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03 mars 2012

"on" ne va quand-même pas voter pour "ça" ?...

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J'ai un ami, très cher, qui veut voter utile. Un peu par défaut, si je comprend bien, mais utile. Dans son esprit, ça s'appelle voter Hollande au premier tour. Il lira probablement ce billet.

Le même, lors de la primaire socialiste, avait voté Montebourg, le démondialisateur...

Et ce paradoxe, vois-tu, n'en finit pas de me laisser perplexe.

Je passe sur les qualités oratoires alambiquées de son favori, sur sa plastique erratique, sur ses rondeurs dissimulées... L'enjeu est trop important pour qu'on s'en tienne, lui comme moi, à des aspects aussi superficiels.

Il reconnaît pas mal de mérite à Mélenchon. Il aurait pu être enclin à voter Europe-écologie si, pour le coup, son vote n'avait pas été perdu dans un puits sans fond à 3%. Pas de menace Le Pen non plus, puisque le socialiste caracole en tête et devance la blondillonne de plus de 10 points.

Pourtant, il pense - aujourd'hui du moins - devoir voter "utile".

Mais utile à quoi, au juste ?

capitaine de pédalo.jpgQuand Hollande promet en meeting de faire la guerre à la finance, mais s'efforce illico de "rassurer" les marchés et les spéculateurs dans les colonnes de la presse britannique, cela fait-il du vote Hollande un vote utile ?

Quand il se résout à annoncer une tranche d'impôts à 75% au dessus d'1 million d'euros de revenus, mais qu'il envoie aussitôt des émissaires dans les milieux du football, de la chanson et du cinéma pour y expliquer qu'il ne le fera pas, que ce n'est qu'un "coup" de campagne, cela donne-t- il une crédibilité à la notion d'utilité ?

Quand il déclare qu'il veut renégocier le traité européen Merkozy, mais qu'avec son groupe au Sénat, où il est majoritaire, il laisse voter le mécanisme européen de stabilité, véritable carcan libéral, qui justement contient une obligation de ratification du traité en question, n'est-on pas en pleine inutile ubiquité ?

Qu'y a-t-il d'utile à donner un blanc sein à cette vision si étriquée de la gauche qu'il n'en reste presque plus rien ? Parce que le vote du premier tour, c'est bien ça : un chèque en blanc. C'est le signe de l'adhésion, pleine et entière.

Moi, j'ai une autre vision : le vote Hollande pourra être utile au second tour, s'il se passe quelque chose au premier. Si Eva Joly cartonne pour donner de la force à l'idée de la sortie du nucléaire. Si Poutou ou Arthaud incarnent un rassemblement de poids. Si l'union du "non de gauche" au référendum de 2005 réussit à se refaire. Sinon, même le vote Hollande du second tour sera inutile, je le crains...

Et ça tombe bien, il est en train de se passer quelque chose, à côté de quoi il serait dommage de rester.

Ce n'aurait pas forcément été mon choix initial, mais ça se passe : Mélenchon rassemble, et développe des thèmes intéressants et pédagogiques. Il a cassé l'effet de sidération auquel toute la classe politique et médiatique était en train de céder autour de la fille Le Pen. Il a nommé l'Orbanisation du régime Sarkozy, mission confiée à Claude Guéant. Il a cassé le mythe de l'intouchabilité de 31.jpgl'hyper-richesse en proposant 100% d'impôt au dessus de 360.000 euros de revenu annuel. Même sur l'écologie et contre toute attente, il est pertinent avec sa fameuse "planification écologique", sa dénonciation du productivisme, sa référence au scénario négawatt pour la sortie du nucléaire et la sobriété énergétique. Il est seul à donner du crédit, dans la clarté, au rétablissement de la retraite à 60 ans et à la sécurité sociale professionnelle.

Alors moi - c'est ma conviction mais elle m'a l'air tellement évidente - même si les accents plébéiens de Mélenchon agacent parfois : la seule chose d'utile qui pourrait arriver, c'est qu'il passe devant Bayrou au premier tour. Que ce soit lui, l'événement de l'élection, et que Hollande soit obligé de s'engager dans un contrat avec sa gauche, plutôt que d'aller s'encanailler au centre sur des promesses de désendettement à la con qui nous conduiraient inéluctablement dans une hellénisation de la France !

Il faut virer Sarkozy, certes, mais pas à n'importe quel prix ni n'importe comment ! Car derrière les déceptions et les humiliations, souviens-t'en, il y a toujours le fascisme...

Ça t'étonne, hein, que je fasse de la politique comme ça depuis mes vacances hongroises ?!? Mais c'est qu'à l'époque de TV5-Monde et d'Internet, je suis ici un peu comme à la maison. Avec du temps pour écrire en plus... Et puis l'Orbanisation, je l'ai sous les yeux.

D'ailleurs, puisque j'en ai pris le goût, j'ai encore entendu du Mermet hier soir. Une émission qu'il te faut absolument prendre le temps d'écouter : tous les discours de Sarkozy décryptés au moyen de procédés scientifiques. Ses mots, sa syntaxe, ses formes rhétorique de prédilection... Tout y est décortiqué, et c'est hyper instructif.

