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02 mars 2012

mes nuits avec Tamás

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Robuste, fier, le muscle bandé et le manche droit, concentré à son affaire, l'engin bien en main. C'est ainsi la deuxième nuit qu'il passe au dessus de moi. Avec lui, je me sens protégé. J'aime le velu de ses jambes, la rondeur de son fessier, et surtout, la profondeur de son orbite. Plus il se laisse carresser de mon regard, plus je me trouble devant la gerbe qui s'élève au dessus de son manche. Tamás Wichmann, trois fois médaillé olympique en canoë. Nous partageons la même chambre. Lui en noir et blanc un tantinet sépia dans un cadre sous verre, figé dans l'exploit. Moi, alangui dans la chambre numéro 4 qui lui est dédiée.

Par la fenêtre, j'ai une vue imprenable sur le large bassin olympique extérieur, où j'irai à nouveau faire mes longueurs ce matin. Car l'eau, c'est mieux en immersion. Qui dit qu'à mon retour de la douche,DSCN1713.JPG devant l'icône de compétition, je ne vais pas m'abandonner à quelque chavirement onanique ?

L'Hôtel Császár est devenu le havre de mon pélerinage hivernal. C'est un paradis pour les nageurs. Pour 28 euros hors saison, j'y ai ma nuit, mon petit déjeuner, et mes entrées à la piscine. Les lignes d'eau sont toutes réservéées aux nageurs, nous n'y sommes jamais plus de deux ou trois. Il m'arrive même d'y être seul. La température de l'eau est idéale. Si l'air extérieur est froid, à sec la morsure n'est pas trop sensible. La traversée jusqu'au bord du bassin te laisse à peine le temps de la ressentir et de vivre l'immersion dans la chaude caresse enveloppante de l'eau comme une jouissance libératrice.

La fine volute s'estompe vite au dessus de l'eau. Ton regard se heurte à chaque respiration aux façades jaune Habsburg du bâtiment néo-classique qui entoure le bassin. Un paradis, je te dis !

Mon premier bain chaud au Rudas, hier, m'a bien soulagé le dos. Mais que le dos car j'y ai fui les crocodiles égarés et je n'avais pas moi-même une âme de prédateur. J'y retourne cet après-midi, dans les mêmes dispositions.

Hier soir, j'avais acheté de bonnes places à l'Opéra de Budapest pour un Cosi Fan Tutte familial. Un premier rang de trois-quart au deuxième balcon. C'était sans compter avec le vertige de ma belle-mère, qui a du échanger sa place contre un deuxième rang, à la visibilité tronquée mais rassurante.

DSCN1718.JPGAh! et puis en marchant sur Andrassy ut, je suis passé devant cette statue de Jokai, que je dédie à Bougrenette. Elle lui rappellera qu'avant d'être une délicieuse soupe de haricots au lard, Jokai était d'abord un écrivain célèbre d'époque romantique, un Flaubert hongrois, dont je ne sais toujours pas pourquoi on lui attribue le nom de ce plat rustique mais inimitable...

26 février 2012

la Hongrie, l'autre pays des plombiers

L'Europe et le plombier polonais, tu te souviens ? En fait, il était hongrois, le plombier, et je m'en vais t'expliquer pourquoi... Mais c'est vrai que vu de Paris, et depuis la guerre froide, la Pologne et la Hongrie, hein, qui sait où est la différence ?

Tout a commencé mardi matin. Elle m'a pris en me rasant. Non pas l'idée de devenir président de quoi que ce soit - je laisse ça aux narcissiques compulsifs - mais la grippe. Enfin, une sorte de, une virose de l'estomac, il m'a dit, le docteur. J'en étais à rincer les dernières congères de mousse à raser derrière les oreilles quand j'ai été pris de sueurs froides, de sensations mi nauséeuses mi diarrhéiques, un état de malaise à me rouler par terre, et puis la soif, une soif inextinguible.

Ça m'a terrassé. Et j'ai été cloué au lit trois jours. Sans une once d'énergie.
 
Du coup, parfois dans un demi-sommeil, je me suis offert d'écouter in extenso les huit épisodes que Là-bas si j'y suis venait de consacrer à la Hongrie. Vive le podcast ! Une plongée intelligente dans des réalités complexes, que la stigmatisation des dérives populistes et liberticides de Viktor Orban ne suffisent à faire comprendre. Avec Daniel Mermet, la radio prend le temps. Le temps de pénétrer, le temps de rencontrer, le temps de confronter. Une immersion non pas émotionnelle mais factuelle et pédagogique. Il est si rare que je puisse écouter ses émissions, j'ai presque pensé que la grippe avait parfois du bon...

