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16 avril 2012

quand les lignes bougent

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Le Monde publie ce jour une enquête où il apparaît qu'un électeur sur deux a changé d'intention de vote depuis six mois.

Longuement commentée dans les colonnes du journal, Pascal Perrineau souligne en particulier à son propos :

"(...) N'oublions pas Mélenchon. C'est lui qui déplace le plus les lignes, qui crée une vraie dynamique, régulière, qui le fait passer de la marginalité à la position d'outsider. En outre, c'est lui qui, par sa progression, enclenche une dynamique de l'ensemble de la gauche ; avant qu'il ne fasse irruption sur la scène, il n'y a pas de dynamique de la gauche.

Ce qui m'a étonné, c'est sa capacité, dans le temps court d'une campagne, à réactiver des mémoires politiques enfouies, des cultures qu'on croyait lyophilisées. L'historien Marc Lazar le disait : le Parti communiste est mort, mais la culture communiste est toujours là, diffuse, chez bon nombre d'électeurs de gauche, de l'extrême gauche jusqu'au Parti socialiste.

Pour la première fois depuis longtemps, un homme est capable d'incarner cette culture que l'historien François Furet aurait qualifiée de révolutionnaire. Il l'a fait en trois temps : d'abord en solidifiant autour de lui l'électorat communiste, ensuite en mettant à genoux ce qu'avaient construit Olivier Besancenot et Arlette Laguiller, enfin en s'attaquant au môle socialiste, avec un succès non négligeable. Il y a là quelque chose de très intéressant, qui ressort très bien des entretiens qualitatifs : il réveille des énergies et des électeurs dormants ou démobilisés.

C'est certainement favorisé par le grand mouvement des "indignés" réactivé par la crise, qui n'a pas réussi à s'organiser mais qui est présent en France comme ailleurs. C'est très intéressant cette capacité de renouer le temps long d'une mémoire enfouie avec le temps court d'une indignation. Tout cela est présent dans la parole des électeurs qui ont rallié Mélenchon. En particulier d'électeurs socialistes, qui ont toujours eu un complexe vis-à-vis de celui qui est plus à gauche. Ce vieux complexe est en train de réapparaître(...)"

En une semaine, les lignes vont encore bouger, plus vite et plus fort encore. Avec l'envie de réussir à faire passer Marine Le Pen loin derrière Mélenchon. Avec la tranquilité de savoir que la gauche a suffisemment de dynamique pour s'épargner un nouveau 21 avril. Avec la certitude d'enfin compter face à l'agression des marchés financiers. Avec l'utopie joyeuse des espérences qui se lèvent.

01 avril 2012

la nostalgie, le phénomène et les imbéciles

 présidentielle 2012,Mélenchon,parti socialiste

Je suis à Marseille pour un week-end prolongé. Une pause dans la campagne et ses inévitables passions. Je ne fais pas assez attention à Maman. Je dois descendre plus, plus souvent, prendre soin d'elle et de son âge avançant. J'ai fixé aux fenêtres les stores vénitiens qu'elle avait achetés mais qu'elle ne parvenait pas à visser. Elle reste vaillante, mais à 75 ans, ses doigts et son épaule ne répondent plus comme avant.

Hier, sous un soleil estival, j'ai rejoint la mer en passant par les abords de la fac Saint-Charles. Un coup d’œil, comme à chaque fois, vers cette fichue fenêtre du 9ème étage de la cité universitaire où Ali avait couvé mes peines dans l'innocence des siennes, il y a vingt-cinq ans.

Sur la plage, bondée comme en juillet, deux jeunes hommes insouciants de leur beauté jouaient au volley avec un ballon d'enfant. J'ai eu la nostalgie de ces années ici, sans toutefois regretter leur lumière excessive et agressive. La nostalgie est douce, aigre, souvent utile parce que riche de sens. Mais elle n'est pas une ligne de conduite.