Nicolas-Sarkozy-discours-tribune_pics_390.jpgLe mot qu'il utilise le plus ? C'est "ça". Le "ça" qui "suffit !", le "ça" qui "ne peut plus durer". Le "ça" imprécis, impersonnel, qui établit immédiatement la connivence avec l'auditoire. Ou le "on", son deuxième mot, encore plus flou, responsable de tout, l'incarnation du laxisme, l'ennemi invisible, le lâche, qui permet de tout dénoncer et de ne rien expliquer...

Quand à ses formes négatives, interrogatives ou, le must, interronégatives, dont il use et abuse, elles ont des fonctions précises, parfaitement étudiées. A écouter d'urgence avant d'entrer dans les deux derniers mois de la campagne.

Quant à moi... Plouf ! Je retourne dans les eaux douces et soyeuses de Budapest. La campagne, je la reprendrai maintenant à mon retour.

26 février 2012

la Hongrie, l'autre pays des plombiers

L'Europe et le plombier polonais, tu te souviens ? En fait, il était hongrois, le plombier, et je m'en vais t'expliquer pourquoi... Mais c'est vrai que vu de Paris, et depuis la guerre froide, la Pologne et la Hongrie, hein, qui sait où est la différence ?

Tout a commencé mardi matin. Elle m'a pris en me rasant. Non pas l'idée de devenir président de quoi que ce soit - je laisse ça aux narcissiques compulsifs - mais la grippe. Enfin, une sorte de, une virose de l'estomac, il m'a dit, le docteur. J'en étais à rincer les dernières congères de mousse à raser derrière les oreilles quand j'ai été pris de sueurs froides, de sensations mi nauséeuses mi diarrhéiques, un état de malaise à me rouler par terre, et puis la soif, une soif inextinguible.

Ça m'a terrassé. Et j'ai été cloué au lit trois jours. Sans une once d'énergie.
 
Du coup, parfois dans un demi-sommeil, je me suis offert d'écouter in extenso les huit épisodes que Là-bas si j'y suis venait de consacrer à la Hongrie. Vive le podcast ! Une plongée intelligente dans des réalités complexes, que la stigmatisation des dérives populistes et liberticides de Viktor Orban ne suffisent à faire comprendre. Avec Daniel Mermet, la radio prend le temps. Le temps de pénétrer, le temps de rencontrer, le temps de confronter. Une immersion non pas émotionnelle mais factuelle et pédagogique. Il est si rare que je puisse écouter ses émissions, j'ai presque pensé que la grippe avait parfois du bon...

624_341_photo_1325533486129-1-0.jpgOn entendait pour la première fois que si Orban était un dangereux nationaliste, il avait aussi promulgué les lois parmi les plus sociales de ces dernières années, on comprenait qu'il en était ainsi parce que la social démocratie à la hongroise n'était que l'habillage sémantique d'une autre droite, libérale-globaliste, qui a commis un des plus vastes plans de privatisation et de remise en cause des acquis sociaux de toute l'Europe. On comprenait que les règles libérales de l'Union européenne avaient jeté sans vraiment d'alternative tout ce pauvre peuple hongrois dans les bras des seules idées nationalistes, parées de leurs relents racistes habituels. On comprenait qu'on ne pouvait se contenter de crier haro sur les attaques liberticides d'Orban, comme le font également les responsables européens et le FMI, mais qu'il était urgent de crier le même haro sur les solutions libérales appliquées à la Hongrie.
 
J'entendais revivre ce que Zoltan, retrouvé l'été 2007 sur une terrasse naturiste de Budapest, m'avait alors transmis, déjà, de la grande dérive de sa vie.

Et puis jeudi, en début d'après-midi, je commençais à aller mieux, le chauffagiste est venu. Révision annuelle de la chaudière dans le cadre du contrat d'entretien. Il s'est occupé un quart d'heure du chauffe-eau, qui après trois interventions pour pannes cet hiver n'avait besoin de rien, et a pris le café pendant une heure trente. Il avait entendu tout Mermet - privilège des métiers de la route - et était intarissable sur l'Europe, la Grèce, la Hongrie, la politique, l'histoire. On a refait le monde, imaginé le tzigane-hongrois-par-djamtala1.jpgrésultat des élections, partagé nos angoisses devant l'avenir libéral promis par les principaux candidats et les dirigeants de l'Europe, les risques de fascisme, et nos souhaits de rupture. Le débat Mélenchon-Le Pen n'avait pas encore eu lieu.

L'homme était charpenté et jovial. Un vrai maestro de la plomberie. De l'humour à chaque phrase comme tiré d'un film d'Audiard. Une voix du peuple. Indécise mais exigeante. Inquiète mais insoumise. Parfois perdue mais pétrie d'érudition. Une verve à produire de l'espoir. La classe ouvrière. La classe, quoi !

