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07 octobre 2012

les savons d'Alep

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J'ai chez moi, au rez-de-chaussée, dans une petite salle d'eau réservée aux amis de passage, deux savons d'Alep, empilés l'un sur l'autre. Deux gros cubes, d'environ huit centimètres d’arête chacun. D'un vert sombre tirant sur le brun. Marqués d'un sceau sur deux de leurs surfaces.

Ils sont restés longtemps sur l'étagère en coin, comme des éléments de décoration, complétant une petite touche exotique inspirée de mes voyages dans les pays arabes.

Il y a exactement vingt ans aujourd'hui. C'était un 7 octobre. Paris basculait sans doute dans une grisaille de saison, imperceptiblement, oubliant son quotidien humide dans les fêtes qu'on organise à vingt ans. Mes amis m'en avaient faite un belle, de fête. Tu parles ! Je quittais huit ou neuf ans de syndicalisme étudiant. Dont cinq à Paris avec d'importantes responsabilités nationales. J'en avais fait voir des vertes et des pas mûres à Claude Allègre, notre intraîtable ministre des universités, et à Lionel Jospin, alors à la tête de l'Education. J'en avais affronté quelques uns, des comme ça, dans des tables rondes ministérielles ou sur des plateaux de télé. A l'heure de passer la main, certains ne comprirent pas qu'au lieu de rebondir en m'accrochant à la lumière, je parte me perdre dans une Syrie fermée, au régime obscur, loin des fastes et dans l'anonymat. J'avais été couvert de cadeaux, on avait bu et dansé, j'avais fini bourré et mes amis étaient venus, les uns après les autres, m'embrasser chaudement ou pleurer sur mon épaule. Rare chaleur, dont l'intensité encore aujourd'hui me sidère.

Dès l'arrivée à Damas, j'avais tout oublié. Sur la terrasse de l'Institut français, où Basile, le jeune portier chrétien m'avait accueilli avec douceur et gentillesse, me présentant les premiers arrivés, m'indiquant où je pourrai passer mes premières nuits en attendant de trouver un appartement, je fus saisi par la douceur de l'air, par des odeurs dont j'ignorais que j'allais les reconnaître à jamais, et par le chant du Muezzin, celui d'avant le coucher du soleil quand s'ouvre la corole des jasmins. Un chant qui allait me happer et inscrire sur ma peau les signes d'un indissoluble bonheur.

A Damas, je rencontrais des gens qui me sortaient du parisianisme étudiant et syndical, ramenaient dans mon regard d'autres réalités de vie, et je réalisais que j'avais un besoin vital de cette respiration.

En arabe, j'avais du retard sur mes comparses. La plupart avait derrière eux des années d'un travail assidu dans cette langue. Je n'avais que quelques bribes de poésie arrachées de mes vieilles amitiés amoureuses des années marseillaises. Plus quelques bases, volées sur mon temps syndical, grâce à de rares cours que j'avais pris le temps de suivre. Mais trop peu pour en faire quoi que ce soit.

Au premier trimestre, non content d'avoir été placé dans le troisième groupe, le plus faible, on m'avait demandé d'y demeurer en auditeur "muet", tu imagines d'où je partais. Mais je ne m'en offusquais pas, bien au contraire. J'étais conscient de mes lacunes, et Damas était le choix de l'immersion et du travail.

De fait, je faisais moins de tourisme que mes nouveaux amis. Les week-ends, les semaines de temps libre et souvent même le soir, je restais en bibliothèque travailler. Apprendre, apprendre l'arabe, coûte que coûte. Acquérir cette compétence pour me garantir de travailler avec cette langue. Peut-être aussi pour me prémunir d'un retour à la politique...

Palais Azem.JPGN'empêche qu'en un an, j'ai eu le loisir de bouger, de circuler, de visiter le pays. Damas, son centre, sa mosquée des Ommeyades, son souk et le palais Azem, les patios ombragés des vieilles demeures du quartier chrétien de Bab Touma... J'en connaissais tous les recoins et étais devenu un poisson dans l'eau.

