, au moment où tout est chamboulé, au milieu de la mère de toutes les crises, il me semble bien que ce serait mon attitude aussi. En tout cas c'est la seule qui serait en mesure de me rassurer. Vouloir avoir confiance pour garder de l'espoir.

La confiance est une belle valeur. On aimerait vivre en société en pleine confiance les uns envers les autres. Penser qu'une parole, un rendez-vous, un conseil, un engagement... sont a priori fiables. Je suis moi-même, je crois, considéré généralement comme fiable. Trop même, car il arrive que l'on me confie le travail d'un autre. La confiance est plus forte que la légitimité.

La vie nous apprend aussi la méfiance. Les menteurs, baratineurs et autres bonimenteurs courent les rues et il faut bien savoir s'en prémunir. La science vole alors à notre secours, car elle propose une méthode infaillible de connaissance : le postulat par la récurrence, et la vérification par l'expérience.

Nos sociétés modernes sont allées loin dans la connaissance du monde grâce aux progrès de la science - au passage, en évacuant, ou plutôt en éradiquant toute une série de connaissances locales, profanes, empiriques qui permettaient notre survie. Si dans bien des cas ceci nous a rendus vulnérables, insensibles aux signes avant-coureur des grandes catastrophes - mais c'est une autre histoire - on ne peut dénier à la science d'être vecteur de connaissance. Et donc aux scientifiques d'avoir une autorité morale, un ascendant sur le commun des mortels.

C'est ainsi que nous avons glissé vers une société d'experts : experts médicaux, experts les_experts_-_miami__02.jpgtechnologiques, experts économiques... et que l'expertise est devenue un parapluie universel. Plus une décision n'est permise sans expertise préalable : une expertise judiciaire, une expertise médicale, une expertise d'assurance... Tout notre système décisionnel est soumis désormais à cette obligation d'expertise, devenue règle de confiance aveugle. La bureaucratie galopante doit beaucoup à cette logique de l'expertise dans laquelle on a tôt fait de dissoudre sa responsabilité et de se satisfaire d'immobilisme. La haute fonction publique s'en repait.

L'expertise est ainsi devenue pouvoir. Les agences de notation, de sécurité - toutes plus indépendantes les unes que les autres  - et autres hautes autorités sont passées du statut de parapluie à celui de paravent, et désormais ce sont ceux qui devraient être contrôlés qui sont les contrôleurs, avec leurs comités d'expertise maison, et pire, avec leurs propres experts placés dans les organismes supposés les plus indépendants.

La société est invitée à dormir tranquille sous les regards bienveillants de ces paternels sourcilleux, elle ne se prive d'ailleurs pas de le faire.

Jusqu'au jour le Mediator lui pète à la gueule ! Mais qu'avaient donc dit les experts, se demande-t-on. Et plus loin : mais qui étaient-ils donc, d'ailleurs, ces fameux experts qui ont délivré ces autorisations inconsidérées ?

Où l'on découvre que l'aspartam - après avoir été interdit aux États-Unis - a finalement été autorisé à la suite d'une nomination à la Food and Drug Agency étroitement liée à des connivences politico-financières entre le laboratoire qui l'a mis sur le marché et le Président Bush...

Et que notre belle et fière Agence française du médicament est noyautée par tous les laboratoires pharmaceutiques coalisés...

Où il apparaît que l'on va confier une expertise sur la sécurité de nos centrales nucléaires à l'Autorité de sûreté nucléaire qui se trouve être au cœur du lobby atomique.

S'en remettre aux experts, c'est désormais être la proie des conflits d'intérêt, et c'est renoncer à l'alternative.