Certains se sont fait un métier de déceler dans la campagne de Mélenchon quelque chose de nostalgique, les Verts en particulier - je suis triste du zèle qu'il y mettent - s'amusent à évoquer une campagne "à la papa", où Claude François et Mélenchon, rassemblés dans le même panier des inutiles icônes, réveilleraient juste des tendres souvenirs qui feraient le "phénomène Mélenchon". C'est vrai que l'ami Jean-Luc ne lésine pas sur les symboles historiques, ni sur les références. Moi je crois qu'il vaut mieux cette part d'érudition et cet ancrage culturel pour se projeter vers l'avant. Les voyageurs sans bagage sont les plus dangereux.

présidentielle 2012,Mélenchon,parti socialisteIl n'y a pas de "phénomène Mélenchon". Ce n'est pas lui qui fait se lever les masses, ce n'est pas lui qui jette les foules dans les rues. On ne va pas à ses meetings pour l'entendre, le voir ou le toucher. La télé ou internet sont très bien pour apprécier son indéniable talent. S'il a un mérite, dans cette campagne, c'est qu'il est le révélateur non pas de la colère qui gronde, mais de sa capacité à servir à quelque chose, à incarner une conscience grandissante, qui veut s'épargner ce que le social-libéralisme a infligé à la Grèce, puis à l'Espagne.

Il n'y a pas de phénomène Mélenchon, il n'y a pas de fan club, on ne crie jamais son nom dans ses meetings. Il y a juste un début d'insurrection citoyenne. Ce mouvement se cherche depuis longtemps. Il est passé par le NON en 2005 avant qu'on ne le fasse rentrer dans le rang. Nos institutions de la Vème république avaient pour habitude de le dévoyer, de le tuer dans l’œuf. Le rejet de la vaine alternance droite-gauche a même cru pouvoir s'exprimer par son centre. Ainsi, on a rejeté en 2007 l'idée d'une factice différence par celui qui représentait l'entre deux des semblables. Il n'y avait pas d'enthousiasme dans le vote Bayrou, mais au moins permettait-il de montrer que l'on n'était pas dupe. Et comment aurait-il pu en être autrement, quand nos foutus partis de gauche alternatifs étaient partis chacun de leur côté défendre les intérêts de leurs boutiques.

Il n'y a pas de phénomène Mélenchon, mais en 2012, grâce au Front de gauche, à cette belle évocation de l'union retrouvée et du désintéressement, ce rejet de la politique de l'apparence a trouvé un outil autrement plus performant pour s'exprimer, où il n'est plus question de sortir de l'impasse par son milieu - quel leurre ! - mais par la révolte citoyenne.

Pris au dépourvu de cet espoir renaissant, ceux qui n'avaient qu'une austérité de gauche à proposer en échange de l'austérité de droite, ou du centre, sans stratégie de rechange, font haro sur le baudet. Le phénomène Mélenchon est un effet de mode, un cri de colère, inaudible et inutile. Pire, qui fait le jeu de Sarkozy en empêchant d'aller ratisser au centre. Dans leurs vues, il faudrait renoncer au changement pour réussir à changer. Ne rien changer tout en appelant ça changement. Ils n'ont jamais imaginé l'emporter autrement qu'en se faisant tout petit, ils n'ont jamais cru renégocier un traîté européen autrement que pour y ajouter un mémorandum moral non-contraignant. Ils n'ont aucune visée économique alternative à la réduction de la dépense publique. Ils manient des leurres et serrent les fesses en espérant que ça ne se verra pas trop. Et pour finir, ils refusent la discussion, le débat, croyant que c'est ainsi que se consolide l'image du présidentiable.

Ce sont des imbéciles ! C'est leur manque d'audace, leur incapacité à porter un rêve concret, à s'appuyer sur ce qui monte à gauche pour élever leur ambition de changement qui fera perdre la gauche. A cause de cette courte vue, on risque d'en reprendre pour cinq ans... Je ne l'espère pas, je le redoute, je le vois venir et les vois s'enfermer, aveugles, s'agitant pour culpabiliser ce qui se passe autour de Mélenchon pour n'avoir rien à bouger de leur stupide quête de pouvoir. On a le parti socialiste le plus bête du monde.