Plus d'une fois, je suis aussi allé à Alep, à quatre heures de bus. Souvent avec mon ami Jean-Pierre, d'ailleurs, qui manifestait une affection particulière pour cette ville cosmopolite. Nous allions voir l'hôtel Le Baron, mais pour le fun, parce qu'y était descendu le mythique Lawrence d'Arabie. Nous, c'est plutôt au Siyahat, que nous descendions. Question de budget. Nous aimions nous perdre dans son souk souterrain aux galeries si étroites que seuls des ânes pouvaient les ravitailler. Découvrir la citadelle au sortir d'une ruelle. Visiter une teinturerie artisanale.

Les déplacements vers Alep, ou ailleurs, devaient toujours faire l'objet d'un signalement préalable. L'autorité policière était du reste toujours présente, tutélaire ou sournoise, si bien que toute velléité amicale venant d'un Syrien avait aussitôt une saveur suspecte. C'était le plus difficile.

Cette autocratie était là. Nous étions dedans, nous vivions avec. Les portraits de Hafez el-Assad nous la rappelaient sans cesse de toute leur démesure. Nous l'analysions comme une chape, surtout lorsque, syrie--469x239.jpgéchappés vers Beyrouth, nous réalisions par contraste l'extrême vitalité politique et culturelle qui y régnait.

Damas était vivante, bruyante, animée, mais pourtant elle semblait coulée dans du béton. Comme immuable. La parole s'interdisait d'elle-même, obligeant les banalités à s'élever au rang de conversation, et nous obligeant nous, étudiants et chercheurs étrangers, parfois, à demeurer entre nous.

Notre plus belle année. Je suis resté en contact avec certains de ces camarades. Tous disent la même chose : ce fut notre plus belle année. Nous formions une promotion d'exception : fraîche, souriante, brillante, solidaire, avide au débat. A tel point que nous avons même envisagé de nous retrouver à Damas, vingt ans après, autour de nos professeurs d'alors, qui eux aussi nous disent avoir gardé de nous un souvenir intense.

Las. La chape n'en était pas une. Tropisme. C'était une salle de torture à l'échelle d'un peuple. La Syrie n'était pas immuable, elle était tenue par les couilles depuis le massacre de Hama jusqu'à ceux d'aujourd'hui. Le printemps arabe a gagné la Syrie. Il a gagné Damas, Alep, Homs, Hama, Deir-Ezzor... Il a gagné les campagnes, les faubourgs et le cœur des villes. Les premiers temps, on a cru que le pouvoir flancherait devant l'obstination populaire pacifique, on l'a espéré, mais les choses ont évolué vers cette forme incompréhensible de guerre civile où le sang coule plus qu'il n'avait même coulé à Hama en 1982.

Sans issue. Aucune sortie en vue. L'option militaire paraît une chimère, grosse d'imprévisibles conséquences. Et la révolte citoyenne un fétu de paille face à l'artillerie menaçante. Je n'entrevois rien. Et personne avec moi.

J'ai depuis peu déplacé les deux savons de leur étagère vers le robinet, les laissant empilés l'un sur l'autre. Dorénavant objets d'usage et non plus de déco, ils ne s'usent pas beaucoup plus vite. Mais désormais ils coulent, laissant des traînées vert sombre, tirant vers le brun, sur l'émail blanc du lavabo.

Mes pleurs d'impuissance.

18 septembre 2012

une dinde pour Noël ?

Comtesse.png

Je m'en veux de ne pas venir plus souvent à ta rencontre alimenter ce blog. La faute à des galères, ou à une dispersion, je ne sais pas très bien. Pour les galères, j'ai eu mon lot. Pile le jour de ma rentrée lyrique, mardi dernier, à Garnier. Capriccio, de Richard Strauss, faisait dialoguer un poète et un musicien, tous deux amoureux d'une comtesse qui ne savait choisir entre l'un et l'autre, entre le verbe et la mélodie, qui les laissera se déchirer avant que le sort ne les unisse, pour le meilleur du spectacle. J'ai oublié comment se finissait l'intrigue, le casting n'était pas du premier cru. La mise en scène était classique, quoique astucieuse, nous laissant pénétrer dans les grandes profondeurs des coulisses de Garnier. Mais à la sortie, un événement avait pris la place : le déflecteur de ma voiture avait été brisé, le coffre ouvert, et les sacs qu'il renfermait subtilisés : clés, carnets de chèque, ordinateur, agenda... bref, tu imagines à quoi j'ai occupé les journées qui ont suivi.