624_341_photo_1325533486129-1-0.jpgOn entendait pour la première fois que si Orban était un dangereux nationaliste, il avait aussi promulgué les lois parmi les plus sociales de ces dernières années, on comprenait qu'il en était ainsi parce que la social démocratie à la hongroise n'était que l'habillage sémantique d'une autre droite, libérale-globaliste, qui a commis un des plus vastes plans de privatisation et de remise en cause des acquis sociaux de toute l'Europe. On comprenait que les règles libérales de l'Union européenne avaient jeté sans vraiment d'alternative tout ce pauvre peuple hongrois dans les bras des seules idées nationalistes, parées de leurs relents racistes habituels. On comprenait qu'on ne pouvait se contenter de crier haro sur les attaques liberticides d'Orban, comme le font également les responsables européens et le FMI, mais qu'il était urgent de crier le même haro sur les solutions libérales appliquées à la Hongrie.
 
J'entendais revivre ce que Zoltan, retrouvé l'été 2007 sur une terrasse naturiste de Budapest, m'avait alors transmis, déjà, de la grande dérive de sa vie.

Et puis jeudi, en début d'après-midi, je commençais à aller mieux, le chauffagiste est venu. Révision annuelle de la chaudière dans le cadre du contrat d'entretien. Il s'est occupé un quart d'heure du chauffe-eau, qui après trois interventions pour pannes cet hiver n'avait besoin de rien, et a pris le café pendant une heure trente. Il avait entendu tout Mermet - privilège des métiers de la route - et était intarissable sur l'Europe, la Grèce, la Hongrie, la politique, l'histoire. On a refait le monde, imaginé le tzigane-hongrois-par-djamtala1.jpgrésultat des élections, partagé nos angoisses devant l'avenir libéral promis par les principaux candidats et les dirigeants de l'Europe, les risques de fascisme, et nos souhaits de rupture. Le débat Mélenchon-Le Pen n'avait pas encore eu lieu.

L'homme était charpenté et jovial. Un vrai maestro de la plomberie. De l'humour à chaque phrase comme tiré d'un film d'Audiard. Une voix du peuple. Indécise mais exigeante. Inquiète mais insoumise. Parfois perdue mais pétrie d'érudition. Une verve à produire de l'espoir. La classe ouvrière. La classe, quoi !

A la fin des années quatre-vingt dix, à ma toute première leçon de hongrois, ma prof avait proposé à notre groupe un jeu original pour nous familiariser avec cette langue. Chacun devait choisir un nom de métier, et elle nous en livrerait la traduction. Je venais de découvrir des problèmes d'eau dans mon appartement de Budapest, alors je choisis "plombier", espérant en secret d'un métier simple une réponse simple.

Et en quelque sorte, c'est toute la complexité cachée des choses qui me sauta à la figure. Tu parles de simplicité : "vízvezetékszerelő", c'est par ce mot que je suis entré dans la langue hongroise !

Il ne faut ainsi jamais oublier que derrière un plombier, il y a toujours un "réparateur de conduites d'eau". Et que ça a le mérite d'être plus clair. Que derrière un plan d'ajustement structurel, il y a toujours un projet de dépossession de richesses populaires par de grandes multinationales occidentales. Que derrière le Mécanisme européen de stabilité, il y a un projet durable d'asservissement des peuples européens à la finance.

Je retourne mercredi à Budapest, ma petite semaine à moi dans la natation et la grande musique. Et les bains chauds. Des fois que j'y croise un plombier aussi limpide pour me remettre la tuyauterie en état de marche...

18 février 2012

la civilisation de la rédemption

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En début de semaine, entre deux considérations sur la hiérarchie des civilisations, Claude Guéant a pris le temps de dresser le bilan 2011 de l'un des plus beaux fleurons de la nôtre : les caisses enregistreuses installées sur le bord de nos routes. Elles ont flashé 19 millions de fois et généré 630 millions d'euros de recette, qui désormais, pour les deux tiers, ne seront plus affectés à la sécurité routière (entendez à l'installation de radars supplémentaires) mais contribueront directement au désendettement de l’État.