A la fin des années quatre-vingt dix, à ma toute première leçon de hongrois, ma prof avait proposé à notre groupe un jeu original pour nous familiariser avec cette langue. Chacun devait choisir un nom de métier, et elle nous en livrerait la traduction. Je venais de découvrir des problèmes d'eau dans mon appartement de Budapest, alors je choisis "plombier", espérant en secret d'un métier simple une réponse simple.

Et en quelque sorte, c'est toute la complexité cachée des choses qui me sauta à la figure. Tu parles de simplicité : "vízvezetékszerelő", c'est par ce mot que je suis entré dans la langue hongroise !

Il ne faut ainsi jamais oublier que derrière un plombier, il y a toujours un "réparateur de conduites d'eau". Et que ça a le mérite d'être plus clair. Que derrière un plan d'ajustement structurel, il y a toujours un projet de dépossession de richesses populaires par de grandes multinationales occidentales. Que derrière le Mécanisme européen de stabilité, il y a un projet durable d'asservissement des peuples européens à la finance.

Je retourne mercredi à Budapest, ma petite semaine à moi dans la natation et la grande musique. Et les bains chauds. Des fois que j'y croise un plombier aussi limpide pour me remettre la tuyauterie en état de marche...

21 février 2012

entrée en campagne

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C'était l'âge d'or des blogs. Ils fleurissaient, prospéraient. Ils croyaient faire la pluie et le beau temps. La crainte du sarkozisme avait stimulé les plumes, et l'heure était aux prises de partie. Ils incarnaient la victoire de la communication numérique, la démocratie se vivait en web deux point zéro. Et en temps réel. C'était il y a une éternité. C'était il y a cinq ans.

J'étais arrivé sur le tard. Sans doute l'avènement de Sarkozy m'avait-il plongé dans un profond ennui, comme m'y avait préparé une campagne absurde, elle-même dépourvue d'espoir, marquée par le sourire en papier glacé de Ségolène et l'éparpillement si décevant d'une expression plus authentique de la gauche.

Perdant mes petits matins endimanchés dans de futiles séances de surf sur le net, à la recherche de sexe plus que d'idées, de sensations crues, j'étais par hasard tombé sur le blog de ce jeune de cité, limite racaille, jeune père de famille, vivant sa bissexualité virtuelle avec la même intensité fantasmée présidentielle2012,jean-luc mélenchon,front de gaucheque sur un ring de boxe. Il mêlait dans ses textes, avec ses mots de banlieue à l'orthographe écorchée, essemessée, l'amour des siens, une quête affranchie de tabous, un rapport singulier à son corps, très analytique bien que dépourvu de références, et un positionnement éclairé sur la société stigmatisante à laquelle le tandem Sarkozy-Hortefeux donnait son assise.

Tombé en addiction avec son blog dès mai 2007, je me shootais à d'insatiables interactions, pleines de politique, d'introspection, de fantasmes aussi, et je m'aventurais dans une relecture de ma propre histoire.

Si j'étais passé à côté de la campagne, l'avenir obscurci qui s'installait en torpeur du quotidien frémissait malgré tout grâce à ces nouvelles fenêtres. La sienne en particulier. Je me liais à certains de ses personnages et de ses commentateurs, tous encore très présents dans mon imaginaire, même si j'ai perdu l'énergie d'entretenir ce lien avec la ferveur qu'appelaient à leur début ces nouvelles amitiés.
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Mon blog est apparu comme une étape de ce cheminement. J'avais raté la veillée d'arme. Il me restait la gestion convalescente de la défaite. M'engager n'avait rien d'héroïque car la blogosphère était une foule qui exultait, se donnait des rendez-vous flatteurs, se jaugeait, se classait, reproduisait les hiérarchies traditionnelles, se linkait et se relinkait. On y perdait le sens d'une certaine réalité, mais qu'importait puisque nous nous en recréions une autre, à nous, et que notre société secrète savait aller à la rencontre des autres. Facebook était alors une rigolade pour happy few de salon, les ados en ignoraient encore les vertus, et tweeter sommeillait dans son placenta.

J'ai souvent dans ce blog livré mes états d'âme. Tu n'ignores rien de mes errances, toi qui passes ou es passé. Rien de mes désillusions. Si j'y fais de la politique, c'est par révolte car j'ai perdu mon âme partisane. La politique m'a autant déçu par ses fan-clubs que par les glissements irrésistibles de ses institutions publiques dans la médiocrité libérale. Mais les rafles d'enfants à la sortie des écoles, la réforme des retraites, Fukushima et les hypocrites plans de sauvetage de la zone euro sont passés par là. Alors je n'ai pas renoncé à m'engager.

Il s'est déjà passé quelque chose avec la primaire socialiste, qui a su réveiller mon envie de m'en mêler, vite retombée par le choix de François Hollande. J'ai pensé un temps qu'avec Europe-écologie, j'avais l'opportunité de faire un saut plus net vers l'urgence écologique, de donner un coup de pied au cul de tous les détenteurs du productivisme, dans leurs versions libérale ou ouvriériste. Mais refaire un 2 ou 3%, cela en vaut il vraiment la peine ? Puis j'ai été gagné par la peur d'un retour du fascisme, saisi par l'efficacité du discours haineux entretenu à coup de voile islamique, d'identité nationale et de viande halal dans le contexte de la crise.