28 mars 2012

le Xème homme

'La rivière est sortie de son lit et quoi qu’il arrive elle n’y retournera pas de sitôt'' (Mélenchon, Lille, 27 mars 2012).

26 mars 2012

les belles personnes et les esprits faibles

 la ciotat.jpg

Je n'avais pas vingt ans.

Mes parents étaient d'actifs militants communistes. Permets-moi de te dire qu'il n'y avait pas de place pour le racisme dans les réunions de cellule : mon père pouvait en concevoir de violentes colères. L'élection de 1981 avait été vécue dans un mélange bizarre d'amertume, de joie et de méfiance. Les 15% de Marchais au 1er tour avaient été une rude déception. Certains communistes en réunion évoquaient une consigne de "vote révolutionnaire à droite" pour le second tour. Mes parents n'y accordaient aucun crédit : pour eux, la politique se jouait à visage découvert. Même si les plus vieux camarades n'avaient guère d'illusion et multipliaient les mises en garde contre Mitterrand, la victoire du 10 mai fit majoritairement naître une immense espérance. Je me souviens bien que moi, et toute la famille à la maison, étions d'abord dans cette espérance, et avions envie d'oublier toute défiance.

Puis les années ont passé. L'abolition de la peine de mort, la retraite à 60 ans, les 39 heures, joyeusement applaudies étaient déjà loin. De réunions de cellule en réunions de cellule, on se félicitait moins et on s'inquiétait plus, de nombreuses décisions gouvernementales n'enchantaient plus. Et puis les premières mesures d'austérité sont arrivées. Et puis les premières fermetures d'usine.
 
les ministres communistes sous mitterrand.jpgLes chantiers navals de La Ciotat, première activité délocalisable, par excellence, ouvrit le bal. Nous avions un voisin qui travaillait à La Ciotat. Un robuste ouvrier issu de l'immigration portugaise. Un lecteur du journal, un sympathisant, comme on disait. Les communistes avaient beau prendre leur distance, dénoncer la dérive de la rigueur, préparer leur sortie du gouvernement, il n'a jamais su considérer autrement le licenciement qui le frappait que comme une trahison des siens. Il a pris ses distance avec les communistes, qui ne savaient plus quoi lui proposer, n'a jamais plus parlé à mes parents. Nous avons su, ou cru, qu'il s'était mis à voter Le Pen.

Mais peut-être, saisi par la paralysie politique, renonçant à croire au changement de société, devint-il simplement abstentionniste. Peu importe.
 
Parmi les théories très en vogue chez les commentateurs, il en est une qui fait flores depuis longtemps. Ressassée sur tous les tons, aussi indiscutable qu'il fait beau quand le soleil brille ou qu'un verre vide n'est donc pas plein, c'est la théorie des vases communicants : l'extrême-droite et l'extrême gauche pêchent dans les mêmes eaux, la concomitance de la montée de Le Pen et de l'effondrement du parti communiste en constitue la preuve indiscutable sur ces vingt dernières années : les seconds sont allés chez les premiers sans sourciller : avides de discours faciles et peu regardant sur les valeurs, les pauvres sont bêtes, c'est bien connu, quant aux ouvriers, n'en parlons même pas ! Et si Mélenchon remonte ces temps-ci chez les ouvriers, c'est qu'il pique ses électeurs direct à Marine Le Pen. Aucune valeur, je te dis ! cqfd.

La version moderne de cette analyse à deux balles a été, au début de cette campagne, le "populisme" supposé, coulant de source, commun aux candidats du front de gauche et du front national : âpreté au débat, ton vindicatif, l'affaire était faite.

Il aura fallu que Jean-Luc Mélenchon mette le paquet dans ses discours et ses explications pour que plus personne ne s'autorise ce parallèle, et il était réjouissant de trouver ces jours-ci dans le Monde un papier découvrant au contraire que "Mélenchon cultive son électorat" : son populisme était donc illusion. Une invention des "belles personnes", selon le mot de Victor Hugo qu'il affectionne pour parler des bourgeois. Fermons le ban sur ce plan, mais revenons un instant à la théorie des vases communicants.