Au total, entre 11 et 12 millions de points de permis ont été retirés pour la seule année passée. Ce qui est, conviens-en, un indicateur de valeur indiscutable en matière de civilisation. Tout autant sans doute que les 33.000 expulsions d'étrangers sans-papier ou quelques dizaines de rafles de leurs enfants à la sortie d'écoles.

Quant à moi, malgré quelques 30.000 km parcourus en 2011, j'ai réussi à n'en perdre... aucun ! Le dernier qui m'a été volé, c'était en août 2010, à la sortie de Narbonne : mon régulateur de vitesse n'avait pas résisté à la forte pente sur un tronçon à 50 à l'heure, et l'appareil avait crépité à mon passage autoroute-fribourg.jpgà 56 - compté 51. Seul en voiture, j'étais puni d'avoir quitté l'autoroute dans l'espoir de trouver une petite plage naturiste pour m'amuser quelques heures avant de rejoindre des amis dans la Drôme. Je n'ai jamais trouvé la plage en question, mais quelques heures plus tard, aux abords de Montpellier, une aire d'autoroute m'offrit de me soulager et d'oublier la mésaventure.

J'en suis donc toujours à six points sur mon permis, avec dix-huit mois à tenir avant de les avoir tous récupérés. Les six points qui me manquent, je les ai perdus tôt, pour un dans la première année des radars automatiques en 2003. Pour deux, à cause de l'utilisation de mon téléphone sans oreillette, un dimanche à la campagne en 2005, et pour trois à un feu rouge, considéré comme grillé par des policiers zélés un soir où, un peu excité, j'allais à l'opéra. Ça devait être au printemps 2009. A l'époque, même les petits dépassements de vitesse t'imposaient trois ans sans fauter avant de récupérer les points perdus. Une infraction qui aujourd'hui vaudrait un point avec un an de rédemption, mais la loi n'étant par principe jamais rétroactive, mes points, eux, sont toujours sous le coup d'un sursis de trois ans automatiquement reconduits à chaque nouvelle infraction.
 
permis de conduire.jpgPutain, dix-huit mois ! Est-ce que je tiendrai jusque là, pour me mettre franchement à l'abri de la perte de mon précieux graal ?
 
Tiens, d'ailleurs, j'avais une question à poser au seigneur des totems flashant : dispose-t-il de statistiques sur l'accidentologie liée aux coups de freins à l'approche des radars sur les voies rapides ? A-t-il une stratégie pour réduire la mortalité des deux-roues, la seule en hausse, et qui te laisse des potes en deuil aujourd'hui ?

 

12 février 2012

Isabelle et la Cité radieuse

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J'ai vécu quelque années à Marseille. Ce segment de ma vie - bien que désormais relativement court au regard de ma quarantaine avancée - ne sera jamais anecdotique. C'est là que j'ai le plus douloureusement aimé, que j'ai le plus vaillamment combattu le démon homosexuel reclus dans ma grotte intime. C'est là que j'ai tissé, patiemment, ardemment, un paravent de valeurs, d'engagements, de relations, qui ont fait de moi ce que je suis. Et que je me suis endurci dans d'apparentes douceurs.

Cinq ans pour une licence de physique, la moitié d'une maîtrise, une première vie commune, de chaleureux rassemblements pour la libération de Nelson Mandela, un rôle de leader dans le mouvement étudiant contre la loi Devaquet, la rencontre avec un Liban chassé par la guerre et, au delà de tout ça, un goût pour le reste du monde.

Il y avait avec moi à la fac Saint-Charles, parmi le groupe d'étudiants communistes que je fréquentais, une jeune fille de caractère, très belle je crois, le teint blanc, le cheveux noir et court, le profil anguleux, l'allure fière, cigarette évidemment, un aplomb rassurant. Parents bourgeois, culture intellectuelle, esprit revêche... Une évidente maturité. On dirait aujourd'hui bobo de deuxième génération.

Avec Isabelle, on était sûrs d'avoir des discussions aiguisées. Elle avait une façon de rire maîtrisée mais plaisante. Ses fâcheries n'étaient pas feintes. Avec le recul, je pense qu'au delà des combats du moment, c'est le charme de Menem qui nous fédérait. J'étais jaloux de l'attention qu'il lui réservait. Elle étudiait les sciences naturelles.