Et maintenant, une chose est en train de se dérouler. Le Non de gauche au traité constitutionnel de 2005, les forces éparpillées et lassées de 2007, semblent en train de retrouver le chemin de leur rassemblement. Qui aurait pu penser qu'avec sa gouaille marchaisienne, Jean-Luc Mélenchon réussirait, deux mois avant le scrutin, à capitaliser près de 10% des intentions de vote, à remplir autant les salles lors de ses meetings, et à tenir, en fin de compte, des raisonnements aussi censés ?

J'ai bien cru qu'avec ses coups de colère calculés et son ton austère, il serait dans la posture plus que dans la conviction ou dans les idées. Son talent d'orateur ne me paraissait pas suffire pour incarner le 00.jpgpossible révolté que j'appelais de mes vœux. Mais force est de constater que derrière les effets de manche ou les formules à buzz,  il mène un combat d'idées non complaisant. J'ai été séduit par sa virulence de fond face à Marine Le Pen. Et puis, lorsqu'il se laisse aller à évoquer des sujets plus sensibles et la perception qu'il en a, ou le cheminement qui a été le sien sur des questions de sociétés, il ne manque pas de chaleur, comme en témoignent les dernières minutes de l'entretien ci-dessous.

J'ai donc fait mon choix. Un choix qui me rassure car il me ramène dans un giron familier. Mais un choix inédit où le rassemblement a primé sur les logiques d'appareil.

Et qu'on se le dise : si j'ai raté 2007, le blog ne ratera pas 2012. A deux mois du scrutin, il entre en campagne !
 


18 février 2012

la civilisation de la rédemption

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En début de semaine, entre deux considérations sur la hiérarchie des civilisations, Claude Guéant a pris le temps de dresser le bilan 2011 de l'un des plus beaux fleurons de la nôtre : les caisses enregistreuses installées sur le bord de nos routes. Elles ont flashé 19 millions de fois et généré 630 millions d'euros de recette, qui désormais, pour les deux tiers, ne seront plus affectés à la sécurité routière (entendez à l'installation de radars supplémentaires) mais contribueront directement au désendettement de l’État.

Au total, entre 11 et 12 millions de points de permis ont été retirés pour la seule année passée. Ce qui est, conviens-en, un indicateur de valeur indiscutable en matière de civilisation. Tout autant sans doute que les 33.000 expulsions d'étrangers sans-papier ou quelques dizaines de rafles de leurs enfants à la sortie d'écoles.

Quant à moi, malgré quelques 30.000 km parcourus en 2011, j'ai réussi à n'en perdre... aucun ! Le dernier qui m'a été volé, c'était en août 2010, à la sortie de Narbonne : mon régulateur de vitesse n'avait pas résisté à la forte pente sur un tronçon à 50 à l'heure, et l'appareil avait crépité à mon passage autoroute-fribourg.jpgà 56 - compté 51. Seul en voiture, j'étais puni d'avoir quitté l'autoroute dans l'espoir de trouver une petite plage naturiste pour m'amuser quelques heures avant de rejoindre des amis dans la Drôme. Je n'ai jamais trouvé la plage en question, mais quelques heures plus tard, aux abords de Montpellier, une aire d'autoroute m'offrit de me soulager et d'oublier la mésaventure.

J'en suis donc toujours à six points sur mon permis, avec dix-huit mois à tenir avant de les avoir tous récupérés. Les six points qui me manquent, je les ai perdus tôt, pour un dans la première année des radars automatiques en 2003. Pour deux, à cause de l'utilisation de mon téléphone sans oreillette, un dimanche à la campagne en 2005, et pour trois à un feu rouge, considéré comme grillé par des policiers zélés un soir où, un peu excité, j'allais à l'opéra. Ça devait être au printemps 2009. A l'époque, même les petits dépassements de vitesse t'imposaient trois ans sans fauter avant de récupérer les points perdus. Une infraction qui aujourd'hui vaudrait un point avec un an de rédemption, mais la loi n'étant par principe jamais rétroactive, mes points, eux, sont toujours sous le coup d'un sursis de trois ans automatiquement reconduits à chaque nouvelle infraction.
 
permis de conduire.jpgPutain, dix-huit mois ! Est-ce que je tiendrai jusque là, pour me mettre franchement à l'abri de la perte de mon précieux graal ?
 
Tiens, d'ailleurs, j'avais une question à poser au seigneur des totems flashant : dispose-t-il de statistiques sur l'accidentologie liée aux coups de freins à l'approche des radars sur les voies rapides ? A-t-il une stratégie pour réduire la mortalité des deux-roues, la seule en hausse, et qui te laisse des potes en deuil aujourd'hui ?