Le pire, c'est que ce n'était pas ma voiture, mais un véhicule de courtoisie mis à ma disposition par le carrossier à qui j'avais confié ma Mégane pour qu'il en remette le pare-choc arrière à neuf. Il était content, le carrossier !... Et moi je cours derrière mes factures pour espérer une prise en charge. L'assurance laissera trois franchises à ma charge : celle du pare-choc, celle de la vitre, et celle des objets volés, portée à  250 euros en raison de la recrudescence des vols dans les voitures. Il paraît.

Puis il y a eu la fête de l'Huma. Ambiance toujours aussi sympa. Bénabar pêchu, quoiqu'un peu trop benabarfete.jpgmacho à mon goût dans ses blagues et ses jeux de scène. Mais je ne me lasse pas de ce dîner où "on s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à s'planquer sous les draps, on commandera des pizzas toi, la télé et moi"... Quel plaisir !

On y a commenté la situation politique aussi, mais ça, tu l'as vu un peu, ou entendu. On y a parlé de la conférence environnementale et du traité européen d'austérité. J'ai aimé une des expressions de Pierre Laurent à propos de cette consternante contradiction qui consiste à ambitionner de rénover 1 million de logements par an pour en améliorer les performances thermiques, mais à s'enfermer dans les logiques d'austérité et à vouloir ratifier un traité qui en inscrit le principe dans le marbre de la constitution : "c'est comme une dinde qui voterait pour Noël". j'ai bien ri. Et j'ai pris date pour participer à la manifestation du 30 septembre à Paris pour réclamer un référendum. C'est bien le moins !

Les Prix Nobel d'économie, à l'instar de Stiglitz, ont beau monter au créneau les uns après les autres pour expliquer que c'est pure folie, que la récession en sera inévitable et que c'est inéluctablement voué à l'échec (*), notre cher François s'entête et fait le beau.

Je redoute les effets combinés du choix austéritaire légitimé par les nécessités européennes, de l'appauvrissement généralisé qui en découlera, et des mesures sociétales radicales annoncées, comme le vote homosexuel ou la légalisation du mariage des étrangers aux noces locales. A moins que ce ne soit l'inverse. Cocktail si facilement exploitable au plan idéologique par la droite extrémisée...

Bref, heureusement que des voix alternatives à gauche se font entendre aussi, sinon, il n'y a plus qu'à inaugurer un boulevard Le Pen à Paris.

_________________________

(*) Amartya Sen, Prix Nobel d'économie 1998 écrit que "le soi-disant programme d'aide européen pour les économies en difficulté insiste sur des coupes draconiennes dans les services publics et les niveaux de vie. (…) Ces politiques attisent la division. (…) La prise de décision sans discussion publique – une pratique courante dans la mise en œuvre de la politique financière européenne – est non seulement anti-démocratique, mais inefficace".

Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie 2001 a déclaré en janvier dernier: "L'obstination des dirigeants européens dans l'ignorance des leçons du passé est criminelle". Et en mai : "Les pays qui tendent à un budget équilibré sont contraints de faire des coupes dans leurs dépenses en raison de la chute de leurs revenus fiscaux – un "déstabilisateur automatique" que l'Europe semble vouloir adopter en toute inconscience".

Paul Krugman, Prix Nobel d'économie 2008 a osé affirmer à propos du pacte d’austérité budgétaire : "Le paquet fiscal forcera les pays à poursuivre des politiques d'austérité qui ont pourtant déjà montré leur inefficacité".

J'ai volé ces citations sur le blog de Jean-Luc Mélenchon.

09 septembre 2012

quand les Kaïras font vidange

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Jeudi. Piscine de Montreuil. Je continue, sans préméditation, la découverte des bassins nautiques de banlieue, la faute à la fermeture généralisée des piscines parisiennes pour vidange : c'est bien connu, du 25 août au 7 septembre, plus personne n'a le droit de nager à Paris, décret universel pour préparer la rentrée des classes des petits écoliers.

Montreuil, donc. En sortant de l'eau, après deux mille mètres lumineux dans le vaste bassin d'eau profonde, sous la voûte rénovée qui abrite de hauts plongeoirs : plus de tongue ! Trois ans que je les avaient ramenées du Brésil, mes tongues. Trois ans qu'elles me rendaient de fidèles services, m'attendant patiemment en bout de ligne. Elles ont bien du aller 600 fois à l'eau, depuis. 600 fois passées sous la douche. Et sans faiblir... Je peste contre ces foutus gamins de banlieue, qui s'ennuient à cent sous de l'heure et font les kings partout où ils passent.