Car c'est comme ça, les experts se sont placés, moyennant quelques avantages confortables, au service du système oligarchique actuel. Ils sont en grande partie responsables des impasses de notre démocratie, bien que les politiques en soient plus responsables encore, qui s'en sont remis à eux du moment qu'on leur laissait un espace de communication suffisant pour exister.

gaz de schiste.jpgJe participais vendredi soir à un débat public sur l'eau, en présence d'industriels - fabricants et distributeurs d'eau potable - et ingénieurs de l'assainissement. Quelqu'un dans la salle a posé une question sur la prospection en cours de gaz de schiste en Région parisienne, dans des sites de Seine-et-Marne. Il exprimait une inquiétude à voir se déployer dans son voisinage une technologie encore peu éprouvée, qui consiste à projeter dans une roche située à trois kilomètres sous nos pieds, une grande quantité d'eau à haute pression mélée à du sable et à des produits chimiques. Déjà cause de catastrophes environnementales dans les États de Pennsylvanie et du Rexas, aux USA, elle menacerait très concrètement l'une des principales nappes phréatiques d'Île-de-France, la nappe de Champigny, sans qu'aucun débat préalable n'ait eu lieu pour demander à la population ce qu'elle en pensait.

Les industriels de l'eau, peu au fait de ce dossier en réalité, qui appartient plutôt au domaine de la prospection pétrolière, n'avaient aucune autre réponse à proposer que celle-ci : ne vous inquiétez-pas, les rejets d'eau dans le milieu naturel font l'objet en France d'une règlementation extrêmement rigoureuse. Les professionnels s'occupent de tout, en somme, ne vous souciez donc de rien !

Un peu comme si tout se valait. Tous les choix industriels, tous les choix énergétiques, toutes les technologies. Du moment qu'ils font l'objet d'une certification. Comme si le progrès ne pouvait avoir qu'un sens : celui de consommer toujours plus de ressources, dans des conditions toujours plus impactantes, avec ainsi la certitude d'ouvrir des marchés à de nouvelles technologies destinées à réparer les impacts, quitte à en générer de nouveaux qu'une autre technologie viendra à son tour réparer. Et ainsi irait la quadrature du cercle infernal de la croissance : confiance, expertise, impact et technologie. Et à chaque étape, des victimes expiatroires, et de fabuleux profits !

Jeudi, avant mon débat sur l'eau, je participais à un séminaire de cadres sur le management. Le formateur nous a ainsi parlé de la confiance et de l'espoir, dans la perspective des relations à établir avec nos collaborateurs : "pourquoi pensez-vous que malgré toutes leurs déceptions, les gens continuent à aller voter ? Parce qu'ils ont toujours besoin de croire. Quand on croit, on a de l'espoir. Même si vous avez déçu vos collègues, conservez des convictions, c'est comme cela que vous regagnerez leur confiance". Un homme politique de droite le disait autrement il n'y a pas longtemps : on peut toujours mentir sur un plateau télé, le tout est de le faire avec aplomb.

La confiance, non plus comme une valeur noble à cultiver, à construire, à soigner, non plus comme un trésor dans les relations humaines, mais comme un outil de pouvoir.

A Fukushima, tout était prévu. Si si, tu peux lire des dizaines de rapports où la question de la sécurité était abordée, et les experts étaient formels. Comme à Onagawa. Comme à Fessenheim. Comme partout.

Il y avait eu des experts formels sur l'amiante, car il y avait des normes anti-incendie à satisfaire à moindre coût. Il y avait eu des experts formels sur les pesticides, car il y avait ce formidable défi alimentaire mondial à relever dans un contexte de guerre économique...shaddok2.JPG

On peut penser ce qu'on veut des José Bové et autres écolos, mais au moins nous invitent-ils à débattre, et desserrent-ils l'étau des techno-scientifiques qui ont conquis le landernau politique productiviste dans sa quasi totalité.

Moi, je veux bien passer sous la table avec une bouteille d'eau et un paquet de biscottes au moment où la terre tremble. Mais à condition de ne me soumettre à aucune confiance aveugle avant, ni après. Et que l'on considère que tous les modes de développement ne se valent pas, et que l'on me donne le pouvoir de m'exprimer avant que des choix ne soient faits.

L'énergie est chère, soit. Le nucléaire en réduit le coût ? En est-on si sûr, si l'on y inclue le prix de la réparation des Tchernobyl, Fukushima et Onagawa à venir ?

11 mars, 11 avril, un mois ce matin, mais on ne parle plus du Japon, tiens. Rien, absolument rien ce matin sur les grandes chaînes nationales. On parle de voile et de visage caché. Encore une histoire de confiance et de dissimulation ?