Comment Mélenchon démonte-t-il cette thèse ? D'abord avec ce constat, délivré par les instituts de lepen.JPGsondage fin février : on ne passe pas du vote front national au vote front de gauche. Si Marine Le Pen n'avait pas eu ses signatures, les 17% d'intention de vote qui lui étaient attribués seraient allés sur Sarkozy, puis sur Hollande et Bayrou. Mélenchon n'en aurait récupéré qu'à peine 1%. Puis avec cette analyse. C'est la droite qui s'est extrême-droitisée. Il y a toujours eu 30% d'ouvriers qui votaient à droite, c'est le jeu démocratique. Déceptions et trahisons aidant, cet électorat s'est tourné vers le Front national, et d'autant plus nombreux que les médias accompagnaient complaisamment l'opération dédiabolisation du Front National. En réalité, entre les années 80 et les années 2000, il y a eu un glissement vers la droite de l'ensemble du corps électoral, du personnel politique, et des idées. Le capitalisme n'avait plus de rival, il était la modernité, le bout de l'histoire, l'individualisme en était son corollaire et le rejet de l'immigré sa version droitière, décomplexant le racisme ordinaire, la haine, parée de son bruit et de son odeur.

Si le corps électoral a globalement glissé, interdisant à toutes les forces politique de se dédouaner, Mélenchon parle d'"esprits faibles" pour évoquer ceux qui, peu nombreux, auraient pu faire le grand pont, du communisme à Le Pen.
 
Et aujourd'hui, si la poussée de Mélenchon "gauchit" tous les discours - de celui de Hollande aux propositions se Sarkozy, s'il grimpe parmi les ouvriers, si Marine Le Pen se tasse au point qu'elle pourrait bien finir cinquième roue du carrosse, si le total de gauche n'a jamais été aussi haut, ce n'est pas parce que l'électorat du FN aurait découvert des vertus à Mélenchon, mais parce que le glissement s'est enfin opéré en sens inverse. Et ça pourrait bien ne pas s'arrêter là. Ni au jour de l'élection.

22 mars 2012

à l'assaut de l'espoir

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Journée mondiale de l'eau, mais la ligne de flottaison est inapparente.

Tout s'est emballé et j'ai préféré me taire. Je n'avais pas le choix. Rien à dire, l’œil rivé, comme toi, au fil de l'actualité. Toulouse est loin, l'Afghanistan est loin. Mais la folie toujours si proche. Qui rôde.

De la jeunesse turbulente, de la prison, un goût morbide et maniaque pour les armes, une tentation pour la légion ou, tant pis, pour les tribus pakistanaises. Une référence idéologique bien futile pour donner un semblant de sens à un pur délire sanguinaire.

Une gueule d'ange, et ça ça fait mal.

Fallait-il que des petites filles juives viennent sublimer la liste des victimes pour que du renseignement l'on en vienne à la traque ? Nous dira-t-on jamais tout, de la part de calcul et de celle de la simple inefficacité ?

Encore une fois, à deux pas du drame, c'est mon copain Manu qui aura écrit dans une sourde raison prémonitoire, l'épaisseur la plus sincère du désarroi, entre excitation et instincts saturés, forcément voyeurs.

Un voile sur la campagne, qu'ils avaient dit... Alors qu'ils ont tous joué une posture, une survie, espéré jusqu'à la nausée tirer des origines du jeune fou quelques marrons d'un feu qui leur tournait le dos. La Marine a été la plus abjecte, fielleuse et charognarde. Le Nicolas reprend des initiatives, liberticides ben voyons, envisage de nouvelles lois jusqu'à la veille du scrutin qui le rendrait justiciable.

Le fil de l'actualité doit parfois être coupé, quitte à nous laisser retomber les pieds par terre.

Jusque-là, nous parlions de retour de l'espoir, de lueurs qui se rallumaient dans des yeux à l'énoncé de la solidarité et de l'égalité. On parlait revenu maximum et SMIC à 1.700 euros. On parlait planification écologique et abolition des oligarchies prédatrices. La campagne réservait de joyeuses surprises. La retraite à 60 ans n'avait plus de raison de demeurer honteuse.