 

22 janvier 2012

démence

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Mais qu'est-ce qui lui a pris de parler de semi-démence ? Il y a beaucoup à en dire, de la fille Le Pen : qu'elle est un fleuron de démagogie, l'héritière d'une tradition profondément anti-ouvrière et anti-populaire, qu'elle construit son parcours sur la haine de l'autre, que son "immigration zéro" est dépourvue non-seulement d'humanisme, mais de toute efficacité économique, qu'elle est une dangereuse stratège, qu'elle est peut-être celle par qui le fascisme reviendra en France, au nez et à la barbe de ce qui ont voulu s'en jouer, qu'il y a à ce titre du démon en elle. Du démon. Mais pas de la démence. A trop chercher à faire le buzz, il a dérapé, le père Mélenchon. Dommage, parce qu'en dehors de ça, c'est à dire au delà de ses fanfaronnades, il semble que ce soit lui qui réussisse à incarner un petit début de rassemblement prometteur, à gauche. Qu'est-ce que ça va donner, d'ici les quelques mois qui nous séparent du premier tour de la présidentielle ?

Marine Le Pen, c'est une vulgaire courtière de casino : si tu te fies à elle, tu es à peu près sûr de tout perdre. Elle prétend détenir le secret de la combinaison magique qui t'assurera la prospérité : trois mesures pour abolir le code du travail, sept obsessions contre les libertés publiques et syndicales, et puis surtout le Graal, la préférence nationale, qui promet la fin des droits sociaux pour les étrangers, la lutte absolue et définitive contre les immigrés. Le trio d'un poker étincelant, trois dés en 421, la lame d'un couteau.
 
On ne sait pas encore à quelles tragédies cette mise nous promet, on ne sait pas si au bout d'une trajectoire que rien ne viendrait interrompre il y aura des camps, des trains ou des fours, mais on sait déjà que des enfants seraient privés immédiatement d'allocations familiales, des jeunes interdits d'emploi et des familles entières de logis. Cela s'appelle une œuvre civilisatrice. On sait aussi, même si elle s'attache à faire croire le contraire, qu'elle ne veut pas se défaire de l'oligarchie de l'ultra-richesse, mais qu'elle veut juste y accéder, y conduire son camp, et s'accaparer de sa part du gâteau.

Le temps de ce billet, appelons-la la Dame de Pique. Juste pour souhaiter que ses promesses - son secret d'opulence, trop de fois proclamé - ne l'emporte elle, comme dans la nouvelle de Pouchkine dont Tchaikovsky a fait un mémorable opéra, plutôt que nous autres, pauvres misérables asphyxiés par la crise et tout juste distraits de nos authentiques désirs par l'attrait pour l'aventure du jeu.

Lev Dodin en propose une lecture originale - par l'approche plus que par la nouveauté puisqu'il s'agit d'une reprise - à l'Opéra Bastille ces jours-ci. J'étais, jeudi, à la Première, en présence du metteur en scène russe qui s'est fait copieusement huer, sans doute parce qu'il a tronqué le cadre léger des jardins publiques de Saint-Petersburg ou de ses salons volages pour celui d'un hôpital psychiatrique, avec ses fous et ses nurses. Le héros de la pièce n'en est plus le jeune homme impétueux, partagé entre son amour pour l'inaccessible Lisa déjà promise à un Prince, et sa fascination pour le secret que détient sa grand-mère, mais l'état de semi-démence - nous y voilà - où le conduit cette double addiction.

Les amis de Herman, qui dans la pièce de Pouchkine se gaussent de sa puérilité amoureuse, et titillent son goût pour le jeu, le poussant malgré eux à la déraison, sont ici des docteurs, testant leur malade pour en tirer des observations médicales. Une modernité que les classiques n'auront pas appréciée, sans doute.

C'est drôle, cette tradition des huées, à l'Opéra. Coline Serreau aussi a été huée, à la Première de Manon, le 10 janvier. A mon avis, pas pour la modernité de ses partis-pris scénographiques, mais  plutôt pour leur inaboutissement. Pas facile, de passer du cinéma et de ses plans serrés à la scène d'un théâtre, vaste, dont le public ne se rapproche jamais !

Pour Manon aussi, le jeu était une expression de liberté. Sa façon à elle d'échapper à la misère, quitte à entrainer son chevalier Des Grieux sur le terrain de l'illusion et de la dépersonnalisation.

Tous et toutes ont perdu à ces jeux-là. Lisa se jette dans la Lena gelée, et Manon meurt d'épuisement dans sa fuite en plein désert. Herman et Des Grieux ne connaissent pas de sort plus enviable.

Moralité : en littérature comme en politique, détourne-toi des Dames aux recettes miraculeuses : elles piquent. Moi, je les hue !

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08 janvier 2012

bonne année bon dos

voeux politiques

J'ai sauté un dimanche, dis-donc ! Bon, mais il n'est pas trop tard. J'en suis juste réduit à un tir groupé : bonne année, bonne galette. Et puis bon dos, c'est important le dos, on ne le dit jamais assez.
Le mien tyrannise mes nuits, espace mes séances de nage, m'oblige à des stratégies de maréchal pour sécher mes pieds, enfiler mes chaussettes ou lacer mes chaussures.

Que te souhaiter d'autre : de la musique, beaucoup de musique, ça panse le reste, la musique.