07 avril 2011

le roi des vautours

vautourmini.jpg

J'ai plein de choses à te dire, je suis en retard, en retard, en retard...

Et c'est pas demain que ça va s'arranger avec le travail qui me tombe dessus et d'autres obligations prenantes. Juste te dire de regarder France 2 mardi soir. Y sera retransmis à 00h30 la soirée donnée hier soir au Théâtre des Champs-Elysées, en hommage et en solidarité avec les victimes du séisme au Japon. Soirée sobre, émouvante. Avec tout ce que le Japon donne à la musique, il était beau de voir la musique lui rendre de la poésie sensible et bien servie.

Quatre semaines, déjà. vingt-huit mille morts et disparus à ce jour. Des fuites radioactives qui bousculent toutes les certitudes, y compris les plus inébranlables des travailleurs du nucléaire, et dont on a peine à dire qu'elles sont dores et déjà pires que Tchernobyl.

Tiens, j'ai même appris de ma Japanese Connexion que notre président, qui s'est rendu à Tokyo la semaine dernière en marge d'un voyage en Asie, et y a passé quatre heures, a maintenu cette visite, selon la presse japonaise qui ne cesse de s'en émouvoir, en dépit des réticences manifestées par les autoriés japonaises, en proie à de plus urgentes priorités. J'en éprouve une grande honte.

Il fallait être le premier des grands chefs d'État à visiter la péninsule après la catastrophe, message en direction du peuple de France. Il fallait manifester le pouvoir que lui conférais la présidence du G20. Message au monde. Et puis porter la technologie française au secours de la nippone, si manifestement défaillante. Message à tous les potentiels clients du nucléaire français. Au fond, eut-il été possible d'avoir quelqu'égard pour le peuple japonais meurtri, animé de ces vulgaires valeurs ?

Charognards, va !

26 mars 2011

les cowboys du quatrième arrondissement

le shérif.png

J'allais hier matin prendre ma place dans la queue de l'Opéra Bastille, pour la mise en vente de Tosca. Puccini sera sans doute une de mes dernières queues, j'y reviendrai. Il était à peine plus de quatre heures trente, un instant un peu suspendu, après que les loups aient rejoint les chiens dans leur repli et avant que les rossignols ne s'ébrouent, quand la nuit se termine plus que le jour ne commence malgré les premières pâleurs printanières. Sans doute y croise-t-on des épaves avinées plus sûrement que des mélomanes furieux, et n'est-il pas anormal que la maréchaussée veille à l'état des conducteurs.

Bastille est à la croisée des 11ème, 12éme et 4ème arrondissements. Ce dont je parle se passe clairement sur le territoire du 4ème.

Nous sommes donc Place de la Bastille, la police a installé un point de contrôle balisé. A ma sortie du Boulevard Richard Lenoir, là où il se joint au Boulevard Beaumarchais, un doigt pointe ma Mégane bleu azur, je dois me ranger. On aurait sans doute vu dans mes yeux défiler un compteur, non pas des euros d'une amende à venir, j'étais bien certain de n'avoir rien à me reprocher, mais des numéros qui allaient m'échapper dans la file d'attente de l'Opéra.

"Coupez le moteur !", "les papiers afférant à la conduite du véhicule, s'il vous plaît !", "Où vous rendez-vous ?" Yeux hagards des policiers m'entendant parler d'opéra et de queue !...

A dire vrai, il ne s'est rien vraiment passé, hors mis le signalement des 90 euros, dans un regard appuyé à la morgue non dissimulée, dont serait passible l'état de mon permis de conduire aux volets, vieux de vingt sept ans, qui se détachent les uns des autres, ou de cette autre amende, de 90 euros également, que pourrait me valoir ce feu de croisement défectueux, que je me promets pourtant depuis des semaines d'aller faire changer. Rien. L'affirmation d'un pouvoir, l'expression d'une autorité, contrôle routier en ville.jpgune démonstration de force. J'étais à leur merci. Mes "fautes" ne valaient pas triplette, mais elles étaient avérées, et il ne tenait qu'à eux, ou à leur mansuétude, que j'écope de 180 euros d'emmerdes, ou que j'en sois épargné. Cet instant suspendu, quand les chiens et les loups ont rejoint Morphée et où s'installe un jeu de regards qui s'éprouvent, où se jouent à la fois l'autorité de la force publique sur le citoyen craintif, forcément coupable de quelque chose, qui n'a qu'à se soumettre, et celle du chef de brigade sur ses subordonnés, avec l'invisible pression de ce que les collègues percevront des muscles du boss, de ses couilles. L'instant des possibles inconsistants.