L'assaut de Toulouse aura-t-il eu raison de la bouffée d'espoir qu'il nous était enfin donné de saisir en vol à l'heure d'une grande élection nationale ? Ou du pouvoir que nous avions, preuve en était donnée, de tout changer et de reprendre les rênes par la seule force de nos bulletins de vote ?

Ce soir Mélenchon est le troisième homme, dans une accélération contre-nature. Et si l'espoir était plus fort que les stratégies guerrières...

17 mars 2012

le temps des cerises

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Je plante ma tente à la Bastille ce dimanche. Le matin, pour le premier acte d'une autre forme de la concurrence libre et non faussée, celle de la guerre des saisons que se livrent les grandes places lyriques internationales. L'Opéra national de Paris présentera à ses abonnés, autour d'un café chaud, son programme pour la saison 2012-2013. Tout sera dans le dosage : beaucoup de classique pour remplir les salles, quelques nouvelles productions pour tenir le rang, une saupoudrée de création contemporaine, sinon Paris ne serait plus Paris. Wagner, dont ce sera le bicentenaire, laissera à Verdi la portion congrue. Quelques stars, parmi celles qui comptent, et quelques loupés - question de budget ? : Jonas Kaufman ne tiendra pas le rôle de Don Jose dans Carmen face à Karine Deshaye en décembre, alors qu'il l'aura joué à Salzburg au mois d'août, une déconvenue qui me chagrine. Des casting de second ordre, pour équilibrer les comptes. Toujours pas de McVicar, metteur en scène britannique sensuel et enjoué, décidément bien mal aimé de Paris - ou trop cher ? Bref, mêmes recettes, mêmes logiques comptables qu'ailleurs. Une programmation décevante, mais que le rendez-vous de ce dimanche matin réchauffera peut-être à mes froides oreilles.

En mars, toutes les places symphoniques ou lyriques dégainent leur saison, c'est à qui parviendra le premier à décrocher ton abonnement : la Salle Pleyel, l'Orchestre de Paris... On t'affiche de nouveaux tarifs, l'Opéra de Paris s'est même offert le luxe de communiquer sur sa tarification "sociale", alors que par un jeu de chaises musicales, c'est le cas de le dire, la démocratisation de l'art lyrique se voit reléguée dans les hauteurs latérales des galeries. C'est à dire à la marge. J'aime bien l'opéra, mais il y a quelque chose qui pue dans ses arrières cuisines.

180212fh-23.jpgHeureusement que nous aurons, l'après-midi, un autre rassemblement à Bastille, qui prendra le contre-pied de la marginalisation des pauvres, de la concurrence libre et non faussée libérale : la marche pour la VIè République, sociale, laïque et écologique, le début de la révolution citoyenne à laquelle se réfère Jean-Luc Mélenchon dans sa campagne. Un rassemblement qui incarnera la diversité de ceux qui se retrouvent dans l'ambition d'en finir avec la gestion capitaliste de la vie des hommes : à distance, et sans partage.

Quoi qu'il advienne, le 22 avril et le 6 mai, la campagne de Jean-Luc Mélenchon restera l'événement réjouissant de la séquence. De la franchise et de la radicalité, de l'humour et de l'amour, de la reconnaissance pour ce que cette radicalité a d'indispensable, au point que les deux ténors en reprennent, dans l'improvisation, les axes emblématiques sur la taxation de la richesse excessive et la lutte contre l'exil fiscal. Moi, pour les ténors, je m'en tiens à l'opéra. Ceux de la politique ont beaucoup de mal à me faire bander, François Holande ne parvient pas à me décrocher ne serait-ce que l'esquisse d'un sourire - et pourtant, je fais des efforts. Ils sont moribonds tandis que l'autre dynamique redonne espoir et dignité.