A l'époque, Ronald Reagan semait la terreur en Amérique Latine, empêchant les révolutions d'éclore. latest-team-nicaragua-040811.jpgL'école que nous partions construire au Nicaragua, au cours de l'été 1984, était à la fois un acte de solidarité pour le petit village isolé de Mirazul del Llano, et un acte de guerre contre l'impérialisme américain. C'est dans ce projet que nous nous sommes le plus liés avec Isabelle : collecte de fonds, portes-à-portes, attente inattendue dans un hôtel de La Havanne à cause d'une erreur d'aiguillage, rencontre avec une pauvreté extrême où se lisaient dignité et espoir, et puis compte-rendus, fabrication d'un diaporama, réunions publiques...

Les parents d'Isabelle habitaient avec elle dans la Cité radieuse, un grand duplex que j'ai eu une fois, une seule fois, l'occasion de visiter : l'appartement était vaste, inondé de lumière selon mon souvenir, haut de plafond grâce à une configuration en mezzanine, sobrement meublé. Il dégageait le bien-être, à mille lieues de l'impression assez quelconque que me laissait la barre de béton - la maison du fada, comme disaient les marseillais - devant laquelle je passais chaque fois que je me rendais à l'autre fac, celle de Luminy. C'est ce jour-là, sans doute, que j'ai eu l'intuition de la différence de milieux d'où nous étions issus - mais ceci était peu de chose à côté de notre camaraderie.

Pendant et après le mouvement Devaquet, en décembre 1986, Lutte ouvrière était très actif et sa stratégie était de proposer des rendez-vous de discussion avec les militants étudiants les plus investis, et d'expliquer la lutte des classes, le capitalisme et la révolution mondiale. J'avais moi-même été séduit, un temps, par tant de pureté idéologique, et j'étais allé deux ou trois fois à un de ces entretiens menem,nicaragua,lo,solidarité,jeunesse,le corbusierparticuliers de purification idéologique. Avant d'y mettre un terme car j'avais eu peur non seulement de cette vision de l'action qui conditionnait tout à l'éveil des masses et de leurs consciences endormies, reléguait le changement à ce mythique soulèvement planétaire, mais surtout de ce mode de fonctionnement où l'éducation, les lectures, la préparation idéologique primaient sur le lien social et la vie réelle. Je m'étais vu glisser dans une secte. J'appartenais à une tradition qui avait depuis longtemps renoncé aux cités radieuses et aux lendemains qui chantent.

Je n'avais pas prêté attention au fait qu'Isabelle, de son côté, était entrée dans ce jeu, trouvait dans ces échanges éclairés des réponses à ses questions et peut-être une façon de satisfaire son goût pour une certaine radicalité intellectuelle. Ou peut-être avais-je cru que nos liens tissés dans l'aventure nicaraguayenne seraient forcément plus forts que les pichenettes sectaires de quelques urluberlus de circonstance.

Un jour, elle est partie. Elle nous avait sans doute déjà quittés idéologiquement depuis plusieurs mois. Et elle est devenue une militante de Lutte ouvrière. Nous perdions une jeune femme de charisme, brillante, radieuse. Inéluctablement aussi une amie. Intellectuelement, j'étais inconsolable mais je n'avais plus de prise et de toute façon, je commençais à regarder ailleurs. Paris frappait à ma porte.

On m'a dit que lorsque s'est posée, récemment, la question du remplacement d'Arlette Laguiller comme porte-parole de LO, elle avait été pressentie, avant finalement que ne lui soit préférée Nathalie Arthaud.

menem,nicaragua,lo,solidarité,jeunesse,le corbusierMais il y a le feu à la Cité radieuse. Avec 0,5% des intentions de vote, la petite Arthaud, pourtant assez sympathique, a du souci à se faire.

Je garde une vraie nostalgie de ces années et des moments partagés avec Isabelle. Je regrette sans doute encore que nous n'ayions pas eu, à l'époque, une "maison de fada" à faire briller dans ses yeux impatients, qui nous aurait permis de la garder près de nous. Car avec le temps, j'ai aussi plus de détachement à l'égard de ce que sont les cultures politiques, les appareils et les stratégies, qui me paraissant tellement dérisoires à côté des réelles évolutions du monde, des souffrances humaines, et des utopies subversives.

17 janvier 2012

personne pour twitter entre2eaux ?

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J'ai été facebooké, tu le crois ? J'en suis encore tout retourné. C'est Yo qui l'a repéré. Il était avec moi au concert le 7 janvier dernier, et depuis il suit la page de Ghalia Benali sur le fameux réseau social - que je fuis comme la peste.
 