L'avant veille déjà, piscine de Massy, j'étais rentré au vestiaire au milieu d'une scène hallucinante où une brigade de policiers municipaux étaient intervenus pour mettre dehors une demi douzaine de mômes perturbateurs, lesquels s'étaient même offert le luxe de négocier cinq minutes de sursis pour jeunes de banlieue.jpgpasser sous la douche avant de sortir. Être expulsés, d'accord, mais propres ! "Cinq minutes chrono", leur avait concédé la capitaine de brigade. Ils sont comme ça, les Kaïras : ils osent tout. Ils flambent, sont mal dans leur peau, se la racontent. Ils jouent tout sur leur rapport aux srabs, rien dans celui à la règle commune, et tant pis pour le reste du monde !

J'avais justement fini par aller voir le succès de l'été, Les Kaïras. C'était le week-end dernier, dans une salle d'Evry : il n'y a plus qu'en banlieue qu'on peut encore le voir. Les Kaïras font vidange à Paris, comme les piscines. Mais moi, c'était mon rendez-vous avec WajDi. Et ma foi, j'ai bien ri. Derrière la grossière outrance, dont le thème de la pornographie ouvrait grand la porte, le regard des cinéastes ne manque ni de tendresse ni de subtilité. Le coming out musical d'Abdelkrim est un modèle du genre. Et le Franck Gastambide a de solides arguments.

Retour à jeudi. Avant de quitter la piscine, je suis quand même passé vider ma rage sur le personnel de surveillance : "Cest  normal, à Montreuil, de se faire tirer ses tongues ?" "Elles sont comment vos tongues", me répond un jeune surveillant de baignade à croquer. "Comme ça ?".
 
Merde ! Elles étaient simplement cachées là, à leur place, au bord de l'eau, sous une pile de planches...

27 juin 2012

cherche synonyme à "rigueur" désespérément

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Le smic augmente de 2%. Ouaiiis ! 22 euros par mois brut, soit une demi-baguette par jour, Ouaiiis ! Il n'augmentera pas, du coup, au 1er janvier, Ouaiiis ! Hormis les secteurs prioritaires, deux fonctionnaires sur trois partant à la retraite ne seront plus remplacés, ouaiiis ! Les collectivités devront faire les mêmes efforts que l'Etat, Ouaiiiis ! Il y aura 0,6 % de croissance de moins que prévu, Ouaiiis ! Air-France supprime 5.000 emplois, ouaiiis ! Priorité au désendettement de l'Etat, Ouaiiis ! La France compte officiellement 4,5 millions de chômeurs, Ouaiiis ! Le Front de gauche a perdu la moitié de ses députés, les Verts sont tenus en laisse, Ouaiiis ! La France va connaître en 2012 la plus grande baisse du pouvoir d'achat de ces vingt-huit dernières années, Ouaiiis !...

Bienvenue dans la France du changement, dans la France de l'effort "juste" et de la maîtrise "publique" de la dépense. Bienvenue dans la France de mes couilles. Et maintenant, attention mesdames et messieurs ! L'heure est venue de retourner une à une les soixante cartes disposées sur le tapis devant vous. Au recto, visibles à vos yeux, les soixante propositions du candidat Hollande. Au verso, vous allez maintenant découvrir, carte après carte, le principe de réalité qui leur correspond. Au recto la médaille, au verso son revers. Attention mesdames et messieurs. Pas un mensonge, pas une promesse en l'air. Tout était sur la table. Le vote utile, ça s'apelait. Maintenant pour vous, et pour vous seulement, une à une, les cartes vont vous révéler leur vérité : celle de leur contenu concret : le dessous de la mise en œuvre.

Attention Trois, deux, un, allez-y ! Ouaiiiiiiis !

Il n'y aura plus de politique du chiffre dans la police, Ouaiiis ! Mais les régularisations se feront au cas par cas, et il n'y en aura pas plus qu'avant, Ouaiiis ! La France a signé le projet de bouclier anti-missiles de l'OTAN, Ouaiiis !... Ouais, ouais, ouaiiis...