Le temps des cerises chantera donc du côté de la Bastille. Par une heureuse conjonction, où se commémorent à la fois les 140 ans de la Commune de Paris, les 50 des accords d'Evian, les 2 ans de la disparition de Jean Ferrat, se mêleront les traditions rebelles ancestrales d'une France de souche ouvrière et la France d'aujourd'hui, multiculturelle, enrichie de valeurs et d'exigences humanistes, ouverte sur le monde mais non soumise à ses règles libérales. Les France à qui Mélenchon a redonné la fierté de répondre, à celle qui dit "le problème, c'est l'immigré !" : "non, le problème, c'est le banquier !"

Au Japon, les sakura sont en fleur. Ici, l'amour redevient cerise.

11 mars 2012

Fukushima : où on en est vraiment

Une blogueuse que je ne connais pas, Kathy Garcia, a publié récemment un billet très documenté, richement linké, un peu technique mais pas que.

Un an jour pour jour après Fukushima, j'en reproduis de larges extraits, en t'invitant à aller en lire l'intégralité ici, avant d'aller voir, sur encyclo.fr, ce soir à 18h40, le reportage inédit Fukushima : retour en zone rouge de la réalisatrice Marie Linton.

_________________________

A presque un an de la catastrophe, alors que Tepco affirmait sans sourire que les réacteurs étaient « en état d’arrêt à froid  », voila que brusquement le réacteur n°2, celui qui contient du mox, donc du plutonium, refait parler de lui, dans l’indifférence irresponsable des grands médias.

Affirmant tout d’abord qu’il y avait seulement un « défaut de thermomètre », mais démontrant son propre mensonge en augmentant le débit d’injection d’eau dans la cuve du réacteur n°2, Tepco accepte du bout des lèvres de dire qu’il y aurait quelques problèmes à Fukushima. 

On se souvient qu’en novembre 2011, une première réaction de fission s’était produite sur ce même réacteur, évènement qui n’a pas soulevé beaucoup d’émotion. 

Depuis mars 2011, selon l’IRSN, les réacteurs accidentés de Fukushima Daiichi sont refroidis par des injections d’eau de l’ordre de 10 mètres cubes à l’heure, et Tepco avait annoncé en décembre dernier que la température des cuves était sous contrôle.

Affirmation à prendre avec quelques précautions. (...)

Le premier ministre japonais Yoshiko Noda avait donc fait l’annonce optimiste de « l’état d’arrêt à froid », affirmant sans rire : « les réacteurs sont stables et la seconde phase du plan est achevée  », et que du coup une reprise de la réaction de fission était écartée. 

La-centrale-nucl-aire-de-Fukushima-.jpgL’ASN (autorité de sureté nucléaire) définit ainsi l’arrêt à froid : « la situation d’un réacteur nucléaire à l’arrêt dans lequel l’état du fluide de refroidissement se rapproche de celui qui correspond aux conditions ambiantes de pression et de température ».

Or contre toute attente, ça chauffe grave à Fukushima, obligeant l’exploitant à augmenter l’injection d’eau, en la portant à 13 mètres cubes.

Plus grave, du Xénon a été retrouvé dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2, ce qui signifie qu’une réaction en chaîne incontrôlable a eu lieu, et qu’elle est peut-être encore en cours en ce moment

Il faut savoir que les xénons 133 et 135 se créent lorsqu’il y a fission nucléaire de l'uranium

Malgré tous les efforts de l’exploitant, la température continue de monter, et voisinerait les 300°C, ce qui fait craindre aux travailleurs sur place la possibilité d'une explosion

Cela expliquerait l'augmentation constatée de la radioactivité sur le site, passant de 4,45 Mbq/km2 à 98,2 Mbq/km2 pour le césium 134, le césium 137 passant de 6,46 Mbq/km2 à 139 Mbq/km2

Alors qu’à Tchernobyl, suite aux différentes interventions, la situation reste relativement stable, grâce au sacrifice de quelques dizaines de milliers de travailleurs sur l’autel du sacro-saint nucléaire, à Fukushima, rien n’est réglé.

Bien au contraire.

Les alertes se multiplient, et selon la NSC (commission de sécurité nucléaire japonaise), on assiste actuellement à une distribution massive de pastille d’iode, afin de contrer une nouvelle pollution radioactive.