De l'amour, mais là tu n'y peux rien. L'amour est comme ça ("el-hobbe kéda"), chantait hier soir Ghalia Benali, reprenant un refrain populaire d'Oum Kalthoum à l'Institut du Monde arabe. Tantôt il te magnifie, tantôt te laisse pantoie, mais si tu en veux, tu es bien obligé de tout prendre...

De l'espoir. Je sais, ça c'est dur. Tu voudrais que notre hollandais volant t'emmène dans le domaine du rêve, ou dans celui du courage, tu voudrais pouvoir t'accrocher à lui pour avec lui renverser les oligarchies financières qui ont confisqué toute la richesse et tout le pouvoir. Bon, ben ça va pas le faire... il s'en tient à son rôle de vaisseau fantôme, rivalisant sur le terrain de la petite phrase ou celui de la bonne gestion. Faut chercher ailleurs ! Peut-être en dehors des institutions démocratiques traditionnelles, verrouillées, aseptisées, détournées de leur fonction : ce n'est manifestement plus là que se trouve le sens du bien commun. C'est la première fois que je commence une année en pensant que ma génération connaîtra peut-être le fascisme. Ça plombe l'ambiance, hein !?!... Voilà mon analyse, en fait : j'ai l'impression que le rejet "de gauche" de la politique a pris ses distances avec les tripatouillages stériles qui alimentent les faux-semblants, les jeux d'alternances sans perspective, sans projet. Ce rejet là, trop conscient, trop lucide, mise sur une expression démocratique en dehors des institutions en place : il expérimente des formes d'échange alternatives, des formes démocratiques alternatives, il essaie de construire un autre chose à son échelle. Il rejette l'état du monde mais sans s'en remettre à un lendemain qui chante ni à un pouvoir à s'accaparer. Il ignore l'esprit de boutique qui caractérise notre vie politique. C'est Patrick Viveret qui en parle très bien. Et puis il y a l'autre rejet, celui du repli, de la faute sur l'autre, de la compétition des misères, celui qu'on appelle populiste et qui joue sur les bas instincts, le racisme, celui qui mêle burqa et oligarchie financière dans la même phrase pour brouiller les pistes, celui qui aveuglément pourrait s'en remettre simplement à un autre pouvoir comme pour donner un coup de pied de désespoir dans la fourmilière.

C'est peut-être pour avoir vu Apocalypse - Hitler, l'excellente série de France télévision l'année dernière, que j'en viens à penser que seul ce rejet de droite, porteur de fascisme, est capable de rivaliser, en terme de pouvoir, avec le système en place, parce que lui a décidé de se servir du système de l'illusion démocratique pour commencer son œuvre.

Bon, ma culture politique m'incline à penser que rien n'est joué à l'avance, qu'il y a toujours place à voeux politiquesl'action, à la conscientisation, mais putain qu'ils ne nous aident pas, tous autant qu'ils sont, nos hommes politiques ?

Mélenchon, Joly, Joly, Mélenchon ?... C'est sans doute entre les deux que mon cœur balance, sans qu'ils ne me donnent ni l'un ni l'autre totalement matière à y voir l'incarnation d'un espoir crédible. Mais bien que désabusé du système, je n'ai pas âme à devenir totalement renonçant...

A mon corps défendant, je ferai donc un roi le 6 mai prochain. Un roi par défaut, à l'hypocrite frangipane, mais un roi.

Qu'au moins la galette soit bonne à midi !

Ah, et puis une résolution quand même : celle de retrouver ici de la régularité (mais tu sais ce que valent les résolutions de début d'année...)

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Illustration volée à Michel CARLIN

29 novembre 2011

sur l'air de "quand je pense à fernande"

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Hollande a donc décidé qu'il ne nous ferait pas bander. Pas rêver, pas kiffer. C'est la crise ! Il a décidé de se faire élire sans les écolos et sans la gauche. Avec le centre, c'est la crise, je te dis. Ce serait à mourir de rire si ce n'était pas à pleurer...

Il a choisi le plus à droite de ses rivaux comme directeur de communication, décidé de jouer les pères-la-rigueur, avec juste de belles pensées pour l'école, et encore moyennant d'obscures "contre-parties" que les enseignants apprécieront, ça fait homme d'avenir. Note qu'il avait recommandé à Jospin de mener campagne avec cette même posture un peu fade. Ce n'était pas la crise, mais ça avait eu un succès retentiissant. On en rigole encoe dans les chaumières cossues du néolibéralisme. Il y ajoute le sel de l'intrusion non dissimulée du lobby nucléaire, venu s'immiscer sans voile jusque dans les négociations inter-partis - vive la démocratie techno-industrielle ! - le poivre de l'accord encombrant devenu sans objet - vive la Vè République -, et la sauce moutarde-au-miel de l'œillade plein cadre à Bayrou - coup de fusil dans son pied gauche, pour reprendre l'expression de Mélanchon.