20 juin 2012

France-Suède : ça grimace

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C'est un sport qui se joue à qui perd gagne. Et où ce n'est pas le plus qualifié qui grimace le moins à la fin. Ambiance de dimanche électoral, hier soir, dans un pub où les matchs de rugby ont d'habitude meilleure allure. Pourtant, j'en ai pris l'habitude de me vautrer : deux mois et quatre soirées que je finis déculotté, les jeux brouillés : Mélenchon progresse, mais distancé par Le Pen, il devient transparent. Le Front de gauche gagne en voix et en pourcentage, mais son groupe est laminé par la vague socialiste. La bière est fraîche, mais la béarnaise pèse lourd sur l'estomac... la politique et le foot : même embrouille. Tout ce qu'il faut pour débander.

Bon, à partir d'aujourd'hui, j'essaye de tourner la page des occasions manquées. Et de sauter d'un meilleur pied !

08 juin 2012

Pujadas, l'affiche verte

législatives 2012

Dans la circonscription d'Hénin-Beaumont se joue quelque chose de gros ces dimanches. Ou la fille Le Pen entre à l'Assemblée, et dispose d'un tremplin inespéré pour incarner, en France, la face la plus hideuse de ce que nourrit en Europe la crise capitaliste actuelle : la montée, pourtant faillible, d'une Extrême-droite pétrie de haine et de rejet de l'autre. Ou une voix nouvelle l'emporte, une voix découverte lors de la présidentielle, qui revendique sa filiation avec une gauche européenne neuve, qui n'a plus peur de refuser les recettes libérales et prétend résister à l'arrogance de la finance.

La bataille est féroce, mais elle a du sens. Elle mérite d'être éclairée. On a beaucoup reproché à Jean-Luc Mélenchon de s'y être lancé, mais comment, sinon, ce débat aurait-il pu avoir la place qu'il devait avoir, qu'il aurait du avoir, face à la poussée des menaces fascistes en Europe ?

Sur place, alors que le candidat du Front de gauche mène une plutôt belle campagne, s'efforce de parler avec dignité au monde du travail, redonne en terres ouvrières ses vertus solidaires aux vagues migratoires successives et à leurs enfants, en réveille les valeurs de résistance et de créativité, les coups les plus tordus sont lâchés. Tracts anonymes, dénonciation d'un patrimoine et de revenus farfelus, faux flyers pour essayer de faire du vote Mélenchon un acte communautaire, religieux même, musulman donc anti-français. Le faux-tract sur fond vert, écrit dans un pseudo arabe - inversé donc illisible, en vrai - que les sbires de Marine Le Pen ont été pris en flagrant délit de distribution, n'a rien à législatives 2012envier à l'affiche rouge du régime nazi. Même procédé, fondé sur la peur de l'étranger et la dénonciation de l'anti-France. Le Pen a du en admettre l'initiative, prise qu'elle était la main dans le sac, mais tout le monde médiatique semble s'amuser des simagrées par lesquelles elle banalise l'affaire.

législatives 2012Hier, c'est une effigie de Mélenchon grimé en Hitler, sur fond de camp de concentration, qui a été diffusée. Paroxysme de l'abject. Mais l'on n'entend rien d'autre que des commentaires badins, qui se contentent d'y voir, ainsi agrémentée, la thèse du grand cirque médiatique que constituerait le duel Mélenchon-Le Pen  - commode pour renvoyer les protagonistes dos à dos, à égale responsabilité de cette chose ! Incroyable lecture !...

Bien triste illustration dans le journal de France 2, hier soir. Pujadas reçoit Marine Le Pen. Après deux-trois considérations embrouillées sur le retour de la retraite à 60 ans, et une tribune jamais contrariée sur la nouvelle version de la préférence nationale - "avec moi, c'est les nôtres plutôt que les autres" -, on en arrive à la séquence Hénin-Beaumont. Tandis que l'on voit à l'image, sans l'entendre, Jean-Luc Mélenchon présenter à la presse les deux nouveaux faux-tracts qui le calomnient et troublent profondément les esprits dans un contexte de campagne électorale, la Le Pen, déploie sans contradiction ses talents de sainte-nitouche. Tribune insupportable à 72 heures du scrutin.