Il ne s'est rien passé. Je suis reparti en aillant promis de m'occuper de ces problèmes, d'en avoir eu l'intention même.

Du coup m'est revenue cette autre histoire que j'avais voulu te raconter en son temps, il y a trois mois environ, mais que j'ai laissé filer comme souvent des sujets que j'aimerais te consacrer ces temps-ci sans que j'en aie le temps, et qui me glissent entre les doigts, ou que je t'écris avec les pieds. Bref, à peine plus loin, au niveau du Port de l'Arsenal. Ils n'avaient été que deux cette fois-ci. L'heure était des plus ordinaires, un début de journée dans le fracas du trafic matinal. J'avais découché et je me rendais à mon travail depuis Paris. Cette fois-là avait été des plus étranges. Les policiers n'avaient pas de balise. Leur véhicule était arrêté de façon anarchique, comme en cours d'intervention. Eux-même semblaient chercher à ne pas être vus. Mais d'une façon étrange, comme à la sauvette. Moteur, papiers, tout ça tout ça... "Vous savez pourquoi nous arrêtons votre véhicule ?" Je reste interdit. Refaisant le film de ma traversée de la Place : rabattu trop vite sur la droite ? Un feu passé à l'orange foncé à mon insu ? Une priorité non respectée ?... Franchement, je ne voyais pas. Ces types n'étaientpolice,ripoux,contrôle routier,mes nuits de la bastille pas nets, mais je cherchais ma faute... J'aurais pu citer une de ces supposées toujours possibles imprudences. J'étais même sans doute à deux doigts de le faire, sauf que j'étais très sûr, au fond de moi, n'avoir vraiment mordu aucun trait... "Non, je m'excuse, je ne vois pas". "Vous n'avez vraiment pas d'idée ?" Le même aplomb, la même morgue qu'hier à l'aube. "Non, pardon". Pas le moindre contrôle de mon immatriculation, ni même la consultation de leur fichier des permis de conduire. "Profession ?" Tiens, quelle question étrange ? "Combien de points vous reste-t-il ? "Six je crois. Sept peut-être". Et là, je te le donne en mille : "Très bien, contrôle aléatoire, vous pouvez circuler." Des shérifs, je te dis.

J'étais fou. Je suis resté longtemps à essayer d'interpréter cet épisode. Un retard sur leurs chiffres du mois ? Me faire énoncer une faute à défaut d'en avoir constaté une ? Mais pourquoi cette question sur mon métier ? Et pourquoi surtout celle sur mes points, alors qu'ils disposent d'un fichier consultable à distance et à tout moment ? En fait, une conviction s'est installée en mois : ces deux keufs se la jouaient perso, en prédateurs, avec tout l'arsenal et l'ascendant de leur fonction, mais sans la loyauté ni la légitimité qu'elle leur enjoint : leur proie ? Un conducteur à moins de quatre points. Un qui pouvait basculer dans la suspension du permis sur le premier feu transgressé, ou au premier stop ignoré. Avec immobilisation et confiscation du véhicule. Je n'aurais eu que trois points et je le leur aurais dit, je suis sûr qu'ils m'auraient accusé les yeux dans les yeux d'un passage au rouge, m'auraient menacé de dresser une contravention, puis m'auraient proposé un arrangement "amiable", avec une petite commission à la clé pour leur compassion à l'égard de mes habilités professionnelles.

J'avais affaire à des ripoux, je ne vois pas d'autres explications. Des petits esprits vengeurs, vénaux, des cow-boys sans scrupule ni vergogne, qui ne méritaient que du goudron et des plumes. Hier, parmi les agents qui gonflaient la poitrine, sous un gilet pare-balle qui leur remontait au dessus du nombril, ces deux-là y étaient très certainement.