La chanteuse qui met mon article sur sa page facebook - ce qui m'a valu un record de connexions hier -, qui en traduit des extraits pour ses "amis" anglophones, son agent en France qui me fait part des autres tournées d'artistes qu'il produit prochainement, après avoir décelé mes centres d'intérêt en parcourant le blog... je ne pensais pas me faire repérer si facilement, avec ma petite chronique psycho-patho-mélomano-aquatique.

J'avais déjà été tagué. J'avais été trollé. j'avais été flatté. J'avais été vilipendé. Mais facebooké, jamais.

Et maintenant, n'y aurait-il pas quelqu'un qui voudrait bien me twitter, que je vois comment ça fait ?

 

09:01 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (7)

15 janvier 2012

Oum Kalsoum en business class

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J'étais donc samedi dernier à l'Institut du Monde arabe pour entendre la belle et charismatique Ghalia Benali reprendre le répertoire de Oum kalsoum. Une audace dont elle nous a raconté tout le chemin qu'il lui avait fallu parcourir pour l'assumer. Cet itinéraire la fit passer de l'appartement de sa grand-mère, où la photo de l'idole ne quittait pas les mûrs, à une séance vivifiante de gommage au hammam avec une masseuse qui chantait faux mais fort. Et sans complexe. Il fallait se convaincre qu'Oum Kalsoum était désormais au delà de la légende, retrouver le regard d'enfant qui la lui faisait voir comme une membre de la famille. Se persuader qu'elle était trop populaire, trop présente, trop patrimoniale pour être interdite de reprise. Et elle a fantastiquement bien réussi cet emprunt, retrouvant les accents rauques de la Reine, ses souffles déchirants, vibrants, étouffés dans d'ultimes diphtongues. Avec, en plus de la présence, un sourire irradiant, des musiciens de génie - en particulier le joueur de luth - et la petite lumière des révolutions arabes, commencées juste un an plus tôt dans le berceau des deux chanteuses, l'Égypte et la Tunisie.

Le grand auditorium de l'Institut du Monde arabe a été refait il y a peu, et rebaptisé salle Rafik Harriri. On croirait la cabine business d'un 747 : vastes sièges en cuir simili noir, accoudoirs larges d'au moins vingt centimètres, reposes-tête... C'était étrange de voir ces mamas qui s'agitaient, cherchaient leur place dans le noir au début du concert, qui fredonnaient de la gorge et des mains les refrains les plus connus, qui youyoutaient à la fin de chaque performance vocale, occuper ainsi cet espace aseptisé pour conférences internationales où l'on aurait plus volontiers imaginé des hommes d'affaire en costard et des hôtesses de l'air blafardes et anorexiques qu'un rendez-vous très féminin de nos banlieues.

Le lendemain, je découvrais un autre auditorium, celui de la Cité de la Musique pour un concert gratuit des lauréats du conservatoire national supérieur de Paris. Un orchestre de jeunes, éphémère, qui nous a régalé d'une interprétation très soignée du concerto pour orchestre de Bartók. La salle avait une acoustique impeccable, et tout en ovalie quelque chose d'un paquebot.

costa croisières.jpgBon, c'était avant que n'échoue le triple A de la France au large de la Toscane, avant que n'échouent les nouvelles négociations de la Grèce avec ses créanciers-vautours, avant que l'on ne reparle des turbulences de la zone euro, à nouveau menacée de naufrage alors qu'on la croyait embarquée sur de solides canots de sauvetage. C'était avant qu'un capitaine de pédalo ne fracasse une croisière de luxe, par temps clément pourtant, et n'en quitte l'embarcation sans se soucier des femmes et des enfants. Bah, au fond, combien sont-ils les disparus de ces épisodes tragiques, ces damnés de la terre et de la mer ? Quelle est l'épaisseur humaine des pertes et profits de l'actualité ?

C'est dire que malgré mes bonnes résolutions, il me faut du temps pour te raconter mes sorties musicales, ou simplement les évoquer. Je suis rattrapé par une vie qui court toujours plus vite. Je gère comme je peux mes scrupules à ne pas faire plus de politique sur cette page, alors que. Et encore, je ne t'ai rien dit de Manon. C'était mardi à l'Opéra Bastille, une Première avec Coline Serreau et Natalie Dessay. Où il fut aussi question d'étranges compromis, entre amour, futilité, pauvreté et convoitise.