Et là, faisant mine de vouloir la titiller, sur le ton de "là, on tient quelque chose..." Pujadas lance une pastille : on y voit Marine Le Pen dans une rue d'Hénin. Passe une BMW décapotée, deux jeunes à bord, manifestement d'origine maghrébine. Ils crient à son endroit : "Mélenchon, mélenchon". Et elle de les interpeler : "vous l'avez eu comment votre voiture, vous l'avez gagnée au loto, c'est ça ?" Et à la caméra : "voyez, ce sont eux, il n'y a que les Français musulmans qui sont avec Mélenchon". Pujadas fait mine de tenir la preuve qui l'accable "entendriez-vous que tous les Français ne se valent pas ?" Ne se rend-il vraiment pas compte qu'il vient de lui servir sa soupe ? Celle dont elle fait sa campagne de bout en bout, sans autre argument ? Sa "preuve", c'est exactement le faux législatives 2012tract vert en vidéo, la version héninoise de l'affiche rouge, le même message de peur qui cherche à jeter tous ceux que la fragilité accapare ou effraie dans les bras de l'extrême-droite. Le Pen l'a fait à quelques centaines d'exemplaires dans les boîtes de sa circonscription. Pujadas le fait dans la lucarne de 4 millions de foyers. Quand il n'y a personne pour répondre. Le Pen exulte : "Mélenchon surfe sur le vote communautaire". C'est lui le sectaire, lui qui divise, lui qui choisit l'autre quand elle choisit les nôtres. Et Pujadas de sourire bêtement.

Voilà où en est le cirque médiatique, à trois jours du vote.

L'Express, le Nouvel Obs, et bien d'autres s'étaient livrés à cet exercice dans la dernière ligne droite de la présidentielle, et voilà qu'ils nous rejouent le match : plutôt Le Pen que le Front de gauche. Je préfère ne pas me demander qui est derrière cette opération. Pour m'épargner.

Quant à Pujadas, ça se confirme, il n'est qu'un valet !

29 avril 2012

la chute

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J'avais troqué Kurt Masur pour jean-Luc Mélenchon. Et délaissé la grande Anne-Sophie Mutter dans le concerto de Dvorak. Il faut que j'y aie cru, à cette campagne. Mes billets sont même devenus des confettis, puisque je n'ai trouvé aucun repreneur : tous mobilisés pour le Front de gauche apparemment, ou découragés à l'avance, car il s'agisssait de billets à 10 euros, avec mauvaise visibilité.

Au grand meeting de clôture de la Porte de Versailles, la visibilité n'était pas meilleure, mais l'émotion était au rendez-vous, chargée de dignité et d'espoir. J'ai profondément imprimé en moi le regard de jeunes filles à la lèvre tremblante, fières d'entendre parler d'elles, la nuque d'un grand blond, drapeau vert et rouge du parti de gauche dans une main, l'épaule de sa copine sous l'autre.

Nous y croyions. C'était avant que ne se mette en marche le grand bulldozer idéologique, la machine à nier, à ignorer, le photoshop de la politique qui met le FN en sur-brillance, au centre de l'image, et entoure du flou des affaires les questions essentielles. Qu'est-ce qu'on s'emmerde, dans cette campagne du deuxième tour, depuis que le vote utile a fait son oeuvre...

J'ai un regret. Jeudi dernier, soit exactement une semaine plus tard, au même Théâtre des Champs-Elysées, le même Kurt Masur, chef affaibli par l'âge et la maladie de Parkinson, est tombé. Un pas de trop en arrière, et son estrade trop petite l'a perdu. Au milieu du 3ème mouvement de la 6ème Symphonie de Tchaikovsky. Evacué vers l'hôpital, il se remettrait doucement sans que l'on sache, à cette heure, si on le reverra à la baguette...

Mélenchon, de son côté, devrait garder le manche. Je l'espère. Son franc parlé a pu éloigner des électeurs sensibles, ou exigeants, mais il a su crever l'écran pour se rendre audible aux hommes et aux femmes du peuple, ce qui n'était pas gagné d'avance. Peut-on le lui reprocher sans renoncer à l'existence d'une autre gauche capable de reconquérir les milieux populaires et de peser ?