Arnaud avait pour lui un talent de tribun, sans égard pour le modèle économique qui entraîne l'Europe gogo.jpgpar les grands fonds, Martine d'afficher du courage et d'assumer un tranquille ancrage à gauche, Manuel, s'il s'était tu, on aurait pu l'imaginer en gogo boy sous une boule scintillante de boîte de nuit. Manuuuuuu !!....

Franchement, d'une façon ou d'une autre, j'aurais peut-être pu, à un moment ou à un autre, sentir quelque chose frémir en moi, au niveau du bas-ventre. Mais Hollande. Pourquoi rime-t-il avec Fernande, ce con, alors que non, je vois pas, vraiment ? Je l'aurais plutôt fait rimer avec Lulu, même si c'est ma thématique d'automne, car là je ne bande plus - mais plus du tout.

La bandaison, papa, ça ne se commande pas.

Déjà que le 22 avril, ce ne sera pas facile de savoir quoi faire, mais le 6 mai... quelle tristesse !

25 novembre 2011

le continuum des violences masculines et néo-libérales

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Evidemment, Francis a raison, les commentaires sur DSK, et tout l'étalage obscène qui va avec, ça suffit ! Ça devient une machine à blé et ça pue. Autant que le Poker, n'est-ce pas Monsieur Patrick Bruel ?

Tout ? Pas si sûr... Il y a au contraire, je crois, dans cette affaire, dans ces affaires, de quoi réfléchir sans complaisance. Car c'est trop facile de renvoyer DSK dans les cordes d'une vulgaire histoire de moeurs. Trop facile d'invoquer le dégoût du puritanisme, et de faire comme si. Comme si l'abus de pouvoir relevait de la sphère privée. Comme s'il n'y avait aucun lien entre violence et puissance, comme si céder était consentir, avec ou sans dollar.

J'aimerais que tu lises le texte téléchargeable en suivant ce lien. C'est une contribution de Jules Falquet qui s'intitule "Briser l'impunité du continuum des violences masculines et néolibérales". C'est probablement la réflexion la plus intelligente qui ait été produite sur la séquence. Cinq feuillets, au format Word, rédigés avant que n'éclate la dernière des affaires, celle du Carlton, des filles à répétition et de la connivence financière et sexuelle entre un puissant homme politique et un grand groupe du BTP (une version actualisée paraîtra prochainement dans la revue Nouvelles Questions Féministes, fondée en 1981 par Simonde de Beauvoir).

Je te laisse aller y lire la totalité, et ne t'en livre là que trois ou quatre paragraphes pour te mettre l'eau à la bouche :

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(...) "Premier élément : il s’agissait de deux personne gagnant leur vie en dehors de leur pays d’origine, nafissatou diallo,tristane banon,piroska Nagy,prostitution,violence faite aux femmes,néolibéralismecomme tant de personnes sont aujourd’hui amenées à le faire du fait de la mondialisation. L’un, en voyage de travail, dépensait 3000 dollars par nuit pour louer une chambre d’hôtel. L’autre, ayant non sans difficultés réussi à obtenir des papiers pour avoir le droit de vivre et de travailler légalement aux Etats-unis, gagnait peut-être 5 ou 10 dollars à nettoyer la chambre du premier.

Pour nos deux personnages comme pour tant de gens aujourd’hui, se maintenir sur le marché du travail n’a pas été chose aisée : il a fallu faire quelques entorses à la légalité. Mme Diallo aurait un peu déformé la vérité pour émouvoir le cœur endurci des autorités migratoires, afin de se voir autoriser à rester travailler sur le sol nord-américain. Mr Strauss Kahn lui aussi, pour continuer de gagner sa vie en politique, aurait plusieurs fois flirté avec l’illégalité. Ainsi, en 1999, il a été mis en examen dans le cadre de l’affaire de la MNEF, où il a reconnu avoir reçu un chèque de 603.000 francs contre une facture anti-datée par ses soins (accusé de faux et usage de faux, il est ensuite relaxé). En 2000, c’est pour emploi fictif au profit de sa secrétaire, rémunérée par Elf à hauteur de 192.000 francs, qu’il est mis en examen pour recel d’abus de bien sociaux (non-lieu). En 2001, ce chaud partisan de la rigueur budgétaire reconnaît avoir accordé une remise fiscale de 160 millions de francs (ça fait beaucoup de chambres d’hôtel à nettoyer) lorsqu’il était ministre de l’économie, au couturier Karl Lagerfeld, en échange d’une cassette contenant des déclarations compromettantes du financier secret du RPR, Jean-Claude Méry.

Antécédents : un peu d’histoire économique et (post)coloniale

La Guinée, dont est originaire Mme Diallo, est un pays fort riche : elle possède notamment de fabuleux gisements de bauxite, exploités avec l’appui de la Banque mondiale, du fer, de l’or, des diamants, du pétrole et de l’uranium, ainsi qu’un grand potentiel hydraulique. Pourquoi peine-t-elle donc tant à se développer ? Est-ce parce qu’en 1958, quand elle acquit son indépendance, cette ancienne colonie française refusa avec impudence « l’association » avec l’ancienne métropole ? Est-ce à cause de la longue dictature de Sékou Touré qui a suivi, jusqu’en 84 ? Ou de l’incurie de Lansana Conté, trois fois réélu ensuite avec l’appui indéfectible de la Françafrique, de 84 à 2008, alors même qu’il était internationalement accusé de fraude ?