Ces pilules, en saturant la thyroïde, empêchent provisoirement la radioactivité de se fixer dans l’organisme des japonais en danger.

Et puis le danger ne se limite pas au réacteur n°2, elle s’étend au n°3, car celui-ci vient de montrer des signes inquiétants d’activité.

Le 7 février 2012, un panache de fumée s’est élevé au dessus du réacteur détruit. Voir là et là. (...)

Sur ce lien, la caméra qui filme en continu les réacteurs endommagés de Fukushima. (...)Fukushima-007.jpg

Récemment quelques élus français ont pu se rendre au Japon pour constater la gravité de la situation, regrettant qu’ils n’aient pas été très nombreux à répondre à l’appel, tant ce voyage était instructif. 

L’adjoint au maire de ChinonYves Dauge, était du voyage et a déclaré : «  tout ce qui nous a été dit me perturbe beaucoup. A l’avenir, qui va vouloir s »’installer ici ? Quelle entreprise va vouloir investir ?  »

En attendant, au Japon, les pertes financières s’accumulent, et récemment, malgré le soutien massif de l’Etat, lequel a avancé 90% du montant, sans la moindre garantie d’un éventuel remboursement, Tepco a admis une perte de plus de 6 milliards d’euros pour les 3 derniers trimestres de son exercice.

Cette somme, pour importante qu’elle paraisse, n’est qu’une maigre partie des sommes qu’il faudra débourser.

Aujourd’hui encore, au-delà des 100 000 habitants évacués dans le périmètre, largement insuffisant des 20 km autour du site, Tepco évalue à 1,5 million le nombre de japonais qui devront être indemnisés.

Un panel d’expert à évalué à 44 milliards la facture totale nécessaire au dédommagement suite à la catastrophe nucléaire. 

Tepco envisage de dépenser 10 milliards d’euros pour démanteler un jour les réacteurs hors service, mais l’expérience française, avec le démantèlement de « super » phénix, prouve que ce chiffre sera largement sous évalué.

C’est d’ailleurs une lapalissade, outre les dommages subis, les pertes de territoire, les maladies et les morts imputables au nucléaire, la facture du démantèlement est totalement à revoir.

En 2005, la cour des comptes avait estimé le démantèlement de la centrale de Brennilis à 480 millions d’euros. Aujourd’hui on parle en milliards.

Prudemment EDF aurait provisionné 2 milliards d'euros pour la déconstruction des 58 réacteurs français.

Or le site de « super » phénix estimé pour son démantèlement à 900 millions d’euros, en coutera 10 ou 11 milliards, soit plus de 10 fois plus que prévu, et du coup, les 2 milliards prévus pour le démantèlement de tout le parc français paraissent un peu étriqués.

22.04.Tchernobyl.nucleaire.radioactivite.930.620_scalewidth_630.jpgRécemment, la députée européenne Michelle Rivasi, avait estimé le coût de la catastrophe japonaise entre 100 et 500 milliards d’euros et Tchernobyl, en fin de compte, en coutera autant.

Aujourd’hui, entre le prix du kilowatt éolien et celui du nucléaire, il n’y a pas photo : celui du nucléaire étant largement sous évalué, ils sont aujourd’hui tous les deux au même niveau, sauf que, comme le fait remarquer Michelle Rivasi : « à 80 € le MWh, l’électricité produite par l’EPR coûterait le même prix que l’éolien aujourd’hui, mais à choisir, je préfère qu’un avion s’écrase sur une éolienne que sur une centrale nucléaire ».

Et si on ajoute à l’équation le prix du démantèlement et celui, hypothétique, du traitement des déchets, le choix est facile, d’autant que nous sommes dépendants de l’uranium, alors que le vent n’a pas besoin d’être importé. 

Mais le président actuel du navire « France », droit dans ses petites bottes, continue d’affirmer son soutien au nucléaire français.