J'ai effacé de mon blog les commentaires agités et vengeurs d'un soutien à Marine Le Pen. Non que le débat m'insupporte, mais parce que l'arrogance haineuse ne fait pas partie des valeurs que j'accueille sur ces pages. Et si certains ont le pouvoir de faire dégager le Front de gauche et sa percée des écrans de télés, moi j'ai celui de garder de la dignité à mon blog. Que le 'david' concerné par ma censure aille cracher le venin de sa mesquine hystérie ailleurs. Le racisme et le fascisme sont mes ennemis jurés !

27 avril 2012

et voilà le résultat !

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Dire qu'on aurait pu avoir un second tour où les candidats se seraient sentis obligés de parler salaire, sécurité sociale, retraite, qu'on aurait pu se pencher sur la transition énergétique, entendre des annonces à faire pour renforcer les droits des salariés dans les entreprises. Qui sait si on n'aurait pas flatté le métissage, promis le mariage gay pour avant la fin de l'année et si Hollande n'aurait pas annoncé la convocation d'une Constituante pour préparer la VIè République... Ou promis un référendum avant de ratifier les derniers traités européens.

Ah! s'il s'était agi de caresser les électeurs de Jean-Luc Mélenchon dans le sens du poil...

Tu disais vote utile ? Voilà le résultat : un deuxième tour où l'on ne parle plus que de vote des étrangers, de mosquées et d'islamisme, de présomption de légitime défense, d'assistatanat, où les seconds couteaux de Le Pen pérorent, se proclament centre de gravité... Le vote utile du premier tour devait accessoirement mettre Hollande sur sa rampe de lancement, mais surtout nous libérer de la pression Le Pen. Il a donné la vedette aux fascistes : un effet de trompe l’œil qui régale le gotha médiatique mais nous asphyxie. Une soirée électorale pourrie, lancée à dessein sur les rails d'un score démesuré à 20%, et depuis lundi, les thèmes au cœur des tactiques et des commentaires sont toutes à gerber. Les yeux sont rivés sur un FN qui exulte, tandis que les candidats en applaudissent les thèses ou en convoitent subtilement les voix.

On a mangé notre pain blanc !

Bien sûr, 6 millions de voix et des brouettes, ça fait peur. Mais quelle manipulation ! Ramené à 2002, la blondasse réalise avec 17,9% un score en dessous de celui de son père et de Bruno Mégret rassemblés (19%). Dans la plupart des grandes villes et près des grands bassins d'emploi, sa progression ne doit qu'au retour des voix siphonnées par Nicolas Sarkozy en 2007. Du donnant-donnant, rien de plus. Un simple aller-retour. C'est dans les campagnes, dans des zones rurales pas vraiment concernées par la violence, ni par l’immigration, qu'une progression est enregistrée, mais seulement là... C'est à dire là où Chasse-pêche-nature et tradition faisait ses gros scores en 2002 (tiens, pourquoi personne ne parle de ces 4,5 % d'alors ?). Et accessoirement là où le Front de gauche ne dispose d'aucun relais d'opinion pour allumer des contre-feux...

Mais ça semble arranger tout le monde de dissimuler que le seul véritable événement de cette élection, c'est que Mélenchon est celui qui apporte à la gauche sa dynamique positive, bien plus que Hollande qui ne progresse pratiquement pas sur Ségolène, ou d'à peine un point en cinq ans. Que la percée du Front de Gauche ressemble à quelque chose comme l'émergence d'une vraie seconde force à gauche.

Silence radio. Voix déjà acquises, inutile d'en parler ! La loyauté se paie cher... Dire qu'il aurait peut-être suffi d'un 13 ou d'un 14 % pour que l'on troque un événement pour un autre. Mais 11,11% c'est terne, donc c'est mort. Médiatiquement, s'entend.

Je préfère retenir qu'il s'en est fallu de peu qu'on en sorte autrement, de cette tranche dense de la vie politique. Et je n'ai aucun regret de l'enthousiasme que j'y ai mis. Je crois qu'il en restera quelque chose.

Philippe Torreton, de son côté, a mis le feu à mon blog, avec sa lettre à Jean Ferrat. Depuis deux jours que je l'ai publiée, mon blog bat tous ses records de connexion. Si cela ne suffit pas à dire qu'il y a de l'espoir !... Alors le 6 mai, on vote Hollande, mais vraiment pour se débarrasser de l'autre enculé, hein !. Et puis on passe à autre chose.