D’abord professeur d’économie, puis co-fondateur d’un cabinet d’avocats et homme politique, Mr Strauss Kahn devient dans les années 80 l’économiste fétiche du PS. Il y représente une tendance bien peu à gauche : c’est lui, par exemple, qui a mis en œuvre la privatisation de France Télécom et a procédé à des privatisations massives lorsqu’il était ministre de l’économie et des finances. On le connaît aussi pour avoir enterré la Taxe Tobin ou pour souhaiter sans ambages la privatisation de l’université —il déclarait le 19 septembre 2006 dans Libération « Pour moi, il n'y aurait pas de scandale à ce que la chaire de physique nucléaire de Paris-VI soit financée par EDF, si EDF trouve que c'est bon pour son image. » En 2007, avec l’appui décidé de Mr Sarkozy, il devient directeur du FMI.

Mme Diallo a quitté un pays exsangue et en crise il y a plus d’une dizaine d’années. Aujourd’hui, le FMI que dirigeait Mr Strauss Kahn continue d’imposer à la Guinée les recettes drastiques des "Pays pauvres très endettés" (PPTE), sans que l’on puisse constater de véritable amélioration de la situation du pays. Les recettes de ce même FMI dirigé par ce même Mr Strauss Kahn, en Irlande, en Grèce, en Italie, ne semblent pas avoir donné les résultats macroéconomiques escomptés. Par contre, au niveau micro, c’est réussi : des dizaines de milliers de personnes descendues dans la rue, protestant avec la dernière des énergies contre l’appauvrissement brutal qui leur est imposé, les coupes dans le budgets publics de la santé et de l’éducation, l’obligation de travailler de longues années supplémentaires et/ou le chômage ou les petits boulots pour seul horizon.

nafissatou diallo,tristane banon,piroska nagy,prostitution,violence faite aux femmes,néolibéralismeDans le monde entier, c’est le FMI qui a aggravé la pauvreté et la misère par l’imposition de ses "plans d’ajustement structurels". Dirigé jusqu’à cet été exclusivement par des hommes occidentaux, blancs, riches et âgés, les politiques du FMI ont jeté des centaines de milliers de personnes sur les routes de la migration, obligées d’accepter n’importe quelle activité précaire, mal rémunérée et mal considérée, pour survivre. Pour beaucoup de femmes, le seul choix s’est résumé à (1) l’usine dans une zone franche ou dans l’agro-industrie exportatrice (2) le ménage ou le travail de care (3) le marché du sexe. De fait, Mr Strauss Kahn l’économiste a vivement encouragé l’ouverture de zones franches à Sarcelles et dans les banlieues françaises, on dit qu’il ne dédaignerait pas le recours à la prostitution, et il est désormais évident qu’il connaît bien les nombreux problèmes occasionnés par l’emploi de domestiques.

Le huis-clos de la suite 2806 : vertige de l’amour ou choc des inégalités ?

Ainsi, dans la suite du Sofitel, il y avait malheureusement bien plus que deux personnes égales en droits et en libertés : il y avait aussi une longue histoire de colonisation, décolonisation et re-colonisation, dont l’un des aboutissements est l’actuelle phase néolibérale. Un néolibéralisme qui a fabuleusement enrichi les uns, les rendant capables de dépenser 14.000 dollars pour un mois de loyer en "dépannage", et qui a drastiquement appauvri les autres, les obligeant à raconter avec force détails des viols réels ou imaginaires aux fonctionnaires de l’immigration de pays étrangers, pour pouvoir résider dans la plus célèbre démocratie du monde.

Alors, est-ce donc un sentiment de toute-puissance du directeur du FMI, sur le point de rencontrer Mme Merkel pour continuer à deviser de l’imposition des politiques économiques particulièrement brutales à la population grecque, qui l’a grisé au point de se laisser aller à des actes sexuels précipités avec une inconnue, apparamment sans même se demander si cette femme consentait ou non, et si oui pourquoi, à ces actes ?

Il est troublant de constater qu’à l’instant décisif de leur rencontre, le directeur du FMI recueillait précisément un des fruits de son travail : il avait devant lui une de ces personnes dont le pays est appauvri par les plans d’ajustement structurels, rendue Noire par la migration, une travailleuse rendue inférieure par l’exercice d’une profession déconsidérée, probablement harassée par la dureté physique de son travail et ne souhaitant en aucun manière menacer la sécurité de son emploi. Si l’on est romantique, on peut souhaiter rencontrer une personne sous un meilleur jour. Mais si l’on est opportuniste et pressé, on peut se féliciter d’avoir contribué à créer une "proie" aussi idéale. Pour couronner le tout et mettre les points sur les i, l’agression sexuelle transforme le violeur en "vrai" homme et l’agressée en "rien qu’une femme". (...)