Fessenheim, il s'est félicité des 700 contrôles annuels de l’ASN, assurant que ceux-ci étaient en toute impartialité et transparence, sauf qu’il a refusé que des experts indépendants puissent faire ces visites, et qu’à tout prendre, 700 contrôles c’est finalement peu, puisque ça ne fait jamais qu’un contrôle mensuel par réacteur.

Avec un peu de recul, on peut aussi s’interroger sur les 750 incidents annuels que nous avons annuellement.

La longue liste des divers accidents ou incidents survenus en France est à lire là.

Récemment, la centrale nucléaire de Civaux à connu quelques déboires avec sa tyauterie et le 1er février 2012, l’ASN a produit un rapport accablant sur cette installation suite à une fuite de tritium constatée dans la nappe phréatique située sous la centrale. 

On peut aussi se rappeler qu’en 40 ans notre planète a connu 5 accidents majeurs : Three Miles Island, Tchernobyl, et les 3 réacteurs de Fukushima, soit un accident pour 3600 « années réacteurs » comme l’explique le Docteur Bruno Bourgeon, alors qu’on tablait sur 1 pour 100 000

Aujourd'hui, à partir de 13h30 les opposants aux nucléaire venus des 4 coins du pays, et d’ailleurs, vont organiser la plus grande chaine humaine jamais organisée en France. Elle ira d’Avignon à Lyon et pour y participer c’est sur ce lien. (...)

05 mars 2012

vu de Hongrie : une campagne vaseuse

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Je parle le hongrois. Mal. Niveau de conversation courante, mettons. De quoi prendre des nouvelles de ma belle-famille, où j'étais invité à déjeuner samedi. Dans une ambiance joyeuse, rieuse, où je suis toujours choyé, j'ai raconté deux-trois bricoles de ma vie, je me suis intéressé aux études de médecine de la grande, à la curiosité de sa jeune sœur pour la langue japonaise. Je me suis laissé dire "mal au dos un jour, mal au dos toujours", une considération à la hongroise dont j'aurais bien fait l'économie.
 
Bref, je parle un hongrois léger, suffisant pour évoluer dans un quotidien ordinaire. Pour féliciter un compositeur contemporain, comme je le ferai timidement auprès de Kálmán Oláh, dont j'allais, le soir-même, apprécier la création mêlant trio de jazz et ensemble symphonique. Mais évidemment, assez limité pour évoquer les sciences ou la politique.

Or la politique, nous y sommes venus. C'était couru. "Comment va Sarkozy," m'a demandé mon beau-frère ? A la hongroise, Sarkozy se prononce Char-keu-zy. Une sorte d'entre-deux boueux, un marigot, une terre inhospitalière, de la vase. Notre prononciation de ce nom d'origine hongroise les amuse. Car le son sar, comme les Hongrois nous l'entendent dire, qu'ils écriraient szar, ça veut dire... merde. Szar-keu-zy, ce n'est pas un marigot, c'est un tas de fumier.

Je leur ai fait remarquer que de toute façon, entre la boue et la merde, il n'y avait pas beaucoup de différence, hein. Mon beau-frère a aussitôt relevé : "Si, l'odeur". Pas faux !

Puis invariablement, ma belle-mère m'a demandé : "et l'autre, là, comment s'appelle-t-il déjà, qu'est-ce que tu en penses ?" J'ai fait une moue perplexe et, pris de court, répondu qu'entre Sarkozy et Hollande, la différence était à peu près la même qu'entre la merde et la boue. Bon, pas glorieux, je l'admets. Mais le trait d'humour, en même temps que cette répartie énoncée sans faute au milieu de mon hongrois cassé, les a fait rire. "Il y a donc une différence", a dit ma belle mère. "Voilà", ai-je répondu.

Mais en hongrois, il ne faut pas me demander plus de politique que ça... J'ai évité le sujet des Roms, parce que là, on aurait aussitôt fini fâchés, et ma langue en aurait perdu ses moyens.
 
Autrement, il nous reste à désenvaser la campagne, histoire qu'elle finisse par intéresser ! Et je suis bien conscient que ce n'est pas ce billet qui y contribuera... Mea culpa.