08 janvier 2012

bonne année bon dos

voeux politiques

J'ai sauté un dimanche, dis-donc ! Bon, mais il n'est pas trop tard. J'en suis juste réduit à un tir groupé : bonne année, bonne galette. Et puis bon dos, c'est important le dos, on ne le dit jamais assez.
Le mien tyrannise mes nuits, espace mes séances de nage, m'oblige à des stratégies de maréchal pour sécher mes pieds, enfiler mes chaussettes ou lacer mes chaussures.

Que te souhaiter d'autre : de la musique, beaucoup de musique, ça panse le reste, la musique.

De l'amour, mais là tu n'y peux rien. L'amour est comme ça ("el-hobbe kéda"), chantait hier soir Ghalia Benali, reprenant un refrain populaire d'Oum Kalthoum à l'Institut du Monde arabe. Tantôt il te magnifie, tantôt te laisse pantoie, mais si tu en veux, tu es bien obligé de tout prendre...

De l'espoir. Je sais, ça c'est dur. Tu voudrais que notre hollandais volant t'emmène dans le domaine du rêve, ou dans celui du courage, tu voudrais pouvoir t'accrocher à lui pour avec lui renverser les oligarchies financières qui ont confisqué toute la richesse et tout le pouvoir. Bon, ben ça va pas le faire... il s'en tient à son rôle de vaisseau fantôme, rivalisant sur le terrain de la petite phrase ou celui de la bonne gestion. Faut chercher ailleurs ! Peut-être en dehors des institutions démocratiques traditionnelles, verrouillées, aseptisées, détournées de leur fonction : ce n'est manifestement plus là que se trouve le sens du bien commun. C'est la première fois que je commence une année en pensant que ma génération connaîtra peut-être le fascisme. Ça plombe l'ambiance, hein !?!... Voilà mon analyse, en fait : j'ai l'impression que le rejet "de gauche" de la politique a pris ses distances avec les tripatouillages stériles qui alimentent les faux-semblants, les jeux d'alternances sans perspective, sans projet. Ce rejet là, trop conscient, trop lucide, mise sur une expression démocratique en dehors des institutions en place : il expérimente des formes d'échange alternatives, des formes démocratiques alternatives, il essaie de construire un autre chose à son échelle. Il rejette l'état du monde mais sans s'en remettre à un lendemain qui chante ni à un pouvoir à s'accaparer. Il ignore l'esprit de boutique qui caractérise notre vie politique. C'est Patrick Viveret qui en parle très bien. Et puis il y a l'autre rejet, celui du repli, de la faute sur l'autre, de la compétition des misères, celui qu'on appelle populiste et qui joue sur les bas instincts, le racisme, celui qui mêle burqa et oligarchie financière dans la même phrase pour brouiller les pistes, celui qui aveuglément pourrait s'en remettre simplement à un autre pouvoir comme pour donner un coup de pied de désespoir dans la fourmilière.

C'est peut-être pour avoir vu Apocalypse - Hitler, l'excellente série de France télévision l'année dernière, que j'en viens à penser que seul ce rejet de droite, porteur de fascisme, est capable de rivaliser, en terme de pouvoir, avec le système en place, parce que lui a décidé de se servir du système de l'illusion démocratique pour commencer son œuvre.

Bon, ma culture politique m'incline à penser que rien n'est joué à l'avance, qu'il y a toujours place à voeux politiquesl'action, à la conscientisation, mais putain qu'ils ne nous aident pas, tous autant qu'ils sont, nos hommes politiques ?

Mélenchon, Joly, Joly, Mélenchon ?... C'est sans doute entre les deux que mon cœur balance, sans qu'ils ne me donnent ni l'un ni l'autre totalement matière à y voir l'incarnation d'un espoir crédible. Mais bien que désabusé du système, je n'ai pas âme à devenir totalement renonçant...

A mon corps défendant, je ferai donc un roi le 6 mai prochain. Un roi par défaut, à l'hypocrite frangipane, mais un roi.

Qu'au moins la galette soit bonne à midi !

Ah, et puis une résolution quand même : celle de retrouver ici de la régularité (mais tu sais ce que valent les résolutions de début d'année...)

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Illustration volée à Michel CARLIN

29 décembre 2011

la fin des stars

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Cheetah est morte, c'est une affaire entendue... Ou plutôt pas si claire que cela. Un peu triste, certes, mais à 80 balais, pour un chimpanzé, on ne va pas en faire un fromage, ni une forêt vierge !

Mais quelqu'un a-t-il des nouvelles de Clarence ? Je n'arrive pas à remettre la mais sur mon vieux pote Daktari...

Peut-être parce que je ne me suis pas mis à facebook ?...